mardi 31 mai 2016

Soirée sur Arte consacrée à l'Iran


Arte consacre sa soirée du 31 mai 2016 à l’Iran en diffusant « Iran, une puissance dévoilée » (Iran, Der Wille Zur Grossmacht), documentaire de Jean-Michel Vecchiet, Iran, chronique d'une année décisive (Iran - Atomdeal Mit Folgen) par Vincent de Cointet, Antoine Mariotti, Stéphane Saporito, et Entretien avec Abnousse Shalmani (Gespräch Mit Abnousse Shalmani), réalisé par Laurent Besancon.

L'Iran détient une position géo-stratégique sensible : ancienne route de la Soie, gisements pétroliers, zone convoitée par la Russie et l'Angleterre aux XIXe et XXe siècles, etc. Depuis 1979, le régime des ayatollahs a défié les Etats-Unis, encouragé le terrorisme islamiste et la haine du "Grand Satan" et du "Petit Satan", organisé des concours de dessins révisionnistes, etc.

    « Iran, une puissance dévoilée »
De « la découverte de réserves pétrolières au début du XXe siècle à la crise du nucléaire en passant par le coup d'État américain de 1953 qui réinstalla le Shah au pouvoir et la révolution islamique de 1979, ce documentaire retrace cent ans d'histoire mouvementée d'un pays partagé entre religion et révolution moderniste, soumission et indépendance, de l'Iran, revenant aux sources des tensions avec l'Occident".

En 1906, à la fin du règne des Qâjar (1779-1925), l'Iran est le premier pays à se doter d'une "constitution et d'un Parlement à l'occidentale". La découverte du pétrole révolutionne le XXe siècle. L'Anglo-Persian Oil Company est créée en 1909.

Reza shah a fondé la dynastie Pahlavi. Il admirait Atatürk, et a voulu instaurer la république. Il a interdit le port du foulard islamique aux femmes. Il a mis en place un système éducatif inspiré de celui occidental, créé des institutions modernes. Mais le clergé et Mossadegh s'y sont opposés. La Perse devient l'Iran. En 1933, un différend oppose Reza shah aux Britanniques. Reza shah parvient à changer des articles du contrat. La durée de ce dernier est passée de 60 ans à 90 ans. Reza shah se tourne vers l'Allemagne, notamment sous l'ère nazie. L'Iraq et nombre d'autres Etats arabes sont pro-nazis. L'URSS et la Grande-Bretagne envahissent l'Iran, et le divisent afin de le diriger. Reza shah est contraint d'abdiquer. Son fils se souviendra de cet acte humiliant. En décembre 1943, la conférence de Téhéran réunit Roosevelt, Staline et Churchill qui redessinent la carte du monde. Un passé pro-nazi sur lequel le documentaire passe vite...

" Une fresque passionnante, une histoire vivante et tragique qui s'appuie sur des archives et des documents d'époque, mais aussi et surtout sur les récits de témoins éloquents : Hachemi Rafsandjani, ancien président de la République islamique, d'anciens chefs religieux, des responsables de la CIA et du Mossad, des ambassadeurs, des Iraniens ordinaires... »

Le « documentaire explore deux pistes essentielles : d'un côté la relation complexe que l'Iran entretient avec l'Occident, de l'autre ses remous intérieurs. Les gouvernements iraniens affichent très tôt leur volonté d'ouverture vers l'Occident, notamment sous le règne de Reza Khan (1925- 1941) qui interdit le port du voile et promeut une éducation laïque".

Sous le Premier ministre Mossadegh décide en 1951 l nationalisation de l'industrie pétrolière. "Huit puissantes sociétés dominaient l'industrie pétrolière mondiale". Les Iraniens subissent l'embargo britannique. Affaibli, Mossadegh poursuit sa politique freinée par les sanctions. Entre le parti nationaliste et celui religieux, un imam assure la liaison. L'Union soviétique soutient les manifestants. Sous le président Truman, les Etats-Unis se proposent comme médiateurs entre la Grande-Bretagne et le gouvernement iranien. Ils veulent contenir le danger soviétique, et comblent le vide laissé par le départ des anciennes puissances européennes au Moyen-Orient. En 1951, Mossadegh donne une semaine au personnel anglais pour quitter l'Iran. Partisan du Toudeh ? Il écarte les communistes et s'éloigne des religieux. Britanniques et Américains (CIA) renversent le gouvernement nationaliste. Le Shah nomme un militaire chef du gouvernement, et Mossadegh prend la voie de l'exil. Communistes, loyalistes, religieux, etc. défilent dans les rues. Le Parti Toudeh a permis la réussite de ce coup d'Etat.


"Ces orientations provoquent des désaccords violents avec les religieux chiites, bientôt écartés du pouvoir. À ces tensions intérieures viennent se superposer des enjeux internationaux. Compte tenu de ses réserves pétrolières et de sa position stratégique, l'Iran est au centre de toutes les convoitises".

"Contrôlé par les Britanniques, puis sous l'influence des États-Unis (qui n'hésitent pas à fomenter un coup d'État contre le Premier ministre Mossadegh jugé trop proche des communistes), le pays souffre d'une instabilité permanente. Cette situation explosive conduit les Iraniens, las de l'autocratie du Shah, à se soulever en 1979 ».

Après la chute de Mossadegh, Mohammed Reza instaure un régime autoritaire. Le programme Atoms for Peace est stratégique pour les Etats-Unis qui donnent à l'Iran son premier réacteur nucléaire. Le Président John F. Kennedy souhaite soutenir les pays du Tiers-Monde pour éviter qu'ils ne passent sous l'orbite soviétique. L'Iran signe un pacte défensif avec les Etats-Unis. Il se dote d'un arsenal perfectionné d'armes. Il noue des relations étroites avec l'Etat d'Israël : tous deux évoquent l'avenir en espérant un havre de paix régional. Le Shah lance la "révolution blanche", agricole, et songe à un référendum. Ce qui suscite l'ire des mollahs, grands propriétaires de terres, et de l'aristocratie foncière.

L'ayatollah Khomeini est hostile aux alliances avec les Etats-Unis et l'Etat juif. Dans ses prêches, il attaque jusqu'à la monarchie. En 1964, il est expulsé de l'Iran, et se rend en Irak, puis en France. En 1967, le Shah s'auto-couronne "lumière des Aryens". Il fait édifier des barrages hydrauliques pour irriguer les terres. En 1971, le monarque organise les fêtes de Persépolis et s'adresse au roi Cyrus. La crise pétrolière de 1973 lui donne l'opportunité de démontrer sa puissance. Le prix du baril de pétrole augmente de 400% en deux ou trois mois.

L'ayatollah Khomeini incarne l'islamisme. Les étudiants lancent le mouvement, relayés officiellement ensuite par les mollahs. Le Conseil de la révolution provisoire est créé avant le retour de l'ayatollah Khomeini. L'Armée ouvre le feu contre les manifestants. On dénombre des centaines de morts. Le Shah est persuadé de la nécessité d'adopter des mesures démocratiques. Le Président Jimmy Carter a annoncé à ses homologues qu'il considérait le Shah comme perdu. A Neuphle-le-chateau, l'ayatollah Khomeini enregistre des cassettes aux prêches virulents, diffusés publiquement en Iran. Il "traduit en termes religieux et anti-occidentaux les ressentiments du peuple". Le Shah prend la voie de l'exil, abandonnés de nombreux dirigeants occidentaux. Le Président Sadate l'assure de son soutien.

De nombreux médias occidentaux accueillent avec un enthousiasme naïf et ignorant le renversement du pouvoir politique et l'arrivée en Iran de l'ayatollah Khomeini qui donne une fausse image de "gentil gourou". Sa "dimension féroce" n'est alors pas perçue. Des purges sont organisées, des dirigeants de l'ancien régime sont exécutés, lois civiles et religieuses fusionnent...

En 1979, débute la prise d'otages des diplomates américains. Une opération américaine visant à libérer les otages "a tourné au désastre" en raison d'une tempête de sable. Les otages sont libérés lors de l'élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis.

La guerre Iran-Irak a opposé deux des principaux producteurs mondiaux de pétrole, au nord du golfe Persique. "Collusion des Etats occidentaux, dont les Etats-Unis, contre le régime des mollahs iraniens ? Sans doute". Saddam Hussein luttait contre la propagation chiite au Moyen-Orient, et use d'armes chimiques. Près d'un million d'Iraniens meurent lors du conflit.

Après 1979, l'isolement de l'Iran se poursuit : attentats fomentés au Liban et en France, etc. Après les attentats islamistes terroristes du 11 septembre 2001, sous la présidence Bush, les Etats-Unis focalisent leur réaction sur l'Afghanistan et l'Iraq, et classent l'Iran dans "l'Axe du Mal".

Un grand nombre des experts interviewés sont des Iraniens vivant en Iran - ce qui réduit leur crédibilité - ou d'anciens ministres français des Affaires étrangères, dont Hubert Védrine.  Le portrait du Shah est assombri : le Shah ne semble pas avoir perçu la menace religieuse, tant il semblait obnubilé par les grandes puissances. Quid du soutien au terrorisme du régime des mollahs ?

Iran, chronique d'une année décisive
Signé le 14 juillet 2015, l'accord scandaleux sur le programme nucléaire militaire iranien a « suscité de grands espoirs en Iran. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Téhéran pour manifester leur joie après la signature de l'accord dit « sur le nucléaire » entre l'Iran et les Occidentaux. Celui-ci prévoit, notamment, la levée des sanctions économiques qui frappent le pays depuis des décennies. Huit mois plus tard, les attentes de la population ont-elles été comblées ? Comment l'accord impacte-t-il la vie quotidienne ? Le marché iranien, si convoité par les Occidentaux, s'est-il ouvert ?"

Les « trois auteurs de ce documentaire ont tourné dans le pays huit mois durant, pour en repérer les retombées concrètes » car le pays est "à bout de souffle" après des années de sanctions économiques.

En « réponse à ces interrogations, Vincent de Cointet, Antoine Mariotti et Stéphane Saporito tiennent la chronique iranienne des huit mois décisifs qui ont suivi la signature, de juillet 2015 à mars 2016, moment de la percée des réformateurs aux élections législatives". Le documentaire ne saisit pas la stratégie du régime iranien plaçant à sa tête des personnalités similaires.

"Ils ont observé la vie quotidienne à Téhéran, les tentatives d'industriels occidentaux pour gagner ce marché prometteur, les prêches politiques du vendredi à la grande mosquée, la campagne électorale dans la ville ultraconservatrice de Qom..."

"Une période cruciale éclairée par les regards d'observateurs politiques iraniens comme Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême pour les Affaires étrangères, Akbar Torkan, principal conseiller du président Hassan Rohani, Mehdi Saharkhiz, militant des droits de l'homme, mais aussi John McCain, membre du parti républicain américain, l'ancien ministre Laurent Fabius ou Antony Blinken, numéro deux de la diplomatie américaine... »

Le documentaire véhicule les poncifs erronés : "mollah conservateur modéré" pour désigner un mollah extrémiste. Il escamote la vision eschatologique du régime iranien, occulte le revirement de la diplomatie américaine sous le président Barack Obama - absence de soutien lors de la révolte estudiantine -, et dissimule la politique étrangère tentaculaire de l'Iran : liens avec le Venezuela de Hugo Rafael Chávez, le Hezbollah au Liban, la Corée du Nord nucléaire, la rébellion chiite houthiste au Yémen, etc. 

Interview de Abnousse Shalmani
L'accord sur le nucléaire signé le 14 juillet 2015 a-t-il un impact positif sur les conditions de vie des Iraniens ? Après la répression brutale de la révolution verte, en 2009, l'ouverture économique du pays sera-t-elle profitable au peuple iranien ? Le rôle de la femme peut-il évoluer sous la présidence d'Hassan Rohani ?

Emilie Aubry « s'entretient des récents changements de la société iranienne » avec Abnousse Shalmani

Née à Téhéran en 1977, Abnousse Shalmani s'exile à Paris avec sa famille en 1985. Après ses études d'histoire, elle emprunte la voie du journalisme puis de la production et de la réalisation de courts-métrages avant de revenir à sa première passion, la littérature. Elle a signé « Khomeiny, Sade et moi ».

"A l'arrivée des mollahs au pouvoir, tout était recouvert en noir. Aujourd'hui, certaines femmes mettent un châle. Ouverture, il y a. Mais il faut éviter d'être trop complaisant avec les mollahs au pouvoir", a déclaré Abnousse Shalmani.

Et d'ajouter : "L'Etat, c'est les Pasdarans, l'élite qui a gagné la guerre Iran-Iraq, et détient tous les leviers économiques. Aujourd'hui les enfants des Bazari, du Bazar, s'ouvrent à Internet. Comment l'Occident va comprendre l'Iran ? L'Iran est le pays du paradoxe. Le régime a forcé à la schizophrénie. Le régime n'a pas changé. Il y a une liberté intérieure. Lors de la "révolution verte" en 2009, les mollahs ont senti quelque chose trembler sous leurs pieds. Il y a deux capitales en Iran : Téhéran qui veut aller vers le renouveau, et Qom, capitale religieuse tenue par les mollahs".


« Iran, une puissance dévoilée » de Jean-Michel Vecchiet
105 min
Sur Arte les 31 mai à 20 h 55, le 9 juin 2016 à 8 h 55 et 14 juin 2016 à 8 h 55
© Alle Rechte vorbehalten

Iran, chronique d'une année décisive, par Vincent de Cointet, Antoine Mariotti, Stéphane Saporito 
Arte, 2016, 10 min
Sur Arte les 31 mai à 22h30 et 9 juin 2016 à 10 h 30
© Point du Jour

Entretien avec Abnousse Shalmani, réalisé par Laurent Besancon
2016, 10 min 
Sur Arte le 31 mai 2016 à 23 h 25

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte.

lundi 30 mai 2016

Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939


Puisées dans la collection de la Cinémathèque française (500 000 clichés) et le fonds de l’historienne du cinéma Isabelle Champion issu du fonds commun au photographe Roger Corbeau et à son assistant Gabriel Depierre (150 000 clichés), plus de 250 photographies originales (vintages) de tournages, très rares, parfois inédites, d’une qualité esthétique exceptionnelle, ont montré les premiers maîtres du cinéma travaillant dans trois capitales du cinéma, du cinéma muet à celui parlant, lors d’un âge d’or du 7e art. Une exposition passionnante où ces photos étaient présentées au côté de costumes de stars, d’affiches, d’extraits de films, d’appareils, de maquettes de décorateurs. Le 30 mai 2016, Arte diffusera Le Chemin du Paradis, de Wilhelm Thiele et Max de Vaucorbeil.


Il faut remonter aux années 1890, avant l’avènement officiel du Cinématographe Lumière, pour trouver les premières photographies d’un tournage. Etienne-Jules Marey « dirigeait ses sujets à partir de 1889, devant sa caméra chronophotographique et l’écran noir de la Station physiologique du bois de Boulogne ». Aux Etats-Unis, c’est en 1894 dans la « Black Maria », studio monté sur rails installé dans le New Jersey que les acteurs sont saisis par la caméra d’Edison. Retour en France en juin 1895 quand Louis Lumière filme Jules Janssen dialoguant avec le maire de Neuville-sur-Saône.

La photographie de plateau, un genre nouveau
Le succès du spectacle cinématographique dans les années 1900 induit l’essor d’une « industrie gigantesque : usines de fabrication de la pellicule, laboratoires, studios, cinémas surgissent presque partout dans le monde. De nouveaux métiers apparaissent. Parmi eux, le photographe de studio ».

Le photographe de plateau exerce son métier dans un genre nouveau : ces clichés, « posés ou parfois pris en pleine action, montrant le cinéma en train de se faire, l’envers du cinéma, ses coulisses, la création de l’œuvre, en quelque sorte, avec ses mystères, ses trucs ». Isabelle Champion, commissaire de l’exposition, les distingue des photos de tournage.

Cette exposition s’intéresse à une époque où les artistes (cinéastes, acteurs), producteurs (Pommer) et techniciens exercent leur art sur deux continents, dans les studios de Hollywood, d’Eclair à Epinay ou de la UFA (Berlin), en plusieurs langues (Le Congrès s’amuse, Le chemin du paradis dont une chanson, Avoir un bon copain, demeure célèbre) – une manière de rentabiliser l’investissement et de tourner la même histoire avec des acteurs particulièrement appréciés par des publics segmentés -, pour acquérir une carrière internationale, pour échapper aux persécutions nazies, pour poursuivre en Europe une carrière déclinante à Hollywood, etc. Avec des succès divers. Et en apportant leur style, tel l’expressionnisme allemand.

Le Chemin du Paradis
Première comédie musicale allemande, Le chemin du paradis fut tourné en 1930 en deux versions différentes, l'une allemande (Die Drei von der Tankstelle) et l'autre française, en bénéficiant de la même équipe technique, mais avec deux distributions différentes pour attirer des publics nationaux différents et un changement du nom de la station service. Il "est resté célèbre pour sa chanson "Avoir un bon copain". Sa version française a été assurée par Max de Vaucorbeil avec Henri Garat, et sa version allemande par Wilhelm Thiele avec Heinz Rühmann. Quand "le film sortit en 1930, les spectateurs connaissaient bien les situations qu'il dépeignait : crise économique, chômage, faillites, etc." 

"Willy, Jean et Guy forment un trio inséparable. À leur retour d'un fantastique voyage en automobile, ils apprennent que l'huissier a mis leur appartement sous scellés, que leur banque a fait faillite et qu'ils n'ont plus un sou. Ils prennent les événements avec philosophie, vendent leur voiture chérie et s'achètent un poste à essence. Ces trois amis font fi de leurs ennuis financiers pour profiter de la vie, entre leur station-service et la belle Lilian, l'une de leurs clientes. Tout en se relayant à la pompe, ils déploient des trésors d'ingénuité pour travailler le moins possible. Et des trésors de galanterie lorsque la belle Lilian, une cliente, vient faire le plein".

Le chemin du paradis était novateur en ce qu'il tournait les malheurs en dérision, préférant faire l'éloge de la paresse. Un redoutable défaut du film qui n'échappera pas aux censeurs nazis, qui l'interdirent en 1937. L'autre raison de cette sanction est qu'on trouve au générique de cette oeuvre un peu trop de noms juifs : le réalisateur Wilhelm Thiele (qui tournera à Hollywood Tarzan et les nazis), le compositeur Werner R. Heymann et le producteur Erich Pommer. Tous émigrèrent aux États-Unis. Le film fait également date de par ses prouesse techniques, entre montage novateur, séquence d'animation et une nouvelle esthétique de la vitesse dans le cinéma parlé, encore très statique à l'époque. Certains critiques de cinéma verront d'ailleurs dans cette réalisation l'ancêtre de la comédie musicale américaine, notamment grâce au tout premier enregistrement, resté célèbre, de la chanson "Avoir un bon copain".

En effet, dès les années 1920, Hollywood s’attire les talents des Européens : Allemands, Français, etc. A l’ère du muet, le star system fabrique des « icones vivantes », populaires dans le monde entier : Mary Pickford, Douglas Fairbanks, Gloria Swanson, Charles Chaplin, etc. L’avènement du parlant marque une date charnière : le parlant impose aux acteurs d’adapter leur jeu sans le théâtraliser, dicte ses lois en matière de prises de vues, d’enregistrement du son ou de tirage. Certains acteurs et réalisateurs redoutent, méprisent ou refusent ces talkies. En témoigne le film Chantons sous la pluie (Singing in the Rain) de Stanley Donen et Gene Kelly.

Des réalisateurs tels Abel Gance, Fritz Lang, F.W. Murnau, D.W. Griffith ou Erich von Stroheim « rénovent en profondeur le regard cinématographique. Grâce à des moyens considérables, aux décorateurs, aux opérateurs, aux matériels, l’Art muet, cet « Infirme supérieur » selon les mots d’Eluard, atteint son apogée ».

Un Hollywood légendaire
Sur le fonctionnement des studios de cinéma – éclairage des plateaux, techniques de décors, caméras (caméra Pathé, « Caméréclair », « Mitchell », « Super Parvo ») -, sur l’influence à Hollywood de ces artistes ou techniciens européens en particulier dans la création ou l’évolution de genres (fantastique), sur les duos réalisateurs/directeurs de la photographie (Griffith et Billy Bitzer, Murnau et Karl Struss, Chaplin et Rollie Totheroh, Gance, Burel et Kruger, Fritz Lang et Karl Freund, Erich von Stroheim et Hal Mohr), sur l’ambiance et les relations entre professionnels lors de tournages - admiration réciproque, complicité, etc. –, la direction d’acteurs, ces clichés posés, mis en scène ou pris sur le vif, sont riches d’informations précieuses.

Savamment cadrées et éclairées, ces photos à l’éclat magique témoignent sur les tournages de films légendaires – notamment L’Aurore (Murnau), Metropolis (Fritz Lang) et Intolérance (D.W. Griffith) -, bénéficiant d’équipes magnifiant les stars au glamour affirmé : Greta Garbo, Marlene Dietrich, Clark Gable parmi d’autres - et des comiques : Laurel et Hardy, Buster Keaton…

« Rien n’est plus émouvant, mais aussi rien n’est plus instructif, que de voir l’équipe de Stroheim dans le désert, souffrir sous le soleil, pendant le tournage des Rapaces ou de pénétrer sur le plateau de Metropolis de Lang afin de comprendre le génie de ce cinéaste qui a joué, avec une virtuosité presque inégalée, sur la perspective, la lumière et la caméra mobile... Fidèle à sa légende, Cecil B. DeMille pose avec ses bottes, tandis que Stroheim semble diriger en maître ses tournages, mais plus pour très longtemps... Le plateau où travaille René Clair semble minuscule, mais favorise une ambiance pleine de ferveur. Les photos exceptionnelles prises pendant le tournage de La Roue d’Abel Gance révèlent une atmosphère de créativité intense et joyeuse ».

Cet homme au bras coupé qui apparaît parfois, mégot aux lèvres ? C’est le poète Blaise Cendrars.

Une programmation, des rétrospectives et des conférences complètent cette exposition didactique.

Le 16 février 2016, Arte diffusa Les Trois lumières (Der Müde Tod)de Fritz Lang (1921).

Jusqu’au 1er août 2010
A la Cinémathèque française, Musée du cinéma :
51, rue de Bercy, 75012 Paris. Tél. : 01 71 19 33 33.
Du lundi au samedi de 12h à 19h. Dimanche de 10h à 20h. Fermeture le mardi.


Visuels, de haut en bas :

Affiche
Myrna Loy et Clark Gable tournent dans Un envoyé très spécial (Too Hot to Handle, Jack Conway, 1938). Ils utilisent une caméra de reporter fabriquée à New York par Akeley, capable d’enregistrer image et son sur une seule pellicule. Production : MGM.

Mary Pickford avec une caméra Mitchell sur le tournage de La Petite Annie (Little Annie Rooney, William Beaudine, 1925). Chefs opérateurs : Hal Mohr, Charles Rosher. Production : Pickford-United Artists.

Ernst Lubitsch fait faire un essai, avec une caméra Mitchell, à sa vedette Pola Negri pour Forbidden Paradise (1924), leur huitième et dernier film en commun. Production : Famous Players-Lasky Corp-Paramount

Erich von Stroheim devant les salles de montage de La Symphonie nuptiale (The Wedding March, 1928). Production : Paramount.

Les décors monumentaux du Cabinet des figures de cire (Das Wachsfigurenkabinett, 1924) tourné aux May-Atelier à Weißensee. Paul Leni, décorateur de théâtre et de cinéma, est crédité à la fois comme réalisateur et directeur artistique du film. Son assistant et acteur est William Dieterle. C’est Paul Leni, affirme Rudolph Kurtz, qui a véritablement « donné à l’expressionnisme une multitude d’applications au cinéma ». Production : Neptune-Film.

Cette séquence musicale de prison filmée par les opérateurs du studio MGM pour le film Broadway to Hollywood (Willard Mack, 1933), préfigure le célèbre Rock du bagne (Jailhouse Rock) d’Elvis Presley.

Fritz Lang dirige Brigitte Helm sur Metropolis (1926). Production : UFA.

Constance Bennett filmée en plongée pendant le tournage de Achetée (Bought, Archie Mayo, 1931). La caméra blimpée est montée sur une dolly. Au-dessus de l’actrice, un micro électrodynamique à amplificateur. Production : Warner Bros.

Frank Borzage et sa vedette de Désir (Desire, 1936), Marlene Dietrich, habillée par le chef costumier Travis Banton. Production : Borzage-Lubitsch pour Paramount.

Fritz Lang, au mégaphone, dirige la foule déchaînée sur le tournage de Metropolis (1927) dans les studios de la UFA à Neubabelsberg. Production : Erich Pommer-UFA. Les deux caméras Mitchell permettent d’obtenir deux négatifs de prises de vues.

Jean Renoir tourne Toni dans le Midi en 1935. Le chef opérateur Claude Renoir est le fils de son frère Pierre, lui-même acteur de théâtre et de cinéma. Production : Marcel Pagnol. La caméra est une T Debrie (commercialisée en 1931).

Le Coeur en fête (When You’re in Love, Robert Riskin, 1937) avec Cary Grant et Grace Moore. Production : Columbia.

Les citations sont extraites du catalogue de l’exposition dont les auteurs sont Isabelle Champion et Laurent Mannoni

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro 626-627 de juillet-août 2010 de L'Arche, puis sur ce blog le 26 juillet 2010, puis le 15 février 2016.

dimanche 29 mai 2016

Rembrandt en noir & blanc


Le BOZAR Palais des Beaux-Arts présente l’exposition itinérante Rembrandt en noir & blanc. Environ 85 gravures originales soulignent les talents de graveur du célèbre peintre néerlandais Rembrandt (1606-1669), inspiré par la Bible et des scènes de la vie quotidienne.

Rembrandt van Rijn (1606-1669) est célèbre pour son œuvre peinte. Or, « de son vivant, c’est surtout pour ses qualités de graveur qu’il était célèbre ». 

Au BOZAR Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Belgique), près de 85 gravures originales révèlent un aspect moins connu de cet « artiste génial de l’Âge d’or des Pays-Bas ». 

Après avoir été montrée dans divers musées nationaux des Pays-Bas - Westfries Museum (Hoorn), Het Markiezenhof (Bergen op Zoom), Stedelijk Museum (Zutphen), Gemeentemuseum Het Hannemahuis (Harlingen), Museum Gouda, Jan ten Horne Museum (Weert) et Stadsmuseum Harderwijk -, cette exposition est accueillie pour la première fois en Belgique. Elle est organisée dans le cadre de la présidence néerlandaise du Conseil de l’Union européenne.

En 2006, pour le quatrième centenaire de la naissance de Rembrandt, la Bibliothèque nationale de France avait exposé 145 estampes dans Rembrandt : la lumière de l’ombre. « Dès vingt ans, Rembrandt traite des thèmes courants au XVIIe siècle autoportraits et portraits, sujets bibliques, mythologiques, allégoriques, représentation de gueux et scènes de genre, nus, paysages... mais déjà l'originalité de la composition, du graphisme, la signification et le symbolisme qui en découlent différencient ses œuvres de la production de l'époque. Rembrandt  use des possibilités de modifications successives de l'image qu'offre l'estampe, les états, pour traduire l'évolution d'une situation, le déroulement d'un événement, le changement d'une expression, les variations atmosphériques ». 

« Rembrandt, qui ne s’était pas éloigné de son pays, devait sa célébrité à la diffusion de ses estampes. Il ne s’obligea pas à effectuer le traditionnel voyage en Italie. Il avait cependant accumulé des œuvres d’art, des objets de curiosité et surtout des estampes de nombreux maîtres (Schongauer, Dürer, Cranach, Van Dyck, Mantegna, Carrache, Reni, Ribera), des gravures d’après Titien, Raphaël, Rubens. C’est parmi celles-ci, dont on retrouve parfois une inspiration lointaine dans certaines de ses œuvres, qu’il classait un portefeuille contenant une épreuve de chacune des siennes…. Le Florentin Filippo Baldinucci (1625-1697), dans son ouvrage sur l’art de la gravure paru en 1686, inclut un seul graveur hollandais du XVIIe siècle : Rembrandt. Il évoque "la manière très singulière qu’il a élaborée dans le domaine de l’eau-forte ; il fut le seul à l’utiliser ; on ne la rencontre chez personne d’autre et nulle part ailleurs. Elle consiste à créer, à l’aide de traits, de petites incisions et de lignes irrégulières, sans tracer les contours, un clair-obscur profond et puissant, d’un effet pictural".Rembrandt mania aussi le burin et la pointe sèche. Le premier pour donner plus de vigueur à ses eaux-fortes, la seconde pour les compléter par des noirs somptueux et veloutés, pour accentuer, moduler des ombres ou un tracé trop uniforme. Exceptionnellement il employa la pointe sèche seule. Il opta soit pour un style graphique où la ligne, le contour, la luminosité sont privilégiés, soit pour un style pictural où le modelé, la forme, le clair-obscurdominent. Mais les deux manières sont souvent indissociables dans ses œuvres et réunissent alors les trois procédés, eau-forte, pointe sèche et burin, pour obtenir ces clairs-obscurs captivants, admirés par Baldinucci. Il s’y essaya pour la première fois en 1634 dans L’Annonce aux bergers, œuvre très élaborée, dans le style baroque de ses débuts. Il évolua ensuite vers un style plus synthétique, éliminant le superflu pour ne figurer que l’essentiel. Dans sa dernière période, de 1650 à 1661, la rigueur, l’ampleur et la simplicité triomphent », a analysé Gisèle Lambert.

Œuvre gravé
Rembrandt Harmenszoon van Rijn (1606-1669) était un peintre, graveur et dessinateur néerlandais. 

Il « est généralement considéré comme l’un des plus grands peintres européen et comme le maître hollandais le plus important du XVIIe siècle ». 

Il a acquis la notoriété pour La Ronde de nuit (De Nachtwacht,1642), vers laquelle converge chaque jour des milliers de visiteurs au Rijksmuseum d’Amsterdam. 

« Alors qu’aujourd’hui, ce sont surtout ses peintures qui récoltent les louanges, c’est en réalité grâce à ses gravures que son œuvre est devenue si populaire. Rembrandt y traite les mêmes thèmes que dans son œuvre peint, mais elles ne servent pas d’études préparatoires : l’art de la gravure était pour lui une discipline à part entière. La gravure pouvait être facilement et largement diffusée à prix démocratique, ce qui contribué à établir la réputation de l’artiste ». De 1628 à 1665, Rembrandt a gravé près de 300 estampes.

Le graveur recourt à des techniques artistiques – incision, creusement – et des procédés divers - gravure en taille d'épargne ou en relief, en taille douce ou en creux, et à plat - pour créer une image ou un texte. Muni d’un outil ou d'un mordant, il incise ou creuse une matrice. Après la phase de l’encrage, la matrice est imprimée en particulier sur une feuille de papier afin de produire une estampe. L’aquafortiste recourt à l’eau-forte, procédé de gravure en taille-douce sur une plaque métallique en utilisant un produit chimique, un acide.

L’exposition Rembrandt en noir & blanc montre un « large aperçu de l’œuvre gravé de Rembrandt. Près de 85 gravures témoignent de la diversité des thèmes abordés : des scènes bibliques, mythologiques et allégoriques, mais aussi des scènes de la vie quotidienne, comme cette conversation entre deux agriculteurs convenant qu’il fait « un froid rigoureux » (« tis vinnich kout »). Outre des paysages, des nus et des portraits, ce sont surtout les autoportraits qui sont très connus. Parmi les chefs-d’œuvre de l’exposition, citons La Pièce aux cent florins (ca 1648), l’autoportrait de Rembrandt appuyé sur un rebord de pierre (1639), Adam et Eve (1638) ou Vue d’Amsterdam (ca 1640-1641) ».

La particularité de ces gravures ? Rembrandt « maîtrise le medium de façon magistrale et joue souvent avec la lumière et l’ombre. Il semble posséder par-dessus tout un talent photographique avant la lettre. Son sens aigu de l’observation et son sentiment du timing font souvent de ses gravures une sorte d’« instantané », saisissant le moment, juste avant ou juste après l’action ». Dans Tobie l’aveugle (De Blinde Tobit, 1651), Rembrandt illustre une scène biblique : « il ne s’agit pas du moment précis où le père et le fils tombent dans les bras l’un de l’autre après avoir été longtemps séparés, mais celui juste avant, quand le père se précipite vers la porte, dans un mélange d’enthousiasme et d’anxiété. Tout semble par ailleurs très réaliste : pas de corps idéalisés chez Rembrandt, mais un Adam et Ève (1638) de chair et de sang ». 

L’intérêt de cette exposition réside aussi dans la réunion de gravures originales du XVIIe siècle : « la plupart des épreuves ont été réalisées par Rembrandt lui-même ou dans son atelier. Dans ses peintures, de larges parties étaient souvent réalisées par des élèves. Dans ses gravures par contre, ce qui est de sa main ou non laisse peu de doute : une plaque de gravure est si petite que seul le maître a pu y travailler ». 

Ces gravures sont issues de la collection privée du Néerlandais Jaap Mulders. Entrepreneur et ancien directeur du Ballet national des Pays-Bas, Jaap Mulders « collectionne depuis plus de 15 ans des gravures originales de Rembrandt ». Il en détient environ 150, la moitié des 290 gravures créées par l’artiste. 

Une application permet au visiteur muni d’une tablette « d’apprécier la complexité des techniques utilisées ». 

Jusqu’au 29 mai 2016 
Rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles 
Tél. : 0032 2 507 82 00
De mardi à dimanche de 10 h à 18 h, le jeudi de 10 h à 21 h

Visuels :
Rembrandt, Autoportrait appuyé sur un rebord de pierre, 1639 © Stichting Rembrandt op Reis 
Rembrandt, Tobie aveugle, 1651 © Stichting Rembrandt op Reis 

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent des communiqués de presse.

Robert Capa et la couleur


Le Jeu de Paume présente l’exposition itinérante Robert Capa et la couleur au Château de Tours. Environ 150 tirages couleur d’époque, des revues et documents personnels révèlent le travail régulier, dès 1941 et pendant 14 ans, de Robert Capa (1913-1954), maître incontesté du noir et blanc. L’exposition thématique suit le photojournaliste de la Deuxième Guerre mondiale à la Guerre d’Indochine, via les tournages cinématographiques. Elle resitue ces images dans la carrière et cette période, et la manière dont la « photographie couleur a régénéré sa vision à travers des sujets assez hétéroclites et comment son travail s’est accommodé, après guerre, d’une nouvelle sensibilité et d'un sens de l'humour ». Une exposition aux textes parfois biaisés concernant l'Etat d'Israël.

« Le débarquement en Normandie - Robert Capa »
« Six amis en quête de liberté. Destins croisés de Budapest à Manhattan » par Thomas Ammann
Robert Capa et la couleur

  « Certains seront surpris, voire choqués d’apprendre que Robert Capa (né a Budapest en 1913, mort en Indochine en 1954) a travaillé en couleur, non pas occasionnellement, mais très régulièrement après 1941. Ce pan de la production du célèbre photo-reporter demeure pour l’essentiel méconnu. Celui que l’on considère comme l’un des maîtres de la photographie de guerre en noir et blanc a consigné sur pellicule quelques-uns des événements politiques majeurs survenus en Europe au milieu du XXe siècle. Ses photographies du Paris des années 1930, de la guerre d’Espagne, de la Seconde Guerre mondiale, de l’après guerre en Europe ainsi que ses dernières images d’Indochine nous sont connues en noir et blanc, et a de très rares exceptions près, aucune des rétrospectives posthumes consacrées à son travail n’a présenté ses photographies en couleur. Capa s’essaie pour la première fois à la couleur en 1938, deux ans après la mise au point par Kodak de la première pellicule couleur conditionnée en bobine, le Kodachrome. Alors qu’il séjourne en Chine pour couvrir la guerre sino-japonaise, il écrit à son agence new-yorkaise Pix, demandant à un ami de lui « faire parvenir immédiatement douze bobines de Kodachrome avec toutes les instructions sur la manière de les utiliser, les filtres, etc., […] bref, tout ce que je devrais savoir. Envoie-les moi “via Clipper”, parce que j’ai une idée pour Life ». Seules quatre des photographies couleur qu’il réalise en Chine sont publiées, mais elles marquent le commencement de sa passion pour la couleur. Il travaille à nouveau en couleur en 1941 et, au cours des deux années qui suivent, s’efforce de convaincre les rédacteurs en chef d’acheter ses reportages couleur en plus de ses images en noir et blanc. Apres guerre, la presse magazine cède cependant à la vogue de la couleur et les commandes de sujets en couleur affluent. Capa prend des lors l’habitude, qu’il conservera jusqu’à la fin de sa vie, d’emporter presque systématiquement avec lui au moins deux appareils photo : l’un pour le noir et blanc, l’autre pour la couleur. Alors que les critiques dont faisait l’objet la photographie couleur se sont depuis longtemps tues, c’est tout un aspect du travail de Capa qui est aujourd’hui réévalué. Ses photographies couleur jettent un éclairage nouveau sur la ténacité avec laquelle il travaillait dans un domaine assujetti au règne du noir et blanc. Concomitant de la période ou il se réinvente lui-même à New York en tant que photographe à l’issue de la guerre d’Espagne puis de nouveau après la Seconde Guerre mondiale, son recours à la couleur contribue à préserver la pertinence de son travail au regard de la presse magazine. Les images en couleur qu’il nous a laissées de sa carrière après guerre n’ont de loin pas la gravité politique qui caractérisait ses reportages de guerre, mais reflètent une vision plus enjouée et prospère d’un monde désirable tel que le recherchaient les magazines », a analysé Cynthia Young, commissaire et conservatrice des archives Robert Capa.

En 2014, l’International Center of Photography a montré Capa in Color, présentée en 2016 par le Jeu de Paume au Château de Tours. La découverte pour le grand public des photographies, souvent inédites, en couleur de Robert Capa . « Si quelques-unes de ces images furent publiées à l’époque dans la presse magazine, la grande majorité d’entre elles n’a jamais été tirée sur papier ni a fortiori vue sous quelque forme que ce soit ».

Révélant près de cent cinquante tirages couleur d’époque ainsi que des documents personnels, « Robert Capa et la couleur » éclaire de manière intéressante et surprenante « un aspect inattendu de sa carrière et jusqu’à présent absent des ouvrages et expositions posthumes ». Capa « a adopté la couleur pour l’intégrer à sa pratique de photojournaliste dans les années 1940 et 1950 ».

Intérêt précoce
Robert Capa  (1913-1954), « l’un des plus éminents photojournalistes du XXe siècle, est né sous le nom de Endre Ernö Friedmann à Budapest », alors dans l’empire austro-hongrois. « Naturalisé citoyen américain en 1946, il fut » célébré par la revue Picture Post comme le « plus grand photographe de guerre au monde » lors de la « publication, à la fin de l’année 1938, de ses images de la guerre d’Espagne. Collaborant pendant la Deuxième Guerre mondiale pour des magazines tels Collier’s et Life, il a brossé « un portrait détaillé de ces conflits, de leurs préparatifs et de leurs ravages. Symbolisant pour beaucoup la barbarie de la guerre, mais aussi l’héroïsme qu’elle suscite, ses images les plus célèbres ont changé la perception de la photographie de guerre par le public tout en redéfinissant le genre ».

Le 27 juillet 1938, alors qu’il se trouvait depuis huit mois en Chine pour couvrir la guerre sino-japonaise (1937-1945), Robert Capa écrit à son agence new-yorkaise, pour demander à un ami de lui « faire parvenir douze rouleaux de Kodachrome avec les modes d’emploi ; envoie les "Via Clipper", parce que je tiens une idée pour Life ». « Aucune de ces pellicules en couleur de Chine n’a été retrouvée – seuls subsistent quatre tirages publiés par Life dans son numéro du 17 octobre 1938 –, mais » cela révèle que Capa manifestait de l’intérêt pour « la photographie en couleur avant même qu’elle soit massivement adoptée par les photojournalistes ». Et ce, sans dédain.

En 1941, il « photographie Ernest Hemingway, en couleur, dans sa résidence de Sun Valley, dans l’Idaho, et utilise encore la couleur pour réaliser un reportage sur un cargo accompagnant un convoi allié traversant l’Atlantique, des photos qui seront publiées par le Saturday Evening Post. Il est certes plus connu pour ses images en noir et blanc du débarquement en Normandie, mais il n’en a pas moins épisodiquement utilisé la couleur au cours de la Seconde Guerre mondiale, notamment en 1943 pour photographier les soldats américains et les régiments français de méharistes stationnés en Tunisie ».

Après 1945, il recourt de manière générale à la couleur pour des reportages publiés dans diverses revues comme Holiday (États-Unis), Ladies’ Home Journal (États-Unis), Illustrated (Royaume-Uni) et Epoca (Italie). « Visibles jusqu’à présent uniquement dans des doubles pages de magazine et montrant aux lecteurs américains et européens des images de gens ordinaires ou de pays lointains, ces photographies sont sensiblement différentes des reportages de guerre qui avaient constitué auparavant l’essentiel de son travail. Son talent et sa technique, conjugués à sa volonté de témoigner des émotions vécues dans ses reportages en noir et blanc d’avant guerre, lui permettaient d’utiliser alternativement la pellicule noir et blanc et la pellicule couleur, intégrant ainsi cette dernière et complétant avec elle les sujets qu’il photographiait ».

« Ces premiers reportages regroupent notamment des photographies de la place Rouge à Moscou réalisées en 1947 lors d’un voyage en URSS avec l’écrivain John Steinbeck, ou de réfugiés et de colons débarquant en Israël dans les années 1949-1950 ». Qui sont les « colons » ? Les Juifs contraints de fuir les pays Arabes ou/et musulmans ? Pourquoi un terme erroné et partial dans le dossier de presse d’une exposition artistique ?

Pour son projet Generation X, Capa « s’est rendu à Oslo et dans le nord de la Norvège, à Essen et à Paris, pour photographier la vie et les rêves de la jeunesse née juste avant guerre ».

Les « images de Capa offraient également aux lecteurs de la presse magazine un aperçu sur des existences plus mondaines qui dépendaient en partie du charme et de la séduction qu’exerçait la photographie en couleur ». En 1950, Capa « fréquente les stations de ski huppées des Alpes suisses, autrichiennes et françaises, ainsi que des stations balnéaires prestigieuses, comme Biarritz et Deauville, pour couvrir le marché en pleine expansion du tourisme sur lequel capitalisait la revue Holiday. Il s’essaie même à la photographie de mode sur les berges de la Seine et place Vendôme. Mais il photographie aussi des vedettes hollywoodiennes et des cinéastes sur les lieux de tournage de leurs films en Europe, notamment Ingrid Bergman, une ancienne compagne, dans Voyage en Italie de Roberto Rossellini, Orson Welles dans La Rose noire et Moulin Rouge de John Huston. Parmi d’autres portraits saisissants de cette période, on remarquera ceux de Picasso, à la plage en compagnie de son jeune fils Claude. Ces images en couleur sont indissociablement liées à l’après guerre, aux reconstructions mais aussi à l’exubérance de cette période ».

« Après la guerre, quand il part en reportage, Capa s’équipe systématiquement d’au moins deux appareils, l’un chargé en pellicule noir et blanc, l’autre en pellicule couleur. Il utilise alternativement des pellicules Kodachrome 35 mm et 4 x 5, ainsi que des Ektachrome moyen format, mettant en avant l’importance de ce nouveau médium dans l’évolution de son travail photographique. Il continue à utiliser la couleur jusqu’à la fin de sa vie, notamment en Indochine où il trouve la mort en mai 1954. Les photographies en couleur qu’il réalise à l’occasion de cette dernière campagne annoncent les images en couleur qui allaient dominer la couverture photographique de la guerre du Viêtnam dans les années 1960 ».

Robert Capa initie de nouvelles collaborations avec des magazines récents, notamment Holiday, « l'un de ses grands soutiens. En réadaptant ses compositions à la couleur, Robert Capa touche un public qui aspirait au divertissement et à découvrir par la couleur de nouveaux horizons. »

Les photographies en couleur que Robert Capa prend lors de sa dernière campagne en Indochine, où il décède accidentellement en mai 1954, préfigurent « les images en couleur qui allaient dominer la couverture photographique de la guerre du Vietnam dans les années 1960 ».

Deuxième Guerre mondiale
« Quand Robert Capa embarque à New York en 1941 à bord d’un convoi maritime à destination de l’Europe, se prépare son premier reportage photographique couleur commandé par le Saturday Evening Post et consacré à la traversée de l’Atlantique ».

En Angleterre, il vend ses images à la revue anglaise Illustrated, « les lectorats respectifs des deux magazines n’étant pas concurrentiels ».

Robert Capa « effectue de nouveau la traversée l’année suivante, emportant cette fois-ci un appareil grand format avec lequel il réalise des portraits plus spectaculaires de l’équipage ».

« A l’époque, Kodak gardant jalousement le secret de sa formule, le traitement des pellicules Kodachrome exigeait un délai de plusieurs semaines : les films exposés devaient être envoyés à un laboratoire de développement Kodak spécialement équipe, ce qui était peu pratique s’agissant de photographies d’actualité. Si la presse magazine ne publia que peu d’images réalisées en couleur au Royaume-Uni, Capa n’en persista pas moins à utiliser cette technique ».

En 1943, « il se rend sur les terrains d’opération d’Afrique du Nord a bord d’un transport de troupes qui l’amène d’Angleterre à Casablanca, puis réalise ses dernières images en couleur de la guerre en juillet de la même année, embarquant en Tunisie à bord d’un navire faisant route vers la Sicile d’où il monte vers Naples avec les troupes américaines au cours des mois suivants ».

Il « semblerait que jusqu’à la fin de la guerre il n’ait plus utilisé de pellicule couleur, sans doute lasse par la faible vitesse d’exposition du film, la durée du traitement et le caractère aléatoire de la réception par la presse magazine de ses images en couleur ».

Etats-Unis
A l’automne 1941, de retour en Angleterre, Robert Capa réalise pour Life à Sun Valley, dans l’Idaho, un reportage sur ses amis les écrivains et journalistes Ernest Hemingway et Martha Gellhorn qu’il avait rencontrés lors de la guerre d’Espagne.

Après 1945, Capa veut fonder « de nouvelles relations avec la presse magazine et trouve dans la revue Holiday l’un de ses plus importants soutiens ».

« Prestigieux magazine de voyage qui faisait appel a des plumes du calibre de celles du New Yorker, Holiday est lancé en 1946 à Philadelphie par la Curtis Publishing Company également propriétaire du Saturday Evening Post et de Ladies’ Home Journal. Née en quadrichromie, cette publication ambitionnait de satisfaire, une fois la paix retrouvée, un idéal américain de prospérité ».

En plus de « reportages sur les villes américaines, Holiday publia dès l’origine des articles sur les hauts lieux du chic international, destinations de rêve désormais accessibles au lecteur depuis l’ouverture en 1947 de lignes aériennes transatlantiques directes ».

En 1950, Capa est envoyé par Holiday à Indianapolis. « Si les images qu’il rapporte d’une famille américaine explorant la ville manquent d’inspiration, il y photographie également un cirque itinérant familial ».

En dépit du faible « enthousiasme de Capa vis-à-vis de la culture américaine, ses photographies en couleur ne jettent pas moins un regard intense sur la vie d’une petite ville américaine ».

URSS
L’année 1947 marque un virage dans la vie de Robert Capa : il crée Magnum, « agence coopérative de photographes dont il rêvait depuis 1938 et se rend en Union soviétique, un voyage déjà projeté en 1937 puis en 1941, mais qu’il n’avait pu concrétiser dans les deux cas faute d’obtenir un visa ou le soutien d’un magazine ».

Associé à John Steinbeck, Capa « réalise avec le romancier un reportage contrastant avec la rhétorique de la Guerre froide sur les conditions de vie et l’opinion des citoyens russes ordinaires. Leur périple est publié l’année suivante sous la forme d’un livre, A Russian Journal [Journal russe, trad. française 1949], de même que dans la presse quotidienne et les revues photographiques internationales ».

« Bien que la photographie couleur soit bien représentée dans les magazines et en première de couverture d’un numéro spécial d’Illustrated, Capa n’a guère réalisé de prises de vues couleur en Union soviétique ; aucune photo en couleur, hormis celle de la couverture, n’est du reste publiée dans Journal russe ».

« Soit le reporter photographe avait estimé que seuls de rares lieux étaient dignes de la nouvelle pellicule Ektachrome moyen format qui ne nécessitait pas de traitement spécial – principalement Moscou et des kolkhozes d’Ukraine et de Géorgie –, soit il ne disposait que d’une quantité limitée qu’il utilisa avec parcimonie, mais les images de la place Rouge tirent pleinement parti de la pellicule couleur ».

Picasso
« Certains des sujets en couleur de Capa sont sensiblement moins appréciés par la presse que ses reportages en noir et blanc. Tel est le cas de celui qu’il vend à l’origine à Look en 1948, portant sur les poteries de Picasso. Mais, ne parvenant pas à photographier l’œuvre céramique du peintre, il opte pour le thème de la vie familiale de Picasso ».

Robert Capa « avait donné à Maria Eisner, sa consœur chez Magnum, les instructions suivantes : « Look m’a passé une commande précise, mais sans parler du prix. Tu dois donc exiger 200 dollars la page noir et blanc et 300 dollars la page couleur, plus 250 dollars pour les frais. S’ils ne sont pas d’accord pour payer un prix raisonnable, tu peux déclarer forfait, mais Madame Fleurs Cowles a été si positive sur cette question et les photos sont si exclusives que ça m’étonnerait beaucoup que ça ne marche pas ».

« Fleur Cowles, chez Look, et Len Spooner, chez Illustrated, furent tous deux déçus par les images en couleur, mais enchantés par le reportage qui comportait la photographie désormais célèbre montrant Picasso abriter sous une ombrelle Françoise Gilot, sa ravissante et jeune compagne, peintre elle aussi, qui paradait sur la plage ».

Hongrie
En 1948, Holiday envoie Robert Capa à Budapest, « sa ville natale, le photographe étant également chargé de rédiger le texte accompagnant le reportage photo. Le directeur de la rédaction du magazine ne prenait guère de risque en lui demandant d’écrire un long article ».

« L’autobiographie Slightly Out of Focus [Juste un peu flou] que Capa avait publiée l’année précédente évoque avec autant d’humour que d’autodérision ses exploits durant la guerre et avait reçu de très nombreux éloges ».

Holiday « publie quatre images en couleur dans son numéro de novembre 1949. A la différence des prestigieuses destinations habituellement couvertes par le magazine ou de celles que Capa photographiera plus tard pour cette même revue, les images et l’article qu’elles illustrent, l’un des textes les plus denses qu’il ait écrits à propos d’un lieu, fonctionnent davantage comme une lettre de Budapest ».

Il « y observe, fasciné, mais non sans humour, le choc de la fin d’un empire et du commencement d’un autre, teinte de la douce amertume de la confrontation de sa propre existence avec la réalité, devenu étranger à sa ville natale ».

« Bien qu’ayant vraisemblablement disposé pour ce reportage de plus de pellicule couleur qu’en Russie, il ne l’utilisa que parcimonieusement en raison de son prix et du coût du traitement, de sorte que, pour une scène analogue, les négatifs noir et blanc sont bien plus nombreux que ceux en couleur ».

Maroc
Le voyage de Capa au Maroc en 1949 s’avère « un de ses rares reportages politiques d’après guerre, mais, difficile à vendre, il ne sera pas diffusé par la presse d’information internationale ».

Le « sujet est d’emblée confus, puisqu’il mêle au thème de la politique marocaine ceux des mines de plomb et du tournage de The Black Rose [La Rose noire] avec Orson Welles ».

Paris Match « publie en premier quelques-unes des images, à l’occasion d’un article consacré à la tournée annuelle qu’effectue dans son pays le sultan Sidi Mohammed, le futur roi du Maroc. Illustrated fait ensuite paraitre un reportage uniquement illustré d’images noir et blanc, traitant des singulières conséquences du plan Marshall, grâce auquel, en tant que colonie française, le Maroc perçoit l’aide américaine par l’intermédiaire de la France. Certaines des meilleures photographies publiées sont des portraits de Marocains ». Le Maroc était un protectorat français.

Israël
« À la fin des années 1940, Capa réalise un grand reportage géopolitique qui l’amène en Israël. Il s’y rend pour la première fois en 1948 » afin de « couvrir la guerre israélo-arabe, y revient en 1949 pour le compte de Holiday et d’Illustrated, accompagné par l’écrivain Irwin Shaw, puis de nouveau en 1950 ». Pourquoi ne pas indiquer qu'Irwin Shaw est né dans une famille juive américaine ?


Capa « continue à photographier la nouvelle nation dans une phase de transition, se focalisant sur l’afflux de réfugiés venant d’Europe et des pays arabes voisins : destructions matérielles et reconstructions, portraits d’immigrants, travaux dans les champs, kibboutz et fêtes juives ». L'exposition légende ainsi et de manière erronée une photographie de Capa : « Construction de nouvelles colonies pour des travailleurs, désert de Néguev, près de Beer-Sheva, Israël, 1949-1950 » !? Pourquoi "colonie" ?


« S’il n’existe qu’une seule image en couleur de son séjour de 1948, celle de l’Altalena en flammes au large de la plage de Tel-Aviv, aboutissement d’un conflit qui opposait les partisans de l’Irgoun d’extrême-droite et le gouvernement israélien, il semble que Capa dispose en 1949 d’une quantité suffisante de pellicule couleur ». Survenu en juin 1948 dans l’Etat d’Israël renaissant proclamé le 14 mai 1948, l’épisode tragique de l’Altaléna a suscité une controverse. La guerre d’Indépendance  a éclaté à l’initiative des Etats et entités arabes qui attaquent l’Etat d’Israël dès sa proclamation. Le mouvement d’unification des forces armées juives au sein de Tsahal était inachevé ; les luttes de pouvoir au sein de la direction israélienne perduraient. L’Irgoun avait affrété un bateau rebaptisé Altaléna, et rempli d’une cargaison d’armes et de munitions, dont une partie donnée par la France, et de 940 Juifs dont le futur historien Saul Friedländer. Ben Gourion, chef du gouvernement provisoire, et Menahem Begin, leader de l’Irgoun, ont négocié le lieu d’arrivée de l’Altaléna en Eretz Israël et la destination de sa cargaison. Le 20 juin 1948, le bateau est arrivé à Kfar Vitkin. A Tel Aviv, Ben Gourion a adressé un ultimatum à l’Irgoun afin que ce mouvement remette toute sa cargaison d’armes aux Forces de défense israéliennes (IDF), et en cas de refus de l’Irgoun, ordre a été donné d’ouvrir le feu contre ses membres. Un conflit a éclaté entre les partisans de l’Irgoun et ceux des IDF, et s’est soldé le 22 juin 1948 par un cessez-le-feu, seize morts  de l’Irgoun et trois de Tsahal, et la condamnation en cour martiale pour insubordination de huit soldats des IDF qui avaient refusé de tirer sur d’autres Juifs. Puis, jeune officier du Palmach, force d’élite de la Haganah, armée officieuse de la communauté juive en Eretz Israël et dénommée Yichouv. Parmi les officiers ayant fait tirer sur des membres de l’Irgoun : Yitzhak Rabin. Favorable à la gauche israélienne, l’historiographie a longtemps présenté de manière biaisée cette tragédie. Et ce, afin de diffamer l’opposition politique au Parti travailliste. Sur la plage de Tel Aviv, un mémorial érigé en 1998 rend hommage aux victimes.

Les reportages en Israël de Robert Capa « sont repris par les grands titres internationaux de la presse magazine illustrée, aiguillonnes par la parution en 1950 de Report on Israel, un texte d’Irwin Shaw accompagné de photographies signées Capa ».

Norvège
À l’été 1951, Capa séjourne en Norvège à la demande d’Holiday, puis en 1952 y couvre les Jeux olympiques d’hiver.

Capa ramène de Norvège deux sujets qu’il utilisera pour son projet Génération X.

Capa « écrit avec prescience dans l’article accompagnant ses photographies » : « Durant des années, j’ai photographié et conversé avec des rois, des paysans et des commissaires du peuple et j’ai fini par être convaincu que la curiosité, avec la liberté de voyager et les tarifs peu élevés, c’est ce qui de nos jours ressemble le plus à la démocratie – l’on pourrait peut-être en conclure que la démocratie, c’est le tourisme ».

Deauville et Biarritz
« Encouragé par le succès de son reportage consacré aux sports d’hiver, Capa propose un sujet sur les stations balnéaires françaises. À l’été 1950, il se rend en Normandie, à Deauville, où il fréquente l’hippodrome et le casino ».

Avec des pellicules uniquement en noir et blanc (uniques images éditées par Illustrated), convaincu « de pouvoir développer cette thématique, il vend le sujet à Holiday en l’associant à un reportage sur Biarritz ».

En 1951, il retourne à Deauville avec une pellicule couleur afin de « photographier le brassage des classes sociales à l’occasion des courses hippiques, puis il se rend à Biarritz ou son attention est attirée par la plage, la vie nocturne et le folklore basque traditionnel ».

Dans « ce reportage, les photographies noir et blanc et en couleur se complètent les unes les autres, la couleur apportant des détails au noir et blanc qui installe le décor ».

« L’article ne parait qu’en septembre 1953 ; sa mise en page équilibre les images couleur et noir et blanc avec le texte humoristique de Capa qui relate avec une autodérision marquée son séjour dans ces deux villes ».

Rome
« Je suis retourné voir Budapest parce qu’il se trouve que j’y suis né, et parce que c’est une ville qu’on ne peut revoir que pendant la courte saison qu’elle offre. Je suis même allé à Moscou, qui ne se propose habituellement pas d’être revisitée. Mais je continue de revenir à Paris, parce que j’y ai vécu avant la guerre, à Londres, parce que j’y ai vécu durant la guerre, et à Rome, parce que j’étais navré de ne pas y avoir vécu du tout », écrit Robert Capa dans son article pour Holiday sur la Norvège.

Les photographies de son séjour à Rome pour Holiday en 1951 sont publiées en avril 1952, en illustration d’un texte d’Alan Moorehead.

« Auteur travaillant pour le New Yorker à l’époque du reportage de Rome, Moorehead avait été correspondant de guerre du quotidien londonien Daily Express durant le conflit mondial et s’était rendu avec Capa en Afrique du Nord, en Sicile et en Normandie ».

Les « photographies en couleur qui illustrent l’article montrent un Capa traquant une ville prestigieuse et fascinante, peuplée d’une élite élégante et riche vivant dans une fête sans fin, à l’image d’une Rome préservée des destructions de l’après guerre et entrant de plain-pied dans la Dolce Vita ».

Les sports d’hiver
Chaque année, Robert Capa séjournait pour ses vacances à Klosters, en Suisse. Il y pratiquait le ski, un de ses loisirs préférés, s’y détendait et s’y ressourçait. En 1948, il « ambitionne de monter avec l’équipe de Magnum un sujet consacré à Megève, station de ski prisée des Parisiens », et à sa « double personnalité… de la simplicité de la vie paysanne à la joyeuse frivolité de la vie mondaine ».

Début 1949, Capa réalise pour Life des photographies à Zurs, en Autriche, mais le magazine ne publiera pas ce reportage.

Fin 1949, Holiday « lui commande un sujet consacré aux prestigieuses stations de ski d’Autriche, de Suisse et de France ».

« Ce sera l’un des reportages en couleur les plus enjoués et réussis de Capa. On peut en fait soutenir que la couleur l’améliorait, car elle apporte un supplément de glamour et d’humour qui manque souvent au noir et blanc ».

En deux mois, Robert Capa « hante les stations de ski autrichiennes de Kitzbuhel, Sankt Anton, Zurs et Lech, avant de se rendre en Suisse, à Davos, Klosters et Zermatt, puis de franchir la frontière pour séjourner à Val-d’Isère ».

Il « rencontre dans chacune de ces stations des stars qui se laissent photographier : le cinéaste Billy Wilder, le scénariste et écrivain Peter Viertel, tous deux venus d’Hollywood, de jeunes champions internationaux de ski et nombre de représentants de l’aristocratie européenne, détrônée ou couronnée, notamment la reine et le prince des Pays-Bas, tous florissants et d’humeur joviale, et se prêtant avec confiance et en toute décontraction à son objectif ».

Paris
Paris « fut de fait la résidence de Capa de 1933 à 1939 puis, après guerre, son camp de base, habituellement installé dans une arrière-salle de l’hôtel Lancaster, élégant établissement situé à deux pas des Champs-Elysées et dont le propriétaire était un ami ».

En 1952, Ted Patrick, rédacteur en chef de Holiday, lui « commande des photographies destinées à illustrer un numéro spécial sur Paris ; Capa partage ce travail avec quelques uns de ses collègues de Magnum : Cartier-Bresson, Chim et le jeune Dennis Stock ».

Ce numéro, dont les articles sont signés notamment par Irwin Shaw, Paul Bowles, Ludwig Bemelmans, Art Buchwald et Colette, est une ode romantique à la ville, plantant comme un décor propice aux aventures amoureuses, aux plaisirs de la gastronomie et à la découverte d’une histoire prestigieuse ».

Quelques-unes des meilleures images de Capa publiées dans ce reportage sont les plus décalées, jouant sur les contrastes et oppositions dont le photographe semble se repaître – jeunes et vieux, humain et animal, mondanités et mœurs douteuses –, plus particulièrement dans l’environnement des courses hippiques a propos desquelles il note : « Le sport des rois est aussi celui des concierges ».

Sur les peintres de la butte Montmartre, il observe : « La place du Tertre est un paradis pour peintre. A quelques pas du Sacré-Cœur, nous tombons sur un vieux gentleman, portant barbe et béret, et ressemblant à l’idée que se ferait d’un peintre de Montmartre un producteur de Hollywood ».

Génération X
Fin 1949, « à la veille du demi-siècle », Robert Capa conçoit pour Magnum le projet Génération X, aussi connu sous la dénomination Gen X. le magazine de couture McCall’s le soutient, puis s’éloigne en 1951 en désaccord avec Capa qui souhaite souligner l’aspect politique.

Holiday « appuie le projet jusqu’a sa concrétisation sous la forme d’une série de trois articles publies début 1953 ».

« C’était l’un de ces projets qui naissent le plus souvent dans la tête de ceux qui ont de grandes idées, mais manquent d’argent. Le plus drôle, c’est qu’il a abouti », a observé Capa.

Capa avait confié à divers photographes, dont Chim, Cartier-Bresson et Eve Arnold, de portraiturer un jeune homme et/ou d’une jeune femme du pays où ils travaillaient déjà ou avaient travaillé, « les personnes photographiées devant en outre répondre à un questionnaire biographique détaillé portant sur leurs familles, convictions et objectifs personnels ».

Cette « enquête photographique devait aboutir à la publication de vingt-quatre portraits de jeunes originaires de quatorze pays des cinq continents ».

Capa « avait photographié chacun de ses sujets – une Française, un Allemand et un couple de Norvégiens – en couleur et en noir et blanc, mais seules les photos des Norvégiens furent publiées en couleur ».

Selon Richard Whelan, biographe de Capa, celui-ci se décrit dans le portrait de la Française, Colette Laurent : « Elle mène une existence frivole, artificielle à la surface et n’a prise sur aucune des bons cotés de la vie, sauf sur les choses matérielles ».

Sur les plateaux de tournage
Dans l’exercice de son métier, Capa a photographié de nombreuses stars hollywoodiennes et des cinéastes amis. Il rencontre John Huston à Naples en 1944 alors que celui-ci réalise des films pour l’Army Signal Corps [régiment des transmissions], puis Ingrid Bergman en 1945 qui tourne à Paris et nouera avec lui une liaison d’un an.

En 1948, il « complète son séjour au Maroc par un reportage sur le tournage de The Black Rose [La Rose noire] et sa tète d’affiche, Orson Welles. Il photographie le plateau de Beat the Devil [Plus fort que le diable] de John Huston, d’après un scénario de Truman Capote et tourné à flanc de falaise, à Ravello, sur la côte amalfitaine. Toute l’équipe se rend non loin de là, à Amalfi, pour retrouver Ingrid Bergman, Roberto Rossellini et George Sanders qui tournent Viaggio in Italia [Voyage en Italie] ; Capa descend plus vers le sud, à Paestum, en compagnie de son amie Martha Gellhorn qu’il photographie telle une caryatide dans les ruines antiques ».

Capa couvre le tournage de Moulin Rouge, film de John Huston sur le peintre Toulouse-Lautrec, tourné à Paris et dans les studios Shepperton, près de Londres.

« Évitant le gros plan traditionnel, ces portraits en couleur saisissent la diversité des instants et l’atmosphère enjouée qui règne sur le plateau ».

Londres et le Japon
En 1953, avec ses amis Humphrey Bogart et John Huston, Robert Capa va à Londres afin de réaliser un reportage sur le couronnement de la jeune reine Elisabeth II. Ses « photographies couleur de la foule qui patiente, attendant le défilé des invités de la cérémonie, pour lesquelles il utilise une pellicule Kodachrome 35 mm, semblent signaler un nouvel intérêt pour la couleur en tant que telle ».

En 1954, Capa « est invité à séjourner six semaines au Japon par le groupe de presse Mainichi qui lui fournit des appareils japonais et une quantité illimitée de pellicules, lui laissant toute liberté dans le choix de ses sujets, en échange de la publication de ses clichés. Son voyage se déroule sans incident, mais ses photographies couleur manquent de focalisation thématique. Il erre dans les marches, documente les panneaux et affiches en caractères japonais, observe les visiteurs dans les temples et les lieux saints, et photographie la Journée des enfants à Osaka, mais ses photos sont à peine plus intéressantes que des instantanés de touriste. Seules quelques images aux couleurs lumineuses de la fête du Travail à Tokyo expriment un certain engagement du photographe vis-à-vis de son sujet, rappelant ses photographies d’ouvriers français et espagnols dans les années 1930 ».

Indochine
En 1953, Capa espère de « reprendre [son] vrai travail, et vite. Je ne sais pas encore comment ni où, mais Deauville, Biarritz et tous ces films hétéroclites, c’est bien fini ».

Dans la même lettre, il évoque son souhait de se rendre en « Indochine, ou d’accepter n’importe quelle autre proposition qui [lui] permettrait de [se] remettre au reportage sur [son] propre territoire ».

En 1954, lors de son séjour Japon, Life « lui adresse un câble lui demandant d’aller couvrir la guerre d’Indochine. C’était une mission de quelques semaines seulement qui devait lui rapporter une certaine somme d’argent bien nécessaire ».

Capa « débarque a Hanoi le 9 mai ; le 25 mai, en compagnie de John Mecklin, reporter au Time, et de John Lucas, correspondant de guerre de la fondation Scripps-Howard, il quitte Nam Đinh en emportant avec lui deux appareils, un Contax et un Nikon, le premier charge en noir et blanc, le second en couleur. Le convoi emprunte un chemin de terre borde par des rizières en direction de Thai Binh. Capa s’éloigne de la colonne pour marcher à l’écart. Il photographie les soldats progressant dans les champs ; gravissant une digue qui longe la route, il trouve la mort en sautant sur une mine antipersonnel ».

« Si les images couleur d’Indochine comptent parmi les photographies de guerre les plus fortes qu’il ait réalisées, aucune ne fut utilisée par la presse à l’époque, probablement en raison du délai supplémentaire requis par le traitement des pellicules couleur ».


BIOGRAPHIE DE L'ARTISTE

1913
« Né Endre Ernö Friedmann le 22 octobre à Budapest.
1930
Commence à photographier.
1931
Fuit la Hongrie.
S’installe à Berlin, où il travaille comme photographe pour les entreprises Ullstein et pour l’agence de photos Dephot.
1931-1933
Étudie les sciences politiques à la Deutsche Hochschule für Politik de Berlin.
1933-1935
S’installe à Paris. Rencontre Henri Cartier-Bresson, Chim (David Seymour) et Gerda Taro.
Participe à la création de l’agence Alliance Photo, dirigée par Maria Eisner.
1935
Prend le pseudonyme de Robert Capa et commence sa collaboration avec Gerda Taro, née Gerta Pohorylle.
Se lance dans le reportage d’actualité.
1936
Photographie la guerre civile en Espagne.

Ses photos sont publiées, notamment, dans VU, Regards, Ce Soir, Weekly Illustrated, Picture Post et Life.
1937
Gerda Taro meurt à Brunete, en Espagne.
1938
Part en Chine couvrir la guerre sino-japonaise avec Joris Ivens.
Utilise des pellicules couleur pour la première fois.
Picture Post le baptise « plus grand photographe de guerre du monde. »
1939
Photographie l’exil des républicains espagnols et les camps de concentration dans le sud de la France.
Fuit la France et rejoint sa mère Julia et son frère Cornell à New York.
1941-1945
Commence à utiliser très régulièrement les pellicules en couleur.
Photographie la Seconde Guerre mondiale comme correspondant de Life en Europe.
Ses photos sont publiées notamment dans Life, Weekly Illustrated et Colliers. Participe au débarquement allié sur les plages de Normandie le 6 juin 1944.
1947
Reçoit la Medal of Freedom de l’armée américaine.
Fonde l’agence Magnum Photos à New York avec Henri Cartier-Bresson, George Rodger et Chim.
Publie son autobiographie Slightly Out of Focus.
Voyage en Russie avec John Steinbeck.
1948-1950
Photographie et filme la naissance d’Israël.
Publie avec John Steinbeck A Russian Journal.
1949
Commence ses premiers reportages pour le magazine Holiday.
1951
Devient président de Magnum.
1954
Acquiert la citoyenneté américaine.
Photographie au Japon.
Meurt le 25 mai à Thai Binh, Indochine en sautant sur une mine alors qu’il faisait un reportage pour Life.
L’armée française lui décerne la Croix de guerre à titre posthume ».

 
Du 1er mai au 25 juin 2017
Au MIS Museu da Imagem e do Som  - Sao Paulo, Brazil

Jusqu’au 29 mai 2016
Au Jeu de Paume – Château de Tours 
25, avenue André-Malraux. 37000 Tours
Tél. : +33 2 47 70 88 46
Du mardi au dimanche de 14 h à 18 h

Visuels
Affiche
Robert Capa — Une femme dans un bar de glace, Zürs, Autriche, 1949-1950
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Un ancien magasin près de la Porte de Jaffa, Jérusalem, Israël, 1949
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Catalogue
Robert Capa — L’actrice et mannequin française Capucine sur un balcon, Rome, Italie, août 1951
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Un avion accidenté arrosé de produits chimiques après son atterrissage sur le ventre au retour d’un raid au-dessus de la France occupée, Angleterre, juillet 1941.
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Le capitaine Jay F. Shelley devant « The Goon », un bombardier B-17 de l’armée de l’air américaine, en partance pour un raid au-dessus de l’Italie, Tunisie, 1943
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Le cirque familial Rambaugh, Indiana, États-Unis, 1949
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Pablo Picasso joue dans l’eau avec son fils Claude, près de Vallauris, France, 1948
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Construction de nouvelles colonies pour des travailleurs, désert de Néguev, près de Beer-Sheva, Israël, 1949-1950
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Des spectateurs à l’hippodrome de Longchamp, Paris, vers 1952
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Jetée, Biarritz, France, août 1951
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Une femme sur la plage, Biarritz, France, août 1951
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — L’actrice et mannequin française Capucine sur un balcon, Rome, Italie, août 1951
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Une fête, Rome, Italie, août 1951
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Une femme dans un bar de glace, Zürs, Autriche, 1949-1950
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — L’Américaine Judith Stanton, Zermatt, Suisse, 1950
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Un mannequin habillé en Dior sur les quais de la Seine, Paris, 1948
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Humphrey Bogart et Peter Lorre sur le plateau de Plus fort que le diable, Ravello, Italie, avril 1953
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Ava Gardner sur le plateau de La Comtesse aux pieds nus, Tivoli, Italie, 1954
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Des spectateurs à Piccadilly Circus, le long de la route du cortège avant le  couronnement de la reine Élisabeth II, Londres, Angleterre, 6 février 1953
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — À l’ouest de Nam Định, Indochine (Viêtnam), mai 1954
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — Sur la route de Nam Định à Thái Bình, Indochine (Viêtnam), mai 1954
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Robert Capa — L’Américaine Judith Stanton, Zermatt, Suisse, 1950
International Center of Photography, New York
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

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