mercredi 12 octobre 2016

« Katyń » d’Andrzej Wajda

La chaîne franco-allemande Arte diffusa « Katyn », film émouvant d’Andrzej Wajda (2007). Ce réalisateur évoque le massacre dans la forêt de Katyn, située au sud de la Russie, en mars 1940, de milliers d’officiers de l’armée polonaise par la police secrète soviétique, ainsi que le mensonge imposé par l’URSS dès 1943, jusqu’en 1991, et imputant aux Nazis ce massacre ordonné par Staline. Ce film insiste sur les vies brisées par ce mensonge d’Etats, sur cette tragédie historique majeure dans l’histoire de la Pologne, et son instrumentalisation à des fins de propagande par deux régimes dictatoriaux. Andrzej Wajda est mort le 9 octobre 2016 à l'âge de 90 ans.


Le 23 août 1939, l’Allemagne nazie (IIIe Reich) et l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) un pacte stipulant une non-agression et une répartition des territoires entre ces deux pays.

Le 1er septembre 1939, l’armée allemande envahit la Pologne. L’Allemagne institue un gouvernement général de Pologne.

Le 17 septembre 1939, l’armée rouge envahit la Pologne.

En mars 1940, dans la forêt de Katyń, près de Smolensk, la police secrète soviétique assassine, sur ordre de Staline, des milliers d’officiers polonais prisonniers de guerre. Ligoté, chaque officier polonais est exécuté à bout portant d’une balle dans la tête. Ces cadavres emplissent des fosses communes.

Lors de l’offensive allemande Barbarossa, les Allemands découvrent en août 1941 ces charniers, et en rendent responsables l’URSS. Mais quand l’URSS reprend la région de Katyń, elle en rend coupable l’Allemagne.

Ce mensonge sur les auteurs du massacre à Katyń a perduré pendant des décennies, en particulier sous la Pologne communiste passée sous l’orbite de l’URSS de Staline et de ses successeurs.

En 1991, Mikhail Gorbatchev reconnaît la responsabilité de Staline dans ce massacre.

Le 10 avril 2010, l'avion transportant une délégation officielle polonaise dirigée par le président Lech Aleksander Kaczyński, et se rendant à la cérémonie commémorant le 70e anniversaire du massacre de Katyń, s'écrase  près de Smolensk (fédération de Russie). Aucun des passagers ne survit à cet accident.

Rendues publiques depuis le 10 septembre 2012, des archives américaines  ont révélé que les Etats-Unis savaient au moins depuis 1943 que l'Union soviétique, et non le IIIe Reich, avait commis le massacre de Katyn.

Le 13 février 2013, la Cour européenne des droits de l’homme a tenu une audience de Grande Chambre dans l’affaire Janowiec et autres contre Russie (Requêtes nos 55508/07 et 29520/09). « L’affaire concerne des griefs selon lesquels l’enquête menée par les autorités russes sur le massacre de Katyń, survenu en 1940, aurait été inadéquate.

Les requérants sont 15 ressortissants polonais, proches de 12 victimes du massacre de Katyń. Ces 12 victimes étaient des officiers de la police et de l’armée, un médecin militaire et un directeur d’école primaire. Après l’invasion de la République de Pologne par l’Armée rouge en septembre 1939, elles furent conduites dans des camps ou des prisons dirigés par les Soviétiques et furent tuées par les services secrets, sans avoir été jugées, avec plus de 21 000 autres personnes en avril et mai 1940, puis enterrées dans des fosses communes dans la forêt de Katyń (proche de Smolensk) et dans les villages de Pyatikhatki et Mednoye.

Une enquête sur le massacre fut ouverte en 1990. La procédure pénale prit fin en 2004 par une décision de clore l’enquête. Le texte de cette décision étant toujours classé secret, les requérants n’ont accès ni à celui-ci ni à aucune autre information concernant le dossier de l’enquête pénale sur Katyń. Les demandes répétées qu’ils ont faites en vue d’être autorisés à consulter cette décision et d’obtenir sa déclassification ont toujours été rejetées par les tribunaux russes, au motif notamment que les requérants n’avaient aucun droit d’accès aux dossiers dès lors qu’ils ne s’étaient pas vu reconnaître la qualité de victimes. Les demandes des requérants visant à la réhabilitation de leurs proches ont également été écartées par le parquet militaire principal, de même que par les tribunaux.

Le 26 novembre 2010, la Douma russe émit une déclaration au sujet de la « tragédie de Katyń » dans laquelle elle réaffirmait que « l’extermination massive de citoyens polonais sur le territoire soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale » avait été perpétrée sur l’ordre de Staline et qu’il fallait continuer à « vérifier les listes des victimes, rétablir la réputation des personnes mortes à Katyń et ailleurs et mettre au jour les circonstances de cette tragédie (...) ».

Invoquant en particulier les articles 2 (droit à la vie) et 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) de la Convention européenne des droits de l’homme, les requérants se plaignent que les autorités russes n’ont pas mené une enquête effective sur le décès de leurs proches et ont adopté une attitude dédaigneuse face à toutes les demandes d’information sur ce qui était arrivé aux défunts ».

A noter que des propagandistes musulmans ou arabes, notamment palestiniens, ont été formés par des nazis et des communistes, et que la propagande nazie a été dirigée aussi vers le monde arabe. La propagande palestinienne n'a pas hésité à attribuer à l'armée israélienne les morts dont elle est responsable. Elle a été parfois relayée par des médias occidentaux : ainsi, lors de l'Opération Plomb durci, France 2 avait diffusé la vidéo d'une explosion parmi des civils dans la bande de Gaza en alléguant à tort qu'Israël  en était responsable. Or, il s'agissait d'une explosition due au Hamas et datant de 2005. A Sarajevo, en 1994, une explosion parmi des civils avait été imputée à l'armée serbe. Une polémique a surgi : pour certains, l'armée de Bosnie-Herzégovine en serait responsable.


« Post Mortem »
Andrzej Wajda, qui a adapté au cinéma le livre d’Andrzej Mularczyk, Post Mortem, a dédié son film à ses parents. Ce septuagénaire a rendu hommage à son père assassiné à Katyń. Sa mère avait refusé l’idée de cette mort.

Il a voulu que son film « soit le récit du drame et des souffrances subis par de multiples familles, victimes de Staline et du silence qu’il parvint à imposer à ses alliés d’alors : la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ».

Le réalisateur a construit son film de fiction inspiré de ces faits historiques autour de trois personnages féminins principaux : Anna, épouse du capitaine Andrzej qui a refusé de fuir, l’épouse d’un général qui découvre en avril 1943 les images des charniers filmés par les Allemands, et Agnieszka, sœur d’un ingénieur aéronautique et pilote, qui tente en vain de faire poser une stèle rétablissant la vérité sur les circonstances du décès de son frère.

Andrzej Wajda souligne les conséquences dramatiques de ce mensonge d’Etats, de cette vérité occultée sous l’ère communiste car elle ternirait l’image du « Grand frère » soviétique.

Pour évoquer la grisaille et la dureté de la vie en ces périodes dramatiques, les couleurs sont assourdies, ternes – hormis le rouge vif du drapeau polonais -, la lumière froide éclaire des rues tristes de Cracovie.

Peu diffusé en France, ce film a été primé (sept Aigle) et distingué par le Prix du film polonais 2008.

La copie du DVD transmise manque de sous-titres du russe ou de l’allemand en français pour de nombreuses scènes.


« Katyń » d’Andrzej Wajda
Pologne, 2007
116 minutes
Avec : Andrzej Chyra (Jerzy), Maja Ostaszewska (Anna), Artur Zmijewski (Andrzej), Danuta Stenka (Róza), Jan Englert (le général), Magdalena Cielecka (Agnieszka), Agnieszka Glinska (Irena), Pawel Malaszynski (Piotr)

Diffusions les 14 avril 2011 à 20 h 40 et 19 avril 2011 à 01 h 30

Visuels : © Kineos


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Cet article a été publié le 14 avril 2011, puis le 18 septembre 2012 et le :
- 5 février 2013 à l'approche de la diffusion de L'aiguilleur des rêves, le cinéma d'Andrzej Wajda, documentaire d'Anja Krugg-Metzinger sur Arte le 6 février 2013 à 23 h 45.

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