vendredi 27 février 2015

Les artistes Juifs de l’avant-garde russe et le livre pour enfants 1890-1945


Le Centre Medem-Arbeter Ring  présente l’exposition éponyme conçue, réalisée et présentée par Ida Papiernik, et assortie d'un passionnant catalogue. L’histoire pendant un demi-siècle d’un mouvement artistique – peinture, graphisme, poésie - Juif russe, politiquement engagé, cherchant à allier tradition et modernité en s’adressant à un jeune public.


En 2009, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l’exposition Futur antérieur. L'avant-garde et le livre yiddish 1914-1939. Celle-ci avait souligné « la révolution accomplie par les artistes juifs du début du vingtième siècle. Cette révolution a touché tous les arts : peinture, sculpture, arts graphiques… Ces artistes de l’Avant-Garde ont d’abord travaillé à moderniser leur culture juive ». Environ 210 œuvres de Lissitzky, Chagall, Tchaïkov, Ryback, Sarah Shor ou Mark Epstein, révélaient « la naissance, en Russie et en Pologne, d’une avant-garde artistique juive dans le contexte de la révolution russe, de l’émergence des idées d’autonomie culturelle et de la renaissance de la langue yiddish. La trame de l’exposition : le livre yiddish illustré.

« Nous étions une bande d’écoliers du heder, déjà détachée de l’étude talmudique depuis toute une génération, mais nourrie au ferment de l’analyse. Nous qui venions tout juste de prendre en main le crayon et le pinceau, nous nous sommes aussitôt mis à “anatomiser”, non seulement la nature autour de nous, mais aussi nous-mêmes. Qui étions-nous ? Quelle place tenions-nous dans le concert des nations ? Quelle était notre culture ? Et quel devait être notre art ? Tout cela s’est joué dans quelques bourgades de Lituanie, de Biélorussie, d’Ukraine... », écrivait El Lissitzky, en 1923.

Dans ce texte « Mémoires de la synagogue de Mogilev », Lissitzky « revient sur cette période très brève, mais intense et fondatrice, au cours de laquelle de jeunes artistes juifs – toute une génération – se lancèrent avec ardeur dans une entreprise où soufflait l’esprit de la révolution : élaborer une expression artistique spécifiquement juive, qui puisse concilier la tradition à laquelle ils retournaient avec la modernité dans laquelle ils s’engageaient. Des expéditions ethnographiques sillonnaient alors les bourgades juives d’Ukraine et effectuaient des collectes d’objets, des relevés de peintures de synagogues et de pierres tombales, qui révélèrent aux artistes la richesse insoupçonnée de leur patrimoine. De cette révélation, en Russie et en Pologne, naît une avant-garde artistique intimement liée à une littérature et un théâtre yiddish en plein essor ». 

« Nous avons tout à coup découvert la magie de la yiddishkeit, nous avons été entraînés par le grand mouvement d’émancipation spirituelle, par la résurrection de notre conscience nationale, par le combat des masses ouvrières juives pour la justice sociale. Nous, artistes juifs semi-assimilés, sommes retournés vers le peuple. C’était, pour ainsi dire, une contre-émancipation... », se souvenait Henryk Berlewi, en 1955.

Certains de ces artistes ont été séduits par le suprématisme ou le constructivisme, d'autres par le réalisme socialiste.

Parmi les peintres de cette Avant-Garde russe figurent en bonne place Nathan Altman, Léon Bakst, Marc Chagall, El Lissitzky et bien d’autres.

« Sortis des zones de relégation grâce à la Révolution de 1917, ils essaiment à Saint-Pétersbourg, Moscou, en passant par Kiev, Berlin, Paris. C’est-à-dire vers les grands centres ouverts au modernisme », écrit Ida Papiernik.

Poètes, écrivains, peintres, architectes, graphistes… Ils s’engagent dans les mouvements révolutionnaires de cette période d’effervescence politique – révolutions russes - au travers de leur art : « création d’affiches, de slogans et renouvellement total du livre pour la jeunesse ».

Dans leur volonté de créer un nouveau citoyen, les autorités accueillent avec intérêts cette création artistique. « A nouveau citoyen, nouvelle pédagogie, nouveau héros (le prolétaire), nouveaux mots d’ordre tels que : « L’éducation doit rendre les enfants aptes à construire le socialisme ».

L’exposition « Les artistes juifs de l’Avant-Garde russe et le livre pour enfants : 1890-1945 » s’attache à présenter « les poètes et les peintres engagés dans la création de nouveaux livres de qualité pour les enfants ». Des artistes d’autant plus précieux au pouvoir politique que la population russe est majoritairement analphabète. Ce qui renforce l’attrait pour les auteurs d’images.

Les motivations ces artistes au service de la jeunesse : sympathie pour les idéaux révolutionnaires, et recherche d’un espace épargné par la censure officielle qui enserre ces artistes enthousiastes dès la fin des années 1920, et lors de l’ère stalinienne. Ce lieu, ils le trouvent dans la littérature pour la jeunesse, pendant une période brève.

Si Agniya Barto ou Natan Vengrov soutiennent le pouvoir communiste, Samuil Marchak et Korneï Tchoukovsky ironisent sur cette propagande. D’autres se révoltent, ou s’exilent, tels Natan Altman ou El Lissitzky.


Jusqu’au 28 février 2015
Au Centre Medem-Arbeter Ring
52, rue René Boulanger. 75010 Paris
Tél. : 01 42 02 17 08
Du mercredi au vendredi de 14 h à 17 h. Le samedi sur rendez-vous

Visuel :
In vald (Dans le bois) : auteur L. Kvitko, ill. I. Ber Ryback ; 1921

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