vendredi 25 novembre 2016

Die Brücke. Aux origines de l'expressionnisme


Le musée des Beaux-arts de Quimper a présenté l’exposition éponyme sur un courant artistique avant-gardiste préfigurant l’expressionnisme. Plus de 120 œuvres Brücke-Museum (Le Pont) de Berlin au noir profond, aux couleurs pures, sensuelles, fortes, violentes d’artistes jugés « dégénérés » par les nazis. Le 27 novembre 2016, Arte diffusera Les grands duels de l'art. Liebermann vs Nolde.

« Animés par la foi dans le progrès, la foi dans une nouvelle génération de créateurs et d’amateurs d’art, nous appelons toute la jeunesse à se regrouper et, en tant que représentants de cette jeunesse porteuse de l’avenir, nous voulons conquérir notre liberté d’action et de vie face aux forces établies du passé. Sont de notre côté tous ceux qui expriment directement et sincèrement leur élan créateur ». (Manifeste du groupe Die Brücke, 1906)

Vingt ans après la dernière exposition consacrée à Die Brücke (Le Pont), le musée de Grenoble se focalise sur ce mouvement artistique d’avant-garde.

Voici quelques mois, la Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition « Expressionismus & Expressionismi - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche » sur « deux courants fondateurs de l’expressionnisme allemand, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et Brücke (« Pont »), de leurs points de convergence, de leurs oppositions fondamentales – références intellectuelles ou sensibles - et de leurs rapports avec notamment, le fauvisme, la sculpture ou la musique ».


Un art libre et spontané
Dans l’empire allemand de Guillaume II, l’art officiel s’affiche conventionnel, académique. L’impressionnisme français y est introduit en 1898 par l’association Sécession berlinoise qui regroupe 65 artistes.

Die Brücke est fondé à Dresde en juin 1905 par Ernst Ludwig Kirchner et Fritz Bleyl, diplômés d’architecture, ainsi que Karl Schmidt-Rottluff et Erick Heckel.

Le rejoignent notamment Max Pechstein, Emil Nolde, Cuno Amiet et Otto Mueller.

En 1910, près de 70 membres – amis, collectionneurs, directeurs de musées, galeristes, etc. – adhèrent à ce groupe. La dissolution a lieu en 1913.

Contemporain du fauvisme, ce groupe rejette de l'art académique. Est influencé par Van Gogh, Munch et les arts primitifs. Traduit « dans un style aux couleurs éclatantes et au graphisme résolument outré le rythme trépidant de la vie, celui du monde des origines en communion avec la nature comme celui des grandes villes et de leur atmosphère enfiévrée ». Affectionne la gravure sur bois, liée à une tradition nationale médiévale, et les œuvres sur papier. « S'enthousiasment pour les objets africains et océaniens dont les qualités esthétiques et l'évocation d'une vie primitive en harmonie avec la nature les fascinent ». Cherchent à transcrire « l’être humain, son corps, ses relations avec l’environnement, urbain ou naturel ». Parcourent les rives des étangs de Moritzburg, au nord de Dresde, puis s’installent à l’automne 1911 à Berlin.

Die Brücke fonde « un art où l'expression directe des émotions prime sur le métier et l'esthétique. Couleurs pures et formes tourmentées sont au service de sensibilités exacerbées qui vont donner naissance à un style que l'on nommera par la suite l'expressionnisme ».

Choisie pour l’affiche et la couverture du catalogue : L’artiste Marcella (1910) d’Ernst Ludwig Kirchner. Fille d’un employé de la poste, Marcella Sprentzel est « assise sur un canapé, installée dans une attitude empreinte de nonchalance et d'ennui, qui traduit bien l'ambiance de liberté qui régnait dans l'atelier. Un chat blanc placé à ses côtés paraît comme un écho à sa position. L'apparente simplicité du tableau est trompeuse : le cadrage et la vue plongeante sont d'une grande audace. Rigoureusement construite à partir d'un ensemble de rayures et de lignes courbes et obliques qui dynamisent l'espace, l'œuvre acquiert une incroyable présence. L'harmonie de verts intenses, uniquement ponctuée par le rouge vif des pantoufles, le blanc du chat et le bleu d'une porte, domine la composition. L'originalité de cette toile, son audace et sa forte monumentalité en font un véritable chef-d'œuvre ».


Gravure sur bois, Fränzi allongée (1910) d’Erich Heckel aborde le nu en des couleurs pures– blanc, rouge, noir - et en un style mêlant l’art occidental à l’influence des masques primitifs (visage).
De Kirchner, le musée présente aussi A la terrasse du café (1914) inspirées des observations du peintre lors de ses promenades dans le Berlin à la vie nocturne animée. Un tableau opposant les tons beiges et rosés des vêtements élégants et des chairs au fond sombre et au style nerveux.

Nature morte aux fleurs (1908) de Cuno Amiet est offerte à Kisling, homme d’affaire et collectionneur qui, sur ses conseils, a acheté Deux fillettes peinte par Van Gogh en 1890 à Auvers-sur-Oise. Cette toile est le premier Van Gogh montrée en Suisse, pays d’origine d’Amiet. On aperçoit un fragment de ce tableau dans la partie supérieure de cette œuvre d’Amiet qui cerne de noir le bouquet de fleurs à la manière du cloisonnisme de Gauguin.

Maisons frissonnes I (1910) d’Emil Nolde représente sa campagne natale, au nord de l’Allemagne : « paysans dans leur quotidien, maisons pittoresques, écluses, moulins, fermes isolées, jardins rustiques ou encore plaines inondées ». Emil Nolde a peint ce tableau après son départ du groupe. « Collées les unes aux autres sous un ciel lourd, les Maisons frisonnes, brique rouge et toits de chaume, bordent une rue et probablement un canal. La barrière sur la gauche rappelle en effet les ponts de bois blanc qui enjambent les marais, peints à plusieurs reprises par l'artiste la même année. Les accords flamboyants de jaune et de rouge-orangé associés aux quelques notes de vert vif produisent une atmosphère quasi printanière, malgré la présence menaçante des nuages. La touche épaisse couvre toute la toile, posée en gestes dynamiques et vibrants. Par sa densité, elle traduit la rudesse du climat. et exprime les sentiments intimes de l'artiste, profondément attaché à cette région qu'il appelait » sa « patrie ».

Les nazis s’opposent à cet art : en 1934, ils saisissent 16 500 tableaux, sculptures, dessins et gravures dans les musées allemands. « Classés artistes dégénérés par le régime en 1937 », ces artistes sont « pour la plupart frappés d'interdiction de peindre, leurs œuvres confisquées, certaines détruites ».


Du 11 juillet au 8 octobre 2012
40, place Saint-Corentin. 29000 Quimper
Tél. : 02 98 95 45 20
Juillet, août, tous les jours de 10 h à 19 h. Septembre-octobre, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h.

Jusqu’au 17 juin 2012
5, place de Lavalette. 38000 Grenoble
Tel : 04 76 63 44 44
Du mercredi au lundi de 10 h à 18 h 30

Visuels :
Ernst Ludwig Kirchner
L’artiste Marcella, 1910
Huile sur toile
101 x 76 cm
Brücke-Museum, Berlin

Emil Nolde
Maisons frisonnes I, 1910
Huile sur toile
64 x 84 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Stiftung Seebüll Ada Und Emil Nolde)

Erich Heckel
Fränzi allongée, 1910
Gravure sur bois en noir et rouge
23/20,7 x 40,5 x 41,6 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Nachlass Erich Heckel, Hemmenhofen/ADAGP, Paris, 2012.)

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Les citations sont extraites du dossier de présentation de l’exposition. Cet article a été publié le 16 juin, puis le 5 octobre 2012. 

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