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jeudi 3 septembre 2026

John Schlesinger (1926-2003)

John Schlesinger (1926-2003) était un acteur, scénariste, réalisateur - Un amour pas comme les autres, Darling chérie, Macadam Cowboy, Marathon Man - et producteur juif homosexuel  britannico- américain. Avec Tony Richardson et Karel Reisz, il est un des réalisateurs de la « nouvelle vague » britannique des années 1960 en réalisant des films sociaux ou ironiques sur le Swinging London, puis a eu une carrière hollywoodienne couronnée de succès, dont des Oscar. Arte diffusera le 7 septembre 2026 à 23 h 20 « Darling chérie » de John Schlesinger avec Dirk Bogarde, Julie Christie, Laurence Harvey et José Luis de Vilallonga.


« J'aime la surprise du rideau qui se lève, révélant ce qui se cache derrière. »
John Schlesinger.

John Richard Schlesinger (1926-2003) est né dans une famille bourgeoise juive à Londres (Royaume-Uni). D'origine allemande, son père a été médecin militaire, et sa mère violoniste. Agé de neuf ans, John Schlesinger se voir offrir son premier appareil photo.

Il a confié au journaliste Ian Buruma co-auteur du livre "Conversations with John Schlesinger" (Penguin Random House, 2007) : 
« Je savais qu'être juif était, d'une certaine manière, un désavantage, surtout si l'on était victime de harcèlement à cause de cela – et c'était mon cas...
J'ai eu une éducation religieuse assez particulière... Nous allions à la synagogue juive libérale – que nous surnommions « Cinémagogue » – le samedi. Je me souviens d'un matin assez dramatique, où le rabbin, une figure très respectée nommée Mattock, que j'appelais affectueusement Dramattock, s'apprêtait à prêcher lorsqu'un homme l'interrompit, cherchant manifestement à perturber l'office. Il avait probablement un lien avec Oswald Mosley, le célèbre fasciste de l'époque. Cet homme fut interrompu et escorté hors de la synagogue. La scène était très tendue, et une sorte de malaise s'abattit sur l'assemblée. Ce sentiment d'avoir vécu un événement hors du commun m'a profondément marqué. J'ai tenté de l'intégrer à la scène de la synagogue dans « Sunday Bloody Sunday</i>. Mais cela ne fonctionnait pas vraiment ; une bonne idée, malheureusement infructueuse. Je m'en souviens néanmoins comme du premier geste fasciste auquel j'ai été confronté.
Nous allions [à la synagogue] assez souvent pendant les vacances scolaires et certainement pour les grandes fêtes. Je suis le seul membre de la famille à avoir conservé, en quelque sorte, mon identité juive. J'apprécie mon lien avec la synagogue juive libérale. J'y vais encore pour les grandes fêtes.
Je n'ai pas fait de Bar Mitzvah. Parce que mes parents ne pensaient pas que c'était si important, je suppose. Après tout, tous les lieux de culte se valent. Je le regrette un peu. J'aurais aimé avoir une éducation plus juive.
#Question : Y avait-il un certain snobisme dans votre éducation, dans le sens où les Juifs anglo-saxons de la classe moyenne, en particulier d'origine juive allemande, étaient considérés comme supérieurs aux Juifs religieux de Russie et de Pologne – des gens moins assimilés ? N'était-il pas mal vu d'afficher trop ouvertement son judaïsme ?]
Je n'y voyais pas les choses ainsi à l'époque. J'imagine qu'il y avait des moments où l'on était gêné par des traits juifs peu flatteurs chez les autres. Je me souviens d'un ami d'école avec qui je donnais des projections de films, après lesquelles nous demandions aux gens de faire un don pour une œuvre de charité. Cet ami, qui s'appelait John Lazarus, disait toujours avec un fort accent juif : « Merci d'être venus, et il y a une boîte à la porte. » « Il y a une boîte à la porte » est devenu une sorte de blague récurrente.
On était certainement conscient que les Juifs avaient mauvaise réputation, oui. Même si je ne le voyais pas comme ça. C'était beaucoup plus personnel pour moi. C'est pour ça qu'ils me poursuivaient à l'école. Tu sais : « Poursuivons Schlesinger ! »
Durant la Deuxième Guerre mondiale, John Schlesinger s'engage dans l'armée britannique. Au sein du génie royal, il réalise des films sur le front et des tours de magie pour divertir les soldats. À la fin de son service militaire, il réalise des courts métrages jusqu'à sa libération des obligations militaires. 

Après ses études à l'université d'Oxford où il est membre de la troupe de théâtre, il débute comme comédien au théâtre et acteur au cinéma ainsi qu'à la télévision.

En 1956, il réalise un court métrage documentaire *Sunday in the Park* sur Hyde Park à Londres.

Avec Tony Richardson et Karel Reisz, il est un des réalisateurs de la « nouvelle vague » britannique des années 1960.

Financé par Nat Cohen (1905-1988) son court métrage documentaire Terminus (1961)  - 24 heures dans la gare Waterloo Station - est distingué par Le Lion d'or à la Mostra de Venise et le Prix de la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) du meilleur court-métrage.

Ses deux premiers longs métrages de fiction, Un amour pas comme les autres (A Kind of Loving, 1962), couronné par l'Ours d'or au Festival de Berlin l'année de sa sortie, et Billy le menteur (Billy Liar, 1963) décrivent la vie triste et ordinaire de gens simples du Nord de l'Angleterre. Son troisième film, Darling chérie (1965) oscarisé, porte un regard caustique sur le Swinging London. En 1967, il adapte le célèbre roman éponyme de Thomas Hardy, Loin de la foule déchaînée (Far from the Madding Crowd) avec Julie Christie, Terence Stamp et Alan Bates. En 1969, il réalise son plus grand succès, Macadam cow-boy (Midnight Cowboy) avec Dustin Hoffman et Jon Voight , récipiendaire des Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Dans sa filmographie, citons Un dimanche comme les autres (Sunday Bloody Sunday, 1971) avec Peter Finch, Glenda Jackson et Murray Head, Le Jour du fléau (The Day of the Locust, 1975), le thriller Marathon Man (1976), Yanks (1979) avec Richard Gere, Lisa Eichhorn et Vanessa Redgrave, Fenêtre sur Pacifique (Pacific Heights, 1990), A Question of Attribution (1991), réalisé pour la télévision, L'Innocent (The Innocent, 1993) avec Anthony Hopkins et Isabella Rossellini, et Un couple presque parfait (The Next Best Thing, 2000) avec Madonna et Rupert Everett 

Homosexuel, Schlesinger évoque l’homosexualité dans Macadam Cowboy, Un dimanche comme les autres et Un couple presque parfait.

Au théâtre, Schlesinger met en scène Timon d'Athènes (Timon of Athens) (1965) pour la Royal Shakespeare Company et la comédie musicale I and Albert (1972) au Piccadilly Theatre de Londres. Dès 1973, il est directeur associé du Royal National Theatre.

John Schlesinger réalise un court métrage pour le Parti conservateur britannique, durant les élections générales (législatives) de 1992 au Royaume-Uni. Il montre le Premier Ministre John Major à Brixton, ville de la banlieue sud de Londres où il grandi pour rappeler les origines humbles de ce politicien.

Cinémathèque française
En 2025, la Cinémathèque française a proposé une rétrospective de John Schlesinger. Journaliste et critique aux Cahiers du cinéma, Yal Sadat a écrit dans "John Schlesinger, vu de l'extérieur" :
 
« À quel moment l'œuvre d'un cinéaste européen exilé à Hollywood devient-elle viscéralement américaine ? Peut-être quand s'oublie l'extériorité de son regard. Qui tenterait de discerner un tel glissement dans le parcours de John Schlesinger en serait pour ses frais. Pourtant, l'Anglais pourrait sembler très yankee d'emblée : arrivé avec l'explosion du Nouvel Hollywood, où il s'implante plus solidement que Tony Richardson ou Karel Reisz – autres expatriés du Free Cinema né dans l'Angleterre des années 50 –, Schlesinger a laissé l'image d'un artisan raffiné comme les aime le business de là-bas. De là à dire qu'il se serait coulé dans le moule au point de devenir un faiseur hollywoodien comme un autre, il y a un pas à ne surtout pas franchir. La somme de ses films dessine une cohérence due à ce regard distancié sur les rêves et les hantises de l'Amérique, préservé jusqu'au cœur de l'industrie, comme s'il n'avait jamais cessé de filmer depuis une marge existentielle.

Des rêves qui swinguent
Sans appartenir au noyau dur du Free Cinema, pensé contre la production commerciale britannique (approche réaliste de sujets sociaux, indépendance financière), Schlesinger partage des traits communs avec ses figures cardinales. Il est né dans les années 1920 et grenouille d'abord au théâtre – non sans s'être engagé dans la British Army à la fin de la Seconde Guerre, et avoir dépeint le champ de bataille sous forme de courts essais documentaires. Il se produit sur les planches puis gagne sa vie à la BBC, tour à tour devant la caméra (comme second couteau) et derrière (comme documentariste).

Théâtralité et spontanéité naturaliste guident son passage au cinéma : Un amour pas comme les autres décrit la double peine d'une jeunesse ouvrière ployant sous la pression économique et la tradition familialiste. Mais dès Billy le menteur, il dévie de l'ornière réaliste de la nouvelle vague locale, en conservant un prisme marxiste. On entre de plain-pied dans des vies rêvées : Billy, aspirant scénariste coincé dans une banlieue grise, se voit à la tête d'empires et d'armées dans des flashs intempestifs. Quant aux désirs de la fausse ingénue de Darling chérie (Julie Christie), ils éclairent l'envers individualiste du Swinging London : la libération des mœurs sert sa cynique ascension vers les hautes sphères médiatiques.

Englishman in New York
De petits spécimens humains s'efforçant de s'élever, toujours plus haut et plus loin, à la seule force du fantasme : voilà ce que sont les antihéros de Schlesinger, qui lui aussi se voit ailleurs. Aux États-Unis, il n'est que davantage lui-même. Plutôt que de montrer patte blanche avec une pastorale en 70 mm (il a déjà donné à domicile avec Loin de la foule déchaînée), il embrasse son American Dream à travers celui, rabougri, de Jon Voight dans Macadam Cowboy – autre grand rêveur. Soudain, la stature d'un plouc naïf de l'Ouest parti faire le gigolo à New York renverse le point de vue du pays sur lui-même : ça, un cowboy ? Une mascotte faisandée, un objet sexuel, un emblème crypto-gay dont le désir de conquête finit sur le caniveau ?

Artiste, homosexuel, juif, exilé, l'auteur comprend l'isolement du redneck déçu, mal assorti à son compagnon d'infortune : Dustin Hoffman, rat des villes incarnant l'ethos néo-hollywoodien – bienvenue chez les recalés du conte de fées, parmi les corps qui ne font plus rêver. Schlesinger déshabille l'Amérique des parures qui lui permettent de se maquiller en mythe pop : scintillements de Manhattan, télé putassière, accoutrements pathétiques, du Stetson aux tenues balnéaires achetées pour partir en Floride, dernier horizon romantique quand New York vous a recraché. C'est vers ce même soleil floridien que file Beau Bridges dans L'Autoroute en délire. Lui qui écrit des contes pour enfants (encore un fabuliste, après Billy le menteur) ne trouve qu'un seul royaume enchanté : Ticlaw, bourgade qui se rêve en paradis touristique mais souffre d'être mal desservie par l'autoroute. Ce sera l'absurde casus belli d'une opération anti-vacanciers : les habitants entrent dans une révolte aussi bouffonne que la fable capitaliste qui maraboute ses représentants.

L'histoire en action
Dans cette Americana, Schlesinger épanouit son art camp de subvertir l'espace. Le Hollywood thirties est la vitrine contre laquelle se cognent les artistes frustrés du Jour du fléau, englués jusqu'au grotesque dans le glamour d'un L.A. photographié comme un purgatoire nébuleux. S'il est repassé par l'Angleterre, décomplexé au point d'assumer le triangle amoureux et bisexuel d'Un dimanche comme les autres (sujet scandaleux en 1971), c'est en revenant vers New York et Hoffman que Schlesinger ouvre un nouveau moment de son œuvre : les rêveurs se changent en paranos, et les fables tristes en thrillers cauchemardeux. Marathon Man suit un étudiant en histoire féru de jogging qui, à cause de son frère espion et de sa fiancée allemande, s'enlise dans une machination impliquant un ex-tortionnaire nazi venu récupérer un trésor de guerre (Laurence Olivier, monstrueux). Retour tangible de l'Histoire dans la vie d'un intello qui la théorise : la course récréative devient vitale, l'homme lambda du Nouvel Hollywood se change en homme d'action. Mais c'est une action subie, imposée par des forces obscures et par la marche de l'Histoire, dragons abstraits qu'on ne décapite jamais vraiment.

Schlesinger reconduit bien au-delà des seventies cette conception paranoïde du Mal, typique de la frange la plus à gauche du Nouvel Hollywood. Sociétés occultes (Les Envoûtés), enjeux d'espionnage concrets (Le Jeu du faucon, L'Innocent), machinerie judiciaire mise en pièces par une mère se faisant justice elle-même (Au-delà des lois)... Ce n'est pas un ennemi héréditaire (l'étranger, l'autre) qui menace l'individu, mais un système indiscernable et fascisant qui ronge la société de l'intérieur – idée en phase avec l'ambition de sa période anglaise : observer la causalité sociale des maux plutôt que chercher un coupable. L'action n'en est que plus fébrile, mise en scène avec un sens aigu du détail (inserts aussi signifiants qu'effroyables, décors expressionnistes dévolus aux combats). Serait-ce parce qu'il a su parler une langue épique comprise par Hollywood sans rien renier de l'empathie et de la distance critique héritées des radicales sixties anglaises que Schlesinger a tutoyé de si près les démons du peuple américain ? »

« Darling chérie »
Arte diffusera le 7 septembre 2026 à 23 h 20 « Darling chérie » de John Schlesinger. Version restaurée.

« En roue libre dans le Swinging London, une jeune mannequin papillonne et se heurte au vide existentiel. En noir et blanc, et avec un esprit "Nouvelle Vague", l'Anglais John Schlesinger offre un splendide écrin à Julie Christie. »

« La jolie Diana Scott plaque son gentil mari pour emménager avec Robert, un journaliste passionné de littérature. Mais elle épuise vite les joies de l'intelligentsia, et s'ennuie à mourir en regardant son compagnon travailler sur ses articles. Mannequin et actrice à ses heures, Diana fait des rencontres : Miles, un communiquant frivole, Malcom, un jeune photographe gay qu'elle traite en camarade, et un prince italien qui la supplie de l'épouser… Les relations avec Robert, seul homme qu'elle ait "vaguement aimé" et qui a quitté son foyer pour elle, tournent au vinaigre. »

« Après Billy le menteur et avant le magnifique Loin de la foule déchaînée, le réalisateur anglais John Schlesinger retrouve son égérie Julie Christie, justement oscarisée pour le rôle de Diana. L'actrice lui prête son élégance, son abattage, son côté caméléon, s'appropriant sans cesser d'être elle-même la fantaisie d'Anna Karina, la sensualité de Bardot ou le chic de Grace Kelly. »

« Influencée par la Nouvelle Vague, cette satire en noir et blanc du Swinging London dans les pas d'une jeune femme inconstante et narcissique, gourmande de l'instant présent mais incapable de s'en contenter, pourrait paraître misogyne si ce n'était précisément de son héroïne que le film tirait sa vitalité. »

« Sans oublier que le microcosme londonien, du lord pédophile au journaliste blasé en passant par un patronat lourdement patriarcal, en prend pour son grade au passage. »

« Sans aborder ouvertement le sujet de l'homosexualité qu'il traitera plus tard dans Macadam Cowboy, le cinéaste l'effleure à travers figurants et personnages secondaires, suggérant que d'autres modèles ou identités sont possibles. »

« Le personnage de Diana, hétérosexuelle insatisfaite, qui recourt à l'avortement, sujet brûlant à l'époque, participe de cette modernité. »

« Moins convaincant dans sa dénonciation des frivolités que par ce mélancolique portrait de femme et la balade qu'il offre, de l'Angleterre à l'Italie, dans les exubérantes années 1960, John Schlesinger fait encore ses gammes, mais signera bientôt des chefs-d'œuvre. »

Meilleurs actrice (Julie Christie), scénario original et costumes, Oscars 1966 – Meilleur film étranger en anglais, Golden Globes 1966 – Sélection "Cannes Classics", Festival de Cannes 2025

La version en ligne sera proposée uniquement en VOSTF, avec l'ajout d'une séquence de huit minutes – censurée à l'époque de la sortie du film.

"Macadam Cowboy" en 9 minutes »
« Blow Up », c’est « l'actualité du cinéma (ou presque). Chaque semaine, le magazine proposé par Luc Lagier pose un regard ludique et décalé sur le cinéma. »

Dans ce cadre, Arte diffuse sur son site Internet "Macadam Cowboy" en 9 minutes » de Luc Lagier.

« Et si, pour accompagner la rétrospective John Schlesinger qui vient de commencer à la Cinémathèque Française, nous revoyions l’un de ses films les plus célèbres, Macadam Cowboy, mais rapidement en 9 minutes précisément ? » 


« Darling chérie » de John Schlesinger
Royaume-Uni, 1965
Scénario : Frederic Raphael, John Schlesinger, Joseph Janni
Production : Appia Films
Producteur : Joseph Janni
Image : Kenneth Higgins
Montage : Jim Clark
Musique : John Dankworth
Costumes : Julie Harris
Avec Dirk Bogarde (Robert Gold), Julie Christie (Diana Scott), Laurence Harvey (Miles Brand), José Luis de Vilallonga (Prince Cesare della Romita)
Sur Arte les 7 septembre 2026 à 23 h 20, 19 octobre 2026 à 2 h 05
Sur arte.tv du 07/09/2026 au 06/10/2026
Visuels : © Studio Canal

"Macadam Cowboy" en 9 minutes » de Luc Lagier
 
France, 11 min, 2024
Auteur : Luc Lagier
Production : CAMERA LUCIDA PRODUCTIONS
Producteur : Jean-Stéphane Michaux
Disponible jusqu'au 03/10/2028

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