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mercredi 31 décembre 2014

« Inch’Allah » d’Anaïs Barbeau-Lavalette


Ciné + Club diffusera les 1er et 6 janvier 2015 « Inch’Allah » (2011), film partial franco-canado-israélien d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Une jeune médecin canadienne envoyée dans les territoires disputés, confrontée à un conflit dans lequel elle prend parti pour le côté palestinien. Un film biaisé, diffusant les poncifs antisémites de la propagande palestinienne dont deux blood libels (accusations diffamatoires de meurtres rituels) modernisés.


Hasard ? C’est le lendemain de la fête juive de Pessah et le jour où la Cour d’appel de Paris devait rendre son arrêt(1) dans l’affaire Charles Enderlin et France 2 contre Philippe Karsenty concernant la controverse « a(l)-Dura » qu'est sorti le 3 avril 2013 en France, dans 52 salles de cinéma, ce film.

Le point commun entre ces deux faits ? Un blood libel, c’est-à-dire une accusation infondée et diffamatoire portée à l’encontre des Juifs accusés de tuer des enfants non-juifs pour recueillir leur sang et l’utiliser dans un cadre rituel (fabrication de matsot – galettes - de Pessah).

Différences : dans ce film de fiction, la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette présente deux blood libels ! Et dans les images diffusées par France 2 ce 30 septembre 2000, on peine à distinguer le sang sur les « al-Dura ».

Et c'est lors de l'Intifada diplomatique de l'Autorité palestinienne - rejet le 30 décembre 2014 de la résolution soutenue par la France au Conseil de sécurité de l'ONU (Organisation des Nations unies) - que Ciné + Club programmera ce piètre film biaisé. Quelle idée saugrenue de le diffuser les 1er et 6 janvier 2015 !

Une propagande éhontée
L’intrigue d'« Inch’Allah » : « Dans la clinique de fortune d’un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé (Evelyne Brochu), une jeune obstétricienne québécoise, accompagne les femmes enceintes, sous la supervision de Michaël, un médecin d’origine française. Entre les checkpoints et le Mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et ceux qui la portent : Rand (Sabrina Ouazani), une patiente pour laquelle Chloé développe une profonde affection ; Faysal (Yousef Sweid), le frère aîné de Rand, résistant passionné ; Safi, le cadet de la famille, enfant brisé par la guerre qui rêve de voler au-delà des frontières ; et Ava (Sivan Levy), jeune militaire, voisine de palier de l’appartement de Chloé en Israël. Cette rencontre entraîne Chloé dans une aventure de l'intime comme du territoire. Une aventure où elle perd ses repères, se déracine, chute. Certains voyages bouleversent et transforment. Certains voyages font voler en éclats toutes certitudes. Pour Chloé, Inch’Allah est de ces voyages-là ».

Dès les premières images, la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette plonge le spectateur dans le Tiers monde : dépotoir dans lequel des pauvres palestiniens, notamment des enfants, s’efforcent de récupérer des objets. Et omniprésente : la barrière de sécurité antiterroriste dans sa partie murale.

Dès les premières répliques d'« Inch’Allah », le ton est donné : « Ils tirent sur la colonie ! » Et les enfants jouent à simuler être des terroristes. Ceci n’est même pas analysé par la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette comme le produit d’une éducation  protéiforme de l’Autorité palestinienne à la violence.

Avec perversité, ce long métrage de fiction aligne des stéréotypes forgés par le narratif palestinien, et diffusés comme faits réels par de nombreux reportages et documentaires.

Les clichés ? Des oiseaux volant dans un ciel azur, l’enfant tentant de percer de ses petites mains le « Mur ». Des symboles lourds. Mais qui fonctionnent toujours auprès du public à l’esprit formaté par la propagande palestinienne distillée par des médias nationaux.

Parmi les pires scènes : l’intervention nocturne des soldats israéliens aux domiciles des Arabes palestiniens, les deux blood libels  - le tank israélien tuant accidentellement un enfant palestinien qui le défiait et le refus de soldats israéliens d’un check-point de laisser passer la voiture d’une Arabe palestinienne enceinte vers l’hôpital, malgré les demandes de la jeune médecin québécoise, cause la mort du bébé. Cette Arabe palestinienne, qui n’a pu donner la vie à son enfant – un garçon – et voit son statut de femme amoindri, se fait sauter dans la terrasse ensoleillée emplie d’Israéliens. Les affiches et aveux vidéos de cette islamikaze sont déjà prêts pour l’édification des masses palestiniennes… Le spectateur éprouve-t-il de l’empathie pour les victimes de cette terroriste ? On peut en douter. Finalement, le film est construit sur une dramaturgie qui vise à justifier cet attentat terroriste palestinien.

La réalisatrice fait ainsi fi de la réalité : les histoires abondent d’aide de soldats et médecins israéliens à des Arabes palestiniennes enceintes, d’aide médicale israélienne gracieuse dans les soins ou la formation des (para)médicaux Arabes palestiniens, dont les Gazaouis. Ainsi, le 7 février 2011, un nouveau-né palestinien, qui souffrait de problèmes respiratoires, a été sauvé grâce à des soldats israéliens. Rappelons l’action de l’association Un cœur pour la paix. qui assure, avec les autorités militaires israéliennes et l’hôpital Hadassah de Jérusalem, des opérations délicates du cœur des enfants palestiniens d’un coût de 12 000 euros pris en charge pour moitié par cet hôpital : une opération du cœur est effectuée par semaine, un patient sur deux est un nouveau né, etc. De même, l'association israélienne Save a Child's Heart  (SACH) coopère avec le Wolfson Medical Center  à Holon (Israël) afin d'effectuer des opérations chirurgicales du cœur d'enfants de toutes origines. Depuis 1995, SACH a opéré plus de 2 400 enfants, dont 49% sont de l'Autorité palestinienne, de Jordanie, d'Iraq et du Maroc.

Des vérités transparaissent cependant : le nombre élevé d’Arabes palestiniennes portant le foulard islamique, l’omniprésence de l’islam – slogans, mosquée, etc. -, l’ingratitude palestinienne à l’égard de la médecin (« Sale chrétienne ! »).

Inch’Allah, c’est l’avènement de la « Palestine » telle que figurant dans ce film !?

« Raconter la Palestine à ma façon »
Née en 1979, romancière (Je voudrais qu'on m'efface), réalisatrice arabophone - elle a appris l'arabe à l'université Bir-Zeit à Ramallah - Anaïs Barbeau-Lavalette  est l’auteur du documentaire Si j’avais un chapeau (2005), tourné notamment dans un camp de réfugiés, avec des enfants, et d’un recueil de chroniques Embrasser Yasser Arafat (Éditions Marchand de feuilles).

Anaïs Barbeau-Lavalette a signé en 2010 un appel violent de 500 artistes canadiens soutenant le mouvement international BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) contre l'Etat d'Israël : "Il y a plus de 60 ans commença la Nakba (catastrophe en arabe) des Palestiniens... [Le] déni constant par Israël des droits inaliénables des réfugiés palestiniens de regagner leurs maisons et leurs terres, comme le stipule le droit international, et contre l’occupation et la colonisation qu’impose Israël à la Cisjordanie (Jérusalem compris) et à Gaza, violant aussi le droit international et passant outre de multiples résolutions des Nations Unies... Les Palestiniens subissent un système institutionnalisé de racisme et de ségrégation qui ressemble à l’apartheid sud-africain d’autrefois".

En 2010, elle avait déclaré à Montréal : "Quand on est au cœur de cette guerre, ambiguë comme toutes les guerres, on constate qu’il n’y a malgré tout qu’une victime : le peuple palestinien. Oppressé, occupé, étouffé, à qui il ne reste que l’arme du plus faible : la terreur".

Repérée pour son premier film de fiction, Le ring, Anaïs Barbeau-Lavalette "écrit alors une fiction dont le personnage principal prépare un attentat-suicide, une réalité qu’elle a vue de près, de très près. "J’ai rencontré des mères de kamikazes. D’ici, ça a l’air monstrueux, inhumain. Mais en vivant là-bas, en voyant l’humiliation quotidienne, je suis arrivée à comprendre cette issue, celle qui consiste à se faire exploser au milieu des vivants ennemis. Sans la cautionner, je la comprends. Pas seulement intellectuellement, mais émotivement, physiquement."

Elle se sent éloignée de cette société arabe palestinienne. Ce qui l’y accroche pourtant, c’est que ce lieu est « privé de cette liberté qui est essentielle à l’être humain. Autant à l’intérieur (celle des femmes) qu’à l’extérieur (du fait de l’occupation) ».

« Le caractère monstrueux d’actes terroristes (qui pourtant ont lieu depuis longtemps et partout ailleurs) est exacerbé, sorti de son contexte, jamais expliqué et toujours associé aux Arabes », déclare Anaïs Barbeau-Lavalette lors de la sortie d'« Inch’Allah » en France en 2013.

Elle a donc voulu dans son deuxième film de fiction  Inch’Allah « redonner un visage humain à un geste inhumain. C’est dérangeant, mais je pense que ça participe à un processus de paix, d’ouverture à l’autre ».

"On ne comprend pas la guerre parce qu’on la détache de la fibre humaine qui la porte. On parle de terrorisme dans les pays arabes. C’est quoi, ce mot-là ? J’aimerais tant comprendre qui est la personne derrière la bombe humaine. Pas pour excuser, mais pour humaniser l’humain, donc le rapprocher de nous... Pour une Québécoise, le monde arabe est confrontant, attrayant, mystérieux. J’ai beaucoup voyagé dans ces pays-là, j’ai appris l’arabe, j’ai habité en Palestine. Un pays prisonnier, dans lequel les femmes ne sont pas libres. Les portes y sont pourtant ouvertes, les gens sont heureux qu’on s’y aventure. Ce con­traste m’a donné de la maturité", déclarait Anaïs Barbeau-Lavalette au magazine féminin québeccois Châtelaine (10 mai 2012).

Tourné en Jordanie, Inch’Allah est souvent filmé comme un documentaire émaillé de gros plans et rythmée par des "scènes coups de poing". Et du point de vue d’une jeune médecin canadienne « postée en Palestine ». Mais comme ce docteur soigne des Arabes palestiniens et que son seul contact avec les Israéliens se réduit à une soldate qui critique les checkpoints et à des images brèves de la télévision israélienne sur les victimes d’un attentat palestinien en début de film… Les soldats israéliens sont dépeints comme cruels, insensibles, inhumains. Jamais, la réalisatrice ne dénonce l'instrumentalisation cynique des enfants, "élèves en classes, terroristes dans les rues", soumis à un lavage de cerveaux et à un entrainement militaire leur inculquant la haine d'Israël. Son héroïne ne le voit pas.

Pour ceux qui douteraient du caractère politique du film « Inch’Allah », le dossier de presse consacre une page aux « femmes palestiniennes, entre résistance et soumission » - « soumises à la Charia », « limitations des libertés publiques » par le Hamas, « violences conjugales et verbales, agressions sexuelles, crimes d’honneur », « résistantes contre l’occupation »  -, et le site Internet du film  présente des cartes erronées et sans perspective historique de la région. Pourquoi ce film n’illustre-t-il pas ces femmes « prisonnières d’une société archaïque » ? Pourquoi n'évoque-t-il pas les harcèlements sexuels, tentatives de viols, etc. commis par des Arabes palestiniens contre des activistes israéliennes ou étrangères qui soutiennent la Cause palestinienne ? Des agressions sexuelles que des dirigeants des organisations où elles militent minorent, occultent pour ne pas ternir l'image de cette Cause !

Le jeu de Evelyne Brochu s’avère limité à une expression renfrognée, comme celui de Claire Foy, actrice britannique du Serment  (The Promise), série télévisée biaisée de Peter Kosminsky, éclairée de rares sourires tristes, graves. Lassant. C’est surtout une jeune femme ignare de l’Histoire et du droit, dépassée par la situation, enfreignant sciemment les impératifs de neutralité de sa mission, instrumentalisant une soldate israélienne pour permettre à ses amis palestiniens de voir le village quitté par leurs aïeuls, manifestant dans un défilé anti-israélien, mais ne songeant pas à décourager des Arabes palestiniens de commettre un attentat terroriste.

Bien analysé par David OuelletteInch’Allah se situe dans la lignée de Paradise Now, film franco-germano-néerlando-israélien réalisé par Hany Abu-Assad (2005). Même partis pris. Même soin dans le marketing ciblé. L'affiche française laisse une plus grande place aux Arabes palestiniens, dont deux femmes portant le foulard islamique.

Entre Pallywood et ces longs métrages - toujours des fictions haineuses -, le spectateur est aveuglé par des jeux de miroirs teintés.

Sélection officielle Festival International de Toronto 2012, Prix FIPRESCI  - Section Panorama - Festival de Berlin 2013 Prix du Jury œcuménique - Mention spéciale - Festival de Berlin 2013… Les prix  décernés à ce film moins que médiocre révèlent l’appétence de professionnels du cinéma pour ce genre d’histoires diabolisant Israël.

Dans son n° 1250 (11 avril 2013, Actualité juive, hebdomadaire incontournable de la communauté Juive française, a salué ce "joli film maîtrisé, au rythme apaisé" (sic).

Et Akadem, campus numérique du FSJU (Fonds social juif unifié), en a annoncé à deux reprises la diffusion au CCLJ dans sa newsletter et dans son site Internet.

Soutenu par le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée), établissement public français, ce film bénéficie du partenariat de France-Culture, radio du service public hexagonal. Est-ce surprenant dans le pays dont le fleuron du service public télévisuel, France 2, a diffusé les images controversée sur les « a(l)-Dura » le 30 septembre 2000 ?

Selon les chiffres de CBO-Box office, ce film a enregistré 9 988 entrées en France au terme de cinq jours d'exploitation. Quel écart entre les Prix récoltés dans des festivals et cette fréquentation si faible ! Le public a toujours raison.

Dans le cadre du Festival A films ouvertsFestival du film pour l'interculturalité et contre le racisme (11-23 mars 2014), ce film a été projeté au Centre communautaire laïc Juif (CCLJ) David Susskind à Bruxelles (Belgique) le 14 mars 2014, à 20 h 30.

« Inch’Allah »
Scénario et réalisation d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Production : Micro_scope (Canada) et ID Unlimited (France) en association avec July August Productions (Israël)
Distribution : Happiness Distribution
1 h 41, 2011
Avec : Evelyne Brochu, Sabrina Ouazani, Sivan Levy, Yousef Sweid et Carlo Brandt
Diffusion sur Ciné + Club les 30 septembre 2014, 27 décembre 2014 et 1er janvier 2015

(1) La Cour d'appel de Paris a anonncé qu'elle rendra son arrêt le 22 mai 2013. Elle a reporté au 26 juin 2013 la date de son délibéré.


Photos : © P. Lavalette et S. Kakas

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  Cet article a été publié le 3 avril 2013, et modifié le 30 septembre 2014.
Il a été republié le :
- 14 mars 2014. Dans le cadre du Festival A films ouvertsFestival du film pour l'interculturalité et contre le racisme (11-23 mars 2014), ce film a été projeté au Centre communautaire laïc Juif (CCLJ) David Susskind à Bruxelles (Belgique) le 14 mars 2014, à 20 h 30 ;
- 29 septembre 2014.

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