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dimanche 9 juin 2024

Peter Lorre (1904-1964)

Peter Lorre (1904-1964) est né László Löwenstein dans une famille juive à Rózsahegy (alors dans l'empire d'Autriche-Hongrie). Rendu célèbre par son interprétation de serial killer (tueur en séries) de fillettes dans M le Maudit de 
Fritz Lang (1932), cet acteur hongrois germanophone quitte en 1933 l'Allemagne nazie pour les États-Unis dont il acquiert la nationalité. A Hollywood, il incarne des seconds rôles mémorables (Casablanca, Le Faucon maltais, Arsenic et Vieilles Dentelles, Vingt Mille Lieues sous les mers). Arte rediffusera le 10 juin 2024 à 22 h 55 M le Maudit, film policier de Fritz Lang et diffusera le 11 juin 2024 à 00 h 40 « Peter Lorre - Derrière le masque du maudit », documentaire d’Evelyn Schels.



Peter Lorre (1904-1964) est né László Löwenstein dans une famille juive germanophone récemment arrivée à Rózsahegy ou Rosenberg (alors dans l'empire d'Autriche-Hongrie) et devenue Ružomberok (dans l'actuelle Slovaquie). Comptable, son père est lieutenant de réserve dans l'armée impériale. Veuf en 1908, il se remarie.

Le jeune László Löwenstein travaille brièvement dans une banque, puis abandonne son emploi pour entamer une carrière de comédien.

Adolescent de 17 ans, il joue à Vienne sous la direction du marionnettiste viennois de l'Art nouveau Richard Teschner. « Je suis le seul acteur, je pense, qui a vraiment connu la faim », a confié Peter Lorre qui joue alors aussi à Breslau et à Zurich.

À la fin des années 1920, il part pour Berlin où il prend pour nom d'artiste Peter Lorre. Au théâtre Schiffbauerdamm de Berlin, il rencontre Bertolt Brecht qui le choisit pour jouer dans sa pièce Un homme est un homme (Mann ist Mann). Il interprète ensuite le rôle du Dr Nakamura dans Happy End,  comédie musicale adaptée de Brecht, sur une musique de Kurt Weil, et avec Helene Weigel, Carola Neher, Oskar Homolka et Kurt Gerron. Peter Lorre « donne de façon frappante, justement dans les longues parties parlées, le sens mimique profond sous-jacent à toutes les phrases », a déclaré Brecht.

Parallèlement, Peter Lorre joue dans des films (Das Cabinet des Dr. Caligari de Robert Wiene, 1920). Agé de 28 ans, il est rendu célèbre par son interprétation de serial killer (tueur en séries) de fillettes dans M le Maudit (M - Eine Stadt sucht einen Mörder), premier film parlant de Fritz Lang (1932). « Un physique mou, presque ingrat, des yeux à fleur de tête, un faciès mou, une bouche aux grosses lèvres indécises, [une] voix aux intonations mi-insidieuses, mi-étrangement précises et où se mêlaient quelques sons aigus », analyse l'historienne Lotte Eisner. Ignorant au début la judéité de Peter Lorre, Adolf Hitler et Joseph Goebbels louent le « meurtrier » choisi par Lang ». Peter Lorre est surnommé alors « acteur préféré du Führer » (Führers Liebling). Puis, les nazis choisiront l'image de l'acteur dans ce film pour représenter l'image du Juif maléfique dans des films de propagande, notamment Le Juif éternel.

L'année suivante, cet acteur quitte l'Allemagne nazie. Le 25 février, soit deux jours avant l'incendie du Reichstag, il fuit à Paris, à l'hôtel Ansonia, rue de Saïgon, qui accueille des artistes allemands et autrichiens : Franz Waxman, Friedrich Hollaender, Billy Wilder. Puis, il se rend à Londres où Ivor Montagu, coproducteur du thriller L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much) d'Alfred Hitchcock, le recrute pour le second rôle du « méchant » conspirateur en 1934. Peter Lorre joue dans Quatre de l'espionnage (Secret Agent) d'Hitchcock (1936).

En 1935, Peter Lorre, après avoir joué dans The Man Who Knew Too Much, et sa première épouse, l'actrice Celia Lovsky, se rendent en paquebot à New York, avec des visas de visiteurs pour les États-Unis.

A Hollywood, naturalisé américain en 1941, il incarne des seconds rôles mémorables : Les Mains d'Orlac (Mad Love, 1935) de Karl Freund, Crime and Punishment de Josef von Sternberg (1935), Casablanca de Michael Curtiz (1942), Le Faucon maltais de John Huston (1940), Arsenic et Vieilles Dentelles de Frank Capra (1944), Vingt Mille Lieues sous les mers de Richard Fleischer (1954), Contes de terreur (1962) et Le Corbeau (1963) de Roger Corman. 

En 1936, Peter Lorre reçoit un télégramme de Hitler qui, vraisemblablement sur les conseils de Goebbels, et le considérant comme un opposant politique, l'assure de son admiration et l'invite à rentrer en Allemagne pour signer un contrat avec l'Universum Film AG (UFA), société de production nationalisée et contrôlée par les nazis. La réponse de Peter Lorre : « Pour deux tueurs comme Hitler et moi, il n'y a pas assez de place en Allemagne ». Durant la Deuxième Guerre mondiale, le FBI interpelle sur un agent allemand détenant une liste de cent personnes, dont Peter Lorre en 3e position, à assassiner. 

En mai 1947, Peter Lorre, ami du dramaturge communiste Brecht, comparaît devant le Comité des activités anti-américaines de la Chambre des représentants. Sympathisant brièvement du Comité pour le Premier amendement, fondé notamment par John Huston, il avait marqué son soutien au Comité en ajoutant son nom aux publicités dans la presse spécialisée. 

Durant sa traversée du désert, il écrit le scénario et réalise en Allemagne L'Homme perdu (Der Verlorene), film dramatique produit par Arnold Pressburger en 1951 et interprété par Peter Lorre, Karl John, Helmuth Rudolph, Johanna Hofer et Renate Mannhardt. Il y « joue un médecin à la fois compromis dans les expériences médicales des nazis et victime de pulsions de meurtre à l’encontre des femmes ». C'est l'un des rares films d'un émigré d'Allemagne qui aborde « les questions de culpabilité et de responsabilité, de responsabilité et de justice » visant notamment le peuple allemand vis-à-vis des crimes nazis. En 1952, ce film est distingué par une « Mention honorable » lors de la remise du Prix du film allemand. Il est loué par la critique, mais n'est pas un succès commercial.

Recourant à la morphine pour ses troubles biliaires, Peter Lorre en devient dépendant. Dépensant sans compter, il a aussi une addiction à l'alcool et au tabac ainsi que des problèmes de surpoids. 

Sa maison de production fait faillite. 

Peter Lorre a été marié trois fois : avec Celia Lovsky (1934-1945), l'actrice Kaaren Verne (1945-1950) et Anne Marie Brenning (1953-1964), mère de sa fille, Catharine (1953-1985) qui, au décès de son père, est adoptée par Kaaren Verne et son époux James Powers.

« Peter Lorre - Derrière le masque du maudit »
Arte diffusera le 11 juin 2024 à 00 h 40 « Peter Lorre - Derrière le masque du maudit », documentaire d’Evelyn Schels.

« En 1931, il est l’ignoble tueur d’enfants de "M le maudit" de Fritz Lang. Exilé à Hollywood, il jouera des seconds rôles pour Hitchcock, Curtiz, Capra, Huston ou Mankiewicz. Ce portrait éclaire la carrière en dents de scie et la personnalité complexe de Peter Lorre, impuissant à s’émanciper de la figure du monstre qui le rendit célèbre. »  

« Né en 1904 dans une famille juive, le jeune Laszlo Löwenstein est encore adolescent lorsqu’il quitte sa Hongrie natale pour aller assouvir son amour du théâtre dans l’effervescente Vienne de l’après-guerre. »

« Après avoir fait ses armes, entre autres, au sein d’une troupe dont le directeur l'encourage à changer de nom, celui qui est devenu Peter Lorre s’installe à Berlin. »

« C'est là que Bertolt Brecht, dont il deviendra l’un des acteurs fétiches, le dirige dans sa pièce Homme pour homme. »

« Bluffé, Fritz Lang l’engage pour interpréter le tueur d’enfants de M le maudit, son premier film parlant. »

« Bien que les nazis le portent alors au pinacle, Lorre choisit l’exil peu avant leur arrivée au pouvoir. »

« Émigré à Paris, il est repéré par l’un des producteurs d’Alfred Hitchcock, qui l’entraîne à Londres jouer un conspirateur dans L’homme qui en savait trop. »

« L’année suivante, Peter Lorre débarque à New York avec sa première épouse, Celia Lovsky. »

« Vite installé à Hollywood, le comédien alternera jusqu’à sa mort, en 1964, films de série B (les "Monsieur Moto") et traversées du désert, entrecoupées de seconds rôles dans une poignée de chefs-d'œuvre, parmi lesquels Le faucon maltais de John Huston, Casablanca de Michael Curtiz ou L’affaire Cicéron de Joseph L. Mankiewicz. »

« En 1951, Peter Lorre réalisera un unique film, L’homme perdu. Il y interprète un médecin rattrapé par ses crimes passés dans une Allemagne à peine remise du mal, celui-là même que dépeignait deux décennies plus tôt le prophétique M le maudit… » 

"Personne n'allait croire qu’un homme avec le physique de Peter Lorre irait commettre d’affreux meurtres." Dans une interview télévisée accordée en 1974 au réalisateur William Friedkin, Fritz Lang expliquait pourquoi il avait confié à un jeune acteur inconnu au visage poupin le rôle du criminel de M le maudit. »

« Balayant la carrière artistique de Peter Lorre au travers de ses multiples rôles – sur scène auprès de Brecht ou au cinéma, dirigé par d’autres exilés ayant fui comme lui le nazisme –, ce documentaire s’attache aussi à retracer sa vie intime, mettant en lumière la personnalité complexe d’un homme tourmenté – marié à trois reprises à des actrices dont il fit des femmes au foyer –, d’un esprit libre en proie aux addictions (alcool, morphine) et d’un acteur au physique atypique qui tenta en vain de s’émanciper de la figure du monstre à l'origine de sa célébrité. »

« Nourri d’archives (interviews, extraits de films), un portrait fouillé, étayé par les éclairages de spécialistes (biographe, historien du cinéma...) et le témoignage des réalisateurs allemands Volker Schlöndorff et Christian Petzold. »



"M le maudit"
Arte rediffusera le 10 juin 2024 à 22 h 55 M le Maudit, film policier de Fritz Lang.
 
Réalisé en 1931 sur un scénario de Thea von Harbou, et sous la république de Weimar affaiblie par la crise économique de 1929, M le maudit  est le premier film parlant de Fritz Lang. C’est aussi son film préféré. Fritz Lang a déclaré qu’il l’avait réalisé pour « alerter les mères des risques de négliger leurs enfants ». Dans ce thriller, il recourt à l’ellipse, à l'humour par un montage astucieux.

En 1931, « dans une grande ville de l'Allemagne en crise », vraisemblablement Berlin, un « tueur assassine les petites filles. Il vient de faire une nouvelle victime... Toute la presse ne parle que de ça. Deux policiers écument les bas-fonds, essayant en vain de le démasquer. Gêné dans ses affaires par l'enquête en cours, le syndicat du crime s’organise afin de mettre fin aux agissements du meurtrier maniaque... »

« L’une des œuvres maîtresses de Lang et l'un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Prémonitoire, d'une modernité absolue, il décrit le malaise d'une société à travers la traque d'un tueur en série ». Il associe aussi un thème musical, In the Hall of the Mountain King d’Edvard Grieg, au personnage du meurtrier. Et c’est Fritz Lang qui siffle cet air. Un réalisateur qui expliquait la haine qu’il suscitait à Hollywood par son perfectionnisme.

Initialement intitulé Mörder unter uns (Les assassins sont parmi nous), suggérant la violence contre les enfants sans la montrer, M le maudit est « aussi sans doute le premier film policier moderne : Lang s'inspire des faits divers de l'époque, se renseigne sur les méthodes de la police criminelle, interroge des psychiatres sur les tueurs en série ». 

« Thème majeur du film, l'alliance objective de la police et de la pègre montre des personnages aux pulsions ambiguës, souvent sadiques, les rouages d'une machine oppressive qui opère dans toutes les couches de la société. M est le grain de sable qui enraye cette mécanique infernale. Flics et truands sont forcés à une union sacrée contre son anormalité et sa folie, sa différence ».

Lorsque « la normalité tout entière se précipite dans le lynchage, on discerne au sein de cette foule hurlante les ferments d'un nazisme encore larvé, la silhouette vêtue de cuir d'un accusateur, comme si Lang, dans un accès de fièvre prémonitoire, avait pointé la tragédie à venir. Contrairement aux vices sociaux de la pègre, la folie de M n'a ni responsable ni remède. Le mal absolu est encore à venir : il ressemblera à ces justiciers ».

En 2010, M le maudit a figuré au 33e rang de la liste des cent meilleurs films au monde du magazine Empire.



« Peter Lorre - Derrière le masque du maudit » d’Evelyn Schels
France, Autriche, 2024, 53 mn
Coproduction : ARTE GEIE, ORF, Les Films d’Ici, KGP Filmproduktion 
Sur Arte le 11 juin 2024 à 00 h 40
Sur arte.tv du 03/06/2024 au 07/09/2024
Visuels :
© Nero/Everett/Aurimages
© Everett Collection/Aurimages
© MGM/EVERETT/Aurimages
© Everett Collection/Aurimages
© Les Films d' Ici

« M le maudit  » par Fritz Lang
Nero-Film AG , 108 min
Auteur ! Egon Jacobson
Image : Fritz Arno Wagner
Montage : Paul Falkenberg
Musique : Edvard Grieg
Scénario:  Thea von Harbou, Fritz Lang
Producteur : Seymour Nebenzal
Avec Peter Lorre, Ellen Widmann, Inge Landgut, Otto Wernicke, Gustaf GründgensTheo Lingen, Theodor Loos, Georg John, Ernst Stahl-Nachbaur, Paul Kemp, Friedrich Gnaß, 
Fritz Odemar, Franz Stein, Rudolf Blümner, Karl Platen, Rosa Valetti
Sur Arte les 2 décembre à 20 h 55 et 4 décembre 2015 à 1 h 20
Visuels
© ARD/Degeto


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