Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 3 juin 2021

Rassemblement crépusculaire à l’appel d’organisations Juives françaises


Le 20 novembre 2012, lors de l'opération Pilier de Défense, a eu lieu un « rassemblement unitaire » en soutien à Israël près de l’ambassade de cet Etat à Paris, à l’appel de la communauté Juive française institutionnalisée. Les sempiternels discours des mêmes dirigeants communautaires et édiles devant quelques milliers de Français Juifs. Un événement significatif du fossé entre ce leadership communautaire, sans stratégie d’actions et de communication, et ses coreligionnaires. Depuis 2000, en soutien à Israël en guerre contre le mouvement terroriste islamiste Hamas, le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) est passé d'appels à la manifestation à l'invitation d'envoi de messages électroniques de soutien. 

« Les pro palestiniens défilent. Les opposants au mariages gay défilent. Les gays défilent aussi. Les opposants syriens défilent. Les opposants au traité européen défilent. Les Anonymous, les néofascistes, et tout un tas de gens bizarres aux causes incertaines défilent... Nous, les Juifs, on se rassemble !!! On écoute des gens contents d'eux-mêmes parler dans un micro et s'accueillir à coups de « Hazak » (fort, en hébreu, Nda) et « Kol akavod » (bravo ; kavod signifie honneur, gloire, respect en hébreu, Nda), comme s’ils venaient de délivrer la parole de Dieu sur le Mont Sinaï !!! On fait du sur-place!!! », enrage un Français Juif, le 21 novembre 2012, en commentant ce récent rassemblement en soutien à Israël lors de l'opération Pilier de Défense« Colonne de nuée » ou « Colonne de nuages » (en hébreu עמוד ענן‎, ʿAmúd ʿAnán) - (14-21 novembre 2012).

Désaffection croissante
A l’appel de la communauté Juive française institutionnalisée, les rassemblements en soutien à Israël se ressemblent : foule essentiellement Juive, discours convenus se hissant rarement au niveau intellectuel des manifestants, orateurs identiques – dirigeants communautaires, édiles, ambassadeur d’Israël, artistes ou intellectuels –, absence de « nos-amis-musulmans-modérés », exagération dans le nombre de participants, appel au contenu parfois critiquable : « Parce qu'il est du devoir de chacun de vouloir que des négociations directes s’engagent pour la paix », donc la paix passerait par une négociation directe avec le Hamas ?! Et ce serait un devoir de l’accepter ?!

Souvent Gil Taïeb, notamment vice-président du FSJU (Fonds social Juif unifié), est à l'origine d’évènements parisiens similaires.

Le dimanche 18 novembre 2012, Gil Taieb exhortait donc par courriel à se réunir le jeudi 22 novembre, à 19 h, pour marquer sa solidarité avec l'Etat d'Israël. Il se prévalait de sa qualité de président de l'Association de soutien à Israël (ASI). Combien de manifestants aurait-il réuni sur son seul nom ?

Patatras ! Le lundi 19 novembre 2012, le CRIF, auquel se joignaient les grandes organisations françaises Juives, annonçait un « rassemblement unitaire » fixé au 20 novembre 2012, à 18 h 30 et que la manifestation prévue par Gil Taïeb était annulée.

Tout cela fleurait la précipitation, l'absence d'égard pour des conférences prévues les 20 et 22 novembre.

Seule différence, mais notable, entre tous ces rassemblements de la communauté française Juive : une foule de moins en moins nombreuse au fil des ans.

En ce froid 20 novembre 2012, ce « rassemblement unitaire » improvisé a attiré « 2 500 personnes selon la police, 5 à 7 000 selon les organisateurs », selon l’AFP, « environ 2 000 personnes » selon SIPA-AP.

Actualité juive a publié dans son numéro 1232 un reportage sur cette manifestation parisienne. Cet hebdomadaire communautaire a indiqué que Meyer Habib, vice-président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), l'avait "orchestrée", mais a omis curieusement le nombre de manifestants. Une information pourtant majeure et source de réflexions.

Le 22 juin 2010, un rassemblement similaire avait réuni 3 200 personnes selon la police, 10 à 15 000 selon les organisateurs.

Si ce trend se poursuit à ce rythme, le cap d’un nombre approchant 0 participant sera atteint entre 2018 et 2020 si l’on s’en tient aux chiffes de la police, entre 2013 et 2014 si l’on se réfère à ceux des organisateurs. Quel intérêt représenteront alors les dirigeants communautaires pour les autorités politiques françaises ? Et, faute de « plan B », comment exprimeront-ils leur « soutien à l’Etat d’Israël » ?

Le 20 novembre 2012, SIPA-AP indiquait : « Des centaines de CRS ont demandé à des membres de la Ligue de défense juive de baisser des drapeaux qui portaient leur insigne, une étoile de David et un poing serré ». Pourtant, des manifestants de la « rue arabe » haineuse ont brandi à Paris, et en toute impunité, des drapeaux de mouvements terroristes (Hezbollah, Hamas) lors de la guerre d’Israël contre le Hezbollah au Liban (12 juillet-14 août 2006) ou lors de l’Opération Plomb durci contre le Hamas dans la bande de Gaza (27 décembre 2008-18 janvier 2009).

Le 21 novembre 2012, le CRIF et le Consistoire israélite de Marseille organisaient un rassemblement similaire près du consulat d’Israël. Dans la vidéo publiée sur le site du CRIF, on peine à distinguer les visages des orateurs tant la lumière est rare en ce début de soirée.

Le 27 novembre 2012, à l'initiative du CRIF Sud Est et du Consistoire israélite de Nice, un rassemblement en soutien à l'Etat d'Israël et pour dénoncer les crimes du Hamas était organisé, en présence d'édiles, à la... synagogue Deloye, à Nice. Quelle ghettoïsation !

Comparons avec le rassemblement « en solidarité avec Gaza », « contre l’attaque israélienne sur Gaza » du samedi 17 novembre 2012 à l’initiative de la mouvance communiste, gauchiste, écologique et droitsdel’hommiste.

Le moment ? Le samedi après-midi. Donc la lumière naturelle et pendant le week-end, jour de grande affluence.

Le lieu : une partie de la place de l’Opéra, située dans un quartier animé par des touristes et des chalands amenant leurs enfants admirer les automates des vitrines du Printemps, et heureux de préparer leurs achats pour Noël et le Jour de l’An.

Les actions : slogans et banderoles scandaleuses, mais percutantes - « Ici, les enfants perdent leurs doudous, à Gaza ce sont les doudous qui perdent leurs enfants », « Israël casse-toi, la Palestine n'est pas à toi » -, distributions de tracts aux passants.

Le nombre : environ un millier d’individus selon la police, 5 000 selon les organisateurs.

Un parallèle guère flatteur pour ces « rassemblements unitaires » Juifs tenus dans l’obscurité automnale : plus nombreux, ces Français Juifs sont inaudibles, et quasi-invisibles, dans leur ville.

En effet, le leadership communautaire a abandonné les artères prestigieuses de la capitale aux haineux, et s’est retranché près de représentations diplomatiques israéliennes en France et dans une synagogue. Qui a vu leurs rassemblements ? Qui a entendu leurs gentils slogans : « Israël vivra, Israël vaincra » ?

Pourquoi des dirigeants communautaires et leurs services de communication persistent-ils dans cette voie qui signe leur faiblesse ? Par manque d’imagination ou de compétences ? Pour éviter de s’interroger sur leur part de responsabilité dans ces défiance et désaffection croissantes ? Pour masquer une incapacité à agir efficacement sur l’opinion publique ou sur le rééquilibrage de la diplomatie française ? Pour justifier leurs fonctions, se reconstituer une légitimité ébranlée ou préparer leur candidature à un poste électif ?

Le 24 novembre 2012 après-midi, un imposant dispositif policier était installé place de l’Opéra et dans les rues avoisinantes en prévision de l’arrivée de la manifestation « Halte aux agressions contre Gaza » qui partait à 14 h, du métro Barbès Rochechouart, et était organisée par le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI).

Que va faire la communauté française Juive institutionnalisée ? Pourquoi aucun média communautaire ne s'interroge sur ces mobilisations si réduites ?

Le 2 juin 2013, la communauté Juive britannique a organisé dans le centre de Londres une parade festive, dans un esprit de carnaval, pour célébrer les 65 ans d'Israël. Des milliers de personnes se sont réunies à Trafalgar Square. Ce jour, une parade similaire a eu lieu avec succès à la 5e avenue à New York. Le 30 mai 2015, 30 000 manifestants, dont des politiciens israéliens et américains, ont défilé joyeusement à New York, notamment dans la 5e rue, pour la parade annuelle célébrant Israël (Israel Day Parade) aux Etats-Unis.

Pourquoi la communauté Juive française n'organise-t-elle pas un événement similaire, joyeux, festif en défilant dans les grandes artères de Paris et de grandes villes de provinces ? Parce que les autorités politiques françaises ne le veulent pas ? Par crainte que la sécurité soit insuffisamment assurée ? Parce que des politiciens français ne veulent pas afficher publiquement leur soutien à l'Etat d'Israël pour ne pas s'aliéner certains votes ?

Absence de stratégie
Seule la manifestation à l’appel d’organisations françaises Juives (1), dont le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), le dimanche 7 avril 2002, « contre les actes antisémites et en solidarité avec le peuple israélien » ciblé par le terrorisme palestinien, avait rencontré l’adhésion d’environ 50 000 à 100 000 Français Juifs qui avaient arpenté, en familles, les grands boulevards, de la place de la République à celle de la Bastille, d’un Paris printanier et ensoleillé. En phase avec leurs dirigeants communautaires, ces manifestants avaient exprimé alors leur indignation à l’égard de l’attitude du gouvernement français – indifférence, inaction, minoration des actes antisémites - et de la désinformation.

Las ! Au fil des ans, la défiance s’est incrustée chez nombre de Français Juifs.

Et elle est fondée sur des constats inquiétants : niveau élevé du nombre d’actes antisémites, assassinats antisémites - Sébastien Selam (nuit du 19 au 20 novembre 2003), Ilan Halimi (13 février 2006), Jonathan, Arye et Gabriel Sandler ainsi que Miriam Monsonego (19 mars 2012) -, isolement et marginalisation dans la société française (absence de solidarité de la Nation, discrimination positive), « politique arabe » visant la destruction d’Israël et l’avènement d’Eurabia, désinformation non sanctionnée dont est emblématique l’affaire al-Dura.

Sans oublier le fonctionnement communautaire cacophonique, anachronique et émaillé de rivalités d’egos, une relève rare pour succéder à des dirigeants âgés, la cooptation ou l'élection de dirigeants « communautairement corrects », une incapacité à élaborer une stratégie d’actions, un dialogue judéo-musulman, oscillant entre la "tarte à la crème" et le "piège à cons", superficiel et décevant, indéfini et sans objectif, mené par des ignares, cyniques ou timorés, la défense de l’islam malgré son antisémitisme et son antijudaïsme - les cerbères les plus zélés dans la sanctuarisation de l'islam s'avèrent des Juifs français -, des migrations intra-régionales pour fuir des environnements devenus hostiles.

N'omettons pas un sexisme affligeant, par exemples l'inégalité homme/femme dans le calcul du minyan (quorum de dix hommes Juifs ayant fait leur bar-mitzva) indispensable pour certaines prières, ou le divorce religieux (guet) accordé par le seul mari, etc. Une preuve récente de ce sexisme ? Le site Internet du CRIF a publié les discours des orateurs mâles - directeur de l'école, père et grand-père des victimes de l'école Ozar HaTorah, etc. - lors de la cérémonie à Toulouse (1er novembre 2012). Mais il manque le discours d'une spiritualité lumineuse d’Eva Sandler, dont l'époux et les deux fils ont été assassinés par le djihadiste Mohamed Merah le 19 mars 2012.

Aussi leur soutien à l’Etat d’Israël, les Français Juifs l’ont exprimé par mille et une manières - séjours touristiques, aliyah, etc. -, et en ignorant ces événements sans suite, improvisés, et non intégrés dans une réflexion globale ou un plan d’actions et de communication.

La communauté Juive britannique a organisé ce 2 juin 2013 dans le centre de Londres une parade festive, dans un esprit de carnaval, pour célébrer les 65 ans d'Israël. Des milliers de personnes se sont réunies à Trafalgar Square. Ce jour, une parade similaire a eu lieu avec succès à la 5e avenue à New York.

Le 30 mai 2015, 30 000 manifestants ont défilé joyeusement à New York, notamment dans la 5e rue, pour la parade annuelle célébrant Israël (Israel Day Parade) aux Etats-Unis.

Le 4 juin 2016, 30 000 manifestants ont participé à New York à la parade annuelle célébrant Israël. Dans Actualité juive (n°1398, 7 juillet 2016), Moïse Cohen, président d'honneur du Consistoire de Paris, encense cette parade, et au lieu de songer à en créer une similaire à Paris, il invite les lecteurs qui auraient "envie de partager avec les New Yorkais ce grand moment de solidarité agissante avec Israël" à... retenir  "dès à présent" la "date de la prochaine parade qui aura lieu le 4 juin 2017"!

En mai 2021, l'opération israélienne "Gardien des murs" ou "Gardien des Murailles" (Chomer Hahomot en hébreu, Guardian of the Walls en anglais) a été menée par l'Etat d'Israël en réaction contre les tirs de roquettes des mouvements terroristes islamistes Hamas et Djihad islamique, soutenus par l'Iran et le Qatar, à partir de la bande de Gaza.


En soutien à Israël, le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) a invité le 19 mai 2021, les amis d'Israël, à montrer leur "
soutien aux citoyens israéliens, victimes de milliers de missiles tirés depuis Gaza par les terroristes du Hamas et du Jihad islamique ! Nous vous invitons à laisser des messages de solidarité avec les citoyens d'Israel victimes de bombardements des terroristes du Hamas et du Jihad Islamique ! Pour cela, cliquez ici : Message de solidarité. N'hésitez pas à transmettre autour de vous."

Le CRIF est passé, d
epuis le déclenchement de l'Intifada II en 2000, d'appels à la manifestation (printemps 2002) à l'invitation d'envoi de messages électroniques de soutien. 

Par contre, les manifestations pro-Hamas ont perduré dans les rues de villes françaises. Autorisées ou non par les autorités idoines.

La rue appartient à la haine d'Israël, peuple et Etat.


(1) Le 2 décembre 2012, 10 000 Hongrois ont manifesté sur la place Kossuth (Budapest) à "l'appel du parti conservateur au pouvoir Fidesz, du Parti socialiste MSZP et du mouvement "Rassemblement 2014" (centre gauche contre l'antisémitisme)", contre l'antisémitisme. La Hongrie compte environ 100 000 Juifs.

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 24 novembre 2012 et modifié le 13 juillet 2016.
Il a été republié le 2 juin 2013, puis les 1er juin 2015, 8 juin et 13 juillet 2016.
 Si des personnes citées ou leurs proches sont en désaccord avec cet article, elles peuvent réagir par des commentaires ou par des lettres, mais pas par des invectives, pas par une agression verbale dénuée d’arguments.

mercredi 2 juin 2021

« Les Justes turcs, un trop long silence » de Laurence D'Hondt et Romain Fleury

Les 2 et 
25 juin 2021, LCP diffusera « Les Justes turcs, un trop long silence » de Laurence D'Hondt et Romain Fleury. « Ce documentaire raconte l'histoire de ces Turcs qui, face aux ordres de massacres des Arméniens en 1915, ont décidé de désobéir ».  Une histoire méconnue, et qui se heurte à des réticences parmi les deux parties.

« Les justes turcs, un trop long silence » de Laurence D'Hondt et Romain Fleury

Le génocide commis par les "Jeunes-Turcs" (Jön Türkler) - notamment le triumvirat d'officiers Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha - et leurs complices, d’avril 1915 à décembre 1916, a causé la mort d’environ 1 200 000 Arméniens. 

On savait que des Turcs avaient adopté, et islamisé des orphelins arméniens.

On ignorait, peut-être faute de travaux historiques et de volonté de dirigeants turcs d’occulter des pans historiques gênants pour l’Histoire de la Turquie, qu’il y eût des Turcs musulmans ayant protégé, sauvé des Arméniens. Il est heureux que l’humanité ait prévalu parmi des Turcs, quelle que soit leur position sociale.

« Ce documentaire  raconte l’histoire de ces Turcs qui, face aux ordres de massacres des Arméniens en 1915, ont décidé de désobéir. Ils se sont élevés contre l’injustice, au risque de leur vie. Descendant d’une famille arménienne sauvée par des Justes, le narrateur exhume ces récits d’entraide, nés au cœur de la barbarie ».

« Depuis plus d’un siècle, la Turquie refuse de reconnaître sa responsabilité dans la mort de 1,5 millions d’Arméniens entre 1915 et 1917. Ce négationnisme oppose toujours les deux peuples et a jeté dans l’oubli cette poignée d’hommes et de femmes turcs qui ont choisi de sauver des vies arméniennes. Simples bergers ou officiels de l’empire ottoman, ces Justes ont désobéi aux ordres au péril de leurs vies. Mais leurs actes de résistance qui font d’eux des « Schindler turcs » restent jusqu’à ce jour méconnus et niés par l’histoire officielle turque ».

« Il s’appelait Mehmet Celal Bey (1863-1926). Il a gagné un surnom : « le Schindler turc ». Celal Bey, lui, a sauvé quelque 6 000 Arméniens en 1915, lorsque, gouverneur d’Alep, puis de Konya – où il fut muté pour désobéissance –, il refusa de mettre en œuvre les déportations ordonnées par Istanbul. « Il disait “je suis l’Etat et l’Etat doit protéger les faibles”, rapporte son arrière-petit-fils Kemal Ceyhan. Et c’est pourquoi pendant toute sa vie, il a essayé de protéger les faibles, quelles que soient leur origine, leur classe ou leur religion… Hauts fonctionnaires ou gens du peuple refusèrent les ordres de la Sublime Porte. Au péril et souvent au prix de leur propre vie. « Tout ce qu’a traversé notre famille, ça reste un traumatisme », dit dans le documentaire le descendant de l’un d’eux, dont le reste de la famille n’a dû la vie sauve qu’à des voisins qui l’ont « envoyée à Istanbul à dos d’ânes » pour échapper aux exécuteurs », a écrit Pascal Galinier (Le Monde, 25 mai 2021)

Et Pascal Galinier de poursuivre : « Pourtant, en Arménie aussi, le tabou est difficile à rompre. Nombre de familles sauvées par des Turcs relativisent, voire contestent l’humanité dont ces derniers auraient fait preuve. Ainsi de ce barbier arménien, convoqué par le maire de sa ville pour réparer les dégâts faits à son visage par son barbier turc, et qui le remercia en faisant inscrire sur sa maison que les exécuteurs devaient l’épargner – lui et son épouse, mais pas les voisins et cousins venus se réfugier là… »

« Le passage par la Turquie est la partie la plus saisissante du documentaire. Il montre l’inanité du déni érigé en dogme quant à ce génocide qui fit 1,2 million à 1,5 million de victimes pendant l’été 1915 – les deux tiers de la population arménienne sous souveraineté ottomane –, et dont la seule évocation peut valoir la prison. « Il ne peut y avoir de génocide sans Justes », dit la voix posée de Romain Fleury. Au cœur de l’Anatolie, où il a porté ses caméras, « les noms de lieux [“la tombe du sous-préfet”, “la vallée du massacre”, “la rivière des morts”…] parlent plus fort que l’idéologie et le mensonge ». Ici, le génocide « demeure comme un fantôme. Le négationnisme a façonné trois générations, mais aucune loi ne pourra empêcher l’homme de prendre soin d’une tombe, comme une ligne qu’il tracerait contre l’oubli », a analysé Pascal Galinier.

« A Bruxelles, un descendant belge d’Arméniens sauvés par un Turc découvrira lors d’un colloque, en 2015, de la bouche même d’un intervenant turc venu témoigner, le nom de celui qui a sauvé sa famille, et qui l’a payé de sa vie. « Mon plus grand rêve serait de rencontrer ses petits-enfants, pour embrasser leurs mains », dit Andon Akkayan, bouleversé de pouvoir enfin mettre un nom sur celui qui « nous a accompagnés toute notre vie ». L’arrière-grand-mère de Romain Fleury ne parlait jamais de ce qu’elle avait vécu avec sa famille, se contentant de dire au père du réalisateur : « Jeannot, n’oublie pas que ce sont des Turcs qui nous ont sauvés », avant de se renfermer dans le silence. « C’était comme une incitation à ne pas haïr », dit Jean-Pierre Fleury », soulignait Le Monde.

Et le journaliste de conclure : « Evacuer la haine, mission impossible ? « Nous ne voulons plus vivre dans le même sac qu’un chien, parce qu’un jour ou l’autre il va nous mordre ! », répondait en ricanant un rescapé centenaire, rencontré en 2015 à Erevan. Mais le silence n’est plus de mise, car « chacun peut devenir complice par omission d’un crime contre l’humanité », prévient l’avocat belge Grégoire Jakhian, qui plaide, lui, pour une « dédiabolisation, essentielle, des Turcs du côté arménien ».

« Dans ses mémoires, publiées dès 1918, Celal Bey résumera froidement sa situation en 1915 :
« Celle d’un homme qui se tient au bord d’une rivière, sans aucun moyen de sauver ceux qui sont emportés par le courant, des enfants innocents, des vieillards sans reproche, des femmes sans défense… J’ai sauvé tous ceux que j’ai pu attraper avec mes mains et mes ongles et les autres ont disparu… A jamais. »
« Je suis fier de mon arrière-grand-père. C’est un juste. Il n’a pas agi par intérêt mais par devoir » déclare Kemal Ceyhan, petit-fils de Mehmet Celal Bey, gouverneur d’Alep et de Konya.

Le « député allemand d’origine turque Cem Özdemir, qui fut le premier à parler des « Schindler turcs » lors de la reconnaissance du génocide par le Bundestag, le 2 juin 2016 », souhaite que l’Histoire soit dite.

« Le narrateur, descendant d’une famille arménienne sauvée par des Turcs, se rend en Arménie, à la recherche d’autres familles qui, comme la sienne, doivent la vie à des Turcs, et en Belgique et en Turquie, où les descendants de Justes osent témoigner de leur histoire familiale, malgré les risques encourus à parler du génocide arménien dans ce pays. Le narrateur exhume ces récits d’entraide nés au cœur de la barbarie, rappelant qu’aucun crime, si atroce soit-il, n’empêche l’humanité de se manifester. »

Cette histoire se heurte à des réticences en Turquie – négationnisme officiel, appréhensions des descendants de ces sauveteurs - et parmi les Arméniens qui craignent l’occultation du génocide par des exemples héroïques rares et connaissent l’ambivalence des motivations de certains sauveteurs : opportunisme, cupidité...

La diffusion du documentaire est suivie d'un débat présenté par Jean-Pierre Gratien, avec Les invités du débat, sur le thème "Génocide Arménien : l'impossible dialogue ?" 

Interviendront Ariane Bonzon, journaliste et essayiste française, spécialiste de la Turquie, auteur de "Dialogue sur le tabou arménien" (Liana Levi), Ahmet Insel, économiste, éditeur, journaliste et politologue turc, auteur de "La nouvelle Turquie d'Erdogan" (La Découverte), Michel Marian, philosophe et essayiste, auteur de "L"Arménie et les Arméniens en 100 questions. Les clés d'une survie" (Tallandier).



« Les Justes turcs, un trop long silence » de Laurence D'Hondt et Romain Fleury
Belgique, Panache Productions, La compagnie cinématographique, La RTBF, 2018, 52 minutes
Sur PUBLIC SENAT le 2 juin 2021 à 00 h 30 et 25 juin 2021 à 20 h 30

Elles de Montparnasse

Artistes et modèles, inspirées et inspiratrices… En 2002, le Musée du Montparnasse  a montré l’exposition "Elles de Montparnasse" sur l’émancipation et la créativité artistique féminines dans ce « carrefour des avant-gardes » où est née l’Ecole de Paris. Une centaine de peintures, dessins, sculptures, photographies et documents divers révèlent muses, modèles, artistes et galeristes. Des talents souvent cosmopolites et audacieux, et parfois méconnus. Histoire TV diffusera les 4, 10, 15 et 25 juin 2021 "Paris, années folles" réalisé par Fabien Beziat.

Elles de Montparnasse

De la fin du XIXème siècle aux années folles, de la Belle Epoque à l’entre-deux guerres, sur Elles, cette exposition a offert un double regard, féminin et masculin. Ou plutôt une pluralité de regards d’artistes français (Domergue), russes (Alexandre Iacovleff, Moïse Kisling, Pinchus Krémègne, Abraham Mintchine), japonais (Foujita), etc. Des regards aimants de Robert, Domergue, Van Dongen, Iacovleff, etc.

Montparnasse et Montmartre ont été ces deux centres artistiques qui ont contribué au rayonnement artistique de la capitale française. Montparnasse a été ce lieu d’accueil d’artistes provinciaux ou étrangers, de travail, de vie, de rivalité, d’amitié et d’amour.

Cette exposition a aussi rappelé « l’importance de la présence à Montparnasse des femmes artistes, des épouses ou compagnes d’artistes, égéries et modèles ».

Oubliées injustement, leur mérite est d’autant plus grand qu’elles ont affronté des préjugés tenaces et des interdits. 

Des femmes qui, à la fin du XIXe siècle, sont autorisées à étudier d’après le modèle nu et à exposer dans les salons. 

La première exposition avec des œuvres féminines a lieu au Salon d’Amsterdam en 1884.

Émancipation féminine financière, artistique, par la guerre ou des circonstances familiales.

L’élève des Cours de dessin et la bourgeoise Dans le tramway de Mary Cassatt portent chignon épais et habits longs et lourds.

Leur succède la garçonne, fumant à la Coupole tout en jouant de long collier de fausses perles, vêtues des robes fluides de Jeanne Lanvin ou de jupes cachant à peine le genou.

On découvre la galeriste Berthe Weill qui promut Picasso, Matisse, Levitska...

« Berthe Weill (1865-1951) est l’une des premières femmes marchandes de tableaux, métier qu’elle exerce pendant quarante ans. Elle inaugure la galerie B. Weill en 1901, au 25, rue Victor Massé (Paris, IXe arrondissement), en s’imposant d’emblée comme la principale découvreuse des talents émergents. »

« Berthe Weill, d’origine juive, est ciblée par les attaques de la presse antisémite. Un long article publié par Le Cahier jaune, en janvier 1943, souligne chez elle « le manque complet de sens esthétique de la race juive ». Pour échapper au joug d’un administrateur aryen, elle place l’une de ses amies à la tête de sa galerie, qui reste ouverte jusqu’en 1941. Vivant misérablement dans son appartement, elle semble ne pas avoir quitté Paris pendant l’Occupation. »

« En 1946, les anciens protégés de la « petite mère Weill », comme l’avait surnommée Raoul Dufy, se réunissent pour organiser une vente aux enchères. Chacun fait don d’une œuvre et l’ensemble de la recette lui est versé en reconnaissance du soutien désintéressé qu’elle leur avait témoigné dès la première heure. »

Le Nu au trait délicat de Jeanne Bergson, fille du philosophe Henry Bergson  et cousine de Marcel Proust.

Les Etudes de tissus et le costume pour Le Cœur à gaz (pièce de Tzara) de Sonia Delaunay, membre du groupe Abstraction-Création.

La « Vue du ghetto de Varsovie, sa ville natale » de Alice Halicka, « qui participe à l’aventure cubiste, mais revient à la figuration, prouvant son grand talent de dessinatrice, son mari, le peintre Marcoussis, considérant qu’il y avait assez d’un peintre cubiste à la maison ! »

Les peintures pointillistes de Marevna, compagne de Diego Rivera, peintre cubiste, pointilliste et créatrice de châles et chapeaux pour Poiret.

La douceur (Maternité) et la force sensuelle (Danseurs) des sculptures de Chana Orloff.

L’altière Femme à la robe jaune de Tamara de Lempicka.

Kiki magnifiée en violon par Man Ray.

Les Fleurs de Valentine Prax, épouse de Zadkine.

Le Paris pittoresque de Hermine David, mariée à Pascin.

Les styles proches de Modigliani  et de Jeanne Hébuterne, sa femme.

Le Nu assis du « cow-boy » de Montparnasse, Sam Granovsky (Pologne 1889-Auschwitz 1942)…

Montparnasse renaît ainsi comme lieu de formation, de recherches plastiques, d’échanges d’idées, d’amitiés admiratives, d’amours, de passions - celle dévastatrice de Camille Claudel pour Rodin -, et de fêtes.

Le tout avec comme fonds sonore les goualantes de Marie Lebas, Edith Piaf, la mélancolie de Django Reinhardt ou de Ravel, dans le cadre magique de ce Musée-atelier, lieu ce mémoire dans une cour verdoyante d’artistes.

Dans l’ex-atelier de Marie Vassilieff, deux documentaires - La chanteuse réaliste Marie Dubas et La fureur de vivre des années 20 – ont complété cette riche évocation.

"Paris, Années folles"
Histoire TV diffusera les 4, 10, 15 et 25 juin 2021 "Paris, années folles" réalisé par Fabien Beziat. "Le Paris des Années Folles est une « parenthèse enchantée », folle et insouciante, où le monde entier s'est donné rendez-vous. Après l’enfer de la Grande guerre 14-18, un extraordinaire élan vital s’empare de la France victorieuse. Les Français veulent un monde en paix, tourné vers la joie de vivre, la fête et la libération des entraves". 

"Entre 1924 et 1937, ce rêve devient réalité dans une ville : Paris. Les Années Folles élisent Paris pour capitale. La Ville Lumière irradie toute une époque. Son rayonnement culturel unique, tant populaire qu’intellectuel atteint les quatre coins du monde. On vient de tous les continents pour participer au tourbillon de cette folie permanente. « Paris est une fête » déclare Hemingway. Paris est « the place to be ! », proclament Gershwin, Man Ray, Henry Miller, Fitzgerald ou encore Calder. Car ce sont les Américains qui contribuent à forger ce mythe… et particulièrement Joséphine Baker. Icône incontournable de l’époque, elle fait basculer la société tout entière dans la frénésie du jazz et du déchainement des corps. Ce film raconte comment Paris est devenu ce « nombril du monde », selon Henry Miller, par l’ascension de ses deux quartiers mythiques et rivaux qui se font face: Montmartre et Montparnasse. Montmartre et Montparnasse : ces deux « monts de gloire » sont ressuscités par des archives inédites, entièrement colorisées et sonorisées."


"Paris, années folles" réalisé par Fabien Beziat
France, 2013
Produit par PROGRAM 33
Auteurs : Vincent Labaume et Emmanuel Blanchard
Sur Histoire TV les 28 mai 2021 à 20:50, 4 juin 2021 à 23 h 10, 10 juin 2021 à 11 h 05, 15 juin 2021 à 11 h 05 et 25 juin 2021 à 10 h 25

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Cet article a été publié dans Actualité juive. Cet article a été publié pour la Journée des femmes le 8 mars 2013.

mardi 1 juin 2021

Marc Ferro (1924-2021)

Marc Ferro (1924-2021) est un résistant du maquis du Vercors et un historien français, pionnier dans l'analyse de films, dont la mère était juive. Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, (EHESS), codirecteur de la célèbre revue Les Annales. Histoire, Sciences sociales, il était un expert de la Russie, de l'URSS et de l'histoire du cinéma. Arte diffuse sur son site Internet « Marc Ferro, la passion de l'histoire » (Marc Ferro - Die Geschichte seines Lebens) de Michel Vuillermet.

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

Marc Roger Ferro est né en 1924 à Paris. Né à Corfou (Grèce), son père, Jacques Ferro (1887-1929) est un agent de change italo-grec. Née en 1897 à Novohrad-Volynskyï, alors en Russie, aujourd'hui en Ukraine, sa mère, Netty Firman ou Oudia Fridmann, est première modéliste dans la maison de haute couture Worth. 

Veuve en 1930, la mère de Marc Ferro se remarie.

Elève au lycée Carnot (Paris), Marc Ferro est visé par le statut des Juifs émis par le régime de Vichy. Son professeur de philosophie, Maurice Merleau-Ponty, conseille à ses élèves juifs, dont Marc Ferro, de rejoindre rapidement la zone libre. Marc Ferro se rend à Grenoble. Internée à la caserne des Tourelles à Paris, puis déportée, par le convoi n° 55 du 23 juin 1943, de Drancy vers le camp nazi d'Auschwitz (Pologne), sa mère est tuée le 28 juin 1943. "Je ne l'ai jamais revue, bien entendu, racontait-il sur France Culture. Mais il ne me venait pas à l'idée, et il ne venait à l'idée de personne, qu'elle ne reviendrait pas. En ce sens qu'on n'avait jamais vu ce que l'on a appris après. La preuve, c'est qu'à la Libération, j'ai été l'attendre à l'hôtel Lutétia, comme tous ceux qui avaient perdu leurs parents. Je regardais sur les listes ceux qui allaient arriver, ceux qui n'étaient pas là", a-t-il confié.

A la faculté de Grenoble, Marc Ferro se concentre sur la préparation du certificat d'histoire-géographie. 

En 1944, ce vingtenaire risque d'être réquisitionné par le Service du travail obligatoire (STO). Une amie juive communiste, Annie Kriegel dirige un réseau de résistants grenoblois. Elle engage ce germanophone dont la mission consiste à identifier d'éventuelles cibles au sein des soldats allemands postés aux portes de la ville. Après l'arrestation d'une partie du réseau, Marc Ferro, dès juillet 1944, rejoint les résistants dans le maquis du Vercors. 

Sachant lire les cartes d'état-major, il pointe "sur les cartes les mouvements des forces en présence". Il transmet aussi les ordres du lieutenant-colonel François Huet, alias Hervieux, commandant la défense du Vercors. Peu après, l'armée allemande prend d’assaut le massif du Vercors pour détruire ce maquis. Marc Ferro assure les ravitaillements. Le réseau se disperse. Marc Ferro revient à Grenoble. Il contribue à la libération de Lyon le 3 septembre 1944.

Il reprend ses études et devient professeur d'histoire.

En 1948, il se marie avec Yvonne France Blondel (1920-2021) à Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime).

Expert de la Russie devenue Union soviétique, « spécialiste de l’histoire du XXe siècle, Marc Ferro a été à la fois témoin et historien de son époque », notamment quand il enseigne en Algérie. 

« Passionné de cinéma, il était convaincu de l’importance des images comme source historique ». "J'ai vu qu'il y avait deux histoires : une que les images révélaient, une autre que les textes indiquaient, et qu'il fallait les confronter, les croiser. Alors à partir de ce moment-là, ça a démarré en flèche et je ne me suis plus intéressé qu'aux images pour les comparer aux textes. (...) Après avoir étudié les images d'actualité, documentaires... j'ai regardé des films de fiction, ils m'apprenaient beaucoup sur la société. C'est-à-dire qu'ils m'apprenaient autre chose. Un peu comme les romans au XIXe siècle apprenaient sur la société française, les films apprennent sur la société du XXe siècle", a expliqué Marc Ferro

"L'historien doit être autonome des idéologies et des pouvoirs, tout en les connaissant, tout en ayant ses propres opinions, pour alerter le public, c'est son rôle, sur la réalité des faits face au trucage des hommes qui nous dirigent", a déclaré Marc Ferro en 2006 sur France Culture. 

« Marc Ferro s’est éteint le 21 avril 2021 ».

« À la naissance d’ARTE, Marc Ferro a accompagné, avec une constante pertinence, l’ambition de la chaîne à revisiter l’histoire ». 

« Créée en 1989 et diffusée jusqu’en 2001, d’abord sur La Sept, puis sur ARTE, l’émission hebdomadaire Histoire parallèle, réalisée par Didier Deleskiewicz, animée par Marc Ferro et conçue par Louisette Neil, est ainsi restée fidèle à son principe : diffuser les actualités hebdomadaires projetées dans les salles de cinéma cinquante ans plus tôt, en confrontant les regards de différents pays ». 

« De 1989 à 1995, Histoire parallèle a suivi les événements de la guerre de 1939-1945 à travers les actualités des deux camps opposés ». 

« Délaissant ensuite ce fil conducteur, l’humaniste passionné et lucide qu’était Marc Ferro et ses invités ont analysé et commenté l’actualité entourant les grands événements de l’après-guerre, la guerre froide et la décolonisation ». 

« Chaque semaine, celui qui fut le premier à considérer les images animées comme des documents historiques, s’entretenait avec des invités – historiens, témoins, personnalités politiques, journalistes –, afin de croiser les regards et de décrypter l’histoire pour, aussi, la mettre en miroir avec l’actualité récente. »

« Rendre hommage à Marc Ferro est une évidence. Figure majeure de la pensée, cet esprit exigeant et iconoclaste a proposé, de 1989 à 2001 Histoire parallèle sur la Sept puis sur ARTE. Cette émission emblématique, pionnière dans l’analyse et le traitement des archives à la télévision, était porteuse des valeurs communes qui liaient l’historien à la chaîne : l’esprit critique et la nécessité d’ébranler les certitudes », a déclaré Bruno Patino, président d'ARTE.

« ARTE a rendu hommage à l’un de ses premiers visages, à celui qui a fait partie de l’histoire de la chaîne, avec une nuit spéciale jeudi 27 mai à partir de 0.40 » composée d'émissions visibles sur le site de la chaîne franco-allemande.

« ARTE propose une sélection des "Carnets d'Histoire Parallèle". À partir de l’émission phare Histoire parallèle, ces “Carnets” proposent de retrouver les moments forts des entretiens entre Marc Ferro et ses invités ». Parmi ces numéros : 

"1946-1948, la Palestine déchirée" (26 min). "En 1948, l’ONU vote la création de l’État d’Israël. En 1996, Marc Ferro s’entretenait de cette période décisive avec Claude Cheysson, ancien ministre des Affaires étrangères" et anti-israélien, "l’éditorialiste Jacques Derogy et l’historien Maurice Kriegel".

"Le procès de Nuremberg" réalisé par Didier Deleskiewicz (27 min). "Marc Ferro évoque le procès de Nuremberg avec l’historien Klaus Wenger et l’ex-ministre français de la Justice, Robert Badinter. En 1946, les alliés vainqueurs entendent juger les criminels de guerre allemands. C’est à Nuremberg, berceau du nazisme, que siège le tribunal qui devra se prononcer sur la culpabilité de vingt-quatre d’entre eux. C’est aussi là qu’apparaît pour la première fois la notion de crime contre l’humanité."

Autres sujets : 
Héros de la Résistance (26 min)
Paris et Varsovie, les insurrections de 1944 (26 min)
La bombe atomique (27 min)
Pétain : l'histoire a-t-elle jugé ? (26 min)
La guerre d'Indochine a commencé (26 min)
Les années Gorbatchev (26 min)
Gerhard Schröder et la social-démocratie (26 min)


"Le procès de Nuremberg" de Didier Deleskiewicz
France, 2003

« Marc Ferro, la passion de l'histoire » de Michel Vuillermet 
France, 1999, 43 min
Auteur : Ilios Yannakakis
Sur Arte le 28 mai 2021 à 00 h 40
Disponible du 27/04/2021 au 21/05/2022