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dimanche 15 février 2015

Henri Alekan (1909-2001), directeur de la photographie


Henri Alekan (1909-2001) est un des meilleurs chefs opérateurs  (directeurs de la photographie) français, et des plus humbles. Né dans une famille française Juive, engagé politiquement et syndicalement, co-fondateur de la future Cinémathèque française, ce résistant et pédagogue marque de son style les films de réalisateurs aussi divers que Jean Cocteau (La Belle et la Bête), René Clément (La Bataille du rail), Henri Verneuil, Wim Wenders et Amos Gitaï. Le 15 février 2015, la Philharmonie présentera La Belle et la Bête, opéra de Philip Glass d'après le film de Jean Cocteau et interprété par le Philip Glass Ensemble. 


"Je n'emploie jamais l'expression "bonne lumière", disait Henri Alekan qui lui préférait l'expression "lumière juste". C'est "celle qui correspond très exactement au thème et à l'ambiance voulus par le metteur en scène. Il ne s'agit pas d'éclairer une comédie avec des effets de drame, et inversement. Le rôle de la lumière est de toucher le spectateur par l'émotion, et la lumière juste est celle qui préside très exactement à la rencontre de cette émotion et de l'esprit du film ». 

C’est aux studios de Boulogne-Billancourt qu’a débuté en 1929 Henri Alekan, l’un des plus grands chefs opérateurs récompensé en 1993 par un Oscar d’honneur.
La magie du noir et blanc
Cousin de l’historien Jules Isaac, Henri Alekan est né en 1909 dans une famille Juive dont l’origine remonte à 1745, à Clermont-Ferrand, puis Metz.

Avec son frère aîné Pierre, ce jeune marionestiste anime un théâtre de Guignol,

Il entre au Conservatoire national des arts et métiers, puis à l'Institut d'optique, et parallèlement complète sa formation en étudiant dans les cours pratiques de Pathé-Cinéma.

C’est dans les studios de l’entre-deux-guerres, grâce à Georges Périnal, Michel Kelber et Eugen Schüfftan, marqué par l’expressionnisme allemand, que Henri Alekan apprend son métier. Célèbre chef opérateur, Schüfftan dont il est l’élève-assistant dès 1928, l’oriente vers la peinture. Il est aussi influencé par l’école picturale hollandaise, Georges de La Tour, Goya et les impressionnistes.

Avec Henri Langlois, Georges Franju, Germaine Dullac et Simone Dubreuil, il crée dans les années 1930 dans ce qui deviendra la Cinémathèque française.

Favorable au le Front populaire, il co-fonde une association des assistants opérateurs.

Jusqu'en 1940, il collabore comme cadreur puis chef opérateur à de nombreux films.

Exclu de sa profession de directeur de la photographie par les lois antisémites du régime de Vichy, il se réfugie en zone libre. A Cannes, à l'automne 1940, il crée le Centre artistique et technique des jeunes du cinéma (CATJC), qui comptera parmi ses membres Philippe Agostini, Jacqueline Audry, Yves Baudrier, René Clément, Paul Gilson, Maurice Labro, Tony Leenhardt, Jean Lods, Louis Page, Georges Régnier, Claude Renoir, André Thomas...



Son premier film comme directeur de la photographie est « Tobie est un ange » d’Yves Allégret (1941).

Après la Libération, il oeuvre au sein de la Commission supérieure technique (CST), créée en septembre 1944 chez le décorateur de cinéma Max Douy notamment par le réalisateur Jean Painlevé. Avec le réalisateur Louis Daquin, il cofonde la Coopérative générale du cinéma français, visant à produire des films exigeants.

1946 est une année éclatante. Le premier festival de Cannes accueille deux films auxquels ce résistant a participé : « La Belle et la Bête » du poète Jean Cocteau, dans un style fantastique, onirique - "une image ciselée par la lumière" -, et « La Bataille du rail » de René Clément qui reçoit le prix spécial du jury et celui de la mise en scène. Un film documentaire, réaliste, produit par la Coopérative et encensant la résistance des cheminots.

Henri Alekan demeure fidèle au chef électricien Louis Cochet, rencontré dans leurs activités de résistant.


Il met son talent varié au service de films divers : Les Maudits (René Clément, 1947),  Les Amants de Vérone (André Cayatte, 1949),  La Marie du port (Marcel Carné, 1949) et Une si jolie petite plage (Yves Allégret, 1949), se s'imposant comme un maître de la photographie en noir et blanc. Il s'adapte avec brio à la couleur : Austerlitz (Abel Gance, 1960) ou La Princesse de Clèves (Jean Delannoy, 1961).

Parallèlement, avec Albert Viguier et Max Douy, il fonde l'AFC et intervient au sein de l'Union des auteurs réalisateurs et techniciens du cinéma et de la télévision, une caisse de secours.

En 1949, il réalise le documentaire, L'Enfer de Rodin, puis en 1986 La Petite Danseuse de Degas. En 1987, il contribue au succès des Ailes du Désir de Wim Wenders, et en 1989, du film de Pierre Etaix pour La Géode, salle spéciale parisienne.

Longue est la liste des cinéastes avec lesquelles ce directeur de la photographie a travaillé : d’Abel Gance à Wim Wenders, en passant notamment par Marcel Carné, Julien Duvivier, Jules Dassin, Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil et Amos Gitaï. Il a su excellé en créant toutes sortes d’atmosphère : de l’onirisme de « Juliette ou la clé des songes » au tragique de « Anna Karenine », via la fantaisie de « Vacances romaines ».

Ce nostalgique du noir et blanc, aimait transmettre son savoir et dire : « La couleur n’est pas encore inventée ». Au début des années 1970, afin de combler l'absence de cours du soir à l'IDHEC - future FEMIS -, il fonde le Cours Alekan, hébergé par Sylvia Monfort dans son Carré (square des Arts et Métiers), puis accueilli dans un espace dans le quartier Latin, à l'Institut de l'audiovisuel, rue Henri-Barbusse,  à la cinémathèque du Palais de Chaillot, ensuite au Studio Action, et à la Filmothèque du quartier latin en lien avec les universités de Nanterre et de Jussieu. Ce Cours cesse toute activité en 2009.

Henri Alekan a participé au jury longs métrages du Festival de Cannes 1983.

En 1986, il reçoit le César de la meilleure photographie pour « La Truite » de Joseph Losey. On retrouve son empreinte - sculpture de la lumière, profondeur du noir, jeux d'ombres, douce pénombre - dans l'inspiration de Cosette Harcourt pour façonner le style du célèbre Studio Harcourt.

Inventeur d'un procédé d'éclairage, Transflex, Henri Alekan dédie sa retraite à des spectacles de mise en lumière des villes, les Chemins de lumière.

Décédé en 2001, il est enterré au cimetière du Montparnasse. La cinémathèque de Boulogne-Billancourt, où il résidait, porte son nom.

Le 15 février 2015, la Philharmonie présentera La Belle et la Bêteopéra de Philip Glass d'après le film de Jean Cocteau et interprété par le Philip Glass Ensemble. Philip Glass "n’a pas seulement recomposé la bande originale du chef-d’oeuvre de Jean Cocteau sorti en 1946. Il place aussi les chanteurs face à leur propre rôle dans le film. Le résultat est époustouflant, Glass créant ainsi une sorte de ciné-opéra débordant de mélodies entêtantes. Sorti en 1946, le film La Belle et la Bête de Jean Cocteau est considéré comme un chef-d'œuvre du septième art, offrant à Jean Marais l'un de ses plus beaux rôles sur grand écran. Le compositeur Philip Glass s’est réapproprié ces images pour recomposer la bande originale du film. Bien plus qu’un ciné-concert, il s'agit d’un ciné-opéra. Une partition minimaliste interprétée par le Philip Glass Ensemble, une formation créée par le compositeur et qui représente pour lui un véritable laboratoire musical, une source d’inspiration. Il sera dirigé par le pianiste, compositeur et chef d'orchestre américain Michael Riesman. Du côté des voix, la mezzo-soprano Hai Ting Chinn incarnera La Belle tandis que le baryton Gregory Purnhagen devra se mesurer à Jean Marais dans le rôle de La Bête".

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Cet article a été publié en une version concise par Actualité juive, et sur ce blog le 11 octobre 2013.

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