samedi 4 février 2017

« Camp 14. Dans l’enfer nord-coréen », documentaire de Marc Wiese


Arte diffusa « Camp 14. Dans l’enfer nord-coréen » (Camp 14: Total Control Zone), documentaire de Marc Wiese (2012). Vestige terrifiant du communisme, puissance nucléaire, dirigée par une dynastie de dictateurs – de Kim Jong-il, « Grand dirigeant » à son fils Kim Il-sung -, soumise à un régime totalitaire, alliée de la Chine, la Corée du Nord multiplie impunément les violations aux droits de l’homme : camps de travail forcé (kwanliso, « colonie de travail pénitentiaire ») pour enfants et adultes, famines provoquées, cas de cannibalisme signalés, persécutions des chrétiens,  etc. Via l'Iran, elle arme aussi le Hezbollah, contre l'Etat d'Israël. Le 3 février 2017, lors d'une visite à Séoul, le secrétaire américain à la Défense James Mattis  a déclaré qu'une "attaque nucléaire nord-coréenne contre les Etats-Unis ou ses alliés entraînerait une réponse "efficace et écrasante". 

Avec la Chine, le Vietnam et Cuba, la Corée du Nord demeure l’un des vestiges du communisme.

Les rares informations filtrant de ce pays généralement clos inquiètent, notamment les famines organisées par le pouvoir politique et les camps de travail forcé (kwanliso, « colonie de travail pénitentiaire ») aux conditions cruelles pour enfants et adultes.

Etat totalitaire
En février 2014, la Commission onusienne d’enquête sur la situation des droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC) avait rendu un rapport accusant ce pays de commettre des « crimes contre l’humanité [qui] impliquent des exterminations, meurtres, esclavage, tortures, emprisonnements, viols, avortements forcés et autres formes de violences sexuelles, persécutions pour des motifs d’ordre politique, religieux, racial ou sexiste, le transfert forcé de populations, les disparitions forcées de personnes et des actes inhumains causant intentionnellement une famine prolongée ».

Elle précisait « que des crimes contre l’humanité sont en train d’être commis en République populaire démocratique de Corée parce que les politiques, les institutions et les schémas d’impunité qui se trouvent à leur fondement sont toujours en place ». Bien que « le gouvernement n’ait pas répondu aux demandes de la Commission de pouvoir se rendre en RPDC et obtenir des informations », cet organe onusien « a recueilli le témoignage direct de plus de 80 témoins lors d’audiences publiques à Séoul, Tokyo, Londres et Washington. Elle a aussi mené plus de 240 entretiens confidentiels avec des victimes et témoins, y compris à Bangkok. Quatre-vingt soumissions officielles ont aussi été reçues d’autres entités ». Parmi ces témoins : Ahn Myong-Chol, né dans une famille de cadres et gardien pendant huit ans dans les camps de prisonniers. Il évoquait les prisonniers y travaillant « de 16 à 18 heures par jour, dorment 4 à 5 heures, et reçoivent trois fois 100 grammes de bouillie pour peu qu'ils atteignent les objectifs de travail ».

Présidée par l’Australien Michael Kirby, la Commission a aussi établi que la RPDC « affiche de nombreux attributs caractéristiques d’un Etat totalitaire. Le déni du droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion et du droit à la liberté d’opinion, d’expression, d’information et d’association est quasi-total, ajoute le rapport qui note, par ailleurs, que l’Etat recourt à la propagande pour obtenir une obéissance absolue au Chef suprême et pour inciter à la haine nationaliste envers d’autres Etats et leurs ressortissants. La surveillance étatique s’immisce dans la sphère privée et quasiment aucune expression critique du système politique ne passe inaperçue ou ne reste impunie. La clef du système politique se trouve dans le vaste appareil politique et sécuritaire qui utilise, de manière stratégique, la surveillance, la coercition, la peur et la punition pour exclure toute expression dissidente ». Ce rapport indique aussi que « les exécutions publiques et les disparitions forcées dans les camps de prisonniers politiques constituent le moyen ultime pour terroriser la population et la forcer à se soumettre. Les atrocités innommables qui sont commises contre les détenus des camps de prisonniers politiques dits kwanliso ressemblent aux horreurs des camps établis par les Etats totalitaires au cours du XXe siècle... Les institutions et les fonctionnaires impliqués ne sont pas amenés à rendre des comptes pour ces crimes et que l’impunité règne dans le pays ».

Le nombre de prisonniers politiques ? Il est évalué « entre 80 000 et 120 000 personnes détenues dans quatre grands camps où la famine est utilisée de manière délibérée pour les contrôler et les punir. Des violations graves sont aussi commises dans le système de prison ordinaire ».

Ce rapport « note, par ailleurs, que la RPDC est fondée sur une société stratifiée et rigide, où sont ancrés des schémas discriminatoires. La discrimination est enracinée dans le système songbun, qui classe les personnes en fonction de la classe sociale qui leurs est assignée par l’Etat et de leur naissance, et détermine où elles vivent, travaillent, étudient et même qui elles peuvent épouser.

Il « précise aussi que les violations de la liberté de mouvement et de résidence sont aussi largement déterminées par la discrimination basée sur le songbun. Les personnes considérées comme faisant preuve de loyauté politique à l’égard de la hiérarchie peuvent vivre et travailler dans des endroits favorables tels que Pyongyang. Les autres sont relégués à un statut inférieur. La distribution de nourriture accorde, par exemple, la priorité aux personnes jugées utiles à la survie du système politique actuel au détriment des autres considérées comme « remplaçables ».

Le rapport mentionne « que des crimes contre l’humanité ont été et continuent d’être commis contre des populations affamées. Ces crimes ont pour origine des décisions et des politiques qui violent le droit humain universel à la nourriture et qui ont été prises afin de maintenir le système politique existant, tout en sachant parfaitement qu’elles aggraveraient la famine et auraient des conséquences fatales ».

Les « violations des droits à la nourriture et à la liberté de mouvement rendent les femmes et les filles vulnérables au trafic et au commerce du sexe forcé hors de la RPDC. Nombre d’entre elles prennent le risque de fuir, essentiellement vers la Chine, et ce en dépit de la forte probabilité d’être appréhendées et rapatriées de force puis d’être soumises aux persécutions, à la torture, aux arrestations arbitraires prolongées et, dans certains cas, à des violences sexuelles. Le rapport précise que les femmes qui sont ainsi rapatriées sont fréquemment forcées à avorter et que leurs bébés sont souvent tués ». La Commission « exhorte tous les Etats à respecter le principe de non-refoulement, qui consiste à ne pas renvoyer de force des réfugiés vers leur pays d’origine. Elle leur demande également d’adopter une approche fondée sur les droits de l’homme et centrée sur les victimes dans le cadre de la lutte contre le trafic de personnes, notamment en donnant aux victimes le droit de rester dans le pays et d’accéder à une protection juridique et aux services de base ».

Elle a établi que, « depuis 1950, la violence étatique a été externalisée par des enlèvements et des disparitions forcées de ressortissants d’autres pays soutenus par l’Etat. Ces disparitions forcées internationales sont uniques par leur intensité, leur échelle et leur nature ».

Ce rapport était illustré de dessins de Kim Kwang-il, « ancien prisonnier nord-coréen, ayant passé six ans dans les goulags ». Ce dessinateur a représenté de nombreuses scènes de torture, mauvais traitements et images de mort ».

Ce rapport onusien a été salué par la Corée du Sud, qui négocie avec la Corée du Nord des programmes de réunions des familles séparées par la guerre de Corée (1950-1953). Les deux pays ont signé en 1953 l'armistice.


Le 16 mars 2015, le rapporteur spécial de l’ONU pour la Corée du Nord, Marzuki Darusman, a présenté "devant le Conseil des droits de l’homme à Genève un rapport accablant sur la situation des droits humains dans ce pays, l’un des plus fermés du monde. Au cœur de ce rapport : les enlèvements de ressortissants étrangers depuis les années 1950. L’expert indépendant demande à la communauté internationale de faire toute la lumière sur le sort de plusieurs milliers de ressortissants étrangers victimes d’enlèvements et de disparitions forcées ces dernières décennies en Corée du Nord". Selon Pierre Albuy (Reuters), "le chiffre fait froid dans le dos, mais il est pourtant bien question de 200 000 personnes présumées victimes d’enlèvements et de disparitions forcées, parmi lesquelles des enfants, et qui n'auraient plus donné signe de vie depuis les années 1950 pour certaines d'entre elles selon le rapporteur Darusman.  L’enquête des Nations unies démontre ainsi que des centaines de ressortissants, principalement de Corée du Sud et du Japon, ont été enlevés par des agents nord-coréens entre les années 1960 et 1980. Depuis les années 1990, la Corée du Nord aurait surtout kidnappé des ressortissants chinois, libanais, malaisiens, roumains, singapouriens et thaïlandais".

Et de préciser : "Douze pays seraient concernés par ces enlèvements systématiques, destinés à la formation des espions Nord-Coréens. Pyongyang a rejeté les conclusions du rapport, accusant son auteur d’être « manipulé par des forces hostiles ». Dans une autre enquête incendiaire, Marzuki Darusman avait dénoncé les tortures, viols et meurtres dans les camps de détention nord-coréens et avait appelé l’ONU à poursuivre Pyongyang pour crimes de guerre. Pour le rapporteur spécial, qui est aujourd'hui persona non grata en Corée du Nord, la communauté internationale doit maintenir la pression sur le régime communiste. Avec l'objectif de l’amener tôt ou tard devant la justice pour répondre de ses actes".

Puissance nucléaire
Alliée de la Chine, la Corée du Nord coopère, depuis une trentaine d’années, dans les domaines nucléaire et balistique (augmentation de la portée de missiles), avec l’Iran des ayatollahs et la Syrie.

En juillet 2014, un tribunal fédéral de Washington a estimé la Corée du Nord et l'Iran responsables des dommages induits par des attaques de missiles lancés par le Hezbollah depuis le Liban sur Israël en 2006. Des familles de victimes et survivants de ces attaques avaient porté plainte  en 2009. La justice américaine a considéré que ces deux Etats avaient « fourni un soutien matériel et de l'assistance aux terroristes du Hezbollah qui ont tiré des roquettes sur Israël ». Elle avait constaté la ressemblance entre la « configuration des systèmes de tunnels » construits par le Hezbollah au Sud-Liban grâce à l’aide de Pyongyang et celle dans la « zone démilitarisée séparant les deux Corées ». Dans son jugement de 18 pages, le juge américain Lamberth a écrit  : « Il ne fait aucun doute que la Corée du Nord et l'Iran ont fourni un soutien matériel » au Hezbollah. « La Corée du Nord a fourni au Hezbollah des armes de pointe, des conseils d'experts et une assistance pour cacher ces armes dans des bunkers souterrains ainsi qu'une formation dans l'utilisation de ces armes et des bunkers pour commettre des attaques de roquettes terroristes sur la population civile d'Israël. Les membres du Hezbollah ont commencé à voyager en Corée du Nord pour disposer de cet enseignement spécialisé dès la fin des années 1980. Le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah a visité la Corée du Nord concernant ces formations au cours de cette période. La Corée du Nord a travaillé de concert avec l'Iran et la Syrie pour fournir des missiles et des composants au Hezbollah. Pyongyang a conçu et envoyé ces composants de roquettes et de missiles à l'Iran, où ils étaient assemblés et expédiés au Hezbollah au Liban via la Syrie. Le Hezbollah les as utilisés pour des attaques contre des cibles civiles israéliennes ».

Selon ce rapport onusien de 2014, les « dépenses militaires, qui sont majoritairement allouées au matériel, au développement de systèmes d’armement et au programme nucléaire, ont toujours eu la priorité. L’Etat maintient également un système de production économique inefficace et d’allocation des ressources discriminatoire qui aboutit inévitablement à aggraver inutilement la famine dont souffrent ses citoyens.

Dans leur lettre à Kim Jong-un, les commissaires « déclarent qu’ils recommanderont le renvoi de la situation en RPDC à la Cour pénale internationale afin que toutes les personnes, y compris le Chef suprême, qui pourraient être responsables des crimes contre l’humanité mentionnés dans leur lettre et dans le rapport de la Commission, rendent des comptes ».

Parmi « le large éventail de recommandations faites à la RPDC, à la Chine et à d’autres Etats, ainsi qu’à la communauté internationale, la Commission appelle le Conseil de sécurité à adopter des sanctions ciblées contre les personnes qui semblent porter la responsabilité la plus lourde pour ces crimes contre l’humanité, en insistant sur le fait que les sanctions ne devraient pas cibler la population ou l’économie dans son ensemble ».

Le 18 novembre 2014, l'Assemblée générale des Nations unies "a formellement approuvé le rapport d'enquête publié en février dernier par une Commission de l’ONU au sujet des crimes contre l'humanité commis en Corée du Nord, et a recommandé que le Conseil de sécurité discute de ce rapport en envisageant une saisine de la CPI".

Elle "a adopté la résolution sur la Corée du Nord par un vote de 111 voix pour, 19 voix contre, et 55 abstentions. La Chine et la Russie, qui soutiennent depuis longtemps le gouvernement nord-coréen, ont voté contre la résolution. (Un autre projet de résolution soumis par Cuba, qui avait tâché de supprimer les mentions essentielles concernant l’approbation du rapport de la Commission d'enquête de l’ONU et la préconisation d’un débat au sein du Conseil de sécurité, a été rejeté par un vote de 77 contre, avec 40 pour et 50 abstentions)".

"Bien que la résolution ait été adoptée par une large majorité, plusieurs pays qui sont membres de la Cour pénale internationale, dont le Sénégal, Singapour, et le Népal se sont abstenus lors du vote. Le gouvernement nord-coréen a récemment pris certaines initiatives diplomatiques - par exemple en se disant prêt pour la premier fois à dialoguer avec le Rapporteur des droits de l'homme de l'ONU, ou à participer au processus d'Examen périodique universel au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies – dans une tentative  apparente d'influencer le vote de l’Assemblée générale".

L'embargo onusien sur les armes et les sanctions visant la Corée du Nord ? Elles sont contournées par ce pays rapidement et habilement : création de sociétés écrans, modifications des noms de bateaux, etc.

« La résolution adoptée par l'Assemblée générale aujourd'hui confirme la nécessité de faire appel à tribunal au sujet des crimes indicibles commis par le gouvernement nord-coréen », a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch.

Victime et bourreaux
Shin Dong-hyuk  « est né en 1983 d'un mariage arrangé entre deux détenus, au camp 14, l’un des pires camps de travail de Corée du Nord.

Traité en « ennemi de la nation », contraint dès 6 ans aux travaux forcés dans une mine de charbon, il a vécu dans l’ignorance absolue du monde extérieur, croyant que la vie se résumait aux coups, à la faim, à la torture et à la délation. Après avoir partagé sa cellule avec un prisonnier plus âgé qui, au prix de sa vie, lui a permis de s'évader, il a miraculeusement réussi, à 23 ans, à s'échapper de son enfer. Réfugié à Séoul, il réapprend, avec difficulté, à vivre libre ».

Il retrace son parcours dans son livre Rescapé du camp 14 (Ed. Belfond).

Quant à Oh Young Nam et Kwon Hyuk, ils « étaient de l’autre côté : jeunes gradés de l’armée, ils étaient chargés de surveiller, de torturer ou de tuer les prisonniers réfractaires ».

Les « témoignages douloureux de ces trois personnes, dont les silences sont complétés par des images d’animation, se dessine une organisation totalitaire et auto-génocidaire, capable de transformer des hommes en tortionnaires et d’annihiler chez les victimes comme chez les bourreaux toute notion d’empathie, d’entraide ou de famille ».

« Près de deux cent mille personnes survivent dans ces conditions cauchemardesques, dans l’indifférence du reste du monde ».

Chrétiens persécutés
En janvier 2015, l'association Portes ouvertes a publié son rapport annuel sur la persécution des chrétiens dans le monde. Fondé sur des faits réels, son Index Mondial de Persécution « donne une analyse objective de la situation vécue par des millions de chrétiens aujourd’hui. Les chrétiens constituent le groupe religieux le plus persécuté dans le monde ».  en 2015, pour la première fois, trois pays - Corée du Nord, Somalie et Irak - sont en zone de persécution absolue : la persécution augmente encore et le pire ne semble ne jamais atteindre son paroxysme. Les chrétiens y sont marginalisés socialement et culturellement.

Géostratégie actualisée
Selon un sondage  de l’Eurobaromètre de la Commission européenne, Irak et la paix dans le monde, effectué entre le 8 et le 16 octobre 2003, rendu public en novembre 2003, et concernant les pays menaçant la paix dans le monde, l'Etat d’Israël (59%) devançait l'Iran (53%), la Corée du Nord, les Etats-Unis (53%), l’Irak. La Syrie (37%), l’Arabie saoudite et la Libye (36%) arrivaient aux 8e et 9e rangs… Effarant.

Le 20 octobre 2015, environ 400 Sud-Coréens sont arrivés en Corée du Nord pour rencontrer des membres de leurs familles qu'ils n'avaient pas revus depuis 60 ans ou découvriront.

Le 21 octobre 2015, les Etats-Unis ont indiqué ne pas vouloir négocier de traité de paix avec la Corée du Nord, car ils prônent des négociations de paix à Six : les deux Corées, la Russie, la Chine, les Etats-Unis et le Japon.

Le 6 mai 2016, s'est ouvert à Pyongyang, le congrès du Parti des travailleurs de Corée (PTC).

Le 3 février 2017, lors d'une visite à Séoul, le secrétaire américain à la Défense James Mattis  a déclaré qu'une "attaque nucléaire nord-coréenne contre les Etats-Unis ou ses alliés entraînerait une réponse "efficace et écrasante".  
  

2012, 101 min
Sur Arte les 22 avril à 23 h 15 et 13 mai 2015 à 2 h 55

Visuels : © Engstfeld Film
La mère et le frère de Shin ont été exécuté.
Shin Dong- hyuk à une conférence sur les droits de l'homme à Genève.
Shin est traumatisé et pense parfois à son retour en Corée du Nord.
Shin Dong-hyuk vit désormais dans un appartement peu meublé à Séoul.
Hyuk Kwon, ancien commandant dans un camp de prisonniers nord-coréens.

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Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 22 avril 2015, puis les 21 octobre 2015 et 7 mai 2016.

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