mardi 31 janvier 2017

« Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté» de Peter Forgács


Arte a diffusé « Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté » (Miss Universe 1929 - Lisl Goldarbeiter. A Queen in Wien), documentaire de Péter Forgács. « De la Vienne des années 1920 à l’Anschluss, le destin romanesque », doux-amer, de Lisl Goldarbeiter (1909-1997), jeune Viennoise issue d’une famille Juive et élue à l’âge de 20 ans « plus belle femme au monde ». Le 30 janvier 2017, Iris Mittenaere, Miss France 2016, a été couronnée Miss Univers 2017, à Pasay (Philippines). "Lors d'une séance de questions-réponses réservée aux trois dernières candidates, elle a ainsi indiqué que "les frontières ouvertes permettent de voyager davantage et de découvrir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde", après avoir estimé que les pays ont le droit de fermer ou ouvrir leurs frontières mais que la France avait fait le choix d'accueillir les réfugiés".


« Lisl avait des mouvements gracieux, une élégance naturelle. Elle est devenue La Beauté », se souvient son cousin, Marci Tenczer.

Ce dont attestent les photos et films réalisés, amoureusement, par Marci Tenczer.

Première Miss Univers non américaine

Lisl Goldarbeiter nait en 1909 à Vienne, alors capitale de l’empire austro-hongrois. La famille Goldarbeiter fait partie de la branche viennoise d’une famille Juive dont la branche hongroise réside à Szeged.

Lisl Goldarbeiter grandit dans la capitale de la « petite république autrichienne » apparue après la dislocation de cet Empire, à la suite de la Première Guerre mondiale. Son père Juif dirige un magasin de maroquinerie à Vienne. Son domicile au 5 Freilagergasse est modeste.

En 1929, après ses études dans une école de commerce, pianiste amateur, Lisl Goldarbeiter travaille dans la boutique familiale.

Écarté de l’université hongroise par le numerus clausus visant les Juifs, son cousin hongrois, Marci Tenczer, quitte Szeged, emménage chez les Goldarbeiter et étudie à l’université pour devenir ingénieur. Le jeune homme s’éprend de sa belle et joyeuse cousine dont il envoie une photo à un journal viennois dans le cadre d’un concours de beauté visant à élire Miss Autriche.

Élue parmi 1 500 candidates, Lisl Goldarbeiter est invitée dans des réceptions, des spectacles, et noue une amitié avec le compositeur Franz Lehár.

Lors d’une réunion familiale, son oncle Hermann prédit que les deux cousins se marieront. Une prophétie qui n’enchante guère la jeune beauté nationale.

Lisl Goldarbeiter est élue dauphine de Miss Europe – titre remporté par Miss Hongrie Böske Simon -, puis, en l'absence de celle-ci,  Miss Univers 1929 lors du concours disputé à Galveston (Texas) et doté d’un prix de 2 000 dollars (14 000 shillings). Une coquette somme que Lisl Goldarbeiter donne à sa famille.

Première Miss Univers non américaine, Lisl Goldarbeiter refuse des propositions intéressantes, notamment celle du réalisateur King Vidor.

La jeune Lisl séduit les foules européennes qui se pressent lors de ses visites, et épouse le 5 août 1930 l’un de ses prétendants, Fritz Spielmann, fils d’un riche industriel de la cravate en soie.

Elle entame une vie oisive avec son mari, joueur familier des casinos. Lasse des dettes accumulés par cet insouciant rejeton, la famille Spielmann finit par proposer à Fritz Spielmann une rente s’il quitte définitivement Vienne. Représentant de commerce pour l’Europe, Fritz Spielmann garde son mode de vie.

Son diplôme d’ingénieur en poche, Marci Tenczer retourne en 1937 à Szeged (Hongrie) où son père dirige une entreprise de plomberie. Après avoir effectué son service militaire, il se voit interdire d’exercer son métier en raison d’une loi antisémite adoptée en 1938. Il travaille chez son père, puis est employé comme tourneur dans une usine où il cache sa formation et son identité juive.

1938. Après l’Anschluss – annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie -, la famille Spielmann quitte Vienne pour la Hongrie, en emportant une partie de ses bijoux. Avec l’aide de Marci, Fritz Spielmann parvient à récupérer les autres bijoux et valeurs que ses proches n’avaient pu emporter.

Il se rend en Belgique avec son épouse. A Bruxelles, Lisl le quitte pour rejoindre ses parents âgés à Vienne. Après des pérégrinations – Londres, Afrique du Sud, Shanghai -, Fritz Spielmann arrive en Amérique.

Comme de nombreux Juifs, le père Juif de Lisl est sauvagement battu à Vienne. Sa mère chrétienne l’envoie à Szeged où elle le rejoint après avoir vendu leur magasin et leur appartement.

Contraint aux travaux forcés en Hongrie en 1942, Marci Tenczer est fait prisonnier en janvier 1943 par l’Armée russe et détenu en Union soviétique.

Le 18 mars 1944, l’Allemagne occupe la Hongrie. Les Juifs hongrois spoliés sont déportés vers Auschwitz.

En juin 1944, Lisl et sa mère sont arrêtées à l’entrée du ghetto – la synagogue - de Szeged, où elles tentent d’apporter du ravitaillement aux Juifs. Par chance, un garde SS les chasse hors du ghetto.

Interné dans un camp de concentration, le père de Lisl est ramené à Vienne où il meurt dans une prison de la Gestapo.

Cinq ans après sa captivité en URSS, Marci Tenczer retourne à Szeged. Seules ont survécu à la Shoah, ses trois sœurs. Marci Tenczer est recruté comme ingénieur à l’usine Ganz et épouse Lisl en 1949. Tous deux ont 40 ans et n’auront pas d’enfant. Bien qu’ils aient songé à émigrer, ils demeurent en Hongrie.

Lisl revient à Vienne en 1963. Les années n'ont pas entamé la finesse et l'harmonie de ses traits.

Lisl décède en 1997, à l’âge de 88 ans. Marci Tenczer meurt en 2003, toujours éperdument épris de « la plus belle femme qui ait existé ».



Ombres et lumières

« Comme dans Le chien noir, documentaire sur la guerre d’Espagne diffusé par Arte en 2006, le réalisateur Péter Forgács croise des archives privées et publiques, des films professionnels et amateurs tournés dans la Vienne de l’époque ». Et comme dans les films muets, il insère des intertitres dans ce documentaire intéressant, émouvant et primé.

« Ces 20 dernières années, j'ai découvert que les vieux films d'amateurs constituaient de manière involontaire de véritables chroniques historiques. Ces journaux intimes en images nous disent quelque chose du passé, de ce que l'on ne peut plus ni toucher ni ressentir, tout en nous donnant à voir l'histoire officielle sous un autre angle », a déclaré Péter Forgács.


« Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté »
de Péter Forgács

Pays-Bas, 2006, 1 h 10 mn
Coproduction : ARTE, ZDF
Diffusion le 28 décembre 2011 à 23 h 55 


Photos : © Mischief Films

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Cet article a été publié le 28 décembre 2011

Pierre sur pierre. Fragments de la culture rurale des Juifs de Hongrie


L’Institut hongrois a présenté l’exposition itinérante Pierre sur pierre. Fragments de la culture rurale des Juifs de Hongrie (Kő kövön. Töredékek a magyar vidéki zsidóság kultúrájából) conçue par le Musée d’ethnographie de Budapest (Néprajzi Múzeum) en Hongrie. Pour évoquer la Shoah, ce musée fait revivre « l’univers rural des Juifs hongrois » avant la destruction des Juifs d’Europe « à partir des objets conservés dans les collections du musée ». Un intérêt indéniable, inconciliable avec les tentatives de réécrire l’Histoire de la Hongrie lors de la Deuxième Guerre mondiale : Mémorial, projets de statues réhabilitant des antisémites, etc. Le 31 janvier 2017, à 12 h 30, le Lieu d'Europe à Strasbourg présentera la mini-conférence sur «  La mémoire hongroise de la Shoah depuis 1945 et les mémoriaux » : "A partir de photos de mémoriaux de la Shoah à Budapest, Fabienne Regard aborde l’histoire de la Shoah en Hongrie, la personnalité de quelques figures emblématiques comme celle de Carl Lutz et Raoul Wallenberg ainsi que l’évolution de cette mémoire depuis 1945". La conférence sera suivie d’une visite guidée de l’exposition sur les lieux de mémoire de la Shoah. Fabienne Regard est historienne, docteur en sciences politiques et enseigne à l’Université Elie Wiesel à Paris. Experte au Conseil de l’Europe entre 2005 et 2012, elle a assuré la coordination scientifique du programme « Transmission de la mémoire de l’Holocauste et prévention des crimes contre l’Humanité : une approche transversale ».


Le Musée d’Ethnographie de Budapest (Hongrie) « invite le visiteur à se plonger dans l’univers rural des Juifs hongrois avant l’Holocauste, qu’elle tente de faire revivre à partir des objets conservés dans les collections du musée. Les « études de cas » qui constituent la trame de l’exposition présentent la vie quotidienne des juifs, leurs relations avec le reste de la société hongroise, les caractéristiques distinctives de cette culture unique et les différentes voies (directes et détournées) que leur communauté a pu emprunter, entre tradition et modernité ; mais elles évoquent aussi certaines manifestations de la survie et même de la renaissance de la culture juive en Hongrie ».

Les « commissaires de l’exposition sont pleinement conscients du caractère fragmentaire tant de la forme que du contenu de leur approche. Notre connaissance de l’époque considérée est fragmentaire, et notre collection est également fragmentaire. Et de fait, c’est en observant ces fragments, en identifiant ceux qui ont disparu et ceux qui nous ont été légués que nous pourrons le mieux comprendre cet univers. Dès lors, notre intention n’est pas de donner une image exhaustive de cette culture mais plutôt de montrer qu’il est difficile de la reconstituer aujourd’hui, qu’il n’est plus possible de la représenter dans son intégralité mais qu’elle ne peut qu’être évoquée au travers de quelques-uns des éléments qui la composent ».

Hàndler et négociants
"Au cours de la seconde moitié du 19ème siècle en Hongrie, les juifs ont comblé un vide dans le domaine du commerce : ils négociaient les produits agricoles, servaient d’intermédiaire pour les échanges entre la Hongrie et les autres États de la Monarchie austro-hongroise et ils fournissaient également les populations rurales en produits alimentaires et industriels. Ils vendaient leurs marchandises à crédit, ils prêtaient de l’argent et, grâce à leurs relations à l’étranger, ils effectuaient même des transactions financières internationales. L’essor du commerce a favorisé l’immigration massive vers la Hongrie des juifs originaires des pays d’Europe orientale. Ce processus s’est accompagné d’une assimilation progressive, et donc d’une acculturation rapide d’une fraction importante de la population juive. Nombreux étaient ceux qui délaissaient leur village pour aller habiter en ville ; la différenciation sociale à l’intérieur de la population juive s’est peu à peu accentuée. On y rencontrait tant des colporteurs, des marchands faisant du porte-à-porte ou des tenanciers de tavernes au train de vie modeste que de riches négociants, pionniers du commerce capitaliste".

"Les hàndler, les boutiquiers et les commerçants juifs du village étaient des figures emblématiques de la vie rurale en Hongrie. Le brocanteur, le fripier (hàndler) faisait du porte-à-porte pour acheter des objets qui ne servaient plus à rien : fripes et restes de matériaux bruts (peaux, duvet, chiffons, os, etc.). Les gros commerçants juifs étaient principalement implantés dans les grandes villes, en particulier à Budapest".

"Au début du 20ème siècle, il y avait au moins une famille juive dans presque tous les villages de Hongrie. Ils tenaient la boutique et, dans la plupart des cas, la taverne du village. Ils jouaient un rôle très important, notamment dans les communes qui se trouvaient au carrefour de plusieurs grandes routes, dans celles qui pratiquaient la monoculture ou dans certains villages qui se distinguaient par des activités culturelles particulières".

"Étroitement lié au commerce, l’octroi de crédit était un bon moyen pour maintenir le contact entre les commerçants juifs et leurs clients. Néanmoins, malgré le grand nombre d’exemples positifs, force est de constater qu’un lien de dépendance inégalitaire s’établissait souvent entre le créancier et son « client », ce qui est peut-être à l’origine des relations quelque peu antagonistes qu’entretenaient les villageois et les marchands juifs".

"Ainsi par exemple dans la petite ville de Mezőkövesd, pendant toute la période de l’entre-deux-guerres, c’étaient essentiellement les Juifs qui s’occupaient de la négociation d’objets brodés. À partir du 19ème siècle, un nombre croissant d’entre eux s’y sont installés et ont constitué en peu de temps une classe sociale très mobile qui a rapidement adopté le mode de vie de la bourgeoisie. À cette époque, près de vingt pour cent de la population active juive travaillait dans le commerce d’objets brodés. Ils vendaient les matières premières, achetaient les différents produits de broderie artisanale, devenus symbole national, confectionnés par la communauté matyó et les revendaient dans d’autres régions du pays et même à l’étranger. C’est ainsi que cet art populaire est devenu l’un des éléments essentiels de décoration des intérieurs bourgeois. Et, c’est ainsi que les Juifs ont en quelque sorte contribué à façonner les éléments décoratifs et chromatiques de la broderie des Matyó".

Le schulklopfer et la synagogue
« Qu'elles sont belles, tes tentes, ô Jacob ! Tes demeures, ô Israël ! » (Exode 24:5)

"Partout, Les Juifs vivant en diaspora cherchaient à s’installer à proximité les uns des autres ; avant tout, ils espéraient ainsi pouvoir bénéficier de la solidarité de la communauté et observer plus facilement les préceptes religieux".

"Les communautés juives qui ont commencé à se développer à partir du 18ème siècle ont progressivement construit leurs édifices de culte et les bâtiments indispensables à leur vie commune un peu partout sur le territoire de la Hongrie historique. Des centaines de synagogues somptueuses, des bains rituels, des écoles confessionnelles, des abattoirs kasher et des sièges de sociétés ont été édifiés d’après les plans des architectes les plus renommés de l’époque. Les maisons d’habitation, les magasins et les centres locaux de vie communautaire étaient installés les uns à côté des autres, dans la même rue ou le même quartier. Si, contrairement à d’autres régions d’Europe de l’Est, le shtetl n’a jamais été une forme communautaire typique des Juifs de Hongrie, dans de nombreuses villes, ils vivaient pourtant à l’écart du reste de la population locale. Le judenhof qui abritait plusieurs familles et disposait d’une synagogue construite au fond d’une cour spacieuse, fermée et entourée de plusieurs bâtiments, était une forme d’habitation très répandue, en particulier en Ukraine subcarpatique. Elle était caractérisée par l’emplacement souvent central de la synagogue autour de laquelle s’organisait l’espace. Le rabbin et le bedeau habitaient près de la synagogue qui accueillait aussi l’école primaire (le heder) et le centre d’études religieuses supérieures (la yechiva). Le plus souvent les bâtiments des services sociaux de la communauté, le bain rituel, ainsi que les magasins et les ateliers nécessaires pour satisfaire aux prescriptions alimentaires particulières étaient installés près de la synagogue".

Les "familles juives qui vivaient dans des villages plus petits ne pouvaient bénéficier du soutien d’une vaste communauté solidaire, ni des services de ses infrastructures confessionnelles. Le plus souvent plusieurs villages se regroupaient pour entretenir une même synagogue ou un mikve. Dans les villages les enfants juifs fréquentaient les mêmes écoles que les élèves chrétiens, et le mashguiah se déplaçait pour assurer sur place l’abattage rituel avant les fêtes. Les épiceries et les tavernes entretenues par des Juifs se trouvaient le plus souvent à un endroit central, dans des bâtiments dans lesquels vivaient également des familles".

Aliments kasher et tréfli
« Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère » (Deutéronome 14:21)

Le "terme kasher veut dire « apte », « convenable » à la consommation. En yiddish, le mot tréfli désigne tout ce qui n’est pas kasher, ce qui est impropre à la consommation humaine. La kascherout est un régime très complexe de règles alimentaires, socle de l’identité religieuse et du style de vie traditionnel juifs. Les prescriptions alimentaires édictent minutieusement les règles à suivre pour la préparation et la consommation des aliments et des plats. Une stricte séparation est établie entre les animaux consommables et les animaux impropres à la consommation. Parmi les quadrupèdes sont kasher les ruminants à sabots fendus, les volailles domestiques et les poissons à écailles et nageoires. La consommation du porc, du cheval, du lapin (lièvre), de la plupart des oiseaux sauvages et, parmi les poissons, celle du poisson-chat par exemple, sont interdites. Aucun des animaux à consommer ne peut souffrir d’infirmités externes ou internes, toute cassure ou blessure les rend « tréfli ». Tous les détails de l’abattage sont régis par des règles minutieuses. Dans les communautés juives traditionnelles, c’est le mashguia, représentant de la communauté, qui est chargé d’accomplir ce travail demandant beaucoup de rigueur et de précision".

"Afin d’éviter la consommation d’insectes illicites, on évite tous les légumes difficiles à nettoyer, les fruits qui risquent de contenir des vers, et pour ces derniers, on s’efforce même de les tenir à l’écart des enfants. Les prescriptions rituelles concernent également le traitement et la consommation du lait.
Seul le lait des espèces licites, considérées comme kasher, et les produits lactés sans additif d’origine animale sont propres à la consommation. Les produits carnés ne peuvent pas être consommés en même temps que des produits lactés. Une séparation totale des deux types de produits doit être observée : une batterie de cuisine et des ustensiles différents doivent être utilisés. Cette règle s’applique tant au stockage et à la préparation, qu’à la consommation et au lavage de la vaisselle. Dans les foyers kasher de Hongrie, cette séparation passe également par l’utilisation de deux jeux distincts de vaisselle et de torchons. Si jamais par inadvertance des ustensiles des deux jeux sont intervertis, ils doivent être jetés à la poubelle ou purifiés, « rekashérisés ».

"Aux deux familles de produits lactés et carnés s’ajoute celle des produits neutres (parve) qui peuvent être associés au lait et à la viande. Celle-ci comprend par exemple les fruits et les légumes, le sel, le sucre, les épices, le pain et les céréales, le poisson, l’œuf et le miel".

"Avant la Shoah dans la Hongrie rurale, la cuisine kasher de la maîtresse de maison obéissait non seulement aux prescriptions religieuses, mais elle dépendait également de l’abondance ou de l’absence de matières premières autour de la maison et des ressources financières de la famille. Tandis que les abattoirs des villes offraient de la viande de bœuf et de mouton, les femmes dans les villages devaient le plus souvent se contenter de volailles. Les soupes et les sauces préparées à partir de fruits et de légumes occupaient une place primordiale dans l’alimentation quotidienne".

Les "plats les plus connus de la cuisine juive traditionnelle sont préparés pour le shabbat et les fêtes. Tel est par exemple le cas de la hallah, un pain brioché tressé parsemé de graines de pavot. Mais il existe d’autres plats de fête traditionnels comme les boulettes de matzot pour Pessah ou les carottes à la cannelle et aux pruneaux du Nouvel An".

Dès le XIXe siècle, la "maîtresse de maison a pu disposer de livres de cuisine et d’économie domestique consacrés à la cuisine kasher, et les magazines se sont mis à proposer des rubriques spécialisées sur ces thèmes. Dans les grandes villes de province s’ouvraient un peu partout des restaurants kasher ainsi que des épiceries et des boucheries offrant des spécialités juives à leur clientèle".
Főszöveg

Plaques ornementales de mizrah et bénédiction
« Tu ne te feras point d'image taillée » (Exode 20 : 4)

"Dans la culture juive, l’interdiction de représenter les images trouve son origine dans le deuxième des dix commandements. Il s’agit pourtant d’une question relativement complexe dans la tradition hébraïque : l’application de cette prescription a évolué au fil du temps, elle dépend également de la situation géographique et varie toujours aujourd’hui d’une communauté à l’autre. On trouve par exemple des représentations d’animaux et de figures humaines dans certaines synagogues antiques et dans certains livres hébreux illustrés. La plaque murale pour marquer l’est ou mizrah est l’un des éléments décoratifs les plus répandus dans les communautés juives. Mizrah en hébreu signifie l’Orient. Dans la tradition du judaïsme européen, ce point cardinal revêt une importance particulière, puisqu’il symbolise traditionnellement la direction de Jérusalem. Les synagogues sont orientées vers l’Orient (vers Jérusalem), l’Arche d’alliance est placée dans le mur oriental de la synagogue, et on prie en se tournant vers l’Est. C’est pourquoi, la coutume veut que sur le mur oriental des maisons juives et des synagogues, devant le pupitre de prières, soient disposées des plaques ornementales pointant vers le mizrah. Au centre de ces plaques est inscrit le mot « mizrah », souvent entouré de très belles illustrations micrographiques figurant des symboles juifs (une menorah, les Tables de la Loi, deux lions soutenant une couronne), mais il est aussi fréquent que l’écriture soit utilisée pour dessiner des motifs floraux. L’art de la micrographie, dans lequel des textes sacrés écrits en lettres presque microscopiques forment divers motifs, permet de se conformer parfaitement à l’interdiction de représentation. Des motifs créés sur la base de cette technique apparaissent dès le 18ème siècle dans les synagogues et les foyers juifs".

"L’idée d’un Dieu omniprésent qui protège et subvient aux besoins des habitants du foyer est un concept courant dans les religions monothéistes. Les bénédictions qui y sont associées sont populaires et répandues dans les familles protestantes, catholiques et juives. La plus courante de ces bénédictions est celle qui commence par « Là où est la foi, est aussi l’affection... », traduction fidèle du haussegen traditionnel allemand. Dans des milieux non-juifs, le texte de la bénédiction était au début peint directement sur le mur ou gravé dans la poutre. Ensuite, aux 18ème et 19ème siècles, les vitraux qui, à côté des représentations figuratives, contenaient aussi le texte de la bénédiction ont connu leur âge d’or. Avec le développement de l’imprimerie, la technique du pochoir devient populaire, les textes des bénédictions imprimés avec ce procédé sont très souvent offerts en cadeaux de noces et entrent ainsi dans les foyers de toutes les strates sociales. La tradition de la bénédiction du foyer se répandit dès la fin du 19ème siècle, sous l’influence allemande, pour devenir courante dans les maisons des familles hongroises. Grâce au pochoir, les éditeurs reproduisaient en grande quantité les mêmes textes de bénédiction dans différentes langues. La présence de textes de bénédiction identiques écrits en yiddish ou en hébreu dans les maisons des familles juives témoigne, d’une part, des racines communes des traditions du judaïsme et de la chrétienté et, d’autre part, de la coexistence des deux communautés".

"Pour les mêmes raisons, dans les milieux hassidiques, des tableaux apotropaïques sur lesquels étaient écrites ces paroles protectrices étaient provisoirement accrochés aux murs dans la chambre de la femme en couches dans le but d’écarter les démons loin de la mère et de l’enfant".

"À partir de la fin du 19ème siècle en Hongrie, des images de rabbins et essentiellement des clichés photographiques de rabbins hassidiques (rebbe) commencent à faire leur apparition dans les maisons des juifs pratiquants. C’est à cette même époque que les Juifs assimilés commencent à accrocher aux murs de leurs maisons des reproductions de tableaux de Moritz Oppenheimer et d’Izidor Kaufmann qui évoquent un monde traditionnel juif déjà en voie de disparition".

Cette exposition d’anthropologue dispose de panneaux éclairant sur le judaïsme, ses fêtes, ses rites, le rôle économique des Juifs dans ces sociétés rurales. Elle aurait gagné à être dotée d’une carte et d’une chronologie.

Demeurent des questions : qui étaient ces Juifs vivant en Hongrie rurale ? Des paysans, des bourgeois, des commerçants, des colporteurs ? Ont-ils habité dans des zones spécifiques de Hongrie ? A quand remonte leur implantation dans ces régions rurales ? Est-ce typique d’Europe orientale ? Hormis des rites et fêtes spécifiques, cette culture rurale Juive se différenciait-elle de celle des non-Juifs ? Quels étaient ses rapports avec les Juifs vivant dans les grandes villes hongroises ? Quand et sous quelles modalités ces Juifs ruraux ont-ils été déportés ?

C’est bouleversant de visiter cette exposition sur une civilisation riche, à la spiritualité profonde, aux productions textiles sophistiquées, aux êtres attachants, et exterminée rapidement par les Nazis et leurs collaborateurs hongrois.

Judit Niran Frigyesi
Le 16 février 2016, l’Institut hongrois a proposé la projection du court-métrage Terek, álmok (12 minutes) en présence de sa réalisatrice, Judit Niran Frigyesi, musicologue, ethnomusicologue et écrivain juive hongroise. Une projection suivie d’une table ronde avec la participation de l’écrivain András Forgách et de l’ethnomusicologue Simha Arom, ethno-musicologue ayant retracé dans La fanfare de Bangui sa découverte et son analyse des chants traditionnels d’ethnies pygmées en République centrafricaine.

Auteur d’Écrire sur l'eau, Judit Niran Frigyesi a évoqué sa découverte dans les années 1970 des prières juives dans une ancienne synagogue de Budapest, dans une Hongrie communiste marquée par ses « non-dits » sur la Shoah et les Juifs. Un fait ayant bouleversé la vie de cette hongroise alors laïque.

Il était tentant d’inviter deux musicologues, juifs et originaires d’Europe centrale. Mais pourquoi avoir dressé un parallèle entre les prières juives psalmodiés et les chants polyphoniques des Pygmées ? Cela révèle une incompréhension de la spécificité du judaïsme, des Juifs et de la Shoah.

Il est réconfortant que la Hongrie présente dans un de ses Instituts à l’étranger une telle exposition affirmant la présence Juive dans cet ETat et son lien avec les Juifs et le judaïsme.

Occultations
Mais pourquoi la Hongrie tente-t-elle de réécrire son Histoire lors de la Deuxième Guerre mondiale : en 2014, Mémorial de la Deuxième Guerre mondiale montrant, sur fond de colonnes au style antique, un aigle fondant sur l'archange Gabriel, symbole de la Hongrie. Un monument controversé car il occulte l’alliance de cet Etat avec le IIIe Reich dès 1940. "Pour le gouvernement, il s’agit d’un hommage à l’ensemble des morts de la Seconde Guerre mondiale. Pour ses opposants, l’édifice illustre le discours de la droite et de l’extrême droite magyares, selon lequel les Allemands, arrivés en Hongrie en 1944, sont les seuls responsables du génocide de plus de 500 000 Juifs, et de la mort de nombreux Hongrois non juifs. Rien de plus faux pour l’historien Krisztián Ungváry : « 99 % des victimes étaient des Juifs, déportés par des autorités hongroises enthousiastes, et ce sont des Hongrois qui ont profité de ces déportations. » Pour Gergely Karácsony, politicien d’opposition, « Orbán mène deux politiques : d’une part il affirme son pouvoir autoritaire, d’autre part il crée des symboles porteurs d’un nationalisme mensonger. Cet édifice est un lien parfait entre les deux. » Dénonçant ce monument qui « met sur le même plan les souffrances des Hongrois causées par l’occupation et l’Holocauste », l’éminent historien américain Randoph L. Braham a renvoyé une distinction à Budapest. Comme l’avait fait le Prix Nobel de la paix et survivant de l’Holocauste, Elie Wiesel, en 2012, pour protester contre le retour du culte de l’amiral Horthy et la réhabilitation d’intellectuels fascistes". (Libération, 15 avril 2014)

En signes d’opposition à ces occultations historiques du rôle de la Hongrie dans la déportation d’environ 600 000 Juifs hongrois vers les camps nazis d’extermination, des Hongrois indignés se relaient et des touristes se rendent devant ce Mémorial à Budapest, en déposant des valises, des photos… Un "contre-Mémorial".

Ont ensuite été annoncés des projets de statues réhabilitant des antisémites.

Le projet visant à ériger à Székesfehérvár une statue de Bálint Hóman, historien, initiateur de mesures discriminatoires antisémites et de la déportation des Juifs hongrois, ministre du régime pro-nazi de Ferenc Szálasi (1944-1945), a échoué en décembre 2015 face à l’indignation d’organisations juives.

En février 2016, des Hongrois ont souhaité honorer Gyorgy Donath, avocat ayant soutenu les mesures antisémites lors de la Deuxième Guerre mondiale et opposant au communisme.

Le 29 février 2016, Le Fils de Saul (Son of Saul), film hongrois de László Nemes a reçu l'Oscar du Meilleur Film étranger. Arte et le CNC (Centre national de la cinématographie) avaient refusé de subventionner la production de ce film. Le réalisateur s'est alors tourné vers la Hongrie qui a financé partiellement ce film.


Du 15 janvier au 27 février 2016
A l’Institut hongrois
92, rue Bonaparte. 75006 Paris
Tél. : +33 1 43 26 06 44
Du mardi au vendredi de 9h à 19 h 30 et samedi de 13 h 30 à 19 h 30. Entrée libre

A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations proviennent du communiqué de presse.
Cet article a été publié le 25 février 2016.

dimanche 29 janvier 2017

« Les Juifs ont résisté en France 1940-1945 »

L’AACCE  (Association des amis de la Commission centrale de l’enfance) a publié les actes du colloque éponyme placé en 2006 sous la présidence d’honneur d’Adam Rayski (1913-2008). Les 29 janvier à 22 h 35 et 11 février 2017 à 0 h 15, France 5 diffusera Ils étaient juifs et résistants, documentaire d'Alain Jomy (55 '). "En juin 1940, la France perd la guerre et l'Occupation allemande débute. Les juifs représentent alors une infime fraction de la population française. Venus de tous les horizons, appartenant à des mouvements de jeunesse ou à des partis politiques, ils ont été très nombreux à s'engager dans tous les mouvements de résistance. Celle-ci a commencé avec l'entraide. Puis, face à la répression et aux persécutions raciales, elle s'est poursuivie avec la propagande et l'action armée. Ce document reconstitue cette histoire peu connue, celle de tous ces citoyens juifs qui sont entrés en résistance contre le nazisme sur le territoire français".

« Les Juifs ont résisté en France 1940-1945 »
Femmes en résistance
« Des « terroristes » à la retraite », de Mosco Boucault
« Le maquis des Juifs » par Ariel Nathan
L'Outre-mer français dans la guerre 39-45
Max Guedj (1913-1945), héros méconnu de la France libre
« Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale » de Claude Santiago et Antoine Casubolo

Les résistances des Juifs ont été longtemps occultées au détriment de l'image de Juifs victimes sans avoir combattu la Shoah et gommées dans le récit de la Résistance aux Nazis et aux collaborateurs de ces derniers.

Actes du colloque
L’AACCE  (Association des amis de la Commission centrale de l’enfance) avait organisé un colloque sur les Juifs résistants avec l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide (UJRE), les Anciens de l’Union de la jeunesse juive (UJJ), l’association pour la Mémoire de la résistance juive de la Main d’œuvre immigrée (MRJ-MOI), le Musée de la résistance nationale de Champigny-sur-Marne, et avec le soutien de la Ville de Paris.

Ce livre  passionnant, à la riche iconographie, est accompagné du DVD « Paroles de témoins » réalisé à partir d’interventions, notamment les témoignages émouvants de résistants filmés lors du colloque.

Il s’ouvre sur les témoignages d’enfants de ces résistants juifs, et vise à réfuter deux idées fausses diffusées pendant environ 30 ans : l’une « occultait l’importance de la participation des étrangers et immigrés dans la Résistance », l’autre alléguait que les Juifs « s’étaient laissés mener passivement à l’abattoir ».

La résistance Juive comprend à la fois celle des mouvements Juifs et celle d’organisations ne se définissant pas comme Juives (MOI).

Historiens, journalistes, résistants en montrent les composantes, les stratégies, la complexité et la diversité : engagement volontaire de Juifs étrangers dans l’armée française (1939-1945), participation au sauvetage des enfants Juifs, etc. Ils évoquent les motivations, qualités – courage, ténacité, solidarité, abnégation - et valeurs animant ces combattants.

Si José  Aboulker  (1920-2009), Jacques Bingen  (1908-1944), Henri Krasucki  (1924-2003) et Pierre Mendès-France  (1907-1982) sont cités ainsi que beaucoup d’autres, manque notamment Max Guedj  (1913-1945), héros de la France Libre au sein de la RAF (Royal Air Force).

Marianne
En mai 2015, Marianne a consacré un hors-série aux résistances Juives. "Les juifs, durant la Seconde Guerre mondiale, n'ont pas été des victimes passives de la folie génocidaire de l'Allemagne nazie. Ils l'ont aussi activement combattue, armes à la main, participant à la libération du continent européen du joug hitlérien. C’est cette histoire européenne que veut rappeler le numéro spécial de "Marianne" consacré aux "Résistances juives". Ce hors-série, disponible en kiosques à partir du 13 mai, est accompagné d’un documentaire d’Ariel Nathan, "Le Maquis des juifs", relatant ce que furent la vie et les idéaux des combattants juifs dans les montagnes du Sud-Ouest entre 1942 et 1944... Il y a 70 ans, lors de l’ouverture des camps de la mort, le monde étonné et bouleversé découvrait le génocide des juifs. L’horreur, l’ampleur des massacres industriels perpétrés par les nazis et leurs alliés, le soupçon ignominieux d’une forme de passivité des victimes, occultèrent l’engagement des juifs dans la Résistance partout en Europe. Les recherches historiques tordent le cou à cette fable ignoble, permettant de révéler qu’au-delà de l’héroïsme des combattants du ghetto de Varsovie, plus de 80 autres ghettos se révoltèrent. Que des soulèvements eurent lieu à Auschwitz, Treblinka ou Sobibor, aux portes mêmes des chambres à gaz. Qu’en France, les juifs s’organisèrent pour le sauvetage de leurs coreligionnaires menacés d’extermination et formèrent des bataillons de combat. C'est ce que montre le documentaire "Le Maquis des juifs".

Documentaire
Les 29 janvier à 22 h 35 et 11 février 2017 à 0 h 15, France 5 diffusera Ils étaient juifs et résistants, documentaire d'Alain Jomy (55'). "En juin 1940, la France perd la guerre et l'Occupation allemande débute. Les juifs représentent alors une infime fraction de la population française (0,3%, soit environ 350 000 âmes). Venus de tous les horizons, appartenant à des mouvements de jeunesse ou à des partis politiques, ils ont été très nombreux à s'engager dans tous les mouvements de résistance. Celle-ci a commencé avec l'entraide. Puis, face à la répression et aux persécutions raciales, elle s'est poursuivie avec la propagande et l'action armée. Ce document reconstitue cette histoire peu connue, celle de tous ces citoyens juifs qui sont entrés en résistance contre le nazisme sur le territoire français". De la résistance civile - distribution de tracts, de messages et d'affiches appelant les jeunes à la résistance, sauvetage d'enfants juifs - à celle armée.

Dans les revues, tels Libération ou Combat, participent Benjamin Crémieux, Marc Bloch... La presse clandestine juive, notamment en yiddish, diffuse des informations capitales sur les Juifs déportés.

L'UGIF est créée "pour mieux séparer les Juifs du reste de la population".

La MOI a été créée par la CGT. Elle recrute parmi les jeunes juifs des quartiers populaires, notamment dans le XIe arrondissement de Paris.

40 000 Juifs sont déportés en 1942, soit environ la moitié des Juifs déportés de France pendant la guerre.

Adam Rayski a écrit : « Sur l'horloge de l'histoire, les aiguilles avancent plus vite pour les Juifs que pour les autres peuples. Le temps des autres n'est pas précisément le nôtre".

Robert Gamzon réunit les dirigeants des Scouts juifs locaux, et entre dans la clandestinité. Moisac s'avère un centre actif. Près de 10 000 enfants juifs sont sauvés. Des fermes écoles sont instituées.

Beaucoup d'associations sont repliées à Lyon. Après l'invasion de la Zone libre par les Nazis, la résistance y débute par la distribution de tracts, comme à Paris.

A Paris, la VIe Section fabrique de faux papiers. Les "réseaux juifs résistants sont fragiles, à la merci des dénonciations", des filatures. Il reste 65 jeunes FTP-MOI, pas tous armés. Les "autres groupes ont été éliminés. Les directions des FTP-MOI tombent les unes après les autres".

Pour éviter les attentats sous formes de déraillements de trains, les Allemands nazis joignent aux wagons militaires des wagons transportant des civils.

En 1943, les Allemands envahissent la zone italienne. Les premières rafles ont lieu à Nice. Certains Juifs rejoignent le Vercors. "L'action du Maquis était intégrée" au sein des plans des Alliés en cas de Débarquement. Des résistants juifs tentent de rejoindre les Forces françaises livres en Afrique du Nord. Après avoir quitté des camps d'internement en Espagne, certains sont affectés à la IIe Division blindée du général Leclerc.

L'OJC réunit diverses organisations juives, et combat dans des maquis, notamment dans le Tarn.

A Paris, les filatures cernent les résistants juifs et les arrêtent vers le 16 novembre 1943. Le groupe Manouchian figure dans l'Affiche rouge dénonçant "l'Armée du crime". Une campagne antisémite naît.

Dédié à Stépha Skurnik, ce documentaire passionnant souffre d'un défaut majeur : il oublie que la France avait à l'époque des départements et un empire outre-mer avec d'éminents juifs résistants.


Les Juifs ont résisté en France 1940-1945. AACCE, 2009. 335 pages. 39 euros. ISBN / EAN13 : 2000000004310

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Cet article a été commandé, mais ni publié ni payé par L'Arche. Il a été publié le 2 avril 2014, puis le 20 mai 2015 sur ce blog.

« Ellis Island, une histoire du rêve américain”, de Michaël Prazan

 
« Porte d’entrée au Nouveau monde », Ellis Island a accueilli de 1892 à 1954, plus de 12 millions d’immigrants fuyant, pour des raisons diverses l’Ancien monde. Un lieu de transit et d’examens, notamment médicaux, dont l’histoire retrace celle du “melting pot” et du rêve américains. « Ellis Island, une histoire du rêve américain” (2013) est un documentaire écrit et réalisé par Michaël Prazan. Le 29 janvier 2017 , à 17 h 30, la Maison de la Culture Juive de Nogent-sur-Marne présentera "Ellis Island", mise en voix du texte de Georges Perec interprété par Yael Dyens, comédienne, dans une mise en scène de Margot Simonnet. "Ellis Island, surnommée L’île des larmes, devint à partir de 1892 le point de passage obligé pour rentrer en Amérique. Perec décrit l’histoire de ce lieu qui met progressivement en place une gestion rationalisée des flux migratoires de masse. Parti d’un lieu réel, et issu d’un documentaire, le texte se tourne vers un lieu intérieur, biographique, et c’est ce qui lui fait prendre une force extraordinaire. Perec, en s’imaginant le destin de tous ces immigrés, se retrouve sur celles de son propre exil. Cette confrontation de l’écrivain à Ellis Island, un lieu réel qui aurait pu faire partie de son histoire, mais aussi lieu de l’exil, fait écho avec force à son rapport à la judéité. Mais aussi au statut de tout immigré, arraché de gré ou de force à ses racines".

En 1979, sensibles aux thèmes de l’exil et de ses lieux, le romancier Georges Perec et le réalisateur et écrivain Robert Bober ont réalisé le documentaire  Récits d’Ellis Island, histoires d’errance et d’espoir. En 1980, le texte de Georges Perec sur Ellis Island est publié. Extrait  : « A partir de la première moitié du XIXe siècle, un formidable espoir secoue l'Europe : pour tous les peuples écrasés, opprimés, oppressés, asservis, massacrés, pour toutes les classes exploitées, affamées, ravagées par les épidémies, décimées par des années de disette et de famine, une terre promise se met à exister : l'Amérique, une terre vierge ouverte à tous, une terre libre et généreuse où les damnés du vieux continent pourront devenir les pionniers d'un nouveau monde, les bâtisseurs d'une société sans injustice et sans préjugés ».

Dans son documentaire nourri d’archives émouvantes et d’interviews d’historiens, Michaël Prazan offre sa vision d’Ellis Island pour évoquer le « rêve américain » au travers de la “mémoire complexe du melting-pot américain”.

« Porte d’entrée au Nouveau monde »
Longtemps, l’immigration aux Etats-Unis a pu se faire sans aucune restriction, sans la nécessité de présenter un passeport ou un visa d’entrée. Cependant, l’immigrant devait bénéficier d’une bonne santé.

De 1892 à 1954, plus de 12 millions d’immigrants sont arrivés aux Etats-Unis par Ellis Island, îlot du port de New York, à l’ombre de la Statue de la Liberté, face à Manhattan. Au fil des années, cette “porte d’entrée du Nouveau monde” a vu sa superficie passer de 3,3 acres à 27,5 acres (13 351,8 m² à 111 265 m²). De 1794 à 1890, cette minuscule ile a joué un rôle militaire dans l'histoire américaine, notamment lors de la guerre d'Indépendance (1775-1783).

De 1910 à 1940, la Angel Island Immigration Station dans la baie de San Francisco a traité environ un million d'immigrants asiatiques entrant aux Etats-Unis, ce qui l'a fait être désignée comme "l'Ellis Island de l'Ouest". En raison aux restrictions du Chinese Exclusion Act (1882), de nombreux immigrants ont passé plusieurs années sur cette ile, dans l'attente de l'autorisation d'entrée.

En 1892, Ellis Island  située dans la partie haute de la baie de New York, s’impose comme la principale porte d’entrée aux États-Unis pour les immigrants arrivant en nombre croissant et massivement d’Europe. Un immense centre d’accueil et d’examens des immigrés fuyant la misère, la faim et les persécutions antisémites ou politiques, est inauguré en 1900, après un incendie qui a ravagé les anciens bâtiments. Avant-poste des services américains de l’immigration newyorkais, c’est l’ultime étape avant de fouler le sol américain.

L’actrice Pola Negri et selon la légende le producteur de cinéma Sam Goldwyn - celui-ci a en fait traversé la frontière canado-américaine -, tous deux venus de Pologne, l’écrivain tchèque George Voskovec, l’enfant sicilien Salvatore Lucania, qui deviendra le chef de la mafia surnommé Lucky Luciano, l’Irlandais William O'Dwyer, futur maire de New York, le grand-père adolescent du chanteur Joe Dassin, Elia Kazan encore enfant et bien d’autres “ont traversé l'Atlantique pour fuir une existence misérable, persécutée ou incertaine en Europe, vers une nouvelle Terre promise qui ne les accueille pas toujours à bras ouverts”. Ils ont découvert “les larges avenues de New York, les lucratifs tripots de Brooklyn » ou fondent et deviennent des stars à Hollywood.

Ce documentairemontre combien, face aux drames européens de la première moitié du XXe siècle, l’Amérique fut ambivalente. Mais il explique aussi pourquoi ces parias irlandais, juifs et italiens brocardés par les xénophobes vont renouveler et incarner le “rêve américain”.

« Durant ces heures décisives, où le destin des immigrants ne leur appartient pas, où les inspecteurs des services de l’immigration déterminent qui peut entrer sur le territoire américain et qui doit être refoulé » pour des raisons médicales ou pour éviter de futurs assistés, « s’invente le melting pot américain, alimenté par les soubresauts du Vieux Continent ».

Ces vagues successives d’immigration vont renouveler, incarner et représenter dans la littérature ou le cinéma le « rêve américain ».

“Lieu de mémoire” pour tant d’Américains, Ellis Island est devenu sous la présidence de Ronald Reagan un musée d'histoire de l'immigration.

Le 29 janvier 2017 , à 17 h 30, la Maison de la Culture Juive présentera "Ellis Island", mise en voix du texte de Georges Perec interprété par Yael Dyens, comédienne, dans une mise en scène de Margot Simonnet. "Ellis Island, surnommée L’île des larmes, devint à partir de 1892 le point de passage obligé pour rentrer en Amérique. Perec décrit l’histoire de ce lieu qui met progressivement en place une gestion rationalisée des flux migratoires de masse. Parti d’un lieu réel, et issu d’un documentaire, le texte se tourne vers un lieu intérieur, biographique, et c’est ce qui lui fait prendre une force extraordinaire. Perec, en s’imaginant le destin de tous ces immigrés, se retrouve sur celles de son propre exil. Cette confrontation de l’écrivain à Ellis Island, un lieu réel qui aurait pu faire partie de son histoire, mais aussi lieu de l’exil, fait écho avec force à son rapport à la judéité. Mais aussi au statut de tout immigré, arraché de gré ou de force à ses racines".

« Ellis Island, une histoire du rêve américain”, de Michaël Prazan
Films d’un jour, arte France, Histoire, RSI, CNC et Procirep-Angoa, 2013, 105 minutes
Diffusions :
- sur Arte les 11 mars à 20 h 50, 13 mars à 9 h et 29 mars 2014 à 10 h 40, 28 décembre 2015 à 0 h 35 et 13 janvier 2016 à 1 h 05 ;
- sur lchaîne Histoire les 27 et 29 octobre 2014les 21 et 23 février 201517 août à 20 h 40, 21 août à 17 h 15, 25 août à 22 h 55, 28 août à 0 h 40, 1er septembre à 8 h 20, septembre à 2 h et 12 septembre 2016 à 1 h 40 ;
- au Luminor Hôtel de Ville, dans le cadre du Festival des Cultures Juivesle 12 juin 2015, à 14 h.

A lire sur ce site concernant :
Les citations sont extraites du communiqué de presse.
Cet article a été publié les 11 mars et 26 octobre 2014, 20 février, 11 juin et 27 décembre 2015, 21 août 2016.

samedi 28 janvier 2017

Les Juifs de Corse


L'histoire des Juifs et du judaïsme en Corse, « terre d’exil » et d’accueil de Juifs séfarades, conversos ou non, est méconnue ou minorée. Pourtant, elle s’avère déterminante. Didier Long retrace l’histoire des Juifs en Corse dans un essai Mémoires juives de Corse. Le 29 janvier 2017, l'Opéra de Nice accueillera la cérémonie des 7 Menoras d'Or qui "rendra un hommage exceptionnel à la population corse pour l'accueil et la protection des juifs tout au long de l'histoire depuis Pascal Paoli jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, mais aussi pendant la lutte d’indépendance d’Israël".

Ancien moine, Didier Long (1965) a renoué vers la quarantaine avec ses racines juives. Il dirige le cabinet de conseil en stratégie Internet Euclyd. 

Essayiste, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Des noces éternelles. Un moine à la synagogue (Lemieux Éditeur, 2015). Dans Mémoires juives de Corse, il « explore la mémoire cachée, refoulée mais bien vivace des Juifs de Corse. Grande île de la Méditerranée, elle fut terre d'accueil pour ceux qui échappèrent à la répression catholique espagnole de 1492 ».

Il entrelace les fils de sa double quête, spirituelle et familiale, et ceux de la trame de l’histoire de l’île de Beauté pour composer un récit passionnant.

Tel un archéologue, il révèle la part « marrane » de l’identité, du « tempérament, de l’âme corse ».

Patronymes génois ou livournais/corses - Pace (shalom, paix en hébreu)/Paceri ("hommes de paix institués par la Constitution de Paoli en 1755), Casanova, Colonna, Costa, Moscato, Rossi, Ventura -, paysages, recettes gastronomiques - ügha sécaïa (gâteau bonifacien de la Toussaint) /boulou (gâteau juif tunisien rompant le jeûne de Kippour) -, trait de caractère - "culte du secret des pourchassés" -, sentiment d'appartenir à un peuple, date du 31 juillet - rite du Ludarreddu à Porto-Vecchio/décret de l’Alhambra, décret d'expulsion des Juifs, signé le 31 mars 1492 par les rois catholiques à Grenade, et fixant au 31 juillet 1492 le jour où les Juifs "ne devaient plus rentrer" -... Didier Long multiplie les indicateurs de ces vestiges juifs en Corse, de ces points communs troublants entre judaïsme et Corse, une île hospitalière, marquée par les influences génoise, pisane, française, anglaise...

Une "terre d'exil" dont l'auteur souligne le philosémitisme. Dès l'an 800, des Juifs venant d'Egypte s'installent en Corse.

Ainsi Pascal Paoli (1725-1807), politicien ayant œuvré à l'indépendance de la Corse, philosophe du siècle des Lumières, et amiral corse, écrit en 1760, à Rivarola, consul de Piémont à Livourne : "Si les Juifs voulaient s'établir parmi nous, nous leur accorderions la naturalisation et les privilèges pour se gouverner avec leurs propres lois". En 1767, Paoli "autorise les Juifs de Livourne à pêcher le corail sur les côtes corses". François Pomponi "a montré que Paoli identifie la nation corse avec la nation hébraïque".


Quant à Bonaparte, il supprime lors de la Révolution française, en 1797, l'obligation pour les Juifs de porter un chapeau jaune et un brassard frappé de l'étoile de David et de demeurer la nuit dans le ghetto. Il met un terme aux mesures discriminatoires et infamantes visant les Juifs à Venise, Rome, Vérone et Padoue. Lors du siège de Saint-Jean d'Acre, dans une proclamation de 1799, Bonaparte songe à fonder un "Etat juif indépendant autour de Jérusalem" - Didier Longe cite Le Moniteur universel de Paris (22 mai 1799). Quant aux Juifs en France, l'empereur Napoléon Ier organise (1806-1808) le culte israélite - Assemblée des notables juifs, Grand Sanhédrin - dans le cadre du Concordat. Didier Long oublie le "décret infâme" pris en 1808 par l'empereur Napoléon Ier.

Une île menacée par les raids turcs, infestée dans certains endroits par la malaria et tragique pour les participants en 1578 à l'aventure de Ventimiglia la Nuova qui échouent, sans aide, à Porto-Vecchio.

En 1492, "c'est alors l'empire ottoman musulman qui est tolérant et la chrétienté hostile aux Juifs". A nuancer : la première destination des Juifs et conversos (marranes) espagnols est alors le royaume chrétien du Portugal. Puis, le sud de la France, Gênes, Anvers, HambourgAmsterdam, Londres... Certains de ces Juifs s'illustreront en pirates, poursuivant l'"invincible Armada" en Méditerranée et jusque dans les Caraïbes. De plus, l'empire ottoman, qui imposait le statut de la dhimmitude aux non-musulmans, était motivé par le bénéfice attendu de l'arrivée de Juifs habiles commerçants et médecins réputés.

     Juifs réfugiés en Corse pendant la Première Guerre mondiale
    L’exposition « Juifs réfugiés en Corse pendant la Première Guerre mondiale » est élaborée par le Centre culturel juif Fleg de Marseille dirigé par Martine Yana. Elle retrace le périple en 1915 de 740 Juifs « syriens » chassés par les Turcs de Tibériade (Eretz Israël), alors dans l'empire ottoman, puis expulsés par les Grecs de la Canée (Crête).

De décembre 1915 à août 1920, donc pendant et après la Première Guerre mondiale, 800 réfugiés, Israélites français - originaires de départements français d'Algérie - ou Juifs sous protection de la France - Juifs originaires du Maroc -, ont été expulsés du vilayet de Syrie - le vilayet était une circonscription administrative de l'Empire ottoman et se subdivisait en sanjuks - et de la Palestine sous mandat britannique.

Pendant la Première Guerre mondiale, en 1915, des Juifs « syriens » sont « chassés par les » Ottomans de Tibériade en Eretz Israël (Terre d’Israël) et d'Alep, alors dans l'empire Ottoman. "Ils ont tout perdu en quittant Tibériade et Alep où la plupart habitaient : leur maison, leurs meubles, leurs marchandises et leurs créances. Ils n’ont été autorisés à prendre que trois livres turques chacun et leurs objets rituels. Ils sont artisans (cordonniers, menuisiers, tailleurs, orfèvres, boulangers, bouchers, pâtissiers), petits commerçants (épiciers, muletiers, colporteurs), rabbins, agriculteurs. Ils sont en majorité illettrés et au bord de l’indigence. Fin juillet 1915, les autorités turques ont ordonné leur rassemblement dans les ports de Beyrouth et de Jaffa à fin d’expulsion. Là, deux navires de guerre de la marine américaine les ont pris à bord sans trop savoir où les débarquer. Chypre et l’Égypte les ayant refusés... Ils sont recueillis fin août dans le port crétois de La Canée", écrit Florence Berceot (Une escale dans la tempête. Des Juifs palestiniens en Corse (1915-1920), Archives juives, 2005/1, vol. 38).

Six mois plus tard, en décembre 1915, les Grecs les expulsent de La Canée, port situé dans la partie occidentale de l’île.

C’est vers une autre île méditerranéenne qu’ils fuient, embarqués sur des navires français : la Corse. Une île "pauvre, en voie de dépeuplement" (Florence Berceot, Une escale dans la tempête. Des Juifs palestiniens en Corse (1915-1920), Archives juives, 2005/1, vol. 38).

"Dans les années 1890 quelque 150 Juifs sujets ottomans, originaires principalement de Constantinople, ont profité de l’ouverture des frontières turques pour s’installer en Corse. Plus nombreux à Bastia, port marchand de l’île, ces Turchinos ont officieusement organisé leur vie communautaire autour d’un petit lieu de culte installé dans un appartement loué. Ils vivent dans une certaine aisance de la pratique du commerce ; certains d’entre eux n’en quittent pas moins la Corse pour Marseille, suivant en cela le mouvement insulaire d’émigration massif. En 1915, lorsque arrivent les réfugiés israélites du Levant, une vingtaine de familles juives résident encore à Bastia, et une à Ajaccio". (ibid)

Ces "Israélites" sont accueillis avec sollicitude par les Corses à Ajaccio. L'intégration de ces réfugiés est assurée par les services administratifs corses avec l'aide de l'Alliance israélite universelle (AIU).

Les Corses accueillent ces réfugiés, souvent « vêtus à l’orientale », avec empathie et avec générosité. D’émouvants documents attestent « de la solidarité et de l’hospitalité corse » qui « n’a rien de légendaire ». Ainsi, ces « fiches de paie des instituteurs d’Ajaccio qui ont pris sur leurs salaires pour vêtir des enfants, des femmes et des hommes ».

Ces réfugiés juifs "ont rapidement fondé une école, "appris la langue corse en plus du judéo-arabe et de l’hébreu, et se sont fondus dans la population. Juifs et Corses à la fois ». En un an, les adultes gagnaient leur vie par leur travail. "Parmi les jeunes protégés du comité, quatre anciens élèves de Mikveh Israël, l’école agricole de Jaffa, fondation de l’AIU, qui ont rapidement obtenu du travail chez des maraîchers des environs". (ibid)

A la suite de tensions parmi ces réfugiés, les Juifs "marocains" s'installent à Bastia.

En août 1920, la majorité de ces réfugiés juifs « repartirent vers Eretz Israël alors sous mandat britannique. A leur départ, ils écrivirent au Bastia Journal pour remercier la population corse. Les liens entre la Corse et ces Juifs israéliens ont perduré.

Cependant, « beaucoup restèrent ou revinrent".

En 1939, 80 familles juives vivent en Corse.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Corse est occupée par l'Italie fasciste du Duce Benito Mussolini. "l’île devient même une terre d’asile à partir de 1942 pour un petit nombre de Juifs fuyant Paris et la déportation. Cependant, à partir de novembre 1942, la situation se dégrade. Alors que sur le continent les troupes allemandes occupent la zone libre, 85 000 soldats italiens et 15 000 allemands viennent renforcer les troupes d’occupation en Corse. De son côté Vichy nomme un nouveau préfet, le précédent étant jugé trop « mou ». Il s’ensuit une recrudescence de l’activité de la résistance corse regroupée au sein du Font national, laquelle déclenche en représailles arrestations, prises d’otages et exécutions et la population juive, jusque-là préservée, pâtit de la tension croissante. En mai 1943 les troupes italiennes arrêtent 60 chefs de familles juives en Corse du Nord et les internent à Asco, village au pied du Monte Cinto ; en Corse du Sud, les familles juives sont, elles, assignées à résidence. Mais Rome capitule en septembre et, après d’ultimes combats à Bastia, la Corse est libérée en octobre 1943". (ibid)


La Corse "est le seul département français à avoir agi ainsi, de concert avec le peuple, le préfet de l’époque, Balley, et les autorités de l’île ont désobéi aux ordres venus de Vichy (sauf un)… et n’ont pas « donné » les Juifs promis aux camps, aux Nazis. Les Juifs « syriens » en vadrouille en Méditerranée… étaient alors devenus des « touristes » munis de vrais faux-papiers ! »

"Les années d’après-guerre voient le départ vers le nouvel État d’Israël de jeunes Juifs arrivés sur l’île dans l’entre-deux-guerres. À nouveau la guerre d’Algérie amène des réfugiés, mais pour la majorité de ces « rapatriés » l’installation en Corse n’est que provisoire ; certains immigrent vers Israël, d’autres partent chercher du travail sur le continent. Actuellement, 200 Juifs vivent en Corse dont 35 familles à Bastia et 15 à Ajaccio. L’Association cultuelle israélite de Bastia, affiliée à partir de 1964 à l’Union des communautés juives de France, a été rattachée au consistoire régional Côte d’Azur-Corse établi à Nice. L’association possède une synagogue rue Castagno et un carré réservé au cimetière municipal. Les offices ont lieu le samedi matin et les jours de fête mais il n’y a plus de ministre du culte depuis la mort de Mayer Tolédano, rabbin de Bastia pendant près d’un demi siècle", de 1920 à 1950 (ibid) 

Un des ces réfugiés juifs, le rabbin Jacob-Moïse Tolédano qui « assura l’enseignement hébraïque devint ministre des affaires religieuses dans le gouvernement Ben Gourion en 1958 ».

Didier Long raconte l'histoire émouvante de Guy et Benny Sabbagh ("teinturier" en arabe). Leur grand-père était un Berbère juif vivant à Tinghir, dans l'Atlas au sud du Maroc, au début du XXe siècle. Il a été vraisemblablement été tué par des concurrents musulmans dont il été créancier. Pour la sécurité de sa famille, sa veuve Bouda, née Pérès, fuit clandestinement ce village pour s'installer à Tibériade. Et de là, la famille en sera chassée par les Ottomans, fera partie de ces réfugiés errant de Crête en Corse. Elle s'installera définitivement à Bastia.

Le Théâtre de Bastia a accueilli l’exposition Juifs réfugiés en Corse pendant la Première Guerre Mondiale

Du 5 au 23 septembre 2016. Vernissage le 5 septembre 2016 à 18 h
Rue Favalelli, 20200 Bastia
Tél. :04 95 34 98 00
Entrée libre

Didier Long, Mémoires juives de Corse. Lemieux éditeur, 2016. 212 pages. ISBN : 978-2373440607. 16 €

A lire sur ce blog :
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Les citations non sourcées proviennent du blog de Didier Long. Cet article a été publié le 5 septembre 2016.