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lundi 1 avril 2019

Les artistes Juifs de l’avant-garde russe et le livre pour enfants 1890-1945


"Le Centre Medem-Arbeter Ring présenta l’exposition "Les artistes Juifs de l’avant-garde russe et le livre pour enfants 1890-1945" conçue, réalisée et présentée par Ida Papiernik, et assortie d'un passionnant catalogue. L’histoire pendant un demi-siècle d’un mouvement artistique – peinture, graphisme, poésie - Juif russe, politiquement engagé, cherchant à allier tradition et modernité en s’adressant à un jeune public. Arte diffusera le 31 mars 2019 "Rouge ! L'art au pays des Soviets" (Rot! Kunst in Zeiten der Sowjets) de Pierre-Henri Gibert. 



En 2009, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l’exposition Futur antérieur. L'avant-garde et le livre yiddish 1914-1939. Celle-ci avait souligné « la révolution accomplie par les artistes juifs du début du vingtième siècle. Cette révolution a touché tous les arts : peinture, sculpture, arts graphiques… Ces artistes de l’Avant-Garde ont d’abord travaillé à moderniser leur culture juive ». Environ 210 œuvres de Lissitzky, Chagall, Tchaïkov, Ryback, Sarah Shor ou Mark Epstein, révélaient « la naissance, en Russie et en Pologne, d’une avant-garde artistique juive dans le contexte de la révolution russe, de l’émergence des idées d’autonomie culturelle et de la renaissance de la langue yiddish. La trame de l’exposition : le livre yiddish illustré.

« Nous étions une bande d’écoliers du heder, déjà détachée de l’étude talmudique depuis toute une génération, mais nourrie au ferment de l’analyse. Nous qui venions tout juste de prendre en main le crayon et le pinceau, nous nous sommes aussitôt mis à “anatomiser”, non seulement la nature autour de nous, mais aussi nous-mêmes. Qui étions-nous ? Quelle place tenions-nous dans le concert des nations ? Quelle était notre culture ? Et quel devait être notre art ? Tout cela s’est joué dans quelques bourgades de Lituanie, de Biélorussie, d’Ukraine... », écrivait El Lissitzky, en 1923.

Dans ce texte « Mémoires de la synagogue de Mogilev », Lissitzky « revient sur cette période très brève, mais intense et fondatrice, au cours de laquelle de jeunes artistes juifs – toute une génération – se lancèrent avec ardeur dans une entreprise où soufflait l’esprit de la révolution : élaborer une expression artistique spécifiquement juive, qui puisse concilier la tradition à laquelle ils retournaient avec la modernité dans laquelle ils s’engageaient. Des expéditions ethnographiques sillonnaient alors les bourgades juives d’Ukraine et effectuaient des collectes d’objets, des relevés de peintures de synagogues et de pierres tombales, qui révélèrent aux artistes la richesse insoupçonnée de leur patrimoine. De cette révélation, en Russie et en Pologne, naît une avant-garde artistique intimement liée à une littérature et un théâtre yiddish en plein essor ». 

« Nous avons tout à coup découvert la magie de la yiddishkeit, nous avons été entraînés par le grand mouvement d’émancipation spirituelle, par la résurrection de notre conscience nationale, par le combat des masses ouvrières juives pour la justice sociale. Nous, artistes juifs semi-assimilés, sommes retournés vers le peuple. C’était, pour ainsi dire, une contre-émancipation... », se souvenait Henryk Berlewi, en 1955.

Certains de ces artistes ont été séduits par le suprématisme ou le constructivisme, d'autres par le réalisme socialiste.

Parmi les peintres de cette Avant-Garde russe figurent en bonne place Nathan Altman, Léon Bakst, Marc Chagall, El Lissitzky et bien d’autres.

« Sortis des zones de relégation grâce à la Révolution de 1917, ils essaiment à Saint-Pétersbourg, Moscou, en passant par Kiev, Berlin, Paris. C’est-à-dire vers les grands centres ouverts au modernisme », écrit Ida Papiernik.

Poètes, écrivains, peintres, architectes, graphistes… Ils s’engagent dans les mouvements révolutionnaires de cette période d’effervescence politique – révolutions russes - au travers de leur art : « création d’affiches, de slogans et renouvellement total du livre pour la jeunesse ».

Dans leur volonté de créer un nouveau citoyen, les autorités accueillent avec intérêts cette création artistique. « A nouveau citoyen, nouvelle pédagogie, nouveau héros (le prolétaire), nouveaux mots d’ordre tels que : « L’éducation doit rendre les enfants aptes à construire le socialisme ».

L’exposition « Les artistes juifs de l’Avant-Garde russe et le livre pour enfants : 1890-1945 » s’attache à présenter « les poètes et les peintres engagés dans la création de nouveaux livres de qualité pour les enfants ». Des artistes d’autant plus précieux au pouvoir politique que la population russe est majoritairement analphabète. Ce qui renforce l’attrait pour les auteurs d’images.

Les motivations ces artistes au service de la jeunesse : sympathie pour les idéaux révolutionnaires, et recherche d’un espace épargné par la censure officielle qui enserre ces artistes enthousiastes dès la fin des années 1920, et lors de l’ère stalinienne. Ce lieu, ils le trouvent dans la littérature pour la jeunesse, pendant une période brève.

Si Agniya Barto ou Natan Vengrov soutiennent le pouvoir communiste, Samuil Marchak et Korneï Tchoukovsky ironisent sur cette propagande. D’autres se révoltent, ou s’exilent, tels Natan Altman ou El Lissitzky.

"Rouge ! L'art au pays des Soviets"
Arte diffusera le 31 mars 2019 "Rouge ! L'art au pays des Soviets" (Rot! Kunst in Zeiten der Sowjets) de Pierre-Henri Gibert. "Du début du XXe siècle à la fin du régime stalinien, ce documentaire retrace un demi-siècle de révolution artistique russe. Dans le sillage de Malevitch et Tatline, une génération d'artistes novateurs profite de l'effervescence générée par les révolutions de 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks. Ils entendent participer à l'édification du socialisme..."

"Dans la Russie des années 1910, Kazimir Malevitch et Vladimir Tatline, influencés par le cubisme, forgent avec le suprématisme un art nouveau, détaché de toute référence au réel. Dans leur sillage, toute une génération d'artistes novateurs profite de l'effervescence générée par les révolutions de 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks. S'éloignant de la peinture, Lissitzky, Rodtchenko, Stepanova ou Klucis expérimentent des formes d'expression nouvelles (graphisme, photomontage, architecture…) qui galvanisent les imaginaires. Par le constructivisme, l'avant-garde entend participer à la transformation des modes de vie et à l'édification du socialisme. Mais sous Staline, au nom du réalisme socialiste, les artistes sont sommés de revenir à des thèmes accessibles aux masses et de contribuer à la propagande officielle…"

"Éclairages de spécialistes et d'historiens d'art, dont Nicolas Liucci-Goutnikov, commissaire de l'exposition du Grand Palais, et astucieuse animation graphique des archives et des œuvres restituent de manière vivante ce que fut cet intense bouillonnement créatif russe. Des premières années du XXe siècle à la fin du régime stalinien, un captivant panorama de la fécondité et de la dimension utopique de l'art au pays des Soviets."

"Rouge ! L'art au pays des Soviets" de Pierre-Henri Gibert
France, 2018, 53 min
Sur Arte le 31 mars 2019 à 17 h 35

Jusqu’au 28 février 2015
Au Centre Medem-Arbeter Ring
52, rue René Boulanger. 75010 Paris
Tél. : 01 42 02 17 08
Du mercredi au vendredi de 14 h à 17 h. Le samedi sur rendez-vous

Visuel :
In vald (Dans le bois) : auteur L. Kvitko, ill. I. Ber Ryback ; 1921

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Cet article a été publié le 27 février 2015.

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