Citations

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mercredi 9 septembre 2015

« Süskind » de Rudolf van den Berg



En 2012, l’Institut néerlandais de Paris a présenté à l’Action Christine (Paris) le film « Süskind » de Rudolf van den Berg en la présence exceptionnelle du réalisateur et de l’acteur Jeroen Spitzenberger. Personnage ambigu, homme d’affaires Juif allemand, marié et père de famille, Walther Süskind (1906-1945) « collabore avec les nazis au transport des Juifs à Amsterdam en direction des camps, tout en organisant parallèlement le sauvetage de 900 enfants juifs ». Depuis le 4 septembre 2015, les ayants-droits ou les familles des centaines de Juifs d'Amsterdam, survivants des camps de concentration « peuvent demander le remboursement (…) des amendes pour retard de paiement de loyer pendant la Deuxième Guerre mondiale, payées injustement » à leur retour, a indiqué la municipalité d'Amsterdam dans un communiqué.


C’est la première projection en France de ce film - la première internationale a eu lieu à Jérusalem (Israël) - dont la presse néerlandaise a souligné l’ambigüité du personnage principal : Walter Süskind, surnommé à tort le « Schindler néerlandais » et interprété par Jeroen Spitzenberger (Love Is All).


Un film qui montre "le processus qui mène de l'interdiction des Juifs dans les parcs jusqu'à la Shoah", a déclaré  Rudolf van den Berg lors de la projection le  23 octobre 2012.

Ce qui effraie dans le film est le rôle tragique, terrible du Judenrat d'Amsterdam formé à l'instigation des autorités allemandes. Ce conseil de notables Juifs était chargé d'assurer l'ordre public parmi ses coreligionnaires listés, réunis dans des conditions déplorables avant leur transfert vers le camp de transit aux Pays-Bas, puis leur déportation vers le camp d'Auschwitz.

Diplômé de Sciences Politiques, Rudolf van den Berg a débuté comme documentariste - Algerian Times (1976), le controversé TheAlien’s Place (1979), Stranger at Home (1985) sur le retour à Jérusalem de l’artiste arabe palestinien Kamal Boullata - questionnant son identité juive.

Après un séjour à Rome comme assistant de Marco Ferreri dans les studios de la Cinecittà, il s’oriente vers la fiction, et réalise des films à succès : Bastille (1983) consacré meilleur film néerlandais de l’année - un homme recherche son double -, Les Johnsons (1992), film d’horreur culte, Snapshots (2002) avec Burt Reynolds et Julie Christie, Tirza (2007), d’après le roman homonyme d’Arnon Grunberg.  

Collaborateur/Sauveteur
Walter Süskind est né à Lüdenscheid (Allemagne) dans une famille néerlandaise Juive.

Directeur des ventes d’une usine de fabrication de margarine Bolak, victime de persécutions antisémites du régime nazi, il fuit en mars 1938 aux Pays-Bas dans l’espoir d’immigrer aux Etats-Unis. Il y est recruté par Unilever comme directeur des ventes. Son but : se réfugier aux Etats-Unis pour y rejoindre un membre de sa famille, Robert Salzberg. Mais ce projet échoue en 1941 en raison de l’interdiction d’émigrer imposée par les Allemands.

Après l’invasion allemande des Pays-Bas en mai 1940, la reine Wilhelmine et le gouvernement s'exilent à Londres (Grande-Bretagne). Lors de cinq années d’émissions radiophoniques, ils ont évoqué le sort des Juifs en cinq phrases. Selon l’universitaire néerlandais, Manfred Gerstenfeld, ils « ne considéraient pas les Juifs comme de vrais néerlandais ».

A l’instigation des Nazis, le Reichskommissar Arthur Seyss-Inquart dirige le pays avec l’appui de la NSB (Alliance nationale-socialiste).

Dès juin 1940, débutent les persécutions contre les Juifs.

Walter Süskind vit de 1942 à sa déportation à Westerbork, dans le centre d’Amsterdam, avec son épouse Johanna Natt (1906-1944) et leur fille Yvonne.

Pour le Conseil Juif néerlandais (Joodse Raad), il dirige le Hollandsche Schouwburg (Théâtre néerlandais), situé dans le quartier Juif, où les Juifs d’Amsterdam sont internés avant leur transfert vers le camp de transit de Westerbork, puis leur déportation vers les camps nazis. A ce poste, il peut manipuler les informations fournies, notamment celles concernant les enfants Juifs.

Il se lie d’amitié avec le SS Ferdinand aus der Funten, alors numéro deux au Bureau central pour l’émigration juive à Amsterdam. Et est perçu comme un collaborateur.

Face au Hollandsche Schouwburg, se dresse la crèche dans laquelle les Nazis dirigeaient les enfants Juifs. Elle est la plaque-tournante du système de sauvetage de ces enfants mis en place par la directrice de cet établissement, Henriette Henriques Pimentel, l’économiste Felix Halverstad et Süskind avec le concours de résistants, dont Johan van Hulst, directeur du Hervormde Kweekschool : plusieurs centaines d’enfants sont dissimulés dans des sacs, transportés clandestinement par train et tramway vers Limburg et Friesland, cachés dans la campagne hollandaise, tandis que Süskind et Felix Halverstad effacent leurs noms des listes d’enregistrement au Théâtre.

Süskind est brièvement arrêté et emprisonné en septembre 1943.

La famille Süskind est envoyée en 1944 au camp de transit de Westerbork - Süskind ne parvient pas à faire sortir des Juifs de ce camp -, puis à Theresienstadt.

Sa femme et sa fille sont assassinées au camp d’Auschwitz en octobre 1944.

Süskind meurt le 28 février 1945 dans des circonstances non élucidées : lors de marches de la mort eu Europe centrale ou tué par des déportés néerlandais qui le prenaient pour un collaborateur. Il a sauvé environ 900 enfants Juifs.

« Le mythe du bon Hollandais »
Les autorités nazies ont débuté la déportation en 1942 et ont assassiné 75 % des 140 000 Juifs habitant aux Pays-Bas.
Environ 107 000 des 140 000 Juifs des Pays-Bas ont été arrêtés – généralement par la police néerlandaise -, et ont péri lors de la Shoah, soit 76% de la population Juive. L’un des taux les plus élevés en Europe : 40% des Juifs de Belgique et 25% des Juifs de France ont été décimés par la Shoah. Les Pays-Bas sont aussi le deuxième pays ayant le plus grand nombre de Justes parmi les nations.

« Les Juifs qui sont revenus des camps n’étaient pas les bienvenus. Certains d’entre eux n’ont pas été indemnisés pour la spoliation de leurs biens et d’autres ont même du payer une taxe municipale et des factures de services publics correspondant à leur période de déportation », a déclaré Van Hulst en 2012.

Les Pays-Bas n’ont jamais présenté d’excuse pour leur participation aux étapes préparatoires à la destruction des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et pour le manque d’intérêt du gouvernement hollandais exilé à l’égard du sort des Néerlandais Juifs, ainsi que pour le traitement des Juifs survivants de la Shoah et internés. Interrogé par le parlementaire Geert Wilders du Parti pour la liberté, le Premier ministre Mark Rutte a refusé en janvier 2012 de reconnaître la responsabilité de son pays.


« En raison du paradigme Anne Frank, le mythe du bon Hollandais a perduré en donnant l’impression que de larges fractions de la population hollandaise ont résisté aux Nazis et aidé les Juifs. Beaucoup d’attention est donnée aux remarquables Hollandais qui l’ont cachée, et aucune à ceux qui l’ont trahie », écrit Manfred Gerstenfeld, auteur de Judging the Netherlands: The Renewed Holocaust Restitution Process, 1997-2000 qui décrit le contexte des persécutions antisémites pendant la guerre, leur accueil glacial aux Pays-Bas après le conflit mondial, et la procédure problématique des restitutions de leurs biens volés. 

En avril 2013, Charlotte van den Berg, alors étudiante, avait révélé des archives prouvant des réclamations à ces locataires néerlandais  Juifs d'Amsterdam  les "arriérés de paiement pour des loyers de bâtiments appartenant à la ville". Ce qui avait suscité une polémique. Occupée par les Occupants allemands, la ville d'Amsterdam avait réclamé des amendes pour "retard de paiement pour des habitations qui avaient été confisquées et occupées par des Allemandes ou des membre du NSB, le mouvement national socialiste des Pays-Bas qui a collaboré avec les nazis. Des amendes qui concernaient parfois des maisons détruites par les bombardements.
Le 16 juillet 2013, Eberhard van der Laan, maire d'Amsterdam, a estimé que les Juifs survivants de la Shoah qui, à leur retour des camps nazis, avaient été contraints de verser à cette municipalité les arriérés de loyers  impayés correspondant à la période de leur déportation, devaient être remboursés avec intérêts. "Seuls 18 000 des 80 000 Juifs déportés ont survécu". "Chaque centime qui nous brûle les poches, parce que nous aurions été sans cœur ou froidement bureaucratiques, doit être remboursé, et les intérêts également", a affirmé cet édile.

Le 15 avril 2014, l’Institut de la guerre, l'Holocauste et les études sur le génocide (NIOD) a rendu public son rapport à la demande de la municipalité d'Amsterdam. Selon Het Parool, la ville d’Amsterdam "a recueilli plus de 10 millions de dollars de survivants de l’Holocauste, accusés de ne pas s’être acquittés de leur loyers alors qu’ils étaient déportés dans les camps de concentration". Dès 1947, la ville avait contraint des centaines de survivants Juifs de la Shoah à payer des impôts et amendes pour retard dans le paiement pour les biens dont ils étaient propriétaires, et dont il n'avaient pas acquitté les taxes liées "au bail foncier après l’invasion de l’armée allemande en 1940 aux Pays-Bas". Un grand nombre de ces locaux avaient été utilisés par les occupants nazis et leurs collaborateurs néerlandais. Selon le NIOD, et notamment Ronny Naftaniel, ancien négociateur en chef pour la communauté Juive néerlandaise dans les négociations de restitution et membre du comité de surveillance du NIOD, la ville a perçu 14,5 millions de dollars d’amendes injustement imposées aux Juifs, dont 6,76 millions de dollars de 217 Juifs ayant contesté les amendes infligées. 

« Ce qui a été révélé, c’est une scandaleuse procédure, dans laquelle des gens ont été dépouillés de leurs maisons et ont dû payer pour ceux qui les ont déplacés de chez eux », a déclaré Ronny Naftaniel.

Des membres Juifs de la commission de contrôle ont réclamé à la ville de restituer les sommes aux ayants droit des survivants de la Shoah.

Le "maire de la ville, un fils de combattants de la résistance, et le conseil de la ville d’Amsterdam doivent décider dans un proche avenir de la façon de procéder".

Âgée de 78 ans, Anne-Ruth Wertheim, néerlandaise Juive a témoigné en juillet 2013 sur son enfance en Indonésie, alors dénommée Indes orientales néerlandaises. Pendant l’occupation de cet archipel par le Japon (mars 1942-août 1945) lors de la Seconde Guerre mondiale, Anne-Ruth Wertheim a été internée en 1944 dans un camp spécifique destiné aux Juifs. Ceux-ci y ont été battus, sous-alimentés… L’internement des Juifs a débuté en 1943 : le Japon a interné des Juifs de pays autres que ceux des Alliés – Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc. -, par exemple du Moyen-Orient, dont l’Egypte. En 2014, le musée juif historique d’Amsterdam programme une exposition sur les Juifs en Indonésie.

Depuis le 4 septembre 2015, les ayants-droits ou les familles des centaines de Juifs d'Amsterdam, survivants des camps de concentration « peuvent demander le remboursement (…) des amendes pour retard de paiement de loyer pendant la Deuxième Guerre mondiale, payées injustement » à leur retour, a indiqué la municipalité d'Amsterdam dans un communiqué.


Süskind de Rudolf van den Berg (2012)
118 minutes
En avant programme En observation, de Eché Janga (8 mn)
Un couple séparé se retrouve à l’hôpital où leur fils a été placé en observation. Subtil et délicat. Compétition Festival International de Contis 2012

Le 23 octobre 2012, à 20 h
A l’Action Christine
4, rue Christine. 75006 Paris
Information au +33 1 53 59 12 40

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié les 22 octobre 2012, 6 février et 30 avril 2013 alors que, ce 30 avril 2013, le prince Willem-Alexander est devenu  roi des pays-Bas sous le nom de Guillaume IV, le premier homme à monter sur le trône d'Orange depuis 120 ans. Le 28 janvier 2013, la reine Beatrix des Pays-Bas avait annoncé son abdication au profit de son fils Willem-Alexandre. Problème : le 14 septembre 2013, est prévu un rassemblement visant à souhaiter une joyeuse retraite à la reine Beatrix. Or, ce sera le Jour de Kippour (Jour du Grand pardon), fête Juive la plus importante.
Republié les 18 juillet et 30 juillet 2013, 20 avril 2014 et 9 septembre 2015, il a été modifié le 9 septembre 2015.

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