dimanche 27 septembre 2015

« Corps en résistance », de Valérie Jouve


Le Jeu de Paume  présente l’exposition « Corps en résistance » (Bodies, Resisting) de Valérie Jouve. Des clichés en grands formats, sans titre, sans grand intérêt artistique, et avec un caractère politique biaisé, en faveur de la « Palestine », revendiqué par la photographe. Un catalogue partial d’interview de Valérie Jouve par Marta Gili, directrice de ce musée, exprime ce même parti pris politique.


Lors du vernissage presse, Marta Gili, directrice de ce musée, avait présenté cette exposition de Valérie Jouve comme « un projet qui lui tenait à cœur depuis des années ». Elle a annoncé que l’exposition sera présentée à la Fundación Luis Seoane, à La Corogne (Espagne). On se demande pourquoi.

Un bla bla bla verbeux annonce ainsi cette exposition située au premier niveau du musée : la « démarche de Valérie Jouve (née à Firminy, France, en 1964) interroge la capacité des corps à résister face à la normalisation sociale et urbaine. Depuis le début des années 1990, ses différents ensembles photographiques – que l’artiste désigne sous le terme corpus – opèrent une inlassable exploration tant des manières d’habiter l’espace que du rapport que nous entretenons à la ville et au territoire. Afin de réinvestir les possibles des lieux qu’elle photographie, elle ne précise pas leur localisation, esquissant un espace trouble et fictif. Formant un ensemble ouvert, complété par l’artiste au fil du temps, chaque corpus est nommé Sans titre et identifié par un sous-titre générique entre parenthèses : Les Personnages, Les Façades, Les Passants, La Rue, Les Situations, Les Arbres… » De quoi désorienter les visiteurs.

En plus des photographies de Personnages, qui « ne sont pas des portraits mais des mises en scène résultant d’une étroite collaboration avec un modèle autour d’une idée commune » et sont présentés à l’échelle quasi réelle, cadrés assez serrés dans un lieu urbain qui se déploie en arrière-plan », et autres séries, l’exposition présente deux films, Grand Littoral et Traversée.

Traversée (2012) « s’apparente à un road-movie tendre, une traversée de la Palestine – où Valérie Jouve s’est rendue pour la première fois en 2008 –, menée par le trio décalé et improbable d’une enfant, d’un marionnettiste et de sa marionnette. Ces personnages, traités avec une forme volontaire de naïveté, agissent comme les passeurs de ce territoire : ils lui ré-insufflent la réalité de la vie quotidienne en dehors du conflit dramatique qui s’y déroule, créant ainsi une sorte d’utopie ».

Un diaporama couleurs s’intitule « 6 villes palestiniennes » (2011-2013, 26 minutes) : Bethléem, Hébron, Jéricho, Jérusalem, Naplouse, Ramallah. Il a été réalisé lors de son séjour à Jérusalem. La caméra filme des paysages, ruraux et urbains, la barrière de sécurité anti-terrorisme dans sa partie murale, la ville de Jérusalem en plongée…

Je l’ai interrogée sur cette vidéo : « C’est le [seul] lieu que je nomme. On refuse de le nommer. Ce travail est fait car je reconnais la Palestine, car ce territoire a une identité très différente de son voisin, Israël… Je peux donner un regard sur cette identité arabe de la Palestine… Un territoire ne peut pas tenir six villes aussi énormes, différentes sans qu’il y ait un pays… Là, où il y a une langue, un territoire culturel, et une population cohérente, il y a un pays. Ce travail, c’est une petite reconnaissante de la Palestine… Ce sont les civils que je connais le plus de la Palestine. Vous ne verrez pas Gaza, car je ne voulais pas donner un nom à cette Palestine. J’ai choisi les villes que j’ai le plus côtoyées… Un travail très documentaire… Il y a 140 images. J’ai parfois convoqué ces images sur les murs dans l’exposition ». Quand j’ai rappelé à Valérie Jouve que notamment Jérusalem est la capitale de l’Etat Juif, qu’elle est mentionnée dans la Bible, la photographe m’a répondu : « J’ai des amis chrétiens qui se fichent de la Bible ».

Je me suis éloignée de Valérie Jouve et de journalistes ignares qui la soutenaient en lançant un « Salut les ignares ! »

Curieusement, Hélène Hadas-Lebel  – Prix 2009 de la Coopération féminine remis sous l'égide de la Fondation du judaïsme français - sur RCJ  et Noémi-Colombe Bromberg (Actualité juive hebdo, 27 août 2015), qui ont chroniqué l’exposition « Germaine Krull (1897-1985). Un destin de photographe », montrée au rez-de-chaussée, ont omis de critiquer celle sur Valérie Jouve.

Pourtant, sous la direction de Marta Gili, le Jeu de Paume a présenté en 2013 l’exposition Phantom House (Foyer fantôme) d’Ahlam Shibli glorifiant les terroristes palestiniens, gommant la judéité du photographe André Kertész, etc. Et Valérie Jouve est une photographe ayant déjà exposé des clichés sur des « Palestiniennes ».

L’exposition est accompagnée d’un catalogue avec des textes d’Arlette Farge et de Marie-José Mondzain, et un entretien de Valérie Jouve avec Marta Gili et Pia Viewing. Le tout financé par le ministère de la Culture et de la Communication.

La direction de Marta Gili oriente le Jeu de Paume vers une direction politique, financée par l’argent public. Cela répond-il à la mission du service public culturel ?


Jusqu’au 27 septembre 2015
Au Jeu de Paume
1 place de la Concorde. 75008 Paris
Tel. : +33 1 47 03 12 50
Le mardi de 11 h à 21 h et du mercredi au dimanche de 11 h à19h

Visuels :
Affiche
Valérie Jouve — Sans titre (Les Personnages avec Josette),
1991-1995
C-print, 100 x 130 cm,
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

Valérie Jouve — Sans titre (Les Situations), 1997-1999
C-print, polyptyque 6 photographies, 80 x 100 cm chaque
Numéro d’inventaire : FNAC 09-556 (1 à 6)
Centre National des Arts Plastiques, Paris
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015

Valérie Jouve — Sans titre (Les Façades), 2000-2002
C-print, 80 x 100 x 3,5 cm
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

Valérie Jouve — Traversée, détails, 2012
Film 16 mm, durée 18 min
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

Catalogue
Valérie Jouve — Sans titre (Les Figures avec Tania Carl),
2011-2012,
C-print, 160 x 200 cm
© Valérie Jouve / ADAGP, 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites du dossier de presse.

lundi 21 septembre 2015

Trésors de la Peste noire : Erfurt et Colmar (Schätze des Schwarzen Todes aus Erfurt und Colmar)


Histoire  diffusera le 21 septembre 2015 La mort noire, documentaire de Peter Nicholson. « Comment les Européens ont-ils vécu la grande peste du XIVe siècle ? L'histoire de l'épidémie donne l'image d'une société médiévale complexe, dont la réaction a souvent été plus inventive qu'on ne l'imagine. La maladie atteint l'Europe vers la fin de l'année 1347, apportée par des marchands de Gênes revenant de Chine ou de Perse, là où l'épidémie a déjà décimé des régions entières. Elle se propage à une vitesse telle que l'on craint quelque temps la disparition de l'humanité entière, avant qu'elle ne commence à refluer, pour s'éteindre en 1349 ». Le passionnant catalogue  d’une exposition itinérante didactique présente des trésors - bijoux, pièces d’orfèvrerie de table, monnaies, éléments de parure - découverts par hasard, dans d’anciens quartiers juifs, en 1998 à Erfurt (Thuringe) et en 1863 à Colmar (Haut-Rhin). Divers indices suggèrent que ces « trésors ont appartenu à un membre de la communauté juive et qu’ils ont du être cachés lors des persécutions contre les juifs en 1348-1350 quand la Peste noire déferla sur l’Europe et faucha un tiers de la population ». Ces trésors nous renseignent sur la situation, florissante et précaire, des Juifs dans les villes de l’Empire germanique l'orfèvrerie profane au XIVe siècle. 

Pour la première fois ont été exposés ensemble, en 2007 au Musée national du Moyen-Age-Thermes et hôtel de Cluny  (Paris) sous le titre Trésors de la Peste noire : Erfurt et Colmar, en 2009 à la Wallace Collection  (Londres) sous le titre Treasures of the Black Death, puis dans une ancienne synagogue d'Erfurt , plus de 200 pièces - bijoux, pièces d’orfèvrerie de table, monnaies - de « deux trésors enfouis au XIVe siècle », à Colmar et à Erfurt, lors des persécutions contre les Juifs en 1348-1350, quand la Peste noire décima un tiers de la population européenne et déclencha des violences antisémites. 

« Au milieu du XIVe siècle, l’Europe fut frappée par une très grave épidémie qui faucha un tiers de sa population : la « Peste noire » qui déferla en Europe (1347-1352). Accusés d'avoir répandu la peste, les membres des communautés juives subirent des persécutions, qui les incitèrent à enfouir leurs biens. 

Divers indices suggèrent que ces deux trésors, découverts à Colmar (Haut-Rhin, France) en 1863 et à Erfurt (Thuringe, Allemagne) en 1998, « ont appartenu à un membre de la communauté juive et qu’ils ont du être cachés lors des persécutions contre les juifs en 1348-1350 quand la Peste noire déferla sur l’Europe et faucha un tiers de la population ». Parmi ces indices : la date des monnaies les plus récentes, le lieu de découverte et surtout la présence dans chaque trésor d’une bague de mariage juive.

A l’instar « d’autres ensembles de même origine comme ceux de Weissenfels, Lingenfeld, Münster, Środa Ślaska (Pologne) », ces « trésors au double sens de trouvaille archéologique et de collection d'objets précieux », ont été découverts par hasard, lors de travaux dans d’anciens quartiers juifs, à Colmar en 1863 et à Erfurt en 1998. Ils « s'avèrent de précieux témoignages sur les activités et rôles économiques ainsi que la prospérité des communautés juives médiévales dans les villes de l’Empire germanique au XIVe siècle, mais aussi sur leur précarité et leur insécurité croissantes au sein de la chrétienté médiévale. Composés de bijoux, de pièces d'orfèvrerie de table et de monnaies, ces ensembles constituent par ailleurs une source exceptionnelle sur l'orfèvrerie profane de la fin du XIIIe siècle et de la première moitié du XIVe siècle, qui représentait la majeure partie de la production de l'époque », mais dont peu d'exemplaires sont conservés à la différence de l’orfèvrerie religieuse rassemblée dans les trésors d’église ». Ces « objets montrent la vitalité du commerce des objets d’orfèvrerie entre les différentes régions d’Europe, et la circulation de modèles et de styles en provenance de centres de production importants comme Paris, la Rhénanie ou l’Italie ».

Découvert dans le mur d’une maison du quartier juif médiéval de Colmar lors de travaux en 1863, ce trésor constitué de monnaies et bijoux est majoritairement détenu par le musée du Moyen Âge, qui « en a acquis la plus grande partie en 1923 ». Quelques objets et pièces de monnaie, dérobés au moment de la découverte, sont aujourd’hui conservés au musée d’Unterlinden de Colmar et à la Bibliothèque municipale de Colmar. Ce trésor a été présenté intégralement en 1999 lors d'une exposition au musée d’Unterlinden.

En 1998, « environ six cents pièces d'orfèvrerie et trois mille monnaies furent exhumées, lors de travaux dans l'ancien quartier juif d'Erfurt. Cet ensemble est conservé à Weimar dans les services de la conservation du patrimoine de Thuringe (au TLDA, Thürigisches Landesamt für Denkmalpflege und Archäologie) et est exposé depuis 2009 en permanence à dans une ancienne synagogue d’Erfurt. 

Le catalogue insiste « sur les parentés entre ces deux ensembles composés de bijoux, d’éléments de parure, de pièces d’orfèvrerie de table - en or et en argent - enrichies de perles, de pierres précieuses et d’émaux, et de monnaies » et présente ensemble, pour la première fois, et en parallèle, ces deux trésors « enfouis à Colmar et à Erfurt, dans des conditions similaires au XIVe siècle, et découverts à 135 ans d’intervalle ».

Parmi plus de deux cents pièces, certaines sont « rares voire uniques comme un étonnant « nécessaire de toilette », la série de huit gobelets que l'on peut emboîter, une serrure miniature ou un fermail orné d'un arc et d'une flèche ». 

Les propriétaires de ces trésors « leur attribuaient une grande valeur, sans doute à la fois marchande et affective, puisqu’ils décidèrent de les mettre à l’abri. Si cette valeur et la fonction de réserve monétaire, cruciale pour les membres des communautés juives, rapproche ces ensembles d'orfèvrerie et de monnaies du trésor d'église ou du trésor royal, il y manque la dimension du sacré, cet « échange avec l'invisible » dont parle Krzysztof Pomian3. Les pratiques d'accumulation et d'ostentation associées à la notion de trésor et à celle de collection royale, princière ou aristocratique, sont peut-être présentes ici, mais à un moindre degré ».

La peste noire
En septembre 1347, douze bateaux génois en provenance de Constantinople débarquent à Messine, en Sicile, et amènent avec eux la peste, qui, à partir d’un foyer asiatique, avait atteint la Mer Noire.

Dès le mois d’octobre 1347, l’épidémie se répand en Sicile, se diffuse ensuite vite, par vagues successives. Elle atteint Florence, Paris, Séville en 1348, puis l’Angleterre et l’Empire en 1349, la Suède en 1350, la Pologne en 1351 et la Russie en 1352. De la Scandinavie à l’Espagne, toute l’Europe est atteinte. De rares espaces géographiques sont épargnées : Flandres, Franconie, et Pologne méridionale.

« Il y eut une si grande mortalité d’êtres humains des deux sexes, et davantage des jeunes que des vieux, qu’à peine les pouvait-on ensevelir », relate le chroniqueur Jean de Venette. Un tiers environ de la population européenne est fauchée.

L’épidémie induit « la peur, la fuite, des réactions irrationnelles. Elle désorganise les sociétés et met à mal les liens familiaux et communautaires, comme le décrit Boccace dans le prologue du Decameron (1349-1351). Les populations sont d’autant plus désemparées que la peste proprement dite avait disparu d’Europe depuis la « peste de Justinien » (541-544) et ses retours jusqu’au VIIIe siècle ».

On ignore alors les causes de ce fléau et son mode de contagion par la puce du rat noir.

On « invoque un châtiment divin, un « vengeance de Dieu pour les péchés du monde », selon les termes du chroniqueur Jean le Bel. Des cohortes de pénitents se flagellent en public, se déplaçant de ville en ville, ce qui contribue à la diffusion du mal. Pour la Faculté de Médecine de Paris, il faut incriminer une corruption de l’air dont la cause première serait « quelque constellation céleste ».

« L’accusation portée contre les Juifs d’avoir empoisonné les puits et les fontaines fournit un exutoire à la peur et désigne un bouc émissaire. Ce qui génère des massacres, surtout dans l’Empire ». 

La peste resurgit à la fin du Moyen Age et sévit de manière récurrente en Europe jusqu'à la peste de Marseille de 1720. Celle-ci aurait pu être évitée si les règles de prudence avaient alors prévalu.

Divers trésors de la Peste noire
Divers « trésors de la Peste noire » existent, dont beaucoup ont été découverts en terre d’Empire, essentiellement dans la vallée du Rhin. Citons celui de Weissenfels (en Saxe-Anhalt), mis au jour en 1826, est le seul ayant aussi une bague de mariage juive.

« Pour certains trésors, c'est le lieu de l’invention qui, ajouté à des indications chronologiques déduites des monnaies, oriente vers les persécutions contre les Juifs de 1348-1350. Ainsi du trésor de Münster (Westphalie), découvert en 1951 dans une maison située à la limite du quartier juif, près d’une synagogue, ou de la trouvaille du cimetière juif de Bâle (1937) ». 

Le plus souvent, « c’est la seule étude des monnaies et des objets qui conduit à l'hypothèse d’un enfouissement au milieu du XIVe siècle. C’est le cas des trois trouvailles de Cologne, sans doute cachées vers 1348-1349 ; de celle de Valendar (près de Coblence), enfouie après 1340, peut-être en 1349 ; de celle de Jülich (Rhénanie), découverte en 1953, et enterrée vers 1348 ; du trésor de Lingenfeld (Palatinat), trouvé en 1969, et enfoui vers 1348-1349. En revanche, pour certaines trouvailles, comme celle de Treuenbrietzen (Allemagne du Nord) ou de Kelebia (Hongrie), le lien avec les persécutions anti-juives de la Peste noire est moins assuré. Celles de Gransee et de Pritzwalk  (Brandebourg) auraient, pour leur part, été enfouies respectivement vers 1370 et dans le dernier quart du XIVe siècle ».

De nombreux trésors liés à la Peste noire sont, comme celui de Marbach en Alsace découvert en 1862, composés seulement de monnaies. « Quelques ensembles, à l’instar de ceux d’Erfurt et de Colmar, sont mixtes, comportant aussi des objets d’orfèvrerie : la trouvaille de l'hôtel de ville de Cologne (1953), les trésors de Lingenfeld, Weissenfels et Münster. L’ensemble de Lingenfeld comprend, outre ses 2500 monnaies, des pièces d’orfèvrerie de table (dont une double coupe) et quelques bijoux. Le trésor de Münster, à côté de ses 1941 monnaies, se compose surtout de bijoux (dont dix-neuf fermaux), ainsi que celui de Weissenfels, moins important ».

Tous ces trésors luxueux « rassemblent des pièces d’orfèvrerie d’argent et d’argent doré. Le trésor de Środa Ślaska (ouest de Wroclaw, Pologne), découvert en 1988 sur le terrain de la décharge municipale, parmi des matériaux de démolition, et vraisemblablement enfoui vers 1349-1350, occupe une place à part parmi les « trésors de la Peste noire ». Il est en effet composé, en plus de monnaies d'or et d'argent, de bijoux exclusivement en or, dont une couronne enrichie de pierres précieuses. Selon Jerzy Pietrusinski, ces joyaux pourraient provenir du trésor de la maison royale de Luxembourg – ils ont peut-être appartenu à l’empereur Charles IV (1346-1378) -, et avoir été déposés en gage vers 1340 chez un financier juif de Środa Ślaska. La pratique du dépôt de joyaux en gage par des souverains qui avaient recours à des prêteurs juifs est attestée par ailleurs : en 1339, le roi d'Angleterre Edouard III met en dépôt auprès de l'archevêque de Trèves, en garantie de la créance du puissant financier juif strasbourgeois Vivelin le Roux, la grande couronne royale d'Angleterre ».

Les « trésors de la Peste noire » d’Erfurt et de Colmar
Les communautés juives de Colmar et d’Erfurt « comptent parmi les plus grandes d’Alsace et de Thuringe, régions où la présence juive est attestée à partir du XIIe siècle. Petites cellules autonomes et minorités religieuses protégées par le pouvoir en échange d’impôts, les communautés juives jouaient, par leurs activités financières et commerciales, un rôle important dans l’économie urbaine. L’étude des monnaies et des lingots montre que le possesseur du trésor d’Erfurt était sans doute un marchand d’envergure internationale (présence de gros « tournois » et de 14 lingots), tandis que celui du trésor de Colmar devait exercer son activité localement (nombreuses monnaies locales et régionales, notamment bâloises) ».

Les trésors d’Erfurt et de Colmar « contiennent peut-être des objets mis en gage, reflet de l’activité de prêt d’argent, mais peuvent également constituer des possessions personnelles, ayant sans doute appartenu à des familles aisées de commerçants et de banquiers, celles qui par ailleurs administraient les communautés juives ».

Les « monnaies les plus récentes de ces trésors rattachent leur enfouissement aux persécutions liées à la Peste noire, point culminant d’une détérioration de la condition des communautés juives – dans un contexte de tension croissante entre chrétiens et juifs – ponctuée de mesures discriminatoires, d’accusations diverses (usure, meurtre rituel, profanation d’hosties…) et d’explosions de violences (dans l’Empire, les trois grandes vagues de 1287, 1298 et 1336-1338) ».

Ces ensembles ont été retrouvés dans l’ancien quartier juif médiéval d’Erfurt ou de Colmar. Cette localisation ne permet pas à elle seule d’affirmer la judéité de leurs propriétaires. En effet, dans les quartiers qualifiés de « juifs », habitaient souvent juifs et chrétiens. 

Un deuxième élément s’avère plus décisif : chacun de ces trésors comporte une bague de mariage juive. Ce qui atteste leur appartenance à un membre de la communauté juive.

D’autre part, « l’analyse iconographique et stylistique des pièces d’orfèvrerie et l’étude des monnaies conduisent à l’hypothèse d’un enfouissement vers le milieu du XIVe siècle. Si quelques objets ont été fabriqués au XIIIe siècle, la plupart datent de la première moitié, voire du deuxième quart, du XIVe siècle. L’étude des monnaies confirme ces données et apporte des précisions chronologiques. Les monnaies les plus récentes, qui fournissent le terminus post quem de l'enfouissement, le rattachent à la Peste noire. Pour la trouvaille de Colmar, il s’agit du florin d’or frappé par Louis Ier de Hongrie à Buda entre 1342 et 1353. S’y ajoutent les florins rhénans à l’effigie de Louis IV de Bavière décédé en 1347. Enfin, la série des bractéates de Bâle s’arrête sous l’épiscopat de Jean II de Münsingen (1335-1365), avant l’émission des bractéates avec BA, datée de 1340-1344. Pour le trésor d’Erfurt, la monnaie la plus récente est le gros tournois d’Adolphe VIII de Berg (1308-1348), frappé au nom de l’empereur Louis IV (1328-1347) ».

Ces « trésors ont dû être enterrés au moment ou par crainte des massacres perpétrés lors de la Peste noire contre les communautés juives, en janvier 1349 à Colmar et en mars 1349 à Erfurt. Ces événements étaient le signe d'une détérioration de la situation des communautés juives en Occident, dont témoignent la décision du concile de Latran IV (1215) d’imposer le port d'un signe distinctif, et les expulsions temporaires (France, 1306) ou définitives (Angleterre, 1290). La vague de persécutions de 1348-1350 fut la plus importante du Moyen Âge. Elle sévit en Catalogne, en Provence, en Dauphiné, en Savoie, et surtout dans l’Empire ».

« Massacres et bûchers, comme celui de la « Fosse aux Juifs » à Colmar, firent de nombreuses victimes (976 morts à Erfurt le 2 mars 1349). L’invention même des trésors de Colmar et d'Erfurt, au XIXe siècle pour le premier et à la fin du XXe siècle pour le second, témoigne de l’ampleur des violences anti-juives liées à la Peste noire ; leurs propriétaires ont succombé aux massacres (à moins que ce ne soit à l’épidémie) et n’ont jamais pu venir les rechercher ».

« Les trésors d’Erfurt et de Colmar présentent des profils similaires. Certes, le trésor d’Erfurt est numériquement beaucoup plus important que celui de Colmar : 3041 monnaies et 14 lingots contre 3334 et un lingot (en deux fragments), quelque 600 objets contre une cinquantaine. Mais on ne connaît pas l’ampleur initiale du trésor de Colmar, en partie dispersé lors de sa découverte, tandis que celui d’Erfurt est resté complet. D'autres différences concernent le trésor monétaire : monométallique argent et très homogène (uniquement des gros tournois) pour celui d’Erfurt, bimétallique (une monnaie d'or, des pièces d'argent et de billon, un alliage d’argent et de cuivre) et très diversifié pour celui de Colmar.

Ces trésors sont tous deux caractérisés par la diversité de leurs pièces d’orfèvrerie profane : bijoux et éléments de parure - bagues, fermaux, ceintures, agrafes, boutons, appliques –, pièces d’orfèvrerie de table – doubles coupes, et, pour le trésor d’Erfurt, gobelets, aiguière, hanap. En cela, ces ensembles constituent des témoignages exceptionnels sur l'orfèvrerie profane du XIIIe siècle et de la première moitié du XIVe siècle. En effet, peu de pièces d’orfèvrerie profane médiévale sont conservées, à la différence de l’orfèvrerie religieuse, rassemblée dans les trésors d’église ».

Certains « objets semblent également répondre à un usage rituel. Attesté pour les bagues de mariage juives, qui figurent parmi les plus anciens objets rituels juifs d’Europe, il est probable ou plausible pour d’autres pièces, dont l’emploi n’est pas spécifiquement juif. Les doubles coupes, peut-être des cadeaux de mariage que l’on exposait, semblent avoir joué un rôle dans la cérémonie nuptiale. Les bagues et les ceintures aux inscriptions amoureuses et aux mains croisées ont pu être des cadeaux de fiançailles ou de mariage ». Seuls « objets spécifiquement juifs des trésors d’Erfurt, de Colmar et de Weissenfels, les bagues de mariage juives sont des bijoux rituels offerts par le marié à la mariée et portés seulement pendant la cérémonie du mariage. Ces bagues portent les mots hébreux mazel tov signifiant « bon augure ». Les exemplaires médiévaux sont ornés d’un petit édifice qui symbolise à la fois le nouveau toit du couple et le Temple de Jérusalem, et que suggère la scénographie ».

Enfin, « les huit gobelets qui s'emboîtent étaient sans doute utilisés pour le vin de Kidouch, prière de sanctification du Sabbat et des jours de fête ».

Les « mêmes pièces d’orfèvrerie profane, à l’occasion investies d’une fonction rituelle ou cérémonielle, se rencontrent parmi les possessions des juifs et des chrétiens ». Objets rituels spécifiquement juifs, les bagues de mariage juives sont fabriquées dans un style qui ne « diffère pas profondément de celui des pièces d’orfèvrerie chrétienne. Le contexte culturel commun et la situation de minorité des juifs dans la société chrétienne expliquent pour une bonne part ces parentés ». Majoritaire dans la production médiévale, l’orfèvrerie profane « a été très mal conservée en raison de son rôle de réserve monétaire et du renouvellement des modes. Les bijoux de ces trésors, pour la plupart en argent, parfois doré, relèvent des principaux types portés aux XIIIe siècle et dans la première moitié du XIVe siècle : bagues, fermaux et ceintures sont les ornements les plus fréquents du costume féminin et masculin ».

Ces « ensembles offrent une gamme variée de bagues, à chaton métallique ou formé d’une pierre enserrée dans une bâte (à bandeau lisse, à cupule dentelée, à griffes…). Les fermaux, qui servent à fermer le vêtement mais peuvent aussi être de simples ornements, apparaissent dans leur diversité de forme, de taille et de décor. Les « chapels » (cercles de tête) et surtout les ceintures, enrichis de pièces métalliques d’une grande diversité, sont autant d’éléments de parure volontiers ostentatoires. Les règlements somptuaires urbains limitent le nombre et le luxe de ces différents bijoux ».

Le « thème amoureux est présent sur plusieurs bijoux et objets des trésors d’Erfurt et de Colmar : fermail en forme d’arc et de flèche, serrure miniature (clef du cœur ?), petite boîte ornée de scènes courtoises, à laquelle fait écho un fermail du trésor de Weissenfels. Le motif des mains croisées, symbole de fidélité, se rencontre sur plusieurs bagues, fermaux et ceintures. D’autres s’ornent d’inscriptions amoureuses, telles AMOR et ses équivalents germaniques (LIEB, LIB, LIEP, LIP) sur des plaquettes de ceinture. Ces bijoux et petits objets étaient pour beaucoup des dons amoureux. Quant aux ceintures, elles ont pu faire partie des cadeaux de mariage (sivlonot) échangés par les fiancés dans les communautés juives de l’Empire ».

De « petites pièces métalliques pouvaient rehausser les vêtements et leurs accessoires, chapeaux, gants, aumônières. Ces appliques, agrafes, boutons et affiques, généralement cousus sur leur support, servaient aussi bien à agrémenter le costume qu’à le fermer ou à en ajuster certaines partis (col, manches). Parmi leurs formes variées, les motifs de rosettes, de cœurs et de fleurs de lis sont très répandus. Les chaînes et leurs pendentifs répondaient à divers usages, notamment celui d’accessoire de ceinture ou de fermeture de manteau. Le « nécessaire de toilette » du trésor d’Erfurt, composé d’instruments cosmétiques et d’un flacon en forme d’étoile, qui contenait peut-être du parfum, est un objet unique en son genre ».

A « côté des récipients de bois, céramique, verre et métaux ordinaires (étain, cuivre), la vaisselle d’argent et d’argent doré n’était pas rare, bien qu’elle ait aujourd’hui presque entièrement disparu. Cette vaisselle précieuse était régulièrement utilisée, probablement lors des fêtes, ou exposée sur un dressoir, comme signe de la richesse et du rang social de son possesseur ». Le trésor d’Erfurt « contient une aiguière (pot servant à verser l’eau ou le vin), ainsi qu’un exemplaire de chacun des deux principaux types de vases à boire profanes du premier XIVe siècle : un hanap (ou coupe), au fond enrichi d’un décor (comme celui du trésor Rouen-Gaillon, conservé au musée), et l’une des deux seules séries de gobelets emboîtables, avec celle de Nuremberg, qui nous soient parvenues ». Les deux trésors « recèlent chacun une double coupe, récipient répandu en Rhénanie, dont l’hémisphère supérieur sert de couvercle et peut être posé, son bouton de préhension faisant office de pied. Celle d’Erfurt est remarquable par ses émaux translucides, qui figurent des scènes de fables d’Esope. D’usage courant, les doubles coupes n’en étaient pas moins des cadeaux de prix, et peut-être, parce qu’elles symbolisent l’union de deux en un, des cadeaux de mariage ».

Organisée par le musée national du Moyen Âge-Thermes et hôtel de Cluny, avec le concours du Thüringisches Landesamt für Denkmalpflege und Archäologie  et le soutien du ministère de la Culture et de la Communication/Direction des musées de France, de la Réunion des musées nationaux, du Haut Conseil culturel franco-allemand, de L’Oréal Recherche et d’AGF, membre d’Allianz.
  
  
A lire sur ce site concernant :
Articles in English

Les citations et la carte sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié en une version concise dans Osmose, et sur ce blog le  :
- 18 juillet 2014 et 3 février 2015. Histoire a diffusé les 18 et 24 juillet 2014, 3 et 9 février 2015 La mort noire, documentaire de Peter Nicholson.

jeudi 17 septembre 2015

Le peintre Charles Lapicque (1898-1988)


Première rétrospective depuis 40 ans (Musée de La Poste, 2008), hommages - exposition itinérante labellisée d’intérêt national aux musées de l’Hospice St Roch à Issoudun, Unterlinden à Colmar (2009), et de l’Abbaye-Sainte-Croix aux Sables d’Olonne (jusqu’au 14 février 2010), livres se sont succédées pour honorer le peintre Charles Lapicque, reconnu Juste parmi les Nations, à l’occasion du 110e anniversaire de la naissance de ce peintre et du 20e anniversaire de sa mort. Un « dérangeur » à l’œuvre diverse et singulière. A Besançon, la Citadelle présente, dans le cadre de l'exposition Bêtes d'expo ! des félins peints par Charles Lapicque.


Rattaché à la Nouvelle Ecole de Paris, Charles Lapicque est « un des artistes les plus originaux du XXe siècle, un novateur, notamment dans son utilisation de la couleur et de l’espace ».

Grâce à sa formation scientifique, cet ingénieur a assimilé et effectué des études complexes sur l’optique et en a retranscrit dans son art novateur les conclusions.

Recherches chromatiques
Orphelin, le jeune Charles Lapicque est confié à ses grands-parents, puis pris en charge par un oncle professeur.  Ses vacances en Bretagne lui font découvrir la mer, la navigation.

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans l’artillerie.

Ce Centralien épouse Aline Perrin, fille de Jean Perrin, Prix Nobel de physique (1926). Il travaille en Normandie dans la distribution électrique, et commence à peindre en 1920. Au Salon des Indépendants où il expose, il est remarqué par le sculpteur Jacques Lipchitz qui lui fait rencontrer en 1925 la galeriste Jeanne Bucher.

Fort de son contrat avec deux galeristes, Jeanne Bucher et Pierre Loeb, il démissionne de son poste d’ingénieur pour se consacrer à la peinture. Jeanne Bucher « lui organise sa première exposition en 1929 ». Le krach de 1929 bouleverse sa vie : son contrat est rompu.

Charles Lapicque est engagé en 1931 au laboratoire de physique de la faculté des sciences de Paris. Il y expérimente « les contrastes de valeurs, la perception de l’échelonnement dans l’espace ».

Il rencontre les philosophes Gabriel Marcel et Jean Wahl en 1936. Il peint cinq panneaux du Palais de la Découverte pour l’Exposition universelle de 1937.

En 1938, il soutient avec succès sa thèse de doctorat d’Etat ès sciences sur L’optique de l’œil et la vision des contours. Il  estime « n'être entré en peinture qu'en 1939, année où ses recherches antérieures sur l'échelonnement des couleurs dans l'espace trouvent leur aboutissement personnel ».

Charles Lapicque « participe au renouveau de l’art abstrait ». Mobilisé en 1939-1940, il devient en 1941 un des théoriciens du groupe des jeunes peintres de Tradition française et influe ses pairs : Bazaine, Tal Coat… Il démissionne de la faculté pour s’engager à partir de 1943 dans la seule peinture en étant lié à la galerie Louis Carré.

Charles et Aline Lapicque, tous deux résistants, accueillent le 16 juillet 1942, Fanny Weisbuch, licenciée ès-science juive, son bébé Gérard et sa sœur cadette. Le couple Lapicque et ses fils fournissent des faux papiers et cachent aussi des aviateurs anglais et des émissaires venus de Londres. Après s’être engagé dans l’armée française et moultes pérégrinations, Abraham Weisbuch, mari de Fanny, reste en Auvergne. Dénoncée, arrêtée, la sœur de Fanny meurt à Bergen-Belsen. Le couple Lapicque est distingué en 2000, à titre posthume, comme Juste parmi les Nations. Le 5 juin 2001, sont remis au Sénat (Paris) à leurs ayants-droits le diplôme et la médaille de Justes parmi les Nations.

De 1948 à 1966, il est peintre officiel du Département de la Marine.

Une œuvre narrative, « figurative à la limite de l’abstrait » (Daniel Abadie)
Cet artiste « inventif, audacieux », curieux, voyageur, joueur de tennis et musicien amateur, peint des sujets de la vie quotidienne - automobiles, bouchère, paysages, locomotive, natures mortes -, des sujets historiques : Henri III (1950), La Bataille de Waterloo (1949). Dans ce tableau, il insère un espace, comme une bulle de bande dessinée, pour représenter la vision d’un personnage.

Ses recherches esthétiques et son observation des « vitraux, des émaux médiévaux et des faïences rouennaises du XVIIIe siècle » l’amènent à s’opposer à la « théorie classique en cours depuis la Renaissance, qui veut que le bleu éloigne alors que le rouge rapproche » (Josette Rasle).

Charles Lapicque écrit, ou conseille : « Mettez du rouge, de l’orangé, du jaune pour tout ce qui est impalpable et lointain, notamment le ciel, et du bleu pour tout ce qui est solide, compact, rapproché, la terre par exemple ». Bref, une utilisation originale des couleurs froides – bleu, vert, violet – et chaudes - rouges, jaune, orangé – pour jouer sur les perspectives, créer l’espace. Des couleurs portées en flambeaux.

Charles Lapicque est le premier à recevoir le Grand prix national de la peinture. Ses œuvres ont été acquises par le centre Pompidou, les musées d’art moderne de la Ville de Paris, de Dijon et de Besançon.


Visuels :
Timbre-poste reproduisant en 1989 le tableau « Régates vent arrière » de 1952

Henri III, 1950 (huile sur toile, 120 x 60 cm).
Collection particulière, courtesy Nathan Fine Art, Berlin-Zurich
© Jean-Louis Losi

L’Adieu, 1947 (huile sur toile, 80 x 65 cm). Collection particulière
© Nathan Fine Art, Berlin-Zurich / Droits réservés

Pour en savoir plus :
Charles Lapicque (1898-1988), une rétrospective. Musée de La Poste et Beaux-arts de Paris, les éditions, collection Un timbre - Un artiste, 2008. 112 pages. ISBN : 9 782840 562726. 20 euros.
Charles Lapicque, le dérangeur. Thalia Edition, 2009. 320 pages. ISBN : 978-2-35278-045-8. 39 euros.
Cet article a été publié en une version plus concise dans L’Arche. Il a été publié dans ce blog le 6 janvier 2010, puis le 30 juin 2015.

Qu’est-ce qui fait rire les Européens ?


Arte diffusera les 19, 22 et 23 septembre 2015 le numéro de Yourope intitulé « Qu’est-ce qui fait rire les Européens ? » (LOL: Worüber lacht Europa?) Un panorama succinct - humour Juif absent - des sources du rire en Europe.

« Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaudeville, une scène de fine comédie ? Quelle distillation nous donnera l’essence, toujours la même, à laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrète odeur ou leur parfum délicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique » (Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, 1900)

Andreas Korn enquête  sur les rires, les modalités actuelles du rire, la "gélotologie", ou science du rire. Ou les bienfaits du rire sur la santé...

Il rencontre Eva Ullmann, directrice de l'Institut allemand du rire (Deutsches Institut für Humor®). Une personne convaincue que chacun a un sens de l'humour, mais tout le monde n'a pas le même. Au programme : des exercices d'humour social ou convivial, agressif - se moquer d'autrui.

« Le propre de l’homme » (Rabelais)
« À quoi reconnaît-on qu’un compte bancaire est vide ? Quand un distributeur de billets n’affiche que la langue grecque. » 

C’est « une des nombreuses blagues qui circulent actuellement au sujet de la crise financière grecque. Font-elles aussi rire les Grecs ? Non, ils ont plutôt une préférence pour les blagues sur l’Allemagne », notamment sur la chancelière Angela Merkel.

« Continuer à rire malgré la crise n’est peut-être pas une mauvaise idée en soi. Au contraire : le rire est un bon exutoire. C’est pourquoi les Grecs raffolent des caricatures d’Arkas, publiées régulièrement dans un quotidien national. Sous un pseudonyme : personne ne connaît la véritable identité du dessinateur. Ce dernier souhaite sans doute garder l’anonymat car il sait pertinemment que tout le monde n’a pas le sens de l’humour ». Animée par quatre comiques indépendants - Christos Kiousis, Stathis Panagiotopoulos, Giannis Servetas et Antonis Kanakis -, diffusée le lundi sur une chaîne de télévision de Thessalonique, Radio Arvilla épingle Aléxis Tsípras, alors Premier ministre du parti Syriza, et le système grec de santé. Elle est vue par 50% des téléspectateurs de 15- 45 ans. Un humour satirique audible aussi dans l'émission radiophonique Imagine 89.7.

Si Dieudonné a été condamné pour incitation à la haine, railler ou caricaturer l'islam s’avère impossible. Les « musulmans semblent prendre leur religion très au sérieux. Pourtant, il existe des humoristes musulmans qui tournent justement cet aspect en dérision ». Cependant, « en Grande-Bretagne, des humoristes musulmans refusent de s'autocensurer, des comédiens et comédiennes se produisent sur scène avec le voile. L’humour est à leurs yeux le meilleur moyen de communication et d’intégration ». Né au Kenya dans une famille d'origine indienne, le comédien britannique musulman Imran Yusuf pratique le stand up. Il a réuni neuf autres comiques, souvent musulmans, pour le spectacle HaLol comedy night au Comedy Store. "L'idée est de montrer aux gens que je suis humain malgré mes origines", explique Imran Yusuf. D'origine pakistanaise, Shazia Mirza persifle sur des femmes ayant rejoint les rangs de l'Etat islamique.

Arte s'interroge sur "la ligne rouge à ne pas dépasser" par un humoriste en islam. "Dieu, ses messagers, les prophètes, le Coran, tout cela a énormément de valeur à mes yeux, alors les moqueries cela nous blesse", répond le shaykh Ibrahim Moghra, du Conseil musulman de Grande-Bretagne. Selon les représentants de l'islam interrogés, "le terrorisme et l'extrémisme n'ont rien à voir avec le Coran. On peut donc s'en moquer". (sic) La police anti-terroriste londonienne utilise une "arme des plus innovantes" : Humza Arshad. Ce comique trentenaire doit aider les forces de l'ordre à empêcher le regroupement des terroristes". Des millions d'adolescents regardent Badmans worlds sur Youtube. Cet artiste montre sa  vidéo dans une cinquantaine d'établissements scolaires britanniques et dialogue avec les élèves afin de contrer les efforts des "extrémistes", vocable d'Arte pour éviter le terme "islamistes", pour embrigader des jeunes.



Les « Européens seront-ils jamais unis dans le rire ? » Selon Arte, les Français aiment la satire politique et le cynisme, les Allemands le burlesque et le comique de situation, les Britanniques l'humour noir. Mais on rit de moins en moins... 

« Defying the Norm » (Défier les normes). Telle est la devise de l'Edinburgh Festival Fringe, célèbre festival de théâtre de rue. Lee Ridley "est probablement le seul humoriste qui ne parle pas", et s'exprime par un ordinateur. « L’humour m’aide à accepter mon handicap, évidemment, mais j’espère aussi faire évoluer les mentalités ; les gens pensent que nous n’avons pas d’humour, enfin je crois » dit-il. Enfant, une grave maladie cérébrale l’a privé de la parole. Avec sa tablette tactile à synthèse vocale, Lee Ridley, alias Lost Voice Guy, se produit seul. Il est aussi membre des Abnormally Funny People, un collectif de comédiens frappés de handicaps divers qui a participé à l’édition 2015 du festival d’Edimbourg". Ses buts : supporter le quotidien, changer l'image des personnes handicapées.

Contrairement aux affirmations d’Arte, l’attentat contre la rédaction de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 n’en fournit malheureusement pas la preuve. Certains sujets, en particulier ceux concernant l'islam, sont prudemment évités par un nombre croissant de dessinateurs de presse, de crainte de susciter l'ire, ou des menaces de mort, de musulmans.

Ce qu’ont confirmé les 5es Rencontres internationales des dessinateurs de presse (11-13 septembre 2015) organisées au Mémorial de Caen avec le soutien de l'association danoise Cartoon movement, qui réunit plus de 300 dessinateurs dans 80 pays. Les Rencontres du Mémorial ont été lancées en 2011 en partenariat avec l'association Cartooning for Peace, créée par le dessinateur célèbre, mais controversé, Plantu et Kofi Annan, ex-secrétaire général de l'ONU (Organisation des Nations unies). L’année suivante, l'association et le Mémorial ont mis un terme à leur partenariat.

Autre preuve : Emmanuel Chaunu a dessiné, en s’inspirant de la photo du petit enfant kurde syrien Aylan Kurdi mort sur une plage turque, un garçon inerte dans la même situation, et portant au dos un cartable. Titre : « C’est la rentrée ». Un « dessin hommage », selon le dessinateur, publié sur son compte Facebook, puis dans L’Union et qui a suscité la polémique sur les réseaux sociaux et qui a valu à son auteur des menaces de mort. « Après le 7 janvier, les gens ont redécouvert le dessin de presse, mais ils n’ont plus les codes culturels. Donc, pas de caricature sans culture », a expliqué  Emmanuel Chaunu.

On peut regretter que Yourope ne s'intéresse pas aux efforts de religions pour contrôler, censurer la liberté d'expression, notamment de dessinateurs ou journalistes. Tant le rire, par sa dynamique, par son pouvoir libérateur, par la distance qu'il émet à l'égard de la réalité, suscite un instant de bonheur, interpelle la réalité, le pouvoir, et peut constituer le moteur vers une alternative honnie par les régimes totalitaires.


2015, 26 min 
Sur Arte les 19 septembre à 14 h, 22 septembre à 7 h 10 et 23 septembre 2015 à 1 h 20

Visuel : © SWR

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dimanche 13 septembre 2015

Paul Durand-Ruel. Le pari de l’impressionnisme : Manet, Monet, Renoir


Le Philadelphia Museum of Art présente l’exposition Discovering the Impressionists: Paul Durand-Ruel and the New Painting. Marchand d’art français, Paul Durand-Ruel (1831-1922) a défendu et soutenu, financièrement et artistiquement, avec une intuition sûre, avec talent et persévérance, les impressionnistes, dont Camille Pissarro, alors méprisés et ostracisés. Le pari audacieux d’un précurseur innovateur, organisant des expositions dans le monde entier, en particulier dans ses galeries à Paris, Londres, Bruxelles et New York, sur les artistes de l’Ecole de Barbizon et des Impressionnistes.
« J’arrive à mon grand crime, celui qui domine tous les autres. J’achète depuis longtemps et j’estime au plus haut degré les œuvres de peintres très originaux et très savants dont plusieurs sont des hommes de génie et je prétends les imposer aux amateurs. J’estime que les œuvres de Degas […], de Monet, […] de Pissarro et de Sisley sont dignes de figurer dans les plus belles collections .» (Paul Durand-Ruel en 1885)

Après avoir été présentée par le Musée du Luxembourg (Paris) sous le titre Paul Durand-Ruel. Le pari de l’impressionnisme : Manet, Monet, Renoir (9 octobre 2014-8 février 2015) et été accueillieInventing Impressionism. How Paul Durand-Ruel created the Modern Art Market  - à la National Gallery de Londres  (4 mars-31 mai 2015), l’exposition Discovering the Impressionists: Paul Durand-Ruel and the New Painting est présentée au Philadelphia Museum of Art. Elle est organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais en collaboration avec le musée d’Orsay, la National Gallery, Londres et le Philadelphia Museum of Art. Au musée du Luxembourg (Paris), elle a attiré «  240 945 visiteurs, soit 1 974 visiteurs/jour en moyenne ».

Cette exposition est « la première consacrée au grand marchand des impressionnistes, Paul Durand-Ruel (1831-1922), également considéré comme le père du marché de l’art moderne. Elle se propose, dans le sillage des récentes manifestations dédiées à des marchands influents, tels Theo Van Gogh, Ambroise Vollard ou Henri Kahnweiler, de mettre en lumière le rôle d’une figure éminente de l’impressionnisme dont les choix et les goûts radicaux ont été déterminants pour la reconnaissance des artistes et la constitution de notre panthéon de la peinture moderne ». 

La « plupart des grandes collections impressionnistes publiques et privées se sont en effet constituées auprès de la galerie Durand-Ruel au tournant du XXe siècle. Les collections des musées d’Orsay, de Londres et de Philadelphie comptent près de 200 œuvres passées par sa galerie. Encore aujourd’hui, nulle vente impressionniste qui n’ait lieu sans que des tableaux autrefois passés par la galerie n’y figurent. De sa découverte de l’impressionnisme au début des années 1870 jusqu’au succès du début du XXe siècle, Paul Durand-Ruel  a acheté, vendu, exposé des milliers d’œuvres de Manet, Monet, Renoir, Degas, Pissarro, Sisley, Morisot et Cassatt. Cette histoire ne s’est pas déroulée sans heurt et, s’il est maintenant salué comme un marchand visionnaire, Durand-Ruel a bel et bien fait le pari de l’impressionnisme. C’est ce chapitre de l’histoire de la galerie et du parcours d’un homme que l’exposition » étudie à la lumière de recherches récentes. 

« Reflétant le rayonnement international de la galerie au XIXe siècle, cette exposition évoque avec Paul Durand-Ruel une figure centrale de l’impressionnisme ». Elle « réunit plus de 80 tableaux, notamment des paysages de Camille Pissarro (1830-1903), et des documents, provenant de musées et de collections particulières du monde entier. Elle retrace, entre la fin des années 1860 et 1905, les moments-clés d’une autre histoire de l’impressionnisme, où la réception des œuvres, leur diffusion, leur circulation sont considérées comme un élément de leur meilleure compréhension ». 

Ironie de l’Histoire. Cette exposition a été montrée au Musée du Luxembourg « qui abritait au temps de Paul Durand-Ruel le musée des artistes vivants, où les impressionnistes ont été difficilement et lentement acceptés. Afin d’offrir une vision alternative de l’art de son époque, le marchand ouvrait son appartement à la visite. L’évocation de cet « appartement-musée » constitue le point de départ de l’exposition qui aborde au fil de cinq autres sections, le goût du marchand pour la « belle école de 1830 » (Delacroix, Rousseau, Corot, etc.), ses premiers achats aux impressionnistes et à Manet, à Londres et à Paris, les années de crise à travers l’exemple de l’exposition impressionniste de 1876, la promotion des artistes avec l’essor des expositions particulières autour du cas de Monet en 1883 et en 1892, pour se clore sur la diffusion de l’impressionnisme aux Etats-Unis et en Europe, avec un accent sur l’exposition historique des Grafton Galleries à Londres en 1905, encore à ce jour le plus important rassemblement de tableaux impressionnistes ».

Paul Durand-Ruel « est un homme paradoxal. Contraste étonnant en effet entre le marchand novateur, que son indiscutable flair, ses goûts avancés et la conviction de mener un juste combat inclinent à prendre des risques, et la vie bourgeoise que mène ce père dévoué de cinq enfants, veuf à l’âge de 40 ans, fervent catholique et monarchiste convaincu. Ce « vieux chouan », comme le surnomme Renoir, soutient le communard Courbet, l’anarchiste Pissarro ou les républicains Manet et Monet. Durand-Ruel rassemble, au-delà des exigences de la vie de sa galerie, une collection personnelle de tableaux impressionnistes, qu’il présente dans son appartement du 35, de la rue de Rome à Paris. Ouvert aux visiteurs, il est salué comme « le plus merveilleux musée de peinture contemporaine qui soit en France » (Lecomte), par opposition au musée du Luxembourg, alors musée des artistes vivants, qui ne reconnaît que tardivement l’impressionnisme ».
  

31 octobre 1831 : « Naissance de Paul Durand-Ruel à Paris. Son père, Jean Durand, et sa mère, Marie Ruel, exposent dans leur papeterie parisienne les œuvres d’artistes tels que Géricault et Delacroix. Jean vend et loue des tableaux. La papeterie devient rapidement un point de rencontre pour les artistes et les collectionneurs, et se transforme en galerie.
1839 : La galerie déménage dans un quartier plus élégant de Paris, au n°103 rue des Petits Champs, à coté de la Place Vendôme.
1848 : La révolution de février interrompt l’ascension des affaires.
1851 : Reçu à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr, Paul Durand-Ruel démissionne de l’armée pour travailler auprès de son père. Dans les années qui suivent, il voyage en province et en Europe.
1855 : Paul Durand-Ruel, qui connaît et apprécie les œuvres de Delacroix, a un choc émotionnel devant l’ensemble des tableaux de l’artiste exposés lors de l’Exposition Universelle à Paris.
1862 : Paul Durand-Ruel épouse Eva Lafon qui lui donnera cinq enfants.
1863 : Napoléon III crée le Salon des Refusés afin que les artistes dont les œuvres sont refusées au Salon puissent exposer leur travail et que le public juge par lui même. Paul Durand-Ruel a alors 32 ans et assume pour la première fois le rôle d’expert aux côtés d’un commissaire priseur lors d’une vente publique.
1865 : Disparition de Jean Durand-Ruel. Paul Durand-Ruel va alors progressivement établir sa politique de marchand basée sur quelques principes innovateurs :
- Protéger et défendre l’art avant tout,
- L’exclusivité du travail des artistes,
- Des expositions individuelles et internationales,
- Un réseau de galeries internationales,
- L’accès gratuit aux galeries ainsi qu’à son appartement,
- Promouvoir le travail des artistes par le biais de la presse,
- Associer le monde de l’art à celui des finances.
1865-1874 : Paul Durand-Ruel défend Delacroix, les artistes de l’École de 1830 : Corot, Daubigny, Diaz de la Pena, Jules Dupré, Millet, Théodore Rousseau… ; ainsi que Daumier et Courbet ; et joue un rôle essentiel dans leur reconnaissance par le public.
1870-71 : Paul Durand-Ruel ouvre une galerie à Londres, et une à Bruxelles.
1871 : Eva, épouse de Paul Durand-Ruel, s’éteint à l’âge de 30 ans, le laissant seul parent de 5 enfants.
1871-1873 : Paul Durand-Ruel découvre le travail de Boudin, Monet, Pissarro, Sisley, Degas, Renoir, Manet, Puvis de Chavannes, et plus tard Morisot et Cassatt.
1874 : Ces artistes exposent pour la première fois tous ensembles dans l’atelier du photographe Nadar, et c'est à cette occasion qu’ils reçoivent ironiquement le nom d’Impressionnistes. Renié par ses clients, Paul Durand-Ruel traverse une première crise financière.
1876 : Paul Durand-Ruel organise la seconde exposition des artistes impressionnistes dans sa galerie. L’exposition est excessivement mal accueillie par le public qui qualifie alors sa galerie de « maison de santé mentale ».
1878 : Paul Durand-Ruel organise une exposition des œuvres des artistes de l’École de 1830, en réaction au Salon qui refuse d’exposer leur travail cette même année.
1880-1886 : Paul Durand-Ruel soutient moralement et financièrement les artistes impressionnistes. Il est le seul à acheter leurs œuvres de manière régulière, ainsi qu’à les exposer, en dépit de la deuxième crise financière qu’il traverse.
1883 : Paul Durand-Ruel présente, sans grand succès, des expositions à Berlin, à Londres et Boston. A Paris, il organise pour la première fois des grandes expositions monographiques successives : Boudin, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley.
1886 : Paul Durand-Ruel est complètement exsangue financièrement ; James F. Sutton et l’American Art Association l’invitent à organiser une exposition à New York. C’est un succès et la première reconnaissance officielle des artistes impressionnistes, c’est également le début de l’implantation de Paul Durand-Ruel à New York et aux Etats-Unis.
1890-1893 : C’est la reprise de l’activité de la galerie parisienne, la reconnaissance de Renoir et de Pissarro, et la confirmation du succès de Monet.
1890-1914 : Paul Durand-Ruel expose à travers le monde et dans plus de dix villes allemandes, marquant ainsi l’origine des collections d’œuvres impressionnistes en Allemagne.
1905 : Paul Durand-Ruel organise une très grande exposition comportant près de 300 tableaux à Londres, à la Grafton Galleries. C’est l’exposition impressionniste la plus exceptionnelle qui a jamais eu lieu.
1910 : Renoir immortalise son ami et marchand, Paul Durand-Ruel, en peignant son portrait après plus de trente ans d’amitié.
5 février 1922 : Paul Durand-Ruel s’éteint après avoir été décoré de la Légion d’Honneur deux années auparavant mais, ironiquement, non au titre des Beaux-Arts mais à celui du Commerce Extérieur.
Entre 1891 et 1922, Paul Durand-Ruel achète près de 12.000 tableaux. Parmi ces œuvres, on trouve plus de 1.000 Monet, environ 1.500 Renoir, plus de 400 Degas et autant de Sisley et de Boudin, environ 800 Pissarro, près de 200 Manet et près de 400 Mary Cassatt.
A 89 ans, Paul Durand-Ruel réalise qu’ « Enfin les maîtres impressionnistes triomphaient comme avaient triomphé ceux de 1830. Ma folie avait été sagesse. Dire que si j’étais mort à soixante ans, je mourais criblé de dettes et insolvable, parmi des trésors méconnus… »


Du 24 juin au 13 septembre 2015
Au Philadelphia Museum of Art
Dorrance Galleries, first floor
2600 Benjamin Franklin Parkway, Philadelphia, PA 19130
Tel. : 215-763-8100
Du mardi au dimanche de 10 h à 17 h, mercredi et vendredi jusqu’à 20 h 45.

Visuels
Affiche de l’exposition
© Affiche Rmn-Grand Palais, Paris 2014

Camille Pissarro
Le Carrefour, Pontoise, ou Place du vieux cimetière, Pontoise
1872
Huile sur toile, 55 x 94 cm
Pittsburgh, Carnegie Museum of Art
© Image courtesy Carnegie Museum of Art, Pittsburgh

A lire sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
Les citations proviennent du dossier de presse.