jeudi 23 juillet 2015

« La paix au bout de l’objectif. La photo de Gary Hershorn », par Rémy Burkel


Arte diffusera le 26 juillet 2015, dans le cadre de Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, documentaire « palestiniennement correct » par Rémy Burkel (2015). Retour sur la photographie de Gary Hershorn, saisissant le 13 septembre 1993, à la Maison Blanche, la poignée de main historique et symbolique entre Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, et Yasser Arafat, président de l’OLP, sous l’autorité souriante de Bill Clinton, alors Président des Etats-Unis, lors d’une cérémonie télévisée habilement mise en scène.

Arte propose Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente. Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique. Willy Brandt à genoux à Varsovie, la poignée de main entre Sadate et Begin, la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ».

Poignée de main iconique
Le 13 septembre 1993, Gary Hershorn, photographe sportif canadien, est mandaté par Reuters pour couvrir, à la Maison-Blanche (Washington), la signature des accords d’Oslo en présence de Bill Clinton, alors Président des Etats-Unis.

Idéalement bien placé – sur la plate-forme face à la scène -, habile dans le changement rapide d’objectifs et de lentilles, il capte « la poignée de main historique entre Yasser Arafat » et d’un Yitzhak Rabin surmontant sa réticence », respectivement Président du comité exécutif de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) et Premier ministre travailliste israélien, le 13 septembre 1993, à Washington. Une poignée de main acceptée par Rabin pour éviter l’accolade et la bise familières à Arafat, et répétée par Rabin et Clinton dans le rôle d’Arafat, qui au départ voulait arborer un revolver

L'assistance était composée de politiciens, diplomates, d'artistes, tel Theodore Bikel, etc.

Une signature  qui a mis en porte-à-faux les dirigeants d’organisations Juives de diaspora qui désignaient jusqu’en 1993 Arafat sous les vocables de « terroriste », d’« assassin », et qui a privé les gouvernements israéliens successifs d’arguments pertinents lors des votes par des instances onusiennes sur l’admission de la « Palestine »… Un acte qui a embourbé les dirigeants politiques israéliens dans un abîme tragique de faux-semblants.

Un cliché symbolique visant à personnaliser un conflit en deux personnes qui se sont combattues, se réconcilient publiquement, sont séparés et rapprochés par un médiateur faiseur de paix. Une image très prisée des médias et de l'opinion publique, et qui revêt un aspect christique - le Christ accueillant au geste ample, ouvert - par Bill Clinton, debout derrière la table, entouré des membres des délégations d'Israël et de l'OLP.

Précédente poignée de main historique, modèle et matrice de celle de 1993 : celle de Menahem Begin, alors Premier ministre israélien, avec Anouar Sadate, président égyptien, en présence de Jimmy Carter, alors président des Etats-Unis, en mars 1979, sur la pelouse de la Maison Blanche, lors de la signature du traité de paix.

Près de 22 ans après cet événement, Arte véhicule le double mythe infondé selon lequel ces accords visaient à résoudre le « conflit israélo-palestinien » et à instaurer la paix. 

Or, ainsi que l’ont démontré Joël Fishman et Ephraïm Karsh dans leur essai, La Guerre d’Oslo, la Déclaration de principes, résultant des négociations menées à Oslo (Norvège), signée à Washington, le 13 septembre 1993, en présence de Yitzhak Rabin, de Yasser Arafat, et de Bill Clinton, fixe des modalités de négociations pour mettre un terme au conflit et prévoit une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans.

Non ratifiés par l'OLP, les accords d’Oslo appliquent la « stratégie par étapes » adoptée en 1974 par l’OLP :
« Les Palestiniens recevront tout territoire qu’Israël leur remettra, puis l’utiliseront comme tremplin pour procéder à d’autres gains territoriaux jusqu’à ce qu’ils obtiennent la « libération totale de la Palestine », la liquidation de l’Etat juif ». 
Ce qu’énonce Yasser Arafat dès le 13 septembre 1993 dans un discours préenregistré et diffusé par la télévision jordanienne, et ce qu’il répète malgré les réactions de colère des dirigeants politiques israéliens.

Curieusement, Arte omet de citer la photo, prise trois mois après celle de Gary Hershon, montrant de dos deux enfants, l'un arborant une kippa, l'autre un keffieh, et mains posées sur l'épaule de l'autre. Pris par la journaliste américaine Ricki Rosen, ce cliché a été mis en scène, et a pour acteurs deux jeunes amis israéliens Juifs, Zvi Shapiro et Zemer Aloni.

Lors de la Deuxième guerre du Liban en 2006, des bloggeurs, dont Charles Johnson de Little Green Footballs, ont relevé que Adnan Hajj, photographe en free lance de Reuters, avait manipulé des photographies de cette guerre : recours à des logiciels de retouches de clichés pour assombrir ou dupliquer des fumées, etc. Reuters a vérifié ces dires, et retiré de sa base de données 920 photographies de Hajj. Gary Hershorn, alors rédacteur en chef des photos pour l’Amérique de Nord, a rappelé les normes de Reuters.


Arte, 2015, 4 min
Sur Arte le 26 juillet 2015 à 20 h 43

Visuel : © AP Photo/Ron Edmonds 


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Les citations proviennent du dossier de presse.

mardi 21 juillet 2015

« Nous, réfugiés palestiniens ... » d’Agnès Merlet, "L'oeil" de Christina Malkoun, les "Lettres" d'Atiq Rahimi et « Moukhaïam - La petite Palestine » de Didier Kassaï


 Dans la série bi-média partiale Réfugiés. Un nouveau regard sur les camps d’Arte Reportage, Arte rediffusera les 18 juillet à 18 h 50 et 22 juillet 2015 à 1 h 10 Nous, réfugiés palestiniens... » (Wir Flüchtlinge aus Palästina), documentaire biaisé d’Agnès Merlet


Deux documentaires biaisés, dont Gaza-Parkour : les Palestiniens volants de Carmen Butta, sur les Palestiniens en quelques jours, la mise en avant sur le site Internet du cliché de dessins et graffitis dans le camp de réfugiés palestiniens à Burj El Barajneh (Liban) représentant en particulier la carte de l'Etat d'Israël aux couleurs du drapeau palestinien, la diffusion d'un reportage sur le pétrole exploré par Israël et dont une partie est revendiquée par les Palestiniens... La chaîne franco-allemande Arte se surpasse et gâte ses téléspectateurs.

Et ce, en pleine Intifada diplomatique du président Mahmoud Abbas (Abou Mazen) visant à faire reconnaître la « Palestine », notamment par des Etats européens. 

Evidemment, c’est fortuit. Comme d’habitude…

Un « projet-évènement »
« Cinquante-deux millions. C'est le nombre d’êtres humains qui sont contraints à vivre sur une terre qui n’est pas la leur. Sous la tente, la tôle ou la tuile, ces errants trouvent souvent refuge dans des camps - et il n’y en jamais eu autant qu’actuellement ».

De septembre à décembre 2014, Arte diffuse la série bimédia documentaire  Réfugiés. Un nouveau regard sur les camps dans quatre pays.

Cette série d’Arte Reportage associe, pour chaque numéro, les regards croisés d’un réalisateur de fiction, non documentariste, d’un écrivain, d’un photographe et d’un dessinateur. « Quatre mois, quatre destinations, seize regards de cinéastes, de photographes, d'écrivains et de dessinateurs de bande dessinée ». Plus fort encore, l’Internaute peut sur le web « incarner l'envoyé spécial d'ARTE et réaliser son propre reportage ».

A l’initiative de ce « projet-évènement » : Marco Nassivera, directeur de l'information d’ARTE, et le cinéaste Régis Wargnier, et « la précieuse collaboration du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés  » (UNHCR ).

De septembre à décembre 2014, cette série « raconte les camps de réfugiés ». Vaste programme réduit à quatre camps. L'Arte ne fournit aucune explication sur le choix des quatre pays.

Burj El Barajneh ("Tour des tours, en arabe")
Septembre 2014 : le Népal  avec Let my people go, de Régis Warnier, des planches de Nicolas Wild  et des photos de Martin Middlebrook.

Octobre 2014 : le Kurdistan irakien avec Le temps perdu, film de Pierre Schoeller, Cinq jours au camp de Kawergosk avec l’écrivain Laurent Gaudé, les ateliers dessin des enfants de Kawergosk de Reinhard Kleist et de photographie dirigé par Reza.

Décembre 2014 : le Tchad.

Novembre 2014 :  le Liban est évoqué en ce mois de novembre 2014 avec les incontournables « réfugiés palestiniens » filmés par Agnès Merlet, dessinés dans « Moukhaïam - La petite Palestine  », BD-reportage de Didier Kassaï, dessinateur originaire de Centrafrique et ayant vécu dans un camp à Bangui, Mot pour mot, lettres de Atiq Rahimi, écrivain originaire d’Afghanistan et auteur de Syngué Sabour. Pierre de patience (Prix Goncourt 2008), l’œil de la photographe libanaise et directrice artistique de l’édition arabe de l’hebdomadaire Elle, Christina Malkoun .

Quoi de commun entre tous ces réfugiés d'Asie et d'Afrique ? C'est au téléspectateur de deviner.

Seuls les réfugiés palestiniens bénéficient d'une organisation onusiens spécifique, l'UNRWA. En outre, les réfugiés palestiniens ayant fui l'Iran et s'entassaient dans des camps en Jordanie relevaient de l'UNHCR.

A la différence des réfugiés palestiniens au Liban, aucun des  réfugiés ayant fui le Bhoutan ou la Syrie n'aspire à la destruction de l'Etat qu'ils ont quitté.

Après les réfugiés bhoutanais dans le camps de Beldangi (Népal), les kurdes syriens en Irak, réfugiés au Tchad, voici donc les « réfugiés palestiniens » du camp de Burj El Barajneh situé dans la banlieue au sud de Beyrouth (Liban).

Dans la série bi-média d’Arte Reportage, Arte a diffusé le 15 novembre 2014 et rediffusera « Nous, réfugiés palestiniens... » (Wir Flüchtlinge aus Palästina), documentaire biaisé d’Agnès Merlet présenté par Rue 89. Et l’un des plus consultés du site Internet d’Arte.

Réalisatrice quinquagénaire notamment d’Artemisia (1997), Agnès Merlet  « a sillonné pendant 7 jours les ruelles du camp de réfugiés de Burj El Barajneh, au Liban. Elle y a notamment suivi un jeune Palestinien au destin improbable. Guidée par le hasard des rencontres, elle raconte en pointillés la vacuité du quotidien des réfugiés. Son film interroge la vie de ces exilés qui, dans un proverbe à l’humour désespéré, résument leur sort : « Notre passé est une tragédie, notre présent est un calvaire, heureusement nous n’avons pas d’avenir ».

Né à Sidon (Liban), Maher Younes, jeune dalleur, est encore un « réfugié palestinien ». Car, exception mondiale : le statut de réfugié palestinien est transmissible. Maher Younes surnomme le camp la “tombe des vivants. C’est comme une prison. C’est une tombe à ciel ouvert. On y survit tous ensemble. Il y a des Syriens, des Bangladais. Il y a des gens de partout ici”. Pourquoi ?

Um Zaher représente “le courage de la femme palestinienne” : cachant ses cheveux sous un foulard islamique noir, elle arbore avec ostentation un chèche à l’imprimé similaire à celui du keffieh palestinien et au dessin représentant la mosquée al-Aqsa. Agnès Merlet ne lui demande même pas de traduire les mots en arabe ornant son chèche.

La guerre des camps ? Non expliquée.

Un Arabe âgé souhaite que "la Palestine revienne aux Palestiniens". Donc, l'éradication de l'Etat Juif.

La responsabilité des Etats arabes, notamment du Liban qui a limité les professions que les Arabes palestiniens peuvent exercer, de l'UNRWA, de ces réfugiés, des pays européens, etc. dans cette situation ? Silence.

On ne sait ce qui qualifie le plus ces quatre regards ? L'ignorance ? La naïveté ? Le manque de curiosité ? Une conception minimaliste de leur mission ?

L'oeil de Christina Malkoun
Arte a diffusé le 22 novembre 2014 à 18 h 35 « Œil pour œil », le regard de la photographe libanaise Christina Malkoun. Celle-ci a multiplié les clichés en noir et blanc d’immeubles libanais inachevés, avec des légendes parfois édulcorées.

"Beyrouth, c’est la ville de Christina Malkoun : elle y travaille comme directrice artistique de l’édition arabe du magazine Elle. Situé dans la banlieue sud de la capitale libanaise, le camp de Burj el-Barajneh n’est pas un donc pas une terre inconnue pour la photographe. Tantôt reporter, tantôt artiste multimédia, son travail comporte de multiples facettes. Christina Malkoun a cette fois-ci posé son œil sur les réfugiés palestiniens de Burj el-Barajneh. Ses images racontent les destinées de ses habitants, les stigmates de la guerre, les courtes joies du quotidien… et une ville de cubes posés les uns sur les autres. En attendant une autre vie".

Le site Internet d'Arte reportage présente les photographies de Christina Malkoun en quatre portfolios correspondant au camp - "Vue globale du camp de Burj el-Barajneh : immeubles en béton à moitié construits, citernes d’eau, toits en aluminium pour se protéger de la pluie", à la jeunesse  - un garçon amateur de football porte un Tshirt à l'effigie du Qatar -, à la vieillesse et le handicap.

Christina Malkoun a multiplié les clichés dramatiques en noir et blanc, en couleurs pour exprimer la joie, souvent alourdis de symboles et de métaphores, avec des légendes parfois édulcorées.

Exemples : "Un éleveur fait voler ses pigeons autour du drapeau palestinien". Les pigeons symbolisent la liberté, l'absence d'entraves à laquelle aspire cet éleveur palestinien.

Une même photo prise à deux moments différents : "Deux prises de vue, à deux jours d’intervalles. La première avec le seul drapeau national palestinien... " et "... la seconde avec le drapeau du parti chiite libanais Hezbollah à ses côtés. Il fut un temps où les deux drapeaux se querellaient". Le Hezbollah est un mouvement terroriste islamiste. Pourquoi cette querelle ?

Le camp ? Des immeubles libanais inachevés, un réseau dense de câbles électriques pendants, des citernes d'eau.

Le noir et blanc aux contrastes accentuées dramatise : "Ce réfugié vit ici depuis 1948, l’année de la création du camp. Il tient à son keffieh pour ne pas oublier qui il est. "On retournera vivre sur notre terre un jour, mais quand je ne serai plus là", annonce-t-il" -

Lettres d'Atiq Rahimi

Arte diffusa les 29 novembre  à 18 h 35 et 1er décembre 2014 "Burj El Barajneh, Atiq Rahimi en toutes lettres". Cet écrivain afghan raconte de manière biaisée le camp palestinien de Burj El Barajneh au Liban

"L’exil et le quotidien d’un réfugié, Atiq Rahimi sait ce que c'est. A 20 ans, il a quitté l’Afghanistan, fuyant la guerre civile et l’occupation soviétique. C’est dans la langue de son pays d’accueil, la France, qu’il écrit "Syngué Sabour. Pierre de patience", prix Goncourt 2008. Ce récit d’un huis-clos entre une femme afghane et son mari dans le coma - alors que dehors se joue une guerre - est un roman sur une parole qui se libère. Il est adapté au cinéma en 2013, réalisé par Atiq Rahimi lui-même et magistralement interprété par Golshifteh Farahani. Romancier, réalisateur, observateur, le Franco-Afghan déambule dans les rues de Burj el-Barajneh, où il est difficile de voir le ciel. De ses promenades et de ses rencontres, il en a ramené" cinq lettres biaisées de son séjour bref dans le camp de Burj El Barajneh.

Dans sa deuxième lettre, Atiq Rahimi réécrit l'Histoire, car la quasi-totalité des "réfugiés" ont quitté leurs foyers en suivant les injonctions de leurs dirigeants et par peur : "Construit entre 1947 et 1948 pour héberger provisoirement ceux qui étaient chassés de leurs foyers et de leurs terres, ce camp reste identique, me disent ceux qui l’ont connu à sa création, même si trois générations sont nées après. Trois générations en exil, ici, à la Tour des tours, où le temps est éternellement suspendu ; l’espace, infiniment clos.
Je te laisse, ma chère levantine, méditer sur ce dont rêvent ces trente mille exilés, avant que tu ne me demandes, comme cette poétesse afghane :
"Que choisir 
Une tombe familiale en terre natale 
Ou une geôle étrangère en terre d’asile ?"

La troisième lettre s'achève sur le constat du refus de la réalité : "À quoi aspire Zobaïda Elnatour, qui, depuis l’âge de 28 ans, vit dans l’errance. Elle a aujourd’hui 94 ans !
Elle dit qu’elle est vieille, vieille comme sa terre, dont elle ne rêve plus. Elle la chante, elle la lamente. Elle l’a chantée pour ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, tous nés ici, dans la Tour des tours ! Elle ne rêve plus, Zobaïda. Elle attend. "J’attends la mort", dit-elle. Elle se demande si on peut l’enterrer dans son village, en Palestine, et avec ses chagrins. Elle ne veut pas les laisser ici, à ses enfants".

Atiq Rahimi évoque la responsabilité des dirigeants libanais dans sa quatrième lettre : "Séquestrés, sans avenir, sans passé… Suspendus dans le temps, gisants dans l’espace".

« Puis, d’une voix intérieure tremblante, se dit désespérément que si les Palestiniens s’abîment dans cette errance, c’est pour qu’ils éprouvent la souffrance des enfants errants d’Abraham ! Son exil à la Tour des tours, ou ailleurs, est donc une fatalité, et non pas un enjeu géopolitique. Ce destin, il faut le définir comme châtiment. Il faut que le monde musulman et arabe se remette en question, ainsi que les Israéliens », a écrit Atiq Rahimi dans sa cinquième et dernière lettre. Un parallèle aberrant entre les Juifs et les Palestiniens. Mais une injonction rare aux mondes arabe et musulman de "se remettre en question".

Et de conclure : "Cette sagesse ne l’empêche de reprendre son oud, et de chanter une ode pour son peuple. Que le vent emporte sa voix au-delà des frontières : 
"Palestinien, Palestinien, Palestinien 
Que veux dire être Palestinien ? 
Ça veut dire que je suis la bannière de notre nation 
Je suis le cœur qui bat de notre arabité
 Je suis l'eau et l'âme de notre cause 
Un fedayin* de toute patrie arabe 
Et tout Arabe dans cet univers vit dans mes veines.
 Je suis terre et lieu Peuple et entité 
Je suis patrie de toutes les patries 
Une patrie au présent, dans l'actuel 
Et aucune autre patrie ne m'intéresse.
 Je suis le soleil des jours 
La lune des rêves La mer des mélodies 
Je suis colombe et paix 
Les oiseaux du Paradis sifflent chantent mes éloges 
Palestinien, Palestinien, Palestinien.
Note de la rédaction : les fedayin sont de petits groupes de commandos palestiniens qui ne reconnaissent pas Israël et s'y opposent par les armes. Nés dans les années 70, ils sont à l'origine de mouvements comme le Hamas ou le Jihad islamique palestinien". Et aussi de l 'OLP, du Fatah,..
Finalement, Atiq Rahimi enracine la "Cause palestinienne" dans l'arabité, la centralise dans ce chaos arabe en la connotant de violence militaire.

« Moukhaïam - La petite Palestine  » de Didier Kassaï
"Alors qu’il venait de survivre aux heures noires de la Centrafrique, Didier Kassaï a embarqué pour le Liban. Impossible pour lui de ne pas comparer le camp de Burj el-Barajneh avec celui qu’il a fréquenté à Bangui - et pourtant, rien n’est pareil. Illustrateur, caricaturiste, cet autodidacte a sorti son premier album personnel L’Odyssée de Mongou en 2008, qui sera suivi cette année de Tempête sur Bangui, publié chez La Boîte à Bulles, et de Pousse-pousse, chez L’Harmattan BD. Pour ARTE Reportage, Didier Kassaï s’est perdu dans les dédales du camp de Burj el-Barajneh, avec l’objectif de raconter le quotidien des réfugiés palestiniens, bouleversé par l’arrivée des réfugiés syriens".


Le racisme anti-noir des Arabes, notamment des Arabes originaires de la Palestine mandataire ? Silence.

« Moukhaïam - La petite Palestine  », BD-reportage de Didier Kassaï, est choquante par son discours anti-israélien.

Une adolescente est présentée comme artiste. Que peint-elle ? Une colombe de la paix près d'une Palestine quadrillant l'Etat d'Israël. Ou plutôt la carte de l'Etat Juif revêtue du quadrillage ornant les keffiehs palestiniens.

Le dessin final de cette BD signifie que la victoire de ces réfugiés aboutit à la "Palestine" englobant l'Etat d'Israël. La colombe blanche symbole de paix regarde vers "INTIFADA".

"Le pétrole de la discorde"
Le 29 novembre 2014 est la Journée internationale de solidarité avec la Palestine célébrée à l'ONU, et marquée par des manifestations, telle celle à Paris.

Participation à cette Journée ? Arte a diffusé le 29 novembre 2014 le reportage partial Le pétrole de la discorde, sur les gisements de pétrole explorés légalement par l'industrie israélienne.

"En Israël, l’industrie pétrolière est l’une des plus secrètes du pays. Les caméras de télévision sont interdites sur les sites d’extraction. Peut-être parce que les cuves de pétrole brut et les tours de forage ne sont qu’à une centaine de mètres des territoires palestiniens ? Selon les géologues palestiniens 85 % des gisements exploités par Israël se trouveraient en dehors de ses frontières. Les Palestiniens voient d’un mauvais œil les forages israéliens. L’or noir, synonyme d’essor économique, se trouve sur leurs terres. Leur gouvernement tente de faire reconnaître l’illégalité des forages israéliens qui jouxtent la frontière : la valeur de ce gisement de pétrole est estimée à 255 milliards de dollars. L’exploitation des ressources palestiniennes constitue aujourd’hui un élément à part entière de l’économie mondiale. Après l’eau, la terre et les minéraux, les Palestiniens redoutent d’être mis devant le fait accompli sans percevoir des revenus dont ils estiment pouvoir bénéficier en toute légitimité".

Un gisement pétrolifère dont la valeur est estimée à 255 milliards de dollars. "On s'est déjà fait voler l'eau, la terre, les minéraux. On ne va pas se faire voler le pétrole", disent les Palestiniens cités par le présentateur William Irigoyen, qui déplore la mauvaise volonté des autorités israéliennes. "Ce qui intéresse les colons, c'est l'argent. Nous pillons les ressources palestiniennes", déclare Dror Etkes, membre de La Paix Maintenant. Les "Juifs voleurs", un cliché antisémite. A ce gisement pétrolifère, Abdallah Abdallah, géologue palestinien, ajoute un demi-milliard de dollars d'un gisement de gaz. Exemple de mensonges : un Palestinien allègue que les Palestiniens payent l'électricité consommée aux Israéliens. Or, la Compagnie israélienne d'électricité a lancé en mai 2014 des poursuites judiciaires contre une entreprise palestinienne à qui elle réclame le remboursement de sa dette d'environ 315 millions d'eurosLe reportage est essentiellement consacré à l'eau, mais au lieu de présenter la gabegie d'eau par l'Autorité palestinienne, il préfère accabler à tort les Israéliens, Ahava, etc. à propos des "territoires occupés".

  « Nous, réfugiés palestiniens... » d’Agnès Merlet
France, 2014, 52 minutes 
Diffusions sur Arte les 15 novembre 2014 à 18 h 35 et 17 novembre 2014 à 6 h 50,  les 18 juillet à 18 h 50 et 22 juillet 2015 à 1 h 10
"Œil pour œil", avec Christina Malkoun, le 22 novembre 2014
"Burj El Barajneh, Atiq Rahimi en toutes lettres", "Mot pour mot" avec Atiq Rahimi, les 29 novembre  à 18 h 35 et 1er décembre 2014 

Visuels : © Arte/Christina Malkoun, © Atiq Rahimi, © Didier Kassaï
Il pointe du doigt un derrick israélien
 © Arte


Les citations proviennent du site Internet d'Arte.
Cet article a été publié les 14 et 21 novembre 2014.

dimanche 19 juillet 2015

« Poudre, gloire & beauté » d’Ann Carol Grossman et Arnie Reisman


Le Boca Raton Museum of Art présente l'exposition Helena Rubinstein: Beauty Is Power. Arte a diffusé « Poudre, gloire et beauté. Portraits croisés d'Elizabeth Arden et Helena Rubinstein » (The Powder & the Glory), documentaire américain d’Ann Carol Grossman et Arnie Reisman (2007). Le portrait croisé d’Helena Rubinstein (1872-1965), Juive née en Pologne, et d’Elizabeth Arden (1884-1966), chrétienne née au Canada, ayant immigré voici près d’un siècle aux Etats-Unis où elles ont fondé deux empires mondiaux de produits cosmétiques et de parfums, ainsi que l’industrie américaine de ce secteur qui réalise de nos jours un chiffre d’affaires de 150 milliards de dollars (beauté et santé). Le 19 juillet 2015, dans la série Duels, France 5 diffusera Rubinstein/Arden, poudres de guerre.


Ce sont deux success stories à l’américaine que nous conte ce documentaire inspiré du livre War Paint: Miss Elizabeth Arden and Madame Helena Rubinstein — Their Lives, Their Times, Their Rivalry de Lindy Woodhead. Leit-motif de ce film intéressant réunissant archives et interviews originales : le visage d’une top model Courtney Craft maquillée selon les modes des années 1910 aux années 1960.

L’ascension professionnelle de deux self-made women, dotées d’un fort caractère, qui ont travaillé et habité dans le même quartier sans se rencontrer ni dialoguer, et dont la rivalité acharnée s’est développée en fructueuse émulation.

Des origines diverses
Chaya Rubinstein est née en 1872 - sa date de naissance varie selon les sources - dans une famille Juive orthodoxe et nombreuse vivant dans Kazimierz, quartier juif de Cracovie, en Pologne. Une partie de sa famille sera décimée par la Shoah (Holocaust).

Chaya Rubinstein arrive en Australie en 1896, et ouvre en 1902 à Melbourne la boutique Maison de beauté Valaze en vendant des crèmes pour les peaux sensibles abîmées par le soleil. Devenue Helena Rubinstein, elle fréquente scientifiques et médecins en Europe où elle s’établit en 1905. Epouse en 1908 le journaliste Edward William Titus avec lequel elle a deux fils, Roy (1909-1989) et Horace (1912-1958). Ouvre des salons de beauté dotés de cabines individuelles à Londres (1902), à Paris dans la rue Saint-Honoré (1909), puis aux Etats-Unis en 1914. Bâtit son empire sur plusieurs continents en se faisant appeler « Madame » par son personnel. Vend sa société en 1928 à Lehman Brothers à la veille du krach boursier (1929), puis la rachète en réalisant une plus-value qui fait d'elle l'une des femmes les plus riches des Etats-Unis. Se passionne pour l’avant-garde artistique – peinture, sculpture -, notamment l’art primitif qu’elle collectionne, et incitera nombre d’artistes à la portraiturer. Divorce en 1937 pour épouser en 1938 le prince Artchil Gourielli-Tchkonia. Fournit l’armée américaine en produits cosmétiques. S’intéresse au marché masculin des cosmétiques (gamme Gourielli en 1948). Se heurte à l’antisémitisme à New York. Sioniste, Helena Rubinstein soutient le jeune Etat juif refondé par des actions de philanthropes. Une photo la montre au côté de Ben Gourion, Premier ministre d’Israël.

Née en dans une famille pauvre d’Ontario (Canada) en 1884, Florence Nightingale Graham arrive à New York en 1907 et y débute dans un magasin de beauté. En 1910, elle prend le nom d’Elizabeth Arden et ouvre son premier salon caractérisé par sa porte d’entrée rouge sur la 5e avenue. En 1912, elle se forme aux techniques françaises de soins puis retourne à New York où elle rejoint un défilé de suffragettes sur la 5e avenue. Ouvre la première station de santé spa aux Etats-Unis. Veille à la formation continue et envoie ses équipe de vendeurs. Sa passion : l’équitation, l’élevage et les courses hippiques. Ce qui lui vaut la couverture de Time magazine en 1946. Elle débute un partenariat avec des designers de vêtements, dont Oscar de la Renta. Sa vie privée est marquée par deux mariages et deux divorces.

Des « icônes culturelles »
Au début du XXe siècle, des femmes fabriquaient des produits de beauté, mais pour une clientèle locale, communautaire, dans le cadre d’un marché de « niches ». Ainsi, Madam C.J. Walker’s cible les Afro-américaines.

Dans un monde d’affaires et financier dominé par les hommes (Carnegie, Rockfeller), Helena Rubinstein et Elizabeth Arden vont bâtir une industrie nationale, de masse, de cosmétiques et parfums. Rapidement, elles vont donner une dimension internationale à leur entreprise/marque, par des stratégies de développement assises sur des instituts de beauté ouverts dans les quartiers huppés des grandes villes en Amérique et en Europe.

En ce début du XXe siècle, les Etats-Unis accueillent chaque année, des centaines de milliers d’immigrés originaires de pays du vieux monde aux modes de vies, cultures, religions, etc. très différenciées. Sous l’impulsion de ces deux leaders de la cosmétique, le maquillage apparaît comme facteur d’intégration dans la société américaine. Et un élément d’une American way of life qui va servir de modèle, adopté ou refusé, adoré ou haï à nombre de consommateurs.

Helena Rubinstein et Elizabeth Arden luttent victorieusement, pendant des décennies, contre des préjugés stigmatisant le maquillage associé aux prostituées et artistes. Elles parviennent à convaincre les femmes que le maquillage est respectable, correct, naturel, indispensable, et doit s’intégrer dans un look global incluant la manucure, les soins des cheveux, les mouvements de gymnastique, les massages, etc.
Elles intègrent les découvertes scientifiques dans leur conception des produits et accordent une grande place à la recherche et à la démarche des scientifiques et médecins. Font évoluer le design et la composition des produits : crème (crème Valaze d’Helena Rubinstein, Eight Hour Cream d’Elizabeth Arden), shampooing, huiles de corps, lotions, savons, eye liners, rouges à lèvres – rouge à lèvre vif pour s’harmoniser avec la couleurs des uniformes des femmes servant dans l’Armée lors de la Seconde Guerre mondiale -, poudres à paupières, fonds de teint, etc. Modifient les caractéristiques du maquillage – premier mascara waterproof (1939) par Helena Rubinstein, faux-cils -. Multiplient les innovations et proposent de nouvelles gammes de produits. Lancent des parfums – Blue Grass d’Elizabeth Arden (1934) - devenus rapidement des must. Se fondent sur une formation spécifique des esthéticiennes, un marketing original – lâcher de 5 000 ballons/paniers renfermant échantillons et messages du haut d’un gratte-ciel new-yorkais pour la promotion du nouveau parfum Heaven Sent d'Helena Rubinstein -, une publicité et un packaging (conditionnement) savamment pensés. Génèrent des profits considérables grâce à l’écart important entre le prix de fabrication et celui de vente de leurs articles. Optent pour la vente de leurs produits dans les grands magasins et dans leurs salons de beauté offrant un décor contemporain, raffiné, décoré d’œuvres d’art. Façonnent la « femme moderne » selon l’air du temps en focalisant leur discours sur la beauté et la lutte contre le vieillissement, et pour une jeunesse quasi-éternelle. La convainquent de la nécessité de la gymnastique pour affiner la silhouette et renforcer la tonicité des muscles du visage, de l’hygiène et des soins du corps. Mettent au goût du jour le vocabulaire cosmétiques, notamment en reprenant le vocabulaire des suffragettes : « Chaque femme a droit à être belle » (Elizabeth Arden). Font miroiter une beauté accessible à toutes. Attirent une clientèle de célébrités : stars – Marilyn Monroe, Marlene Dietrich - et de reines : Elisabeth II. Recourent aux tops models (Twiggy Lawson) et actrices glamour (Catherine Zeta-Jones) comme égéries.

Elles se tournent aussi vers les médias les plus populaires et les plus récents : magazines féminins pour les encarts publicitaires et rédactionnels, cinéma – le septième art montre en gros plans les visages des acteurs -, Internet avec des sites communautaires, etc.

Quand Max Factor domine le maquillage hollywoodien, toutes deux s’infiltrent dans les interstices libres : Helena Rubinstein crée le maquillage charbonneux au crayon khôl de la première vamp du cinéma Theda Bara (1915) ; Elizabeth Arden collabore à un film promouvant son salon de beauté et sa philosophie.

Alors que dans les années 1960-1970, les jeunes femmes boudent les instituts de beauté, Elizabeth Arden recrute un talentueux directeur artistique, Pablo Manzoni, responsable du maquillage pour les attirer et les fidéliser en créant un maquillage stylisé fantaisiste (yeux en forme de plume de paon) conçu comme une œuvre d’art.

« Avec son packaging et mes produits, nous aurions pu régir le monde », avait déclaré Helena Rubinstein d’Elizabeth Arden. Ne craignant pas les nouveaux arrivants – Revlon (surnommé par l’une d’elles « Nail man » car les frères Charles et Joseph Revson ont débuté par un vernis à ongles en 1932) ou Estée Lauder qui fonde sa société en 1946 - sur ce marché au fort potentiel de croissance, ces chefs d’entreprises autoritaires se sont crues immortelles, sans préparer leur succession. Et après la disparition de leur fondatrice pionnière, les sociétés ont été rachetées par d’autres sociétés : L’Oréal rachète toute la marque Helena Rubinstein en 1988.

Ce documentaire souligne le rôle de ces pionnières dans l’acceptation par la société d’une femme jeune, indépendante et égale à l’homme. Mais il occulte combien ce culte de la beauté et de la jeunesse aux critères dictatoriaux pèsent sur des femmes astreintes à poursuivre un but inaccessible, même par la chirurgie esthétique.

Helena Rubinstein: Beauty Is Power

Après le Jewish Museum de New York (31 octobre 2014-22 mars 2015), le Boca Raton Museum of Art présente l'exposition Helena Rubinstein: Beauty Is Power (21 avril-12 juillet 2015).

Helena Rubinstein: Beauty Is Power est la première exposition centrée sur cette collectrice d'oeuvres d'art et entrepreneur en produits cosmétiques. Elle explore les idées, innovations et influences de la légendaire Helena Rubinstein (1872-1965). "By the time of her death, Rubinstein had risen from humble origins in small-town Jewish Poland to become a global icon of female entrepreneurship and a leader in art, fashion, design, and philanthropy. As the head of a cosmetics empire that extended across four continents, she was, arguably, the first modern self-made woman magnate. Rubinstein was ahead of her time in her embrace of cultural and artistic diversity. She was not only an early patron of European and Latin American modern art, but also one of the earliest, leading collectors of African and Oceanic sculpture.


The exhibition will explore how Madame (as she was universally known) helped break down the status quo of taste by blurring boundaries between commerce, art, fashion, beauty, and design. Through 200 objects – works of art, photographs, and ephemera – Helena Rubinstein: Beauty Is Power reveals how Rubinstein’s unique style and pioneering approaches to business challenged conservative taste and heralded a modern notion of beauty, democratized and accessible to all.

The exhibition will reunite selections from Rubinstein’s famed art collection, dispersed at auction in 1966, featuring works by Pablo Picasso, Elie Nadelman, Frida Kahlo, Max Ernst, Leonor Fini, Joan Miró, and Henri Matisse, among others, as well as thirty works from her peerless collection of African and Oceanic art. Other exhibition highlights include Rubinstein’s beloved miniature period rooms, jewelry, and clothing designed by Cristóbal Balenciaga, Elsa Schiaparelli, and Paul Poiret. Rubinstein’s savvy for self-promotion will be seen in portraits of her made by the leading artists of her day, from Marie Laurencin to Andy Warhol. Also on display will be vintage advertisements, cosmetics products, and promotional films related to her beauty business.

Picasso, one of Rubinstein’s favorite artists, completed over thirty drawings of Madame in 1955. Twelve of these will be exhibited in the United States for the first time. The drawings capture a range of Rubinstein’s volatile moods, and depict many of her well-known attributes – the clothes, the jewelry, the chignon, the imperious manner and bearing.

Rubinstein amassed one of the most acclaimed collections of African and Oceanic art of the early 20th century.  She treated the work as high art before it was common to do so, displaying the sculptures in her homes and beauty salons. She delighted in works from a broad range of cultures, and she especially loved the immense variety of forms and types within each tradition. Some of the highlights on display in the exhibition are: two exceptional Punu masks (Gabon); three highly stylized Bakota reliquary figures (Gabon); four celebrated Fang heads (Gabon); two impressive Bamana puppet headdresses (Mali); a distinctive Lake Sentani figure (New Guinea); and a Yoruba head (Nigeria) with an elaborate coiffure, thought to be one of Madame’s favorites.

Rubinstein had a lifelong love of miniature rooms and commissioned numerous doll-size dioramas, decorated in period styles. They ranged from a Spanish Baroque dining room to an artist’s garret in turn-of-the-century Montmartre. She installed her miniature rooms in a gallery at her flagship New York beauty salon at 715 Fifth Avenue for the education and delight of visitors and clients. Seven of these miniature rooms will be seen for the first time in the United States in fifty years.

In 1888, Rubinstein fled the prospect of an arranged marriage. By 1896 she had found her way from Krakow to Vienna to Australia, where she established her first business, Helena Rubinstein & Co., producing skin creams. The exhibition title refers to one of the first slogans Rubinstein used to promote her cosmetics. ‘Beauty is Power,’ announced the headline of an advertisement that first appeared in an Australian newspaper in 1904. The bold phrase is an early indication of Rubinstein’s distinctive blend of commercial savvy and inherent feminism.

At the turn of the century the use of cosmetics – associated with the painted faces of actresses and prostitutes – was widely frowned upon by the middle class. A model of independence, Rubinstein rejected this, producing and marketing the means for ordinary women to transform themselves. Her business challenged the myth of beauty and taste as inborn, or something to which only the wealthy were entitled. By encouraging women to define themselves as self-expressive individuals, Rubinstein contributed to their empowerment.

Inspired by the tradition of European literary salons, Rubinstein conceived of her beauty salons as intimate environments where progressive ideas were exchanged under the guidance of a sophisticated patroness. After her initial success in Australia, she opened beauty salons in the grandest districts of London and Paris. At the outbreak of World War I she moved to the United States, where she founded her first New York salon in 1915. Two revolutionary events had recently occurred there: the Armory Show of avant-garde European art in 1913 and a huge rally in 1911 of women suffragists. Tens of thousands of women had marched in the rally, with some wearing lip rouge as a badge of emancipation. It was Rubinstein’s genius to develop a brand that appealed equally to the cultured socialite and the average wage earner – a market created by the influx of young immigrant women into the workforce.

By the 1920s Rubinstein was a wealthy and influential businesswoman with salons worldwide, and was becoming known as an art collector. She had little interest in the conventional standards of connoisseurship. She bought what she liked and learned as she went from the many artists she met, and delighted in mingling Western and non-Western art together. Her eclectic tastes distinguished her from the conservative and elitist culture prevalent in fashionable circles.

By mid-century, Rubinstein maintained homes in London, Paris, New York, the south of France, and Greenwich, Connecticut, all functioning as ever more public platforms for the display of her collections. She was known for her independent, deliberate originality, collaborating with artists such as Salvador Dalí and interior designers such as David Hicks to create outlandish décors. Rubinstein’s fascination with different cultures and artistic approaches was reflected in her clothes, art, furniture, and jewelry. This kaleidoscopic variety of styles in the décor of her salons and homes served to level snobbish aesthetic taste and expand the notion of who and what could be considered beautiful.
Today the term “beauty salon” means a hairdresser or a day spa. But the Rubinstein salon was a place designed entirely for women, where a client could learn not only how to improve her looks, but also how to reconceive her standards of taste, to understand design, color, and art in order to express her own personality. Art and cosmetics embodied Rubinstein’s overarching dual enterprise: to establish a correspondence between modern art and personal beauty, both of which she felt should be interpreted individually and subjectively.

Now we take such subjectivity for granted, but the sense of individuality and independence Rubinstein fostered was new and profound in the early 20th century. She offered women the ideal of self-invention – a fundamental principle of modernity. One’s identity, she asserted, is a matter of choice.

In conjunction with the exhibition, the Jewish Museum is publishing a 168-page catalogue by Mason Klein, distributed by Yale University Press. Mr. Klein concentrates on Helena Rubinstein as an art collector and patron as well as a titan of business. He explores her little-known role in integrating the notion of style--reflecting in her wide-ranging tastes--within the overarching culture and industry of beauty. In tracing how her brand name became associated with the woman herself, the book examines the various ways Rubinstein controlled and defined her remarkable image".


Poudre, gloire et beauté d’Ann Carol Grossman et Arnie Reisman
Etats-Unis, 2007, 86 minutes
Diffusions :
- 6 mars 2011 à 22 h 30, 7 mars 2011 à 02 h 30, 20 mars 2011 à 15 h
-  4 mars 2012  à 22 h 50

Visuels de haut en bas :
© Courtesy of Helena Rubinstein Foundation
© Courtesy of Elizabeth Arden Archives 

Michèle Fitoussi, Helena Rubinstein: La femme qui inventa la beauté. Grasset, 2010. 496 pages. ISBN : 978-2246755715

Du 21 avril au 12 juillet 2015
Au Boca Raton Museum of Art
501 Plaza Real, Boca Raton, FL 33432
In Mizner Park

T: 561.392.2500
Mardi, Mercredi et vendredi de 10 h à 17 h, Jeudi de 10 h à 20 h, samedi et dimanche de 12 h à 17 h

Du 31 octobre 2014 au 22 mars 2015
Au Jewish Museum 
1109 5th Ave at 92nd St.  New York, NY 10128
T:  212.423.3200
Samedi, dimanche, lundi et mardi de 11 h à 17 h 45. Jeudi de 11 h à 20 h et vendredi de 11 h à 16 h.

Du 21 avril au 12 juillet 2015
Au Boca Raton Museum of Art, Boca Raton, FL 
501 Plaza Real, Boca Raton, FL 33432
In Mizner Park
T: 561.392.2500

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Cet article a été publié pour la première fois le 6 mars 2011, puis les 3 mars 2012 et 21 avril 2015. Il a été modifié le 30 octobre 2014.

mardi 14 juillet 2015

La Flandre et la mer


Le musée départemental de Flandre à Cassel présente l’exposition La Flandre et la mer. consacrée à la représentation de la mer dans l'art flamand des XVIe et XVIIe siècles. « Si la marine est considérée comme une spécialité de la peinture hollandaise, l’exposition rappelle que ce sont les artistes flamands qui en sont les véritables inventeurs ». Manquent une chronologie, une carte et l’évocation du rôle des Juifs, dans la cartographie, etc.


Le musée départemental de Flandre à Cassel présente une exposition dédiée à la représentation de la mer dans l'art flamand des XVIe et XVIIe siècles, ère d’intenses échanges commerciaux entre la péninsule hispanique et la Baltique au travers de ports tel Anvers. En témoignent des scènes de marchés avec des étals de poissons et de légumes – ceux-ci résultent des « mérites de l’Homme qui parvient par son travail à rendre fertile la terre », et ceux-là révèlent la variété et « les richesses du monde marin, de la mer nourricière, illustration de la grandeur divine » -, natures mortes… Dans ces étals, des phoques voisinent avec des « homards, des anguilles, des crabes, des raies énormes, des brochets, des poissons de mer et de rivière ».

Environ quatre-vingt peintures, dessins et gravures ainsi que trois maquettes de bateaux prêtés par des musées européens et américains retracent   cette relation privilégiée de la Flandre (Pays-Bas méridionaux) avec la mer – voie d’expansion commerciale, espace riche de ressources halieutiques dessinées dans des bestiaires marins édités avec succès, lieu explorable grâce aux progrès de la cartographie, source alimentant l’imaginaire oscillant entre peur, curiosité et désir de voyage, sujet biblique traité en particulier par des tempêtes/punitions divines -, « l’univers envoûtant des marines flamandes et hollandaises des XVIe et XVIIe siècles », un goût des Hollandais pour les sujets simples, et leur représentation picturale de Pieter l’Ancien à Jan Brueghel de Velours. Emerge alors le genre pictural de la marine, notamment par l’apparition du navire de guerre.

« Si la marine est considérée comme une spécialité de la peinture hollandaise, l’exposition rappelle que ce sont les artistes flamands qui en sont les véritables inventeurs. En effet, c’est à Pieter Bruegel l'Ancien que l'on doit les premières scènes en pleine mer ».

Peintures flamande et hollandaise
La « façade maritime de la Flandre qui court de Dunkerque à Anvers ouvre à l’aube du XVe siècle des perspectives de développement à cette puissance économique en pleine expansion. Certes, au Moyen âge, les voies navigables sont privilégiées mais le transport maritime par cabotage c’est-à-dire le long des côtes se développe. Les marins craignent encore de s’aventurer en pleine mer et préfèrent la navigation par cabotage même si elle n’est pas exempte de risques. On a donc recours à des bateaux à fond plat utilisés pour les rivières, les « pleit », pour éviter au maximum de heurter des rochers, les fonds marins étant peu profonds près des rivages. Dès le XVIe siècle, profitant de l’ensablement de Bruges, le port d’Anvers devient une des plaques tournantes du commerce maritime établissant des liaisons de plus en plus intenses entre l’Espagne, le Portugal et la Baltique : on échange le vin de Porto contre du bois de la Baltique ou encore les fameux draps de lin des Flamands ». Au cours du XVIIe siècle, « les vues portuaires deviennent fantaisistes et se chargent de détails aux accents pittoresques, qui s’inscrivent selon certains historiens dans l’« esprit pré-rococo », comme en témoigne l’oeuvre de Hendrik van Mindehout (1632-1696) ».

En 1492, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb bouleverse la perception du monde. Portulans, mappemondes représentent avec force détails les villes, les ports… « Si Anvers et par la même son port ont été souvent représentés c’est justement car la rive de l’Escaut permettait d’embrasser dans un seul panorama la cité scaldienne. La représentation des ports est dépendante de la situation géographique et des angles de vue possibles à partir de la côte ».

À la charnière des XVIe siècle et XVIIe siècles, s’affirme en Europe une « nouvelle puissance politique, économique et religieuse : les Pays-Bas, République de confession calviniste avec une économie en plein développement fondée sur le commerce maritime ». La « mer faisant partie de leur quotidien, les peintres hollandais n’hésitent donc plus à embarquer sur des navires pour avoir un point de vue réaliste depuis la mer. L’exemple le plus connu est celui de C. Hendrick Vroom à cause de son célèbre naufrage au large des côtes portugaises vers 1590 ».

Peintures flamande et hollandaise se distinguent par leur « choix des sujets : pour les peintres flamands, la représentation des batailles navales sert avant tout de moyen de propagande à un État ou à l’Église. Ils s’attachent plutôt à peindre des combats illustrant la victoire de la Chrétienté sur l’Islam. Ainsi, ils s’intéressent toujours au XVIIe siècle à la Bataille de Lépante, qui s’est déroulée le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras en Grèce. Les Hollandais en revanche privilégient la représentation des batailles contemporaines, qui témoignent des rivalités politiques entre les Espagnols et les Hollandais associés aux Anglais. L’explication de ce point de vue divergeant » réside « dans la perception du genre et la destination des tableaux : les Hollandais, qui considèrent la marine comme le genre majeur, sont soucieux d’asseoir la renommée de leur jeune État. Tandis que pour les Flamands, les batailles navales sont essentiellement commanditées par l’Église, dans le but de glorifier la religion ».

Nulle surprise « de trouver dans l’Œuvre d’Andries Van Eertveld, né à Anvers en 1590, pas moins de quatre tableaux montrant » la Bataille de Lépante (actuelle Grèce), le 7 octobre 1571 qui se conclut par la défaite de la puissante marine ottomane, dirigée par Selim II (1524-1574), 11e sultan ottoman, fils et successeur de Soliman le Magnifique et de son épouse Roxelane, vaincue par une flotte chrétienne constituée d’escadres vénitiennes et espagnoles ainsi que de galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, agissant pour la Sainte Ligue créée à l'initiative du pape Pie V. « Le plus célèbre d’entre eux n’est autre que celui conservé par le musée des Beaux-Arts de Gand. Sur une mer tumultueuse, qui se démarque à peine en termes de coloris d’un ciel tout aussi agité, les vaisseaux et les hommes sont en pleine tourmente. L’inscription portée sur le pont d’avant du navire situé à gauche renforce la portée religieuse du sujet : « God sij met on allen » ou « Dieu soit avec nous ».

Pour la première fois, est montrée hors d’Italie Bataille navale dans le golfe de Naples, chef d’œuvre de Pieter Bruegel l’Ancien conservé à la galerie Pamphilj de Rome.

La « tempête séduit les peintres maniéristes flamands à l’instar de Frederick van Valckenborch ou de Paul Bril par les effets irréalistes de la lumière et du mouvement qu’elle incite. La tempête, sujet à haute consonance dramatique, est représentée comme une punition divine, comme un moyen de montrer la grandeur de Dieu et de la Nature face à l’homme. C’est pourquoi elle est associée dans un premier temps à une scène religieuse ou mythologique. Ainsi Jonas et la baleine est considéré comme l’un des premiers sujets qui permit aux peintres flamands d’exprimer le déchaînement des éléments en pleine mer » animée par des monstres supposés.

Au vu du succès - plus  de 25 000 visiteurs ont vu cette exposition -, les plages horaires d'ouverture du musée ont été élargies.


Du 4 avril au 12 juillet 2015
26, Grand’Place - BP 38 - 59 670 CASSEL FRANCE
Tél. : 00 33(0) 3.59.73.45.59
Tous les jours de 10 h à 18 h.

Visuels
Affiche
Pieter Bruegel l’Ancien (1528-1569)
Vue sur la baie de Naples
Huile sur bois
Rome, Galleria DoriaPamphilj
© Galleria Doria Pamphilj, Rome,Italy Giraudon/Bridgeman Images

Joachim Beuckelaer (Anvers, ca. 1530 – ca. 1575)
Marché aux poissons
Huile sur toile, 174,5 x 239,5 cm
Ferens Art Gallery, Hull Museums, UK, inv. KINCM 2005.4745
© Ferens Art Gallery, Hull Museums, UK

Pieter Bruegel l’Ancien, attribué à (Breda ?, 1525/1530 – Bruxelles, 1569)
Gravé par Frans Huys (Anvers, 1522 - 1562)
Combat naval dans le détroit de Messine
Gravure au burin, 42,5 x 71,5 cm Louvain-la-Neuve,
Musée de Louvain-la- Neuve, inv. n° ES 97 (Fonds Suzanne Lenoir, donation E. Rouir).
© Jean-Pierre Bougnet Musée de Louvain-la-Neuve

Simon de Vlieger (Rotterdam, 1601 – Weesp, 1653)
Dunes avec pêcheurs par temps de pluie (Scheveningen ?)
Huile sur bois, 37,8 x 53,1 cm
Amiens, musée de Picardie, inv. M.P.Lav.1894-59
© Marc Jeanneteau - Musée de Picardie

Gillis Neyts (Grand, 1623 – Anvers, 1687)
Une Vue d’Anvers au-delà de l’Escaut 1680
Plume et encre indienne sur vélin, 249 x 348 mm
Cambridge, The Fitzwilliam museum, inv. PD. 513.1963
© Fitzwilliam Museum, Cambridge

Pieter Bruegel l’Ancien, attribué à (Breda ?, 1525/1530 – Bruxelles, 1569)
Gravé par Frans Huys (Anvers, 1522 - 1562)
Navire marchand hollandais à trois mâts
Gravure au burin, 23,8 x 19,2 cm Liège,
Collections artistiques de l’Université, inv. 26872
􂡋 Collections artistiques de l’Université de Liège

Jan Peeters (Anvers, 1624 - ?, 1677)
Combat de vaisseaux hollandais contre des galères turques
Huile sur toile, 107 x 210 cm
Valenciennes, musée des Beaux-Arts, inv. P.46.1.129
©  Musée des Beaux-Arts de Valenciennes /
Photo C. Thériez

Pieter Bruegel l’Ancien, attribué à (Breda ?, 1525/1530 – Bruxelles, 1569)
Bataille navale dans le golfe de Naples
Huile sur bois, 41 x 70 cm
Rome, Palazzo Doria-Pamphilj, inv. fc 546
© Trust Doria Pamphilj

Paul Bril (Anvers, 1554 – Rome, 1626), d’après
Gravé par Justus Sadeler (Anvers, ca. 1583 – Venise, 1620)
Jonas et la baleine
Gravure, 21,3 x 27,4 cm
Cassel, musée départemental de Flandre, inv. 2014.2.1
© Cassel, musée départemental de Flandre

Aert Anthonisz (Anvers, ca.1579/1580 – Amsterdam, 1620)
Embarcations à IJselmonde
1617
Huile sur bois, 42,2 x 80 cm
Amsterdam, Rijksmuseum, inv. SK-A-1446
© Amsterdam, Rijksmuseum

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