mardi 31 mars 2015

« La Bible d’Alexandrie » de Pierre-Henry Salfaty (2/2)


Dans le cadre de la série télévisuelle L’invention de l’Occident, Arte rediffusera le 2 avril à 2 h 05 La Bible d’Alexandrie, second volet, après « Jérusalem et Athènes », documentaire de Pierre-Henry Salfaty. La Bible, le Livre le plus lu, le plus distribué, qui a tant donné à l'Humanité...



D’où viennent les concepts fondateurs des valeurs de l'Occident qui ont gagné à leur cause l’ensemble de la planète ? Ils sont le fruit des cultures nées et disparues autour de la Méditerranée depuis près de trois mille ans. Deux d'entre elles ont particulièrement résisté au choc de l’histoire : les civilisations juive et grecque ».

« Les valeurs occidentales prennent leur source au confluent des cultures grecque et juive. Cette captivante fresque retrace le dialogue entre ces deux civilisations, à l'origine d'idées comme les droits de l'homme ».

Composé d’interviews d’hellénistes et d’historiens des religions - Nicholas de Lange, Tessa Rajak, Sylvie Honigman, Gilles Dorival -, d’après un sujet de Jacques Attali et de Pierre-Henry Salfati, auteur d'un remarquable film sur Mahler, ce documentaire « en deux parties narre cette genèse, ce continuel dialogue judéo-grec sur lequel s'est fondée notre modernité ».

A Alexandrie, le « dialogue judéo-grec prend sa dimension la plus impressionnante. Trois siècles avant l’invention du christianisme, les Juifs d’Alexandrie « inventent » la Bible : ils traduisent la Tora en grec. Cet événement de taille a lieu dans l’indifférence générale alors que toute notre civilisation, pour le meilleur et pour le pire, y trouve sa source. Cette nouvelle hybridation conduit à une doctrine nouvelle : le christianisme. Au même moment, Euclide met au point ses Éléments, second best-seller de l’humanité jusqu'à nos jours. À Alexandrie, une grande part de la sagesse juive se convertit à la science grecque ».
Cette « fusion judéo-grecque conduit à une vision de la raison scientifique qui va à l'encontre du paganisme et la religiosité monothéiste qui gagne les consciences. En même temps, Alexandrie engendre la mondialisation du marché. Curieusement, les derniers avatars de cette double mixité judéo-grecque, née à Alexandrie, se nomment aujourd’hui, laïcité et économie de marché ».
Situé au pied du mont Sinaï ou mont Horeb (désert du Sinaï, « terre biblique ») où, dans la Bible hébraïque, Moïse a reçu les Tables de la Loi, le monastère grec de Sainte-Catherine est construit au VIe siècle à l’initiative de l’empereur et prêtre grec de Byzance, Justinien, qui se présente comme « l’élu de Dieu ». Un monastère inscrit en 2002 sur la liste du Patrimoine mondial  de l’Unesco (Organisation des Nations-unies pour l’Education, les Sciences et la Culture).

Ce monastère abritait la plus ancienne Bible grecque, dite la Septante. En 1853, le comte Constantin von Tischendorf (1815-1874), philologue, helléniste et paléographe protestant, « l’aurait empruntée pour 15 jours » afin de réaliser une copie, et ne l’a jamais rendue aux moines grecs orthodoxes de ce monastère… Une Bible datée du IVe siècle de l'ère vulgaire, lue en grec à Alexandrie. Dès la fondation de cette cité, les Juifs y étaient établis, et y représentaient une partie importante de la population. Admiratifs, ils découvrent la civilisation grecque et aspirent à adopter l'hellénisme. Sous la direction de Demetrios, une magnifique bibliothèque est construite dans cette Cité du Savoir rêvée. Ptolémée y invite philosophes, savants. Euripide, Eschyle, Epicure, Aristote... Les grands auteurs y sont représentés. "L'entreprise culturelle sert à asseoir le pouvoir politique de Ptolémée". Démétrios demande la traduction en grec du Livre des Juifs. A Alexandrie, la Torah devient la Bible. Cette Bible grecque originale d'Alexandrie inspire la quête du comte Constantin von Tischendorf, au nom du roi de Prusse : le comte l'appelle Codex Sinaiticus. En 303, l'empereur ordonne de faire disparaitre les textes bibliques. Chrétien, l'empereur Constantin ordonne la traduction en grec de la Bible. Soixante-dix ou soixante-douze traducteurs effectuent ce travail. Mais cette Bible n'intéresse pas alors les Grecs, et les Romains, de l'Antiquité. Peut-être par hellénocentrisme et car c'était le Livre d'une des communautés de la Cité. Certains soulignent l'influence de la Bible sur la philosophie grecque. Philon d'Alexandrie met la philosophie grecque au service de la Bible pour "actualiser la Bible". Au "1er siècle, Alexandrie devient la capitale du polythéisme païen". Les chrétiens de cette cité utilisent la Septante, qui à un moment donné est abandonnée par les Juifs. Pour certains, le christianisme est l'interprétation héllénistique de la Bible. En l'an 66, l'empereur ordonne le massacre et la spoliation des Juifs d'Alexandrie. "Cette Bible a forgé la conscience europénne pendant des siècles".

« La Bible d’Alexandrie  » de Pierre-Henry Salfaty
Sequoia Films/Arte (France), 2012, 54 minutes
Diffusions le 12 juin à 23 h 30
 
A lire sur ce blog :
 Cet article a été publié le 12 juin 2013. Les citations proviennent d'Arte.

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