vendredi 3 mars 2017

Joel Meyerowitz


La Polka Galerie présente Taking my Time - Part II de  Joel Meyerowitz, photographe de rue (street photographer), américain, Juif, spécialisé dans les paysages et les portraits. Des premiers travaux en noir et blanc à son travail précurseur en couleurs, dont les photographies réalisées pendant neuf mois dans les ruines du World Trade Center à New York, après les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001.


Joel Meyerowitz est « l’archétype du New Yorkais cultivé qui a embrassé son époque avec curiosité et empathie. Par son travail en couleur, il a révolutionné l’histoire de la photographie. à l’instar de William Eggleston ou de Stephen Shore, il a influencé de jeunes générations de photographes et particulièrement l’école allemande de Düsseldorf ».

« Photographe de rue » comme le photographe humaniste français  Henri Cartier-Bresson ou Robert Frank, Joel Meyerowitz se distingue dès le milieu des années 1960 par le choix des couleurs à une époque où le noir et blanc était seul prisé des théoriciens et praticiens professionnels de la photographie, alors dédaigneux ou méfiants à l’égard des pellicules en couleurs qu’ils concédaient aux amateurs ou aux publicitaires.

Des années 1960 aux années 2000, l’œuvre du photographe Joel Meyerowitz  « apparaît comme le chaînon manquant qui permet de mieux comprendre le passage définitif du noir et blanc à la couleur dans l’histoire de la photographie de la deuxième moitié du XXe siècle ».

Précurseur dans la photographie en couleurs
Joel Meyerowitz naît en 1938 dans le Bronx, quartier populaire de New York.

« Mon père “Pop” était le maire officieux de notre pâté d’immeubles, et c’est donc en traînant avec lui et en observant la façon dont les événements se produisaient de manière inattendue que j’ai acquis mon initiation précoce aux comédies et aux tragédies de la vie quotidienne », se souvient Joel Meyerowitz.

Il débute comme directeur artistique dans une agence de publicité, auprès de Harry Gordon.

Premier tournant décisif de sa vie : sa rencontre avec le photographe Robert Frank.

Envoyé par son patron, ce vingtenaire observe dans le centre ville newyorkais Robert Frank « faire des photos de la nouvelle plaquette que j’avais créée. Il s’agissait de très jeunes filles qui faisaient diverses activités après l’école : devoirs à la maison, jeux, maquillage, etc. En quelques minutes, je me suis rendu compte que je n’avais jamais vu quelqu’un bouger ou utiliser un appareil photo de cette manière. Je l’observais pendant toute la scène, et chaque fois que j’entendais le déclic du Leica, je voyais ce moment s’illuminer, l’apogée absolue de cet instant ! J’étais ébahi ! J’avais déjà assisté à des séances de photographie, mais je n’avais jamais vécu une telle expérience ».

A Harry Gordon, il annonce sa démission et explique : « C’était génial, je ne savais pas que l’on pouvait bouger et prendre des photos à la fois ! » Tout ce que je voulais, c’était être dans les rues de New York. Harry m’a prêté son appareil photo. J’ai chargé une pellicule couleur sans me demander s’il y avait une quelconque autre alternative. Et je suis sorti… » (Joel Meyerowitz: Taking My Time).

 En 1962, Joel Meyerowitz parcourt les rues de New York avec un appareil 35 mm. Il se lie d’amitié avec Garry Winogrand, Tony Ray-Jones, Lee Friedlander, Diane Arbus. Dans son Panthéon, figurent Robert Frank et Eugène Atget.

Joel Meyerowitz capte des scènes saugrenues de la Big Apple, le visage d’une petite fille inséré dans une série de cadres. Le visage de la caissière d’un lieu de spectacle dissimulé ou remplacé par un Hygiaphone. Un piéton emportant un grand animal.

Ce photographe alterne le noir et blanc – la magie d’un paysage enneigé éclairé par une étoile - et la couleur qui souligne le contraste entre la proximité d’un bébé et de fusils, les couleurs vives de New York, le duo entre deux New Yorkais différents par l’âge, l’expression du visage, etc.

« Dès mes débuts en tant que photographe – la toute première pellicule, en réalité – j’ai travaillé en couleur et je croyais en son potentiel. Naturellement, à cette époque, j’étais jeune et inexpérimenté, et j’ignorais qu’il y avait une question persistante sur la couleur dans le monde très sérieux de la photographie. On pensait alors que la couleur était trop commerciale, ou que c’était davantage le domaine des amateurs et, finalement, qu’il était quasi impossible de développer des photos couleur soi-même dans sa propre chambre noire  ».

Et d'ajouter : « Vers 1965, j’ai commencé à porter deux appareils photo chaque jour : un avec une pellicule couleur, l’autre avec une pellicule noir et blanc. Je n’avais cependant jamais essayé de comparer côte à côte deux vues presque identiques et, ce faisant, de voir par moi-même laquelle pouvait apporter à la question de la couleur une conclusion avec laquelle je pourrais être à l’aise ».

Vers cette époque, Joel Meyerowitz lit un texte de John Szarkowski. Celui-ci a succédé au célèbre Edward Steichen au poste de conservateur pour la photographie (1962-1991) du MoMA (Musée d’art moderne) de New York.

John Szarkowski a écrit « qu’une photographie décrit simplement ce qui est devant l’appareil photo. Cette affirmation simple m’a fait réfléchir plus sérieusement à l’idée de description et à la façon dont l’accumulation des informations dans la photo constitue son état primaire, indépendamment de tout autre événement décrit dans la photographie. Dans les années 1966-67, j’ai passé un an en Europe, où j’ai eu la possibilité de procéder à des essais pour moi-même, et lorsque je suis rentré chez moi, j’ai pu examiner et analyser ces doublons. J’ai alors constaté que l’image en couleur était plus riche d’informations, qu’il y avait beaucoup plus à voir et à réfléchir, tandis que le noir et blanc réduisait le monde à des nuances de gris. La pellicule couleur était plus exigeante. Le piqué de l’image et sa cohésion m’obligeait à “lire” plus attentivement tout ce qu’il y avait dans le cadre. Ainsi, lorsque j’ai commencé à réfléchir de cette manière, un processus s’est engagé qui est ensuite devenu la façon dont je lisais et comprenais mon travail. J’avais l’impression que les couleurs signifiaient quelque chose pour chacun de nous, dans le passé comme dans le présent. Nous gardons des souvenirs de couleurs tout comme nous créons des souvenirs olfactifs, et ils évoquent des sensations et, à partir de cette reconnaissance, nous élaborons notre propre vocabulaire des réponses aux couleurs ».

La comparaison entre deux photographies, l’une en noir et blanc et l’autre en couleurs, s’avère à cet égard très pertinente : celle en couleurs est plus informative, capte davantage le regard du lecteur, semble de meilleure qualité artistique. De plus, chaque époque se distingue par sa tonalité chromatique : couleurs acidulées des années pop, imprimés imitation panthère d’une ère de combat.

Dans cet émerveillement de Joel Meyerowitz pour les apports des couleurs on retrouve l’enthousiasme de François Truffaut, alors critique de cinéma  pour Arts et Les Cahiers du cinéma, découvrant et s’émerveillant dans le mélodrame de Douglas Sirk, Written on the Wind (Ecrit sur du vent, 1956), devant l’Amérique en couleurs pimpantes, modernes révélées dans ce film.

Dès 1972, Joel Meyerowitz   se consacre uniquement à la couleur, et aux grands formats.

Son premier livre, Cape Light (1979), dans lequel « il explore les variations chromatiques au contact de la lumière, est considéré comme un ouvrage classique de la photographie ». Il a été vendu à plus de 100 000 exemplaires en 30 ans. Seize autres ouvrages suivent.

Cet artiste inaugure comme enseignant le premier cours de photographies en couleurs à la Cooper Union for the Advancement of Science and Art, établissement prestigieux d’enseignement supérieur de New York.

Utilisant alternativement un appareil 35mm et une chambre Deardorff 20x25, Joel Meyerowitz « développe à travers ces deux formats, qui définissent deux langages différents, une écriture originale. Il capture “l’instant décisif” avec son appareil 35mm, et révèle la beauté du réel en utilisant un temps beaucoup long avec la chambre grand format ». C’est parfois une cacophonie chromatique qu’il impressionne. Ou un moment de poésie : ce couple s’éloignant de dos dans des volutes de fumée…

A l’épure des paysages, ruraux ou maritimes, et de portraits, alternent l’intensité, le rythme, les chocs des villes. Tous soigneusement composés et colorés. Avec des lumières diverses : celle qui fait rougir la peau de la rousse Caroline, à Provincetown, sur un fond de dégradés de bleu, ou celle plus blanche de Paris.

Plus de 350 expositions dans des musées et des galeries ont montré les photographies de cet artiste souvent distingué.

En 1998, Joel Meyerowitz a réalisé son premier film, POP, journal de son voyage de trois semaines avec son père âgé de 87 ans, Hy, et son fils Sasha.

Dans les jours ayant suivi les attentats terroristes islamistes contre le World Trade Center (WTC), à New York, le 11 septembre 2001, Joel Meyerowitz a constitué les archives sur cette destruction et la reconstruction dans et autour de Ground Zero. Plus de 8 000 photographies de ces Archives du WTC ont fait l’objet de 35 expositions organisées par le Département d’Etat, de 2002 à 2005, de Londres à Islamabad, de Rome au Koweït, de Moscou à Jérusalem. Avec ces photos, Joel Meyerowitz a aussi représenté, les Etats-Unis à la Biennale de Venise en 2002.

En 2013, la Maison européenne de la photographie  (MEP) a présenté une rétrospective  de Joel Meyerowitz.

En 2014, la célèbre Howard Greenberg Gallery a présenté deux expositions de Joel Meyerowitz, photographe de rue (street photographer), américain, Juif, spécialisé dans les paysages et les portraits : My European Trip: Photographs from the Car, exposition en 1968 au  MoMA et dont le commissaire était John Szarkowski et  The Effect of France. New Still Lifes, 2012-2013.

Le NRW-Forum à Düsseldorf présenta la première rétrospective de Joel Meyerowitz en Allemagne. Plus de 260 photographies d'une carrière s'étalant sur 50 ans.

La Polka Galerie présente Taking my Time - Part II de  Joel Meyerowitz, second volet de l’expoistion « Taking My Time », un cycle rétrospectif en deux tableaux consacré au grand photographe américain Joel Meyerowitz. Autobiographique et méditative, l’exposition plonge dans la mémoire d’un artiste spectateur qui a traversé l’histoire récente de la photographie. La deuxième partie du voyage se consacre aux paysages et à la lumière, laissant les rues de New York de la « Part. I » derrière elle".

"A la  fin des années 1960, l’auteur de Bystanders (1994) interroge les secrets de la couleur, en explorant sa finesse, ses tonalités, ses contrastes et ses saturations veloutées. Le bouleversement sémantique que présuppose l’abandon du noir et blanc conduit Meyerowitz vers le contexte de ses images. Le grand format joue ici un rôle prépondérant. En 1976, l’artiste fait l’acquisition d’une chambre photographique grand format, une Deardorff 8x10. C’est à Cape Cod, où il passe ses vacances, que Meyerowitz l’utilise pour la première fois. Avec sa lumière, ses paysages vides, plats, silencieux voire figés, la presqu’île balnéaire du Massachusetts est à l’exact opposé de l’énergie new-yorkaise qu’il photographie à ses débuts, au 35 mm. Mécaniquement et symboliquement, la vision change. Le dispositif et les règles aussi".

"L’expérience de la chambre photographique permet à Joel Meyerowitz de résoudre un paradoxe esthétique et artistique auquel il s’est confronté dès ses débuts, au moment où la photographie couleur, médium de masse par excellence, gagnait son statut d’œuvre d’art. Là où Fred Herzog ou Stephen Shore, pour s’en libérer, neutralisent les nuances, Meyerowitz fait le contraire, assumant la richesse et la puissance des pigments. La couleur n’est plus seulement un procédé, elle devient un langage. Et la photographie un métabolisme, un théâtre, un lieu de contemplation qui se joue des hors-champs et des harmonies chromatiques. « L’action n’est plus au cœur, elle devient presque accessoire. Mon image a d’autres ambitions. » En 1979, paraît Cape Light, son livre culte, clin d’œil au passé et préfiguration de ses futures séries".

"Après les piscines de Cape Cod viendront d’autres paysages, d’autres formes, d’autres architectures. Des forêts de Toscane aux ruines du World Trade Center en passant par les ateliers du grand peintre italien Giorgio Morandi. Le voyage de Meyerowitz devient alors intérieur".


Du 14 janvier au 4 mars 2017
A la Polka Galerie 
12, rue Saint-Gilles. 75003 Paris, France
T +33 1 76 21 41 30
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h 30 ou sur rendez-vous

Du 27 septembre 2014 au 11 janvier 2015
Au NRW-Forum Kultur und Wirtschaft Düsseldorf
 Ehrenhof 2, 40479 Düsseldorf. Germany
Tel.: +49 (0)211 – 89 266 90
Du mardi au dimanche de 11 h à 20 h

Du 17 avril au 31 mai 2014
A la Howard Greenberg Gallery
The Fuller Building.  41 East 57 Street.  Suite 1406.  New York, NY 10022
Tél.: 212.334.0010
Du mardi au samedi de 10 h à 18 h

Jusqu’au 7 avril 2013
A la Maison européenne de la photographie  (MEP)

5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels  de haut en bas :
NYC, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1965
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

JFK Airport, NYC, 1968
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Mexico, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Roseville Cottages, Truro, Massachusetts, 1976
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Paris, France, 1967
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Florida, 1967
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1978
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1975
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Caroline, Provincetown, Massachusetts, 1983
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Five more found, NYC, 2001
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Provincetown, 1978
Florida, 1978
Heidi, Provincetown, Massachussets, 1981
Quartet, Massachussets, 1983
© Joel Meyerowitz, Courtesy Polka Galerie.

A lire sur ce blog :

Les citations sont extraites du dossier de presse.
Cet article a été publié sur ce blog le 2 avril 2013, puis les 17 avril, 29 mai et 24 septembre 2014, 10 janvier 2015 et 15 janvier 2017.

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