lundi 11 mai 2015

Serge Ivanovitch Charchoune (1888-1975)


La galerie Le Minotaure présente l'exposition Ecole de Paris, les Russes (20 mars-16 mai 2015) avec des œuvres notamment de Serge Charchoune  (1888-1975). Proche de Juan Gris, Man Ray et Picabia, ce peintre abstrait, attiré par le dadaïsme, passionné par la musique, a fait œuvre d’écrivain, de dramaturge et de poète.


« La peinture de Charchoune est une musique toute de finesse, elle joue sur les rapports subtils de demi-tons, de quart-de-tons, elle est parfaitement invisible dans les reproductions en noir et blanc. Il faut attendre que la photographie et la reproduction en couleur aient fait suffisamment de progrès pour permettre aux revues et aux livres d’art de faire connaître au grand public ce que nous savons tous, nous les peintres. Il a tout inventé et c’est peut-être aussi parce que ses intuitions géniales ont été exploitées par d’autres qu’il est le plus grand de nous tous et cela il faudra bien le reconnaître un jour », a déclaré Nicolas de Staël, qui avait une œuvre de Charchoune.

Serge Charchoune (1888-1975) est un peintre difficile à classer tant il a évolué au gré de ses voyages et rencontres artistiques, sans jamais demeurer longtemps dans un groupe.

Picasso aurait dit : « Pour moi, il y a deux peintres : Juan Gris et Charchoune ! »

Peintre et écrivain
Serge Ivanovitch Charchoune est né en 1889 dans une famille Juive de Bougourouslan, dans la province russe de Samara.

Il étudie à l’école de commerce de Simbirsk (1900-1905), puis manifeste un intérêt pour la peinture. Il échoue à intégrer l’Ecole des Beaux-arts de Moscou car il déteste dessiner.

A Moscou, en 1910, ce jeune homme se lie d’amitié avec les peintres Michel Larionov et Gontcharova. 

Il déserte l’armée russe en 1912 et fuit à Berlin (Allemagne), puis arrive à Paris où il suit les cours à l’Académie russe de Marie Vassilieff, puis à l’Académie cubiste La Palette. Il a pour professeurs Metzinger et Le Fauconnier.


Quand éclate la Première Guerre mondiale en 1914, il se réfugie à Barcelone, en Espagne, avec d’autres artistes d’avant-garde, tels Picabia, Gleizes ou les Delaunay. Là, il fait la connaissance de Marie Laurencin et Arthur Cravan, découvre avec émerveillement les azulejos espagnols aux motifs géométriques, et la galerie Josep Dalmau présente ses œuvres « ornementales », les premières d’art abstrait dans ce pays.

Lors de la révolution russe (1917), Charchoune veut gagner les rangs du corps expéditionnaire russe de France, mais la grippe espagnole qu’il contracte l’en empêche.

En mai 1920, après le festival Dada à la salle Gaveau de Paris, il entre dans le mouvement Dada, et côtoie Tzara, Breton, Arp, Ernst, Picabia, Man Ray et Paul Eluard. Il crée le Palata Poetov (« La Chambre des Poètes »), puis en 1922 à Berlin la revue Perevoz Dada (« Le Transbordeur Dada »).

Deux ans plus tard, il est séduit par la Russie post-révolutionnaire, mais, lors d’une soirée à l’initiative des poètes Maïakovski, Essenine et Koussikov, est dissuadé d’y aller par la danseuse Isadora Duncan, critique à l’égard de la révolution russe.
Il expose en Allemagne – galerie Der Sturm -, à Paris, et il est influencé à la fin des années 1920 par l’anthroposophie de Rudolf Steiner, notamment dans sa « période puriste » visible en 1926 et 1927 dans la galerie Jeanne Bucher et la galerie Aubier. La Grosse Berliner Ausstellung montre ses œuvres aux côtés de celles de Lissitzky, Pougny et Iawlensky.

Parallèlement à son activité de peintre, illustrée par cette « Composition puriste » (1927), il écrit des poèmes et romans (Dolgolikov).


La crise financière de 1929 met un terme au soutien que lui apportait André Level, qui s’associa en 1904, avec des membres de sa famille et des amis, pour former « la Peau de l’ours » chargée d’acheter les œuvres de jeunes artistes – Nabis, cubistes - afin de décorer leurs maisons et de constituer un investissement artistique. Parmi les peintres repérés par ce groupe : Picasso, Matisse, Bonnard, Derain…


Charchoune traverse plus d’une décennie difficile, caractérisée par la solitude et la pauvreté. Précurseur , il pratique le dripping.

En 1942, il s’installe dans un atelier cité Falguière.

A partir de 1943, il est aidé par le collectionneur Roger Dutilleul et par le marchand d’art Edwin Livengood.

Après la Seconde Guerre mondiale, son œuvre méditative laisse une plus grande place à l’eau et à la musique dans des compositions abstraites, très pensées. Explorant les grands formats, cet artiste crée aussi des tableaux monochromes. La musique est une source d’inspiration et l’environnement acoustique de ses créations.


Les années 1960 marquent la reconnaissance internationale du peintre par des rétrospectives dans de prestigieux musées : à New York, à Zürich – exposition sur le dadaïsme en 1965 -, à Paris - Musée national d’Art moderne en 1971 -, à Milan.


Serge Charchoune décède en 1975, et est inhumé au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.

A l’été 2006, à l’initiative de Madame Irina Antonova, directrice du Musée Pouchkine, et de deux collectionneurs privés, le musée Pouchkine de Moscou et le musée d’État Russe de Saint-Pétersbourg ont consacré une rétrospective à Charchoune avec une soixantaine de tableaux.


La galerie Le Minotaure et la galerie Alain Le Gaillard présentent l'exposition Ecole de Paris, les Russes (20 mars-16 mai 2015) avec des œuvres notamment de Serge Charchoune  (1888-1975).
  
Jusqu’au 16 mai 2015
2, rue des Beaux Arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 62 93
Du mardi au samedi de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h
Vernissage le 19 mars 2015 à 18 h.

Visuels
Charchoune, Serge
Composition Cubisme Ornemental
1922
Huile sur toile
47 x 38 cm
Signé en bas à droite « S.Charchoune»

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié en une version concise par L'Arche, et sur ce blog le 20 mars 2015.

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