lundi 30 octobre 2017

Frank Horvat. Horvatyear – Diptyques


Né en 1928 à Abbazia (ou Opatija) dans une famille juive originaire d’Europe centrale, Frank Horvat est un photographe qui a évolué dans plusieurs domaines : photographies de mode, photojournalisme, portraits, paysage et sculpture. Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain (3-19 novembre 2017), la Galerie Le Minotaure et la Galerie Dina Verny présentent l’exposition Frank Horvat. Horvatyear – Diptyques. Vernissage le  2 novembre 2017 à 18 h.


« L’imagination est une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies ». Charles Baudelaire, Notes nouvelles sur Edgar Poe
     
     
Frank Horvat est né dans une famille juive originaire d’Europe centrale – son père Karl, médecin généraliste hongrois, sa mère Adèle psychiatre viennoise -, en 1928 à Opatija ou Abbazia, alors en Italie et actuellement en Croatie.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il vit à Lugano, en Suisse. Adolescent de quatorze ans, il échange  sa collection de timbres contre un Retinamat 35 mm.

De 1947 à 1950, il étudie l’art à l’Academia di Brera, travaille pour une firme de publicité, achète un Rolleicord et collabore comme photographe free lance à des magazines italiens.

En 1950, Frank Horvat se rend à Paris, où il fait la connaissance de Henri Cartier-Bresson et de Robert Capa. Il est influencé par Henri Cartier-Bresson dont il loue la richesse de contenus de ses phtographies et l’art du cadrage et de la construction de l’image. Sur ses conseils, il délaisse son Rollei pour un Leica.

Pendant deux ans, il sillonne l’Asie : Inde, Pakistan… Ses photographies sont publiées par Life, Picture Post, Réalités, Match, Picture Post, Die Woche et Revue. En 1955, l’une d’elles est sélectionnée pour l’exposition célèbre Family of Man, au MoMa, Musée d'art moderne de New York.


En 1955, Frank Horvat s’installe à Paris, tout en travaillant souvent à New York.

Il préfère le léger Reflex 35 mm pour saisir des détails difficiles à capter avec d’autres appareils photographiques.

En 1957, Frank Horvat  débute une collaboration avec des magazines de mode en privilégiant la lumière naturelle : Le Jardin des Modes, Elle avec Hélène Lazareff, « une petite bonne femme très gentille qui terrorisait tout le monde », Vogue, Glamour, Harper’s Bazaar… Il devient célèbre pour son travail de photographe de mode et pour la publicité qu’il exerce jusqu’en 1988. Sa photographie la plus célèbre s’avère Givenchy Chapeau à Longchamp, jardin des Modes publiée en 1958 par Le Jardin des modes. Un cliché en noir et blanc de Bettina Graziani, au visage presque entièrement dissimulé. En 1986, Frank Horvat photographie, pour la première fois, une femme enceinte nue.

De 1958 à 1961, il est photographe associé à Magnum.

Pour Revue, Horvat renoue en 1962-1963 avec le photojournalisme et entame un tour du monde. Il travaille sur deux livres : Strip-tease et Télévision.

Pour contrer la crise des magazines, il s’essaie aussi au cinéma et à la vidéo.

En 1976, Frank Horvat réalise en couleurs son « triptych » : Portraits of Trees (1976–82), Very Similar (1982-86) et New York up and down (1982–87).

Souffrant d’une maladie des yeux, Frank Horvat interviewe ses amis photographes : Edouard Boubat, Robert Doisneau, Mario Giacomelli, Josef Koudelka, Don McCullin, Sarah Moon, Helmut Newton, Marc Riboud, Jeanloup Sieff et Joel-Peter Witkin. Il réunit ces entretiens dans Entre Vues (Nathan, 1988). Horvat loue Helmut Newton pour son affirmation de la transgression.

En 1989, il est l’un des premiers artistes à expérimenter la photographie numérique. Grâce à Photoshop, il assemble des parties de photographies prises à des moments divers, sur des lieux variés. Ce procédé produit des effets curieux, cocasses, bizarres en créant une oeuvre nouvelle polysémique. Frank Horvat recourt à l’informatique pour des travaux sur la peinture et la sculpture romane.

De 1990 à 1998, il travaille sur des projets de livres : “Sculptures By Degas”, “Bestiarium”, “Mythologies”, “Walks Around Boulogne-Billancourt”, “History Of Fashion At Musée Galliera”, “Romanesque Sculptures”.

En 1998, Frank Horvat opte pour un appareil photographique compact, maniable, qu’il transporte dans une poche. Il ouvre son premier site Internet, Horvatland.

En 2003-2004, il publie La Véronique, livre de photographies prises dans les environs de sa maison en Provence.

De nombreux établissements culturels consacrent des rétrospectives à cet « outsider de la photographie » : l’Espace Landowski, la Villa Tamaris, la Fondation Helmut Newton...

En 2011, Horvat publie sur Internet sa première application iPad (Horvatland).

Loin de l'esbroufe et du sensationnalisme, il s’intéresse aux beautés de la vie quotidienne, et travaille actuellement sur la série Nothing Special.

Dans le cadre de la 6e édition du festival Photo Saint-Germain, deux galeristes – Olivier Lorquin (Galerie Dina Vierny) et Benoît Sapiro (Galerie Le Minotaure) – « présentent une exposition commune sur une sélection de vingt diptyques du photographe Frank Horvat ».

« Les diptyques d’Horvat rappellent la métamorphose moderne – causée par la photographie – qui a imposé des relations nouvelles entre les œuvres d’art et les spectateurs, l’espace et d’autres artefacts. Grâce au cadrage, à l’uniformisation des objets et des espaces à un format, aux deux dimensions et à une gamme de couleurs déterminée, grâce aussi à leur extraction du contexte originaire, la photographie les a libérés, leur a donné une autonomie et une possibilité de gagner des sens nouveaux, de signifier quelque chose d’autre ou de plus. Elle a également rendu possible la juxtaposition des objets (et des situations) issus des époques et des cultures différentes qui auparavant ne pouvaient pas se rencontrer. André Malraux a expliqué ce phénomène à travers son concept du Musée imaginaire et l’a mis en pratique dans la trilogie Métamorphose des dieux. Les diptyques sont donc des confrontations d’images métamorphosées ou bien réincarnées, faisant partie de l’imaginaire d’Horvat où elles peuvent infiniment créer de nouveaux liens, raconter de nouvelles histoires, toujours différentes. Elles libèrent et mettent en valeur le hors-champ, ce que l’on ne peut pas apercevoir à la surface de l’image, ce qui dans le texte reste caché entre les lignes. Le hors champ a toujours été important, expliquait Horvat dans un de ses entretiens, il permet d’imaginer ce qui n’est pas représenté. La seule chose qui éveille l’imagination est ce qu’on ne montre pas, ce qui est en dehors du cadre ».

« Un tel procédé défend les images devant la « pétrification » de sens dont elles sont porteuses ; il protège leur existence en ouvrant le cadre à de nouvelles interprétations. Les diptyques, comme le musée imaginaire (par opposition au musée classique), sont un lieu de rencontre, le fruit d’une passion. Cette façon d’assembler les images reflète une manière particulière de regarder et de vivre dans le monde. Elle est comme une mémoire pratique qui lutte avec la dispersion, unit le familier et le commun, selon ses propres (et secrètes) règles.

Frank Horvat a créé 365 diptyques parmi lesquels les deux galeristes en ont choisi vingt qui répondaient le plus à leur propre sensibilité et leurs centres d’intérêts. Une fois arrêté, ce choix semble aller de soi. L’exposition privilégie ainsi les compositions favorisant le regard humain, et non intellectuel, d’Horvat ; sa faculté de saisir les gestes et les regards qui se répondent malgré le temps et l’espace qui les sépare. La plupart de ces diptyques sont en noir et blanc, caractéristique qui les rapproche des techniques des années 1920-30 (spécialité de Benoit Sapiro) mais aussi qui rend le point de rupture entre les deux photographies plus floues, donnant au regardeur l’impression de vertige. Deux se métamorphose en un ».
                 
HorvatYear, par Frank Horvat (mai 2017)

« 2018 sera l’année de mes quatre-vingt-dix ans. Pour le célébrer, j’ai préparé une série de 365 diptyques : autant que les jours de l’année.

Ces diptyques sont des juxtapositions de deux photos, assemblées par une certaine analogie de composition, de couleur et d’ambiance, mais pas nécessairement par leur sujet, temps ou lieu. Récemment, j’ai réalisé que certains diptyques peuvent signifier autre chose (ou quelque chose de plus) que des images simplement placées côte-à-côte. J’ai numérisé quelques milliers de photos, dont certaines, prises à quatorze ans avec mon premier appareil : toutes celles que je n’ai pas détruites ou perdues – volontairement ou par négligence – et auxquelles, à un certain moment, j’ai trouvé une valeur. J’en ai choisi quelques centaines dont j’ai imaginé que quelqu’un voudrait les voir sur ses murs. Cela exclut les situations douloureuses ou choquantes donc inévitablement certaines de mes favorites. L’étape cruciale fut de les combiner. Par un appariement, une photo peut devenir plus forte – ou plus faible, comme dans la vie. Chacune raconte son histoire, sur un fragment de réalité qu’elle représente. Mais dans certains cas, le couplage peut révéler des aspects moins apparents à première vue, tout comme certains objets semblent changer lorsqu’ils sont observés sous différents angles. L’agencement des diptyques m’a donné une leçon, non seulement sur ma photographie, mais aussi sur le mécanisme de mes associations mentales des images, des souvenirs et des émotions. Comme des empreintes de pas, qu’à ce moment de ma vie, je souhaite laisser derrière moi ».


« Une bonne photo, c'est une photo que l'on ne peut pas refaire ».
« Une photo doit être imprévisible, et tout ce qu'il y a dedans doit être nécessaire ».
« La photographie c’est l’art de ne pas appuyer sur le bouton ».


Du 3 au 22 novembre 2017. Vernissage le  2 novembre 2017
la Galerie Le Minotaure 
2, rue des Beaux-arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 62 93
Du mardi au samedi  de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h

A la Galerie Dina Verny  
36, Rue Jacob. 75006 Paris
Tél : +33 (0)1 42 60 23 18
Du mardi au samedi de 14 h à 19 h

Visuels 
1959, London, UK, dancing couple in Soho - 1956, Paris, France, flic (french policeman) (b), 2017, 90 x 120 cm

1955, Brighton UK, peeking boys (b) - 1956, Paris, France, Le Sphynx (L), 2017, 90 x 120 cm

1961, New York, USA, little boy on a slide in Central Park - 1961, New York, USA, little girl and doll in Central Park (a), 2017, 90 x 120 cm

1962, Roma, Italy, for HB, italian high fashion with Deborah Dixon on the steps of Piazza di Spagna (i) - 1962, Paris, France, for HB, french high fashion, Carol Lobravico, at Café de Flore (b), 2017, 90 x 120 cm

1955, Paris, France, sandwich man - 1956, Paris, France, broken doll at the Flea Market, 2017, 90 x 120 cm

1955, London, UK, lovely day - 1955, London, UK, ladies in Hyde Park, 2017, 90 x 120 cm

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Les citations sur l'exposition sont extraites du dossier de presse.

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