Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 19 juillet 2022

La mafia sicilienne par Mosco Levi Boucault

Le réalisateur 
Mosco Levi Boucault - Des "Terroristes" à la retraite (1983), Ils étaient les Brigades rouges - a réalisé à partir de témoignages de mafieux repentis deux documentaires sur la mafia sicilienne (Cosa Nostra), notamment sur le mafioso Totò Riina. Arte diffusera le 20 juillet 2022 à 22 h 20 « Mafioso, au cœur des ténèbres » (MafiosoIm Herz der Finsternis) de Mosco Levi Boucault.


« Corleone, le parrain des parrains »
« Mosco Levi Boucault signe le documentaire  en deux parties "Corleone, le parrain des parrains", la célèbre histoire de Totò Riina, chef de la mafia sicilienne Cosa Nostra. »

"Comment, de 1977 à 1994, Totò Riina a régné par le sang et la terreur sur la mafia de Sicile. Un récit implacable, fondé sur le témoignage de ses hommes et de ceux qui les ont combattus."

« C'est l'histoire d'un homme simple en apparence : Totò  Riina. C'est en tout cas ainsi que le parrain des parrains se présente au tribunal en 1993, après son arrestation et une cavale d'un quart de siècle ». 

« Pour s'emparer du pouvoir au sein de la mafia, de son Corleone natal à la tête de Cosa Nostra, "le fauve", mort en prison en 2017, a commis et commandité les assassinats les plus odieux et les plus spectaculaires, dont ceux des juges Falcone et Borsellino ». 

« Raconté par les repentis qui l'ont dénoncé à la justice, le parcours de celui qui se croyait intouchable ». 

« Documentariste chevronné et tenace, Mosco Levi Boucault raconte, en témoignages et en archives, une histoire si célèbre qu'elle a inspiré une série de la télévision italienne en 2007. Mais en parvenant à faire parler certains des anciens tueurs de Riina, aujourd'hui "repentis", dont il confronte les récits avec celui, entre autres, de l'ex-procureur Giuseppe Ayala, il dévoile la vérité humaine et la tragédie à l'œuvre dans l'enchaînement des faits. Détaillant leur quotidien de bourreaux au service de celui qu'ils décrivent comme un maître tragediatore (en sicilien, "manipulateur", "calomniateur"), ses interlocuteurs font apparaître dans toute sa crudité la mécanique barbare qui tint Palerme en son pouvoir presque absolu et, a contrario, le courage de ceux qui se sont dressés contre elle. »

"Le 27 août 2019 à 20 h 50, le documentaire Corleone, le parrain des parrains a réalisé un succès d’audience avec 5% de pda et 972 000 téléspectateurs* pour le premier épisode et 6,3% de pda et 953 000 téléspectateurs pour le second enregistrant ainsi une moyenne de 953 000 téléspectateurs et 5,5% de pda. Il s’agit de la troisième meilleure part d'audience pour un documentaire en prime le mardi soir depuis le début de l'année 2019."

1ère partie : « Le pouvoir par le sang »
« Des origines – ces hommes de main chargés par l'aristocratie sicilienne de surveiller les paysans travaillant ses terres – à la "guerre de mafia" qui, de 1979 à 1982, a vu les hommes de Totò Riina, dit la "Belva" (le "fauve"), chef depuis cinq ans du clan de Corleone, bourgade proche de Palerme, décimer les familles rivales pour prendre le contrôle de Cosa Nostra, cette première partie retrace l'ascension d'un "pur criminel", selon le mot de l'un de ses proches. Né en 1930 au sein d'une famille de paysans pauvres, Riina perd son père à 13 ans, commet son premier meurtre à 19, et, sept ans plus tard, libéré de prison, entame une vie de violence. »

2e partie : « La chute »
« Ce second volet relate l'offensive de la justice à partir de 1983, les assassinats répétés de policiers, de magistrats et de représentants politiques commandités par Riina ayant fini par entraîner une réaction de l'État. Déterminé à mettre fin à l'impunité de la Mafia, le juge Giovanni Falcone fait extrader Tommaso Buscetta, un "vaincu" dont Riina a fait massacrer plusieurs proches, et le convainc de parler ». 
« De février 1986 à décembre 1987, le "maxiprocès" expose pour la première fois la nature et le fonctionnement de Cosa Nostra, pour condamner 475 inculpés à deux mille six cent soixante-cinq années de prison. Dix-neuf des chefs, dont Riina, écopent de la perpétuité. Jugé par contumace, ce dernier, une fois sa peine confirmée en appel, en 1992, sombre dans une fureur sanguinaire, tuant les juges Falcone et Borsellino. Le "parrain des parrains" sera arrêté début 1993, à Palerme, après vingt-quatre ans de cavale. »

« Mafioso, au cœur des ténèbres »
Arte diffusera le 20 juillet 2022 à 22 h 20 « Mafioso, au cœur des ténèbres » (MafiosoIm Herz der Finsternis) de Mosco Levi Boucault.

« Trois "repentis" de Cosa Nostra retracent, à visage couvert, leur parcours au sein de la mafia sicilienne. Face à la caméra de Mosco Levi Boucault ("Corleone, le parrain des parrains"), des témoignages sans détour, stupéfiants d’horreur mais aussi d’humanité. » 

"Nous étions vraiment des bouchers. J’ai la chair de poule quand j’y repense", confesse un homme à contre-jour, le visage dissimulé pour protéger sa nouvelle identité. » 

« Comme Giovanni Brusca et Giuseppe Marchese, deux autres tueurs de Cosa Nostra, Paolo Francesco Anzelmo a trahi l’organisation : arrêté dans les années 1990, condamné à la perpétuité, il a choisi de collaborer avec la justice afin d’obtenir une réduction de peine. »

« Introduit dans Cosa Nostra par ses oncles ("Je voyais qu’ils étaient respectés, que les portes s’ouvraient partout où ils allaient"), malgré les efforts de sa mère pour le soustraire à leur emprise, Anzelmo a connu une trajectoire similaire à celle de ses anciens complices, issus de lignées de mafieux : un premier homicide suivi d’une cérémonie d’intronisation, puis une vie "sans luxe et sans chichis", partagée entre un travail licite de façade et le quotidien impitoyable de l’organisation, qui "passe avant la famille de sang". 

« Sur ordre de Totò Riina ("Dieu sur Terre à Palerme"), les trois "hommes d’honneur" ont commis (ou commandité) les pires exactions, éliminant tous ceux qui se dressaient devant eux, représentants de l’État, incorruptibles ou mafieux tombés en disgrâce (dont deux des oncles d’Anzelmo, qu’il a tués lui-même) ». 

« Impliqué dans l’attentat contre le juge Falcone et l’assassinat, par strangulation, du petit Giuseppe Di Matteo, le fils d’un repenti, dont le corps a été dissous dans l’acide, Giovanni Brusca s’interroge encore : "J’ai fait tout ce pandémonium pour qui ? Pourquoi ? Aujourd’hui, je n’en sais rien."

« Après les avoir rencontrés pour Corleone, le parrain des parrains, qui retraçait le règne et la chute de Totò Riina, Mosco Levi Boucault (Ils étaient les Brigades rouges) s’intéresse aux parcours de trois "repentis" pour tenter de saisir la réalité ordinaire, démythifiée, d’une vie de mafieux ». 

« Du rite d’initiation au reniement de leur serment en passant par la litanie de crimes dont ils se sont rendus coupables – et délestés dans les confessionnaux des églises –, Paolo Francesco Anzelmo, Giovanni Brusca et Giuseppe Marchese témoignent à la fois sobrement et sans filtre de leur quotidien au sein de l’organisation, dont ils détaillent les rouages ». 

« Sidérants d’horreur, leurs récits – entre lesquels s’intercalent des vues nocturnes de Palerme et des images d’archives de cadavres dont ils ont jonché la ville – dégagent pourtant une troublante humanité, ces hommes apparaissant autant comme des bourreaux sanguinaires que comme des victimes embrigadées dans une redoutable organisation criminelle. »

Un « pur criminel » 

« Dans un documentaire magistral, fondé notamment sur le témoignage de "repentis", Mosco Levi Boucault retrace l'histoire sanglante du "parrain des parrains" de Sicile, Totò Riina, mort en prison en 2017. Entretien avec Irène Berelowitch ».

« Des "Terroristes" à la retraite (1983) à Corleone (2019), y a-t-il un fil rouge qui relie vos films ?
Mosco Levi Boucault : Il n'y a rien de commun entre les résistants de mes premiers films, les protagonistes, criminels comme policiers, de la collection "Enquêtes de police", les rebelles des Brigades rouges et la horde sanguinaire des "Corleonais", sinon ce passage de frontière qui conduit un être humain à tuer. J'aime les sujets qui "brûlent". C'est pourquoi, peut-être, suis-je attiré par cette frontière. Mais je n'y vois rien de romantique. En l'occurrence, j'ai voulu au contraire montrer combien Totò Riina, le capo dei capi, le parrain des parrains, était dépourvu de grandeur. À l'opposé du mythe de l'homme d'"honneur" dont se nourrit la Mafia, et qui fascine toujours, à Palerme, les gamins des quartiers populaires, il n'avait ni honneur, ni loyauté, ni courage  – et encore moins celui d'assumer la responsabilité de ses actes.
Un autre fil rouge, peut-être, serait la rage. C'est elle qui m'a donné envie d'enquêter sur Berlusconi, et la façon dont il a corrompu son pays avec l'idée que tout s'achète. C'était ma rage contre la terreur stalinienne qui a inspiré ma trilogie Mémoires d'ex. Dans sa soif de pouvoir, Riina, avec une violence dont je ne mesurais pas l'ampleur au moment où j'ai entamé cette enquête, a lui aussi mis en place en Sicile, entre 1971 et 1992, un système de terreur.

Qu'avez-vous appris de Riina durant ces cinq années d'enquête, puis de tournage ?
Je n'ai pas cherché à comprendre Riina, mais à raconter son parcours aussi précisément que possible. C'est un tyran. Mais bien sûr, comme dans les tragédies de Shakespeare, ce tyran nous intéresse parce qu'il est homme. J'ai tout de suite pensé au personnage de Richard III de Shakespeare, d'où cet exergue : "De la terre heureuse, tu as fait ton enfer." Riina a tué et fait tuer des centaines de personnes. Comme le dit dans le film son ancien bras droit, Giovanni Brusca, aujourd'hui "repenti" : "Il était diabolique, mais pas politique. Il manquait complètement de sens politique. C'était un pur criminel." Il a été le plus mauvais chef que Cosa Nostra ait eu. En déclenchant à Palerme, dans les années 1980, une véritable guerre, qui a fait plus de mille morts parmi les clans adverses, puis en s'en prenant sans aucune limite aux représentants de l'État, il a obligé les institutions à réagir. Avant 1986, date à laquelle s'ouvre le "maxiprocès", jamais la mafia n'avait été jugée en tant que telle devant un tribunal italien. Cette enquête a fait naître en moi une admiration forte pour Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, les juges qui ont réussi à faire condamner Riina à la perpétuité, et qui l'ont payé de leur vie en 1992. Grâce à eux, et à leurs collègues du pool antimafia, je pense que l'État et le droit ont gagné. Même si, après l'arrestation de Riina, en 1993, et l'arrivée de Berlusconi au pouvoir, deux ans après, l'arrêt des attentats a accrédité l'hypothèse d'un nouveau pacte entre ce dernier et la Mafia.

Avez-vous cherché à comprendre les "repentis" que vous avez rencontrés ?
J'ai cherché à les écouter sans a priori. Et le plus longuement possible. On m'avait accordé un jour avec Brusca, j'ai fini par en obtenir huit. C'est peut-être ce souci de ne pas faire une interview mais d'établir une relation qui les a conduits à se confier. Certains d'entre eux sont emprisonnés, d'autres vivent en liberté, mais tous ont des identités nouvelles, ce qui explique leur souci de se dissimuler, pour se couper de leur passé, pour éviter qu'il ne les rattrape à l'improviste. L'État italien les protège et leur accorde un subside en échange de leur collaboration pleine et entière avec la justice. Nos conversations m'ont permis d'approcher ce qu'on pourrait appeler en italien la mafiosita, c'est-à-dire le fait d'être un mafieux. Pour certains, y revenir a été douloureux. D'autres se sont construit une carapace de justification ("Si on ne tuait pas, on était tués"), sans laquelle ils sont fichus, ils se suicident. Si ces hommes retournent dans la "chambre des morts", ils y restent. »

« Pour mieux comprendre »

« Corleone 
(Coeur-de-lion) est un bourg apparemment paisible, situé à 60 km de Palerme, dont le nom est associé à Totò Riina, le chef sanguinaire de Cosa Nostra qui y a vu le jour en 1930, et au patriarche du roman « Le Parrain » de Mario Puzo qui fut interprété par Marlon Brando dans le chef-d’oeuvre de Francis Ford Coppola.

Salvatore Riina dit Totò Riina 
Fils d’un paysan pauvre de Corleone, il devient le maître de la Sicile par le meurtre et la manipulation. Il voit son père mourir à 13 ans, commet son premier meurtre à 19 avant de prêter allégeance à la mafia de Corleone à 26. Il perpétue un premier massacre à 39 ans et, au terme d’une guerre dévastatrice contre la mafia de Palerme, devient à 52 ans le chef absolu de la mafia sicilienne.
Totò Riina n’est pas arrivé au sommet en assassinant ses seuls rivaux mais en faisant également éliminer par ses tueurs des représentants de l’État italien, juges, procureurs, préfets, députés, policiers, hommes politiques, et des journalistes dérangeants.

Le Maxi-Procès de la Mafia
Le procès s’ouvre le 10 février 1986 à Palerme dans un tribunal surnommé le « Bunker » et s’achève le 16 décembre 1987. 2665 années de prison sont prononcées contre les 475 inculpés. Et 19 condamnations à la perpétuité à l’encontre des chefs de Cosa Nostra, dont Totò Riina, en cavale et condamné par contumace.
La perpétuité en Italie est incompressible. Si elle est confirmée en cassation, le condamné ne sortira de prison qu’à sa mort. C’est la hantise de Riina.

Les protagonistes
Le film suit l’escalade des assassinats commis par ou sur ordre de Riina. Pour les évoquer, des voix accusatrices et des voix de l’intérieur.
Les voix de l’intérieur sont des mafiosi qui ont connu Riina (Gaspare Mutolo) ou été au service de Riina en tant qu’hommes de main (Giovanni Brusca, Francesco Anzelmo, Giuseppe Marchese) ou en tant qu’avocat (Giovanni Anania).
Comme Buscetta, leur ennemi des années 80, ils ont décidé de collaborer avec la justice et de voir leurs peines allégées ou annulées. Trois d’entre eux sont libres et vivent sous de nouvelles identités quelque part en Italie. Giovanni Brusca est en prison mais n’est plus soumis au régime carcéral dur.
Les voix de l’accusation sont celles du procureur du Maxi Procès qui a requis et obtenu la perpétuité contre Riina, Giuseppe Ayala. Il a quitté la magistrature après le Maxi Procès, a été député du Parti Républicain (centre gauche). Il est aujourd’hui à la retraite.
A sa voix, se joint celle du commissaire Francesco Accordino qui est entré à la Police Judicaire (PJ) de Palerme au début de la 3ème guerre de mafia, en mai 1981. Accordino est transféré dans la police ferroviaire en Calabre pour ne pas connaître le sort de ses amis et collègues : Boris Giuliano, Nini Cassara, Beppe Montana assassinés sur ordre de Riina.
Intervient également un mafioso du camp des « perdants » de la guerre de mafia des années 80, Gaetano Grado.
S’y ajoutent deux regards. Celui de la photographe palermitaine Letizia Battaglia, regard douloureux et dantesque. Et celui d’un journaliste qui a vécu et rendu compte, par ses chroniques télévisées quotidiennes, du Maxi-Procès et des années de sang qui ont suivi : Salvatore Cusimano. »


« Corleone, le parrain des parrains » de Mosco Levi Boucault
France, 2019
Coproduction : ARTE France et ZEK Productions 
Episode 1 (1 h 18) : Le pouvoir par le sang
Episode 2 (1 h 08) : La chute
Disponible sur arte.tv du 20/06/2022 au 19/02/2023

« Mafioso, au cœur des ténèbres » de Mosco Levi Boucault
France, 2022, 53 min
Sur Arte le 20 juillet 2022 à 22 h 20
Disponible du 20/06/2022 au 19/02/2023


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire