mardi 14 juin 2016

L'ethnomusicologue Simha Arom


Dans le cadre de la 12e édition du Festival des Cultures Juives : « Audace ! », l’Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ), la Direction de l’Action culturelle du FSJU et le musée Dapper proposent le 15 juin 2016 à 19 h, une soirée festive consacrée à l’ethnomusicologue Simha Arom. Projection du documentaire Simha de Jérôme Blumberg (2015, 78 min, production Le Miroir, CNRS Images, CINAPS TV). La "projection sera suivie d’une discussion avec Simha Arom, Jérôme Blumberg, Gabriel Chabanier, producteur du documentaire et Hervé Roten, directeur de l’IEMJ. Un concert de polyphonies par le groupe Gamako clôturera ce moment unique".


Originaire de Galicie (Pologne), les parents de Simha Arom s'installent à Düsselfolf (Allemagne). S'ils s'expriment en yiddish, ils refusent que leurs enfants le parlent.

Avec l'avènement du nazisme, ils se réfugient avec leurs deux fils en Belgique.  Commence la "course contre les arrestations". Après que les Nazis aient vidé tout l'appartement familial, Simha Arom - Simha signifie joie en hébreu - est emmené dans un couvent quelques jours. Ils se retrouve avec son frère  à Anvers.

Lors de l'invasion par les Allemands de la Belgique, la famille Arom se réfugie en France. Il leur faut huit jours pour arriver dans la région de Toulouse. La Croix-Rouge les y accueille. En 1940, les gens s'approchent d'eux pour voir s'ils ont des cornes. Les Arom sont internés dans deux camps, dont celui de Rivesaltes jusqu'en 1941. Simha Arom arrive dans une maison à Moisac où il apprend le français. Deux ans plus tard, les enfants Arom sont envoyés dans d'autres lieux. En août 1942, leurs parents sont arrêtés en zone libre, et, internés au camp de Drancy, ils envoient une carte à leurs fils. Ce sera le dernier signe de leurs parents avant leur déportation à Auschwitz où ils seront assassinés.

En 1944, âgé de presque 14 ans, Simha Arom est caché dans une colonie de vacances protestantes, dans une ferme. Par un cuisinier Juif, il apprend l'existence de convoi allant en Palestine mandataire via l'Espagne. Il attend quelques semaines à Toulouse que les "Britanniques parachutent des godasses". Son frère plus âgé avait été évacué vers la Suisse pour lui éviter le STO (Service du travail obligatoire), et rejoint Simha en Palestine mandataire un an plus tard.

Les deux frères participent à la guerre d'Indépendance d'Israël, au cours de laquelle Simha Arom est blessé. En 1949, il commence ses études musicales à Jérusalem, puis en 1951, il réussit le concours d'entrée au Conservatoire national de Paris.

« Juif né en Allemagne, formé au Conservatoire national de Paris », Simha Arom est en 1963 corniste de l’orchestre symphonique de la radio israélienne.

Valorisation de la culture centrafricaine
Pour rompre la monotonie de son travail et par curiosité, il accepte la proposition du ministère israélien des Affaires étrangères de former en un an une fanfare en République centrafricaine. L’Etat d’Israël nouait alors des coopérations technologiques, militaires et culturelles très intenses en Afrique.

S’il ne crée pas cette fanfare - deux existaient déjà -, il fonde une chorale de jeunes en valorisant les chants traditionnels des ethnies centrafricaines. Fort de ce succès, il propose au président Dacko de recueillir le patrimoine musical du pays et de créer un musée des Arts et traditions populaires (musée national Boganda). Ce qu’accepte le chef de l’Etat.

Équipé d’un magnétophone Nagra auquel s’ajoutera un synthétiseur, aidé d’un interprète, Simha Arom se rend dans les villages en pleine forêt où vivent les Pygmées. Enregistre les sons. Décrit et retranscrit des chants. Acquiert des instruments. Recueille les témoignages sur les usages et mythes associés. Se montre respectueux des Africains. Part de la musique pour aller vers la culture. Dresse un tableau de l'univers musical de ces sociétés africaines. Fait des expérimentations interactives.

Au fil de rencontres et de hasards, ce musicien élabore et peaufine une méthode scientifique de travail et analyse des systèmes musicaux. Admiratif de la beauté et de la richesse des musiques des Pygmées, bouleversé et « ahuri » par leur complexité, il parvient à en décrypter la polyphonie vocale si élaborée, si différente de la musique occidentale par sa métrique, son rythme. Il érige en domaine d’étude respectable ces airs très savants interprétables avec beaucoup de variétés.

Devenu un ethnomusicologue de réputation mondiale, ce directeur de recherches émérite au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), récipiendaire de nombreux prix, a protégé ce patrimoine musical traditionnel africain qu’il a fait connaître dans le monde entier par ses livres et films, puis dans des festivals prestigieux.

Dans son livre, Simha Arom communique son émerveillement pour l’ingéniosité humaine et transmet son savoir avec clarté. Le lecteur aurait aimé en savoir davantage sur son enfance et sa formation musicale.

La Fondation du Judaïsme français a remis le Prix Francine et Antoine Bernheim des Arts, des Lettres et des Sciences à Simha Arom au titre des Sciences, le 12 mai 2014. Le 9 juin 2011, la Bibliothèque nationale de France (BNF) a organisé une journée en hommage à Simha Aron, et en la présence de cet ethnomusicologue auteur de La fanfare de Bangui. Au programme : conférences, projection de films et concerts.

Dans le cadre de la 12e édition du Festival des Cultures Juives : « Audace ! », l’Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ), la Direction de l’Action culturelle du FSJU et le musée Dapper proposent le 15 juin 2016 à 19 h, une soirée festive consacrée à l’ethnomusicologue Simha Arom. Projection du documentaire Simha de Jérôme Blumberg (2015, 78 min, production Le Miroir, CNRS Images, CINAPS TV). La "projection sera suivie d’une discussion avec Simha Arom, Jérôme Blumberg, Gabriel Chabanier, producteur du documentaire et Hervé Roten, directeur de l’IEMJ. Un concert de polyphonies par le groupe Gamako clôturera ce moment unique". Simha Arom, ethnomusicologue de renommée mondiale "a passé cinquante ans de sa vie à recueillir, étudier et décrypter les mécanismes des musiques traditionnelles, notamment les magnifiques polyphonies des Pygmées Aka de la République Centrafricaine. Jérome Blumberg filme le travail de Simha Arom depuis 1990. Son film est basé sur les souvenirs de l’ethnomusicologue : son enfance pendant la guerre, son acharnement à apprendre la musique. Il y aussi son activité actuelle, son approche de l’ethnomusicologie, tout à fait particulière car il a toujours mis en avant le travail de terrain, et enfin sa propre pratique musicale. Un périple qui aura guidé sa vie. C’est ce cheminement que propose le réalisateur au spectateur, en construisant le film comme une pièce musicale, une partition à voix multiples".

Simha Arom, La fanfare de Bangui, Itinéraire enchanté d'un ethnomusicologue. Ed. La Découverte, coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 2009. 210 pages, 13 euros. ISBN : 9782707157225

Le jeudi 9 juin 2011 de 10 h à 19 h
Petit auditorium
11, quai François Mauriac. 75013 Paris 13
Tél. : 01 53 79 53 79
Photo de Simha Arom : © DR

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Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 614-615, juillet-août 2009, de L’Arche, publié sur le blog le 8 novembre 2009, republié les 6 juin 2011et 12 mai 2014, et modifié le 20 août 2012.

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