mardi 31 mai 2016

Soirée sur Arte consacrée à l'Iran


Arte consacre sa soirée du 31 mai 2016 à l’Iran en diffusant « Iran, une puissance dévoilée » (Iran, Der Wille Zur Grossmacht), documentaire de Jean-Michel Vecchiet, Iran, chronique d'une année décisive (Iran - Atomdeal Mit Folgen) par Vincent de Cointet, Antoine Mariotti, Stéphane Saporito, et Entretien avec Abnousse Shalmani (Gespräch Mit Abnousse Shalmani), réalisé par Laurent Besancon.

L'Iran détient une position géo-stratégique sensible : ancienne route de la Soie, gisements pétroliers, zone convoitée par la Russie et l'Angleterre aux XIXe et XXe siècles, etc. Depuis 1979, le régime des ayatollahs a défié les Etats-Unis, encouragé le terrorisme islamiste et la haine du "Grand Satan" et du "Petit Satan", organisé des concours de dessins révisionnistes, etc.

    « Iran, une puissance dévoilée »
De « la découverte de réserves pétrolières au début du XXe siècle à la crise du nucléaire en passant par le coup d'État américain de 1953 qui réinstalla le Shah au pouvoir et la révolution islamique de 1979, ce documentaire retrace cent ans d'histoire mouvementée d'un pays partagé entre religion et révolution moderniste, soumission et indépendance, de l'Iran, revenant aux sources des tensions avec l'Occident".

En 1906, à la fin du règne des Qâjar (1779-1925), l'Iran est le premier pays à se doter d'une "constitution et d'un Parlement à l'occidentale". La découverte du pétrole révolutionne le XXe siècle. L'Anglo-Persian Oil Company est créée en 1909.

Reza shah a fondé la dynastie Pahlavi. Il admirait Atatürk, et a voulu instaurer la république. Il a interdit le port du foulard islamique aux femmes. Il a mis en place un système éducatif inspiré de celui occidental, créé des institutions modernes. Mais le clergé et Mossadegh s'y sont opposés. La Perse devient l'Iran. En 1933, un différend oppose Reza shah aux Britanniques. Reza shah parvient à changer des articles du contrat. La durée de ce dernier est passée de 60 ans à 90 ans. Reza shah se tourne vers l'Allemagne, notamment sous l'ère nazie. L'Iraq et nombre d'autres Etats arabes sont pro-nazis. L'URSS et la Grande-Bretagne envahissent l'Iran, et le divisent afin de le diriger. Reza shah est contraint d'abdiquer. Son fils se souviendra de cet acte humiliant. En décembre 1943, la conférence de Téhéran réunit Roosevelt, Staline et Churchill qui redessinent la carte du monde. Un passé pro-nazi sur lequel le documentaire passe vite...

" Une fresque passionnante, une histoire vivante et tragique qui s'appuie sur des archives et des documents d'époque, mais aussi et surtout sur les récits de témoins éloquents : Hachemi Rafsandjani, ancien président de la République islamique, d'anciens chefs religieux, des responsables de la CIA et du Mossad, des ambassadeurs, des Iraniens ordinaires... »

Le « documentaire explore deux pistes essentielles : d'un côté la relation complexe que l'Iran entretient avec l'Occident, de l'autre ses remous intérieurs. Les gouvernements iraniens affichent très tôt leur volonté d'ouverture vers l'Occident, notamment sous le règne de Reza Khan (1925- 1941) qui interdit le port du voile et promeut une éducation laïque".

Sous le Premier ministre Mossadegh décide en 1951 l nationalisation de l'industrie pétrolière. "Huit puissantes sociétés dominaient l'industrie pétrolière mondiale". Les Iraniens subissent l'embargo britannique. Affaibli, Mossadegh poursuit sa politique freinée par les sanctions. Entre le parti nationaliste et celui religieux, un imam assure la liaison. L'Union soviétique soutient les manifestants. Sous le président Truman, les Etats-Unis se proposent comme médiateurs entre la Grande-Bretagne et le gouvernement iranien. Ils veulent contenir le danger soviétique, et comblent le vide laissé par le départ des anciennes puissances européennes au Moyen-Orient. En 1951, Mossadegh donne une semaine au personnel anglais pour quitter l'Iran. Partisan du Toudeh ? Il écarte les communistes et s'éloigne des religieux. Britanniques et Américains (CIA) renversent le gouvernement nationaliste. Le Shah nomme un militaire chef du gouvernement, et Mossadegh prend la voie de l'exil. Communistes, loyalistes, religieux, etc. défilent dans les rues. Le Parti Toudeh a permis la réussite de ce coup d'Etat.


"Ces orientations provoquent des désaccords violents avec les religieux chiites, bientôt écartés du pouvoir. À ces tensions intérieures viennent se superposer des enjeux internationaux. Compte tenu de ses réserves pétrolières et de sa position stratégique, l'Iran est au centre de toutes les convoitises".

"Contrôlé par les Britanniques, puis sous l'influence des États-Unis (qui n'hésitent pas à fomenter un coup d'État contre le Premier ministre Mossadegh jugé trop proche des communistes), le pays souffre d'une instabilité permanente. Cette situation explosive conduit les Iraniens, las de l'autocratie du Shah, à se soulever en 1979 ».

Après la chute de Mossadegh, Mohammed Reza instaure un régime autoritaire. Le programme Atoms for Peace est stratégique pour les Etats-Unis qui donnent à l'Iran son premier réacteur nucléaire. Le Président John F. Kennedy souhaite soutenir les pays du Tiers-Monde pour éviter qu'ils ne passent sous l'orbite soviétique. L'Iran signe un pacte défensif avec les Etats-Unis. Il se dote d'un arsenal perfectionné d'armes. Il noue des relations étroites avec l'Etat d'Israël : tous deux évoquent l'avenir en espérant un havre de paix régional. Le Shah lance la "révolution blanche", agricole, et songe à un référendum. Ce qui suscite l'ire des mollahs, grands propriétaires de terres, et de l'aristocratie foncière.

L'ayatollah Khomeini est hostile aux alliances avec les Etats-Unis et l'Etat juif. Dans ses prêches, il attaque jusqu'à la monarchie. En 1964, il est expulsé de l'Iran, et se rend en Irak, puis en France. En 1967, le Shah s'auto-couronne "lumière des Aryens". Il fait édifier des barrages hydrauliques pour irriguer les terres. En 1971, le monarque organise les fêtes de Persépolis et s'adresse au roi Cyrus. La crise pétrolière de 1973 lui donne l'opportunité de démontrer sa puissance. Le prix du baril de pétrole augmente de 400% en deux ou trois mois.

L'ayatollah Khomeini incarne l'islamisme. Les étudiants lancent le mouvement, relayés officiellement ensuite par les mollahs. Le Conseil de la révolution provisoire est créé avant le retour de l'ayatollah Khomeini. L'Armée ouvre le feu contre les manifestants. On dénombre des centaines de morts. Le Shah est persuadé de la nécessité d'adopter des mesures démocratiques. Le Président Jimmy Carter a annoncé à ses homologues qu'il considérait le Shah comme perdu. A Neuphle-le-chateau, l'ayatollah Khomeini enregistre des cassettes aux prêches virulents, diffusés publiquement en Iran. Il "traduit en termes religieux et anti-occidentaux les ressentiments du peuple". Le Shah prend la voie de l'exil, abandonnés de nombreux dirigeants occidentaux. Le Président Sadate l'assure de son soutien.

De nombreux médias occidentaux accueillent avec un enthousiasme naïf et ignorant le renversement du pouvoir politique et l'arrivée en Iran de l'ayatollah Khomeini qui donne une fausse image de "gentil gourou". Sa "dimension féroce" n'est alors pas perçue. Des purges sont organisées, des dirigeants de l'ancien régime sont exécutés, lois civiles et religieuses fusionnent...

En 1979, débute la prise d'otages des diplomates américains. Une opération américaine visant à libérer les otages "a tourné au désastre" en raison d'une tempête de sable. Les otages sont libérés lors de l'élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis.

La guerre Iran-Irak a opposé deux des principaux producteurs mondiaux de pétrole, au nord du golfe Persique. "Collusion des Etats occidentaux, dont les Etats-Unis, contre le régime des mollahs iraniens ? Sans doute". Saddam Hussein luttait contre la propagation chiite au Moyen-Orient, et use d'armes chimiques. Près d'un million d'Iraniens meurent lors du conflit.

Après 1979, l'isolement de l'Iran se poursuit : attentats fomentés au Liban et en France, etc. Après les attentats islamistes terroristes du 11 septembre 2001, sous la présidence Bush, les Etats-Unis focalisent leur réaction sur l'Afghanistan et l'Iraq, et classent l'Iran dans "l'Axe du Mal".

Un grand nombre des experts interviewés sont des Iraniens vivant en Iran - ce qui réduit leur crédibilité - ou d'anciens ministres français des Affaires étrangères, dont Hubert Védrine.  Le portrait du Shah est assombri : le Shah ne semble pas avoir perçu la menace religieuse, tant il semblait obnubilé par les grandes puissances. Quid du soutien au terrorisme du régime des mollahs ?

Iran, chronique d'une année décisive
Signé le 14 juillet 2015, l'accord scandaleux sur le programme nucléaire militaire iranien a « suscité de grands espoirs en Iran. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Téhéran pour manifester leur joie après la signature de l'accord dit « sur le nucléaire » entre l'Iran et les Occidentaux. Celui-ci prévoit, notamment, la levée des sanctions économiques qui frappent le pays depuis des décennies. Huit mois plus tard, les attentes de la population ont-elles été comblées ? Comment l'accord impacte-t-il la vie quotidienne ? Le marché iranien, si convoité par les Occidentaux, s'est-il ouvert ?"

Les « trois auteurs de ce documentaire ont tourné dans le pays huit mois durant, pour en repérer les retombées concrètes » car le pays est "à bout de souffle" après des années de sanctions économiques.

En « réponse à ces interrogations, Vincent de Cointet, Antoine Mariotti et Stéphane Saporito tiennent la chronique iranienne des huit mois décisifs qui ont suivi la signature, de juillet 2015 à mars 2016, moment de la percée des réformateurs aux élections législatives". Le documentaire ne saisit pas la stratégie du régime iranien plaçant à sa tête des personnalités similaires.

"Ils ont observé la vie quotidienne à Téhéran, les tentatives d'industriels occidentaux pour gagner ce marché prometteur, les prêches politiques du vendredi à la grande mosquée, la campagne électorale dans la ville ultraconservatrice de Qom..."

"Une période cruciale éclairée par les regards d'observateurs politiques iraniens comme Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême pour les Affaires étrangères, Akbar Torkan, principal conseiller du président Hassan Rohani, Mehdi Saharkhiz, militant des droits de l'homme, mais aussi John McCain, membre du parti républicain américain, l'ancien ministre Laurent Fabius ou Antony Blinken, numéro deux de la diplomatie américaine... »

Le documentaire véhicule les poncifs erronés : "mollah conservateur modéré" pour désigner un mollah extrémiste. Il escamote la vision eschatologique du régime iranien, occulte le revirement de la diplomatie américaine sous le président Barack Obama - absence de soutien lors de la révolte estudiantine -, et dissimule la politique étrangère tentaculaire de l'Iran : liens avec le Venezuela de Hugo Rafael Chávez, le Hezbollah au Liban, la Corée du Nord nucléaire, la rébellion chiite houthiste au Yémen, etc. 

Interview de Abnousse Shalmani
L'accord sur le nucléaire signé le 14 juillet 2015 a-t-il un impact positif sur les conditions de vie des Iraniens ? Après la répression brutale de la révolution verte, en 2009, l'ouverture économique du pays sera-t-elle profitable au peuple iranien ? Le rôle de la femme peut-il évoluer sous la présidence d'Hassan Rohani ?

Emilie Aubry « s'entretient des récents changements de la société iranienne » avec Abnousse Shalmani

Née à Téhéran en 1977, Abnousse Shalmani s'exile à Paris avec sa famille en 1985. Après ses études d'histoire, elle emprunte la voie du journalisme puis de la production et de la réalisation de courts-métrages avant de revenir à sa première passion, la littérature. Elle a signé « Khomeiny, Sade et moi ».

"A l'arrivée des mollahs au pouvoir, tout était recouvert en noir. Aujourd'hui, certaines femmes mettent un châle. Ouverture, il y a. Mais il faut éviter d'être trop complaisant avec les mollahs au pouvoir", a déclaré Abnousse Shalmani.

Et d'ajouter : "L'Etat, c'est les Pasdarans, l'élite qui a gagné la guerre Iran-Iraq, et détient tous les leviers économiques. Aujourd'hui les enfants des Bazari, du Bazar, s'ouvrent à Internet. Comment l'Occident va comprendre l'Iran ? L'Iran est le pays du paradoxe. Le régime a forcé à la schizophrénie. Le régime n'a pas changé. Il y a une liberté intérieure. Lors de la "révolution verte" en 2009, les mollahs ont senti quelque chose trembler sous leurs pieds. Il y a deux capitales en Iran : Téhéran qui veut aller vers le renouveau, et Qom, capitale religieuse tenue par les mollahs".


« Iran, une puissance dévoilée » de Jean-Michel Vecchiet
105 min
Sur Arte les 31 mai à 20 h 55, le 9 juin 2016 à 8 h 55 et 14 juin 2016 à 8 h 55
© Alle Rechte vorbehalten

Iran, chronique d'une année décisive, par Vincent de Cointet, Antoine Mariotti, Stéphane Saporito 
Arte, 2016, 10 min
Sur Arte les 31 mai à 22h30 et 9 juin 2016 à 10 h 30
© Point du Jour

Entretien avec Abnousse Shalmani, réalisé par Laurent Besancon
2016, 10 min 
Sur Arte le 31 mai 2016 à 23 h 25

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte.

Bazar d’Orient. Jérusalem


Arte diffusera le 31 mai 2016 dans le cadre de la série Bazars d’Orient « Bazar d’Orient. Jérusalem » (Basare Der Welt), documentaire de Elke Werry. Une balade dans la vieille ville de Jérusalem, capitale éternelle et indivisible de l'Etat d'Israël.


Après le bazar d’Istanbul, et avant ceux du Caire et de Téhéran, Elke Werry invite à visiter le bazar de Jérusalem.

« Découverte des plus beaux marchés couverts d'Orient, à travers les dédales des ruelles et les artisans qui y travaillent. Aujourd'hui : le bazar de Jérusalem, à cheval sur les quartiers chrétien et musulman, creuset bouillonnant traversé de tensions explosives ».

« Sept portes traversent les épaisses murailles qui encerclent le vieux Jérusalem, ville sainte des trois religions monothéistes. Le bazar, à cheval sur les quartiers chrétien et musulman, est à l'image de la cité, creuset bouillonnant traversé de tensions explosives. Des boucheries du souk Al-Lahamin à l'échoppe d'un photographe arménien en passant par une boulangerie palestinienne, une déambulation dans ce marché fascinant, où l'on rencontre un coiffeur pour dames à la clientèle œcuménique ».



2015, 43 min
Sur Arte le 31 mai 2016 à 15 h 35

Visuels : © HR/Elke Werry
Les citations sont d'Arte.

lundi 30 mai 2016

Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939


Puisées dans la collection de la Cinémathèque française (500 000 clichés) et le fonds de l’historienne du cinéma Isabelle Champion issu du fonds commun au photographe Roger Corbeau et à son assistant Gabriel Depierre (150 000 clichés), plus de 250 photographies originales (vintages) de tournages, très rares, parfois inédites, d’une qualité esthétique exceptionnelle, ont montré les premiers maîtres du cinéma travaillant dans trois capitales du cinéma, du cinéma muet à celui parlant, lors d’un âge d’or du 7e art. Une exposition passionnante où ces photos étaient présentées au côté de costumes de stars, d’affiches, d’extraits de films, d’appareils, de maquettes de décorateurs. Le 30 mai 2016, Arte diffusera Le Chemin du Paradis, de Wilhelm Thiele et Max de Vaucorbeil.


Il faut remonter aux années 1890, avant l’avènement officiel du Cinématographe Lumière, pour trouver les premières photographies d’un tournage. Etienne-Jules Marey « dirigeait ses sujets à partir de 1889, devant sa caméra chronophotographique et l’écran noir de la Station physiologique du bois de Boulogne ». Aux Etats-Unis, c’est en 1894 dans la « Black Maria », studio monté sur rails installé dans le New Jersey que les acteurs sont saisis par la caméra d’Edison. Retour en France en juin 1895 quand Louis Lumière filme Jules Janssen dialoguant avec le maire de Neuville-sur-Saône.

La photographie de plateau, un genre nouveau
Le succès du spectacle cinématographique dans les années 1900 induit l’essor d’une « industrie gigantesque : usines de fabrication de la pellicule, laboratoires, studios, cinémas surgissent presque partout dans le monde. De nouveaux métiers apparaissent. Parmi eux, le photographe de studio ».

Le photographe de plateau exerce son métier dans un genre nouveau : ces clichés, « posés ou parfois pris en pleine action, montrant le cinéma en train de se faire, l’envers du cinéma, ses coulisses, la création de l’œuvre, en quelque sorte, avec ses mystères, ses trucs ». Isabelle Champion, commissaire de l’exposition, les distingue des photos de tournage.

Cette exposition s’intéresse à une époque où les artistes (cinéastes, acteurs), producteurs (Pommer) et techniciens exercent leur art sur deux continents, dans les studios de Hollywood, d’Eclair à Epinay ou de la UFA (Berlin), en plusieurs langues (Le Congrès s’amuse, Le chemin du paradis dont une chanson, Avoir un bon copain, demeure célèbre) – une manière de rentabiliser l’investissement et de tourner la même histoire avec des acteurs particulièrement appréciés par des publics segmentés -, pour acquérir une carrière internationale, pour échapper aux persécutions nazies, pour poursuivre en Europe une carrière déclinante à Hollywood, etc. Avec des succès divers. Et en apportant leur style, tel l’expressionnisme allemand.

Le Chemin du Paradis
Première comédie musicale allemande, Le chemin du paradis fut tourné en 1930 en deux versions différentes, l'une allemande (Die Drei von der Tankstelle) et l'autre française, en bénéficiant de la même équipe technique, mais avec deux distributions différentes pour attirer des publics nationaux différents et un changement du nom de la station service. Il "est resté célèbre pour sa chanson "Avoir un bon copain". Sa version française a été assurée par Max de Vaucorbeil avec Henri Garat, et sa version allemande par Wilhelm Thiele avec Heinz Rühmann. Quand "le film sortit en 1930, les spectateurs connaissaient bien les situations qu'il dépeignait : crise économique, chômage, faillites, etc." 

"Willy, Jean et Guy forment un trio inséparable. À leur retour d'un fantastique voyage en automobile, ils apprennent que l'huissier a mis leur appartement sous scellés, que leur banque a fait faillite et qu'ils n'ont plus un sou. Ils prennent les événements avec philosophie, vendent leur voiture chérie et s'achètent un poste à essence. Ces trois amis font fi de leurs ennuis financiers pour profiter de la vie, entre leur station-service et la belle Lilian, l'une de leurs clientes. Tout en se relayant à la pompe, ils déploient des trésors d'ingénuité pour travailler le moins possible. Et des trésors de galanterie lorsque la belle Lilian, une cliente, vient faire le plein".

Le chemin du paradis était novateur en ce qu'il tournait les malheurs en dérision, préférant faire l'éloge de la paresse. Un redoutable défaut du film qui n'échappera pas aux censeurs nazis, qui l'interdirent en 1937. L'autre raison de cette sanction est qu'on trouve au générique de cette oeuvre un peu trop de noms juifs : le réalisateur Wilhelm Thiele (qui tournera à Hollywood Tarzan et les nazis), le compositeur Werner R. Heymann et le producteur Erich Pommer. Tous émigrèrent aux États-Unis. Le film fait également date de par ses prouesse techniques, entre montage novateur, séquence d'animation et une nouvelle esthétique de la vitesse dans le cinéma parlé, encore très statique à l'époque. Certains critiques de cinéma verront d'ailleurs dans cette réalisation l'ancêtre de la comédie musicale américaine, notamment grâce au tout premier enregistrement, resté célèbre, de la chanson "Avoir un bon copain".

En effet, dès les années 1920, Hollywood s’attire les talents des Européens : Allemands, Français, etc. A l’ère du muet, le star system fabrique des « icones vivantes », populaires dans le monde entier : Mary Pickford, Douglas Fairbanks, Gloria Swanson, Charles Chaplin, etc. L’avènement du parlant marque une date charnière : le parlant impose aux acteurs d’adapter leur jeu sans le théâtraliser, dicte ses lois en matière de prises de vues, d’enregistrement du son ou de tirage. Certains acteurs et réalisateurs redoutent, méprisent ou refusent ces talkies. En témoigne le film Chantons sous la pluie (Singing in the Rain) de Stanley Donen et Gene Kelly.

Des réalisateurs tels Abel Gance, Fritz Lang, F.W. Murnau, D.W. Griffith ou Erich von Stroheim « rénovent en profondeur le regard cinématographique. Grâce à des moyens considérables, aux décorateurs, aux opérateurs, aux matériels, l’Art muet, cet « Infirme supérieur » selon les mots d’Eluard, atteint son apogée ».

Un Hollywood légendaire
Sur le fonctionnement des studios de cinéma – éclairage des plateaux, techniques de décors, caméras (caméra Pathé, « Caméréclair », « Mitchell », « Super Parvo ») -, sur l’influence à Hollywood de ces artistes ou techniciens européens en particulier dans la création ou l’évolution de genres (fantastique), sur les duos réalisateurs/directeurs de la photographie (Griffith et Billy Bitzer, Murnau et Karl Struss, Chaplin et Rollie Totheroh, Gance, Burel et Kruger, Fritz Lang et Karl Freund, Erich von Stroheim et Hal Mohr), sur l’ambiance et les relations entre professionnels lors de tournages - admiration réciproque, complicité, etc. –, la direction d’acteurs, ces clichés posés, mis en scène ou pris sur le vif, sont riches d’informations précieuses.

Savamment cadrées et éclairées, ces photos à l’éclat magique témoignent sur les tournages de films légendaires – notamment L’Aurore (Murnau), Metropolis (Fritz Lang) et Intolérance (D.W. Griffith) -, bénéficiant d’équipes magnifiant les stars au glamour affirmé : Greta Garbo, Marlene Dietrich, Clark Gable parmi d’autres - et des comiques : Laurel et Hardy, Buster Keaton…

« Rien n’est plus émouvant, mais aussi rien n’est plus instructif, que de voir l’équipe de Stroheim dans le désert, souffrir sous le soleil, pendant le tournage des Rapaces ou de pénétrer sur le plateau de Metropolis de Lang afin de comprendre le génie de ce cinéaste qui a joué, avec une virtuosité presque inégalée, sur la perspective, la lumière et la caméra mobile... Fidèle à sa légende, Cecil B. DeMille pose avec ses bottes, tandis que Stroheim semble diriger en maître ses tournages, mais plus pour très longtemps... Le plateau où travaille René Clair semble minuscule, mais favorise une ambiance pleine de ferveur. Les photos exceptionnelles prises pendant le tournage de La Roue d’Abel Gance révèlent une atmosphère de créativité intense et joyeuse ».

Cet homme au bras coupé qui apparaît parfois, mégot aux lèvres ? C’est le poète Blaise Cendrars.

Une programmation, des rétrospectives et des conférences complètent cette exposition didactique.

Le 16 février 2016, Arte diffusa Les Trois lumières (Der Müde Tod)de Fritz Lang (1921).

Jusqu’au 1er août 2010
A la Cinémathèque française, Musée du cinéma :
51, rue de Bercy, 75012 Paris. Tél. : 01 71 19 33 33.
Du lundi au samedi de 12h à 19h. Dimanche de 10h à 20h. Fermeture le mardi.


Visuels, de haut en bas :

Affiche
Myrna Loy et Clark Gable tournent dans Un envoyé très spécial (Too Hot to Handle, Jack Conway, 1938). Ils utilisent une caméra de reporter fabriquée à New York par Akeley, capable d’enregistrer image et son sur une seule pellicule. Production : MGM.

Mary Pickford avec une caméra Mitchell sur le tournage de La Petite Annie (Little Annie Rooney, William Beaudine, 1925). Chefs opérateurs : Hal Mohr, Charles Rosher. Production : Pickford-United Artists.

Ernst Lubitsch fait faire un essai, avec une caméra Mitchell, à sa vedette Pola Negri pour Forbidden Paradise (1924), leur huitième et dernier film en commun. Production : Famous Players-Lasky Corp-Paramount

Erich von Stroheim devant les salles de montage de La Symphonie nuptiale (The Wedding March, 1928). Production : Paramount.

Les décors monumentaux du Cabinet des figures de cire (Das Wachsfigurenkabinett, 1924) tourné aux May-Atelier à Weißensee. Paul Leni, décorateur de théâtre et de cinéma, est crédité à la fois comme réalisateur et directeur artistique du film. Son assistant et acteur est William Dieterle. C’est Paul Leni, affirme Rudolph Kurtz, qui a véritablement « donné à l’expressionnisme une multitude d’applications au cinéma ». Production : Neptune-Film.

Cette séquence musicale de prison filmée par les opérateurs du studio MGM pour le film Broadway to Hollywood (Willard Mack, 1933), préfigure le célèbre Rock du bagne (Jailhouse Rock) d’Elvis Presley.

Fritz Lang dirige Brigitte Helm sur Metropolis (1926). Production : UFA.

Constance Bennett filmée en plongée pendant le tournage de Achetée (Bought, Archie Mayo, 1931). La caméra blimpée est montée sur une dolly. Au-dessus de l’actrice, un micro électrodynamique à amplificateur. Production : Warner Bros.

Frank Borzage et sa vedette de Désir (Desire, 1936), Marlene Dietrich, habillée par le chef costumier Travis Banton. Production : Borzage-Lubitsch pour Paramount.

Fritz Lang, au mégaphone, dirige la foule déchaînée sur le tournage de Metropolis (1927) dans les studios de la UFA à Neubabelsberg. Production : Erich Pommer-UFA. Les deux caméras Mitchell permettent d’obtenir deux négatifs de prises de vues.

Jean Renoir tourne Toni dans le Midi en 1935. Le chef opérateur Claude Renoir est le fils de son frère Pierre, lui-même acteur de théâtre et de cinéma. Production : Marcel Pagnol. La caméra est une T Debrie (commercialisée en 1931).

Le Coeur en fête (When You’re in Love, Robert Riskin, 1937) avec Cary Grant et Grace Moore. Production : Columbia.

Les citations sont extraites du catalogue de l’exposition dont les auteurs sont Isabelle Champion et Laurent Mannoni

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro 626-627 de juillet-août 2010 de L'Arche, puis sur ce blog le 26 juillet 2010, puis le 15 février 2016.

dimanche 29 mai 2016

« Les œuvres volées par Hitler ou l'incroyable sauvetage » de Petra Dorrmann et Gerhard J. Rekel



Qui a sauvé le patrimoine artistique volé à des musées, galeristes, marchands d’art et collectionneurs par Hitler et ses sbires, dont Goering, et stocké dans la mine de sel d’Altaussee (Autriche), dans la région du camp de Mauthausen ?

Le Train, de John Frankenheimer (1964) et The Monuments Men de George Clooney (2013) soulignent et louent la stratégie des Alliés et de la résistance française pour empêcher tant d’œuvres d’arts volées par les Nazis dans les collections de musées, de collectionneurs et de galeristes d’être transportées en Allemagne.

La mine de sel d’Altaussee
Hitler et Göring partageaient un amour de l’art. Pas de n’importe quel art. Haïssant et bannissant “l’art dégénéré”, ils prisaient un art classique, conforme à la vision aryenne de l’art.

« Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, Hitler et Göring ont envoyé leurs sbires pour piller les musées de pays occupés ou spolier les grands collectionneurs d'art d'origine juive ». Et ce, afin d’y choisir les chefs d’œuvres susceptibles d’enrichir le futur musée que le hrer rêvait d’édifier à Linz (Autriche), ville où il a été scolarisé, et la collection personnelle de Göring.
D’où l’énergie déployée par leurs sbires à piller des œuvres, parfois de façon concurrente, dans tous les musées des pays occupés ou à spolier les grands collectionneurs d’origine juive comme la famille Rothschild". La collection de Louis et Alphonse de Rothschild est célèbre.

"Dès le printemps 1944, Hitler ordonne de mettre à l’abri les œuvres d'art pillées les plus précieuses”. Où ? Dans plusieurs caches et mines, dont celle de sel d’Altaussee (Autriche) - le sel sert à fabriquer des explosifs. Un lac dominé de montagnes majestueuses.

Sur 42 000 m², ces chefs d'œuvres visaient à  "magnifier l'identité allemande" et présenter Hitler en "citoyen épris de culture".

De 1943 à 1945, plus de 6 500 pièces sont entreposées dans cette mine autrichienne : peintures (L'Astronome de  Vermeer), sculptures, bijoux, etc.

Parmi ce patrimoine artistique européen à la valeur inestimable regroupé dans la mine de sel d’Altaussee : la statue de la Madone de Bruges de Michel-Ange, L'Art de la peinture (De Schilderkonst) de Vermeer acheté en 1940 par Hitler à un collectionneur viennois, et le retable de Gand des frères Van Eyck, illustres représentants de l'école des primitifs flamands du XVe siècle. « Le musée d’Hitler », documentaire de Jan Lorenzen et Hannes Schuler (2005) s’intéresse particulièrement à l’enquête visant L’Adoration de l'Agneau mystique, célèbre et convoité retable des frères Hubert (Hubrecht ou Hubertus) Van Eyck (v.1366-1426), et Jan Van Eyck (v.1390-1441).

Après le suicide du Führer (30 avril 1945), et alors que les Alliés s’approchent de la mine de sel d’Altaussee, les nazis responsables de cet endroit, dont le Gauleiter August Eigruber, « se préparent à tout faire sauter”, et ce, au moyen de huit bombes de 500 kg chaque acheminées dans cette mine. « Des opposants à ce projet s'en mêlent. 
Quelques personnes ont connaissance de ce risque.

L'Armée rouge s'empare de Vienne. Sur le front ouest, l'armée américaine progresse, et découvre une cache de tableaux dissimulés par les Nazis.

3 mai 1945. Les travailleurs de la saline sont volontaires pour s'emparer des bombes. Ils vont obstruer les galeries.

A Altaussee, convergent des dirigeants nazis - Kaltenbrunner, Eichmann, Stangl - après le suicide d'Hitler.

"C’est le combat méconnu d’ouvriers et d’experts au service des nazis, de résistants anglais et locaux que relate ce documentaire”.

Issue de cette lutte : le 12 mai 1945, à l’arrivée des Monuments Men, dont Harry Ettlinger, Juif allemand réfugié aux Etats-Unis avant le conflit - son père tenait un magasin de mode féminine à Karlsruhe et choisissait ses modèles à Paris -, ce patrimoine culturel exceptionnel et précieux - environ 140 milliards d'euros - de plus de 22 000 œuvres d’art, notamment des tableaux de Vermeer, Rubens, Brueghel, Rembrandt, Tintoret et autres génies, demeure intact. Des nazis imposteurs se présentent aux Alliés comme des résistants, et parviennent à de hauts postes après guerre, notamment à la direction d'un musée viennois.

Ces chefs d’œuvres sont alors transportés dans un dépôt central à Munich (Allemagne).

Une partie est restituée à ses propriétaires.

La restitution des œuvres d’art s’avère difficile, parfois impossible pour d'autres propriétaires spoliés. Pour différentes raisons : délais de prescription, décès des propriétaires lors de la Shoah, recherches longues et coûteuses pour les propriétaires spoliés ou/et leurs ayants-droit qui parfois ne disposent pas de preuve, réticences et refus de musées de perdre des œuvres complétant avantageusement et enrichissant leurs collections, circonstances complexes de la spoliation, propriétaires contraints de vendre à bas prix leurs œuvres d’art, "vraies-fausses donations" telle celle de la famille Rothschild, etc.

« L’affaire Klimt » (Stealing Klimt) documentaire passionnant de Jane Chablani et Martin Smith (2006) évoque le rôle trouble de l’État autrichien et le combat difficile, long - 50 ans - et victorieux de Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d'origine viennoise, pour récupérer des biens familiaux, dont cinq tableaux de Gustav Klimt (1862-1918) - deux portraits de sa tante Adèle Bloch-Bauer et trois paysages (1900-1907) - ayant appartenu à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, spolié en 1938 par les Nazis.

Ce documentaire bénéficie de la contribution notamment de "l’écrivain autrichien Konrad Kramar, auteur d’un polar historique à succès sur cet épisode rocambolesque".

Harry Ettlinger a été l'invité de Vivement dimanche de Michel Drucker sur France 2 qui évoqua ces Monuments men et Rose Valland.

Histoire diffusa les 19 et 21 juillet 2014 Les vrais monuments men, réalisé par Werner Boote (55 minutes). "En pleine Seconde Guerre mondiale, les nazis dérobent  plus de 7000 oeuvres d’art qu’ils cachent dans les mines de sel autrichiennes d’Altaussee. Un immense trésor artistique composé de tableaux de Rembrandt, Vermeer, Brueghel, Raphaël, Titien, Michel-Ange... L’armée américaine crée alors une section spéciale : les monuments men, des professionnels de l’art chargés de sauver et récupérer ces oeuvres d’art. Mais l’endroit où elles se trouvent est le secret le mieux gardé des nazis. Soixante-dix ans après les faits, ce film raconte l’histoire de la plus grande chasse aux trésors du XXème siècle. Début mai 1945, dans le chaos des derniers jours de la guerre, deux mineurs vont jouer un rôle décisif en faisant pression sur un haut dignitaire nazi".

Le 14 mars 2016, à 15 h 50, Histoire diffusa A la recherche de l'art perdu. Les Monuments Men, documentaire de Cal Saville : "Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, les spoliations se sont multipliées en Allemagne. Pendant toute la guerre, les nazis se sont servis dans les collections des pays européens qu'ils soumettaient. Hitler et Goebbels ont littéralement pillé l'histoire de l'art. Aussi, dès 1943, les Monuments Men, experts d'art, se donnèrent pour mission de parcourir l'Europe à la recherche des œuvres manquantes pour les recenser et les rendre à leurs propriétaires. Des mines souterraines aux châteaux isolés qui les abritaient, ils ont tout fait pour sauver les oeuvres. Les recherches continuent encore aujourd'hui, l'ensemble du trésor volé des nazis n'ayant pas été intégralement localisé".

  
« Les œuvres volées par Hitler ou l'incroyable sauvetage  » de Petra Dorrmann et Gerhard J. Rekel
Florian Film  et Arte, Allemagne, Autriche, 2013, 52 min
Diffusions le 26 février à 22 h 10 et le 16 mars 2014 à 16 h
© DR

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Les citations sont extraites du communiqué de presse et du documentaire.
Cet article a été publié les 26 février, 2 mars et 17 juillet 2014, 14 mars 2016.

Rembrandt en noir & blanc


Le BOZAR Palais des Beaux-Arts présente l’exposition itinérante Rembrandt en noir & blanc. Environ 85 gravures originales soulignent les talents de graveur du célèbre peintre néerlandais Rembrandt (1606-1669), inspiré par la Bible et des scènes de la vie quotidienne.

Rembrandt van Rijn (1606-1669) est célèbre pour son œuvre peinte. Or, « de son vivant, c’est surtout pour ses qualités de graveur qu’il était célèbre ». 

Au BOZAR Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Belgique), près de 85 gravures originales révèlent un aspect moins connu de cet « artiste génial de l’Âge d’or des Pays-Bas ». 

Après avoir été montrée dans divers musées nationaux des Pays-Bas - Westfries Museum (Hoorn), Het Markiezenhof (Bergen op Zoom), Stedelijk Museum (Zutphen), Gemeentemuseum Het Hannemahuis (Harlingen), Museum Gouda, Jan ten Horne Museum (Weert) et Stadsmuseum Harderwijk -, cette exposition est accueillie pour la première fois en Belgique. Elle est organisée dans le cadre de la présidence néerlandaise du Conseil de l’Union européenne.

En 2006, pour le quatrième centenaire de la naissance de Rembrandt, la Bibliothèque nationale de France avait exposé 145 estampes dans Rembrandt : la lumière de l’ombre. « Dès vingt ans, Rembrandt traite des thèmes courants au XVIIe siècle autoportraits et portraits, sujets bibliques, mythologiques, allégoriques, représentation de gueux et scènes de genre, nus, paysages... mais déjà l'originalité de la composition, du graphisme, la signification et le symbolisme qui en découlent différencient ses œuvres de la production de l'époque. Rembrandt  use des possibilités de modifications successives de l'image qu'offre l'estampe, les états, pour traduire l'évolution d'une situation, le déroulement d'un événement, le changement d'une expression, les variations atmosphériques ». 

« Rembrandt, qui ne s’était pas éloigné de son pays, devait sa célébrité à la diffusion de ses estampes. Il ne s’obligea pas à effectuer le traditionnel voyage en Italie. Il avait cependant accumulé des œuvres d’art, des objets de curiosité et surtout des estampes de nombreux maîtres (Schongauer, Dürer, Cranach, Van Dyck, Mantegna, Carrache, Reni, Ribera), des gravures d’après Titien, Raphaël, Rubens. C’est parmi celles-ci, dont on retrouve parfois une inspiration lointaine dans certaines de ses œuvres, qu’il classait un portefeuille contenant une épreuve de chacune des siennes…. Le Florentin Filippo Baldinucci (1625-1697), dans son ouvrage sur l’art de la gravure paru en 1686, inclut un seul graveur hollandais du XVIIe siècle : Rembrandt. Il évoque "la manière très singulière qu’il a élaborée dans le domaine de l’eau-forte ; il fut le seul à l’utiliser ; on ne la rencontre chez personne d’autre et nulle part ailleurs. Elle consiste à créer, à l’aide de traits, de petites incisions et de lignes irrégulières, sans tracer les contours, un clair-obscur profond et puissant, d’un effet pictural".Rembrandt mania aussi le burin et la pointe sèche. Le premier pour donner plus de vigueur à ses eaux-fortes, la seconde pour les compléter par des noirs somptueux et veloutés, pour accentuer, moduler des ombres ou un tracé trop uniforme. Exceptionnellement il employa la pointe sèche seule. Il opta soit pour un style graphique où la ligne, le contour, la luminosité sont privilégiés, soit pour un style pictural où le modelé, la forme, le clair-obscurdominent. Mais les deux manières sont souvent indissociables dans ses œuvres et réunissent alors les trois procédés, eau-forte, pointe sèche et burin, pour obtenir ces clairs-obscurs captivants, admirés par Baldinucci. Il s’y essaya pour la première fois en 1634 dans L’Annonce aux bergers, œuvre très élaborée, dans le style baroque de ses débuts. Il évolua ensuite vers un style plus synthétique, éliminant le superflu pour ne figurer que l’essentiel. Dans sa dernière période, de 1650 à 1661, la rigueur, l’ampleur et la simplicité triomphent », a analysé Gisèle Lambert.

Œuvre gravé
Rembrandt Harmenszoon van Rijn (1606-1669) était un peintre, graveur et dessinateur néerlandais. 

Il « est généralement considéré comme l’un des plus grands peintres européen et comme le maître hollandais le plus important du XVIIe siècle ». 

Il a acquis la notoriété pour La Ronde de nuit (De Nachtwacht,1642), vers laquelle converge chaque jour des milliers de visiteurs au Rijksmuseum d’Amsterdam. 

« Alors qu’aujourd’hui, ce sont surtout ses peintures qui récoltent les louanges, c’est en réalité grâce à ses gravures que son œuvre est devenue si populaire. Rembrandt y traite les mêmes thèmes que dans son œuvre peint, mais elles ne servent pas d’études préparatoires : l’art de la gravure était pour lui une discipline à part entière. La gravure pouvait être facilement et largement diffusée à prix démocratique, ce qui contribué à établir la réputation de l’artiste ». De 1628 à 1665, Rembrandt a gravé près de 300 estampes.

Le graveur recourt à des techniques artistiques – incision, creusement – et des procédés divers - gravure en taille d'épargne ou en relief, en taille douce ou en creux, et à plat - pour créer une image ou un texte. Muni d’un outil ou d'un mordant, il incise ou creuse une matrice. Après la phase de l’encrage, la matrice est imprimée en particulier sur une feuille de papier afin de produire une estampe. L’aquafortiste recourt à l’eau-forte, procédé de gravure en taille-douce sur une plaque métallique en utilisant un produit chimique, un acide.

L’exposition Rembrandt en noir & blanc montre un « large aperçu de l’œuvre gravé de Rembrandt. Près de 85 gravures témoignent de la diversité des thèmes abordés : des scènes bibliques, mythologiques et allégoriques, mais aussi des scènes de la vie quotidienne, comme cette conversation entre deux agriculteurs convenant qu’il fait « un froid rigoureux » (« tis vinnich kout »). Outre des paysages, des nus et des portraits, ce sont surtout les autoportraits qui sont très connus. Parmi les chefs-d’œuvre de l’exposition, citons La Pièce aux cent florins (ca 1648), l’autoportrait de Rembrandt appuyé sur un rebord de pierre (1639), Adam et Eve (1638) ou Vue d’Amsterdam (ca 1640-1641) ».

La particularité de ces gravures ? Rembrandt « maîtrise le medium de façon magistrale et joue souvent avec la lumière et l’ombre. Il semble posséder par-dessus tout un talent photographique avant la lettre. Son sens aigu de l’observation et son sentiment du timing font souvent de ses gravures une sorte d’« instantané », saisissant le moment, juste avant ou juste après l’action ». Dans Tobie l’aveugle (De Blinde Tobit, 1651), Rembrandt illustre une scène biblique : « il ne s’agit pas du moment précis où le père et le fils tombent dans les bras l’un de l’autre après avoir été longtemps séparés, mais celui juste avant, quand le père se précipite vers la porte, dans un mélange d’enthousiasme et d’anxiété. Tout semble par ailleurs très réaliste : pas de corps idéalisés chez Rembrandt, mais un Adam et Ève (1638) de chair et de sang ». 

L’intérêt de cette exposition réside aussi dans la réunion de gravures originales du XVIIe siècle : « la plupart des épreuves ont été réalisées par Rembrandt lui-même ou dans son atelier. Dans ses peintures, de larges parties étaient souvent réalisées par des élèves. Dans ses gravures par contre, ce qui est de sa main ou non laisse peu de doute : une plaque de gravure est si petite que seul le maître a pu y travailler ». 

Ces gravures sont issues de la collection privée du Néerlandais Jaap Mulders. Entrepreneur et ancien directeur du Ballet national des Pays-Bas, Jaap Mulders « collectionne depuis plus de 15 ans des gravures originales de Rembrandt ». Il en détient environ 150, la moitié des 290 gravures créées par l’artiste. 

Une application permet au visiteur muni d’une tablette « d’apprécier la complexité des techniques utilisées ». 

Jusqu’au 29 mai 2016 
Rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles 
Tél. : 0032 2 507 82 00
De mardi à dimanche de 10 h à 18 h, le jeudi de 10 h à 21 h

Visuels :
Rembrandt, Autoportrait appuyé sur un rebord de pierre, 1639 © Stichting Rembrandt op Reis 
Rembrandt, Tobie aveugle, 1651 © Stichting Rembrandt op Reis 

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