Caumont-Centre d’Art présente « Regards d'un collectionneur - Chefs-d'œuvre de la collection d'Oscar Ghez : Caillebotte, Vallotton, De Lempicka, Valadon, Picasso, Renoir, Manet... ». Oscar Ghez (1905-1998), industriel d’origine tunisienne et collectionneur passionné. Près de 60 chefs-d’œuvre issus de cette collection, aujourd’hui conservée au musée du Petit Palais de Genève, qu’Oscar Ghez a fondé en 1968, sont réunis dans un parcours chronologique et thématique, retraçant l’évolution de la peinture française de la fin du XIXe siècle jusqu’aux avant-gardes du XXe siècle. »
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La Famille Ephrussi
« Ephrussi et Serre de la Madone » de Hugo Benamozig
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Caumont-Centre d’Art présente « une exposition réunissant un ensemble d’oeuvres issues de la collection d’Oscar Ghez (1905-1998), industriel d’origine tunisienne et collectionneur passionné. Près de 60 chefs-d’œuvre issus de cette collection, aujourd’hui conservée au musée du Petit Palais de Genève, qu’Oscar Ghez a fondé en 1968, sont réunis dans un parcours chronologique et thématique, retraçant l’évolution de la peinture française de la fin du XIXe siècle jusqu’aux avant-gardes du XXe siècle. »
« Initiée dans les années 1950, la collection d’Oscar Ghez se distingue par des choix à contre-courant du goût de son temps. Visionnaire, il s’intéresse à des artistes alors peu considérés par le marché de l’époque et qui deviendront de grands noms de l’histoire de l’art tels que Gustave Caillebotte, Frédéric Bazille, Marie Bracquemond et Maximilien Luce. Grand amateur de figures et de portraits, il s’éloigne de la peinture de paysages, alors dominante dans les collections impressionnistes de cette période. Il accorde également une place de choix aux femmes artistes, largement représentées dans l’exposition. »
« Dans les premières sections du parcours, les impressionnistes sont mis à l’honneur, avec notamment un ensemble de Caillebotte dont Le pont de l’Europe (1876). Le parcours se poursuit par une section dédiée au néo-impressionnisme, où sont présentés les chefs-d'œuvre d’Henri-Edmond Cross, Maximilien Luce ou encore Théo Van Rysselberghe. »
« La section suivante présente deux artistes de prédilection d’Oscar Ghez : Félix Vallotton avec notamment La toilette (1911) et Louis Valtat, maîtres de la figure et de la couleur, qui illustrent une transition sensible vers la modernité. L’exposition met également en lumière l’audace des fauves, avec notamment Raoul Dufy ou Henri Charles Manguin avec Nu au canapé bleu, Anita Champagne (1908), et la peinture décorative, avec de grands formats saisissants de Paul Sérusier et Édouard Vuillard, reflet de l’ambition esthétique d’une époque. »
« Enfin, la dernière section montre la force créatrice des avant-gardes de l’École de Paris et du mouvement cubiste : entre couleurs libérées, figures puissantes et portraits de femmes par Tamara de Lempicka avec Perspectives ou Les deux amies (1923), Marie Laurencin, Suzanne Valadon dont Nu au canapé rouge (1920) et Jeanne Hébuterne, incarnant un XXe siècle en pleine effervescence. La section cubiste, où l’on retrouve des oeuvres de Picasso dont L’Aubade (1965), clôt ainsi ce voyage à travers l’histoire de l’art. »
« Cette exposition, dont le commissariat est assuré par Marina Ferretti, historienne d’art indépendante, spécialiste du postimpressionnisme, rend hommage à une collection singulière, façonnée par un amateur éclairé qui a su, avec intuition et exigence, déjouer les modes pour révéler des trajectoires artistiques majeures. Un parcours captivant à travers un demi-siècle de création, porté par un regard libre et éclairé. »
Un catalogue, sous la direction de Marina Ferretti, vient étayer le propos de l’exposition.
PARCOURS DE L’EXPOSITION
Le goût de la modernité
« Durant la seconde moitié du XXe siècle, Oscar Ghez (1905-1998), industriel d’origine tunisienne, se consacre à l’édification d’une exceptionnelle collection d’oeuvres d’art, guidée par des partis pris audacieux et des choix esthétiques empreints d’une singulière originalité. Nourrie d’acquisitions réalisées lors de ventes aux enchères en France, dans les galeries parisiennes ou au gré de ses voyages d’affaires à l’étranger, sa collection reflète une indépendance d’esprit rare à l’égard du marché de l’art de son temps. Il se distingue notamment en achetant des maîtres négligés à cette époque, tels que Gustave Caillebotte, Henri-Edmond Cross ou Maximilien Luce, et réunit d’importants ensembles d’œuvres d’un même artiste ou d’une école. »
« En 1968, Oscar Ghez fonde le musée du Petit Palais à Genève afin d’y présenter sa collection, qui s’étend de la révolution impressionniste à l’avant-garde du XXe siècle. Si l’établissement a fermé ses portes au début des années 2000 après plus de trente années d’activité, Claude Ghez, fils du collectionneur, poursuit aujourd’hui l’héritage de son père à travers une politique de prêts et d’expositions hors les murs : « La collection a suivi des lignes directrices présentes dans l’esprit de mon père dès le départ et non des intérêts successifs pour telle ou telle école. Celles-ci ne peuvent se comprendre qu’en fonction d’une personnalité et de goûts développés longtemps avant ».
« L’exposition, placée sous le commissariat général de Marina Ferretti, met en lumière un ensemble de près de 60 œuvres qui traversent plus d’un siècle d’Histoire allant de l’impressionnisme au cubisme en passant par le fauvisme et la peinture décorative et l’École de Paris. Elle rassemble aussi bien un ensemble iconique de tableaux de grands maîtres tels que Caillebotte, Renoir, Picasso, Manet, Dufy, Vuillard, Vallotton, que des oeuvres emblématiques d’artistes femmes – trop longtemps ignorées par l’histoire de l’art – telles que Marie Bracquemond, Suzanne Valadon, Tamara de Lempicka, Jeanne Hébuterne ou Marie Laurencin. La richesse de cette exposition réside également dans la redécouverte d’artistes qui restent relativement méconnus du grand public, tels que Charles Angrand, Léopold Survage, Marevna, Henry Van de Velde ou Théo Van Rysselberghe, auxquels Oscar Ghez rend la place qu’ils méritent. »
« Le parcours de l’exposition, en offrant au public un véritable voyage dans l’histoire de l’art, reflète tant la vision et le goût d’un collectionneur – guidé par sa passion, sa curiosité, son intuition – que l’audace picturale qui traversa une époque des plus inventives. Notre exposition se distingue notamment par l’accent mis sur les enjeux du collectionnisme moderne qui vont bien au-delà du simple fait d’acheter des œuvres. Le collectionneur devient un acteur clé qui contribue à écrire l’histoire de l’art, redéfinit ce qui mérite d’être reconnu et questionne l’avenir des œuvres ainsi que de leurs auteurs. On peut alors se demander : « naît-on ou devient-on icônes de l’art ? ».
« Dans le panorama foisonnant de l’art moderne, rares sont les collections privées qui, comme celle d’Oscar Ghez, parviennent à restituer avec autant de justesse la diversité, la vitalité et la complexité du tournant du XXe siècle. À travers un choix d’œuvres aussi exigeant qu’éclectique, Ghez ne s’est pas contenté d’individualiser les grandes tendances de la modernité : il a su, avec une vision fulgurante, saisir les moments de bascule, les instants où la peinture s’invente un nouveau langage. En parcourant l’exposition, nous suivons à la fois l’évolution des styles et le regard d’un homme qui, loin de se limiter aux figures consacrées, a su reconnaître la force de créateurs singuliers ou de thématiques alors délaissées par les marchands et collectionneurs d’art de son époque. »
L’audace impressionniste
« Quand Oscar Ghez entreprend sa collection dans les années 1950, l’impressionnisme est depuis longtemps considéré comme l’un des mouvements phares de la peinture en France : dans les années 1870, ce nouveau courant artistique rompt avec l’académisme et invente une nouvelle manière de peindre privilégiant la lumière, les couleurs claires, les touches rapides et les sujets de la vie quotidienne. Les oeuvres se distinguent des grandes compositions historiques et cherchent à capter l’instant fugace, les variations de l’atmosphère et la vérité des sensations. »
« Tandis que le marché favorisait la peinture de paysages, considérée comme la pierre angulaire de l’impressionnisme, Oscar Ghez s’intéresse à des thèmes moins plébiscités, comme les tableaux de figures et de portraits. »
« Fait marquant, s’il a l’opportunité d’acquérir un rare Portrait de Berthe Morisot à la voilette (1872) peint par Édouard Manet ainsi que l’important Portrait de la poétesse Alice Vallières-Merzbach (1913) par Auguste Renoir, il renonce à des tableaux mineurs signés Monet, Degas ou Cézanne pour privilégier des toiles importantes de Frédéric Bazille, Gustave Caillebotte ou Marie Bracquemond, encore peu reconnus. Cette judicieuse stratégie lui permet d’acquérir des oeuvres de première importance comme Le pont de l’Europe (1876) de Gustave Caillebotte, présenté dans cette section et qui s’impose aujourd’hui comme un véritable chef-d’œuvre de l’histoire de l’impressionnisme, emblématique de la modernité urbaine. »
« Néo-impressionnisme : la modernité en images À la fin des années 1880, certains artistes héritiers de l’impressionnisme s’attachent à en prolonger les recherches tout en y intégrant une approche plus scientifique. Ils s’intéressent toujours aux jeux de lumière et aux vibrations de la couleur, mais en utilisant une touche divisée, laissant à l’oeil du spectateur le soin de reconstituer l’image par l’effet du mélange optique. Le terme de néo-impressionnisme apparaît pour la première fois dans un article écrit en 1886 par le critique Félix Fénéon (1861-1944). Les oeuvres néo-impressionnistes rassemblées par Oscar Ghez comptent parmi les pièces maîtresses de sa collection. À son habitude, il fait preuve d’un regard précurseur, en manifestant très tôt son intérêt pour un courant encore peu valorisé. Ignorant délibérément les plus renommés, Georges Seurat et Paul Signac, il a concentré ses achats sur des artistes méconnus. Cette stratégie d’acquisition audacieuse lui a permis d’acheter des chefs-d’oeuvre de peintres néo-impressionnistes : Henri-Edmond Cross (Etude pour Excursion ou Les Excursionnistes), Charles Angrand (La Seine à l’aube) ou Théo Van Rysselberghe (Portrait de la Violoniste Irma Sèthe). »
« À la fin du Second Empire, portée par le charbon et la vapeur, l’industrialisation accélère, entraînant après 1870 l’enrichissement rapide de la bourgeoisie industrielle. Les néo-impressionnistes ne se contentent pas d’expérimenter une nouvelle technique picturale mais se veulent également les témoins de leur temps. »
« Ainsi, les tableaux représentant le raffinement des intérieurs bourgeois et les activités de la bourgeoisie s’opposent aux représentations du quotidien de la classe ouvrière. Un des artistes les plus engagés à ce sujet est sans conteste Maximilien Luce. Né de conditions modestes et de convictions anarchistes, le discours social sera l’un des fils conducteurs de sa peinture. »
« En 1895, le peintre se rend en Belgique et découvre le Pays noir, c’est-à-dire la région du Borinage belge, l’un des berceaux de la révolution industrielle. Il va alors livrer dans ses œuvres un admirable témoignage des conditions de vie et de travail des ouvriers. »
Valtat et Vallotton, œuvres croisées
« Louis Valtat et Félix Vallotton sont deux artistes très représentés dans la collection d’Oscar Ghez. »
« Il est intéressant de remarquer que deux peintres contemporains, qui se sont fréquentés, ont abordé la question de la couleur de façon différente, voire opposée. Louis Valtat explore la touche divisée et nous livre des toiles vibrantes aux teintes affirmées, appliquées de façon plus fractionnée que les impressionnistes et plus dynamique que les néo-impressionnistes. Les oeuvres de cet artiste inclassable, notamment ses portraits et paysages, sont peintes avec une liberté rare, annonciatrice du fauvisme. Le Nabi Félix Vallotton privilégie quant à lui la pose des couleurs en aplat. Il se situe dans la lignée de Gauguin, et son art rend hommage aux artistes classiques qu’il admire, comme Jean-Auguste-Dominique Ingres ou Hans Holbein. »
« En confrontant ces deux univers, la collection Ghez souligne l’un des débats majeurs du tournant du siècle : faut-il fragmenter la couleur pour en faire vibrer la lumière, ou au contraire la poser en masses franches pour affirmer la surface du tableau ? On remarquera que les choix du collectionneur reflètent ici son goût pour les dialogues visuels. »
L’éclat des fauves
« Oscar Ghez s’est également intéressé au fauvisme, mouvement éphémère mais décisif qui, dès le Salon d’automne de 1905, impose la couleur pure comme vecteur d’émotion et de rupture. Comme à son habitude, il ne s’est pas concentré sur les chefs de file – Henri Matisse ou André Derain – mais s’est surtout attaché aux figures périphériques dont la renommée n’a cessé de croître depuis leur acquisition, telles que Charles Camoin, Henri Manguin ou Auguste Chabaud. Ce choix révèle une volonté de reconstituer la constellation fauve dans sa diversité tout en la situant dans une généalogie postimpressionniste. »
« Tel est le cas avec Le Marché à Marseille (1903) de Raoul Dufy, dans lequel la lumière du Midi, presque aveuglante, éclate en touches rapides et fragmentées héritées de l’impressionnisme, transformant la scène urbaine en une fête visuelle. Dufy, par ce geste inaugural, annonce déjà la radicalité fauve : la peinture n’est plus imitation mais invention du monde. Henri Manguin, explore quant à lui les ressources expressives du nu. Il y traduit l’influence de Gustave Moreau, son maître d’atelier à l’École des beaux-arts de Paris, où il étudia aux côtés d’Henri Matisse, Albert Marquet et Charles Camoin. Ces quatre élèves de Moreau furent les piliers de la salle VII du Salon d’automne de 1905, à propos de laquelle le critique Camille Mauclair écrivit : « Un pot de peinture vient d’être jeté à la figure du public ».
Grands décors
À la fin du XIXe siècle, la question de la peinture décorative prend une place nouvelle. « Le groupe d’artistes regroupés sous le nom des Nabis (« prophètes » en hébreu) précédé par William Morris et les Arts and Crafts, veut abolir la hiérarchie entre arts majeurs et arts appliqués et font de la peinture décorative une spécificité. Ils conçoivent des panneaux muraux, paravents, tapisseries, vitraux, mêlant à la fois peinture, sculpture et artisanat. »
« La verticalité, la planéité assumée, l’arabesque et les aplats sont alors privilégiés. Édouard Vuillard exécute en 1917-18 le spectaculaire et monumental décor de l’oeuvre Le Salon de thé du Grand Teddy. Henry Van de Velde quant à lui abandonne son premier métier de peintre pour celui d’architecte et créateur de mobilier d’un grand raffinement. La Faneuse (1891), un fascinant tableau qui est aussi un projet de tapisserie, illustre ici avec brio le moment où sa carrière bascule dans cette direction. »
« À travers la question des grands décors, les artistes sont nombreux à proposer une idée de la modernité plus proche de l’ornement pour s’affranchir de la notion de tableau de chevalet. Si Pierre Bonnard, Maurice Denis et Édouard Vuillard se distinguent particulièrement en ce domaine, d’autres comme Théophile-Alexandre Steinlen, Georges Lacombe ou Paul Sérusier participent à ce renouveau. »
Paris au coeur de l’actualité artistique
« Dans l’entre-deux-guerres, Paris attire de nombreux artistes venus du monde entier, séduits par le sentiment de liberté qui y règne et son effervescence culturelle. Le terme « École de Paris » apparaît en 1925 sous la plume du critique d’art et écrivain André Warnod, et désignait en premier lieu le regroupement d’artistes français et étrangers constituant l’avant-garde parisienne au début du XXe siècle, indépendamment du style cubiste. »
« Rapidement, l’appellation fut cependant réservée aux seuls étrangers, qui formaient une communauté bohème réunie dans les cafés de Montmartre et de Montparnasse. La collection Ghez nous offre ici un panorama particulièrement éloquent, où se côtoient figures majeures et personnalités singulières, chacune apportant sa sensibilité propre à la scène parisienne. Elle est également emblématique de l’engagement mémoriel d’Oscar Ghez, qui privilégie les artistes issus de l’émigration juive d’Europe centrale et orientale, souvent ensuite victimes de la Shoah ou de l’oubli postérieur à 1945, à l’image de Moïse Kisling. Ghez est aussi pionnier dans la réhabilitation des artistes femmes oubliées – Jeanne Hébuterne, Suzanne Valadon ou encore Nathalie Kraemer –, anticipant de plus de cinquante ans la relecture féministe actuelle de l’histoire de l’art. »
« Cubisme : un monde fragmenté
La collection Ghez accorde une place de choix à la révolution cubiste qui marque un tournant décisif dans l’histoire de l’art occidental. Né de la rencontre entre Pablo Picasso et Georges Braque, le cubisme s’impose comme une remise en question radicale des fondements de la représentation : la perspective, la figuration, la cohérence du point de vue unique sont abandonnées au profit d’une fragmentation du plan pictural pour multiplier les angles de vue et explorer les rapports entre forme et espace. Oscar Ghez n’adhère pas à l’abstraction pure et ne se cantonne pas à la radicalité des premiers cubistes, préférant la seconde génération avec des artistes comme Jean Metzinger, dont il retient la dimension synthétique et narrative. Si Oscar Ghez refusait l’achat d’œuvres cubistes de Picasso qu’il jugeait trop onéreuses, la collection actuelle comprend des exceptions, notamment L’Aubade (1965) acquise en 1968. À cette époque, Picasso, librement inspiré des Vénus de Titien, propose une relecture des thèmes classiques, telles ses variations sur Les Ménines (1656) de Velásquez et fait preuve d’une extrême liberté de création ainsi que d’une force vitale inaltérable pour un artiste de plus de quatre-vingts ans. »
« Oscar Ghez, qui s’apprêtait en 1968 à installer sa collection dans le musée du Petit Palais, à Genève, avait trouvé là le parfait écrin pour une oeuvre qui clôturait sa collection en majesté. »
LES DATES CLÉS
« 1905 : Oscar Ghez naît à Sousse (Tunisie). Il est le fils cadet de Corinne et d’Angelo Ghez. Son père, Angelo Ghez, décédé en 1934, était un industriel tunisien. Sa mère Corinne, née à Florence et décédée en 1959, était la fille du Baron Giacomo di Castelnuovo, qui fut médecin du roi Victor-Emmanuel II et du Bey de Tunisie, député au parlement de Rome et diplomate.
1915 : À l’âge de 10 ans, Oscar Ghez quitte la Tunisie avec sa famille pour se rendre à Marseille où, après avoir fréquenté le Lycée Saint-Charles, il termine ses études à l’École Supérieure de Commerce ; il n’a alors que 17 ans.
1922 : Oscar quitte Marseille pour se rendre en Italie, où il rejoint son frère Henri, ingénieur chimiste. Ensemble, ils créent une usine de produits en caoutchouc dans la banlieue de Rome.
1937 : Oscar Ghez épouse Nella Treves, soeur du peintre turinois Dario Treves.
1938 : D’origine juive, la situation de la famille en Italie devient précaire du fait de l’entente entre Mussolini et Hitler et la promulgation des « Lois raciales » en 1938. Oscar et Henri réussissent alors à négocier l’échange de leur entreprise de Rome contre une usine du groupe Pirelli située près de Lyon.
1939 : Naissance de son fils unique, Claude Ghez.
1941 : Oscar Ghez part avec sa famille aux USA, où pendant le reste de la guerre, il est attaché au ministère de la guerre à Washington.
1945 : Oscar Ghez et son frère Henri retournent à Lyon, où ils reprennent l’activité de leur usine de caoutchouc.
À partir de l’après-guerre : Oscar Ghez commence à fréquenter les boutiques d’antiquaires et les galeries, développant son intérêt pour la peinture.
À partir de 1955 : Début de son activité de collectionneur, d’abord concentrée sur les peintres de Montmartre, le post-impressionnisme et ensuite l’École de Paris, les femmes artistes et les artistes juifs.
1957 : Oscar Ghez achète un très grand nombre d’oeuvres. Les premières oeuvres « majeures » apparaissent comme Le pont de l’Europe de Caillebotte ou encore des tableaux de Derain, Renoir, Vallotton ou Vuillard.
1959 : Il commence à acheter des oeuvres de plus grandes dimensions ou de qualités muséales (Angrand, La Seine à l’aube (La brume) ; Foujita, Lupanar à Montparnasse ; Van Dongen, Portrait de la Commodore Drouilly).
1960 : Il vend son usine de caoutchouc pour se consacrer entièrement à sa collection de peintures.
1961 : Oscar Ghez acquiert le tableau de Renoir, Portrait de la poétesse Alice Vallières-Merzbach.
1964 : Première série d’expositions d’une sélection d’œuvres de sa collection :
- « 80 peintres de Renoir à Kisling », Galeria Civica d’arte moderna, Turin
- « Maîtres connus et méconnus de Montmartre à Montparnasse », Château d’Annecy
- « Valtat et ses amis », Musée des beaux-arts de Besançon
- « 50 peintres de Renoir à Kisling », Musée de Tel Aviv
1965 : Premières expositions en Suisse :
- « De Vallotton à Desnos », Musée Jenisch, Vevey
- « Peintres de Montmartre et de Montparnasse, de Renoir à Valtat », Musée Rath, Genève
1966 : Acquisition d’un hôtel particulier de style néo-classique à Genève (Terrasse Saint- Victor), en vue de le transformer en musée pour y présenter sa collection. À noter qu’Achille Degas, frère d’Edgar Degas, habitait dans ce même bâtiment entre 1891 et 1893. Exposition d’une sélection d’oeuvres au Musée Galliera à Paris sous le titre « 60 maîtres de Montmartre à Montparnasse, de Renoir à Chagall ».
1966-1968 : Travaux d’aménagement du musée, sous la direction de l’architecte genevois Christian Hunziker. L’aménagement intérieur est confié au français Max Ingrand. Trois étages en sous-sol sont créés, révélant les vestiges des anciens remparts de la vieille ville de Genève, qui seront intégrés aux espaces d’exposition.
1967 : En attendant l’ouverture du musée, Oscar Ghez continue de faire connaître sa collection à travers des expositions itinérantes :
- « Autour du fauvisme, Valtat et ses amis », Palais des beaux-arts, Charleroi
- « École de Paris », Tokyo
- « 35 oeuvres de l’École de Paris », Maison des arts et des loisirs, Le Creusot
21 novembre 1968 : Inauguration du Musée du Petit Palais de Genève.
1969 : 6 expositions différentes ont lieu au Petit Palais, dont une « Rétrospective Louis Valtat »
Le Petit Palais accueille également le 15 novembre 1969 une réception en l’honneur d’Albert Cohen (en présence de Marcel Pagnol notamment).
1970 : Dans le cadre de la commémoration du 25e anniversaire des Nations Unies, organisation d’une exposition « L’art au service de la Paix ».
1972 : Oscar Ghez épouse en secondes noces, Nicole Finkelstein, qui l’épaulera tout le reste de sa vie et partagera sa passion pour l’art.
1974 : Organisation d’une exposition en l’honneur du « Centenaire de l’impressionnisme et Hommage à Guillaumin ».
1978 : Don à l’Université d’Haïfa de 137 œuvres d’artistes juifs ayant péri pendant la Shoah (peintres juifs de l’École de Paris principalement), en vue de créer un « Mémorial en honneur des artistes juifs victimes du nazisme ».
1980 : Exposition « Picasso et les peintres espagnols du XXe siècle »
1983 : Collaboration avec le Musée Tretiakov de Moscou qui présente au Petit Palais une exposition : « Cent oeuvres du Musée Tretiakov ».
Depuis 1983 : Série d’exposition hors les murs des collections du Petit Palais (Japon, France, Allemagne, USA, Espagne, Italie, Canada…).
1987 : Inauguration de la salle Steinlen au Petit Palais.
1995 : Présentation d’une exposition historique « L’affaire Dreyfus ».
20 février 1998 : Décès d’Oscar Ghez à Genève, à l’âge de 93 ans.
1998 : Ouverture de la dernière exposition prévue du vivant d’Oscar Ghez, « Picasso, passion et création ».
2000 : Dernière grande exposition au Petit Palais, « Néo-impressionnisme, la lumière transfigurée ».
Septembre 2000 : Fermeture au public du Musée du Petit Palais de Genève, en raison des coûts trop élevés de remise aux normes du bâtiment. Les oeuvres de la collection sont depuis lors régulièrement prêtées à des expositions temporaires. »
LE COLLECTIONNEUR
« Oscar Ghez s’est souvent exprimé sur sa passion de collectionneur, ses choix artistiques et sa vision de l’art comme vecteur de paix. À travers ses mots, c’est tout un parcours, à la fois intime et engagé, qui se dessine. »
« En 1945, j’ai acheté mon premier tableau. Le 14 juillet de Steinlen; c’est Steinlen qui m’a donné le déclic. Je voyais ces personnages, je les entendais chanter, il y avait des lampions, la nuit ! C’est un tableau délicieux, toujours accroché dans mon bureau. »
Oscar Ghez, Journal de Genève et Gazette de Lausanne, 15 décembre 1993.
Quelles sont vos motivations de collectionneur ?
« La qualité des peintures, la créativité des artistes.
Je n’ai jamais été intéressé par la spéculation. Je me suis spécialisé dans l’art impressionniste et postimpressionniste, à savoir le pointillisme, Pont-Aven, les Nabis, les peintres de Montmartre, les Fauves et l’École de Paris, créée, celle-ci, principalement par des étrangers… »
Oscar Ghez, Journal de Genève et Gazette de Lausanne, 15 décembre 1993.
Comment a débuté l’aventure du Petit Palais ?
« Ancien industriel, je suis un collectionneur dans l’âme. Dès mon plus jeune âge, j’ai rassemblé des coquillages, puis des monnaies anciennes et des timbres. Par la suite, la peinture et la sculpture sont devenues mes hobbies et sur les conseils d’un grand spécialiste en la matière, Monsieur Durand-Ruel, j’ai collectionné des oeuvres allant de la période impressionniste à celle de l’École de Paris, où les principaux mouvements y sont représentés. (…) J’ai fondé le Petit Palais en 1968 afin de faire partager au public ma passion. À l’époque, j’ai fait transformer cet immeuble d’habitation afin d’obtenir ainsi six étages d’exposition. Aujourd’hui, la collection comprend des milliers de tableaux et ne cesse de s’agrandir. »
Oscar Ghez, Tribune des Arts Genève, octobre 1995.
Pourquoi avoir placé le Petit Palais sous la devise « l’Art au service de la Paix » ?
« L’art est un langage universel au même titre que la musique. Il fait passer des messages au-delà des langues. »
Oscar Ghez, Tribune des Arts Genève, octobre 1995.
LISTE DES 38 ARTISTES PRÉSENTÉS DANS L’EXPOSITION
Charles Angrand (1854 – 1926)
Frédéric Bazille (1841 – 1870)
Marie Bracquemond (1840 – 1916)
Gustave Caillebotte (1848 – 1894)
Charles Camoin (1879 – 1965)
Auguste Chabaud (1882 – 1955)
Henri-Edmond Cross (1856 – 1910)
Maurice Denis (1870 – 1943)
Raoul Dufy (1877 – 1953)
Tsuguharu Foujita (1886 – 1968)
Armand Guillaumin (1841 – 1927)
Jeanne Hébuterne (1898 – 1920)
Moïse Kisling (1891 – 1953)
Nathalie Kraemer (1891 – 1943)
Georges Lacombe (1868 – 1916)
Achille Laugé (1861 – 1944)
Marie Laurencin (1883 –1956)
Tamara de Lempicka (1898 – 1980)
Maximilien Luce (1858 – 1941)
Édouard Manet (1832 – 1883)
Henri Manguin (1874 – 1949)
Marevna (1892 – 1984)
Alexis Mérodack-Jeaneau (1873 – 1919)
Jean Metzinger (1883 – 1956)
Pablo Picasso (1881 – 1973)
Auguste Renoir (1841 – 1919)
Arthur Segal (1875 – 1944)
Paul Sérusier (1864 – 1927)
Théophile-Alexandre Steinlen (1859 – 1923)
Léopold Survage (1879 – 1968)
Dario Treves (1907 – 1978)
Suzanne Valadon (1865 – 1938)
Félix Vallotton (1865 – 1925)
Louis Valtat (1869 – 1952)
Henry Van de Velde (1863 – 1957)
Kees Van Dongen (1877 – 1968)
Théo Van Rysselberghe (1862 – 1926)
Édouard Vuillard (1868 – 1940)
3, rue Joseph Cabassol - 13100 Aix-en-Provence
Tél. : 04 42 20 70 01
Tous les jours de 10 h à 18 h
Visuels :
Affiche
Gustave Caillebotte, Le pont de l’Europe, 1876, Huile sur toile, 125 x 180 cm,
Collection : Association des Amis du Petit Palais, Genève / Photo : Maël Dugerdil, Genève
Marie BRACQUEMOND, Sur la terrasse à Sèvres, 1880, Huile sur toile, 88 x 115 cm
Collection : Association des Amis du Petit Palais, Genève
Photo : Studio Monique Bernaz, Genève
Maximilien LUCE, L’aciérie, 1895, Huile sur toile, 116 x 89 cm
Collection : Association des Amis du Petit Palais, Genève
Photo : Maël Dugerdil, Genève
Portrait d’Oscar Ghez
crédit : Archives Association des Amis du Petit Palais, Genève
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