Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

vendredi 12 décembre 2014

Interview de Benjamin Pizem


Le 11 décembre 2014, la Cour suprême a confirmé la condamnation de Ronny Ron, père de Benjamin Pizem et grand-père de Rose Pizem (2004-2008), et  a considéré Charlotte Renault, mère de Rose Pizem et ancienne compagne de Benjamin Pizem, coupable, avec Ronny Ron, du meurtre de la petite Rose Pizem âgée de quatre ans, à l'été 2008. L'interview de Benjamin Pizem a été réalisée en août 2008.


Difficile de joindre, et a fortiori d’obtenir une interview de Benjamin Pizem, père de Rose (c'est ainsi qu'il veut être appelé pour préserver son intimité). Derrière la porte de son appartement en France, le dialogue s’engage et durera une dizaine de minutes, sur un ton calme et ferme. Une gageure : Le père de Rose n’a pas répondu aux nombreux appels téléphoniques qui n’ont cessé de retentir dans son appartement depuis ce matin du 25 août 2008. 

Après avoir accepté une interview à un autre journaliste, il refuse tout nouvel entretien avec un journaliste : il n’est « au courant de rien, sauf qu'il y a une disparition. Je ne connais pas les circonstances de ce qui se passe en Israël. [Il] ne comprend pas l’intérêt des médias pour cette disparition ».

Sur la défensive, il écarte fermement la proposition d’une interview filmée, même si son visage demeurait dans l’ombre. Il ne veut ni photo ni film qui puisse l’identifier - il a « reconstruit [sa] vie » et veut protéger sa vie personnelle - ou identifier son lieu d'habitation.

A plusieurs reprises, il interrompt la conversation. Pour prendre le temps de la réflexion. 

Le père de Rose concède une interview par téléphone, en fin d’après-midi. Demeurant dans son appartement, il veut que la journaliste effectue l’interview dans le couloir jouxtant son appartement. Refus de la journaliste. Il propose que la journaliste l’interview en se tenant au bas de son immeuble. Refus. Finalement, il accepte de l’appeler à son bureau pour répondre à ses questions. Et prévient Haaretz de se méfier de son ex-belle-mère. « Et de votre ancienne femme [Marie-Charlotte Renault] aussi ? », interroge Haaretz. « Oui ». Le père de Rose glisse : « Je savais qu’il y aurait des problèmes, mais pas ceux-là ».

Au début de l’entretien téléphonique, il s’étonne avec tristesse : « J’ai l’impression que tout le monde sait ce qui s’est passé. Sauf moi. Je suis prêt à parler, car j’ai bien compris que c’était mieux de parler, pour éviter que les choses soient déformées » Et il répète : « C’est très important : je refuse qu’on donne mon nom, mon prénom, le nom de ma ville, là où j’habite. Ma vie est repartie en France ».


Haaretz : Parlez-nous de votre fille, Rose. Elle a quatre ans, des cheveux châtains, des yeux bleus. Ses proches en Israël décrivent une enfant vive…

Le père de Rose (Benjamin Pizem) : Rose est une petite fille très calme. Elle a toujours été très calme. Certains médias ont indiqué qu’elle mesurait 80 cm. Mais, c’est faux. Elle doit mesurer 1 mètre, 1,10 m. Elle est française, comme moi, comme sa mère. Elle a été scolarisée en France. Elle parle le français. S’est-elle adaptée rapidement ou pas à l’hébreu ? Je ne sais pas. Depuis novembre 2007, je n’ai aucune nouvelle de Rose. 

Haaretz : A quoi correspond cette date de novembre 2007 ?

Le père de Rose : Depuis toujours, la garde de Rose a été partagée entre sa mère et moi. Le domicile avait été fixé chez moi, en France. Je suis parti vivre en Israël en novembre 2004 et suis rentré en France avec Rose environ trois mois plus tard. En 2007, après un an ou deux la mère de Rose se réveille, car elle avait abandonné sa fille. Elle veut récupérer Rose. En novembre 2007, un jugement a décidé que le domicile de Rose sera en Israël, chez sa mère. Je pensais que vivre avec sa mère serait mieux pour une petite fille. Je pensais que vivre avec sa mère allait aider Rose. On pensait bien faire. C’est tout. On pensait bien faire… Rose allait très bien avec nous, mais elle avait parfois des regards un peu tristes. J’ai vu des photos récentes de Rose sur des chaînes télévisées israéliennes : ses regards étaient mille fois plus tristes que lorsque Rose vivait avec moi. Je pensais que cela allait bien se passer. Je ne pensais pas que cela allait la détruire. Et aujourd’hui, je ne sais pas où on en est. Tous les médias me téléphonent pour m’annoncer que Rose a disparu. Tout le monde sait ce qui se passe, sauf moi. 

Haaretz : Quel âge avait Rose quand sa mère et vous vous êtes séparés en février 2005 ?

Le père de Rose : Rose avait un an. J’étais parti pour vivre en Israël en novembre 2004. J’y suis resté 3 mois. Je suis revenu en France en février 2005 avec Rose. Pour moi, Israël était synonyme d’échec. J’ai vécu avec Rose en France. J’y ai refait ma vie. En 2007, la mère de Rose se réveille car elle avait abandonné sa fille. Et çà, j’insiste : elle avait abandonné sa fille. Tout le monde pourra vous le dire. Elle ne s’était jamais manifestée pendant un an ou deux. Après grand débat et grande réflexion, le domicile de Rose a été fixé par la justice française en Israël, avec sa mère. Et aujourd’hui, tous les médias me téléphonent pour m’annoncer que Rose a disparu. Voilà où on en est.

Haaretz : Avez-vous essayé d’avoir des nouvelles de Rose depuis novembre 2007 ?

Le père de Rose : Je n’avais pas de numéro de téléphone, l’adresse postale n’était plus bonne. Je n’avais plus de relation… On est à 4 000 km. Les lois française et israélienne sont différentes. Je savais bien… Le jour où Rose est partie de France, j’ai dit au juge qui avait fixé le domicile de Rose en Israël que j’avais peu de chance de la revoir parce que je savais comment était sa mère et je savais comment était son compagnon, enfin le peu que je savais du moins... Les lois n’étaient pas les mêmes. Que vouliez-vous que je fasse ? Des démarches ? Elles auraient duré 10 ans et n’auraient abouti à rien.

Haaretz : Comment était la mère de Rose ?

Le père de Rose : Je pensais savoir comment elle était. Je pensais qu’elle s’était calmée pour élever Rose. Quand je m’aperçois où on en est aujourd’hui... Rose était très bien avec nous, mais elle a commencé à aller un peu mal. Sa mère est revenue. Elle a insisté. Elle a réinsisté. Rose était petite… Aujourd’hui, on me téléphone, on me dit que Rose, que j’avais confiée à sa mère en me disant que cela allait bien se passer et que la vie continue, a disparu depuis 10 jours, un jour, trois mois…. Ce n’est pas sérieux. Apparemment, en Israël, tout le monde a l’air de savoir ce qui s’est passé, sauf moi. Personne n’a le droit de le révéler… Aujourd’hui, ceux qui sont décrits comme les nouveaux parents, qu’est-ce qu’ils font ? On me dit qu’ils sont en garde à vue, mais c’est tout ?!

Haaretz : Vous dîtes que vous pensiez que la mère de Rose avait changé. Comment était la mère de Rose ?

Le père de Rose : Elle était changeante, très changeante. Je pensais au début qu’elle était une bonne mère. Elle s’occupait de Rose comme une mère avec sa fille. Du jour au lendemain, elle ne voulait plus s’occuper de Rose. Elle ne s’en est plus occupée. Je suis reparti en France. Elle n’a jamais voulu revenir en France pour faire quoi que ce soit. Elle n’a pas fait de démarche. Du jour au lendemain, elle s’est réveillée. Peut-être parce qu’elle avait refait sa vie, elle a eu un ou deux enfants je crois après. Elle a eu ce besoin ou ce goût de récupérer Rose, mais pendant presque deux ans elle ne s’en est jamais souciée. Je pensais qu’elle se serait calmée. 

Haaretz : Parlez-nous du compagnon de la mère de Rose…

Le père de Rose : Je ne le connais pas. Je n’ai jamais connu mon vrai père. Je n’avais jamais effectué de recherche sur lui. Il a fait des recherches et a réussi à me retrouver. J’ai été élevé par mon beau-père. Avant de partir en Israël, du jour au lendemain, j’ai reçu un appel de mon père qui vit en Israël. Je l’ai vu pendant une semaine en Israël. Notre rencontre s’est déroulée correctement, comme deux connaissances. Rien de spécial. Ensuite, j’ai souhaité vivre en Israël. Je m’y suis rendu avec la mère de Rose et Rose. Il [mon père] nous a accueillis, et à ce moment-là, la mère de Rose m’a laissé pour mon père. Je suis donc rentré en France avec Rose. Ni lui ni elle ne voulaient Rose.

Haaretz : Quel est le métier de la mère de Rose et celui de son compagnon ?

Le père de Rose : La mère de Rose n’a jamais travaillé en France. En Israël, je ne suis pas au courant. Son compagnon est routier. 

Haaretz : Quid de votre ex-belle-mère ?

Le père de Rose : On ne se parle plus. La grand-mère maternelle de Rose savait que sa fille [Marie-Charlotte Renault] n’était pas… Vous savez que sa fille a été beaucoup chez le psychologue étant petite parce qu’elle n’a pas eu une enfance facile, elle a eu des problèmes avec son père durant son enfance. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, j’ai l’impression qu’elle est en train de reproduire la même chose sur sa propre fille, Rose… La grand-mère maternelle de Rose a toujours considéré que Rose devait vivre avec sa mère, même si elle savait que ce n’était pas la meilleure solution. Elle voulait les voir réunies.

Haaretz : Quelles sont vos relations avec le judaïsme ?

Le père de Rose : Aucun de nous trois n’est juif, ni Rose, ni sa mère. J’ai des origines Juives. Je suis descendant de Juifs. La mère de Rose, qui n’est pas Juive, a eu le droit d’aller en Israël dans le cadre de mon aliyah. Elle a eu des papiers en Israël en gros grâce à moi. 


Condamnations à vie pour meurtre
La petite Rose Pizem a été enterrée en France, dans l'intimité familiale.
Le 13 juin 2011, le tribunal de Petah Tikva a condamné Ronny Ron, père de Benjamin Pizem et compagnon de Charlotte Renault, à la prison à vie pour avoir frappé mortellement Rose, sa petite-fille, et l'avoir jetée, dans une valise, dans le fleuve Yarkon. Charlotte Renault a été condamnée à la même peine pour avoir sollicité l’assassinat de sa fille.
Ronny Ron a interjeté appel en alléguant avoir tué accidentellement Rose Pizem. Charlotte Renault, qui avait été acquittée de la charge de crime, a aussi interjeté appel en avançant n'avoir appris le meurtre qu'après sa commission.
Le 11 décembre 2014, la Cour suprême a confirmé la condamnation de Ronny Ron, et a considéré Charlotte Renault coupable, avec ce dernier, du meurtre de la petite Rose.

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Cet article a été publié en anglais dans Haaretz.

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