dimanche 10 mai 2015

« Les Juifs de Martinique et Juifs portugais sous Louis XIV », par Elvire Maurouard

Après un tableau des Juifs de Saint-Domingue (Haïti)  au XVIIIe siècle, cette deuxième « exploration » de la romancière et poétesse Elvire Maurouard évoque l’histoire mouvementée des Juifs, sépharades souvent d’origine portugaise, en Martinique et à Rouen au XVIIe siècle. L’auteur aborde aussi le rôle des Juifs en Afrique, où des rois locaux les protégèrent, au Brésil et au Pérou où, malgré leur loyauté, ils furent persécutés par l’Inquisition. Elle décrit des Juifs, financiers de guerres menées par leur pays d’accueil, armateurs, conseillers militaires et habiles commerçants. Cet article est republié à l'occasion du voyage aux Antilles du Président François Hollande.

A la fin du XVIe siècle, deux familles de « nouveaux chrétiens » portugais, les Vaz et les Da Costa de Paz, s’établirent à Rouen. Dès 1603, l’immigration de marranes (cristãos novos, nouveaux chrétiens) ou crypto-juifs) croît considérablement. Mais beaucoup reviennent au Portugal lors du « pardon général » pontifical (1605) qui leur était accordé. Las, ils y sont de nouveau persécutés par l’Inquisition, et de nombreux Juifs choisissent l’exil à Amsterdam  et Hambourg.

Des Juifs portugais du Brésil se rendent en Martinique, quasi-propriété du gouverneur, où résident certains de leurs coreligionnaires.

En relation avec leurs coreligionnaires d’Amsterdam, les Juifs s’y s’illustrent alors dans le commerce et la direction de plantations. Ils prospèrent sous la domination française, dès 1635, malgré la jalousie de commerçants et l’hostilité d’ordres religieux, notamment les Jésuites. C’est Benjamin d’Acosta qui, vers 1650, introduit dans cette île la canne à sucre, élément moteur de la croissance, du commerce et de la richesse.

Cependant le 4 février 1658, un arrêt du Conseil souverain de la Martinique « interdit aux Juifs le commerce des Isles ». Sous la pression des autorités françaises, le 2 septembre 1658, le Conseil autorise les Juifs à commercer.

Intéressé par leur apport bénéfique au royaume de France, Colbert (1619-1683), artisan de l’indépendance économique et financière de la France sous le règne du roi Louis XIV, leur accorde une certaine protection. Cependant, les Juifs affrontent la jalousie de rivaux chrétiens et l’hostilité d’ordres religieux, notamment les Jésuites, soutenus par des gouverneurs généraux.

En 1664, M. de Tracy, gouverneur général, édicte un règlement hostile aux Juifs. Informé de la tolérance royale à l’égard des Juifs, il ne sanctionne pas les violations de son règlement.

Le 1er août 1669, sous l’influence de religieux, M. de Baas, nouveau gouverneur général, promulgue une ordonnance discriminant les Juifs. Eprouvant des remords, il adresse au ministre Colbert, convaincu de l’apport des Juifs négociants à l’Etat, un rapport favorable aux Juifs et sollicite pour eux la liberté de culte.

Impressionné par l’apport économique des Juifs, Colbert, se heurte à l’influence de Louvois (1641-1691).

Le 23 mai 1671, le Roi Louis XIV « accorde la liberté de conscience aux Juifs des Isles ».

La vingtaine de familles Juives de l’ile reçoivent un rouleau de la Torah d’Amsterdam.

Gouverneur général à partir de 1677, le comte de Blénac cherche à obtenir les faveurs des Jésuites, dont l’influence s’exerce sur le roi Louis XIV par le père Lachaise, confesseur du roi, et Mme de Maintenon (1635-1719), favorite. Alors que M. Patoulet, intendant reconnaissant leur apport au commerce et à l’industrie dans l’île, souhaite l’égalité de traitement avec les autres habitants de l’île, M. de Blénac écrit à Colbert en 1680 en partageant les demandes de la Compagnie de Jésus visant à chasser les Juifs. Il n’obtient pas le soutien du nouvel intendant, M. Bégon.

Après la mort du bienveillant Colbert, un ordre du roi Soleil le 21 septembre 1683, contraint à l’exode les Juifs des possessions françaises d’Amérique, et le Code noir (mars 1685) réitère cette expulsion.

Régulièrement, des familles Juives sont signalées dans l’île.

Un ordre du roi Louis XIV du 21 septembre 1683 contraint à l’exode les Juifs des possessions françaises d’Amérique. Et, en mars 1685, le Code noir réitère cette expulsion.

Ce livre aurait gagné en clarté par une construction plus chronologique.

Elvire Maurouard, Les Juifs de Martinique et Juifs portugais sous Louis XIV. Préface de Claude Gozlan. Editions du Cygne, 2009. 126 pages, 14 euros. ISBN : 978-2-84924-136-3


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Cet article a été commandé, mais non publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 17 août 2013.

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