dimanche 24 juillet 2016

« Tabloids. Splendeur et décadence de la presse à scandale » de Jean-Baptiste Péretié


Arte diffusera les 24 et 31 juillet 2016, dans le cadre du Summer of Scandals, « Tabloids. Splendeur et décadence de la presse à scandale » (Tratsch Und Totschlag. Aufstieg und Niedergang der Skandalpresse). Le « récit de l'irrésistible ascension des tabloïds, avant leur chute et leur résurrection sur Internet. Une enquête éclairante menée sur un ton décalé ».


« Corps sans tête dans bar à nibars », « Des abeilles tueuses foncent vers le Nord »... : racheté en 1976 par Rupert Murdoch, le roi de la presse tabloïd, le New York Post s'est rendu célèbre par ses unes racoleuses, à l'instar de ses cousins britanniques The Sun et News of the world, deux autres titres du magnat australien ».

Fleet Street
Les journalistes de ces deux journaux du groupe Murdoch fréquentent les pubs de Fleet Street à la recherche de potins et scoops.  En page 3, des femmes aux seins nus illustrent des articles à la teneur inventée. The Sun se placent du côté des progressistes, de ceux aimant "se marrer, les belles femmes et le sexe". Bref, du "fun pour oublier les soucis". En quelques années, le journal moribond est acheté et lu par des millions de lecteurs.

Une formule exportée aux Etats-Unis et appliquée au New York Post, journal plus politique. Rédacteur en chef, Kelvin McKenzie se voit intimer l'ordre par Murdoch de modérer le ton du journal. Pour The Sun, il a inventé la "malédiction de la photographie du garçon en pleurs" en tablant sur la crédulité des lecteurs. Il a organisé une manifestation anti-Delors en mobilisant les Britanniques.

Titres racoleurs
Le National Enquirer bénéficie d'une armada de gens payés pour leurs tuyaux. Il a publié la photographie de Presley mort et a couvert le procès d'O.J. Simpson, célèbre sportif accusé d'avoir tué son épouse et le compagnon de cette dernière. "Briser le mythe", c'est aussi le but du tabloïd.

« Exploitant le voyeurisme de ses lecteurs et abusant de leur crédulité, la presse à scandale s'est surtout développée dans les pays anglo-saxons, où le droit en la matière est moins strict qu'ailleurs. Avec, toujours, la même recette éprouvée : « Seins nus, chien, enfant, un des Kennedy », comme le résume avec humour un journaliste. Soit un savant dosage de faits-divers montés en épingle, de sexe extraconjugal et d'histoires abracadabrantes, - la (sur)vie cachée d'Elvis Presley, un vieil homme habitant avec un alligator, etc. »

« Comptant au sommet de leur succès plusieurs millions de lecteurs chacun, et ayant inspiré d'autres tabloïds plus soft dans le reste du monde, y compris en France (Voici, Closer, etc.), ces titres ont périclité ces trente dernières années après avoir choqué l'opinion, en poussant trop loin leurs méthodes : paparazzis charognards à la mort de Lady Di en 1997, écoutes téléphoniques des stars" et de politiciens - Tony Blair - "en 2011 ayant entraîné la fermeture de News of the world ». Lady Di ? "Une garantie de vente hors pair", confie un journaliste du Bild. Michael Leshay, paparazzi, a conscience de la précarité de son job

Fasciné par le Daily Mirror, Axel Springer crée le Bild, journal anti-communiste et "pétri de sensationnalisme", qui tire à plusieurs millions d'exemplaires. Dans les années 1990, Bild publie les photos du prince Charles nu. Ce que n'osaient pas faire les tabloids britanniques.

Les « tabloïds sont morts, vive la culture tabloïde à l'ère d'Internet (trash TV, sextape, revenge porn, etc.) ! Celle-ci triomphe désormais sur tous les écrans où chacun peut exposer ses petits secrets ». Avec des coûts de production moins élevés et une rapidité d'action accrue.

Dès les années 1980, des émissions télévisuelles ont estompé la ligne départageant le privé du public. Tout un chacun est invité à s’épancher devant la caméra sur son intimité. Parallèlement, des vedettes ont accepté la publication de faits relevant de leur vie personnelle, voire négocié, parfois financièrement, leurs modalités de divulgation. Leurs agents téléphonent aux tabloïds pour obtenir des articles. Des inconnus accèdent à une célébrité éphémère.

C’est Closer qui a révélé la relation entre le Président de la République François Hollande et l’actrice Julie Gayet, en publiant en janvier 2014 les photographies du Président la rejoignant, casqué, sur une moto, dans un appartement près de l’Elysée. Ce qui a soulevé des interrogations sur la sécurité dont bénéficiait le chef de l’Etat. « C'est probablement le plus gros coup du magazine en dix ans. C'est l'histoire qui a suscité le plus de reprises, c'est clairement ce qui a assis la notoriété de Closer », a déclaré Laurence Pieau, la directrice de la rédaction de Closer, en 2015. Dès fin 2014, Closer a publié des interviews de politiciens. « C'est une façon de réaffirmer la spécificité de notre magazine en terme de peopolisation. Les hommes et femmes politiques font partie depuis 2006 de l'univers de Closer. Comme l'ont très bien dit Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire, c'est l'occasion de toucher un autre lectorat, de parler au plus grand nombre. Nous sommes, par exemple, leaders chez les femmes de moins de 50 ans. La presse people permet de toucher des lecteurs et lectrices qui sont aussi des électeurs », a observé Laurence Pieau. 

Quant à Voici, il a publié en novembre 2014 des photographies prises du Président dialoguant dans les jardins de l’Elysée avec la comédienne. De nouveau, la sécurité du Président a suscité des questionnements. Des faits que les mainstream média avaient maintenus secrets ou ignoraient.

Le 23 juillet 2016, dans un article sur le tireur dans un centre commercial de Munich (Allemagne), Closer a allégué à tort  que ce terroriste serait un "Germano-Israélien", alors qu'il est germano-iranien. Le magazine a rectifié, mais quel lapsus révélateur notamment d'un déni de la réalité ! Bilan de l'attentat : neuf morts et seize blessés.

« Documenté et émaillé de témoignages édifiants de rédacteurs en chef lucides et cyniques, de paparazzis désenchantés et de celui, touchant", de la chanteuse Gennifer Flowers, qui "affirme avoir été la maîtresse de Bill Clinton, ce film décrypte un phénomène en constante évolution ». Pour Gennifer Flowers, Clinton "jouait avec son esprit et son corps". En 1992, elle a négocié avec le Star le tarif pour ses révélations sur sa relation de douze ans avec le gouverneur. Sa vie est bouleversée. Gennifer Flowers pose pour Penthouse. Interviewé lors d'une émission télévisée sérieuse, Bill Clinton, assis près de son épouse Hillary, nie. Éhontément.


Quark Productions, Arte, 2012, 73 min
Sur Arte les 24 juillet à 22 h 15 et 31 juillet 2016 à 2 h 15
Visuels : © Quark Productions

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Les citations sont extraites du site d'Arte.

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