Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » (Nahman de Bratslav)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 3 novembre 2022

« Hotel » de Tali Amitai-Tabib

La 
galerie Olivier Waltman présente, dans le cadre de Photo Saint-Germain, l'exposition « Hotel » de la photographe israélienne Tali Amitai-Tabib. La série "Hotel" se présente tout d’abord comme un hommage de l’artiste à deux figures importantes de la scène culturelle israélienne des années 1950 : l’architecte Abba Elchanani et le photographe David Serry ». Vernissage le 3 novembre 2022 en présence de l'artiste.

Tali Amitai-Tabib

Autodidacte née en 1953 à Kvutsat Kinneret (Israël), Tali Amitai-Tabib est d'origine yéménite par son père et allemande par sa mère.

Elle a eu, jusqu’à l’âge de 20 ans, un rapport difficile avec la lecture. Elle s’est longtemps sentie étrangère au monde littéraire qui apportait tant de « satisfaction et de bonheur » à ses proches fins lettrés.

Pour sa première exposition individuelle en France, cette artiste israélienne qui vit à Tel Aviv a présenté en 2008 des clichés de ses séries Libraries et Author’s spaces réunies sous le titre Cultural Stations.

« Dans les bibliothèques d’Oxford, les musées florentins et les salles de concert viennoises, elle s’est attachée, durant trois ans, à faire surgir ce dénominateur commun du savoir humain et de la création artistique. Le livre, l’œuvre d’art et l’instrument de musique sont pour elle trois vecteurs de l’expression culturelle de nos sociétés ».

Tali Amitai-Tabib a photographié les lieux de travail et d’écriture d’une centaine d’écrivains et de poètes israéliens, sans que ceux-ci apparaissent sur les photos et dans le respect de la lumière ambiante. « Un moyen d’approcher le concept de l’inspiration artistique ».

Ces espaces ne sont pas comparables aux bibliothèques d’Anselm Kiefer et de Micha Ullman. Ils sont « présentés avec une idée de la tranquillité et du bien-être ».

La présence de l’auteur se révélait, ou se devinait, à la manière dont il a organisé son espace « intime de création », à la lampe éclairant son bureau, à une chaise déplacée, à des livres plus ou moins sagement rangés sur des étagères, à un atlas ouvert ou à son écran d’ordinateur allumé.

« La trace de l’homme et les mouvements de la lumière apparaissent comme les métaphores du savoir et de la création. Je vise à explorer le rapport de l’objet à l’espace qui l’entoure », a résumé Tali Amitai-Tabib.

"La Splendeur des Camondo"
En 2009 et 2010, la galerie Olivier Waltman a présenté la série Camondo en prélude puis en complément à l'exposition au MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) sur cette dynastie Juive sépharade et à l'année de la Turquie en France. Tali Amitai-Tabib expliquait :
« Jusqu’à récemment je n'étais pas familière avec l'histoire de Moise de Camondo. J'avais seulement entendu parler de l'hôtel particulier et des belles collections qu’il renferme. D'abord j'ai pensé faire des « images » du musée comme un lieu rassemblant des oeuvres d’art. La lumière viendrait des grandes fenêtres magnifiant les objets et soulignant un certain vide. Plus je lisais et je préparais mon projet, plus je me rendais compte que c'était une histoire totalement différente. J'allais éclairer la figure d’un homme que sa passion pour l’art et sa fortune poussèrent à bâtir un écrin réunissant sa famille et ses précieuses collections. J’ai rarement eu l'occasion d'entrer dans la vie des gens comme je suis entrée dans celle de cet hôtel particulier. « La présence de l’absence » est si présente que je pourrais presque entendre leurs pas sur le plancher. Strates après strates la funeste saga de cette famille s’est révélée à mes yeux ».

 "Lomo"

A l'occasion de l'édition 2011 d'Art Saint-Germain-des-Près, la galerie Olivier Waltman a présenté l'exposition Lomo de Tali Amitai-Tabib. Un "carnet de souvenirs" au gré des voyages : Tel-Aviv, Cuba, Vienne. "L'esprit d'une chronique via l'objectif de son appareil photo de la célèbre marque Lomo", petit et maniable, pour saisir des "instantanés de vie", des émotions. Cette exposition d'une "Lomo-trotteuse" montre la spécificité de cet appareil dont la marque invite à photographier quasi-instinctivement, rapidement : "Comme une image rêvée, le Lomo contrefait la lumière. En effet, toutes les photos ont la caractéristique d'avoir un halo de lumière qui enserre le sujet, créant ainsi une autre lumière, presque irréelle, comme extraite d'un songe".

"Walls and Spirit"
En 2011 l’artiste "a vu naître une exposition personnelle au Musée des Arts de Tel-Aviv, et la publication d’un livre par l’éditeur Am-Oved". Le musée d’art de Tel-Aviv a présenté 34 clichés sur les 103 de la série Walls and Spirit (Bureaux d’écrivains et poètes israéliens) de la photographe Tali Amitai-Tabib qui a saisi les espaces intimes de création d'auteurs pour « confronter l’intemporalité de lieux destinés à perdurer avec la vie éphémère d’un bureau qui disparaîtra en même temps que l’écrivain qui l’utilise ».

Dans le projet Walls and Spirit présenté à l'été 2011 au musée d’art de Tel-Aviv, Tali Amitai-Tabib a « essayé de tirer les portraits [d’auteurs] au-delà de la présence physique en photographiant leur espace le plus intime : leur bureau… La littérature israélienne contemporaine se produit dans ces lieux de travail et j’ai cherché à fixer dans le temps leur réalité physique, comme un moyen d’approcher le concept de l’inspiration artistique ».

"Trudl"
La galerie Olivier Waltman a proposé l'exposition "Trudl"  de la photographe Tali Amitai-Tabib. Pour "sa troisième exposition personnelle en France, l’artiste de Tel Aviv présenta un ensemble photographique, résultat de trois années de travail, qui entremêle histoire individuelle et collective, et questionne le rapport entre vécu, souvenir et fiction".

Trudl Böhm-Williams « était une jeune Allemande de confession juive, une cousine de la mère de l’artiste, qu’elle n’a jamais connue et dont la famille fut forcée de quitter l’Allemagne au début de la seconde guerre mondiale. Elle trouva refuge en Grande-Bretagne en 1939. Pendant plus de six décennies elle fit des photographies des lieux où elle vivait, travaillait et passait ses vacances. Elle joignait toujours une ou deux photos qu'elle avait prises aux lettres qu'elle écrivait à sa famille dispersée autour du monde. Ces photographies furent rassemblées, scannées et réimprimées par sa parente, Tali Amitai-Tabib. A moins que... »

Tali Amitai-Tabib, "intriguée par le destin particulier de cette parente, rencontra la descendante directe de Trudl, Patricia R, qui vit actuellement dans le Surrey. Cette dernière l’aida dans ses recherches et, ensemble, elles découvrirent qui était Trudl. Tali Amitai-Tabib entreprit alors un voyage en Grande Bretagne et se rendit sur les lieux où Trudl avait vécu, travaillé et élevé sa fille. Cette série photographique retrace soixante ans de la vie de cette femme.En réalité, Trudl n’a jamais réalisé son rêve de devenir photographe. De ce fait, cette série photographique est une fiction : elle montre ce qu’auraient pu être les photos prises par Trudl, et, par extension, ce à quoi aurait pu ressembler sa vie".

Avec Trudl, "l’artiste israélienne aborde non seulement des thèmes personnels, tels que son histoire, sa vie familiale et privée, mais elle questionne également le lien complexe et étroit existant entre mémoire et fiction. Ce projet, fruit de cinq années de recherches, prend la forme d’une installation photographique et littéraire".

Tali Amitai-Tabib "entraîne le spectateur dans une introspection, où réalité et fantasme se mêlent et où l’imagination dessine une potentielle réalité".

Encadrées d'un liseré blanc classique, des photographies illustrent plusieurs styles de photographes : humanisme poétique, street photography (photographie de rue), etc.

« Hotel »
La 
galerie Olivier Waltman présente, dans le cadre de PhotoSaintGermain, l'exposition « Hotel » de la photographe israélienne Tali Amitai-Tabib. 

La série « Hotel » se présente tout d’abord comme un hommage de l’artiste à deux figures importantes de la scène culturelle israélienne des années 1950 : l’architecte Abba Elchanani et le photographe David Serry ».

"
Considéré comme l’un des architectes les plus importants en Israël, Abba Elchanani (1818‑2008) se voit commander en 1947 la construction d’un immeuble près de Tel Aviv : c’était à la fois un immeuble de rapport et un hôtel où des couples venaient secrètement se retrouver".

"Le photographe David Serry (1913‑1981), quant à lui, fut notamment connu pour ses portraits d’anonymes, posant ainsi un regard quasi‑anthropologique sur la société de son époque. 
À sa mort, son fils Shlomo, récupérant le fond photographique de son père, entreprit un important travail d’archivage et en donna à Tali Amitai‑Tabib le libre accès."

"Dès cet instant, celle‑ci a cherché à donner une seconde vie, non seulement à ces négatifs mais également à l’histoire de cet immeuble et aux résidents qui l’occupaient. Il constitue, à ses yeux, une métaphore puissante de la vie Tel‑avivienne, faite d’une pluralité d’origines ethniques, de catégories sociales et de mœurs aujourd’hui largement acceptées."

"Par le procédé du photo‑montage, elle a intégré des personnages photographiés par David Serry dans les prises de vues qu’elle a elle‑même réalisées dans cet immeuble."

"Entre documentaire et la fiction, l’artiste poursuit son exploration de la société israélienne, telle qu’elle s’est construite, entre défis, paradoxes, poids de l’Histoire et soif de modernité…"

"Depuis 2005, la galerie Olivier Waltman s’attache à promouvoir les travaux d’artistes issus de différentes régions du monde, aussi bien émergents que confirmés. Leurs pratiques artistiques touchent à la peinture, la photographie, la sculpture, le design ainsi que les arts électroniques. Elle s’engage à développer pour eux une plateforme de monstration et de visibilité dans ses espaces de Paris, Londres et de Miami ainsi que sur plusieurs foires d’art contemporain internationales. Une résidence d’artiste à Miami, créée en 2019, s’inscrit dans cette volonté d’encourager les échanges et de soutenir la création contemporaine."

"La galerie est membre du Comité Professionnel des Galeries d’Art (France) et de la Miami Art Dealers Association (U.S.A.) 


Du 3 octobre au 3 décembre 2022. Vernissage le 3 novembre 2022 en présence de l'artiste.
Du 9 avril au 10 mai 2015. 
Vernissage en présence de l’artiste le 9 avril 2015 de 18 h à 21 h.
Jusqu’au 11 juin 2011
74, rue Mazarine, 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 76 14
Du mardi au samedi de 10 h 30 à 20 h.
Visuels :
Tali Amitai-Tabib, Eastern Front, Tirage Lambda, Lambda print, 40 x 30 cm, 15.7 x 11.8 in, 2022
Tali Amitai-Tabib, Bathing, Tirage Lambda, Lambda print, 30 x 40 cm, 11.8 x 15.7 in, 2022
Tali Amitai-Tabib, Writting room, Tirage Lambda, Lambda print, 30 x 40 cm, 11.8 x 15.7 in, 2022
Tali Amitai-Tabib, Adam et Eve, Tirage Lambda, Lambda print, 30 x 40 cm, 11.8 x 15.7 in, 2022
Tali Amitai-Tabib, Downstair, Tirage Lambda, Lambda print, 30 x 24 cm, 11.8 x 9.4 in, 2022


Jusqu’au 8 octobre 2011
Au Museum of Art de Tel-Aviv
Lundi, mercredi et samedi de 10 h à 16 h, mardi et jeudi de 10 h à 20 h, vendredi de 10 h à 14 h
Tél. : 972 (0) 3 6077000

Visuels de haut en bas :
Tali Amital-Tabib
série Walls and Spirit
Bureau de Amos Oz
courtesy galerie Olivier Waltman

Tali Amital-Tabib
série Walls and Spirit
Bureau de Ham Beer
courtesy galerie Olivier Waltman

Tali Amital-Tabib
série Walls and Spirit
Bureau de Aaron Apelfeld
courtesy galerie Olivier Waltman

Tali Amital-Tabib
série Camondo
c-print, ed.6
courtesy galerie Olivier Waltman, Paris

Tali Amital-Tabib
Viorica - série Lomo
c-print, ed.6

Tali Amital-Tabib
série Walls and Spirit
Bureau de Mordechai Tabib
courtesy galerie Olivier Waltman

Tali Amital-Tabib Trudl - 50’s
n°8
Tirage Lambda
30 x 30 cm

Tali Amital-Tabib
Trudl - 70’s
n23
Tirage Lambda
30 x 30 cm  

A lire sur ce blog concernant :

Cet article a été publié en une version plus concise en 2008 par L'Arche.
Il a été publié sur ce blog les 4 juin et 18 juillet 2011, 9 avril 2015. Il a été modifié le 3 novembre 2022.

mercredi 2 novembre 2022

Pathé-Rural. « Cinéma en campagne »

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé présente « Cinéma en campagne », « une exposition inédite sur le Pathé-Rural, un circuit de salles de cinéma hors des sentiers battus ». G
râce au Pathé-Rural, de 1928 à la fin des années 1940, après leur exploitation dans des grandes villes, des films, français ou étrangers, en tous genres, sans des scènes parfois censurées, sont projetés avec des copies d’une largeur réduite - 17,5 mm -, dans des villes moyennes ou modestes villages d'une France rurale.


La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé « inaugure un cycle d’expositions autour de ses appareils et marques emblématiques. Au printemps 2022, le cinéma gagne la campagne à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé ! Une exposition inédite présente pour la première fois un ensemble d’affiches, de programmes illustrés et d’extraits autour de la marque Pathé-Rural. A l’automne, c’est le Pathé-Baby qui est à l’honneur ». 

Plus de 5 000 salles de diffusion, des centaines de films 
« Derrière la marque Pathé-Rural se cache toute une histoire de l’exploitation cinématographique française. Celle de milliers de petites salles qui, de 1928 à la fin des années 1940, permettent de diffuser des films dans les petites villes et les villages. »

« En plus des palaces parisiens, qui à cette période peuvent compter près d’un millier de places, les salles de cinéma dans lesquelles on retrouve le Pathé-Rural permettent aux films d’être diffusés auprès d’un très grand nombre de spectateurs, et ce, pendant plusieurs années ». 

« Initié par les pouvoirs publics qui souhaitent une meilleure diffusion du cinéma, cette « petite exploitation » va se développer intensément au tournant du parlant, grâce à un catalogue mis au point par Pathé. » 

« Chaque séance Pathé-Rural comprend un grand film, des films comiques, des documentaires, des actualités. Jusqu’à la fin des années 1940, des centaines de films sont projetés grâce au circuit Pathé-Rural » 

Un appareil et des salles 
« Au milieu des années 1920, Pathé met au point le Pathé-Rural. L’appareil est le fruit de la collaboration entre Victor Continsouza (fabricant d’appareils et collaborateur de toujours de Pathé) et des ingénieurs de la société. Le Pathé-Rural permet de projeter des copies d’une largeur de 17,5 mm, soit la moitié du format standard 35mm. Le temps de projection est doublé et le transport facilité. L’appareil diffuse des films sortis un ou deux ans auparavant sur les écrans des grandes villes et en propose des versions réduites. Lancé en 1928, le Pathé-Rural conquiert rapidement des exploitants en herbe. » 

« Le Pathé-Rural est destiné aux petites exploitations. Les films sont diffusés dans les villages, dans des villes moyennes, dans des salles fixes ou dans des lieux exploités par des itinérants. Au début du parlant, en 1929, plus de 5 500 petites villes et communes sont concernées. Au début des années 1930, le circuit est sonorisé. » 

« Bien que le format 17,5 mm soit interdit en 1940 par l’occupant, le circuit Pathé-Rural persiste au format de film 16 mm jusqu’aux années d’après-guerre. Le catalogue de films parlants de Pathé est ainsi largement diffusé ». 

« A ses débuts, le Pathé-Rural s’implante dans des régions encore peu électrifiées. De Fanfan la tulipe à Poil de Carotte, il diffuse des films de tous genres et fait connaître à des milliers de spectateurs les cow-boys Fred et Jim, Charlot, Mickey et Rintintin. Les films, qui sont diffusés quelques mois après leur sortie dans les salles d’exclusivité sont remontés, parfois censurés et leur longueur est réduite à quelques bobines. Jusqu’au milieu des années 1940, plus de 500 programmes différents seront proposés. »
 
Une exposition inédite d’affiches et d’appareils 
« L’Exposition Cinéma en campagne, présentée à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à partir du vendredi 22 avril, est la première exposition consacrée au Pathé-Rural. Elle plonge le visiteur dans l’histoire du plus grand des petits circuits d’exploitation. Très populaire entre la fin du muet et les premières décennies du cinéma parlant, l’histoire du Rural est évoquée grâce à ses éclatantes affiches de films. Ces lithographies hautes en couleurs ont permis à des affichistes de différentes générations de développer leur talent. Les catalogues, les bandes-annonces, ainsi que des extraits de films parlants et sonores illustrent cette histoire, aux côtés des différents projecteurs et caméras créés pour ce réseau. » 

Des ateliers pour le jeune public : atelier A l’affiche ! 
« Depuis les débuts du cinéma, l'affiche joue un rôle essentiel pour capter l'attention du public. Que ce soit par la présence fascinante de ses vedettes, sa palette flamboyante ou encore l'originalité de son style graphique, l'affiche a pour vocation d'attirer les foules dans les salles. Objet à la fois artistique et commercial, elle est aussi un véritable condensé du film à venir, qui permet au spectateur de plonger dans son univers et d'en imaginer l'histoire et l'ambiance générale ». 

« Et si à votre tour, vous tentiez de créer votre propre affiche ? Après une visite de l’exposition Pathé-Rural et avoir vu un film, les participants choisiront les éléments à mettre en valeur pour illustrer l'intrigue et la promouvoir tout en respectant les contraintes de l’exercice. Au moyen de collages, pochoirs, à vous de faire naître les contrastes les plus percutants, les couleurs les plus accrocheuses et les personnages les plus attachants pour raconter toute une histoire... À vos feutres et chevalets ! » 


Du 22 avril au 2 novembre 2022 
73 avenue des Gobelins. 75013 Paris 
Visuels :
Tao, drame de Gaston Ravel, 1923, affiche anonyme vers 1928, collection Fondation Pathé

Projecteur Pathé-Rural sonore, vers 1933, collection Fondation Pathé
Motocaméra Pathé-Rural, vers 1929, collection Fondation Pathé

Jim le harponneur, drame de Millard Webb (1926), affiche Antonin Magne, collection Fondation Pathé

Fred l’insaisissable, drame Albert S. Rogell 1924, affiche anonyme, collection Fondation Pathé

Articles sur ce blog concernant :

Les citations proviennent du communiqué de presse.

mardi 1 novembre 2022

« Filmer les procès. Un enjeu social - De Nuremberg au génocide des Tutsi au Rwanda »

Les Archives départementales de la Gironde présentent l’exposition « Filmer les procès, un enjeu social - De Nuremberg au génocide des Tutsi au Rwanda ». « Des extraits filmés de huit procès pour crimes contre l'humanité : ceux de Klaus Barbie (1987), Paul Touvier (1994) et Maurice Papon (1998) qui s'est déroulé à Bordeaux ; un en lien avec la dictature chilienne (2010) ; quatre autour du génocide des Tutsi au Rwanda, mettant en accusation Pascal Simbikangwa (2014 et 2016), Octavien Ngenzi et Tito Barahira (2016 et 2018) ». 


« Les archives audiovisuelles de la Justice, pour la première fois montrées au public dans le cadre d’une exposition exceptionnelle, offrent l’occasion d’une immersion unique dans la poignée de procès intégralement filmés et conservés. Grâce à la loi du 11 juillet 1985 promue par le ministre de la Justice de l’époque, Robert Badinter, les caméras ont pu pénétrer dans les prétoires de procès hors norme d’acteurs de la Shoah, de la dictature chilienne et du génocide des Tutsi au Rwanda. »

« Ces archives historiques plongent le public dans des débats judiciaires contradictoires, mettant en jeu l’examen de crimes contre l’humanité, de crimes de génocide et l’attribut de compétence universelle des tribunaux français. »

« L’exposition Filmer les procès un enjeu social montre des extraits issus des 2 600 heures de tournage, ainsi que des extraits des procès inauguraux de Nuremberg (1945-1946) et d’Eichmann à Jérusalem (1961). Dans une approche réflexive, l’accent est mis sur l’enjeu social de ces procès qui sont garants des valeurs démocratiques, dans des montages thématiques spécialement conçus pour l’événement. »

« Peu d’entre nous ont assisté au déroulement d’un procès. Le plus souvent, ce sont les images issues d’oeuvres de fiction ou des dessins croqués sur le vif qui ont imprimé dans l’imaginaire collectif une représentation de l’acte de juger. Depuis la loi 85-699 du 11 juillet 1985, due à l’initiative du ministre de la Justice Robert Badinter, 2600 heures d’enregistrements d’archives audiovisuelles historiques ont été tournées puis versées aux Archives nationales. » 

« L’exposition restitue au public huit procès majeurs : trois relatifs à la Seconde Guerre mondiale, ceux de Klaus Barbie (1987), Paul Touvier (1994) et Maurice Papon (1998) ; un en lien avec la dictature chilienne (2010) ; quatre autour du génocide des Tutsi au Rwanda, mettant en accusation Pascal Simbikangwa (2014 et 2016), Octavien Ngenzi et Tito Barahira (2016 et 2018). Ils s’inscrivent dans l’héritage des deux premiers procès historiques filmés dans le monde, celui des plus hauts responsables nazis à Nuremberg (1945-1946) et celui d’Adolf Eichmann à Jérusalem (1961). » 

Pour beaucoup, le crime contre l'humanité vise le seul génocide. Or, cette notion juridique englobe aussi, depuis les années 1990, des crimes commis « dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique dirigée contre toute population civile » : la torture, l'esclavage, la déportation, l'apartheid, les violences sexuelles. 

De plus, "Filmer les procès", n'est-ce pas aussi un enjeu politique, historique, juridique ? 

On peut regretter qu'aucun extrait de procès pour terrorisme en France ne soit présenté et qu'il faille attendre tant de dizaine d'années pour que le public puisse les voir. Pourquoi interdire toute image filmée du procès durant son déroulement ? Des images filmées du procès de dirigeants nazis à Nuremberg avaient pourtant été diffusées par les Actualités cinématographiques durant leur déroulement (1945-1946). Elles avaient permis au grand public de découvrir les juifs squelettiques rescapés de la Shoah dans des camps découverts et libérés par les Alliés, les charniers de la "Shoah par balles", des témoins décrivant les camps nazis... 

« Les enregistrements procèdent d’un formalisme codifié par la loi. Pour chaque procès, des instructions sont données aux opérateurs de prise de vues, la caméra devant suivre le droit fil de la parole. Se succèdent des procès filmés sur pellicule puis en vidéo, avec des cadreurs dans le prétoire puis avec des caméras pilotables à distance. » 

« La diversité des espaces de jugements, des lieux de crimes, des époques et des cultures montre l’évolution juridique et la façon dont on peut filmer des procès. Filmer renforce la transparence des débats et joue ainsi un rôle important dans la vie démocratique. L’image permet donner à voir le comportement des protagonistes, accusés et témoins, juges et procureurs généraux, avocats de la défense et avocats des parties civiles. Au fil des audiences, ils nous accompagnent dans l’approfondissement de la compréhension des événements, des parcours de vie, des prises de conscience et des coups de théâtre qui en forment la dramaturgie. » 

« Grâce à l’archive filmée, les visiteurs peuvent prendre connaissance de procès à haute valeur historique dans un parcours de projections d’une durée de 2 h 50, en même temps qu’ils sont invités à réfléchir sur l’acte de filmer comme conditionnant l’acte de regarder. »

« La loi de 1985 due à l’initiative de Robert Badinter, autorisant l’enregistrement audiovisuel de certains procès, a permis de combler par l’image ce que les archives des procédures ne révèlent pas : les voix des différents acteurs de la scène judiciaire, les plaidoiries des avocats, mais aussi des regards, des gestes, des silences. C’est tout un matériau sensible et riche d’informations complémentaires à celles des écrits, capté en toute discrétion par les caméras, qui est alors remis aux Archives nationales, dès la clôture du procès. « Les archives audiovisuelles de la justice sont consultables dans les salles de lecture des Archives nationales, mais leur diffusion est soumise pendant 50 ans à l’autorisation des magistrats. Il nous appartenait de répondre à notre mission de service public et de relever le défi de présenter ces archives audiovisuelles exceptionnelles. Avec cette exposition, le public est invité à une immersion inédite au coeur de procédures marquantes, liées à l’histoire internationale depuis la Seconde Guerre mondiale. Il est également invité à réfléchir à ce que juger veut dire dans une société de droit. Offrir un regard sur ces sources remarquables, c’est une façon nouvelle pour nous d’honorer le droit d’accès des citoyens à leurs archives. N’est-ce pas précisément le rôle de notre institution ? Je vous souhaite une excellente visite », a souligné Bruno Ricard, Directeur des Archives nationales.


« Capter des procès pour l’histoire »
Robert Badinter, ancien Garde des Sceaux (Extraits de l’interview réalisé par Sonya Faure et Christian Delage, publié dans Libération, 15 septembre 2020)

« J’étais garde des Sceaux en 1983, quand la Bolivie a livré à la France Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon qui avait arrêté et torturé à mort Jean Moulin en 1943. Je me suis dit qu’il y avait une chance unique de faire voter une loi permettant de filmer les procès. L’exposé des motifs de la loi votée en 1985 indique que doivent être enregistrés les procès revêtant « une dimension événementielle, politique ou sociologique tels qu’ils méritent d’être conservés pour l’histoire. 
Ma détermination vient également des images du procès de Nuremberg, qui sont incomparables. Nuremberg demeure comme le fondement reconnu de la justice pénale internationale et, à ce titre, un grand progrès. Le procureur général Jackson, qui est le véritable concepteur du statut du tribunal, tout comme le juge britannique Geoffrey Lawrence, qui présidait les débats, voulaient que le jugement soit public et demeure un moment de l’histoire. Ce n’est pas l’aveu du crime que l’on voit dans les images, c’est mieux, c’est plus fort, c’est la production en justice de la préparation, de la décision et de la commission du crime par les nazis, grâce aux innombrables archives allemandes rassemblées par Jackson pendant l’été 1945.
Ce que j’ai souhaité en 1985, c’est d’enregistrer les procès à des fins historiques, mais aussi pédagogiques. L’enregistrement doit être le plus neutre possible. Il faut montrer l’audience du point de vue du juge, pas de celui qui assure la captation audiovisuelle. L’enregistrement est un matériau pédagogique, un document pour les chercheurs. Il devient avec le temps un matériau historique. Il faut garder une trace filmée des grands procès pour l’histoire. »

ÉDITORIAL
Jean-Luc Gleyze, Président du conseil départemental de la Gironde
Conseiller départemental du Sud- Gironde

« Notre société est celle de l’image, fausse ou vraie, l’une chassant l’autre dans la frénésie qui agite souvent internet et les réseaux sociaux. Mais au-delà de ces images éphémères, il y a celles qui marquent l’Histoire. Grâce à des initiatives comme celle de Robert Badinter, initiateur de l’enregistrement sans fard du déroulé et des témoignages incandescents des grands procès, ces évènements historiques deviennent une matière à penser, un outil pédagogique. 
Nombreuses sont les Girondines, les Girondins à avoir vu et à se souvenir des images du procès de Maurice Papon qui s’est tenu en 1997 à Bordeaux, écho lointain du grand procès de Nuremberg. La comparution du haut fonctionnaire de Vichy devant les assises fut salutaire pour relire avec précision des épisodes si sombres du passé de l’Europe. 
L’exposition qui est proposée permet, entre autres, au public de mesurer différences et similitudes entre la lecture judiciaire d’un conflit mondial et l’explication jugée, plaidée du génocide des Tutsis, au Rwanda. Cette mise en perspective de ce que nous avons vécu et dont les traces sont encore parfois vives, est porteuse d’un enjeu social. 
Nous ne pouvons faire société sur une candeur entretenue, sur une consommation aveugle de l’instant, en tournant le dos à ces chocs qui ont fait trembler nos démocraties, bouleversé nos certitudes. Voir, analyser des procès d’une telle portée, c’est aussi apprendre à se méfier des faux-semblants et refuser que les erreurs passées rejaillissent au présent.
L’Europe et notre pays vivent un moment historique depuis que l’Ukraine, théâtre tragique de l’invasion russe, nous a rappelé toutes et tous à nos devoirs de solidarité et d’engagement commun contre l’autocratie, pour défendre les valeurs qui nous unissent. Paradoxalement, et de manière brûlante, ce nouveau drame met en lumière ce que porte véritablement le sentiment d’être Européens, et ce que signifie l’Europe, un pacte et un acte de paix qui marquent notre refus de voir se répéter la mise à feu et à sang d’un monde plongé dans la guerre. Puisse cette exposition affûter notre lecture du présent et éclairer notre futur par la juste connaissance de notre passé ! »


Du 30 mars au 4 novembre 2022
72, cours Balguerie-Stuttenberg. 33300 Bordeaux
Tél. : +33 (0)5 56 99 66 00
Entrée libre et gratuite du lundi au vendredi de 9 h à 17 h.