lundi 26 août 2013

"A corps et à traits" à Mont-de-Marsan

 

Le Centre d'art contemporain Raymond Farbos présente l’exposition collective éponyme dédiée au dessin, à travers les œuvres de six artistes remarquables, dont celles du peintre et dessinateur Ben-Ami Koller (1948-2008). Né en Roumanie, Ben-Ami Koller fait son aliyah en 1974. Il se distingue par la qualité de sa ligne, explore l'expressionnisme abstrait coloré, revient vers le figuratif pour des œuvres bouleversantes sur la Shoah
 
 
Ben Ami (fils de mon peuple en hébreu) Koller était né à Oradea (Transylvanie, Roumanie) le 14 mai 1948. Sa mère avait été déportée à Auschwitz et sa famille juive décimée par la Shoah.


Ben-Ami Koller avait été distingué, « à l'âge de 7 ans, par un premier prix d'aquarelle dans un concours international ».

Diplômé de l’Académie des Beaux-arts à Bucarest, il avait fait son aliyah en 1974.

Ses grands dessins sur papier de nus expressionnistes « avec sa façon si particulière de mettre en scène le moindre pli, la plus infime torsion physique ou mentale », au crayon ou à la pierre noire lui ont apporté une célébrité internationale.

Haïssant la routine et l’ennui, conscient des valeurs (rigueur, pureté, essence) du trait, lucide quant à l'attractivité des couleurs, Ben-Ami Koller avait abordé la peinture abstraite, colorée, expressionniste, lyrique, avec de hauts reliefs. Puis, il était revenu à la figuration.

Vivant en France depuis 1981, ce maître du trait illustrait des livres et enseignait.

Il a montré ses œuvres dans environ 200 expositions, en Europe, en Amérique, et au Japon. Ses œuvres ont été acquises par des institutions publiques et des collectionneurs privés. Des films lui ont été consacrés.

« A tous les miens que je n’ai pas connus »
« Depuis plus de deux ans déjà, j’ai orienté ma démarche vers le corps en souffrance… Je suis revenu vers le corps et le visage exclusivement. Cette orientation a été en grande partie déterminée par l’histoire de ma famille ; le déclencheur fut le drame de la Shoah et de la déportation, puis mes recherches se sont étendues à un questionnement plus général sur la souffrance infligée au corps et à l’esprit. Cette préoccupation était déjà inscrite en filigranes dans mon travail depuis longtemps sans que je l’aie appréhendée clairement et sans que j’en aie fait la charnière de mon travail au point où je l’amène actuellement. Je pense que mon âge et mon vécu ont une importance énorme dans cette prise de conscience », expliquait Ben Ami Koller en 2008.

Sa dernière série « Auschwitz » avait été présentée début 2008 dans la galerie Pierre Marie Vitoux (Paris) sous le titre « A tous les miens que je n’ai pas connus ». « Tous les dessins sont réalisés à la pierre noire sur papier. Certains sont rehaussés de lavis d'encre et de pastel sec », nous précisait en 2009 Annick Dollo-Koller, sa veuve.

Ben Ami Koller y exprimait la souffrance avec force, réalisme, empathie et douleur. Dans ces visages émaciés, on est happé par de grands yeux tristes, graves, suppliants. Des corps courbés, squelettiques, déformés, suppliciés sont dessinés en noir et blanc, sur des fonds parfois adoucis de gris, rose et beige qui soulignent la violence infligée. L’artiste affirmait son souci de la dignité de l’homme, et exerçait sa « liberté de témoigner de ce dont il était dépositaire depuis trop d’années et dont il devait se défaire. Liberté d’aller chercher la vie sous les cendres » selon le communiqué de presse.

C’est autour de la liberté, chère à Ben-Ami Koller, que l’association Artcité et la famille de cet artiste, ont organisé une exposition sur ce peintre à Fontenay-sous-Bois en 2010.

La liberté de se renouveler en explorant de nouvelles voies artistiques, en usant de divers matériaux et techniques, hors des modes, avec sincérité, humilité et exigence et générosité.

En témoignent ses tableaux couvrant toutes ses périodes de création : des Beaux-arts de Bucarest jusqu’à l’ultime œuvre inachevée.

En 2011, l'association Traverse a présenté une rétrospective du peintre Ben-Ami Koller au Centre culturel Jacques Prévert de Mers-les-Bains.

A l'été 2013, l’association « Les amis de Charles Despiau et de Robert Wlérick » montre au Centre d'art contemporain de Mont-de-Marsan des dessins dans lesquels le trait, d'encre, de fusain, de pierre noire ou de pastels secs est riche en sens. Ces « œuvres, bien au-delà de la représentation, sans jamais verser dan le narratif, s'ouvrent sur l'humanité dans ses dimensions sociales, historiques, imaginaires et sur le Réel. Elles livrent l'intimité de la chair avec ses meurtrissures de la naissance à la mort, pénètrent à l'intérieur du corps autant qu'elles délivrent leurs messages sur la condition humaine ».

"Depuis toujours le corps humain est un des plus grands thèmes de l'art particulièrement dans l'art occidental et il reste un sujet de prédilection dans l'art contemporain. Au fil du temps, le sens de ces représentations a évolué en fonction des croyances et des religions et leur diktat. En Grèce, de l'utilité incantatoire ou rituelle avec ses conventions formelles, la représentation humaine cherche à rendre compte de la réalité précise du corps jusqu'à l'idéalisation. A partir du XXe siècle, à ce corps idéalisé succèdent de nouvelles images qui tendent à annihiler l'intégralité, l'unité de la figure en lui conférant une dimension tragique, dramatique, illusoire ou dérisoire".

Ben Ami Koller, « démultipliant son trait à la pierre noire prolongé dans de larges mouvements d'éponge, parfois effacé et repris en forme de palimpseste, explore avec une puissante sensualité le corps et plus précisément le corps et le sexe de la femme. La mort qui ne s'y manifeste que par quelques signes, devient de plus e en plus prégnante dans les œuvres sur la Shoah et ses corps décharnés ».

Le Centre d'art contemporain Raymond Farbos a  présenté l’exposition collective A corps et à traits dédiée au dessin, à travers les œuvres de six artistes remarquables, dont celles du peintre et dessinateur Ben-Ami Koller (1948-2008).
 

Jusqu’au 14 septembre 2013
Au Centre d'art contemporain de Mont de Marsan
1bis-3, rue Saint-Vincent de Paul. 40000 Mont de Marsan
Tél. : 05 58 75 55 84
Du lundi au vendredi de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h, le samedi de 14 h à 18 h

Jusqu'au 7 août 2011
Au Centre culturel Jacques Prévert (rez-de-chaussée)
3, rue Paul Doumer. 80350 Mers-Les-Bains
Tél. : 02 35 86 11 85
Du mercredi au dimanche de 15 h à 19 h. Entrée libre
Vernissage le 25 juin 2011 à 19 h
 
Jusqu’au 2 juillet 2010
A la Maison du Citoyen et de la Vie Associative
16, rue du Révérend-Père Lucien Aubry, 94120 Fontenay-sous-Bois
Du lundi au vendredi, de 9 h à 20 h, samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h
Vernissage le mardi 15 juin 2010 de 18 h à 21 h

Photos de haut en bas :
Première oeuvre : acrylique sur toile faisant partie de la série du "Corps en souffrance"
© Gregor Podgorski

Ben-Ami Koller
© Lysiane Koller

A lire sur le blog :
Affaire al-Dura/Israël
Culture
France
Judaïsme/Juifs
Shoah (Holocaust)


Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro 625 de juin 2010 de L'Arche, et sur ce blog le 13 juin 2010, puis le 7 juillet 2011.

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