Citations

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vendredi 8 janvier 2021

« L'Arche d'alliance, aux origines de la Bible » de Thierry Ragobert

Arte diffusera le 9 janvier 2021 « L'Arche d'alliance, aux origines de la Bible » (Von Engeln bewacht: Die Bundeslade), documentaire biaisié de Thierry Ragobert. « Qu’est devenue l’Arche d’alliance ? Entre textes religieux, fouilles archéologiques et haute technologie, une captivante enquête pour élucider le mystère du coffre sacré qui contenait les tables de la Loi et remonter aux sources de la Bible. » 

L'archéologie s'avère un enjeu politique. 

Elle a été instrumentalisée par les Nazis pour justifier leur idéologie. 

Elle est instrumentalisée à des fins anti-israéliennes afin de délégitimer l'Etat Juif et Israël. 

"Depuis plus d’une dizaine d’années la controverse sur la vérité historique de la Bible est entrée dans une nouvelle ère. Commencée véritablement vers la fin du XIXe siècle avec la doctrine de l’Hypothèse documentaire, elle connut un sommet avec les découvertes archéologiques des littératures de l’Orient ancien. Mais jamais elle n’avait atteint les sommets – ou, plutôt, les profondeurs – que nous connaissons actuellement. La nouvelle donne ne vient plus tellement de la critique biblique, elle-même assez perturbée dans son évolution, mais de l’archéologie qui se veut « nouvelle » et dont les récentes théories remettent en question et à nouveaux frais non seulement l’entièreté du texte biblique comme document ayant des dimensions historiques mais aussi les faits que ses récits rapportent", a rappelé le professeur Shmuel Trigano (« Introduction », Pardès, vol. 50, no. 2, 2011, pp. 7-8.).

Et Shmuel Trigano explique : "Ce développement n’est pas purement théorique ni fondé sur de nouvelles découvertes. Il est au contraire nourri de découvertes qui n’ont pas été (encore ?) faites et de problématiques découlant de la nébuleuse idéologique du postmodernisme. Mais ce n’est pas l’élément le plus important, à savoir le fait que ce « débat » se déroule sous les feux des projecteurs de l’actualité et pas dans le silence feutré des musées et des laboratoires. Le cadre n’est plus en effet celui du XIXe siècle mais la scène de la résurgence du peuple de la Bible, dans le pays de la Bible et dans la langue de la Bible. Il tourne ainsi significativement autour de questions tout à fait inédites dans ce débat, non plus le récit du déluge et la stèle de Mesa de Moab par rapport aux dix commandements mais l’existence même d’un peuple nommé « Israël », de la réalité de son établissement sur la Terre d’Israël, de l’événement cardinal de la sortie d’Égypte, autant de questions qui sont traitées et reçues en songeant directement à l’État d’Israël contemporain, un débat où se mêlent donc des dimensions politiques et idéologiques controversées dans une période où l’antisémitisme et la délégitimation du peuple juif atteignent des sommets inégalés depuis la Deuxième Guerre mondiale. Sur le plan qui est l’objet de notre investigation, on ne peut que remarquer que seule la Bible hébraïque est l’objet d’une telle controverse qui épargne les écrits des deux autres monothéismes, le Nouveau Testament et encore plus le Coran".

"Depuis le début des années 2000, les programmateurs de la Chaîne Arte semblent obsédés par les questions juives, non seulement la mémoire de la Shoah mais aussi et surtout l'Israël contemporain et le judaïsme. La soirée du 31 août sur « L'exil des Juifs » et le trafic des fausses antiquités à Jérusalem, a remis en cause la véracité d'un « exil » juif consécutif à la destruction du Temple de Jérusalem tout en affirmant, par contre, qu'il y a bien eu un exil, celui des Palestiniens chassés de leur terre, victimes collatérales du « mythe juif » et de leur retour d'« exil »", a observé le professeur Shmuel Trigano (Les manipulations de la chaine Arte : comment déjudaïser la Terre d’Israël) le 2 novembre 2013. 

"La Bible dévoilée"
En 2001, était publié "
The Bible unearthed: archaeology's new vision of ancient Israel and the origin of its sacred texts" d'Israel Finkelstein, professeur d'archéologie à l'université de Tel Aviv, et de Neil Asher Silberman, archéologue et contributeur à Archaeology Magazine. "In the past three decades, archaeologists have made great strides in recovering the lost world of the Old Testament. Dozens of digs in Egypt, Israel, Jordan and Lebanon have changed experts' understanding of ancient Israel and its neighbours- as well as their vision of the Bible's greatest tales. Yet until now, the public has remained almost entirely unaware of these discoveries which help separate legend from historical truth".

"Here, at last, two of archaeology's leading scholars shed new light on how the Bible came into existence. They assert, for example, that Abraham, Isaac and Jacob never existed, that David and Solomon were not great kings but obscure chieftains and that the Exodus never happened. They offer instead a new historical truth: the Bible was created by the people of the small, southern nation of Judah in a heroic last-ditch attempt to keep their faith alive after the demise of the larger, wealthier nation of Israel to the north. It is in this truth, not in the myths of the past, that the real value of the Bible is evident."

En 2004, Gallimard a réédité, en collection Folio Histoire, "
La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie" (The Bible unearthed) d'Israel Finkelstein et de Neil Asher Silberman (Trad. de l'anglais par Patrice Ghirardi).

"Quand et pourquoi la Bible a-t-elle été écrite ? Que savons-nous des premiers patriarches ? Quand le monothéisme est-il apparu ? Comment le peuple d'Israël est-il entré en possession de la Terre promise ? Jérusalem a-t-elle toujours été le centre de l'ancien Israël ?"

"Pour la première fois, il est possible de répondre à ces questions avec un haut degré de certitude. Car les auteurs, Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman, puisent leurs arguments dans les découvertes archéologiques les plus récentes, entreprises en Israël, en Jordanie, en Égypte, au Liban et en Syrie. Loin de sortir désenchanté de cette mise à plat historique du Livre des livres, le lecteur est d'autant plus fasciné par ces nomades et ces agriculteurs d'il y a trois mille ans, qui ont su fabriquer, en des temps de détresse ou de gloire, un récit dont la fécondité n'a cessé d'essaimer au-delà de ce peuple."

En 2007, 
Gallimard a publié, en collection Folio Histoire, "Les rois sacrés de la Bible. À la recherche de David et Salomon[David and Salomon]" d'Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Patrice Ghirardi.

"L'archéologie biblique est devenue un champ de mines en passe de faire exploser toutes nos représentations traditionnelles et notre lecture de la Bible. Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman ont, dans La Bible dévoilée, décrypté les découvertes les plus récentes qui bouleversent notre connaissance des origines de la Bible. Avec ce nouvel ouvrage, ils rouvrent le dossier de la légende royale et messianique de David et de son fils Salomon qui s'est répandue dans l'ensemble du monde occidental, sous les traits de valeureux guerriers et conquérants, d'amants légendaires, de poètes visionnaires, de bâtisseurs pionniers et de modèles d'autorité politique."

"Les dernières découvertes archéologiques ébranlent ces images. Le David de l'histoire, au Xe siècle avant notre ère, n'est que le chef de bande d'une petite localité appelée Jérusalem, Goliath pourrait avoir été un mercenaire grec, Salomon n'a probablement pas construit le célèbre Temple de Jérusalem... La légende de ces rois mythiques prend de l'ampleur à partir de la fin du VIIIe siècle, dans un monde tiraillé entre les nationalismes conflictuels et un empire mondialisé en pleine effervescence. David et Salomon deviennent alors des messies, des symboles d'espoir pour le judaïsme mais également pour le christianisme et toute l'histoire religieuse et politique de l'Occident."

L’archéologue Israël Finkelstein "s’inscrit dans la mouvance idéologique dite des « Nouveaux Historiens », comme le signale Henri Tincq en le qualifiant d’historien « révisionniste ». Ce qualificatif pourrait être en effet justifié dans la mesure où cette « école » semble viser au démantèlement symbolico-politique de l’identité nationale d’Israël. Sa méthode la plus courante consiste précisément en un renversement des données de la réalité aux dépens d’Israël (entre autres « nouvelles vérités » : les Juifs sont coupables du drame palestinien, de l’antisémitisme, de la Shoah, le judaïsme s’est construit comme une réaction au christianisme, etc.). Contrairement à l’impression que peut donner l’intérêt massif des médias français pour cette idéologie, ce courant est en fait ultra-minoritaire en Israël. Il s’inscrit dans un courant plus large, apparu ces dernières années en Occident démocratique, celui du postmodernisme et de l’antimondialisme dont la cible élective est l’État-nation et la démocratie libérale", a écrit Jean-Yves Kanoui (« La réception en France de La Bible dévoilée, les nouvelles révélations de l'archéologie, en 2002. La réception journalistico-théologique d'un livre d'archéologie politique », Pardès, vol. 50, no. 2, 2011, pp. 21-28).

Et Jean-Yves Kanoui de poursuivre : "Quelle est la thèse de ce livre ? Le Pentateuque a été écrit a posteriori des événements et des lieux qu’il rapporte, pour servir des ambitions politiques impérialistes du « royaume de Juda... comme puissance régionale au viie avant Jésus-Christ », pour « réconcilier les deux royaumes israélites et s’imposer face à de grands empires régionaux ». Dans les termes d’Israël Finkelstein : « Au viie siècle, pour des raisons notamment territoriales, le royaume de Juda se met à écrire une histoire de lui-même dont le peuple juif est le héros. Une histoire qui commence avec une famille (Abraham) et se poursuit en nation et en peuple. C’est le moment où émerge l’idée d’un “grand Israël”, rassemblant son peuple et groupé autour d’un seul Dieu ». Ou dans les termes d’Henri Tincq qui évoquent un fâcheux slogan d’il y a soixante ans, appliqué, cette fois-ci, au judaïsme :
« Un seul royaume, un seul peuple, une seule capitale, un seul Temple : une histoire racontée dans les Livres saints pour servir, affirment deux chercheurs israéliens, les ambitions territoriales et religieuses du royaume de Juda du VIIe siècle. 
Cette thèse a des conséquences en cascades. Ainsi « l’histoire des Patriarches, la sortie d’Égypte du peuple juif et la conquête de Canaan » ne sont que “des légendes compilées”. « Le récit des patriarches n’est qu’une sorte de “préhistoire pieuse” du peuple juif, écrite au viie siècle avant J.-C. par des auteurs pour servir l’ambition territoriale du royaume de Juda. Il décrit les prémices de la nation juive, le caractère illimité de ses prétentions géographiques (Abraham, parti d’Ur en Chaldée, va jusqu’à Hébron et s’installe en Canaan). Il montre que les Israéliens (sic) embrassent toutes les traditions du Nord et du Sud. » « Un Israël fort et unifié autour de son Dieu unique et de sa capitale unique, Jérusalem, alors en pleine expansion démographique et économique. » « Les textes bibliques vont être compilés et devenir l’instrument d’une religion nouvelle : un seul peuple (juif) ; un seul roi (réunification des royaumes d’Israël et de Juda) ; un seul Dieu (c’est le vrai début de l’idée monothéiste) ; une seule capitale, Jérusalem, et un seul Temple, celui du roi Salomon, au centre de la nouvelle Loi consignée dans le Deutéronome. » « La grande saga biblique sert ainsi la vision militaro-religieuse du roi de Juda. » (Le Monde, 7 juin 2002)

Jean-Yves Kanoui explique : "Ce qui fait l’autorité d’I. Finkelstein, c’est la revendication du caractère « scientifique » de sa thèse mais à l’examen, on se trouve plutôt en présence d’une philosophie de l’histoire politiquement orientée. Elle part d’une attitude de principe : la mise en doute de l’archive juive et la survalorisation de l’archive qui ne l’est pas."

Et Jean-Yves Kanoui souligne : "La dimension scientifique de l’archéologie de I. Finkelstein est au demeurant aléatoire et problématique. Il plaque, en effet, une interprétation qui relève d’un sociologisme vulgaire dans la lignée du marxisme (que l’on pourrait ainsi résumer : les représentations et les discours sont des idéologies qui servent les intérêts de pouvoir de la classe dominante). Ce n’est plus de l’archéologie, la discipline pour laquelle il est habilité ! Dans le meilleur des cas du postmodernisme, les représentations collectives sont tenues pour un « récit », une « narration » et pas simplement un écran manipulatoire mais c’est au prix de la dénégation de toute réalité concrète, empiriquement vérifiable. Ainsi, « (l’archéologie moderne) montre le génie et la force de cette création littéraire et spirituelle unique » (I. Finkelstein dans Le Nouvel Observateur)."

Jean-Yves Kanoui relève : "C’est bien ce message idéologique, promu par un appareil scientifique, qui a été entendu par la presse française si l’on en juge par la réception de ce livre qui semble avoir eu à la base un grand succès en milieu chrétien. Mais le plus frappant, c’est que cette réception d’un livre objectivement consacré à l’archéologie antique du royaume de Juda s’est trouvée être entièrement politique, interprétée dans son sens le plus contemporain et toujours au désavantage de l’État d’Israël actuel. Cette entente contemporaine exsude de toutes parts. Le « lapsus » d’Henri Tincq qui écrit « Israéliens » au lieu de « Israélites » est psychanalytiquement significatif. Un semblable lapsus est fait par Sophie Laurent dans Le Nouvel Observateur à propos de la reine de Saba (qui, bien sûr n’a jamais existé) qui écrit sur le « commerce avec la Palestine aux alentours du vie siècle. Gaza sera longtemps le débouché de la route de l’encens ». Or, on sait que ce terme de « Palestine » sera inventé sept siècles plus tard par l’empereur romain Hadrien qui voulut effacer le souvenir d’Israël sur cette terre en la nommant du nom de ses plus grands ennemis, les Philistins (étymologiquement les « envahisseurs », car il s’agissait de populations des îles de la mer Égée, venues s’installer sur la côte méditerranéenne sud du pays). Ces deux exemples soulignent par l’anecdote la nature du message idéologique délivré par ce livre. Dans ses différentes expressions, l’auteur s’est d’ailleurs prêté à ce jeu malgré des réserves purement formelles."

Jean-Yves Kanoui observe"La leçon politique la plus forte tirée de ce livre a sans doute été proposée par Le Monde. « Si l’aventure des patriarches ou des épisodes aussi connus que la fuite d’Égypte, la conquête de la Terre promise ou l’établissement de la monarchie davidique échappent aux critères de l’histoire, les textes bibliques qui leur sont consacrés appartiennent bien à l’histoire d’Israël. Mais comment continuer à fonder des droits politiques et territoriaux sur des mythes ou des constructions littéraires, alors même que des populations arabes et musulmanes se voient reprocher d’avoir recours à des légendes – par exemple autour de la présence du prophète Mahomet à Jérusalem – pour légitimer des désirs de conquête et d’implantation ? » Un tel jugement qui souligne la réception politique du livre est la conclusion de la page entière que Le Monde lui consacre. Il laisse entendre que la légitimité d’un État d’Israël sur cette terre est frelatée et lui oppose sans ambages, en alignant les deux cas sur une même mythologie des origines, celle des Palestiniens ou plutôt ici de l’islam à Jérusalem."

Jean-Yves Kanoui déplore : "Henri Tincq ne se prive pas de souligner cette dimension politique, on l’a dit : « l’été 2000 lors des discussions de Camp David, Yasser Arafat n’avait-il pas évoqué l’absence de toute trace archéologique de la brillante Jérusalem du roi David décrite dans le livre biblique des Rois... »  Pour enfoncer le clou, Le Nouvel Observateur a sollicité « la réponse d’un rabbin libéral », Daniel Farhi du MJLF, d’un courant du judaïsme qu’il juge anti-orthodoxe, mais qui, de façon inattendue pour le journaliste, critique vertement et très judicieusement la thèse défendue, en montrant à partir du texte biblique sur lequel se fonde (sic) malgré tout I. Finkelstein pour bâtir sa théorie que la lecture qu’il en fait est hautement fantaisiste et hypothétique."

Jean-Yves Kanoui conclut : "La délicate question des origines d’Israël » est ainsi présentée comme l’objet d’un secret gênant, ce qui laisse entendre que les fondements d’Israël ne sont pas très « présentables » ni très « moraux » tandis que ceux de la Palestine relèvent de l’évidence et de la « moralité » Au demeurant ni Le Monde ni Le Nouvel Observateur n’ont jamais parlé de la fumeuse « archéologie palestinienne. Cette mise en concurrence des deux identités par rapport à la terre et à 1’histoire trace bien sûr un portrait de I. Finkelstein en héros de gauche confronté aux sharoniens, intégristes, ultraorthodoxes, sionistes, etc., une thématique qui parle tout à fait à l’idéologie contemporaine. On en trouve une retombée dans un bizarre article du Figaro, publié quelques mois plus tard, à propos d’une « étrange découverte à Jérusalem » concernant une tablette du Roi de Juda, Joash, qui corroborerait un récit du second livre des Rois, ce qui infirmerait la thèse de I. Finkelstein. La journaliste imagine que cette tablette est le produit d’un complot ultraorthodoxe contre I. Finkelstein ! « Cette opération médiatique a donc toutes les apparences d’une riposte des milieux les plus intégristes, ulcérés par la publication de La Bible dévoilée », sans omettre de mentionner que le texte biblique a été écrit à des fins politiques pour justifier le particularisme juif : « L’ouvrage des deux archéologues conclut en effet que la Bible n’a pu être rédigée qu’entre le VIIIe siècle et le VIIe siècle avant J.-C. à des fins politiques lorsqu’il a fallu étayer par des textes fondateurs la tradition monothéiste exclusive des Juifs », une citation dont la provenance n’est pas mentionnée. Le cercle magique est ainsi construit. Un article de Finkelstein publié dans Le Monde de la Bible consacré à « Jérusalem, cité de David » est cité à l’appui, qui réitère sa thèse en affirmant que cette tablette est « un faux », « cette découverte sent mauvais ».

Preuves archéologiques
"En 2002 la « Bible Dévoilée » de Finkelstein
connaît un bruyant succès mondial, et pour cause. Le livre remet en cause l’existence du royaume de David. Quelques années plus tard, plus discrètement mais de manière plus affirmé, Eilat Mazar réhabilite fermement celle-ci. Retour sur une controverse. Israël Finkelstein a commis un livre devenu best-seller international, et succès français en 2002 : « La Bible dévoilée, les nouvelles découvertes de l’archéologie ». Interviews en cascade, articles de presse, traductions en plusieurs langues, le succès est colossal. A tel point qu’un film documentaire de quatre heures a été tiré du livre. France 5 et Arte font le choix d'en donner plusieurs diffusions à des heures de grande audience, deux ans de suite, à l'occasion des fêtes de Noël. Il y a un an, il recevait le prix Delalande-Guérineau de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Autant dire que l’archéologue israélien de 65 ans, directeur de l'Institut d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv, a connu la gloire, la vraie, et surtout la reconnaissance de ces travaux", a écrit Simon Nasso dans l'article "Archéologie: Israël Finkelstein n’a pas eu raison longtemps" (Actualité juive hebdo, 18 juin 2015).

Et Simon Nasso de poursuivre : "Au centre de ces travaux justement, une thèse a particulièrement plu au public : Israël Finkelstein s’est en effet attaqué au « mythe » du Royaume de David et Salomon. Selon lui, ce Royaume décrit comme puissant et influent est un mythe biblique. Si un tel royaume avait existé, l’archéologie aurait nécessairement trouvé les reste d’un Etat, c'est-à-dire les traces de bâtiments monumentaux (les fondations d’un palais par exemple) et des restes d’écritures. Un royaume nécessite de fait une administration forte, qui ne peut se passer de garder les nombreuses traces écrites des lois, arrêtés, décisions de justice, etc. Mais selon l’archéologue-star, aucune fouille n’a recelé les traces ni de l’un, ni de l’autre.

Puis Simon Nasso souligne : "Mais patatras ! Quelques années après ces déclarations fracassantes, de 2005 à 2010, la terre israélienne exhume quelques preuves matérielles contrariant ces affirmations sous les pioches des archéologues Saar Ganor et Yosef Garfinkel. Les restes archéologiques du site de Khirbet Qeiyafa s’avèrent être les traces de la ville juive biblique de Shaaraïm ou forteresse d'Elah qui délimitait le royaume de David de celui des Philistins, plusieurs fois évoquée dans la Bible. Dans le premier livre de Samuel (17:52), les Philistins s'enfuient par la route de Shaaraïm après que David eut tué Goliath. « Alors les hommes d'Israël et de Juda se levèrent, jetèrent des cris de joie, et poursuivirent les Philistins jusqu'à l'entrée de la vallée, et jusqu'aux portes d'Ékron ; et les Philistins blessés à mort tombèrent par le chemin de Shaaraïm, jusqu'à Gath, et jusqu'à Ékron ». La ville fortifiée, poste de garnison et poste frontière, délimite vraisemblablement le royaume de David. Deuxième élément de taille, un ostracon en hébreu ancien y a été découvert, la plus ancienne trace d’hébreu découverte à ce jour, datant de l’époque du roi David."

Et de conclure : "Restes matériels d’un pouvoir politique (forteresse défendant une frontière), preuve d’une administration organisée (écriture contemporaine de l’époque de David retrouvée dans cette forteresse), les écrits bibliques semblent bien rendre compte aussi d’une réalité historique. 
Il manquait seulement les traces d’une ville fortifiée à Jérusalem pour établir son activité de capitale de royaume. La petite-fille de l’archéologue de l’université de Jérusalem Benjamin Mazar, Eilat Mazar, elle-même archéologue dans la même institution s’en est chargée. Fouillant autour de la cité de David jouxtant les murailles de la Vieille Ville, elle multiplie les découvertes. Notamment les traces d'un mur long de 70 mètres et haut de 6 mètres, datant du Xe siècle av. J.-C. qu'elle attribue au roi Salomon, vestige d’un immense bâtiment, envoyant durablement au tapis les affirmations de Finkelstein."

"Controverse sur la Bible"
Sous la direction de Shmuel Trigano, le n° 50 (2011) de la revue Pardès est consacré à la "Controverse sur la Bible". "La Bible est au cœur d’une tourmente comme elle en a rarement connu depuis un siècle. Une controverse internationale met en question sa crédibilité comme document historique, et ce doute rejaillit sur l’ensemble de l’édifice théologique qu’elle constitue. Son message ne relève-t-il que de la foi et pas du tout de la réalité ? Les événements qu’elle rapporte sont-ils affabulatoires ? Pire, orchestrent-ils un projet de puissance ou d’identité ? C’est ce que d’aucuns soutiennent. Cet  argument n’est pas sans incidence sur la foi dans la mesure où, message inscrit dans l’histoire, la Bible rapporte des événements qui sont les vecteurs de la révélation. Le monothéisme est inséparable de cet alliage de la transcendance et de l’histoire."

"Force est de constater que seule la Bible hébraïque est l’objet de la contestation : le Tanakh, c’est-à-dire la compilation de la Torah, des Prophètes (Nevi’im) et des Écrits saints (Ketouvim). Derrière elle, c’est l’existence même du peuple hébreu, du peuple d’Israël, qui est remise en question, puisque tous les événements qui l’ont fondé ne seraient que des mythes. Et ce doute porté sur les événements de la Bible juive rejaillit de fait sur le Nouveau Testament".

"L’analyse de cette controverse actuelle, qui met à l’épreuve les croyances fondatrices du judaïsme, et au-delà toute la pensée judéo-chrétienne et l’édifice même du monothéisme, est au cœur de ce recueil. Avec les contributions de David Banon, Geneviève Gobillot, Israël Knohl, André Lemaire, Paul Mattéi, Eilat Mazar, Shmuel Trigano, Adam Zertal".

"In the Footsteps of King David"
En 2018, l'éditeur Thames & Hudson a publié "In the Footsteps of King David. Revelations from an Ancient Biblical City" ("Dans les pas du roi David. Révélations sur une ancienne cité biblique") de Yosef Garfinkel, Saar Ganor et Michael G. Hasel.

"In this first-hand and highly readable account, the excavators of Khirbet Qeiyafa in the Valley of Elah, where the Bible says David fought Goliath, reveal how seven years of exhaustive investigation have uncovered a city dating to the time of David – the late 11th and early 10th century BC – surrounded by massive fortifications with impressive gates, and with a clear urban plan and an abundance of finds that tell us much about the inhabitants, including a pottery sherd with the earliest known Hebrew inscription. The authors clearly describe the methods of the excavation and the evidence they discovered, as well as how we interpret it".

"But more than just a simple excavation report, the book also explains the significance of these discoveries and how the site sheds new light on David’s kingdom, as well as forming the unique meeting point between the mythology, history, historiography and archaeology of King David. This topic is at the centre of a controversy that has raged for decades, with some scholars disputing the historicity of the Bible and the chronology of the events recounted in it, an approach that is convincingly challenged here".

Bible
« Selon la Bible, l'Arche d’alliance renfermant les tables de la Loi, les Dix Commandements dictés par Yahvé à Moïse, a accompagné le peuple hébreu dans sa conquête de la Terre promise ». 

« Au Xe siècle avant notre ère, le roi David l'aurait installée à Jérusalem, futur berceau du monothéisme ». 

« Mais après le siège de la ville et la destruction du Premier Temple par les Babyloniens en 587 avant J.-C., le coffre sacré disparaît à jamais ». 

« Depuis, l’Arche mythique aux pouvoirs mystérieux, qui aurait attiré la malédiction sur ceux, comme les Philistins, qui s’en seraient indûment emparés, ne cesse d'enflammer l'imagination des hommes et la convoitise des chercheurs de trésors ». 

« Mais a-t-elle seulement existé ? Et la Bible peut-elle être considérée comme un récit historiquement fiable ? Quand, par qui et pourquoi ce texte a-t-il été écrit ? » Imaginerait-on un documentaire diffusé par Arte avec ces interrogations sur le Coran ? Ajoutons que les découvertes archéologiques établissent la réalité d'évènements et de personnages cités dans la Bible.

« Pour tenter d’élucider cette énigme millénaire, archéologues et historiens entreprennent d’explorer la paisible colline de Kiriath-Jearim, à quelques kilomètres de Jérusalem, qui aurait brièvement accueilli le précieux “sanctuaire portatif” avant son transfert dans la cité ». 

« Sur ce site biblique, le seul de la région à n'avoir encore jamais été fouillé par les archéologues, se dressent aujourd’hui une église et un couvent catholiques ». 

« Filmée en exclusivité dans ce documentaire, la fouille de la colline de Kiriath-Jearim apporte de nouveaux indices ».

« Mais en Israël, où l’histoire ancienne relève de l’enjeu idéologique et religieux, la mission scientifique, menée par l'éminent archéologue Israël Finkelstein et le bibliste Thomas Römer, s’avère délicate ». 

« En croisant les compétences et les technologies innovantes, et en confrontant le terrain aux textes bibliques, les chercheurs vont pourtant accumuler d’édifiantes découvertes ».

« Au-delà de la quête du coffre disparu chère à Steven Spielberg ("Les aventuriers de l’arche perdue"), cette enquête historique traverse plusieurs siècles, au fil d’indices et de vestiges collectés sur des sites antiques, pour remonter aux origines de la Bible et éclairer son récit ».

« De l’expansion du royaume d’Israël sous le règne de Jéroboam II, au VIIIe siècle avant notre ère, à l’avènement du monothéisme en passant par les visées de Josias, roi de Juda, dont les scribes glorifient la capitale Jérusalem à des fins politico-religieuses, une plongée savante dans le foisonnant labyrinthe de l’Ancien Testament, pour décrypter les luttes de pouvoir et les intérêts que servaient aussi ceux qui l’ont écrit. »


  
« Les secrets révélés de la Bible »
Arte diffuse sur son site Internet « Les secrets révélés de la Bible » (Biblische Detektivgeschichten), documentaire de Gary Glassman.

«Quand est né le judaïsme ? Quelles étaient les croyances des premiers Israélites ? Comment la Bible a-t-elle été écrite ? Ce documentaire confronte les investigations sur les textes religieux et les découvertes archéologiques en Terre sainte depuis la fin du XIXe siècle. »

«Cette collaboration exceptionnelle entre chercheurs montre qu’à l’époque d’Abraham la première religion monothéiste était loin d’être une entité cohérente… La plupart des Juifs ont, par exemple, longtemps adoré des dieux païens. » Première nouvelle !

« Par ailleurs, nombre d’entre eux pensaient que Dieu avait une épouse qui était elle-même une idole vénérée. Ce n’est qu’après la destruction de Jérusalem et l'exil à Babylone qu'ils ont commencé à concevoir l’existence d’un dieu unique et universel. » 

«C’est entre 597 et 538 avant J.-C. qu’ont été rédigés les cinq premiers livres de la Bible. Ces deux tragédies – la perte de Jérusalem et l’exil – ont constitué un terreau fertile sur lequel s’est développé un ensemble de croyances qui ont ensuite donné naissance au christianisme, à l’islam et à notre monde moderne. »


Entretien avec Thomas Römer, intervenant dans le documentaire

« Bibliste et administrateur du Collège de France, il codirige une mission scientifique pour mieux comprendre l’histoire de la mythique Arche d’alliance, le coffre qui, selon l’Ancien Testament, aurait contenu les tables de la Loi. Propos recueillis par Sylvie Dauvillier ».

« Pourquoi l’Arche d’alliance continue-t-elle de susciter une telle fascination ?
Thomas Römer : C’est en partie lié, je crois, à sa disparition mystérieuse, qui intrigue puisqu’elle n’est plus mentionnée dans la Bible après la destruction du Premier Temple par les Babyloniens en 587 avant notre ère. Toutes sortes de théories se sont développées autour du destin de ce coffre insaisissable. Son transfert en Éthiopie a été évoqué, ainsi que son enterrement au fond du lac de Galilée. On l’a aussi cherché sous la cathédrale de Chartres et même les nazis s’y sont intéressés. Plus récemment, la légende d’Indiana Jones a contribué à nourrir ce fantasme millénaire.

Qu’en dit la Bible ? 
Selon le récit biblique, cette arche, qui contient les tables de la Loi reçues par Moïse sur le mont Sinaï, est transportée par les Hébreux lors de la conquête de la Terre promise jusqu’au sanctuaire de Silo, dans le nord d’Israël. Lors d’une guerre, les Philistins s’en emparent, mais elle leur attire une telle série de désastres qu’ils se résignent à la rendre aux Hébreux. Elle parvient ainsi à la ville israélite de Bet Shemesh où la colère divine s’abat à nouveau sur les habitants, qui auraient tenté de l’ouvrir. Pour s’en débarrasser, ils l’envoient sur la colline de Kiriath-Jearim − le site que nous avons fouillé − où elle est gardée par le prêtre Abiathar, avant que le roi David ne l’y fasse chercher pour l’installer à Jérusalem au Xe siècle avant notre ère. Salomon, le fils de David, enfin, l’aurait placée dans le saint du saint du Temple qu’il a construit.

Pourquoi vous lancer sur ses traces ?
L’idée n’était pas de retrouver l’arche, il s’agissait de comprendre le rôle de ce magnifique site biblique, encore jamais exploré, de Kiriath-Jearim, dans un pays, Israël, certainement le plus fouillé au monde. L’absence d’investigations archéologiques sur cette colline s’explique par la présence au sommet d’un monastère et d’une église, protégés par la France, puisque des sœurs d’un ordre français, qu’il a fallu convaincre, s’y sont installées dans les années 1920, sur les ruines d’un sanctuaire byzantin.

N’est-ce pas périlleux de s’attaquer à l’histoire biblique en Israël ?
Il a fallu rassurer les uns et les autres, mais l’implication de l’université laïque de Tel-Aviv, à laquelle appartient mon collègue, l’archéologue réputé Israël Finkelstein, avec lequel je coordonne cette mission, apportait la garantie d’une approche scientifique. Nous abordons la Bible comme un document, un puzzle élaboré au fil de différents contextes historiques et idéologiques que nous interrogeons. Bien sûr, déconstruire ce récit n’est pas toujours bien accueilli, mais les religieux, même orthodoxes, ont des réactions plus nuancées qu’on ne le croit.

Qu’avez-vous mis au jour au cours de cette mission ?
Des photos aériennes de la colline laissaient déjà deviner une plate-forme façonnée par l’homme. Notre découverte majeure concerne un mur de fortification trahissant la présence d’un ancien bâtiment ou d’un sanctuaire, qui aurait accueilli l’arche, légitimant le lieu sur le plan religieux. Les hautes technologies, comme la mesure de l’exposition des pierres à la lumière, permettent de le dater du VIIIe siècle avant notre ère, soit près de deux siècles après la date de l’installation de l’arche à Jérusalem par David selon le récit biblique. À l’époque, deux royaumes coexistaient : celui du Nord, Israël, et celui du Sud, Juda, avec Jérusalem pour capitale. Le mur de Kiriath-Jearim a probablement été construit par le roi Jéroboam II, sous le règne duquel le royaume du Nord a connu sa plus forte expansion. Selon moi, c’est Josias, roi de Juda, profitant plus tard de la disparition du royaume du Nord, qui, au VIIe siècle avant notre ère, fait transférer l’arche à Jérusalem, mais il dicte à ses scribes qu’elle s’y trouve depuis David, le fondateur sacré de la dynastie du Sud. La Bible écrite dans cette perspective « sudiste » légitime ainsi l’autorité politico-religieuse de Jérusalem. Cette hypothèse reste à vérifier.

Ce récit a-t-il aussi vocation à accompagner l’avènement du monothéisme ?
Pas dans l’immédiat, mais la mise en valeur de Jérusalem en tant que seul sanctuaire légitime va contribuer à construire l’idée que Yahvé, le dieu de cette cité, est le seul qu’Israël doit vénérer. On passe d’abord par une étape de monolâtrie, où l’on ne nie pas encore expressément les autres cultes. Le monothéisme se mettra en place plus tard, après la destruction du Temple.

Dans le film, vous êtes ému lors de l’exhumation d’une petite figurine… 
C’est, semble-t-il, la tête d’une statuette d’Ashera, une divinité féminine des royaumes d’Israël et surtout de Juda, qui, au regard de sa taille, servait dans le cadre du culte familial. Elle témoigne ainsi d’une activité religieuse dans les maisons autour du site et donc aussi de l’importance de ce lieu. Il est rare de trouver de petits vestiges aussi anciens dans des terrains en terrasse, l’érosion ayant fait son oeuvre. Nous espérons en apprendre davantage à la faveur d’une troisième saison de fouilles. »


France, 2020, 90 min
Co-écrit avec Marie Thiry et Fabrice Gerardi
Coproduction : ARTE France, Gedeon Programmes, Kan11, Cinephil avec la participation de Histoire TV
Sur Arte les 9 janvier 2021 à 20 h 50, 17 janvier 2021 à 15 h 35, 28 janvier 2021 à 9 h 25
Disponible du 02/01/2021 au 09/03/2021
Visuels : © GEDEON Programmes
Restitution 3D du village de Kiriath-Jearim
Musée Israël
L'archéologue Israël Finkelstein
Site des fouilles archéologiques
L'archéologue Israël Finkelstein et Thomas Römer, bibliste
L'archéologue Israël Finkelstein
Laboratoire de céramiques de Tel-Aviv
Archéologues sur site
Colline du village de Kiriath-Jearim
Thomas Römer, bibliste, et l'archéologue Israël Finkelstein 
Archéologue analysant les vestiges de fouilles du site de l'Arche d'Alliance
Fragment d'une statue d’Ashera

« Les secrets révélés de la Bible » de Gary Glassman
Etats-Unis, 2008, 109 min
Disponible du 01/12/2020 au 31/05/2021

Les citations proviennent d'Arte.

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