Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 14 mai 2019

Alexandre Trauner (1906-1993), décorateur de cinéma


Alexandre Trauner (1906-1993) est l'un des plus grands décorateurs de cinéma. Formé à l'Ecole des Beaux-arts de Budapest (Hongrie), il s'installe en 1929 à Paris où il se lie d'amitié avec Jacques Prévert. Assistant  du décorateur Lazare Meerson sur des films de René Clair et Jacques Feyder, il devient chef décorateur en 1937 et entame une collaboration artistique, couronnée d'Oscar et de César, avec Marcel Carné, Orson Welles, Billy Wilder, Luc Besson, etc. Le 13 mai 2019, Ciné + Classic diffusera Les Ciels d'Alexandre Trauner, par Vincent Dumesnil : "«Le Quai des brumes», «Hôtel du Nord», «Les Visiteurs du soir», «Les Enfants du Paradis», «Le jour se lève» : tous ces grands films du cinéma français ont en commun la magie des décors d'Alexandre Trauner. Plus tard dans sa carrière, l'Amérique lui offre de nouveaux défis. Certaines de ses réalisations sont de véritables chefs d'oeuvre, alliant technique, audace et inventivité : «La Garçonnière», pour lequel il reçut un Oscar, et «Irma la douce», tous deux de Billy Wilder, ou L'homme qui voulut être roi», de John Huston, et son colossal décor en extérieur".
Né Trauner Sándor dans une famille juive en Hongrie, Alexandre Trauner poursuit des études à l’École des Beaux-Arts de Budapest pour devenir peintre.

En 1929, il s’installe à Paris, « ville de liberté et d’invention ». Par hasard, il est engagé par Lazare Meerson, décorateur de cinéma.

Sa rencontre en 1932 avec le poète Jacques Prévert est déterminante. De là, naît une longue amitié et une collaboration fructueuse au cinéma.

Un magicien de l’authenticité
Avec Jacques Prévert, Alexandre Trauner contribue au « réalisme poétique » des films de Carné (« Le Jour se lève », 1939) et Grémillon (« Remorques », 1940).

Quai des Brumes est réalisé par Marcel Carné (1938) sur un scénario de Jacques Prévert, avec Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan et Pierre Brasseur, et les images étaient signées Eugen Schüfftan. "Un déserteur de la Coloniale arrive au Havre, espérant s’y cacher avant de repartir à l’étranger. Dans la baraque du vieux Panama, où il trouve refuge grâce à un clochard, il rencontre le peintre fou Michel Kross et une orpheline, Nelly, dont il tombe amoureux. La jeune femme mélancolique vit chez son tuteur, Zabel, qui tente d’abuser d’elle".

Hôtel du Nord
"Hôtel du Nord, un an avant Le jour se lève, Le quai des brumes, marque à nouveau la fructueuse collaboration du tandem Carné/Prévert, qui atteindra son apogée en 1945 avec Les enfants du paradis. Reflet de la noirceur du climat d’avant-guerre, cette adaptation d’un roman de Pierre Mac Orlan en propose une version que l’écrivain lui-même qualifiera de "nettement désespérée". Le Montmartre évoqué dans le livre laisse ainsi place à l’atmosphère pluvieuse et lugubre du Havre. Michèle Morgan et Jean Gabin, au jeu retenu, composent un duo de légende, habitant cette œuvre expressionniste, comme hantée par la tragédie mondiale qui s’annonce. Bouleversant, l’acteur qui a tourné Pépé le Moko de Duvivier et La grande illusion de Renoir l’année précédente devient l’interprète privilégié d’une génération en plein désarroi. En dépit de son pessimisme, cette histoire d’amour fatal entre un déserteur et une pupille de la nation connaît un triomphe immédiat à sa sortie en salles, en 1938. Quelques années plus tard, jugé "démoralisateur" et défaitiste, le film sera interdit par le gouvernement de Vichy". Les "scènes en décor sont tournées aux studios Pathé de Joinville. Claude Briac, qui suit le tournage, commente la « vraie fête foraine qui était encore, il y a huit jours, au Havre, et qui est venue spécialement pour le film » (Ce soir, 1 février 1938). Le port du Havre a été entièrement reconstitué sur le plateau G du studio de Joinville. Trauner y a construit un décor en perspective, où on fait jouer des enfants de trois ans devant un décor à échelle réduite. D'autre part, La Cinématographie française publie un long article sur le Quai des brumes, « film d'atmosphère », dans son numéro du 11 février 1938. Selon Turquan, l'auteur de l'article, deux plateaux ont été nécessaires à la construction des décors".

Le Jour se lève
Arte diffusa les 27 avril et 15 mai 2015 Le Jour se lève, de Marcel Carné (1939), avec Jean Gabin, Arletty et Jules Berry sur un scénario de Jacques Viot. "Barricadé dans sa chambre d'hôtel, François se souvient. Il a vécu une histoire d'amour toute simple avec Françoise, orpheline comme lui, saccagée par le cynisme sans scrupules de Monsieur Valentin, montreur de chiens. Il songe aussi à Clara, la compagne malheureuse de cet homme qu'il vient de tuer sans regrets. Bientôt, la police donnera l'assaut..."

Dans Le jour se lève, "la chambre s'oppose à la rue comme le présent s'oppose au passé. En bas, les badauds attendent et aimeraient sauver le jeune homme. Mais il ne peut les comprendre. Il est trop enfermé dans son passé, qu'il revit tout au long du film. Et puis il est trop haut, au dernier étage d'un immeuble de banlieue. Tout comme la beauté des images dues à Curt Courant, les décors d'Alexandre Trauner contribuent à la perfection du film : "Nous avions un homme isolé dans l'immeuble et la foule autour qui essaie de le sauver, [...] C'est à cette impossibilité de communication qu'il fallait donner une dimension physique." (Alexandre Trauner). Un film manifeste du réalisme poétique, dans lequel Gabin, inoubliable, donne âme et chair aux dialogues de Prévert".

"L'histoire de Viot, c'était celle d'un ouvrier coincé dans une chambre d'hôtel et acculé à un crime. Dans son idée, le gars n'était pas très haut, au premier ou au deuxième étage disons. Et c'est au fur et à mesure que Jacques et Viot ont progressé sur le scénario que nous nous sommes aperçus que nous avions un homme isolé dans l'immeuble et la foule autour qui essaie de le sauver et que c'est à cette impossibilité de communication qu'il fallait donner une dimension physique. Moi, je pensais qu'il fallait qu'il soit assez haut, qu'il surplombe la foule. et que ce soit un endroit assez moderne et sinistre à la fois. Et quand j'ai dessiné ma maquette, je les ai tout de suite persuadés. Evidemment, j'ai eu plus de difficultés avec le producteur qui sait bien que plus on monte haut plus ça coûte cher et qui essayait de me faire diminuer, de rogner un étage ou deux. Heureusement, Carné et Prévert ont tenu bon et on a quand même obtenu de monter la maison comme on le voulait. Il s'agit vraiment ici de conception et il faut l'admettre comme telle ; on ne peut pas toucher au principe. Il ne reste qu'à persuader les autres. Souvent mon travail c'est aussi de persuader des gens. Je n'ai eu ici aucune difficulté à persuader Prévert et Carné qui étaient entièrement d'accord avec moi, et Viot aussi. Ensemble ensuite, après de longues luttes avec le producteur, nous avons obtenu un décor tout de même assez exceptionnel et qui a prouvé que nous avions raison. Il fallait vraiment que notre personnage soit isolé, inaccessible, tout petit en haut de ses cinq étages", a déclaré Alexandre Trauner.

Pendant l’Occupation, cet artiste Juif travaille dans la clandestinité : « Les visiteurs du soir » (1942), Les Enfants du Paradis (1944).

Les Portes de la nuit
"Dernière manifestation cinématographique du courant réaliste poétique créé par Marcel Carné et Jacques Prévert, Les portes de la nuit sort en 1946. Réalisme poétique et noirceur mythique pour ce film sans concessions sur l'après-guerre en France, servi par Yves Montand, Pierre Brasseur, Serge Reggiani, et accompagné de ce qui deviendra un tube, "Les feuilles mortes".

"Février 1945 à Paris, pendant l’hiver qui suit la Libération. Diego, un ancien résistant, retrouve dans le quartier de Barbès-Rochechouart un camarade de combat, Raymond Lécuyer, qu’il croyait mort. Cette même nuit, "le Destin", un clochard, lui prédit qu’il va rencontrer la plus belle femme du monde. De fait, le regard de Diego ne tarde pas à croiser celui de la belle Malou, la fille de Sénéchal, un vieux bourgeois collabo…"

A sa sortie, "on reproche au film sa noirceur, alors que Paris est encore plongé dans le rationnement et les difficultés économiques. C'est un échec commercial, sans doute parce que, après quatre ans d’occupation et de guerre, le public aspirait à des images plus optimistes. Pressentis au départ, Marlene Dietrich et Jean Gabin renoncent au tournage. Ils sont remplacés par Nathalie Nattier, une débutante, et Yves Montand, dont ce n’est que le deuxième film".

"À ce contretemps succède le "scandale" de la station Barbès-Rochechouart, dont la reconstitution en studio se révèle hors de prix. C’est pour ce film qu’a été écrite l’immortelle chanson de Jacques Prévert et Joseph Kosma "Les feuilles mortes".

"Les portes de la nuit, aujourd’hui célébrées comme un classique du septième art hexagonal, permettent de retrouver quelques-uns des grands acteurs de l’époque : Pierre Brasseur, Serge Reggiani, Saturnin Fabre, Julien Carette, Raymond Bussières, Dany Robin et Jean Vilar, dans l’une de ses rares apparitions au cinéma".

Hollywood
Il conçoit des décors pour Billy Wilder - il reçoit l'Oscar du meilleur décor pour « La Garçonnière » (1960) et reconstitue l'Angleterre victorienne pour La vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) -, Losey (« Monsieur Klein », 1976), Orson Welles, William Wyler, Jean-Luc Besson, etc.

Avec Willy Holt, Marcel Bogos et Rodica Savin, il a co-signé les décors des Mariés de l'an IIde Jean-Paul Rappeneau, avec Jean-Paul Belmondo, Marlène Jobert, Pierre Brasseur, Sami Frey, Laura Antonelli, diffusé par France 3. 

Cet astucieux « architecte de l’éphémère », excelle autant dans la reconstitution historique (« L’homme qui voulut être roi » (The Man Who Would Be King) de John Huston, 1974) que dans la réalité quotidienne (« Tchao Pantin », de Berri, 1983), et recourt à la perspective pour donner l’illusion de la profondeur - « La Garçonnière », de Billy Wilder, 1960) - ou dramatiser la scène.

Maquettes de décors de films et photos inédites rendent hommage à ce talentueux décorateur de cinéma, peintre et photographe lors d’expositions, notamment à la galerie Berthet-Aittouarès.

La projection de films a accompagné l'exposition à l’Institut hongrois de Paris et à l’Atelier An. Girard en 2003. 

A découvrir : les photographies en noir et blanc de ses voyages ou repérages au Maroc, en Italie et au Kenya. Elles révèlent son sens de la composition et des lumières accentuées...

En 2012, l'Atelier An. Girard a présenté les photographies en noir et blanc prises par Alexandre Trauner lors de ses flâneries ou repérages à Paris de 1937 à 1940. Ce décorateur avait saisi une ville alors populaire, avec ses échoppes, ses métiers, etc.

Arte a diffusé les 23 décembre 2014, 7 et 13 janvier 2015 Fedorade Billy Wilder (1978) dont les décors sont signés par Alexandre Trauner.

Arte diffusa les 27 avril et 15 mai 2015 Le Jour se lève, de Marcel Carné (1939), avec Jean Gabin, Arletty et Jules Berry. La Cinémathèque française a présenté l'exposition Profession Chef décorateur (3 décembre 2014-28 juin 2015) avec des dessins d'Alexandre Trauner.

Le 28 avril 2016, Arte diffusa Othello, d'Orson Welles et le 3 avril 2017 Les Portes de la nuit, de Marcel Carné.

"Les Ciels d'Alexandre Trauner"
Les Ciels d'Alexandre Trauner, (Les Films d'Ici, 2016) est un documentaire réalisé par Vincent Dumesnil : « Le Quai des brumes », « Hôtel du Nord », « Les Visiteurs du soir », « Les Enfants du Paradis », « Le jour se lève » : tous ces grands films du cinéma français ont en commun la magie des décors d'Alexandre Trauner. Plus tard dans sa carrière, l'Amérique lui offre de nouveaux défis. Certaines de ses réalisations sont de véritables chefs d'oeuvre, alliant technique, audace et inventivité : « La Garçonnière », pour lequel il reçut un Oscar, et « Irma la douce », tous deux de Billy Wilder, ou L'homme qui voulut être roi », de John Huston, et son colossal décor en extérieur".

« Les ciels d’Alexandre Trauner » nous plonge dans l’envers des décors du cinéma à travers la vie de l’un des plus grands chef-décorateurs du siècle passé : Alexandre Trauner. Le film s'appuie sur des archives inédites qui révèlent les secrets de fabrication des décors aussi prestigieux que ceux de "Quai des brumes", "Les enfant du paradis" avec Carné et Prévert, "Hôtel du nord", "Coup de torchon", mais aussi en passant par Hollywood, des films d’Orson Welles, de Billy Wilder, de John Huston et bien d’autres. Un enchantement visuel nourri par la voix d'Alexandre Trauner et le témoignage des cinéastes qui l'ont connu dont Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Jeunet.

 Les Ciels d'Alexandre Trauner, par Vincent Dumesnil
 Les Films d'Ici, 2016
Sur Ciné + Classic les 18 janvier 2018 à 12 h 10 et 13 mai 2019 à 12 h 10

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié par Actualité juive hebdo en une version concise, et le :
- 26 octobre 2012 sur ce blog alors qu’une collection de lettres, dessins, maquettes, photos et carnets d’Alexandre Trauner (1906-1993) a été mise en vente le 24 octobre 2012 à Drouot (Paris) et que débute l'exposition sur Les Enfants du Paradis de Marcel Carné à la Cinémathèque française ;
- 8 décembre 2013. Arte a diffusé La vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes), de Billy Wilder qui en avait confié le décor à Alexandre Trauner ;
- 23 décembre 2014 ;
- 1er février 2015. Arte a diffusé les 1er,  5, 11 et 16 février 2015 Quai des Brumes, de Marcel Carné (1938) sur un scénario de Jacques Prévert, avec Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan, Pierre Brasseur et Robert Le Vigan, et les images étaient signées Eugen Schüfftan ;
- 27 avril et 30 décembre 2015, 27 avril 2016, 3 avril 2017, 18 janvier 2018.

lundi 13 mai 2019

« Le cinéma dans l'œil de Magnum » par Sophie Bassaler


Arte diffusera le 15 mai 2019 « Le cinéma dans l'œil de Magnum » (Filmikonen - Magnum Photos und das Kino) par Sophie Bassaler. « À l’occasion des 70 ans de Magnum, retour sur le lien noué entre les photographes de l'agence mythique et le monde du cinéma. Une plongée unique dans le regard des créateurs, parmi lesquels Robert Capa, Cartier-Bresson, ou Josef Koudelka ».

Lauren Bacall (1924-2014)

      « L'agence Magnum, créée en 1947 par Robert Capa, est intimement liée au cinéma ».

« Ses photographes iconiques, Capa lui-même, Cartier-Bresson ou plus tard Josef Koudelka, ont accompagné des tournages, leurs réalisateurs et leurs vedettes ».

« Ils ont ainsi documenté des scènes de vie quotidienne, de travail, ou choisi de s'écarter du cadre pour immortaliser leur propre vision artistique ».

« Venant du reportage de guerre ou du documentaire, ces photographes du réel ont appliqué leurs méthodes de travail à ce monde d’illusions : appareil léger, lumière naturelle, photo sur le vif et sans retouches ».

« Marilyn Monroe, James Dean, Kate Winslet, Michelangelo Antonioni ou Theo Angelopoulos sont passés sous l'œil de l'agence, instaurant un lien unique qui perdure depuis plus de soixante-dix ans ».

« C’est par amour pour l’actrice Ingrid Bergman que Robert Capa prend la toute première photo de cinéma de Magnum sur le tournage des Enchaînés d’Alfred Hitchcock, inaugurant cette histoire entre l’agence et le septième art ».

« À partir de nombreux récits inédits, le documentaire retrace tout un fil d’histoires croisées entre deux mondes qu’a priori tout oppose, la fiction et le réel, comme cette rencontre en 1994 entre le réalisateur Theo Angelopoulos et Josef Koudelka. Ils puiseront dans les Balkans, lieu de tournage du film Le regard d'Ulysse, des clichés et plans extraordinaires, tout en gardant chacun leur signature unique ».

« Un témoignage passionnant sur le regard des créateurs, artistes de l'image, qu'ils soient derrière une caméra ou un appareil photo. »


« Le cinéma dans l'œil de Magnum » par Sophie Bassaler
France, 2017
Sur Arte les 15 mai 2019 à 22 h 30 et 2 juin 2019 à 5 h 15

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent d'Arte.

lundi 6 mai 2019

« Notre Europe, quelle histoire ! » par Martin Carazo Mendez et Christel Fomm


Arte diffusera du 6 mai au 17 mai 2019 « Notre Europe, quelle histoire ! » (Ach, Europa!), série documentaire « politiquement correcte » en dix volets par Martin Carazo Mendez et Christel Fomm. « De l'Antiquité grecque à l'UE des Vingt-Huit, dix épisodes pour réviser les grandes étapes de l'histoire européenne ».


« Étape essentielle de la construction européenne, le traité de Rome a été signé le 25 mars 1957 ».

« Cette série documentaire en dix épisodes retrace les grandes étapes qui ont forgé l'Europe que nous connaissons aujourd'hui ».

Bref, une histoire téléologique, sans critique de l’Union européenne actuelle et en assimilant "l'Europe" à une "Union européenne" (UE) sans limite géographique, ayant obtenu de larges transferts de souverainetés de ses Etats membres, profondément divisée sur sa nature, son identité, son devenir - fédération ? - ou ses compétences, etc.

« Une traversée teintée d'humour, d'esprit critique et d'émotion, grâce notamment aux apartés irrévérencieux offerts par deux comédiennes, l'une allemande, l'autre française, Annette Frier et Antonia de Rendinger ». Leurs commentaires se veulent drôles, mais me semblent souvent sots.

« L’histoire  commence par un mythe grec fondateur, celui de l’union entre Zeus et la jeune princesse Europe ».

« La culture méditerranéenne et la civilisation occidentale trouvent en effet leurs racines dans l'Antiquité grecque, puis romaine ». Et pas dans l’Antiquité juive ?

« Les peuples "barbares" du nord du continent ont également transmis une part de leur héritage ».

Le judaïsme apparaît en étant présenté comme la première religion monothéiste et pour expliquer la naissance du christianisme.

« Dans l’Antiquité tardive, les migrations bouleversent l’Europe occidentale ». De mon temps, on appelait ces migrations les « invasions barbares ». Mais, c’était avant…

Les tribus germaniques donnent le ton en s’installant au sein de l’Empire romain, où elles trouvent un climat plus clément ».

« Dans tout le monde romain, le christianisme progresse. Avec le règne de l’empereur Constantin Ier (310-337), Byzance devient Constantinople, un centre de la chrétienté européenne ».

« Avec l’ère d’Al-Andalous (711-1492), la péninsule ibérique se trouve pour près de huit cents ans sous domination musulmane » et les non-musulmans soumis à la dhimmitude. La série véhicule le mythe "al-Andalus" et celui selon lequel le monde chrétien aurait renoué avec la philosophie antique grâce aux Arabes musulmans. Il évoque aussi l'"âge d'or des sciences arabes".

« Cette période voit fleurir les sciences et la philosophie, mais aussi le fanatisme et les guerres saintes ». Avant d'évoquer les Croisades, époque où les chrétiens "se seraient forgés une identité collective, la voix off cite la conquête de la "Palestine". Le documentaire met sur le même plan les violences des uns et des autres. Il insiste sur les atrocités commises par les chrétiens contre leurs coreligionnaires et des musulmans. Mais omet sciemment celles ayant émaillé le djihad.

« Cependant, au-delà des affrontements politiques et idéologiques qui animent l'ère d’Al-Andalous (711-1492), le grand commerce renaissant contribue à relier les peuples d’Europe ». Grâce à qui ? Les Lombards, les Juifs… Venise s'affirme en "plaque tournante du commerce entre Orient et Occident" qui apprécie la cannelle, le poivre, le gingembre... Les Italiens "inventent des lettres de paiement améliorées en lettres de change. Le paiement en numéraire vient d'être créé". Une révolution en Europe. Le raccourci historique entre la faillite d'une banque médiévale et celle de Lehman Brothers lors de la crise des subprimes parait infondé.

« L’Europe médiévale est ravagée par les épidémies, les disettes et les guerres, qui menacent de faire vaciller les fondements de l’Occident chrétien ».

Les paysans se révoltent. 1525 : les paysans souabes rédigent un Manifeste.

Ce volet évoque les sorcières dans le monde chrétien, mais non dans l'univers islamique.

Jeanne d'Arc "représente la conscience nationale qui se développe". Et le documentaire d'ironiser sur des "récupérations contemporaines" en citant le Front national.

« Puis le continent connaît avec la Renaissance un renouveau artistique et intellectuel sans précédent, nouvelle grande étape dans le développement d’une âme européenne ».

Nicolas Copernic, homme d'église, s'intéresse à l'astronomie.

« Avec les progrès de la navigation, les Européens traversent l’Atlantique et entrent dans l’âge des conquêtes - en commettant parfois sur leur passage pillages et crimes contre les peuples autochtones ». Christophe Colomb "n'a pas conscience de l'importance de sa découverte" : le Nouveau Monde où ils découvrent le maïs.

Le 7 juin 1494, à Tordesillas (Castille) dans la province espagnole de Valladolid, la Castille et le Portugal signent sous l'égide du pape Alexandre VI le traité de Tordesillas, par lequel ils se partagent le Nouveau Monde, "terra nullius".

« Le désormais vieux continent, les guerres de religion vont bientôt faire rage, car le protestantisme de Luther ébranle l’Église catholique ». L'imprimerie permet aux partisans de Luther et à la Papauté de diffuser leurs idées. Est imprimée la Bible traduite en allemand. "Le paysage religieux se morcelle en Europe". « Avec la Réforme, l’Occident chrétien connaît son schisme le plus grave ».

En Angleterre, le souverain, le roi Henri VIII, crée sa religion, l'anglicanisme. "Grâce à Elisabeth 1ère, l'Angleterre connait un véritable âge d'or". William Shakespeare révolutionne le théâtre et "marque la langue anglaise". Il "écrit des pièces pour le peuple". Le Brexit est présenté négativement pour la Grande-Bretagne !? Alors que son économie est florissante malgré les prévisions d'experts ayant prévu le départ des grandes sociétés vers l'Europe continentale...

1648. La paix de Westphalie met fin à la guerre de Trente Ans. Est affirmé alors politiquement l’État-nation moderne, entité juridique détenant le monopole de la violence légitime et personne morale dans le cadre du droit international. Sur le plan religieux, s'applique le principe exprimé par la maxime latine "Cujus regio, ejus religio" (« A qui appartient la région, de celui-là la religion ») : la religion du souverain détermine celle de l'Etat et des habitants. Un nouvel ordre qui passe par l'équilibre des puissances, sans supprimer la guerre. Une longue ère, coupée de parenthèses guerrières, qui disparaît avec la Première Guerre mondiale.

« Avec l’avènement de Louis XIV, la France domine l’Europe du XVIIe siècle ».

« Le Roi-Soleil darde ses rayons sur tout le continent, faisant de nombreux envieux parmi les souverains des pays voisins ».

« L’Europe connaît un boom architectural historique, avec l’édification d’innombrables châteaux – jusqu'à la Russie de Pierre le Grand, qui bâtit ex nihilo sa grandiose capitale, Saint-Pétersbourg ».

« La riche Hollande connaîtra elle aussi son heure de gloire ».

« Mais cet essor du continent européen s’appuie pour partie sur la traite négrière ». Un récit qui vise à culpabiliser les Européens blancs chrétiens car il n'évoque pas les autres traites négrières ou la mise en esclavage d'Européens par des musulmans, notamment par la piraterie barbaresque…

« Les idéaux des Lumières sont dans l’air du temps ».

« Mais les Français ne sont pas les premiers à faire leur révolution : de l’autre côté de l’Atlantique, les colons blancs se sont affranchis de la tutelle britannique – une soif de liberté qui s’exporte dans presque toute l’Europe ».

« Les desseins impériaux de Napoléon Bonaparte vont ensuite remodeler le continent, avant sa défaite face à l’Angleterre, dont la grande révolution ne sera pas politique mais industrielle » et se généralisera sur le continent européen. En France, des entrepreneurs et financiers de la grande bourgeoise juive - Rothschild, frères Péreire, familles Camondo et Ephrussi, Osiris - y jouent un rôle éminent.

« En 1824, un certain Beethoven achève de composer sa neuvième symphonie qui deviendra, bien des années plus tard, l’hymne de tout un continent ».

« Malgré les progrès scientifiques fulgurants de la fin du XIXe siècle, les inégalités et la misère sévissent partout en Europe – une situation qui exacerbe les nationalismes ».

A Paris, une avant-garde artistique, composée notamment de Manet, s'oppose au classicisme.

Sous la férule de Bismarck, l'Allemagne s'unifie en un empire victorieux de la France dirigée par Napoléon III.

« Les tensions atteignent leur apogée avec l’éclatement de la Première Guerre mondiale, conflit d’une férocité sans précédent qui va marquer durablement l’imaginaire européen ».

« L’expérience terrible de la Grande Guerre laisse le continent exsangue, et de plus en plus divisé entre fascisme et communisme ».

Les Années folles correspondent aussi à l'émancipation des femmes qui combattent pour obtenir le droit de vote, notamment en France. "Paris est une fête", écrit le romancier américain Hemingway.

« La première épreuve de force éclate avec la guerre d’Espagne, qui suscite l’engagement inédit de combattants venus de l’Europe entière » : les volontaires des Brigades internationales. Picasso peint Guernica, la cité basque bombardée par les forces allemandes nazies et italiennes fascistes (1937).

« La montée et l’alliance des fascismes européens débouche sur une terrifiante "guerre totale", qui laisse l’Europe en ruine ». Le documentaire en profite pour fustiger et amalgamer populistes, extrémistes...

Certes, ce film montre des déportés dans des camps. Mais "l'impensable" est indicible : ce documentaire ne nomme pas la Shoah au cours de laquelle six millions de Juifs ont été assassinés par les Nazis et leurs complices. Ni le temps des ghettos.

« La reconstruction – physique et morale – sera longue et pénible ».

« Que peut-on attendre d’un continent qui vient à deux reprises de précipiter le monde dans le chaos ? »

« Après 1945, avec la guerre froide entre systèmes communiste et capitaliste, le rideau de fer devient le symbole de la scission entre l’Est et l’Ouest pendant quarante ans ».

« Mais le rêve d’autodétermination, de paix et de liberté travaille les sociétés en profondeur : il est à l’origine d’un projet d'union qui grave dans la pierre la liberté de circulation et le respect des droits de l'homme ». Une UE qui a quasi-détruit le droit d'auteur.

« Si le continent garde ses imperfections, ses divisions idéologiques et ses scepticismes, l’Europe d’aujourd’hui reste, au regard de sa longue histoire, plus unie qu’elle ne l’a jamais été ». Et plus bureaucratique. Et moins démocratique. Et avec un Etat, Chypre, en partie occupé par la Turquie. Et désunie quant à son avenir. Avec des élites politico-médiatiques se méfiant de peuples attachés à la souveraineté nationale, à leur civilisation menacée par le djihad.


« Notre Europe, quelle histoire ! » par Martin Carazo Mendez et Christel Fomm
Allemagne, 2016
« L'aube d’une civilisation » (Europa entsteht im Orient) : le 6 mai 2019 à 18 h 10
« Des empereurs et des dieux » (Von Göttern und Kaisern) : le 7 mai 2019 à 18 h 10
« Du Moyen Âge à la Renaissance » (Es werde Licht) : le  9 mai 2019 à 18 h 10
« Entre ciel et enfer » (Zwischen Himmel und Hölle) : le 10 mai 2019 à 18 h 15
« Dans l’ombre du Roi-Soleil » (Europas Sonnenstich) : le 13 mai 2019 à 18 h 10
« La ruée vers l'abîme » (Mit Volldampf in die Katastrophe) : le 15 mai 20149 à 18 h 15
« Fossoyeurs et utopistes » (Traumtänzer und Totengräber) : le 16 mai 2019 à 18 h 10
« La découverte de la paix » (Die Entdeckung des Friedens) : le 17 mai 2019 à 18 h 10
                                        
Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le documentaire sont d'Arte