jeudi 2 février 2017

« L'appartement de ma grand-mère » par Arnon Goldfinger


Arte diffusera le 5 février 2017 « L'appartement de ma grand-mère » (Die Wohnung, HaDira en hébreu) par Arnon Goldfinger. « À la mort de sa grand-mère, Arnon Goldfinger découvre l'amitié qui liait ses grands-parents », Juifs allemands ayant immigré en Palestine mandataire dans les années 1930 « à un officier nazi. Une plongée singulière dans l'histoire de l'Allemagne et d'Israël ». Les perceptions différentes de la Shoah selon les générations.


Un des meilleurs jeunes joueurs d’échecs israéliens, puis un brillant étudiant en cinéma de l’Université de Tel Aviv, et un documentariste loué par les critiques et le public… Arnon Goldfinger a rapidement enseigné dans le Département Cinéma à l’Université de Tel Aviv et en 1990, il a dirigé le 3e Festival du film estudiantin de Tel Aviv.

Il est l’auteur des courts métrages The Benny Zinger Show (1993) et Anne’s Way (1995).

En 2000, sort son documentaire The Komediant (85 min). L’histoire des Burstein, célèbre famille d’artistes de vaudevilles du théâtre Yiddish aux Etats-Unis : Pesach Burstein, son épouse Lillian Lux, son fils Mike Burstyn et sa fille Susan Burstein-Roth. Réalisé pour le centenaire de Pesach Burstein en 1996, ce film présente des images rares du théâtre yiddish de spectacles des années 1930 - Megilla of Itzik Manger, A Khasene in Shtetl – et bénéficie comme narrateurs de Lillian Lux, Mike Burstyn, et Fyvush Finkel. Premier documentaire à être diffusé commercialement en Israël, ce film a été distingué par le Prix du Meilleur documentaire de l’Académie israélienne, et couvert de tant de louanges que Yedioth Ahronoth a élu Arnon Goldfinger dans le Top 5 des personnalités du cinéma en 2000. Ce documentaire a été distribué dans une cinquantaine de cinémas aux Etats-Unis, dont le Lincoln Plaza à New York.

« Yekke et Bildung » (Juifs allemands et courtoisie)
« L'appartement de ma grand-mère » (The Flat) est le deuxième long métrage documentaire de Arnon Goldfinger.

« Deux mois après la mort de sa grand-mère » Gerda Tuchler à l’âge de 98 ans, Arnon Goldfinger « entreprend avec sa famille de vider le vaste appartement qu’elle occupait depuis soixante-dix ans à Tel-Aviv » au 3e étage d’un immeuble de style Bauhaus.


« Arrivée d’Allemagne avec son mari dans les années 1930, Gerda Tuchler n’avait jamais appris l’hébreu, s’exprimait le plus souvent en allemand et conversait en anglais avec ses petits-enfants ».

Parmi les boites de gants et de chaussures, les fourrures en renard, les livres et les boites emplies de lettres, Goldfinger découvre de vieux journaux allemands. Parmi eux : un exemplaire de Der Angriff (L’Attaque), journal de propagande nazie créé par Goebbels. Dans ce numéro, figure un article intitulé Un Nazi en Palestine, illustré d’une photo de son auteur, le baron ». Leopold von Mildenstein et son épouse accompagnés de Gerda et son époux Kurt Tuchler.

« La première rencontre entre [mes grands-parents et von Mildenstein] était liée au voyage qu’ils ont fait en septembre 1933. Von Mildenstein était alors un journaliste célèbre pour ses carnets de routes. Il était déjà membre du parti nazi et membre de la SS. Mon grand-père était magistrat, et un des principaux militants du mouvement sioniste à Berlin. La relation entre les deux hommes était alors professionnelle. Mais j’ai découvert que, lors de ce séjour, leur relation est devenue personnelle. Selon moi, leur relation a été emplie de contradictions, pleine d'ambiguïtés, parce que d’un côté von Mildenstein était un Nazi, et mes grands-parents étaient juifs, mais, d’un autre côté, ils étaient tous Allemands », a expliqué Arnon Goldfinger.

Et d’ajouter : « En 1933, quand les Sionistes en Allemagne ont entendu que ce journaliste allait se rendre en Palestine [sous mandat britannique] afin d’écrire sur la Palestine [mandataire] d’un point de vue sioniste, il était important d’avancer l’idée de la nation sioniste comme solution au « problème juif »… Si vous lisez les articles de von Mildenstein, le Juif qui apparaît en Palestine est un Juif différent. Ce n’est pas le Juif faible – vous pouvez déjà sentir des allusions antisémites dans son article – [von Mildenstein] écrit à propos du « nouveau Juif », le Sioniste, le pionnier, celui qui a conquis une nouvelle terre, qui a de la force et du pouvoir. Les von Mildenstein et mes grands-parents ont parcouru ensemble la Palestine pendant deux mois. Et von Mildenstein a écrit une série d’articles dans Der Angriff, journal officiel de Goebbels… Garder cette relation après la guerre, cela a été un grand choc pour moi, et c’était très dur à comprendre. Il y a quelques explications : je ne vois pas mes grands-parents comme Israéliens. Ma grand-mère a quitté l’Allemagne à l’âge de 28 ans et a vécu 70 ans en Israël, mais elle était une Allemagne qui a habité en Israël. C’est un fait important pour comprendre le mystère. Mes grands-parents et de nombreux autres Juifs allemands de leur génération étaient sionistes, mais, à bien des égards, ils vivaient en Israël en exil. Ils ne pouvaient pas se mêler à la culture israélienne moyen-orientale. Ils ne parlaient pas beaucoup la langue. Ils ne pouvaient pas aller au théâtre ou lire la littérature locale ou les journaux – et la plupart des Juifs allemands étaient très cultivés. Ils pouvaient simplement assister aux concerts de l’Orchestre symphonique de Palestine. C’est là qu’ils se sentaient chez eux… Les Juifs allemands étaient très patriotes. Mon grand-père a combattu pendant quatre ans lors de la Première Guerre mondiale et a obtenu deux Croix de Fer… Pour mes grands-parents, ce qui est arrivé en Allemagne était un choc incompréhensible ». Ils étaient dans une forme de déni après guerre.

« En enquêtant sur cette relation inattendue », Arnon Goldfinger « comprend que l’amitié des deux couples a survécu au IIIe Reich et à l'Holocauste, bien que Leopold von Mildenstein ait été cité par Eichmann, lors de son procès en 1961, comme un homme important dans la hiérarchie du régime nazi et comme un « spécialiste de la question juive ». Quel rôle a-t-il joué alors que l’extermination des juifs d’Europe se mettait en place ? Comment expliquer que les grands-parents du réalisateur aient continué à le fréquenter par la suite ? » Et ce, alors que l’arrière-grand-mère maternelle du réalisateur, Susana Lehmann, a été déportée de Berlin à Theresienstadt en 1942, et a été assassinée par les Nazis. En outre, Leopold von Mildenstein a dirigé, avant Adolf Eichmann, le Bureau SS pour les Affaires juives.

« En partant pour Wuppertal, avec sa mère » Hannah, pour rencontrer Edda, « fille de Leopold von Mildenstein, qui a très bien connu ses grands-parents, Arnon Goldfinger découvre peu à peu un pan insoupçonné de leur existence : un lien indissoluble avec l’Allemagne soigneusement dissimulé à leurs proches, alors même que celle-ci leur a infligé des blessures dont, là encore, leur entourage ignorait tout ».

« Tout son art de réalisateur est de tourner autour de ce mystère béant avec légèreté, sans se faire procureur ni avocat, cherchant seulement à comprendre pourquoi le silence s’est ainsi installé dans sa propre famille ».

« C’est le non-dit, plus que la révélation, qui constitue la matière première de son film, à l’image de cette sépulture qu’il recherche en vain, avec sa mère, dans la végétation épaisse d’un cimetière berlinois ».

« En montrant combien la vérité sur le passé des êtres que l’on a cru connaître peut rester hors d’atteinte, son enquête familiale est une invitation à la modestie et à l’acceptation des choses ».

Ce film révèle aussi les perceptions différentes de la Shoah selon les générations : le refus de la mère du réalisateur de se tourner vers le passé, l’intérêt d’Arnon Goldfinger pour ce passé.

Coproduction germano-israélienne, présenté au Festival du film de Jérusalem en 2011, « L'appartement de ma grand-mère  » est le troisième film ayant attiré le plus grand nombre de spectacteurs en Israël en 2011.

Il a été distribué en Allemagne en juin 2012 et aux Etats-Unis en octobre 2012.

Récipiendaire de nombreux Prix dont l’Ophir du meilleur documentaire 2011, ce film a été sélectionné parmi les trois finalistes de l’Académie du cinéma allemand pour le Lola dans la catégorie Meilleur Documentaire 2013.

Présenté à la Berlinale 2013, « L'appartement de ma grand-mère » a été primé en Allemagne, en Pologne, aux Etats-Unis - Meilleur montage – Tribeca International Film Festival, 2012, FIPRESCI (Fédération international des critiques de films)...

En 2015, l’Agence fédérale d’Allemagne en charge de l’Education civique a acquis les droits du film « L'appartement de ma grand-mère  », qui est inclus dans la liste de films recommandés dans les lycées allemands. Ce documentaire est accompagné d’un kit comprenant des articles sur des sujets tels « Les cultures du souvenir en Israël », « Nazi et mémoire familiale en Allemagne ».

Pourquoi Arte diffusera-t-il ce documentaire en pleine nuit ?


« L'appartement de ma grand-mère » par Arnon Goldfinger
Allemagne, Israël, Arnon Goldfinger & Thomas Kufus, Zero One Film, avec le soutien de The New Israeli Fund for Cinema & TV, FilmForderAnstalt, Medienboard Berlin-Brandenburg, Deutscher FilmForderFond With ARTE, ZDF, SWR, Noga Communications/ Channel 8 Israel, 2011, 97 min
Sur Arte le 5 février 2017 à 2 h 50

Visuels : © DR 

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Certaines citations proviennent d'Arte.

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