dimanche 4 septembre 2016

La collection contemporaine du MAHJ : un parcours


Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l'exposition collective La collection contemporaine du MAHJ : un parcours. Des œuvres variées dans leur nature - peintures, sculptures, vidéos, vêtement, etc. - et les thématique de ces artistes : Kader Attia, Judith Bartolani, Pierrette Bloch, Christian Boltanski, Philippe Boutibonnes, Sophie Calle, Gérard Garouste, Moshe Gershuni, Antoine Grumbach, Anne-Valérie Hash, Mikhail Karasik, Moshe Kupferman, Serge Lask, Mikael Levin, Arik Levy, Deimantas Narkevicius, Michel Nedjar, Iris Sara Schiller, Micha Ullman, Max Wechsler et Boris Zaborov. Une exposition inscrite dans le programme des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs, avec des activités le 4 septembre 2011. LJournée Européenne de la Culture Juive a lieu le 4 septembre 2016.


« Convier des artistes, des designers ou des architectes à intervenir dans le contexte de collections ou de monuments historiques est désormais une pratique répandue ; l’exercice est périlleux, mais stimulant. Constituer une collection contemporaine à partir de ces « rencontres », c’est-à-dire travailler dans le temps long, avec des artistes juifs ou non juifs, mais toujours dans une exigence d’ouverture, de résonance avec les thématiques développées dans le parcours permanent ou avec les objets qui y sont présentés, a été notre objectif dès 1998 », rappelle le MAHJ.

Christian Boltanski « inaugura ce programme, en concevant Les Habitants de l’hôtel de Saint- Aignan en 1939, monument fragile qui traverse l’aile XXe siècle du musée » (1998).

Jean-Pierre Bertrand, Arik Levy, Michel Nedjar « furent invités à travailler sur les fêtes du calendrier juif, dont les thèmes nourrissaient, de manière souvent surprenante, leur création ».

Le « rapport au livre, au texte, à la langue est la trame sur laquelle s’inscrivent presque naturellement nombre de nos commandes et de nos acquisitions : Micha Ullman a créé, pour la collection du musée, cinq livres de sable ; Serge Lask et Judith Bartolani ont réalisé des œuvres qui associent mémoire et pratique compulsive de l’écriture ».

Parmi les récipiendaires du prix Maratier, décerné tous les deux ans par la Fondation Pro-MAHJ : Max Wechsler, Pierrette Bloch, Iris Sara Schiller et Mikael Levin avec War Story.

Max Wechsler est né à Berlin en 1925. Il débute son « œuvre silencieuse » en 1958. Jusqu’en 1984, il recourt à la couleur et au pinceau en des œuvres abstraites. Il cherche alors une nouvelle forme d’expression plastique. Son cheminement l’amène progressivement à retenir les écrits typographiques qu’il photocopie, découpe, colle et assemble. Pourquoi le noir et blanc seulement ? « Dès le début, ce choix a été déterminant. Ce sont deux couleurs aussi. Le noir contient toutes les couleurs ». Il veut ainsi « aller à l’essentiel des choses ». Il reçoit le Prix Amédé Maratier 2003 décerné par la Fondation Kikoïne sous l’égide de la Fondation du Judaïsme français. Des papiers marouflés à dominante sombre sur contreplaqué rendent hommage à la mémoire lors de son exposition en 2003 au MAHJ. Ce n’est qu’en s’approchant que l’on aperçoit les lettres composant ces œuvres, parfois constituées de plusieurs pièces. « Ce sont des lettres éparpillées, réduites, déconstruites, comme si elles voulaient freiner ce que pourrait signifier un texte lu habituellement. C’est une autre manière de faire vivre les lettres. L’alphabet est un instrument de savoir et de mémoire  », confiait alors cet artiste.

Pour La Nuit blanche, le MAHJ passe chaque année une commande à un artiste dont l’œuvre est installée dans la cour d’honneur du musée. Ainsi, Kader Attia a travaillé sur les « symboles religieux du judaïsme et de l’islam », et ou Antoine Grumbach sur « la construction de la cabane rituelle de la fête de Soukkot et l’espace juif ».

La collection « s’est ainsi enrichie, au fil des projets, d'œuvres emblématiques qui ont été complétées par des dons d’artistes exposés, de collectionneurs, d’associations et des dépôts, notamment du Fonds national d’art contemporain ».

Le MAHJ en présente une partie ; « l’accrochage est conçu en écho à la collection ou par thématiques, la principale étant celle de l’écrit ». L’art contemporain « investit le parcours permanent ; et, en scandant certaines séquences, il appelle à le revisiter ». Un dépliant guide les visiteurs.

Les cinq Livres de sable (2000), œuvres en fer rouillé et sable rouge, de Micha Ullman se réfèrent aux cinq livres de la Torah. Un des Livres de sable apparaît dans l'affiche de l'exposition.

Dans « La France au Moyen Âge », les pages de livre, calligraphiées, raturées, du Kaddish (1999) de Serge Lask (1937-2002), font face aux pierres tombales des cimetières parisiens.

Dans la salle de Hanouca, fête des lumières qui « commémore la victoire des Maccabées sur la dynastie hellénistique des Séleucides, entre 165 et 163 avant l’ère chrétienne », trois vidéos (2004) d'Arik Lévy « évoquent l'idée de renouvellement perpétuel ». Sur cette fête, le MAHJ a présenté à l’hiver 2010-2011 Cent lumières pour Casale Monferrato - Lampes d’artistes pour Hanouca.

Deux réflexions sur l'espace Juif. La Maquette pour une Soukkah (2006) d'Antoine Grumbach étudie " l'ombre, le seuil, la limite ", autour de la construction de la cabane rituelle de Soukkot. « L’éloge de l’ombre La cabane que l’on réalise à l’occasion de la fête de Soukkot, en souvenir de la traversée du désert, est aussi une invitation à réfléchir sur l’origine de l’architecture. Les ouvrages anciens de théorie architecturale s’ouvrent tous, en effet, sur la description de la “maison d’Adam au paradis”. Grotte, tente, structure en bois recouverte de feuillages, construction en pierre appareillée ou non, toutes les formes d’abris apparaissent ainsi au fil de leurs pages. L’architecte Ledoux au XVIIIe siècle, dans l’un des derniers grands ouvrages théoriques, conçoit la maison primitive comme un arbre et son ombre. L’étude du traité du Talmud consacré à la fête de Soukkot fait découvrir un véritable traité d’architecture. Ce texte, écrit il y a plus de mille cinq cents ans, aborde toutes les questions théoriques de l’architecture : réflexion sur la séparation de la structure et des parois, sur la définition d’un espace, sur les parois virtuelles, les ouvertures en longueur, le système de proportion et la question de l’échelle. Tous ces points y sont abondamment discutés et l’éventualité de leur détournement y est toujours envisagée. La soukkah est une construction éphémère et démontable ; son toit de branchages abrite du soleil, tout en permettant de voir les étoiles la nuit. Le souvenir de l’ombre de la nuée qui protégea les Hébreux dans leur errance est essentiel dans la célébration de la fête. La qualité de l’ombre fait l’objet de beaucoup d’attention. L’ombre doit être plus importante que la lumière. Au-delà du souvenir de la traversée du désert, la cabane de Soukkot est un piège de lumière où l’éloge de l’ombre manifeste une présence. En réalisant cette construction de façon archaïque, avec sa structure en troncs dégrossis, assemblés à mi-bois et liés par des cordes, sa couverture tressée de saule, d’osier, de châtaignier et de palmes, ses parois constituées d’un tissu de lin blanc, comme un châle de prière, le tout édifié sur un tapis de sable, j’ai le sentiment d’avoir pu formuler ma version de la maison d’Adam au paradis, tout en comprenant, grâce au Talmud, que bâtir, c’est avant tout faire de l’ombre. », écrit Antoine Grumbach.

L’Erouv de Jérusalem (1996) de Sophie Calle, concerne « l'Erouv, cette frontière virtuelle qui ceint certaines villes et définit domaine public et domaine privé ». « Selon la Loi juive, pendant le Shabbat, le repos absolu est obligatoire. L’interdiction de travailler inclut celle de porter un quelconque objet (des clés, un sac...) hors de chez soi. Toutefois, si l’on se réfère à la Torah, une ville, un village entourés d’un mur d’enceinte, avec des portes, sont considérés comme des domaines privés, et l’on peut transporter des objets de chez soi à la rue, de la rue à chez soi… Mais, à notre époque, peu de cités modernes sont entourées de remparts et, par conséquent, chacun devrait contenir ses activités dans sa maison, s’il n’était aujourd’hui accepté que, telles des dérogations à la Loi, des erouvim ne soient construits. Ils consistent en des fils (ou cordes) formant un mur imaginaire. Dans la plupart des cas, ces “frontières” sont créées en érigeant des poteaux et en les connectant ensemble par l’intermédiaire de filins en acier galvanisé. Alors, le périmètre entouré par l’erouv devient un espace privé et il est permis d’y transporter des objets durant le Shabbat. Selon la Torah, dans toute ville entourée d’un erouv, le domaine public peut être considéré comme un territoire privé. Les stations. J’ai demandé à des habitants de Jérusalem, israéliens et palestiniens, de m’emmener dans un lieu public ayant à leurs yeux un caractère privé. », analyse Sophie Calle.

Face « aux images d'un monde ashkénaze qui n'est plus, la peinture de la disparition » de Boris Zaborov.

Dans les combles, parmi des costumes du monde séfarade, la robe de mariée d'Anne-Valérie Hash - Soie, mousseline, paillettes, pierres de fantaisie, perles, fils dorés et argentés, collage et application de photographies -  À ma mère pour la vie ou Mère veille sur moi (1999), et la projection de la vidéo d'Iris Sara Schiller, La Tresse de ma mère (2003), « où se joue l'énigme de la transmission mère-fille ».

Au 1er étage, une présentation d'œuvres sur l'écrit, la lettre : les megillot (rouleaux) - Megillah est le nom donné à cinq livres bibliques (Ruth, le Cantique des cantiques, les Lamentations, l’Ecclésiaste et Esther) qui se présentent sous la forme de rouleaux de parchemin séparés, calligraphiés par des scribes - de Moshe Kupferman (1990-1998), les grands papiers de Max Wechsler, les lignes de Pierrette Bloch, les gravures de Gérard Garouste, qui a illustré la Haggada de Pessah (1998), et de Moshe Gershuni (série Kaddish, 1984), « inspirées par l'Ecclésiaste et par les mots du Kaddish », prière pour les défunts.

Dans la mezzanine, la « fragile installation » de Leur dernier regard (1987), de Philippe Boutibonnes et les recueils de poèmes de Joseph Brodsky (1940-1996) « illustrés et réalisés » par l'artiste russe Mikhail Karasik (2003).

Au rez-de-chaussée, « des phrases extraites des Funérailles de Sara/Nos funérailles (2005) de Judith Bartolani et jetées sur de monumentales feuilles de cahier de comptes, accompagnées de la vidéo du livre : Legend Coming true (1999, 68 minutes), film de Deimantas Narkevicius qui évoque l'histoire lituanienne et juive, à travers le récit d'une femme Fania, puis Poupées Pourim (2005), le théâtre de Michel Nedjar ».

Dans les foyers de l'auditorium : War Story de Mikael Levin, série de 66 photographies réalisées en 1995, 50 après la découverte par les Alliés des camps, sur les traces du romancier Meyer Levin, son père, alors correspondant de guerre, et du photographe Eric Schwab.

Enfin, dans la cour d'honneur : Big Bang (2005) de Kader Attia, « globe terrestre en fusion et en mouvement dans lequel sont enchâssés des étoiles de David et des croissants de lune en miroir ».

Jusqu'au 11 septembre 2011
Au MAHJ
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 53
Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11 h à 18 h, mercredi de 11 h à 19 h 30, dimanche de 10 h à 18 h. Fermé le samedi.

Le 4 septembre 2011, à 15 h, dans le cadre des Journées européennes de la cultureet du patrimoine Juifs : visite guidée de l’exposition La collection contemporaine du MAHJ : un parcours avec Nathalie Hazan-Brunet, commissaire de cette exposition.
Renseignements et réservations : 01 53 01 86 62 – individuels@mahj.org
Entrée libre au musée.

Les citations sont extraites du dossier de presse et du dépliant.

Visuels :
Affiche de l'exposition
Micha Ullman
Livre de sable, 2000
© Doc/Levin
Max Wechsler, Sans titre, MAHJ
Serge Lask, Kaddish, 1999, MAHJ

War Story de Mikael Levin
Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié une première fois le 29 août 2011, puis le 4 septembre 2011. Il a été modifié le 1er septembre 2011

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