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mardi 3 février 2015

« Une si longue présence. Comment le monde arabe a perdu ses Juifs 1947-1967 » par Nathan Weinstock


Avocat et universitaire belge retraité, écrivain et traducteur, spécialiste du monde ouvrier Juif européen et argentin, Nathan Weinstock a suivi un parcours singulier. Eloigné de la mouvance gauchiste, il relate dans cet essai l'exode contraint des Juifs du monde arabe. Dans le cadre du cycle « Juifs en terres arabes » coordonné par Georges Bensoussan, historien, responsable éditorial au Mémorial de la Shoah, auteur notamment de Juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975 (Tallandier, 2012), Nathan Weinstock, Institut d’études du judaïsme (Institut Martin Buber), université libre de Bruxelles, donnera au MAHJ, le 3 février 2015 à 19 h 30, une conférence intitulée Ambiguïtés et ambivalences du statut de dhimmi. Pourquoi le MAHJ n'a-t-il jamais organisé une conférence de l'essayiste Bat Ye'or pour évoquer la dhimmitude, "outil conceptuel" qu'elle a forgé ? 


Avocat et universitaire belge retraité, spécialiste du monde ouvrier Juif européen et argentin (Le Pain de misère, La Découverte, rééd. 2002), traducteur du Journal du ghetto de Varsovie de Hillel Seidman et de chefs d’œuvres de la littérature médiévale Juive (Le Livre des délices de Joseph Iben Zabara, Les Belles lettres, 2011), Nathan Weinstock 

Cet ancien trotskiste est l’auteur du Sionisme contre Israël (Ed. François Maspero, 1969), livre de jeunesse dont il regrette la cécité intellectuelle sur le conflit.

Trente-cinq ans plus tard, éloigné de la mouvance gauchiste, lucide sur les refus arabe ou/et musulman d’un Etat Juif, Nathan Weinstock rédige Histoire de chiens :la dhimitude dans le conflit israélo-palestinien (Editions Fayard/Mille et une nuits, 2004).

La dhimmitude est « corrélée au jihad. C’est le statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique) » (Bat Ye’or).

Un statut inférieur, humiliant, cruel, régi par la précarité. L'illustre la photographie de la couverture du livre Une aussi longue présence. Sa légende est explicite : "Fez 17-19 avril 1912. Vue de deux pièces de la Ménagerie du sultan dont l'une est occupée par les lions et l'autre par des Israélites". Le Tritel (pogrom antisémite) à Fès a duré trois jours (17-19 avril 1912, 30 nissan 5672) : assassinats, viols, incendies, etc. Le mellah (quartier Juif au Maroc) a été détruit aux deux-tiers. Certains Juifs se réfugièrent alors au Palais, où ils durent se blottir dans la cage voisine de celle des lions. 

La colonisation européenne a émancipé ces Juifs de la dhimmitude.

Une « dissonance inécoutable »
Dans cet essai Une aussi longue présence, Nathan Weinstock estime que la dhimmitude, sous-tendue par une « logique d’exclusion », explique ce départ contraint de près d’un million de Juifs de pays Arabes, d’Iran, de Turquie et de Palestine mandataire en quelques décennies - des années 1940 aux années 1970 – et le conflit dénommé à tort « israélo-palestinien ». 

Une épuration religieuse visant des communautés Juives autochtones, installées souvent bien avant la naissance de l’islam et la conquête arabe.

Environ 900 000 Juifs vivaient dans le monde arabe en 1948. Plus de 99,5 % de ces Juifs ont été contraints à l'exil. En ce début de XXIe siècle, ils ne sont plus que 4 500, généralement âgés.

Après avoir décrit l’évolution des communautés Juives « prises en tenaille entre l'Orient ancré dans ses traditions et l'Occident émancipé » dans ces pays, il analyse le cas de la « Terre Sainte ».

« Israël est un véritable cancer greffé sur le monde arabe. Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c'est être. Or nous ne pouvons être que si l'autre n'est pas », a déclaré en 1982 Ahmed Ben Bella.

C’est de ces refus arabe et islamique de l’altérité, de l’égalité de l’autre non musulman ou/et non Arabe, que sont nés cet exode Juif, l’exil des chrétiens d’Orient, ce conflit au Proche-Orient… Ajoutons que cet exil Juif a été annoncé le 14 novembre 1947 - quelques jours avant le vote du plan de partition de la Palestine mandataire -  par Heykal Pasha, diplomate égyptien, aux Nations unies, en termes comminatoires, et coordonné par les Etats arabes : ". 

On peut regretter l’absence d’informations sur d’autres pays de la péninsule arabique, et d’autres pays musulman d’Asie centrale. Mais l’histoire est écrite par les vainqueurs… et les manuels scolaires de nombre de pays Arabes excluent les Juifs de leur récit national.

De précieuses annexes éclairent cet essai historique.

Dans le cadre du cycle « Juifs en terres arabes » coordonné par Georges Bensoussan, historien, responsable éditorial au Mémorial de la Shoah, auteur notamment de Juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975 (Tallandier, 2012), Nathan Weinstock, Institut d’études du judaïsme (Institut Martin Buber), université libre de Bruxelles donnera au MAHJ, le 3 février 2015 à 19 h 30, une conférence intitulée Ambiguïtés et ambivalences du statut de dhimmi. La photo qui illustre cette conférence semble inadéquate : elle saisit des "élèves se rendant à la cantine" à Fès (Maroc).

Visuel :
Maroc, Fès. Février 1933.
Groupe d’élèves se rendant à la cantine
©Alliance Israélite Universelle


Nathan Weinstock, Une si longue présence : Comment le monde arabe a perdu ses juifs, 1947-1967. Plon, 2008. 358 pages. ISBN-13: 978-2259204934

Conférence de Nathan Weinstock sur son livre Terre promise, trop promise (Ed. Odile Jacbo) animée par Gilles William Goldnadel et Alexandra Laignel-Lavastine
Le 22 janvier 2013 à 20 h 30
Au Salon de la mairie du XVIIe arrondissement
16/20, rue des Batignolles. 75017 PARIS

Nathan Weinstock a présenté la conférence Ambiguïtés de la condition de "dhimmi" ? à l'Institut français de Tel Aviv le 12 juin 2014

Articles sur ce blog concernant :
 Cet article a été  publié le 22 janvier 2013 à l'approche de la conférence de Nathan Weinstock du 22 janvier 2013. Il a été republié le :
- 13 juin 2014 à l'occasion de la traduction en hébreu de ce livre, Nathan Weinstock fait une conférence à la Cinémathèque de Tel Aviv ce 13 juin 2014.

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