mardi 10 août 2010

Une manifestation calme pour remettre le Prix de la Désinformation à Charles Enderlin et France 2

  
Le 2 octobre 2002, en présence de milliers de manifestants, le Collectif de la Désinformation a remis le Prix de la Désinformation conjointement à Charles Enderlin et à France 2. Deux ans plus tôt, France 2 a diffusé les images de « la mort du petit Mohamed Al-Dura » commentées par Charles Enderlin qui attribuait la responsabilité de cette mort à Tsahal. Une enquête israélienne, un documentaire télévisé allemand et une agence de ré-information, la Metula News Agency (Mena), ont depuis fortement ébranlé cette thèse. Ce Collectif réclame la diffusion dudit reportage et un débat afin que soit établie la vérité.


Après Sara Daniel du Nouvel Observateur, le dessinateur Willem de Libération, l’AFP et Mouna Naïm du Monde, le prix de la Désinformation a été remis à cette chaîne de télévision publique française et à son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin.

Alors que les précédentes remises du Prix, alors dénommé Prix Goebbels de la désinformation et décerné par la seule Ligue de défense juive (LDJ), attiraient un public de quelques dizaines de personnes, ce Prix appelé Prix de la désinformation et conçu par un Collectif d'organisations en a mobilisé plus de mille deux cents devant l’immeuble de France 2, dès 19h30.

« On sent un parti pris anti-israélien de la télévision française dans le traitement des informations. Ce n’est pas objectif. Je suis inquiète de la montée de l’antisémitisme. Si on ne se bat pas maintenant, que va-t-il se passer dans quelques années ? », interroge une manifestante, Sylvia Platkiewicz.

Le lieu primitif du rassemblement, une rue adjacente, a été interdit par la police en raison de la proximité d’un chantier de travaux. Peur qu’on jette des pierres aux manifestants ? De fait, plusieurs cars de CRS étaient placés aux abords du siège de France 2.

Sur les banderoles, ou entonnés par les manifestants, des slogans : « Non à la désinformation », « France 2 information bidonnée, audience assurée », « Les mots tuent plus que les armes », « Attention, la désinformation pousse au crime », « Caméra au poing = arme au poing », « Informations bidonnées, synagogues brûlées », « La mort de Mohamed Al-Dura, une production de France 2 », « Enderlin, informer ou militer, il faut choisir », « Enderlin, combien de morts évitées si tu avais dit la vérité ? », etc.

Un discours bref a résumé les faits. Le 2 octobre 2000, France 2 diffusait dans ses journaux les images de « la mort de Mohamed Al-Dura » filmées par le cameraman, Talal Abou Rahma. Charles Enderlin imputait la responsabilité de la mort de l’enfant palestinien à l’Armée israélienne.

Ces images bouleversantes sont vite devenues symboliques de l’Intifadah II.

« France 2 a donné ces images aux chaînes de télévision », qui les ont diffusées dans le monde entier. Elle en a aussi conservé les droits.

Le commandant israélien de la région Sud a mené une enquête confiée à un expert Nahum Shahaf, qui a conclu que les balles mortelles provenaient vraisemblablement des Palestiniens.

Une journaliste allemande, Esther Schapira, a réalisé récemment un documentaire d’investigation qui pointe de nombreuses « contradictions et des invraisemblances : Pourquoi le cameraman sursaute-t-il comme si l’on tirait derrière lui ? Pourquoi France 2 ne passe-t-elle que 45 secondes de la scène alors que Charles Enderlin affirme qu’il y en a eu 2mn30, puis 6 min, et que le cameraman affirme qu’il y en a 23 » ?

Et les récentes révélations de M. Shahaf à la Metula News Agency (Mena) aiguisent la curiosité : l’enfant filmé est-il le petit Mohamed ? La scène a-t-elle été répétée ? etc.

Parce que le doute existe, parce que des questions restent sans réponse, parce que la vérité demeure inconnue, ce Collectif demande à dialoguer avec les responsables de l’information à France 2 et que celle-ci diffuse ce film et organise un débat d’où émergera la connaissance des faits.

Le Collectif a souligné que la diffusion desdites images, début octobre 2000, a coïncidé avec le début d’une vague exceptionnelle d’agressions antijuives en Europe, et particulièrement en France.

Ainsi, le 7 octobre 2000, de la place de la Bastille à celle de la République (Paris), une « manifestation de soutien au peuple palestinien » a été organisée notamment par le Parti Communiste, des Verts et le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples). A cette occasion, devant le cortège de la manifestation, une centaine d’extrémistes ont défilé avec les drapeaux du Hamas et du Hezbollah et scandé « Mort aux Juifs », pour la première fois dans la capitale depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils portaient aussi un petit cercueil en carton avec le mannequin d’un enfant.

C’est donc avec une attention soutenue que les manifestants se sont pressés devant les deux immenses écrans pour voir un court montage, puis les dix premières minutes dudit documentaire assorti de sous-titres français. Il a plu à deux reprises. Personne n’a bougé.

Un délégué du Collectif a alors confié à un membre de France 2 le Prix - un diplôme et une cassette d’or sur le Djihad pour enfants - destiné à être remis à la direction et au journaliste. Vers 21h40, à la demande du Collectif, les manifestants se sont dispersés dans le calme. L’un deux s’est avancé vers Alexandre Feigenbaum, l’un des responsables du Collectif, pour le remercier d’avoir prononcé un discours équilibré.


Que regroupe le Collectif contre la Désinformation ? Une vingtaine d’associations. Pour la plupart, elles sont juives : l’ABSI (Association pour le Bien-Etre du Soldat Israélien)-Keren Or, l’AJGE (Association des Juifs des Grandes Ecoles), l’Association France-Israël, Avocats Sans Frontières, la LDJ (Ligue de Défense Juive), Migdal, l’UPJF (union des Patrons Juifs de France), etc. Les autres étant laïques - comme le Centre Simon-Wiesenthal et Hevel (Association internationale d’Aide aux Victimes de la Violence) - ou chrétiennes, telles Sassoun (Association d’amitié du peuple arménien avec le peuple juif) ou les Amitiés Judéo-chrétiennes de Boulogne et de Toulouse. « Ce qui les unit, c'est leur souci de la déontologie de la presse, du respect des droits humains, car si la presse dérive, c'est la démocratie qui est en danger », précise ce Collectif.  De nombreux membres du B'nai B'rith France étaient présents à cette manifestation.

Non sollicité par le Collectif, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a indiqué qu’il « n'approuve pas cette façon de procéder qui lui paraît inappropriée. S'il y a débat, il doit rester au niveau des échanges d'idées ».

« Le bilan de la manifestation est positif. Nous avons pu mobiliser plusieurs milliers de personnes un jour de semaine, à Paris, sous la pluie. Et cela malgré les avertissements de certains qui craignaient les dérapages. Il n’y a eu ni dérapages, ni agressions verbales ou physiques. La manifestation s’est déroulée dans le calme, le civisme et la dignité », constate Hervé Giaoui, Président de l’UPJF.

Curieusement, nul ne regardait derrière les fenêtres des bureaux de France 2 les écrans qui diffusaient des images inédites en France. « Des personnes de France 2 m’ont téléphoné pour me raconter qu’on leur avait dit qu’une manifestation sioniste devait avoir lieu, que les manifestants allaient envahir France 2 et le journal télévisé. On les a prévenues qu’elles devaient partir à 17h30, car après l’immeuble serait bouclé », confie M. Feigenbaum.

« Ce Collectif souhaite la diffusion de ce documentaire suivi d’un débat d’experts afin que la vérité soit établie », rappelle Philippe Karsenty, « membre influent de la communauté Juive française ». Quoi de plus normal dans « une Europe dominée par le principe de la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux ? Si ARD, une chaîne de télévision allemande, et d’autres en Europe, a diffusé ce reportage, pourquoi une chaîne française ne le fait-elle pas » ?

Si France 2 organise un débat télévisé, pourquoi ne pas appeler cette émission « Les Dossiers de l’écran » ?

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Article modifié le 17 novembre 2011

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