mardi 6 juin 2017

Génocide au Cambodge par les Khmers rouges


Arte diffusera le 6 juin 2017 « Exil » par Rithy Panh. « Après « L’image manquante », déchirante et lumineuse traversée d'une enfance brisée par la sanguinaire révolution de Pol Pot, le cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh fouille à nouveau ses souvenirs du génocide khmer rouge dans ce film qui vogue à la frontière du rêve et de la réalité, de l’écriture documentaire et poétique ».

De 1975 à 1979, la dictature des Khmers rouges a imposé une autarcie et voulu créer une société communiste. Le Programme d'Étude sur le génocide cambodgien de l'université Yale considère que ce régime a assassiné environ 1,7 million de Cambodgiens, soit plus de 20 % des Cambodgiens. En 1979, l'invasion du Cambodge par le Vietnam met fin à ce pouvoir. Les Khmers rouges mènent une guérilla, et disparaissent vers la fin des années 1990.

« 1978. Les images retrouvées des Khmers rouges » 
Arte diffusa « 1978. Les images retrouvées des Khmers rouges » (1978. Die wiederaufgefundenen Bilder der Roten Khmer), documentaire de Pierre Catalan et Serge Viallet, le 10 juin 2016. Dans le cadre de Mystères d’archives (Verschollene Filmschätze), les documentaristes révèlent des images inédites terrifiantes sur le génocide des Cambodgiens par les Khmers rouges.

Le 18 avril 1975, le quotidien français Libération titrait « Phnom Penh : sept jours de fête pour une libération ». Plus de deux millions d'habitants de la capitale du Cambodge ont été contraints de la quitter en trois jours. Les Khmers rouges ont fait table rase du passé. Ils sombrent dans une "folie meurtrière". Ses frontières avec le Laos et le Vietnam sont fermées.

De 1975 à 1979, année de l’invasion du Cambodge par le Vietnam, les Khmers rouges, proches de la Chine communiste de Mao, ont commis un génocide d’inspiration communiste dans le Kampuchéa démocratique. L’un des fomenteurs de ce génocide qui a fait environ 1,7 million de Cambodgiens sur sept millions d'habitants, soit plus d’un cinquième de la population, a été Pol Pot. Les causes : assassinats, famine, épuisement.

« Tombé aux mains des Khmers rouges en avril 1975, le Cambodge a été totalement isolé du monde pendant quatre ans. À Phnom Penh comme ailleurs dans le pays, il n'y avait plus de cinémas. Pourtant, les Khmers rouges ont tourné de nombreux films de propagande. À quel public étaient destinées ces « mises en scène » ?

Un film en noir et blanc a été tourné dans le nord ouest du pays où hommes et femmes, ainsi qu'enfants sont contraints à construire un barrage. Interdit de parler sur ces chantiers de travaux forcés de l'aube à la nuit, à la lumière des néons. "Trahir l'Ankar conduit à la mort". Le "peuple ancien" a "droit à quelques privilèges" : porter des vestes à boutons, fumer, etc. Le "peuple nouveau" était urbain : certains portent encore des tongs aux pieds. Le film date donc du début du régime. La "famine fait des ravages sous ce régime de terreur". Les mots "papa" et "maman" sont interdits. Les enfants sont particulièrement craints car ils détiennent droit de vie et de mort sur les adultes. La production de riz s'effondre, et une grande partie est exportée vers la Chine.

Des images en couleurs du stade olympique montrent des réunions du nouveau régime. Y accourent des membres du "peuple ancien", souvent analphabètes. Aucun spectateur ne porte de lunettes ou de montres, car celles-ci révéleraient une éventuelle trahison. Les formes de politesse sont abolies. Le "nous" est substitué au "je". L'écharpe à carreaux signale le "peuple ancien". Cette réunion vise à montrer l'unanimité et l'organisation au sein du parti. Un défilé militaire se déroule sans grand public. Les combattantes arborent des Kalachnikofs, armes soviétiques. Les chars semblent américains. Plusieurs cameramen filment l’événement au cœur de la ville, jadis animée. En 1966, le prince Sihanouk y avait reçu le président français, Charles de Gaulle. Quelques années après, le Cambodge était impliqué dans la guerre du Vietnam. Les Khmers rouges recrutaient leurs soldats dans ces régions bombardées. Les ruraux avaient fui pour rejoindre la capitale.

Dans un centre de formation, des adolescents suivent attentivement des cours pour "défendre la patrie". Certains ont été des enfants-soldats. Un matériel fourni par la Chine filme ces scènes, notamment chez un médecin.

En 1978, à l'initiative de Pol Pot, un film retrace la victoire de ses troupes, avec l'aide de tribus, sur celles de Lon Nol. Pol Pot avait donné des directives cinématographiques précises. C'est l'année de la seule interview de Pol Pot. Son choix : un média yougoslave. Une opération de communication

"Culte du secret et obsession de la trahison" caractérisent le régime des Khmers rouges et de son chef. En 1976, lors d'une réunion, la caméra filme l'évitement d'un serrement de mains entre dirigeants du parti. Signe annonciateur d'une prochaine élimination physique du dirigeant et de sa famille.

Peu de dirigeants étrangers se rendent au Cambodge sous les Khmers rouges. Pol Pot veut la guerre contre le Vietnam. La médiation du Laos s'avère inutile.

Presse française aveuglée
"Trois jours à peine après la chute de Phnom Penh, les gendarmes français livraient aux Khmers rouges, qui le tueront, le président de l'Assemblée nationale du Cambodge. Et il ne fut pas un cas unique. Sur ce point, le discours lénifiant de la France giscardienne rejoignait celui du Monde et de la plupart des organes de presse, y compris Le Nouvel Observateur. Cette complaisance explique aussi l'étrange amnésie qui va suivre. Alors que, dès les 24-25 octobre 1975, dans La Croix, puis les 17-18 février 1976, dans Le Monde, le père François Ponchaud évoquait les exactions du régime (évacuation des villes, exécutions systématiques, travaux forcés et, déjà, famine), son témoignage demeurait largement inaudible. Un Jean Lacouture refusait toujours d'y croire, confiera-t-il encore en 2001, parce que deux articles en avaient parlé dans Le Figaro. Sans doute ne lisait-il pas non plus Ouest France, qui, en février-mars de la même année, sortait aussi des témoignages accablants. Ni l'écrivain cambodgien Soth Polin et le reporter de l'agence Reuters Bernard Hamel, qui, en juillet-août 1976, publiaient les premiers témoignages sur le génocide en cours. La vérité devenant irréfutable, et bravant l'ire de Georges Marchais, Lionel Jospin sauvera l'honneur en donnant au Monde "Les socialistes et le Cambodge", tribune appelant à croire les réfugiés et demandant : "Où les camps de concentration ont-ils jamais créé un homme nouveau ?" Lacouture publiera Survive le peuple cambodgien ! et avouera en 1978 à Valeurs actuelles sa honte d'avoir été complice de loin, d'avoir "péché par ignorance et naïveté". Mais, le premier aussi, il emploiera le vocable douteux d'"autogénocide" (repris par le linguiste américain Chomsky !) et se risquera à parler de "national-socialisme de rizière" plutôt que, tout simplement, de maoïsme ou de communisme". (L'Express, 10 janvier 2012)

Des aveuglements récurrents d'intellectuels et de politiciens de la gauche française. Le Cambodge fut un protectorat français (1863-1953) à l'époque où l'Indochine française comprenait le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine (colonie), le Laos, le Cambodge et  Kouang-Tchéou-Wan (concession).

La Déchirure
En 1984, La Déchirure (The Killing Fields), film britannique oscarisé de Roland Joffé, avait montré les horreurs de ce régime, son mode de fonctionnement inhumain. Interprété par Sam Waterston (Sydney Schanberg), Haing S. Ngor (Dith Pran), John Malkovich (Al Rockoff) et Julian Sands (Jon Swain), il s’inspirait de l’histoire du journaliste Sydney Schanberg, distingué par le Prix Pulitzer en 1976., et s’attachait à Dith Pran, en montrant le fonctionnement destructeur du régime génocidaire : embrigadement des enfants séparés de leurs parents, destruction de la famille, extermination d'un peuple contraint de quitter les villes pour survivre dans des campagnes pour sa « rééducation ».

Rithy Panh
Survivant de ce régime totalitaire criminel, Rithy Panh a réalisé des documentaires - S21, la machine de mort Khmère rouge (2003), Duch, le Maître des forges de l'enfer (2011), L'Image manquante (2013) - sur ce génocide perpétré par un régime ayant imposé l’autarcie, et sur les survivants.

Arte diffusera le 6 juin 2017 « Exil » par Rithy Panh. « Après « L’image manquante », déchirante et lumineuse traversée d'une enfance brisée par la sanguinaire révolution de Pol Pot, le cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh fouille à nouveau ses souvenirs du génocide khmer rouge dans ce film qui vogue à la frontière du rêve et de la réalité, de l’écriture documentaire et poétique ».

« Un très jeune homme vêtu de noir dans une maisonnette aux parois de bambou. Passent près de lui, comme en rêve, des images d'archives du Cambodge des années 1960 et du régime des Khmers rouges, une nuée de corbeaux de papier, la lune et les planètes, des photographies anciennes, une série d'objets. Parfois, la caresse d'une main féminine se pose sur la joue de cet homme enfant désespérément solitaire, tenaillé par la faim et à demi prostré. Il figure le cinéaste lui-même. Jeté à 11 ans sur les routes avec les siens et l'ensemble des habitants de Phnom Penh, lorsque les Khmers rouges s’emparent de la capitale en 1975, Rithy Panh a survécu, contrairement à une grande partie de sa famille, parvenant à fuir pour gagner un camp de réfugiés en 1979, d'où il part pour la France l'année suivante ».

« Rithy Panh continue d'explorer sa propre mémoire à vif d'un génocide qui a fait quelque 2 millions de victimes, auxquelles il n'a cessé de chercher à rendre justice dans son œuvre. Au-delà du pays natal à jamais perdu, l'exil qu'il évoque dans ce film poème, c'est à la fois la douleur du rescapé, « mort et vif », amputé d'une partie de lui-même, la nostalgie et l'impossible deuil d'un passé anéanti, l'absence au monde qui en découle. Mais par la magie de ses mots et de ses images, le cinéma devient un langage assez puissant pour renouer le lien avec le réel, les êtres et les choses aimés. On ne cesse de creuser la terre dans Exil, des perpétuels chantiers des Khmers rouges filmés quarante ans plus tôt aux trésors exhumés un à un par le personnage principal, comme la métaphore d'un douloureux retour vers la lumière. « Tu vois, ma mère, je t'attendais… » Citant Mao Zedong, Robespierre ou Alain Badiou, mais aussi René Char, Baudelaire et Apollinaire, la voix off, écrite une fois encore par Christophe Bataille, qui a cosigné avec Rithy Panh son livre autobiographique L'élimination (Grasset), mêle avec lyrisme une réflexion sur la révolution qui dévore les vies humaines (« La pureté, c'est la terreur… ») et une méditation intime où passent les souvenirs, les sensations, les sentiments ».


« Exil » par Rithy Panh
2015, 77 min
Sur Arte le 6 juin 2017 à 22 h 20
Visuels : © Film Distribution
Le réalisateur Rithy Panh
L’exil est un abandon, une solitude terrifiante. Dans l’exil, on se perd, on souffre, on s’efface. Mais on peut retrouver les siens, aussi. Au pays des mots, des images, dans la rêverie qui n’est pas seulement enfantine. Tout commence par l’exil et rien ne vaut que par lui. Le film "Exil"est une méditation sur l’absence ; sur la solitude intérieure, géographique, politique.

« 1978. Les images retrouvées des Khmers rouges  », de Pierre Catalan et Serge Viallet
2010, 26 min
Sur Arte le 10 juin 2016 à 12 h 50

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Les citations non sourcées proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 10 juin 2016.

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