lundi 31 juillet 2017

Charlemagne Palestine


Charlemagne Palestine, plasticien, musicien avant-gardiste, est honoré par deux expositions : l’une au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme  (MAHJ), l’autre au Jewish Museum de New York sous le titre « Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland ». Un univers bariolé empli d’ours en peluches et d'écharpes, inspirant la joie, mais vide d’êtres humains. Des « représentations chamaniques de l’âme ». Un « crazy land ».
     
 
« Né à Brooklyn en 1947 sous le nom de Chaim Moshe Palestine » dans une famille juive originaire d’Europe de l’Est, il « rejoint, enfant, la chorale juive de Stanley Sapir pour atténuer par le chant les effets de son bégaiement ».

Il apprend à jouer du piano et de l’accordéon.

« Élevé dans une famille originaire d’Odessa, il est partagé entre une éducation traditionnelle et son goût pour les formes artistiques expérimentales ».

Il étudie au Collège des Arts et de la musique de Manhattan. Il se passionne par les sons produits par des machines, la musique électronique.

De 1963 à 1969, il joue du carillon à l’église Saint Thomas à Manhattan.

Charlemagne Palestine explore une musique expérimentale. Il est ainsi repéré par le vidéaste Tony Conrad.

« Dès les années 1960, il évolue aux côtés de nombreuses figures de l'avant-garde new-yorkaise, dont La Monte Young, Terry Riley ou John Cage. »

« Sa pratique du chant, du carillon, de l’orgue puis du piano lui permet de développer, à partir des années 1970, une relation physique et vibratoire à l’espace, à son corps et à ceux de l’auditoire. Ses performances s’adaptent aux contextes et aux instruments qu’il utilise, engendrant un dialogue avec les lieux qui le reçoivent ».

Charlemagne Palestine s’intéresse aux drones, des sons continus : « Comme Rothko et Still l'avaient trouvé en peinture, je voulais trouver dans le son un champ baigné de couleur, un temple de la couleur, un sanctuaire de la couleur, un son sans fin » (Revue et Corrigée, n°28). Il recherche le Son d’Or (The Golden Sound), et nourrit sa quête de musiques d’horizons divers, l’Inde et l’Indonésie.

« La dimension totale de sa démarche est à l’image des peluches qu’il recueille et expose : public idéal, totems, communauté choyée et perdue qu’il cherche à reconstruire, elles concrétisent aussi le caractère animiste de son œuvre ».

En 1987, cet artiste multimédia « réalise pour la Documenta 8 à Kassel, God Bear, un ours en peluche à 3 têtes et 2 corps de 6 mètres de haut ».

En 1996, la « publication de Four Manifestations on Six Elements replace Charlemagne Palestine sur le devant de la scène. Cet album, réalisé avec le concours de Lee Ranaldo, du groupe Sonic Youth, rassemble diverses performances enregistrées dans les années 1970 et 1980 ».

En 2015 et en 2016, respectivement la Kunsthalle de Vienne et le Witte de With à Amsterdam ont présenté GesammttkkunnsttMeshuggahhLaandtttt. Une quasi rétrospective de ce compositeur - à l’origine pour le glockenspiel, instrument à percussion, et des instruments électroniques -, musicien, plasticien, vidéaste américain.

Auteur de plus de 20 albums solo, il est connu pour ses œuvres musicales fondées sur la répétition. Les variations n’apparaissent que graduellement. « Bien que lié aux musiciens La Monte Young, Terry Riley, Philip Glass et Steve Reich, il a rejeté le minimalisme et forgé le terme « maximalisme » pour caractériser ses compositions ». Les objets réitérés – ours en peluche, bouteilles de cognac, écharpes – fonctionnent comme des « symboles d’identification ». Les « ours en peluches représentent pour Charlemagne Palestine des totems chamaniques puissants qu’il dénomme Divinités ».

L’ours en peluche (Teddy bear) a été inventé en 1902 par un couple d’immigrés juifs à Brooklyn. Le premier ours en peluche était cousu à la main par Morris et Rose Michtom en hommage au président Théodore Roosevelt à la suite d’un voyage à fin de chasser au Mississipi au cours duquel il a refusé de tirer sur un ours âgé, blessé. Le fait a été popularisé par le célèbre dessinateur Clifford Berryman dans le Washington Post. Le couple Michtom a surnommé sa création un « Teddy’s bear ». Un succès commercial immédiat.


Charlemagne Palestine vit et travaille à Bruxelles, en Belgique.

Son actualité ? Deux expositions, deux installations, similaires - jusqu’au 6 août 2017 « Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland » au Jewish Museum de New York, et au musée d’art et d’histoire du Judaïsme - et « Palestine, prénom Charlemagne – Messhugga Land », livre d’essais et d’entretiens avec Marie Canet (Presses du réel, 2017). Le 15 mai 2017, la Fondation Entreprise Ricard avait invité Charlemagne Palestine à l’occasion de la sortie du livre.


Un univers de jouets, dont des ours en peluche, habillés. Certains jouets ont été créés par l’artiste. Les têtes de jouets sont recouvertes de taliths, châles de prières blancs rayés de bleu portés par les juifs. Le Jewish Museum présente notamment « Noah’s Ark », un bateau à rames empli à ras bord de jouets en peluche. Dans le titre de l’exposition, réside un jeu de mots sur bar-mitzva (fils du commandement, en araméen) - majorité religieuse d’un garçon juif à 13 ans marquée souvent par une cérémonie et une fête - devenu « Bear Mitzvah » (ours du commandement, en anglais et en araméen). Meshugah signifie « fou » en yiddish. Le Jewish Museum invite donc à la Bear Mitzvah au Pays fou de Charlemagne Palestine.

« Sculptures, peintures, installations visuelles et sonores, films et concerts... Charlemagne Palestine investit le mahJ à l’occasion d’une exposition personnelle, première du genre dans un musée français. Dans les écuries de l'hôtel de Saint-Aignan, il déploie une installation qui mêle œuvres historiques et nouvelles productions, faisant évoluer le visiteur au cœur de son univers foisonnant, où les peluches tiennent un rôle de premier ordre ».

L’espace est décoré empli de peluches vêtues de costumes bariolés et semblant s'accrocher les uns aux autres. Des tissus entourent les colonnes. Des écharpes sont accrochées aux murs. Des étoffes à motifs colorés pendent aux fenêtres. Des boules à miroirs démultiplient le côté festif et le concept de répétition. L’ambiance est chaleureuse, et émouvante.
             
L’exposition Charlemagne Palestine au mahJ est réalisée en collaboration avec l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Lyon, en partenariat avec Les Inrockuptibles. Le commissariat est assuré par Marie Canet, commissaire indépendante, historienne de l'art et professeur d'esthétique à École des beaux-arts de Lyon, et Fanny Schulmann, conservatrice de la collection moderne et contemporaine du mahJ ».

« Alchimiste minimaliste, Charlemagne Palestine est aussi un des plus importants artistes de la performance new-yorkaise. Il y a, à cet égard, quelque chose d’héroïque et même de shakespearien dans la mise en représentation du personnage qu’il s’est choisi. Ainsi, peut-on le voir s’avancer à petits pas vers la scène, un éternel verre de cognac à la main et le dos voûté. « Pour ressembler à Quasimodo, le sonneur de cloches de Notre-Dame », s’amusera-t-il à nous confier... Mais qu’importe : dès que ses doigts se posent sur les touches d’ivoire, c’est très vite qu’il nous emporte avec lui dans son désir sans cesse relancé de s’accorder à la vibration fondamentale de l’univers », a écrit Daniel Caux.

Autour de l'exposition, est prévue la soirée de projections Charlemagne & friends – Films expérimentaux le 13 septembre 2017, à 19 h 30. L’artiste sera aussi à l’honneur lors de la Nuit blanche du 7 octobre 2017.

Quand le mahJ proposera-t-il une exposition de peintres ou sculpteurs juifs français contemporains ?
  

Extraits de Palestine, prénom Charlemagne – Messhugga Land, de Marie Canet (Presses du réel, 2017)

« Enfance new-yorkaise 
Charlemagne Palestine est né en 1947 dans le quartier de Brooklyn, à New York aux États-Unis. Né Charles Martin ou Chaim Moshe, il a grandi dans une famille russe, de religion juive, originaire d’Odessa. Ses parents ont émigré étant enfants aux États- Unis, en 1908 et 1915. Sa mère travaille dans le domaine du textile en tant que couturière ; son père est dans le bâtiment et se trouve lié à la mafia juive qui tient le monopole dans ce quartier de la ville. Dès l’âge de huit ans et jusqu’en 1961, Palestine est membre de la chorale juive traditionnelle Stanley Sapir. Son éducation musicale est partagée entre une approche spirituelle de la musique, qu’il pratique à la synagogue, et les chants folkloriques des groupes klezmer, qu’il écoute à la maison. Il aime traîner dans les cafés de Greenwich Village où il côtoie les poètes de la Beat Generation dont Allen Ginsberg et Gregory Corso ou Tiny Tim, le chanteur populaire et joueur de ukulélé. 

Années d'apprentissage 
À treize ans, il suit des cours au College of Arts and Music de Manhattan, une des écoles créées dans les années 1930 [...] pour soutenir l’éducation des enfants d’émigrés. Il étudie l’accordéon d’abord, puis le piano, pratique le chant, la peinture et la musique en développant son intérêt pour les sons générés par des machines. Il se procure ainsi des magnétophones à bandes avec lesquels il expérimente l’enregistrement et le collage. À partir de 1963, il est carillonneur à l’église épiscopale Saint-Thomas sur la 5e Avenue, à côté du Museum of Modern Art de New York. Il joue chaque jour des hymnes traditionnels protestants qu’il mêle à des formes plus expérimentales. [...] 

Premiers pas dans l'avant-garde new-yorkaise 
[...] les passants new-yorkais pressés et affairés se faisaient toujours surprendre par les dégringolades et les échappées de masses sonores produites du haut du clocher de Saint-Thomas au point d’arrêter leur course et de lever la tête. Un jour, c’est donc Tony Conrad, musicien et cinéaste de l’avant-garde newyorkaise, qui interrompt sa marche pour venir à la rencontre du jeune carillonneur […] enthousiaste, il l’invite à participer à la musique du film qu’il est en train de produire avec Beverly Grant, Coming Attractions, réalisé en 1969-1970 […]. Le film raconte, sous une forme allégorique à laquelle la musique participe entièrement, les amours et expériences d’un transsexuel âgé [...]. Il est demandé à chaque musicien de jouer quelque chose relatif à son passé, son expérience : John Cage, qui venait de quitter les Velvet Underground, joue une étude de Chopin ; Terry Riley propose le genre de musique avec laquelle il gagnait sa vie dans des bars et des bases de l’armée au début des années 1960 ; La Monte Young chante une chanson de cow-boy (Bury Me Not on the Lone Prairie) ; et Charlemagne Palestine joue du carillon et de la voix à partir de deux pièces enregistrées en 1968 à l’University Intermedia Center de New York intitulées Holy 1 et Holy 2. Pour cette nouvelle version re-titrée Alloy, il travaille sur un instrument de son invention baptisé l’« Alumonium ». 

Premières expérimentations 
En 1968, il expérimente la musique électronique auprès de Serge Tcherepnin et Don Buchla à l’Intermedia Center University de New York. Il pose ainsi les bases de son projet visant à l’exploration de « Sonorités d’or » et de ce qui deviendra sa pratique du drone [son continu] en travaillant avec des oscillateurs et des synthétiseurs analogiques. Il y fait également la connaissance du compositeur Morton Subotnick qui l’invitera à enseigner l’année suivante, et jusqu’à la fin de l’année 1972, au département de Musique du California Institute of the Arts. Là, tout en poursuivant ses expérimentations, Palestine découvre deux instruments essentiels pour le futur de sa pratique : l’orgue et le Bosendorfer Impérial Grand Piano. De retour à New York, en 1973, il entame une série de performances filmées répertoriées sous le titre générique des Body Music. Il produit en 1974 sa première composition performative d’envergure pour piano et musique électronique à la galerie Sonnabend […] intitulée Four Manifestations on Six Elements. 

Minimalisme 
Palestine, qui a toujours refusé l’appellation « minimaliste » pour parler de sa pratique de la musique, préfère le terme de trance. Il élabore des formes sonores et visuelles environnementales liées au chamanisme et à sa propre judéité. Son oeuvre travaille la dimension spatiale des objets et des contextes dans et avec lesquels il se produit. Ce travail de mise en volume de l’espace concerne tout autant son corps de performer que les objets qu’il manipule (instruments ou engins) ou les lieux dans lesquels il intervient (églises ou salles de concert). Tout périmètre, physique et conceptuel, est concevable chez lui s’il peut être travaillé, voire dépassé. Lorsqu’il arrive sur scène il ressemble d’ailleurs de plus en plus à une drôle de créature. Des guirlandes de tissus colorés décorent son piano, il s’agit de Schmattes, un terme yiddish pour parler des chiffons dont les juifs font commerce et qui renvoie directement à l’histoire familiale de l’artiste. Des peluches sont toujours installées sur scène et autour de l’instrument. Il noue durant ses performances les motifs sonores de la même manière qu’il noue les textures et couleurs de ses foulards en cravate, c’est-à-dire par variation, contraste et superposition ». 


Entretien avec Charlemagne Palestine par Marie Canet
(Extrait de Palestine, prénom Charlemagne – Messhugga Land, de Marie Canet
Presses du réel, 2017
Ouvrage traduit en anglais à l'occasion de l'exposition du Jewish Museum de New York, « Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland »

« Charlemagne, pouvez-vous me dire quand vous avez utilisé pour la première fois vos peluches ? Quelle était l’idée ? 
Lorsque j’étais enfant, j’avais tout un ensemble de peluches comme la plupart des enfants. J’avais 5, 6, 7, 8, 10 ans et même plus encore, et ma mère commença à se faire du souci. J’en avais trop autour de moi. […] Donc depuis cette époque, j’avais environ 12 ans, jusqu’à 16 ou 17 ans, il n’y a eu plus aucune peluche dans ma vie. Mais lorsque j’ai déménagé en Californie, parce que j’étais invité à enseigner et à étudier au California Institute of the Arts, ma copine de l’époque, Eileen, a trouvé un ours en peluche qu’elle a acheté à l’Armée du salut pour 25 cents. Il avait des yeux bleus comme les miens. Elle a dit : « Tu sais, il me fait penser à toi, c’est un cadeau. » Cet ours allait devenir King Teddy. Je l’ai toujours. Il a commencé à nous parler : « YA », il avait une voix comme celle-ci et chaque fois que nous avions un problème, il faisait notre intermédiaire. Et donc Teddy est devenu un membre de la famille. À cette époque je démarrais la performance, j’avais rencontré Simone Forti. Nous avons commencé à travailler ensemble et Teddy a participé aussi à nos pièces. 
Donc vous avez découvert en King Teddy une sorte d’alter ego ? 
Absolument, toujours en train de parler. Il parlait à Simone. Il parlait à la galerie Sonnabend, tellement que cela est devenu trop bizarre je pense. Nous l’avons restauré parce qu’il était en très mauvais état. Je l’emmenais partout. Il est dans notre chambre d’amis, dans une petite poussette avec un bébé et un petit ours. Maintenant il a une petite famille. […] 
Vous croyez aux pouvoirs magiques ? 
Non, je crois que lorsque quelque chose émerge du chaos du monde, il vous donne un pouvoir spécial.
Croyez-vous que l’art soit porteur de ce pouvoir ? 
Mon art a un pouvoir magique. Certaines formes d’art ont un pouvoir magique. Il y a des domaines de l’art qui sont magiques. Mon art est en connexion avec mon corps, mes rêves, mon appétit, mes désirs parce que je suis un animiste. Je suis un autobiographiste. Même si certaines peluches viennent du monde de la consommation, une fois qu’elles ont intégré mon monde, elles perdent cette dimension. 
Ah oui, celui-là a un nez très mignon (montrant à Charlemagne l’une de ses dernières trouvailles baptisée par lui-même Singing Asshole, soit « trou du cul chantant »). 
Oui, il ressemble presque à Pandit Pran Nath*. 
Il aurait été heureux de la comparaison. Est-ce qu’il y a un lien entre tout cela et le fait que vous soyez juif ? Ma question pourrait être aussi : vous pensez-vous comme une sorte de Juif errant ? 
Vous voulez parler du fait que la reine Isabella nous a jetés hors d’Espagne ? C’était en 1492. Oui, je suis concerné par la question de la diaspora [...] Mais pour moi la solution d’Israël est très compliquée, et imaginez que je m’appelle Palestine ! Dans ma famille, nous étions dans le textile. C’est de cette manière que nous avons survécu parce que l’on ne pouvait pas faire partie d’une guilde. « Smatte » veut dire chiffons et cela vient du fait que nous vendions en dehors des guildes au Moyen Âge. Donc nous avions l’habitude de revendre des choses et durant très longtemps nous avons été sur le marché de l’occasion parce que les Juifs n’étaient pas autorisés à être sur le premier marché. Le textile pour moi c’est très intime. […] 
Lorsque vous étiez enfant, vous avez suivi un enseignement pour devenir cantor. 
Oui. Nous chantions pendant pas mal de temps. Il y avait différentes choses. La plus commune était les bar-mitsva, des initiations pour des jeunes garçons de 13 ans, maintenant des filles aussi, et les mariages. Il y a les bénédictions et ils aiment lorsqu’un jeune garçon les chante. Ce peut être aussi une jeune fille mais dans le judaïsme le plus orthodoxe, les femmes ne chantent pas, ou du moins ne le faisaient pas dans les années 1950. Donc je chantais ces prières dans une atmosphère solennelle où tout est mis en scène dans une chapelle. Un couple est sur le point de se marier et c’est au sujet de deux baisers et le garçon descend dans le hall et chante cette bénédiction. À un certain moment c’est même très mélodramatique et je chante avec mes deux mains jointes, avec ma voix très haute. J’ai 8 ans, et pour revenir à mon truc avec le rabbin, je suis déjà en train de bénir des personnes avec le son. [...] Une fois par an c’est Yom Kippour et nous chantons toute la journée, de 10 h du matin jusqu’au soir. En principe nous ne sommes pas autorisés à manger. Parfois toutes les personnes de la chorale mangeaient parce que nous étions épuisés à force d’être debout et de chanter, mais en principe pas de nourriture pendant vingt-quatre heures. Donc cela aussi est une autre longue expérience. À ce moment vous entrez dans une sorte de transe, tout le monde entre en transe à partir d’un certain moment. [...] 
Votre utilisation a minima des notes travaille un effet maximum. 
Je n’ai jamais fait de notes minimales, j’ai fait des notes transe, comme les Indiens. Ils utilisent seulement deux notes. Ils ne connaissent même pas le mot « minimal ». Comment se fait-il qu’ils aient fait cela il y a des milliers d’années ? Le mot a été utilisé pour parler de l’effet, mais l’effet existe depuis le début. Ce mot est une construction artificielle très récente et je viens du début. Je n’aime pas cette construction. J’aime lorsqu’il y a beaucoup de termes différents, comme au restaurant où nous étions hier. C’est bruyant, il y a plein de gens différents, c’est une multiplicité de choses, c’est un « bordel ». (…) C’est bordélique. Je suis un impressionniste. J’aime ce mot car il offre beaucoup de possibilités pour chaque génération de maintenant à la fin des temps. C’est un mot ouvert. « Dada » est un mot dingue, incompréhensible, donc de même, il est ouvert. « Transe », « chamanisme » sont des mots ouverts. 
La question du continuum est d’ailleurs bien plus centrale dans votre pratique. 
Oui, cela vient encore aussi des machines comme un frigidaire qui fait un son continu ou la machine Nespresso : rrrrrrrrrrrrrrrrrrrain. Donc c’est vrai que certaines de ces machines électriques, qui font ce type de son continu, ont pu m’inspirer. Mais le tambour indien est identique : yooooooooooooain, comme le frigidaire : vvvvvvvvvvvvvvvvvvvvvv ». 

*maître du Râga indien qui a influencé Charlemagne Palestine et de nombreux artistes de sa génération


Du 17 mai au 19 novembre 2017
Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris 
Tél. : 01 53 01 86 65
Horaires d’ouverture de l’exposition Mardi, jeudi, vendredi, samedi de 11 h à 18 h Mercredi de 11 h à 21 h Dimanche de 10 h à 19 h

Visuels
Affiche du mahJ
© Charlemagne Palestine

Installation view of the exhibition Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland, March 17 - August 6, 2017. The Jewish Museum, NY. Photo: Will Ragozzino/SocialShutterbug.com

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