mardi 31 janvier 2017

« Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté» de Peter Forgács


Arte a diffusé « Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté » (Miss Universe 1929 - Lisl Goldarbeiter. A Queen in Wien), documentaire de Péter Forgács. « De la Vienne des années 1920 à l’Anschluss, le destin romanesque », doux-amer, de Lisl Goldarbeiter (1909-1997), jeune Viennoise issue d’une famille Juive et élue à l’âge de 20 ans « plus belle femme au monde ». Le 30 janvier 2017, Iris Mittenaere, Miss France 2016, a été couronnée Miss Univers 2017, à Pasay (Philippines). "Lors d'une séance de questions-réponses réservée aux trois dernières candidates, elle a ainsi indiqué que "les frontières ouvertes permettent de voyager davantage et de découvrir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde", après avoir estimé que les pays ont le droit de fermer ou ouvrir leurs frontières mais que la France avait fait le choix d'accueillir les réfugiés".


« Lisl avait des mouvements gracieux, une élégance naturelle. Elle est devenue La Beauté », se souvient son cousin, Marci Tenczer.

Ce dont attestent les photos et films réalisés, amoureusement, par Marci Tenczer.

Première Miss Univers non américaine

Lisl Goldarbeiter nait en 1909 à Vienne, alors capitale de l’empire austro-hongrois. La famille Goldarbeiter fait partie de la branche viennoise d’une famille Juive dont la branche hongroise réside à Szeged.

Lisl Goldarbeiter grandit dans la capitale de la « petite république autrichienne » apparue après la dislocation de cet Empire, à la suite de la Première Guerre mondiale. Son père Juif dirige un magasin de maroquinerie à Vienne. Son domicile au 5 Freilagergasse est modeste.

En 1929, après ses études dans une école de commerce, pianiste amateur, Lisl Goldarbeiter travaille dans la boutique familiale.

Écarté de l’université hongroise par le numerus clausus visant les Juifs, son cousin hongrois, Marci Tenczer, quitte Szeged, emménage chez les Goldarbeiter et étudie à l’université pour devenir ingénieur. Le jeune homme s’éprend de sa belle et joyeuse cousine dont il envoie une photo à un journal viennois dans le cadre d’un concours de beauté visant à élire Miss Autriche.

Élue parmi 1 500 candidates, Lisl Goldarbeiter est invitée dans des réceptions, des spectacles, et noue une amitié avec le compositeur Franz Lehár.

Lors d’une réunion familiale, son oncle Hermann prédit que les deux cousins se marieront. Une prophétie qui n’enchante guère la jeune beauté nationale.

Lisl Goldarbeiter est élue dauphine de Miss Europe – titre remporté par Miss Hongrie Böske Simon -, puis, en l'absence de celle-ci,  Miss Univers 1929 lors du concours disputé à Galveston (Texas) et doté d’un prix de 2 000 dollars (14 000 shillings). Une coquette somme que Lisl Goldarbeiter donne à sa famille.

Première Miss Univers non américaine, Lisl Goldarbeiter refuse des propositions intéressantes, notamment celle du réalisateur King Vidor.

La jeune Lisl séduit les foules européennes qui se pressent lors de ses visites, et épouse le 5 août 1930 l’un de ses prétendants, Fritz Spielmann, fils d’un riche industriel de la cravate en soie.

Elle entame une vie oisive avec son mari, joueur familier des casinos. Lasse des dettes accumulés par cet insouciant rejeton, la famille Spielmann finit par proposer à Fritz Spielmann une rente s’il quitte définitivement Vienne. Représentant de commerce pour l’Europe, Fritz Spielmann garde son mode de vie.

Son diplôme d’ingénieur en poche, Marci Tenczer retourne en 1937 à Szeged (Hongrie) où son père dirige une entreprise de plomberie. Après avoir effectué son service militaire, il se voit interdire d’exercer son métier en raison d’une loi antisémite adoptée en 1938. Il travaille chez son père, puis est employé comme tourneur dans une usine où il cache sa formation et son identité juive.

1938. Après l’Anschluss – annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie -, la famille Spielmann quitte Vienne pour la Hongrie, en emportant une partie de ses bijoux. Avec l’aide de Marci, Fritz Spielmann parvient à récupérer les autres bijoux et valeurs que ses proches n’avaient pu emporter.

Il se rend en Belgique avec son épouse. A Bruxelles, Lisl le quitte pour rejoindre ses parents âgés à Vienne. Après des pérégrinations – Londres, Afrique du Sud, Shanghai -, Fritz Spielmann arrive en Amérique.

Comme de nombreux Juifs, le père Juif de Lisl est sauvagement battu à Vienne. Sa mère chrétienne l’envoie à Szeged où elle le rejoint après avoir vendu leur magasin et leur appartement.

Contraint aux travaux forcés en Hongrie en 1942, Marci Tenczer est fait prisonnier en janvier 1943 par l’Armée russe et détenu en Union soviétique.

Le 18 mars 1944, l’Allemagne occupe la Hongrie. Les Juifs hongrois spoliés sont déportés vers Auschwitz.

En juin 1944, Lisl et sa mère sont arrêtées à l’entrée du ghetto – la synagogue - de Szeged, où elles tentent d’apporter du ravitaillement aux Juifs. Par chance, un garde SS les chasse hors du ghetto.

Interné dans un camp de concentration, le père de Lisl est ramené à Vienne où il meurt dans une prison de la Gestapo.

Cinq ans après sa captivité en URSS, Marci Tenczer retourne à Szeged. Seules ont survécu à la Shoah, ses trois sœurs. Marci Tenczer est recruté comme ingénieur à l’usine Ganz et épouse Lisl en 1949. Tous deux ont 40 ans et n’auront pas d’enfant. Bien qu’ils aient songé à émigrer, ils demeurent en Hongrie.

Lisl revient à Vienne en 1963. Les années n'ont pas entamé la finesse et l'harmonie de ses traits.

Lisl décède en 1997, à l’âge de 88 ans. Marci Tenczer meurt en 2003, toujours éperdument épris de « la plus belle femme qui ait existé ».



Ombres et lumières

« Comme dans Le chien noir, documentaire sur la guerre d’Espagne diffusé par Arte en 2006, le réalisateur Péter Forgács croise des archives privées et publiques, des films professionnels et amateurs tournés dans la Vienne de l’époque ». Et comme dans les films muets, il insère des intertitres dans ce documentaire intéressant, émouvant et primé.

« Ces 20 dernières années, j'ai découvert que les vieux films d'amateurs constituaient de manière involontaire de véritables chroniques historiques. Ces journaux intimes en images nous disent quelque chose du passé, de ce que l'on ne peut plus ni toucher ni ressentir, tout en nous donnant à voir l'histoire officielle sous un autre angle », a déclaré Péter Forgács.


« Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté »
de Péter Forgács

Pays-Bas, 2006, 1 h 10 mn
Coproduction : ARTE, ZDF
Diffusion le 28 décembre 2011 à 23 h 55 


Photos : © Mischief Films

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Cet article a été publié le 28 décembre 2011

Pierre sur pierre. Fragments de la culture rurale des Juifs de Hongrie


L’Institut hongrois a présenté l’exposition itinérante Pierre sur pierre. Fragments de la culture rurale des Juifs de Hongrie (Kő kövön. Töredékek a magyar vidéki zsidóság kultúrájából) conçue par le Musée d’ethnographie de Budapest (Néprajzi Múzeum) en Hongrie. Pour évoquer la Shoah, ce musée fait revivre « l’univers rural des Juifs hongrois » avant la destruction des Juifs d’Europe « à partir des objets conservés dans les collections du musée ». Un intérêt indéniable, inconciliable avec les tentatives de réécrire l’Histoire de la Hongrie lors de la Deuxième Guerre mondiale : Mémorial, projets de statues réhabilitant des antisémites, etc. Le 31 janvier 2017, à 12 h 30, le Lieu d'Europe à Strasbourg présentera la mini-conférence sur «  La mémoire hongroise de la Shoah depuis 1945 et les mémoriaux » : "A partir de photos de mémoriaux de la Shoah à Budapest, Fabienne Regard aborde l’histoire de la Shoah en Hongrie, la personnalité de quelques figures emblématiques comme celle de Carl Lutz et Raoul Wallenberg ainsi que l’évolution de cette mémoire depuis 1945". La conférence sera suivie d’une visite guidée de l’exposition sur les lieux de mémoire de la Shoah. Fabienne Regard est historienne, docteur en sciences politiques et enseigne à l’Université Elie Wiesel à Paris. Experte au Conseil de l’Europe entre 2005 et 2012, elle a assuré la coordination scientifique du programme « Transmission de la mémoire de l’Holocauste et prévention des crimes contre l’Humanité : une approche transversale ».


Le Musée d’Ethnographie de Budapest (Hongrie) « invite le visiteur à se plonger dans l’univers rural des Juifs hongrois avant l’Holocauste, qu’elle tente de faire revivre à partir des objets conservés dans les collections du musée. Les « études de cas » qui constituent la trame de l’exposition présentent la vie quotidienne des juifs, leurs relations avec le reste de la société hongroise, les caractéristiques distinctives de cette culture unique et les différentes voies (directes et détournées) que leur communauté a pu emprunter, entre tradition et modernité ; mais elles évoquent aussi certaines manifestations de la survie et même de la renaissance de la culture juive en Hongrie ».

Les « commissaires de l’exposition sont pleinement conscients du caractère fragmentaire tant de la forme que du contenu de leur approche. Notre connaissance de l’époque considérée est fragmentaire, et notre collection est également fragmentaire. Et de fait, c’est en observant ces fragments, en identifiant ceux qui ont disparu et ceux qui nous ont été légués que nous pourrons le mieux comprendre cet univers. Dès lors, notre intention n’est pas de donner une image exhaustive de cette culture mais plutôt de montrer qu’il est difficile de la reconstituer aujourd’hui, qu’il n’est plus possible de la représenter dans son intégralité mais qu’elle ne peut qu’être évoquée au travers de quelques-uns des éléments qui la composent ».

Hàndler et négociants
"Au cours de la seconde moitié du 19ème siècle en Hongrie, les juifs ont comblé un vide dans le domaine du commerce : ils négociaient les produits agricoles, servaient d’intermédiaire pour les échanges entre la Hongrie et les autres États de la Monarchie austro-hongroise et ils fournissaient également les populations rurales en produits alimentaires et industriels. Ils vendaient leurs marchandises à crédit, ils prêtaient de l’argent et, grâce à leurs relations à l’étranger, ils effectuaient même des transactions financières internationales. L’essor du commerce a favorisé l’immigration massive vers la Hongrie des juifs originaires des pays d’Europe orientale. Ce processus s’est accompagné d’une assimilation progressive, et donc d’une acculturation rapide d’une fraction importante de la population juive. Nombreux étaient ceux qui délaissaient leur village pour aller habiter en ville ; la différenciation sociale à l’intérieur de la population juive s’est peu à peu accentuée. On y rencontrait tant des colporteurs, des marchands faisant du porte-à-porte ou des tenanciers de tavernes au train de vie modeste que de riches négociants, pionniers du commerce capitaliste".

"Les hàndler, les boutiquiers et les commerçants juifs du village étaient des figures emblématiques de la vie rurale en Hongrie. Le brocanteur, le fripier (hàndler) faisait du porte-à-porte pour acheter des objets qui ne servaient plus à rien : fripes et restes de matériaux bruts (peaux, duvet, chiffons, os, etc.). Les gros commerçants juifs étaient principalement implantés dans les grandes villes, en particulier à Budapest".

"Au début du 20ème siècle, il y avait au moins une famille juive dans presque tous les villages de Hongrie. Ils tenaient la boutique et, dans la plupart des cas, la taverne du village. Ils jouaient un rôle très important, notamment dans les communes qui se trouvaient au carrefour de plusieurs grandes routes, dans celles qui pratiquaient la monoculture ou dans certains villages qui se distinguaient par des activités culturelles particulières".

"Étroitement lié au commerce, l’octroi de crédit était un bon moyen pour maintenir le contact entre les commerçants juifs et leurs clients. Néanmoins, malgré le grand nombre d’exemples positifs, force est de constater qu’un lien de dépendance inégalitaire s’établissait souvent entre le créancier et son « client », ce qui est peut-être à l’origine des relations quelque peu antagonistes qu’entretenaient les villageois et les marchands juifs".

"Ainsi par exemple dans la petite ville de Mezőkövesd, pendant toute la période de l’entre-deux-guerres, c’étaient essentiellement les Juifs qui s’occupaient de la négociation d’objets brodés. À partir du 19ème siècle, un nombre croissant d’entre eux s’y sont installés et ont constitué en peu de temps une classe sociale très mobile qui a rapidement adopté le mode de vie de la bourgeoisie. À cette époque, près de vingt pour cent de la population active juive travaillait dans le commerce d’objets brodés. Ils vendaient les matières premières, achetaient les différents produits de broderie artisanale, devenus symbole national, confectionnés par la communauté matyó et les revendaient dans d’autres régions du pays et même à l’étranger. C’est ainsi que cet art populaire est devenu l’un des éléments essentiels de décoration des intérieurs bourgeois. Et, c’est ainsi que les Juifs ont en quelque sorte contribué à façonner les éléments décoratifs et chromatiques de la broderie des Matyó".

Le schulklopfer et la synagogue
« Qu'elles sont belles, tes tentes, ô Jacob ! Tes demeures, ô Israël ! » (Exode 24:5)

"Partout, Les Juifs vivant en diaspora cherchaient à s’installer à proximité les uns des autres ; avant tout, ils espéraient ainsi pouvoir bénéficier de la solidarité de la communauté et observer plus facilement les préceptes religieux".

"Les communautés juives qui ont commencé à se développer à partir du 18ème siècle ont progressivement construit leurs édifices de culte et les bâtiments indispensables à leur vie commune un peu partout sur le territoire de la Hongrie historique. Des centaines de synagogues somptueuses, des bains rituels, des écoles confessionnelles, des abattoirs kasher et des sièges de sociétés ont été édifiés d’après les plans des architectes les plus renommés de l’époque. Les maisons d’habitation, les magasins et les centres locaux de vie communautaire étaient installés les uns à côté des autres, dans la même rue ou le même quartier. Si, contrairement à d’autres régions d’Europe de l’Est, le shtetl n’a jamais été une forme communautaire typique des Juifs de Hongrie, dans de nombreuses villes, ils vivaient pourtant à l’écart du reste de la population locale. Le judenhof qui abritait plusieurs familles et disposait d’une synagogue construite au fond d’une cour spacieuse, fermée et entourée de plusieurs bâtiments, était une forme d’habitation très répandue, en particulier en Ukraine subcarpatique. Elle était caractérisée par l’emplacement souvent central de la synagogue autour de laquelle s’organisait l’espace. Le rabbin et le bedeau habitaient près de la synagogue qui accueillait aussi l’école primaire (le heder) et le centre d’études religieuses supérieures (la yechiva). Le plus souvent les bâtiments des services sociaux de la communauté, le bain rituel, ainsi que les magasins et les ateliers nécessaires pour satisfaire aux prescriptions alimentaires particulières étaient installés près de la synagogue".

Les "familles juives qui vivaient dans des villages plus petits ne pouvaient bénéficier du soutien d’une vaste communauté solidaire, ni des services de ses infrastructures confessionnelles. Le plus souvent plusieurs villages se regroupaient pour entretenir une même synagogue ou un mikve. Dans les villages les enfants juifs fréquentaient les mêmes écoles que les élèves chrétiens, et le mashguiah se déplaçait pour assurer sur place l’abattage rituel avant les fêtes. Les épiceries et les tavernes entretenues par des Juifs se trouvaient le plus souvent à un endroit central, dans des bâtiments dans lesquels vivaient également des familles".

Aliments kasher et tréfli
« Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère » (Deutéronome 14:21)

Le "terme kasher veut dire « apte », « convenable » à la consommation. En yiddish, le mot tréfli désigne tout ce qui n’est pas kasher, ce qui est impropre à la consommation humaine. La kascherout est un régime très complexe de règles alimentaires, socle de l’identité religieuse et du style de vie traditionnel juifs. Les prescriptions alimentaires édictent minutieusement les règles à suivre pour la préparation et la consommation des aliments et des plats. Une stricte séparation est établie entre les animaux consommables et les animaux impropres à la consommation. Parmi les quadrupèdes sont kasher les ruminants à sabots fendus, les volailles domestiques et les poissons à écailles et nageoires. La consommation du porc, du cheval, du lapin (lièvre), de la plupart des oiseaux sauvages et, parmi les poissons, celle du poisson-chat par exemple, sont interdites. Aucun des animaux à consommer ne peut souffrir d’infirmités externes ou internes, toute cassure ou blessure les rend « tréfli ». Tous les détails de l’abattage sont régis par des règles minutieuses. Dans les communautés juives traditionnelles, c’est le mashguia, représentant de la communauté, qui est chargé d’accomplir ce travail demandant beaucoup de rigueur et de précision".

"Afin d’éviter la consommation d’insectes illicites, on évite tous les légumes difficiles à nettoyer, les fruits qui risquent de contenir des vers, et pour ces derniers, on s’efforce même de les tenir à l’écart des enfants. Les prescriptions rituelles concernent également le traitement et la consommation du lait.
Seul le lait des espèces licites, considérées comme kasher, et les produits lactés sans additif d’origine animale sont propres à la consommation. Les produits carnés ne peuvent pas être consommés en même temps que des produits lactés. Une séparation totale des deux types de produits doit être observée : une batterie de cuisine et des ustensiles différents doivent être utilisés. Cette règle s’applique tant au stockage et à la préparation, qu’à la consommation et au lavage de la vaisselle. Dans les foyers kasher de Hongrie, cette séparation passe également par l’utilisation de deux jeux distincts de vaisselle et de torchons. Si jamais par inadvertance des ustensiles des deux jeux sont intervertis, ils doivent être jetés à la poubelle ou purifiés, « rekashérisés ».

"Aux deux familles de produits lactés et carnés s’ajoute celle des produits neutres (parve) qui peuvent être associés au lait et à la viande. Celle-ci comprend par exemple les fruits et les légumes, le sel, le sucre, les épices, le pain et les céréales, le poisson, l’œuf et le miel".

"Avant la Shoah dans la Hongrie rurale, la cuisine kasher de la maîtresse de maison obéissait non seulement aux prescriptions religieuses, mais elle dépendait également de l’abondance ou de l’absence de matières premières autour de la maison et des ressources financières de la famille. Tandis que les abattoirs des villes offraient de la viande de bœuf et de mouton, les femmes dans les villages devaient le plus souvent se contenter de volailles. Les soupes et les sauces préparées à partir de fruits et de légumes occupaient une place primordiale dans l’alimentation quotidienne".

Les "plats les plus connus de la cuisine juive traditionnelle sont préparés pour le shabbat et les fêtes. Tel est par exemple le cas de la hallah, un pain brioché tressé parsemé de graines de pavot. Mais il existe d’autres plats de fête traditionnels comme les boulettes de matzot pour Pessah ou les carottes à la cannelle et aux pruneaux du Nouvel An".

Dès le XIXe siècle, la "maîtresse de maison a pu disposer de livres de cuisine et d’économie domestique consacrés à la cuisine kasher, et les magazines se sont mis à proposer des rubriques spécialisées sur ces thèmes. Dans les grandes villes de province s’ouvraient un peu partout des restaurants kasher ainsi que des épiceries et des boucheries offrant des spécialités juives à leur clientèle".
Főszöveg

Plaques ornementales de mizrah et bénédiction
« Tu ne te feras point d'image taillée » (Exode 20 : 4)

"Dans la culture juive, l’interdiction de représenter les images trouve son origine dans le deuxième des dix commandements. Il s’agit pourtant d’une question relativement complexe dans la tradition hébraïque : l’application de cette prescription a évolué au fil du temps, elle dépend également de la situation géographique et varie toujours aujourd’hui d’une communauté à l’autre. On trouve par exemple des représentations d’animaux et de figures humaines dans certaines synagogues antiques et dans certains livres hébreux illustrés. La plaque murale pour marquer l’est ou mizrah est l’un des éléments décoratifs les plus répandus dans les communautés juives. Mizrah en hébreu signifie l’Orient. Dans la tradition du judaïsme européen, ce point cardinal revêt une importance particulière, puisqu’il symbolise traditionnellement la direction de Jérusalem. Les synagogues sont orientées vers l’Orient (vers Jérusalem), l’Arche d’alliance est placée dans le mur oriental de la synagogue, et on prie en se tournant vers l’Est. C’est pourquoi, la coutume veut que sur le mur oriental des maisons juives et des synagogues, devant le pupitre de prières, soient disposées des plaques ornementales pointant vers le mizrah. Au centre de ces plaques est inscrit le mot « mizrah », souvent entouré de très belles illustrations micrographiques figurant des symboles juifs (une menorah, les Tables de la Loi, deux lions soutenant une couronne), mais il est aussi fréquent que l’écriture soit utilisée pour dessiner des motifs floraux. L’art de la micrographie, dans lequel des textes sacrés écrits en lettres presque microscopiques forment divers motifs, permet de se conformer parfaitement à l’interdiction de représentation. Des motifs créés sur la base de cette technique apparaissent dès le 18ème siècle dans les synagogues et les foyers juifs".

"L’idée d’un Dieu omniprésent qui protège et subvient aux besoins des habitants du foyer est un concept courant dans les religions monothéistes. Les bénédictions qui y sont associées sont populaires et répandues dans les familles protestantes, catholiques et juives. La plus courante de ces bénédictions est celle qui commence par « Là où est la foi, est aussi l’affection... », traduction fidèle du haussegen traditionnel allemand. Dans des milieux non-juifs, le texte de la bénédiction était au début peint directement sur le mur ou gravé dans la poutre. Ensuite, aux 18ème et 19ème siècles, les vitraux qui, à côté des représentations figuratives, contenaient aussi le texte de la bénédiction ont connu leur âge d’or. Avec le développement de l’imprimerie, la technique du pochoir devient populaire, les textes des bénédictions imprimés avec ce procédé sont très souvent offerts en cadeaux de noces et entrent ainsi dans les foyers de toutes les strates sociales. La tradition de la bénédiction du foyer se répandit dès la fin du 19ème siècle, sous l’influence allemande, pour devenir courante dans les maisons des familles hongroises. Grâce au pochoir, les éditeurs reproduisaient en grande quantité les mêmes textes de bénédiction dans différentes langues. La présence de textes de bénédiction identiques écrits en yiddish ou en hébreu dans les maisons des familles juives témoigne, d’une part, des racines communes des traditions du judaïsme et de la chrétienté et, d’autre part, de la coexistence des deux communautés".

"Pour les mêmes raisons, dans les milieux hassidiques, des tableaux apotropaïques sur lesquels étaient écrites ces paroles protectrices étaient provisoirement accrochés aux murs dans la chambre de la femme en couches dans le but d’écarter les démons loin de la mère et de l’enfant".

"À partir de la fin du 19ème siècle en Hongrie, des images de rabbins et essentiellement des clichés photographiques de rabbins hassidiques (rebbe) commencent à faire leur apparition dans les maisons des juifs pratiquants. C’est à cette même époque que les Juifs assimilés commencent à accrocher aux murs de leurs maisons des reproductions de tableaux de Moritz Oppenheimer et d’Izidor Kaufmann qui évoquent un monde traditionnel juif déjà en voie de disparition".

Cette exposition d’anthropologue dispose de panneaux éclairant sur le judaïsme, ses fêtes, ses rites, le rôle économique des Juifs dans ces sociétés rurales. Elle aurait gagné à être dotée d’une carte et d’une chronologie.

Demeurent des questions : qui étaient ces Juifs vivant en Hongrie rurale ? Des paysans, des bourgeois, des commerçants, des colporteurs ? Ont-ils habité dans des zones spécifiques de Hongrie ? A quand remonte leur implantation dans ces régions rurales ? Est-ce typique d’Europe orientale ? Hormis des rites et fêtes spécifiques, cette culture rurale Juive se différenciait-elle de celle des non-Juifs ? Quels étaient ses rapports avec les Juifs vivant dans les grandes villes hongroises ? Quand et sous quelles modalités ces Juifs ruraux ont-ils été déportés ?

C’est bouleversant de visiter cette exposition sur une civilisation riche, à la spiritualité profonde, aux productions textiles sophistiquées, aux êtres attachants, et exterminée rapidement par les Nazis et leurs collaborateurs hongrois.

Judit Niran Frigyesi
Le 16 février 2016, l’Institut hongrois a proposé la projection du court-métrage Terek, álmok (12 minutes) en présence de sa réalisatrice, Judit Niran Frigyesi, musicologue, ethnomusicologue et écrivain juive hongroise. Une projection suivie d’une table ronde avec la participation de l’écrivain András Forgách et de l’ethnomusicologue Simha Arom, ethno-musicologue ayant retracé dans La fanfare de Bangui sa découverte et son analyse des chants traditionnels d’ethnies pygmées en République centrafricaine.

Auteur d’Écrire sur l'eau, Judit Niran Frigyesi a évoqué sa découverte dans les années 1970 des prières juives dans une ancienne synagogue de Budapest, dans une Hongrie communiste marquée par ses « non-dits » sur la Shoah et les Juifs. Un fait ayant bouleversé la vie de cette hongroise alors laïque.

Il était tentant d’inviter deux musicologues, juifs et originaires d’Europe centrale. Mais pourquoi avoir dressé un parallèle entre les prières juives psalmodiés et les chants polyphoniques des Pygmées ? Cela révèle une incompréhension de la spécificité du judaïsme, des Juifs et de la Shoah.

Il est réconfortant que la Hongrie présente dans un de ses Instituts à l’étranger une telle exposition affirmant la présence Juive dans cet ETat et son lien avec les Juifs et le judaïsme.

Occultations
Mais pourquoi la Hongrie tente-t-elle de réécrire son Histoire lors de la Deuxième Guerre mondiale : en 2014, Mémorial de la Deuxième Guerre mondiale montrant, sur fond de colonnes au style antique, un aigle fondant sur l'archange Gabriel, symbole de la Hongrie. Un monument controversé car il occulte l’alliance de cet Etat avec le IIIe Reich dès 1940. "Pour le gouvernement, il s’agit d’un hommage à l’ensemble des morts de la Seconde Guerre mondiale. Pour ses opposants, l’édifice illustre le discours de la droite et de l’extrême droite magyares, selon lequel les Allemands, arrivés en Hongrie en 1944, sont les seuls responsables du génocide de plus de 500 000 Juifs, et de la mort de nombreux Hongrois non juifs. Rien de plus faux pour l’historien Krisztián Ungváry : « 99 % des victimes étaient des Juifs, déportés par des autorités hongroises enthousiastes, et ce sont des Hongrois qui ont profité de ces déportations. » Pour Gergely Karácsony, politicien d’opposition, « Orbán mène deux politiques : d’une part il affirme son pouvoir autoritaire, d’autre part il crée des symboles porteurs d’un nationalisme mensonger. Cet édifice est un lien parfait entre les deux. » Dénonçant ce monument qui « met sur le même plan les souffrances des Hongrois causées par l’occupation et l’Holocauste », l’éminent historien américain Randoph L. Braham a renvoyé une distinction à Budapest. Comme l’avait fait le Prix Nobel de la paix et survivant de l’Holocauste, Elie Wiesel, en 2012, pour protester contre le retour du culte de l’amiral Horthy et la réhabilitation d’intellectuels fascistes". (Libération, 15 avril 2014)

En signes d’opposition à ces occultations historiques du rôle de la Hongrie dans la déportation d’environ 600 000 Juifs hongrois vers les camps nazis d’extermination, des Hongrois indignés se relaient et des touristes se rendent devant ce Mémorial à Budapest, en déposant des valises, des photos… Un "contre-Mémorial".

Ont ensuite été annoncés des projets de statues réhabilitant des antisémites.

Le projet visant à ériger à Székesfehérvár une statue de Bálint Hóman, historien, initiateur de mesures discriminatoires antisémites et de la déportation des Juifs hongrois, ministre du régime pro-nazi de Ferenc Szálasi (1944-1945), a échoué en décembre 2015 face à l’indignation d’organisations juives.

En février 2016, des Hongrois ont souhaité honorer Gyorgy Donath, avocat ayant soutenu les mesures antisémites lors de la Deuxième Guerre mondiale et opposant au communisme.

Le 29 février 2016, Le Fils de Saul (Son of Saul), film hongrois de László Nemes a reçu l'Oscar du Meilleur Film étranger. Arte et le CNC (Centre national de la cinématographie) avaient refusé de subventionner la production de ce film. Le réalisateur s'est alors tourné vers la Hongrie qui a financé partiellement ce film.


Du 15 janvier au 27 février 2016
A l’Institut hongrois
92, rue Bonaparte. 75006 Paris
Tél. : +33 1 43 26 06 44
Du mardi au vendredi de 9h à 19 h 30 et samedi de 13 h 30 à 19 h 30. Entrée libre

A lire sur ce blog :
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Les citations proviennent du communiqué de presse.
Cet article a été publié le 25 février 2016.

samedi 28 janvier 2017

« Avant et après Auschwitz », par le général Petrenko



Le 7 mars 2002, l’Assemblée nationale accueillait une conférence éponyme organisée par le Centre Simon Wiesenthal (CSW) et les éditions Flammarion pour la sortie des mémoires du général ukrainien Vassili Petrenko, auteur du livre « Avant et après Auschwitz » (Flammarion). Celui-ci est l’un des quatre généraux qui ont libéré le camp d’Auschwitz, le matin du 27 janvier 1945, lors de l’opération Vistule-Oder, et sans ordre. Entouré de deux historiens et d’un responsable du CSW, cet invité prestigieux a martelé la vérité historique.


C’est une standing ovation qui a salué l’intervention du Gal Vassili Petrenko qui a « participé à la libération des déportés et internés du camp de concentration hitlérien, où sont morts des Juifs, ses compatriotes et compagnons d’armes ».

« Voir et ressentir cette horreur est différent de ce que l’on éprouve quand on lit un livre sur Auschwitz », constate le gal Petrenko. Et d’ajouter que, depuis 1945, il répète à chacune de ses interventions dans dix-huit pays : « je n’ai rien inventé ».

Grand, droit, se déplaçant difficilement, ce nonagénaire valeureux a expliqué sa motivation. Voici une dizaine d’années, lors d’un colloque à New York, il fut choqué par des questions : les Soviétiques connaissaient-ils l’existence du camp d’Auschwitz ? Si oui, alors que l’Armée Rouge se trouvait si près de ce camp, en aurait-elle sciemment retardé la libération, permettant aux Nazis de poursuivre leur action criminelle ? Dans la négative, elle a libéré ce camp car il se trouvait sur son chemin.

Cet ancien commandant en 1945 la 117e division d’artillerie livre le fruit de ses recherches dans les Archives centrales du ministère de la Défense de Russie. « Dans aucun document consulté il n’est fait mention d’Auschwitz. Il n’y pas eu d’ordre adressé au commandement du premier front ukrainien de libérer un camp de concentration. Auschwitz a été libéré une semaine plus tôt que les prévisions de Staline », affirme-t-il. Ce qu’a corroboré un historien russe.

C’est donc un engagement de Vérité sur la Shoah et de Mémoire qui motive ce général non-Juif aux hautes « qualités morales. Parmi les soldats de l’Armée rouge qui sont morts lors des combats près d’Auschwitz, il y avait un lieutenant-colonel juif », observe l’historien Claudio Ingerflom, directeur de recherches au CNRS. 

Qui savait quoi et quand ?
Qui savait quoi et quand ? Derrière cette question, d’autres questions ont surgi : que pouvait-on faire ? L’objectif militaire prioritaire des Alliés était d’arriver à Berlin. Certains de ses dirigeants ont su la politique d’extermination des Juifs par les forces de l’Axe. Pourquoi n’ont-ils pas décidé de détruire les voies ferrées ou les camps d’extermination, comme l’ont demandé en 1940 les prisonniers politiques d’Auschwitz ? Pour ne pas accréditer la thèse nazie - « les Alliés combattent pour les Juifs » -, « par manque de statut pour les Juifs », par conscience des moyens dont disposaient les Nazis pour achever leur extermination (marches exténuantes), par désintérêt général pour les Juifs dès la conférence d’Evian (1939), et peut-être aussi pour des « raisons techniques en 1940 : le rayon d’action des bombardiers était insuffisant » (Claudio Ingerflom).

Ilya Altman, directeur du Fonds de l'Holocauste (Moscou) et Claudio Ingerflom, directeur de recherches au CNRS, ont présenté leur contribution à ces Mémoires : un « éclairage d’ensemble, l’exposé de la politique du Kremlin de 1933 à 1945, et une information nouvelle : Eichmann en 1940 a proposé à l’URSS d’accueillir 2,4 millions de Juifs du Reich. L’URSS a refusé pour les raisons indiquées ».

Altman a présenté le travail du Centre d’Etudes sur l’Holocauste : la publication de monographies, manuels, recueils de documents, dont en 1999 « ce livre est à part, écrit par un général ukrainien qui appelle à se souvenir des victimes », constate-t-il.

« Certains en CEI sont réticents pour honorer les victimes Juives. Or, au début des années 1990, des collaborateurs des Nazis ont été réhabilités comme victimes du stalinisme. Sous la pression, des réhabilitations ont été annulées, surtout celles de ceux qui ont exterminé des Juifs. Les fonds allemands d’indemnisation des victimes de la Shoah dans les pays occupés ont fixé des critères d’attribution très stricts : délai d’habitation et exercice d’un travail dans les ghettos, présentation de documents, etc. En plus, l’accès aux Archives est parfois interdit. Donc, seulement 18% des demandes russes ont été agréées. En 2002, des associations d’études sur l’Holocauste dans l’ex-URSS ont reçu une liste de membres de ghettos établie par la Fondation Spielberg. Les victimes ont besoin de l’aide d’organisations Juives internationales », observe M. Altman.

« Le Centre alloue 1 500 dollars dès le dépôt du dossier, et autant un an après. Il lutte pour reporter la date limite de dépôt des demandes, fixée au 18 juillet 2002 », a précisé Shimon Samuels, directeur des liaisons internationales du CSW.

« Malgré l’émigration, la Russie compte de plus en plus de Juifs. Le nombre de ceux qui demandent des indemnisations a doublé, atteignant 10 000. Aux élections de 1995, on recensait 8 000 juifs au Birobidjan », a indiqué M. Altman. « Et là des ingénieurs israéliens prospectent l’or », ajoute Shimon Samuels, directeur des liaisons internationales du CSW.
  

Général Vassili Petrenko, Avant et après Auschwitz. Suivi du Kremlin et l'Holocauste 1933-2001 par Ilya Altman et Claudio Ingerflom. Traduit par François-Xavier Nérard. Flammarion, 2002.285 pages. ISBN : 978-2082100564

Articles sur ce blog concernant :

Cet article avait été publié en une version concise par Actualité juive, et publié sur ce blog les 27 janvier 2013, 27 janvier 2014 et 2015. 

vendredi 27 janvier 2017

Après la Shoah. Rescapés, réfugiés, survivants 1944-1947


Le Mémorial de la Shoah a présenté l’exposition bilingue Après la Shoah. Rescapés, réfugiés, survivants 1944-1947. Ce que les survivants juifs en Pologne, en Allemagne, en France ont enduré avec courage et dignité pour trouver un lieu d’accueil, recréer une vie juive, redevenir maîtres de leur vie… Des réfugiés juifs aidés essentiellement par la diaspora juive. Lors de la visite de presse, Henry Rousso, un des commissaires de cette exposition intéressante, a établi des parallèles injustifiés avec les « migrants » actuels. Le 27 janvier 2017 à 22 h 20, Toute l'Histoire diffusera La vie après la Shoah de Francis Gillery : "La libération des camps ne signifie aucunement la fin du cauchemar des déportés. Bien que la France ait accueilli les juifs, l'antisémitisme est bien présent et contraint les rescapés à s'enfermer dans le silence. Aujourd'hui encore, ce lourd passé continue à se transmettre. Ce film pose la question du retour des survivants à une vie normale après avoir vécu l'horreur de la Shoah et propose un nouveau regard sur cette période à travers des témoignages de survivants des camps de la mort et des interviews d'historiens".


« De l’après-Shoah, on retient en général les images terribles de l’ouverture des camps, celles qui ont alors frappé l’imagination », de quartiers détruits par les bombardements, d’habitants cherchant à survivre dans des zones en ruines et de rares villes au patrimoine urbanistique généralement épargné.

« Pourtant, l’après-Shoah, la période comprise entre fin juillet 1944, date du premier camp libéré par les Soviétiques, et l’automne 1947 à la veille de l’indépendance d’Israël, constitue une séquence historique en soi. La sortie progressive du génocide s’opère dans le chaos général de la sortie de guerre, suscitant espoirs et incertitudes, notamment dans les trois pays privilégiés dans cette exposition » : l’Allemagne, la Pologne et la France.

« Après les humiliations et la peur, les massacres de masse, la quasi destruction d’un peuple, d’une langue, d’une culture – la catastrophe -, le retour à une vie « normale » semble à peine possible pour les Juifs d’Europe qui ont pu échapper à la Shoah, à l’entreprise d’extermination menée par les nazis et leurs complices. Bien qu’ils aient été victimes d’une persécution spécifique – une réalité plus ou moins admise et comprise à l’époque –, leur sort ne constitue qu’un problème parmi d’autres à l’échelle d’un continent à reconstruire ».

« L’incertitude règne partout, notamment dans les trois pays privilégiés dans l’exposition. En Pologne, plus de la moitié des Juifs réfugiés ou déplacés de force en URSS et rapatriés à compter de 1945, ainsi que les rares rescapés quittent un pays qui leur reste hostile. En Allemagne occupée, si les nationaux retrouvent leurs droits et leur liberté, les réfugiés juifs fuyant l’Europe orientale se retrouvent pour la plupart dans les camps ouverts pour accueillir les millions de « personnes déplacées », un nouveau terme né dans le contexte de la fin des combats, des changements politiques, des mouvements de représailles, attendant un lieu d’accueil ou une possibilité d’émigrer. En France, la majeure partie des Juifs est hors de danger à compter de juin, puis de novembre 1944, lors de la libération du territoire, mais les quelques milliers de survivants de la déportation se retrouvent perdus, parfois livrés à eux-mêmes, dans la masse des autres rapatriés. Le pays doit faire face lui aussi à l’afflux de dizaines de milliers de réfugiés juifs d’Europe centrale et orientale dont une bonne partie va émigrer hors d’Europe ». Une France qui accueille avec parcimonie les Juifs.

Les « rescapés aspirent pourtant tous, quelle que soit leur situation, à retrouver leurs proches, retourner chez eux ou trouver un autre refuge, reprendre une activité, imaginer à nouveau un avenir. Des voix s’élèvent très tôt pour réclamer justice et réparation ».

« Le salut, l’espoir viennent surtout des communautés juives elles-mêmes. Bien que décimées, surtout à l’Est, les communautés juives parviennent à reconstituer une vie religieuse, culturelle, politique, grâce à l’entraide et à la solidarité, et au soutien des organisations juives, en particulier américaines. Elles réussissent à produire les premiers récits, à constituer une « première mémoire » grâce aux témoignages et aux traces collectées pendant et juste après la guerre. L’après-Shoah, c’est le temps où les minorités juives, du moins ce qu’il en reste, cherchent à reprendre en main leur destin ».

Cette exposition, bilingue anglais – français réunit « près de 250 photographies issues majoritairement du fonds du Mémorial de la Shoah, de documents d’archives - objets confectionnés dans les camps de DP’s (deplaced persons), donnés au retour pour les plus démunis, livres de prières, costumes, valises, maquettes et objets du souvenir - et de films, ainsi que de montages audiovisuels ».

Elle montre avec sobriété « la diversité des situations dans le chaos général de la sortie de guerre - réfugiés, survivants des camps, enfants cachés, résistants. Tous aspirent à retrouver leurs proches, retourner chez eux ou trouver un refuge, imaginer à nouveau un avenir. Qui pour les aider ? Quelle justice demander ? Comment conserver les traces d’un monde disparu et amasser les preuves du crime ? »
   
Fondée sur des blocs – symboles de valises ? -, elle s’articule autour de sept thèmes : la sortie du génocide - Ceux qui sont restés en vie, Bilan de la Shoah et Carte des mouvements généraux de population 1944-1945, Où aller ? – Identifier, Rapatrier, Fuir, Retour d’URSS, Nouvelle émigration, Un antisémitisme post-génocidaire, Transiter et Émigrer -, Les aides, La vie reprend, Rendre justice, La construction de la mémoire, Cinq itinéraires individuels - Déporté libéré : Charles Finkel -, Réfugié en URSS : Jacob Slucki, Enfant cachée : Janina Hescheles, Résistante juive : Frida Wattenberg, Cachée en ville : Marie Simon « Clandestine ».

Le mini-site dédié  à l’exposition propose des images et des vidéos en ligne.

A noter, en fin d’exposition, le procès-verbal de la séance du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du 2 octobre 1944. Le CRIF a décidé d’instituer une commission d’enquête chargée « d’examiner et de juger sur le plan pacifique et moral l’action de l’UGIF et de ses dirigeants ainsi que celle des fonctionnaires juifs de Drancy et les autres cas dont elle sera saisie ». Manquent dans l’exposition les suites données à cette décision capitale. Un jour viendra où l’action, au moins depuis 2000, des principales organisations juives françaises, dont le CRIF et le FSJU, et de leurs dirigeants sera examinée et jugée. Qu’ont-ils fait dans des affaires cruciales : reportage al-Dura, spoliation des Français juifs, « gouvernement des juges », etc.

Le Commissariat scientifique de l’exposition est assuré par Henry Rousso (CNRS), avec Laure Fourtage (Paris 1), Julia Maspero et Constance Pâris de Bollardière (EHESS), Simon Perego (Sciences Po Paris). Commissariat général et coordination a incombé à Marie-Édith Simonneaux Agostini, assistée de Yasmin Gebhard, Mémorial de la Shoah.

Le 26 janvier 2016, lors du vernissage presse, l’historien Henry Rousso a, à plusieurs reprises, dressé des parallèles entre les Juifs réfugiés de 1944 à 1947 et les « migrants » arrivés en grand nombre en Europe depuis quelques années. Et ce, sans être contesté par les autres commissaires. Seuls, un journaliste et moi sommes élevés contre cette comparaison infondée.

De 1944 à 1947, la France a accepté quelques milliers de survivants de la Shoah, et encore, temporairement. L’aide dont ont bénéficié les réfugiés juifs européens provenait essentiellement de la diaspora juive. Nombre de survivants juifs qui revenaient dans leur pays, spoliés de leurs biens – de l’appartement/atelier à leurs cuillères à café -, se sont vus réclamés le paiement des loyers et factures d’électricité de leur domicile. La part des enfants était minime, etc.

Or, sur plus d’un million de « migrants » entrés en Allemagne en 2015 après avoir fui leur pays ou/et des pays d'accueil, une partie, et non la totalité, a fui des zones hostiles, et les adultes « migrants » ne cherchent pas à s’engager pour lutter contre l’Etat islamique ou les Talibans, alors que les Juifs se sont engagés dès 1939 pour combattre les Nazis et leurs alliés. Depuis 2015, la France a accepté l’entrée et le maintien permanent de dizaine de milliers « migrants » dont la majorité n’a pas échappé à un génocide – seuls les chrétiens et les yazidis sont menacés de mort par l’Etat islamique (ISIL). Ces « migrants » bénéficient d’aides multiples et variées de l’Etat, d’ONG, de particuliers. Les enfants représentent 28% des « migrants » selon l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) ou le HCR. Parmi ces « migrants » se trouvent des terroristes ayant commis des attentats terroristes islamistes en Europe, notamment à Paris. Etc. Etc. Etc.

Le 25 août 2016, le New York Times a publié l'article Anne Frank Today Is a Syrian Girl, de Nicholas Kristof qui a suscité une polémique. Fils d'un réfugié de la Deuxième Guerre mondiale, Nicholas Kristof a cité une lettre d'Otto Frank du 30 avril 1941 à un ami américain. Otto Frank soulignait l'urgence d'émigrer aux Etats-Unis, "seul pays où aller", essentiellement pour sauver la vie de ses enfants. Nicholas Kristof a allégué que les raisons opposées à l'arrivée alors de Juifs sont les mêmes que celles avancées pour refuser l'entrée aux Etats-Unis de Syriens ou de Honduriens : peur d'espions nazis sous le couvert de réfugiés juifs allemands d'un côté, crainte de terroristes musulmans sous l'apparence de réfugiés syriens de l'autre.


Le 29 août 2016, l'Observer a publié La comparaison obscène de Nicholas Kristof: une fille syrienne blessée n'est pas Anne Frank, la réponse de Abraham H. Miller,professeur de sciences politiques à l'University de Cincinnati, et distinguished fellow du Haym Salomon Center. L'auteur a souligné que les "réfugiés juifs n'ont pas causé d'explosion de viols et de violence sexuelle comme les réfugiés musulmans l'ont fait en Suède et en Allemagne". Il a listé les différences entre les situations : portes ouvertes dans de nombreux pays occidentaux aux "migrants syriens" qui bénéficient de soutiens aux plus hauts niveaux politiques dans l'Union européenne, existence de pays Arabes et musulmans avec lesquels les réfugiés syriens partagent la même religion et culture, les Juifs européens comme les Frank étaient "assimilés, polyglottes et bien éduqués, à la situation socio-économique florissante, dévoués à la culture occidentale, souvent laïcs", etc.

Et de poursuivre : "Ces réfugiés juifs ne croyaient pas que leur religion était triomphaliste, ni qu'ils avaient l'obligation religieuse de la guerre sainte... Il est quasiment impossible de les imaginer exiger de la nourriture cacher comme les réfugiés somaliens à Minneapolis ont exigé de la nourriture gratuite Halal. Il est presque impossible que des réfugiés juifs seraient allés devant les tribunaux pour exiger une école différente de celle assignée à leurs enfants comme l'ont fait les réfugiés musulmans de Pennsylvanie. Les réfugiés juifs étaient victimes de mensonges alléguant qu'ils étaient des espions nazis et des agitateurs bolcheviques. Cela ne signifie pas que les réfugiés musulmans n'étaient pas éduqués dans une culture qui hait les Juifs et les personnes LBGT, considèrent les femmes comme inférieures aux hommes, même devant la loi... Notre première obligation n'est pas d'accepter tous les réfugiés, mais de préserver notre mode de vie démocratique".

 Abraham H. Miller a conclu en faveur de l'accueil de ces réfugiés musulmans par les nombreux pays arabes et musulmans, figurant souvent parmi les plus riches au monde. Des Etats qui ont en commun avec ces migrants "une culture, une langue et une orientation religieuse communes".

On peut comprendre que des historiens recourent à des comparaisons ou des parallèles afin d’affiner leurs analyses, de mettre en perspectives des événements. Mais, en l’occurrence, assimiler ces « migrants » aux survivants juifs de la Shoah manque de pertinence et étonne de la part d’historiens réputés, et commissaires d’une exposition.

On peut regretter que l’exposition élude certaines questions fondamentales. Quid des Avengers, ces survivants juifs qui, faute de justice ayant condamné les criminels nazis, les ont traqués et en ont tués un certain nombre ? Pourquoi une vision uniquement métropolitaine de la France qui alors disposait d’un empire ? Quid des enfants Finaly ? Quid des enfants juifs placés dans des familles chrétiennes par leurs parents tués lors de la Shoah ? Combien d’enfants juifs orphelins n’ayant jamais su leurs origines juives, ou les ayant apprises fortuitement et tardivement ? Quid de la conversion au catholicisme du grand rabbin de Rome Israel Zolli ? Quid des suicides de survivants de la Shoah dans les années suivant leur retour en France ? Quid de la difficulté de renouer des liens familiaux après tant d’années de séparation ? Quid du refus d’enfants d’accepter le remariage de leur parent veuf/veuve ? Quid des rêves d’enfants – poursuite d’études, choix libre d’un métier - qui ne se réaliseront pas en raison de l’impératif de devoir trouver un travail rapidement pour subvenir à leurs besoins d’orphelins ?

Quid des Dépisteurs ? "Dans son cinquième roman Le gardien de nos frères, à travers le personnage d’un jeune juif français Simon Mandel, Ariane Bois met en lumière l’engagement des Dépisteurs au sortir de la guerre. Anciens scouts et combattants, ils ont recherché des enfants, dont les parents n’étaient pas revenus des camps, cachés dans des familles, des couvents, des orphelinats. Un roman bouleversant nourri d’archives et de témoignages".

Quid de la mention administrative erronée « mort à Drancy » pour désigner le sort des Juifs déportés tués au camp d’Auschwitz-Birkenau ? Quid des obstacles opposés par la Grande-Bretagne à l’accueil des réfugiés juifs en Palestine sous mandat britannique ? Ces aspects humains n’apparaissent pas dans l’exposition.

Si l’exposition souligne la part essentielle de l’aide provenant de la diaspora juive, principalement américaine et australienne, elle ne montre pas assez les efforts déployés par les oncles, souvent lointains d’enfants ou d’adolescents juifs européens, afin de les retrouver, de les amener vers des horizons plus accueillants. En 2010, lors d’une cérémonie du Centre Simon Wiesenthal (CSW) à l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), l’avocat Samuel Pisar (1929-2015) a raconté ses souvenirs émouvants d’orphelin juif polonais rescapé de la Shoah, le risque qu’il tourne mal en suivant des gangs d’adolescents, et la chance représentée par un oncle qui l’avait retrouvé, le soutien de sa famille qui en France, puis en Australie l’a remis dans la voie que ses parents auraient aimé qu’il suive. Et qu’il a empruntée avec succès.

La sortie du génocide
« En 1944-1945, la libération de l’Europe soulève un immense sentiment de soulagement, de joie, d’espoir. Elle s’avère pourtant lente et aléatoire. La sortie progressive de la guerre entraîne de graves problèmes de ravitaillement, de transport, de sécurité. Elle créé de nouvelles tensions politiques internes et internationales. La violence de guerre, dirigée notamment contre les civils, continue durant les premières années de paix ».

La « sortie du génocide est elle aussi longue et chaotique. Dès 1945, apparaissent les premières estimations du nombre de victimes : de 5,7 à plus de 6 millions de morts (dont 1,5 million d’enfants de moins de 14 ans) sur une population de près de 10 millions de Juifs vivant avant 1939 dans les territoires tombés sous la domination ou l’influence nazie. Pour les 4 à 5 millions de rescapés, la fin de la guerre inaugure une autre séquence qui prolonge pour beaucoup et pour longtemps les souffrances déjà endurées. Processus d’une grande complexité, le génocide a entraîné des situations différentes parmi les victimes qui varient en fonction de la nationalité, de la durée de la guerre, de la situation géographique, du degré d’hostilité des populations locales. Les nazis et leurs complices avaient l’ambition d’assassiner tous les Juifs à leur portée, mais ils n’ont pu le faire de la même manière et au même rythme partout, d’où une grande diversité parmi les rescapés ». Les Nazis voulaient tuer tous les Juifs, et pas seulement ceux à leur portée en Europe continentale. Ils avaient appliqué en Afrique du nord et au Moyen-Orient le processus de destruction mis en œuvre par exemple en Pologne : Juifs parqués dans des ghettos (mellahs au Maroc), spoliés, rackettés, violés, raflés - rafle à Tunis (décembre 1942) -, contraints à des travaux forcés dans des camps aux conditions éprouvantes, tués lors de pogroms (Farhud en 1941 à Bagdad, en Irak), déportation de Juifs de Tunisie vers le camp d’Auschwitz, etc. Cet antisémitisme a scellé l’alliance des dirigeants nazis et musulmans, dont le grand mufti de Jérusalem Mohammed al-Husseini.

« Il faut attendre les images spectaculaires et largement diffusées de l’entrée de l’Armée rouge à Auschwitz, le 27 janvier 1945, et de l’arrivée des troupes anglo-américaines à Ohrdruf, Buchenwald ou Bergen-Belsen, en avril 1945, pour que s’amorce une prise de conscience ».

Cependant, « les camps ne sont qu’un aspect de la Shoah. Ils ne disent pas tout de l’ampleur et de la nature du génocide. Les survivants libérés des lieux d’extermination, de concentration, de transit, d’internement ou de mise en esclavage sont d’ailleurs très peu nombreux : environ 60 000, dont une partie disparaît dans les premières semaines. Ils sont noyés dans la masse des 30 à 40 millions de civils et de combattants qui doivent rentrer chez eux ou trouver une autre destination ».

« Certains sont rapatriés assez vite, comme les Juifs de France ».

« D’autres rejoignent la cohorte des « personnes déplacées » (DPs / deplaced persons). Dans certains pays – Pologne, URSS, Pays Baltes, Hongrie – le massacre a atteint de telles proportions qu’il n’y a plus grand chose à reconstruire. La plupart des Juifs polonais réfugiés ou déplacés de force en URSS avant l’invasion allemande, retournent dans leur pays. Mais la plupart n’y reste pas. Dans les années d’après-guerre, plus de la moitié des rescapés juifs quittent la Pologne après de nouvelles violences antisémites ». Citons le pogrom de Kielce (Pologne), le 4 juillet 1946. Ont alors été tués 42 Juifs pendant plus de cinq heures.
    
Où aller ?
« Au total, 200 000 à 250 000 DPs juifs, dont une majorité de Polonais, se retrouvent presque tous à nouveau dans des camps aménagés par les Alliés, dans l’attente d’une émigration. C’est l’un des phénomènes les plus importants de l’histoire de l’après-guerre et de l’après-Shoah ».

« Dans les pays où le bilan est moindre, les problèmes sont d’une autre nature. La majeure partie des Juifs n’a pas connu l’enfermement » concentrationnaire. « Beaucoup se sont cachés, notamment parmi les enfants, d’autres se sont engagés dans des organisations de résistance et d’entraide. Une grande part s’est fondue dans la population, souvent grâce à diverses formes de protection ».

« Tous, cependant, ont subi les dispositions antisémites, les brimades, les spoliations. Ils doivent réapprendre à vivre dans un environnement dont ils ont été exclus, surmonter le souvenir de l’humiliation, vivre avec les séquelles, parfois dans le silence, l’incompréhension, la solitude ».

« Parmi les dizaines de millions de déplacés et réfugiés, la minorité de rescapés juifs, dont les rares survivants des camps, connaissent d’un bout à l’autre de l’Europe des sorts très différents ».

« En 1946-1947, environ 250 000 Juifs vivent en Allemagne. La plupart viennent d’Europe de l’Est et ont été regroupés par les Alliés dans des camps de personnes déplacées (DPs). Réfugiés en territoires soviétiques, rapatriés à la fin de la guerre en Pologne, ils ont été obligés de fuir l’antisémitisme polonais d’après-guerre pour l’Allemagne en zone américaine ».

En France, dès avril 1945, le « Gouvernement provisoire rapatrie au total près d’1 700 000 individus en à peine quelques mois, parmi lesquels à peine 3 800 survivants juifs des camps, selon les chiffres les plus récents. Pour les accueillir, on a mis en place dans tout le pays des infrastructures administratives et sanitaires, tel l’hôtel Lutetia, à Paris ».

En Pologne, « en revanche, où le judaïsme a été presque entièrement décimé, outre les très rares survivants, beaucoup de réfugiés revenus d’URSS ne veulent ou ne peuvent rester. En essayant de retrouver leurs proches ou leurs foyers, ils rencontrent de grandes difficultés. Ils doivent même affronter une violence antisémite post-génocidaire qui ne s’est pas éteinte malgré les 3 millions de morts. Comme en Hongrie ou en Roumanie, cette haine se fonde certes sur les mêmes préjugés ancestraux, mais elle se nourrit d’un ressentiment nouveau, dirigé contre des victimes qui réclament la restitution de leurs biens spoliés, passés depuis en d’autres mains. « Ils ne nous pardonneront jamais ce qu’ils nous ont fait », dit une histoire juive de l’époque. La plupart des rescapés n’ont alors d’autre choix que de repartir. Sur une population juive d’environ 240 000 personnes en juillet 1946, à la veille d’un des plus grands pogroms d’après-guerre - celui de Kielce - il n’en reste que 100 000 environ un an plus tard. Ces réfugiés traversent alors l’Europe, vers l’Ouest cette fois, souvent dans l’illégalité. Leur voyage s’apparente à un véritable périple et la plupart transitent par les camps de DP’s, en particulier les camps finalement aménagés pour les seuls rescapés juifs, en Allemagne, en Autriche et en Italie. Leur but ultime : quitter à jamais l’Europe, y compris en transitant encore par d’autres lieux, comme la France. C’est l’espoir le plus cher d’un grand nombre de rescapés de toutes conditions, DP’s ou non ». Ajoutons que la Pologne est alors dirigée par un gouvernement communiste imposé par l’Union soviétique stalinienne.

« L’émigration devient ainsi l’un des principaux enjeux de l’après-Shoah à l’échelle internationale. Les départs les plus massifs se font vers les Amériques, l’Australie et la Palestine où les mouvements sionistes s’activent pour faire entrer le plus grand nombre de rescapés, légalement ou non ». Il s’agit de la Palestine sous mandat britannique. Aucun Etat indépendant dénommé « Palestine » n’a existé.

Rahela Lebensztein « est née à Varsovie peu avant le début de la guerre. Ses parents s´enfuient avec elle en Union soviétique. Elle et sa mère survivent en Sibérie. En 1945, avec le « rapatriement » elles arrivent en Pologne mais elles doivent fuir de nouveau. Elles resteront quatre ans dans les camps de personnes déplacées (DPs) en Allemagne, jusqu’à l’immigration aux États-Unis ».

Extrait du rapport de la Mission française de rapatriement en Allemagne, 12 mai 1945. Archives du Mémorial de la Shoah. Dans une lettre de la Direction générale des affaires administratives, le ministère des Affaires Étrangères informe l’ambassadeur de France à Varsovie des accords sur le transit. 26 août 1946. Archives diplomatiques MAE – Z Europe : « J’ai l’honneur de vous faire savoir qu’à la suite d’un accord de principe donné le 18 mai dernier par le Président Félix Gouin, et confirmé postérieurement par le Chef du Gouvernement Provisoire du [ou au ?] Grand Rabbin Isaac Herzog, l’admission en « séjour temporaire » (ou transit prolongé) en France de 8.000 israélites actuellement en Pologne a été autorisée. Ce séjour temporaire en France doit permettre à ces émigrants, d’effectuer par l’entremise des organisations juives qui patronnent leur émigration vers l’Amérique du Nord et du Sud ou vers la Palestine, les formalités nécessaires à l’obtention les visas d’entrée dans les pays d’accueil. »

Aide et entraide sociale
Le chemin du retour de Manfred George, éditeur du magazine Aufbau : « J'ai vu des enfants juifs. J'ai passé des heures dans les maisons d'enfants et les écoles de plusieurs villes. Des centaines d'enfants se tiennent maintenant en vie devant mes propres yeux – des enfants sortis des tombes ; des enfants venus des bois où ils se sont cachés durant les hivers blancs et froids, dans les bois enneigés de Polésie. J'ai vu des enfants que l'on a arrachés des gibets ; des enfants qui ont sauté de trains en marche, qui ont échappé aux fours crématoires et qui maintenant apprennent, chantent, dansent. »

« On a peine à imaginer la détresse et la misère des Juifs au sortir de la guerre. Beaucoup sont sans logement, sans travail, sans famille, sans ressources, sans patrie pour les réfugiés. Les années de persécution les ont épuisés physiquement et psychologiquement. Recommencer ou reconstruire une vie nécessite un secours extérieur ».

« L’aide financière ou matérielle provient des pouvoirs publics et d'organisations internationales : le United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA), puis le Comité intergouvernemental pour les réfugiés ».

La « majeure partie est cependant fournie par une myriade d’organisations juives, une forme d’entraide née souvent durant la guerre elle-même. La principale vient des États-Unis. L'American Jewish Joint Distribution Committee (JOINT) finance et organise une aide sociale massive destinée à soutenir la reconstruction, ou du moins la préservation de ce qui reste du monde juif européen dans son ensemble : à lui seul, il fournit près de 200 millions de dollars, dont 7% à destination de la France et 10% de la Pologne. D'autres organisations s'adressent à des populations plus ciblées, telles que le Jewish Labor Committee, de sensibilité socialiste, ou le Vaad Hatzala, d’obédience orthodoxe ».

« Outre l’aide financière, les organisations juives américaines organisent sur place la distribution des aides, collaborent avec l'UNRRA pour l’assistance aux DPs, et encadrent l’activité d’autres organisations, juives en majorité ».

« Parmi elles, certaines couvrent les besoins généraux des rescapés : aides au logement, alimentaires, vestimentaires, pécuniaires, comme le Comité central des Juifs de Pologne ou le Comité Juif d'Action Sociale et de Reconstruction (COJASOR), en France. D'autres interviennent de manière ciblée comme l’Œuvre de secours aux enfants (OSE) ou l’Organisation Reconstruction Travail (ORT) ».

Fondé en novembre 1944, le SCDI (Service central des déportés Israélites) « est une des premières organisations à penser, dès la libération de la France, à la prise en charge du retour des déportés juifs. La publication des Bulletins du SCDI, dirigée par Jacqueline Mesnil-Amar fournit des informations pratiques, des chroniques juridiques, pour aider les déportés de retour ».

« A ces soutiens essentiels, s'ajoutent celui des Landsmanshaftn, sociétés regroupant les émigrés originaires d’un même lieu, ou celui d’associations politiques ou religieuses de secours mutuel : bundistes, sionistes de différentes tendances, communistes. Toutes offrent de multiples services : caisses de prêt, maisons d'enfants, de retraite, dispensaires médicaux, assistance juridique. Toutes se concentrent aussi sur l’aide à l’enfance, un pari sur l’avenir ».

Cette « vague de solidarité issue du monde juif lui-même, s’est révélée un facteur déterminant dans la reconstruction des communautés juives après la Shoah ».

Retour à la vie
« Le 8 mai 1945, quelque part dans Berlin, a lieu le premier mariage « mixte » depuis les lois de Nuremberg de 1935. Au même moment, on y célèbre au grand jour les premiers offices religieux juifs de l’après-guerre. À Paris, les boutiques de la rue des Rosiers ou les ateliers de Belleville rouvrent progressivement leurs portes. À Varsovie, en revanche, il ne reste plus grand chose de ce qui fut l’un des lieux les plus actifs du judaïsme européen ».

En dépit de « l’effroyable bilan humain, les souffrances endurées, les familles décimées, ceux qui sont restés tentent de retrouver une vie « normale » : la famille, le travail, les études, la prière, la culture, la politique, ou même les loisirs. Cet appétit de vivre, cette forme de revanche contre les persécutions, s’exprime tout particulièrement dans les camps de personnes déplacées".

"Près de 250 000 rescapés juifs se retrouvent à nouveau dans un univers clos, parfois dans d’anciens camps nazis, comme à Bergen-Belsen. Cependant, malgré le caractère provisoire et incertain de leur situation, le désir de reconstruire une vie, de reconstituer des communautés, de préparer un avenir meilleur vers d’autres horizons s’y exprime de manière particulièrement intense. Face à l’antisémitisme de certains autres DPs et suite au rapport du juriste américain Earl G. Harrison, remis au président des États-Unis, Harry Truman, le 24 août 1945, la plupart des Juifs présents dans les zones d’occupation occidentales peuvent, dès la fin de l’été 1945, se regrouper dans des camps qui leur sont spécialement alloués ».

Ils « y refondent une nouvelle vie, se marient et mettent au monde des enfants, impriment avec des moyens de fortune des livres de prières, reconstituent des écoles, se remettent au travail. Au dedans et au dehors des camps, dans la campagne allemande, les jeunes sionistes installent même des kibboutz et des haschara (« préparation » en hébreu), fermes collectives destinées à les initier à leur vie future en « Eretz Israel », la terre d’Israël. Ironie de l’histoire : le pays qui a vu naître le projet de destruction du peuple juif devient dans l’immédiat après-guerre l’un des lieux de sa résurrection ».

Dans La fièvre de l’aube, Peter Gárdos retrace l’histoire d’amour née d’échanges épistolaires, de septembre 1945 à février 1946, entre son père, Miklós, âgé de vingt-cinq ans, rescapé des camps nazis d’extermination et atteint de tuberculose, et Lili Reich, survivante de la Shoah âgée de 18 ans.

Dans sa lettre à Primo Levi en date du 13 mars 1946, Jean Samuel a écrit : « Trois semaines après [la libération, le 11 avril 1945, du camp de Buchenwald où se trouvait J. Samuel], j’étais de retour en France, dans le Midi, je retrouvais ma grand-mère et deux tantes avec leurs petits garçons. Mon grand-père et le deuxième de mes oncles étaient morts 3 mois auparavant, tous les autres n’avaient pas donné de leurs nouvelles. Enfin, un mois plus tard, maman est rentrée après avoir connu, Birkenau, Auschwitz, Ravensbrück, Malchow et une évacuation de 250 km à pied. C’est un vrai miracle qu’elle ait pu s’en sortir. Et voilà le triste bilan de cette déportation ; mon père, mon jeune frère, mes 3 oncles maternels, deux oncles paternels ne sont pas revenus. Je reste le seul homme de ma famille. J’ai heureusement très vite réagi physiquement et surtout moralement, puisque j’ai à présent beaucoup de charges. Dès juillet, je suis revenu en Alsace. Et après 6 mois d’efforts, j’ai pu, le 15 février dernier, rouvrir la pharmacie de mon père après avoir passé en décembre mes deux derniers examens. Je te raconterai un autre jour comment j’ai retrouvé la maison et les difficultés que j’ai rencontrées pour remettre en état la pharmacie. »

Dans son courrier du 31 août 1945, le Président des États-Unis, Harry Truman a demandé au général Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe, de remédier aux conditions de vie des réfugiés juifs dans la zone américaine : « Je sais que vous serez d’accord avec moi pour dire que nous avons une responsabilité particulière envers ces victimes des persécutions et de la tyrannie qui sont dans notre zone. Nous devons afficher clairement aux Allemands notre rejet ferme des politiques nazies de haine et de persécution. Nous n’aurons pas de meilleure opportunité de le faire que dans la manière dont nous nous occuperons des survivants en Allemagne. » (Courtesy of the Truman Library, National Archives and Records Administration, Independence, Missouri)

Rendre justice
« Justice ne fut rendue, dans l’après-guerre, que de manière très partielle et limitée ».

« Un crime resté impuni ». Telle est l’idée qui a prévalu dans les dernières décennies, alors que s’ouvraient des procès tardifs pour crimes contre l’humanité, notamment en France.

« Pourtant, dès la libération des premiers territoires occupés par les nazis, en particulier à l’Est, un certain nombre de responsables de l’extermination des Juifs – gauleiters, commandants, gardes de camps – ont été jugés, condamnés et exécutés. De même, contrairement à un cliché tenace, lors des procès de Nuremberg, la question du génocide a bien été abordée par des bourreaux (Otto Ohlendorf) ou par des victimes (Marie-Claude Vaillant-Couturier). Cependant, rares sont les procédures ou les tribunaux qui traitent de ces crimes de manière prioritaire ou exclusive. Les persécutions et massacres antisémites s’inscrivent ou sont perçus comme entrant dans le cadre d’une politique globale qui visait les populations civiles en général. Il faudra du temps et du recul pour établir cette différence de degré et de nature ».

Des prévenus ont eu intérêt à faire jouer la montre en espérant que l’éloignement temporel des faits incriminés réduirait la perception de leur gravité. En outre, l’installation de la Guerre froide et le besoin des scientifiques allemands ont joué en faveur des anciens nazis et de leurs collaborateurs.

Ainsi, René Bousquet (1909-1993)  à Paris, est un haut fonctionnaire français, secrétaire général de la police (18 avril 1942-31 décembre 1943) du régime de Vichy. Il a organisé la rafle du Vélodrome d'Hiver de juillet 1942, où plus de 13 000 Juifs sont interpellés par la police française et remis aux autorités allemandes nazies d'occupation et déportés, et a dirigé la rafle de Marseille, en janvier 1943. Emprisonné de 1945 à 1948, il parvient à comparaître tardivement, en 1949, devant la Haute Cour de justice qui l’acquitte du chef « d'atteinte aux intérêts de la défense nationale », mais le déclare « convaincu du crime d'indignité nationale ». Condamné à la peine minimale de « cinq ans de dégradation nationale », il en est « immédiatement relevé pour avoir participé de façon active et soutenue à la résistance contre l'occupant ». Il entame une brillante carrière dans la banque et la presse, et soutient les candidatures de François Mitterrand. La publication de l’interview de Louis Darquier de Pellepoix par L'Express en 1978 le remet sur le devant de la scène. Antoine Veil obtient la démission de René Bousquet du conseil d'administration d'UTA (Union de transports aériens) qu’il dirige. Dès 1986, des preuves sur René Bousquet renforcent les possibilités de nouvelles incriminations. Mais, sous la présidence de François Mitterrand, au passé vichyste, et lié à René Bousquet par Jean-Paul Martin, et sous le ministère à la Justice de George Kiejman, l’instruction ouverte en 1989 à la suite de la plainte pour crimes contre l'humanité, dans le cadre du dossier de la déportation de 194 enfants de six départements du Sud de la France, déposée par l'association des Fils et filles de déportés juifs de France de Serge Klarsfeld, la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes et la Ligue des droits de l'homme s’éternise. René Bousquet est tué par Christian Didier, le 8 juin 1993.

« Rendre justice, c’est aussi mettre en place des mécanismes de restitution et de réparation des biens spoliés, du tableau de maître à la simple armoire, de l’appartement de luxe des quartiers huppés de la capitale à la modeste épicerie d’un petit bourg de province. Ce furent même les premières revendications des rescapés, car en dépendait souvent leur survie matérielle. Ce fut aussi la cause du regain d’hostilité antijuive, initiée par tous ceux qui avaient profité des spoliations ». A ce jour, des dossiers d’indemnisation sont encore traités par la CIVS (Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations)… Les montants alloués sont dérisoires.

Enfin, « rendre justice, c’est aussi pointer les complicités, volontaires ou non, de certains Juifs. Elles ont été peu nombreuses mais constituent une tache qu’il faut laver entre soi. C’est le rôle des « jurys d’honneur » mis sur pied dans l’après-guerre en Pologne, en Allemagne, en France par les organisations juives pour apprécier le comportement des dirigeants des « conseils juifs » (au moins ceux qui avaient survécu), de la police juive des ghettos, ou encore des kapos, une page encore peu connue et récemment explorée par les historiens ». Curieusement, ce point ne fait l’objet d’aucun bilan dans l’exposition, alors qu’en 2015 a été publié Jewish Honor Courts, Revenge, Retribution, and Reconciliation in Europe and Israel after the Holocaust, par Laura Jockusch et Gabriel N. Finder.

Première mémoire
« Longtemps a dominé l’idée que les rescapés s’étaient tus au sortir de la guerre, par pudeur, par honte, par crainte de n’être pas entendus. Longtemps a prévalu le mythe d’un « silence » sur la Shoah, d’une occultation du sort singulier réservé aux Juifs, dans le contexte de la reconstruction et de la réconciliation des sociétés européennes ».

Le « constat reste en partie vrai. Pourtant, rien ne caractérise mieux l’immédiat après-guerre que la floraison de témoignages et de récits de toutes sortes sur la persécution. Très tôt, en 1945-1946, des rituels funéraires, des commémorations, des monuments, des mémoriaux voient le jour. Dès les années de guerre, au cœur de la persécution, des intellectuels, des savants, des rabbins avaient organisé la collecte clandestine de traces d’un monde en voie d’extinction, à l’image des archives d’Emanuel Ringelblum, Oyneg Shabes (Joie du Sabbat), au sein du ghetto de Varsovie. D’autres avaient amassé des preuves de la persécution en cours, comme le Centre de documentation juive contemporaine, à Grenoble ».

« À la fin du conflit, se mettent en place partout en Europe des commissions historiques juives, en parallèle aux centres officiels d’études sur la guerre, avec l’ambition d’écrire une histoire précoce de la catastrophe. Nombreuses sont également les initiatives destinées à recueillir des témoignages à chaud, tel le travail pionnier de l’américain David Boder ».

Cette « première mémoire, en complément des récits produits en justice, montre à quel point l’extermination des Juifs a été très vite connue et documentée, même s’il existe une volonté d’occulter les complicités indigènes avec les nazis. Cependant, là encore, l’impulsion est venue d’abord des rescapés eux-mêmes ».

Si « le reste de la société n’a pas été indifférente, notamment en France, la prise de parole s’est faite malgré tout dans une forme d’entre soi et dans un relatif isolement ». On ne saurait mieux dire.

Itinéraires individuels relatés dans l’exposition
L’exposition « retrace aussi les destins individuels de cinq rescapés juifs ayant survécu à des situations très différentes ».

Frida Wattenberg, juive résistante, animatrice à l’OSE, va très vite pendant la guerre participer à la résistance, aider à faire passer les enfants en zone libre, faire de faux papiers. Elle ne sera jamais arrêtée.
Pendant sa cache en Pologne, dans des conditions très dures, Janina Hescheles, enfant cachée, va écrire un journal qui sera publié en 1946. Dans les yeux d’une fille de 12 ans. Un témoignage exceptionnel.

 « Chaïm (Charles) et Yankel (Jacques) Finkelsztajn sont déportés en juin 1943, dans le camp de travail de Sosnowitz, puis de Blechhammer. Libérés de Buchenwald en 1945, ils sont évacués vers la France puis pris en charge par l’OSE et se retrouvent dans plusieurs maisons d’enfants. Rêvant d’aller » en Eretz Israël alors Palestine sous mandat britannique, « ils embarquent le 10 juillet 1947 à bord de l’Exodus. Après dix jours de traversée, le bateau est arraisonné par les Britanniques et remorqué vers le port de Haïfa. Refusant tout débarquement, ils obligent les passagers à repartir. Plus tard, Charles et son frère seront finalement autorisés à se rendre en » Palestine mandataire. « Mais Jacques étant trop jeune pour être mobilisé au sein de la Haganah, Charles décide de rester avec lui en France. Par la suite, tous deux suivront une formation de mécanicien, dans des centres de l’ORT ».

Jacob Slucki est « avant-guerre comptable pour une usine de chaussures et membre du comité Bund de la ville de Wloclawek en Pologne. Il fuit vers l'URSS lors de l'invasion allemande de septembre 1939. Refusant de prendre la nationalité soviétique, Jacob est envoyé dans la ville sibérienne isolée de Minor près de Yakutsk où il rencontre sa future femme Eda Fertig. Sur la route du retour vers la Pologne, Jacob apprend la mort de sa femme et ses deux fils. Il épouse Eda en mai 1946 près de Saratov. De retour en Pologne fin 1946, ils s'installent à Wroclaw en Basse Silésie où Jacob reprend ses activités au comité du Bund, notamment autour des questions liées à la langue yiddish. Décidés à quitter la Pologne suite au pogrom de Kielce, Jacob et Eda obtiennent un visa par le Jewish Labor Committee. Arrivés à Paris en janvier 1948, ils reçoivent de l'aide de la section locale du Bund et du Jewish Labor Committee, ainsi que du COJASOR et de l'HEFUD. Jacob et sa famille obtiennent un visa australien et s'installent à Melbourne en 1950 ».

Marie Jalowicz Simon « est née à Berlin de parents juifs polonais. Elle a vingt ans en Juin 1942 quand elle décide de ne plus porter l'étoile jaune et d'errer sans identité, de place en place, au risque d'être hébergée par des nazis ». Elle « ne parlera qu’à la veille de sa mort. Son fils Heinrich Simon, historien, l’interview à l’hôpital sur 77 cassettes audio. Le livre Clandestine, sera publié après sa mort ». « Dans un récit tendu à l'extrême », Marie Jalowicz Simon « raconte comment elle a échappé jusqu'en juin 1945 aux rafles, aux dénonciations, aux violences, au froid et à la faim. Une plongée inédite dans le Berlin de la guerre et un document historique sans équivalent, legs d'une femme d'exception, d'une lucidité et d'un héroïsme absolus ».


Du 27 janvier au 30 octobre 2016
Au Mémorial de la Shoah 
17, rue Geoffroy l’Asnier. 75004 Paris
Tél : + 33 (0)1 42 77 44 72
Tous les jours, sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h

Visuels :
Affiche
Des survivants polonais descendent d’un train. Nachod, Tchécoslovaquie, 1945. Yad Vashem, photo : Arthur Zegart.

Libération du camp de Dachau par l’Armée américaine, déserté par la plupart de ses gardiens SS. Après la première explosion de joie (photo), il faut d’urgence enterrer les morts, soigner les malades, endiguer l’épidémie de typhus et distribuer de la nourriture à plus de 30 000 survivants. Allemagne, 7 mai 1945. Nara.

Les bras de 2 femmes survivantes déportées de France : Fernande Goetschel (à gauche) et Charlotte Zucker. 1945. Mémorial de la Shoah/coll. Marianne Levy.

Des personnes déplacées attendent, dans une rue de Paris, le départ vers Marseille ou ils embarqueront sur des navires à destination de leur nouvelle demeure en Amérique du Sud ou en Australie. 24 juillet 1947. U.S. Holocaust Memorial Museum, courtesy of National Archives and Records Administration, College Park.

Simon Trampetter découd l’étoile jaune de la veste de son ami Joseph Keller, tous deux réfugiés à Kerkrade en 1939. Pays-Bas, 27 janvier 1945 
United States Holocaust Memorial Museum, National Archives Record Administration.

Un homme et une femme s’embrassent dans un camp de DPs à Bergen-Belsen. Allemagne, 20 février 1949. Joint


Homme et bébé dans un camion en route vers un camp de DP. Vienne, 1946. Joint, photographe : Wolf Schaerf.

Une bénévole du Joint dit au revoir à une enfant quittant le camp DP de Bergen-Belsen. Bergen-Belsen, circa 1948. Joint.

Des personnes déplacées attendent, dans une rue de Paris, le départ vers Marseille ou ils embarqueront sur des navires à destination de leur nouvelle demeure en Amérique du Sud ou en Australie. Paris, 24 juillet 1947. U.S. Holocaust Memorial Museum, courtesy of National Archives and Records Administration, College Park.

Joseph Bosak dans le cimetière de Plashov. Pologne 1945-1946. Collection Elyakim Bossak.

Groupe d'enfants jouant dans le jardin de la maison d'enfants de la CCE, Tarnos (Seine-Saint-Denis). France, 1945-1946, Mémorial de la Shoah/M.J.P/Coll. Jeanne List Pakin.

Rédactions réalisées par des enfants inscrits dans un patronage juif de la place des Vosges, 1945. Mémorial de la Shoah/coll. Anéa Averbouh.

Cours de cordonnerie organisé par l'ORT dans le centre d'hébergement pour réfugié juifs à Hénonville. France, après-guerre. ORT-France

Jeunes hommes et jeunes femmes dansant sur la terrasse d'une maison d'enfants à Moissac (Tarn-et-Garonne). France, après-guerre. Mémorial de la Shoah/les films de l'équinoxe-fonds photographique Denise Bellon.

Réouverture après la guerre de la cordonnerie de M. Vexelmans situé rue des Montiboeufs à Paris, 20e arrondissement. France, 1946. Mémorial de la Shoah/Fonds M.J.P./Dahlia.

Réfugiés dans un bus de l’American Jewish Joint Distribution Committee les emmenant à Marseille, avant l’embarquement pour l’Amérique du Sud et l’Australie. Joint, photographe : Al Taylor.

Deux jeunes enfants vivant dans le camp de DPs Neu Freimann recevant de nouveaux vêtements. Joint.

Clara et Ruben Kreuton, dans un camp de Personnes Déplacées (DPs) pour les réfugiés. La boite à gauche indique l’assistance du Joint. Salzbourg, Autriche, circa 1947. Joint.

La police juive du camp de DPs de Zeilsheim arrête un kapo qui vient d’être reconnu dans une des rues du camp. Allemagne, 1945-1948. United States Holocaust Memorial Museum, courtesy of Alice Lev, photographe : E.M. Robinson.

Pinkus Chmielnicki, déporté juif de France par le convoi numéro 3, kapo au camp de Birkenau (Pologne), lors de son procès devant le tribunal militaire de la caserne de Reuilly à Paris XII. France, 29 mars 1950. Mémorial de la Shoah.

Des DPs juifs participant à une cérémonie commémorative au camp de concentration de Buchenwald. Le petit garçon en tenue de déporté pourrait être Joseph Schleifstein. Allemagne, circa 1946. U.S. Holocaust Memorial Museum.

Inscriptions commémoratives à la mémoire de personnes décédées sur une fosse commune du camp de Vaihingen. Allemagne, 1945. Mémorial de la Shoah.

Premières commémorations du camp de Drancy. France. Mémorial de la Shoah.

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Les citations sur l'exposition proviennent du Mémorial de la Shoah. Cet article a été publié le 28 octobre 2016.