vendredi 31 juillet 2015

« Aharon Barak » de Ram Landes et Ami Teer


Arte a diffusé « Aharon Barak » (The Judge, 2011) de Ram Landes et Ami Teer. Un portrait d’Aharon Barak, survivant de la Shoah, conseiller juridique du gouvernement (1975-1978), puis président, admiré ou critiqué, de la Cour suprême israélienne (1995-2006), cour de première et de dernière instance dont le siège est à Jérusalem. Une institution qualifiée par certains observateurs de « courtocracy » (courtocratie) ou « superlégislature » ayant usurpé les pouvoirs de la Knesset, Parlement israélien. Le 29 juillet 2015, la Haute Cour a confirmé la destruction de deux immeubles à Beit El.



« Le dictateur judiciaire ! », « Celui qui représente le mieux les valeurs de la démocratie et des droits de l’hommes, les règles de droit et la justice » (Professeur Elena Kagan, doyenne de la Faculté de droit d’Harvard), « Un homme très courageux et sage » (Lord Woolf), « Un modèle pour les Juifs du monde entier » (Andrew Li), « Un homme puissant car il n'y a personne au-dessus de lui. Cela en fait un Dieu » (Daniel Bensimon, député ex-travailliste)… Haï ou admiré, Aharon Barak ne laisse pas indifférent.

« Enfant prodige du droit »
Aharon Barak (Harry Kubrick) est né à Kovno ou Kaunas (Lituanie) en 1936.


En 1941, sous l’occupation nazie, sa mère et lui parviennent à sortir du ghetto de Kovno. « La vie dans le ghetto était atroce, terible. On nous traitait comme des rebuts, pire que des chiens. On nous tirait dessus... Mon père [sioniste qui avait les passeports pour fuir le pays]  aurait du nous envoyer à l'étranger et rester sur place » , se souvient Aharon Barak. Celui-ci  se souvient que son père, ouvrier dans l'atelier de confection d'uniformes pour les soldats allemands, l'a caché dans un sac pour qu'il s'échappe clandestinement du ghetto. Quand l'enfant sort du sac, il se trouve dans une étable et découvre avec effroi une vache. un animal que ce citadin voit pour la première fois. Aharon Barak est caché par des paysans lituaniens chrétiens jusqu’à l’arrivée de l’Armée russe. Il éprouve une profonde reconnaissance à leur égard : « Je ne l'oublierai jamais. Ils l'ont fait par pure humanité ».


Sa famille fait son aliyah en 1947. Aharon Barak étudie le droit à l’université hébraïque de Jérusalem dont il obtient la maitrise en 1958. Il complète par un cursus en économie et relations internationales.


Après son service militaire au sein du « bureau du conseiller économique du chef d’Etat-major, puis dans le département budgétaire du ministère de la Défense », Aharon Barak enseigne le droit à l’université hébraïque de Jérusalem (1960-1963).


Le début d’une carrière prestigieuse dans cette université : docteur en droit, professeur de droit en 1968, doyen de la Faculté de droit en 1974-1975.


En 1973, le prix Kaplan couronne les recherches de ce juriste réputé.

En 1975, Aharon Barak accède au poste de conseiller juridique du gouvernement d’Itzhak Rabin. Il se fait remarquer dans la lutte contre la corruption qui gangrenait notamment le parti travailliste en inculpant Asher Yadlin, directeur de la Banque d’Israël, et Abraham Ofer, ministre du Logement. Au terme de ses actions visant un compte bancaire que Léa Rabin, épouse du chef du gouvernement, n’avait pas fermé à l’expiration du mandat de son mari comme ambassadeur d’Israël à Washington comme le prescrivait la loi, Itzhak Rabin démissionne.

Aharon Barak est membre de la délégation israélienne lors des négociations des accords de Camp David en 1978 menées par le Premier ministre Menahem Begin sous la présidence de Jimmy Carter, et qui aboutiront à la signature du traité de paix avec l’Egypte.

« L’activisme judiciaire »
En 1978, Aharon Barak est désigné juge à la Cour suprême - qui comprend 12 permanents et deux temporaires -, dont il devient en 1993 vice-président et le 13 août 1995 président en succédant à Meir Shamgar (1983-1995). Il exerce cette haute fonction, et celle de la Haute Cour de Justice, jusqu’en 2006, date à laquelle Dorit Beinish lui succède en louant son « activisme judiciaire ».

La Cour suprême d'Israël, dont les membres ne sont pas désignés par la Knesset, mais par un Comité qui inclut des magistrats, « est tout à la fois une cour d'appel pour le pénal et le civil et aussi une haute cour de justice siégeant en première instance, principalement pour ce qui concerne le contrôle juridictionnel des décisions du gouvernement ainsi que pour le contrôle de constitutionnalité des lois ».


Aharon Barak a changé considérablement le rôle, le périmètre de compétence, l’autorité, le pouvoir, l’influence et l’image de la Cour suprême israélienne en alléguant : « Tout est jugeable » (Everything is justiciable). Aharon Barak s'en explique : « Seul un nombre limité de cas ne peut pas être jugé » afin de réduire le « trou noir juridique ».

« La Cour a la réputation d’être active également dans des domaines généralement écartés par les juges. Ainsi, depuis les années 1980, elle a développé une jurisprudence lui permettant de contrôler de façon extensive l’action gouvernementale, y compris dans des domaines tels l’armée ou la politique, qui, dans beaucoup de pays, sont considérés comme non justiciables (« échappant par leur nature au contrôle des tribunaux » selon l’expression utilisée par le Conseil d’Etat et le Tribunal des Conflits français pour caractériser les actes de gouvernement) », souligne Anne Jussiaume.


Ainsi, la Cour suprême statue non seulement sur les questions de constitutionnalité de lois – « loi Tal qui exempte à certaines conditions les jeunes des écoles talmudiques du service militaire » - , mais aussi sur des questions sensibles, sur des décisions politiques : usage de la tortue par les services de renseignements (1999), droits des Arabes israéliens, éliminations ciblées de terroristes (2005), démantèlement d’avant-postes jugés illégaux, tracé de la barrière de sécurité anti-terrorisme, etc.

« La Cour suprême d’Israël a confirmé en outre que presque toutes les formations politiques pouvaient prendre part aux élections, y compris des partis qui prétendent représenter la communauté arabe israélienne et ne sont en fait que des antennes d'organisations ultranationalistes ou ultra-islamistes palestiniennes en guerre avec l'Etat juif », rappelle Michel Gurfinkiel.

Aharon Barak estime : « Si nous ne défendons pas la démocratie, la démocratie ne nous protègera pas ». Il est à l'origine de jugements assurant la liberté d'expression - pièce de théâtre dressant un parallèle entre un soldat allemand et un soldat israélien -, arrêtant les poursuites contre John Demjanjuk faute de preuve attestant qu'il est Ivan le terrible, autorisant la circulation dans une rue d'un quartier orthodoxe de Jérusalem en dehors des offices de prières - ce qui suscite la manifestation devant le siège de la Cour d'environ un demi-million de Juifs orthodoxes -, mettant un terme à la « procédure du voisin » - l'Armée envoie un civil  demander à des Palestiniens de quitter les lieux -, introduisant un principe de proportionnalité entre par exemple le principe de sécurité et la qualité de vie, ordonnant à l'Etat d'enregistrer dans le registre des mariages ceux célébrés à l'étranger entre homosexuels, etc.

Sous le gouvernement d'Ehud Olmert, Daniel Friedman, juriste émérite et ministre de la Justice (2007-2009) hostile en particulier à la faculté de la Cour suprême d'abroger des lois promulguées, s'est efforcé de limiter les pouvoirs de la Cour suprême en modifiant le mode de nomination des juges : « Aharon Barak est un grand juriste, peut-être l'homme le plus influent de la planète. C'est un révolutionnaire qui a lutté à l'intérieur du système ».

« Je crains qu'Israël ne devienne un pays du Tiers-Monde, une zone de non-droit », conclut Aharon Barak qui enseigne depuis sa retraite à l'université de Yale, aux Etats-Unis, et collectionne les... cannes.

Un pouvoir illimité

« L’égalité accordée à la minorité vivant parmi nous prouve notre démocratie et nos valeurs juives », a déclaré Aharon Barak en septembre 2006, en prenant sa retraite. Et d’ajouter : « J’ai toujours cherché à administrer la justice dans des procès, la justice pour les parties impliquées et la justice pour le public. Je suis certain que la Cour ne se laissera pas démontée par toute sorte d’autorité, ne cherchera jamais à gouverner… La Cour suprême continuera à examiner la légalité des actions du gouvernement et de la Knesset comme une branche judiciaire du gouvernement ».


Les thuriféraires d’Aharon Barak lui savent gré pour son « enlightenment » (éclairage) de la société. En 2006, Dorit Beinisch a loué les efforts de Barak pour conférer un niveau quasi-constitutionnel à certaines lois alors que l’Etat d’Israël n’a pas de constitution formelle.


Certains Arabes Palestiniens et gauchistes israéliens reprochent à Aharon Barak sa timidité judiciaire. Quant à Tom Segev, il écrit le 14 septembre 2006 : « Sa vue du monde et la stature qu’il a donnée à la Cour suprême sont parmi les influences qu’Israël a reçues des Etats-Unis… Au fil des ans, il a essayé d’arrêter les changements qui ont affecté la société israélienne ».


Mais les contempteurs d’Aharon Barak lui reprochent essentiellement un virage idéologique de cette Cour politisée et érigée en un pouvoir judiciaire au-dessus des autres pouvoirs, exécutif et législatif, sans contre-pouvoir et sans légitimité issue de la suffrage, donc peu satisfaisant au regard de la théorie de la séparation des pouvoirs élaborée par Montesquieu et dans un régime parlementaire. Et ce, dans un contexte de combat existentiel mené par l’Etat Juif pour sa survie menacée.


Editorialiste au Jerusalem Post, Caroline Glick analyse le 4 septembre 2006 l’action de cet « homme d’Etat-judiciaire autoproclamé » qui « a utilisé sa fonction pour remodeler la société et la politique israéliennes » au travers de sa « révolution constitutionnelle ». Comment ? En acceptant des requêtes de personnes sans intérêt à agir – requête de Yehuda Ressler demandant que la Cour annule les exemptions de service militaire accordées par le gouvernement aux étudiants de yeshiva acceptée, ce qui a constitué un précédent révolutionnaire -, en interprétant des Lois fondamentales d’une manière contraire à la volonté de leurs rédacteurs - ce qui a permis de contourner des lois légalement promulguées -, en élargissant le périmètre de compétence de la Cour suprême par les critères des « actions permises » par le gouvernement et la Knesset – donc en violation de la liberté des représentants de la Nation pour définir la politique et élaborer les lois -, et sa maxime : « Tout est jugeable ». Aharon Barak a « consolidé son contrôle en agissant sur le processus de sélection des juges et en s’appuyant sur des personnes partageant son agenda politique, celui d’un gauchiste, partisan du multiculturalisme post-sioniste et d’une laïcité radicale. Refusant de consulter les traditions légales juives, il a introduit dans le droit israélien comme « droit international » des normes juridiques non contraignantes et anti-israéliennes. Il a décrété illégales des décisions politiques de bon sens concernant la défense d’Israël et d’autres questions de politique nationale. Par un précédent légal qu’il a établi, Barak a soumis des dirigeants élus au chantage de la bureaucratie judiciaire : il a édicté que tous les ministres inculpés, même sans preuve, devaient démissionner de leur fonction… Il a interdit à l’armée israélienne d’utiliser des mesures tactiques qui protègent la vies des soldats en disant que ces mesures empiétaient sur les droits des civils qui abritaient des terroristes recherchés. Il a déclaré que l’accès libre des fermiers Arabes à leur récolte était supérieur au droit des Israéliens à se défendre contre les infiltrations des terroristes. Le juge retraité Mishael Cheshin a expliqué que le soutien de Barak à l’expulsion de tous les Israéliens de la bande de Gaza et du Nord de la Samarie a permis d’éviter l’inculpation à Ariel Sharon et de son fils Gilad pour avoir accepté ce qui apparaissait comme des de pots-de-vin. Selon ses mots : « Si Sharon était poursuivi, il n’y aurait pas eu de désengagement ». Sous la présidence de Barak, les Israéliens religieux ne pouvaient espérer qu’une protection de leurs droits faible, voire inexistante ». Et ce citer un sondage en 2005 : pour « 65% des Israéliens, les décisions de la Cour étaient motivées par des intérêts politiques plutôt que par la loi… alors qu’en 1995, 85% des Israéliens avaient toute confiance » dans cette Cour.


« Jusqu’à Barak, la mission de conseiller du gouvernement consistait à fournir des conseils juridiques au gouvernement et à représenter ses décisions devant les cours. Après la révolution légale de Barak, il est devenu l’équivalent de Haut commissaire impérial : il définit la loi selon ses préférences personnelles et limite donc le pouvoir du gouvernement », précise Caroline Glick le 7 février 2011 qui, le 26 décembre 2011,  critique la «  politisation » et « radicalisation » de cette Cour, et déplore le manque de soutien du Premier ministre Netanyahu à une réforme de cette institution.

Et de citer le 3 juillet 2009 une histoire antisémite contée par Aharon Barak lors d’un évènement « sponsorisé par le post-sioniste New Israel Fund ». Barak « a dit : « Si vous demandez à un Juif s’il soutient l’égalité avec les Arabes, il dira : « Certainement ». Et si vous lui demandez s’il soutient l’expulsion des Arabes, il dira : « Certainement ». Il ne voit aucune contradiction entre les deux ». Après avoir dénoncé les Juifs comme de stupides racistes, [Aharon Barak] a expliqué comment il a progressivement abandonné son devoir légal de fonder ses jugements sur le droit israélien et s’est engagé dans la voie de statuer selon ses vues politiques radicales. Comme il l’indique : « Au lieu de parler de ce qui est autorisé et ce qui est interdit pour les forces israéliennes, j’ai pensé en termes de droits des peuples : quels droits méritent-ils ? »  »

Et Caroline Glick conclut le 16 août 2011 : depuis 2000, « la tendance à saper la démocratie israélienne et les droits de la majorité juive a été prononcée surtout par la Cour suprême dominée par l’extrême-gauche. De la négation du droit des Juifs israéliens à développer des communautés Juives dans les lignes d’armistices de 1949 sur une terre privée appartenant à des Juifs, à la protection des Arabes traitres et à la fin du droit du gouvernement à déterminer des politiques d’immigration, la Cour suprême a mené la charge pour en finir avec le droit d’Israël à affirmer son droit à exister comme Etat Juif ».

« Les Juges sont choisis par un panel non-élu dominé par d’autres juges, et il n’existe aucune possibilité d’impeachment de juges par le Parlement ou par les électeurs. Les nominations de juges ne sont pas soumises à approbation par la Knesset », relève, le 19 juillet 2011, Steven Plaut, universitaire israélien qui reproche à la Cour suprême de ne pas défendre la liberté d’expression. A l’été 2011, une proposition de loi visait à soumettre tout candidat à la Cour suprême à une audience publique devant la Commission des lois de la Knesset qui aurait droit de veto. 

Curieusement, le texte élogieux d’Arte sur Aharon Barak, « défenseur des Droits de l'Homme », allègue que « nombre de lois qu’il a défendues et imposées sont remises en question publiquement par ses détracteurs de la droite et de l’extrême droite qui visent à détruire la mission au long cours qu’il s’était fixée, et attenter à l’image de son intégrité… Sans peur du débat idéologique, il va même jusqu’à déposer son âme sur la balance de la justice. L’histoire jugera ». Un texte pour le moins partial.

Des critiques similaires ont été adressées à Dorit Beinish, qui a succédé à Aharon Barak à la présidence de cette Cour, notamment lors de la loi Tal relative aux exemptions de services militaire ou national accordées à certains juifs orthodoxes (Haredi). Le parlementaire Yisrael Eichler (UTJ) a déclaré sur Radio Kol Hai, le 21 février 2012 : « L'Etat d'Israël n'a pas de constitution... Je rejette le droit de la Haute Cour de déterminer ce qui est ou n'est pas constitutionnel. Ces magistrats ne sont pas élus, mais sont désignés de manière politique. Seule la Knesset peut déterminer ce qui est ou n'est pas constitutionnel ».

Une réforme de la Cour suprême israélienne, conforme aux principes démocratiques, est évoquée par Ayelet Shaked, nouvelle ministre de la Justice en 2015. Ce qui soulève l'inquiétude dans des médias de gauche.


« Aharon Barak » de Ram Landes et Ami Teer
2011, 43 minutes

Diffusions les 6 novembre 2011 à 16 h 30 et 12 novembre 2011 à 6 h 45

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Publié le 5 novembre 2011, cet article a été republié le :
- 31 décembre 2012 après la décision de la Cour suprême autorisant Hanin Zoabi, Israélienne Arabe, à se présenter aux élections législatives de janvier 2013 ;
- 23 octobre 2013 et 21 mai 2015. 
Il a été modifié le 22 février 2012.

vendredi 24 juillet 2015

« La manifestation du 11 janvier 2015 - Martin Argyroglo », par Rémy Burkel


 Arte diffusera le 26 juillet 2015, dans le cadre de Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, documentaire par Rémy Burkel (2015). Retour sur la photographie  de Martin Argyroglo prise à la fin de la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris, et intitulée Le crayon guidant le peuple, par référence à La Liberté guidant le peuple, célèbre tableau (1830) du peintre Delacroix. Arte occulte notamment les assassinats antisémites du 9 janvier 2015.

En prologue à chaque soirée du « Summer of Peace », Arte propose Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente. Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique. Willy Brandt à genoux à Varsovie, la poignée de main entre Sadate et Begin, la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ».

Liberté
Le 11 janvier 2015 à Paris, le photographe Martin Argyroglo couvre « la manifestation contre la tuerie survenue à Charlie Hebdo, pour tenter d'immortaliser l'ambiance et l'émotion de ce jour particulier ». Bref, Arte occulte notamment l’attentat djihadiste de Amedy Coulibaly tuant quatre Juifs français à la supérette cacher de la porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. Comme si, pour Arte, les manifestants ne réagissait que contre l’attentat des frères Chérif et Saïd Kouachi à la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Mais c’est vrai, quand des djihadistes assassinent des Juifs, les non-Juifs ne se mobilisent pas, ne défilent pas… Et si ces trois djihadistes avaient seulement visé une cible Juive, nul doute que société française n’aurait pas réagi avec cette ampleur. Il suffit de se souvenir des rassemblements après l’assassinat d’Ilan Halimi, des victimes Juives à l’école OzarHaTorah à Toulouse, etc. Quant au meurtre de Sébastien Selam, il est « oublié » par les dirigeants communautaires.

Cette manifestation du 11 janvier 2015 réunit plus de quatre millions de personnes à Paris. Non pas la France « Black Blanc Beur », la société multiculturelle, encensée par le « politiquement correct ». Mais une France profonde, essentiellement monochrome, chrétienne, Juive et athée...

In extremis, alors que la nuit est déjà tombée, et que nombre de ses collègues sont déjà partis, convaincus d’avoir leur photo de cet événement, le photographe Martin Argyroglo cadre horizontalement, puis verticalement la scène en train de se former : il coupe la statue de la place de la République, « le meilleur moyen de créer une dynamique un peu ascensionnelle vers la statue ».

Le photographe trentenaire convoque « toute la violence révolutionnaire de la France » par sa référence, dans la composition, au tableau La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix (1830), inspiré de la révolution des « Trois Glorieuses » (27, 28, 29 juillet 1830), révolte contre les ordonnances du roi Charles X en date du 25 juillet 1830, dont l’une suspend la liberté de la presse et soumet les publications périodiques à une autorisation du gouvernement.

La photographie de Martin Argyroglo souligne les revendications de manifestants concernant la liberté d’expression menacée par les djihadistes. En témoignent la pancarte « Je suis Charlie ». Quant à la banderole contre la « barbarie », elle ne désigne pas le terrorisme islamiste.

Une image emblématique de cette manifestation populaire et polysémique ? Les slogans "Je suis Juif" étaient moins nombreux que ceux "Je suis Charlie".

Une image de paix ? Non, une image d'une Nation réagissant au djihad qui lui a été déclaré. Un sursaut inattendu, complexe, instrumentalisé, d'une France fragmentée.

  
La paix au bout de l’objectif, documentaire par Rémy Burkel (2015)
Arte, France, 2015, 3 min
Sur Arte le 25 juillet 2015 à 20 h 45

Visuel : © Arte

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jeudi 23 juillet 2015

« La paix au bout de l’objectif. La photo de Gary Hershorn », par Rémy Burkel


Arte diffusera le 26 juillet 2015, dans le cadre de Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, documentaire « palestiniennement correct » par Rémy Burkel (2015). Retour sur la photographie de Gary Hershorn, saisissant le 13 septembre 1993, à la Maison Blanche, la poignée de main historique et symbolique entre Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, et Yasser Arafat, président de l’OLP, sous l’autorité souriante de Bill Clinton, alors Président des Etats-Unis, lors d’une cérémonie télévisée habilement mise en scène.

Arte propose Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente. Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique. Willy Brandt à genoux à Varsovie, la poignée de main entre Sadate et Begin, la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ».

Poignée de main iconique
Le 13 septembre 1993, Gary Hershorn, photographe sportif canadien, est mandaté par Reuters pour couvrir, à la Maison-Blanche (Washington), la signature des accords d’Oslo en présence de Bill Clinton, alors Président des Etats-Unis.

Idéalement bien placé – sur la plate-forme face à la scène -, habile dans le changement rapide d’objectifs et de lentilles, il capte « la poignée de main historique entre Yasser Arafat » et d’un Yitzhak Rabin surmontant sa réticence », respectivement Président du comité exécutif de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) et Premier ministre travailliste israélien, le 13 septembre 1993, à Washington. Une poignée de main acceptée par Rabin pour éviter l’accolade et la bise familières à Arafat, et répétée par Rabin et Clinton dans le rôle d’Arafat, qui au départ voulait arborer un revolver

L'assistance était composée de politiciens, diplomates, d'artistes, tel Theodore Bikel, etc.

Une signature  qui a mis en porte-à-faux les dirigeants d’organisations Juives de diaspora qui désignaient jusqu’en 1993 Arafat sous les vocables de « terroriste », d’« assassin », et qui a privé les gouvernements israéliens successifs d’arguments pertinents lors des votes par des instances onusiennes sur l’admission de la « Palestine »… Un acte qui a embourbé les dirigeants politiques israéliens dans un abîme tragique de faux-semblants.

Un cliché symbolique visant à personnaliser un conflit en deux personnes qui se sont combattues, se réconcilient publiquement, sont séparés et rapprochés par un médiateur faiseur de paix. Une image très prisée des médias et de l'opinion publique, et qui revêt un aspect christique - le Christ accueillant au geste ample, ouvert - par Bill Clinton, debout derrière la table, entouré des membres des délégations d'Israël et de l'OLP.

Précédente poignée de main historique, modèle et matrice de celle de 1993 : celle de Menahem Begin, alors Premier ministre israélien, avec Anouar Sadate, président égyptien, en présence de Jimmy Carter, alors président des Etats-Unis, en mars 1979, sur la pelouse de la Maison Blanche, lors de la signature du traité de paix.

Près de 22 ans après cet événement, Arte véhicule le double mythe infondé selon lequel ces accords visaient à résoudre le « conflit israélo-palestinien » et à instaurer la paix. 

Or, ainsi que l’ont démontré Joël Fishman et Ephraïm Karsh dans leur essai, La Guerre d’Oslo, la Déclaration de principes, résultant des négociations menées à Oslo (Norvège), signée à Washington, le 13 septembre 1993, en présence de Yitzhak Rabin, de Yasser Arafat, et de Bill Clinton, fixe des modalités de négociations pour mettre un terme au conflit et prévoit une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans.

Non ratifiés par l'OLP, les accords d’Oslo appliquent la « stratégie par étapes » adoptée en 1974 par l’OLP :
« Les Palestiniens recevront tout territoire qu’Israël leur remettra, puis l’utiliseront comme tremplin pour procéder à d’autres gains territoriaux jusqu’à ce qu’ils obtiennent la « libération totale de la Palestine », la liquidation de l’Etat juif ». 
Ce qu’énonce Yasser Arafat dès le 13 septembre 1993 dans un discours préenregistré et diffusé par la télévision jordanienne, et ce qu’il répète malgré les réactions de colère des dirigeants politiques israéliens.

Curieusement, Arte omet de citer la photo, prise trois mois après celle de Gary Hershon, montrant de dos deux enfants, l'un arborant une kippa, l'autre un keffieh, et mains posées sur l'épaule de l'autre. Pris par la journaliste américaine Ricki Rosen, ce cliché a été mis en scène, et a pour acteurs deux jeunes amis israéliens Juifs, Zvi Shapiro et Zemer Aloni.

Lors de la Deuxième guerre du Liban en 2006, des bloggeurs, dont Charles Johnson de Little Green Footballs, ont relevé que Adnan Hajj, photographe en free lance de Reuters, avait manipulé des photographies de cette guerre : recours à des logiciels de retouches de clichés pour assombrir ou dupliquer des fumées, etc. Reuters a vérifié ces dires, et retiré de sa base de données 920 photographies de Hajj. Gary Hershorn, alors rédacteur en chef des photos pour l’Amérique de Nord, a rappelé les normes de Reuters.


Arte, 2015, 4 min
Sur Arte le 26 juillet 2015 à 20 h 43

Visuel : © AP Photo/Ron Edmonds 


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mardi 21 juillet 2015

« Nous, réfugiés palestiniens ... » d’Agnès Merlet, "L'oeil" de Christina Malkoun, les "Lettres" d'Atiq Rahimi et « Moukhaïam - La petite Palestine » de Didier Kassaï


 Dans la série bi-média partiale Réfugiés. Un nouveau regard sur les camps d’Arte Reportage, Arte rediffusera les 18 juillet à 18 h 50 et 22 juillet 2015 à 1 h 10 Nous, réfugiés palestiniens... » (Wir Flüchtlinge aus Palästina), documentaire biaisé d’Agnès Merlet


Deux documentaires biaisés, dont Gaza-Parkour : les Palestiniens volants de Carmen Butta, sur les Palestiniens en quelques jours, la mise en avant sur le site Internet du cliché de dessins et graffitis dans le camp de réfugiés palestiniens à Burj El Barajneh (Liban) représentant en particulier la carte de l'Etat d'Israël aux couleurs du drapeau palestinien, la diffusion d'un reportage sur le pétrole exploré par Israël et dont une partie est revendiquée par les Palestiniens... La chaîne franco-allemande Arte se surpasse et gâte ses téléspectateurs.

Et ce, en pleine Intifada diplomatique du président Mahmoud Abbas (Abou Mazen) visant à faire reconnaître la « Palestine », notamment par des Etats européens. 

Evidemment, c’est fortuit. Comme d’habitude…

Un « projet-évènement »
« Cinquante-deux millions. C'est le nombre d’êtres humains qui sont contraints à vivre sur une terre qui n’est pas la leur. Sous la tente, la tôle ou la tuile, ces errants trouvent souvent refuge dans des camps - et il n’y en jamais eu autant qu’actuellement ».

De septembre à décembre 2014, Arte diffuse la série bimédia documentaire  Réfugiés. Un nouveau regard sur les camps dans quatre pays.

Cette série d’Arte Reportage associe, pour chaque numéro, les regards croisés d’un réalisateur de fiction, non documentariste, d’un écrivain, d’un photographe et d’un dessinateur. « Quatre mois, quatre destinations, seize regards de cinéastes, de photographes, d'écrivains et de dessinateurs de bande dessinée ». Plus fort encore, l’Internaute peut sur le web « incarner l'envoyé spécial d'ARTE et réaliser son propre reportage ».

A l’initiative de ce « projet-évènement » : Marco Nassivera, directeur de l'information d’ARTE, et le cinéaste Régis Wargnier, et « la précieuse collaboration du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés  » (UNHCR ).

De septembre à décembre 2014, cette série « raconte les camps de réfugiés ». Vaste programme réduit à quatre camps. L'Arte ne fournit aucune explication sur le choix des quatre pays.

Burj El Barajneh ("Tour des tours, en arabe")
Septembre 2014 : le Népal  avec Let my people go, de Régis Warnier, des planches de Nicolas Wild  et des photos de Martin Middlebrook.

Octobre 2014 : le Kurdistan irakien avec Le temps perdu, film de Pierre Schoeller, Cinq jours au camp de Kawergosk avec l’écrivain Laurent Gaudé, les ateliers dessin des enfants de Kawergosk de Reinhard Kleist et de photographie dirigé par Reza.

Décembre 2014 : le Tchad.

Novembre 2014 :  le Liban est évoqué en ce mois de novembre 2014 avec les incontournables « réfugiés palestiniens » filmés par Agnès Merlet, dessinés dans « Moukhaïam - La petite Palestine  », BD-reportage de Didier Kassaï, dessinateur originaire de Centrafrique et ayant vécu dans un camp à Bangui, Mot pour mot, lettres de Atiq Rahimi, écrivain originaire d’Afghanistan et auteur de Syngué Sabour. Pierre de patience (Prix Goncourt 2008), l’œil de la photographe libanaise et directrice artistique de l’édition arabe de l’hebdomadaire Elle, Christina Malkoun .

Quoi de commun entre tous ces réfugiés d'Asie et d'Afrique ? C'est au téléspectateur de deviner.

Seuls les réfugiés palestiniens bénéficient d'une organisation onusiens spécifique, l'UNRWA. En outre, les réfugiés palestiniens ayant fui l'Iran et s'entassaient dans des camps en Jordanie relevaient de l'UNHCR.

A la différence des réfugiés palestiniens au Liban, aucun des  réfugiés ayant fui le Bhoutan ou la Syrie n'aspire à la destruction de l'Etat qu'ils ont quitté.

Après les réfugiés bhoutanais dans le camps de Beldangi (Népal), les kurdes syriens en Irak, réfugiés au Tchad, voici donc les « réfugiés palestiniens » du camp de Burj El Barajneh situé dans la banlieue au sud de Beyrouth (Liban).

Dans la série bi-média d’Arte Reportage, Arte a diffusé le 15 novembre 2014 et rediffusera « Nous, réfugiés palestiniens... » (Wir Flüchtlinge aus Palästina), documentaire biaisé d’Agnès Merlet présenté par Rue 89. Et l’un des plus consultés du site Internet d’Arte.

Réalisatrice quinquagénaire notamment d’Artemisia (1997), Agnès Merlet  « a sillonné pendant 7 jours les ruelles du camp de réfugiés de Burj El Barajneh, au Liban. Elle y a notamment suivi un jeune Palestinien au destin improbable. Guidée par le hasard des rencontres, elle raconte en pointillés la vacuité du quotidien des réfugiés. Son film interroge la vie de ces exilés qui, dans un proverbe à l’humour désespéré, résument leur sort : « Notre passé est une tragédie, notre présent est un calvaire, heureusement nous n’avons pas d’avenir ».

Né à Sidon (Liban), Maher Younes, jeune dalleur, est encore un « réfugié palestinien ». Car, exception mondiale : le statut de réfugié palestinien est transmissible. Maher Younes surnomme le camp la “tombe des vivants. C’est comme une prison. C’est une tombe à ciel ouvert. On y survit tous ensemble. Il y a des Syriens, des Bangladais. Il y a des gens de partout ici”. Pourquoi ?

Um Zaher représente “le courage de la femme palestinienne” : cachant ses cheveux sous un foulard islamique noir, elle arbore avec ostentation un chèche à l’imprimé similaire à celui du keffieh palestinien et au dessin représentant la mosquée al-Aqsa. Agnès Merlet ne lui demande même pas de traduire les mots en arabe ornant son chèche.

La guerre des camps ? Non expliquée.

Un Arabe âgé souhaite que "la Palestine revienne aux Palestiniens". Donc, l'éradication de l'Etat Juif.

La responsabilité des Etats arabes, notamment du Liban qui a limité les professions que les Arabes palestiniens peuvent exercer, de l'UNRWA, de ces réfugiés, des pays européens, etc. dans cette situation ? Silence.

On ne sait ce qui qualifie le plus ces quatre regards ? L'ignorance ? La naïveté ? Le manque de curiosité ? Une conception minimaliste de leur mission ?

L'oeil de Christina Malkoun
Arte a diffusé le 22 novembre 2014 à 18 h 35 « Œil pour œil », le regard de la photographe libanaise Christina Malkoun. Celle-ci a multiplié les clichés en noir et blanc d’immeubles libanais inachevés, avec des légendes parfois édulcorées.

"Beyrouth, c’est la ville de Christina Malkoun : elle y travaille comme directrice artistique de l’édition arabe du magazine Elle. Situé dans la banlieue sud de la capitale libanaise, le camp de Burj el-Barajneh n’est pas un donc pas une terre inconnue pour la photographe. Tantôt reporter, tantôt artiste multimédia, son travail comporte de multiples facettes. Christina Malkoun a cette fois-ci posé son œil sur les réfugiés palestiniens de Burj el-Barajneh. Ses images racontent les destinées de ses habitants, les stigmates de la guerre, les courtes joies du quotidien… et une ville de cubes posés les uns sur les autres. En attendant une autre vie".

Le site Internet d'Arte reportage présente les photographies de Christina Malkoun en quatre portfolios correspondant au camp - "Vue globale du camp de Burj el-Barajneh : immeubles en béton à moitié construits, citernes d’eau, toits en aluminium pour se protéger de la pluie", à la jeunesse  - un garçon amateur de football porte un Tshirt à l'effigie du Qatar -, à la vieillesse et le handicap.

Christina Malkoun a multiplié les clichés dramatiques en noir et blanc, en couleurs pour exprimer la joie, souvent alourdis de symboles et de métaphores, avec des légendes parfois édulcorées.

Exemples : "Un éleveur fait voler ses pigeons autour du drapeau palestinien". Les pigeons symbolisent la liberté, l'absence d'entraves à laquelle aspire cet éleveur palestinien.

Une même photo prise à deux moments différents : "Deux prises de vue, à deux jours d’intervalles. La première avec le seul drapeau national palestinien... " et "... la seconde avec le drapeau du parti chiite libanais Hezbollah à ses côtés. Il fut un temps où les deux drapeaux se querellaient". Le Hezbollah est un mouvement terroriste islamiste. Pourquoi cette querelle ?

Le camp ? Des immeubles libanais inachevés, un réseau dense de câbles électriques pendants, des citernes d'eau.

Le noir et blanc aux contrastes accentuées dramatise : "Ce réfugié vit ici depuis 1948, l’année de la création du camp. Il tient à son keffieh pour ne pas oublier qui il est. "On retournera vivre sur notre terre un jour, mais quand je ne serai plus là", annonce-t-il" -

Lettres d'Atiq Rahimi

Arte diffusa les 29 novembre  à 18 h 35 et 1er décembre 2014 "Burj El Barajneh, Atiq Rahimi en toutes lettres". Cet écrivain afghan raconte de manière biaisée le camp palestinien de Burj El Barajneh au Liban

"L’exil et le quotidien d’un réfugié, Atiq Rahimi sait ce que c'est. A 20 ans, il a quitté l’Afghanistan, fuyant la guerre civile et l’occupation soviétique. C’est dans la langue de son pays d’accueil, la France, qu’il écrit "Syngué Sabour. Pierre de patience", prix Goncourt 2008. Ce récit d’un huis-clos entre une femme afghane et son mari dans le coma - alors que dehors se joue une guerre - est un roman sur une parole qui se libère. Il est adapté au cinéma en 2013, réalisé par Atiq Rahimi lui-même et magistralement interprété par Golshifteh Farahani. Romancier, réalisateur, observateur, le Franco-Afghan déambule dans les rues de Burj el-Barajneh, où il est difficile de voir le ciel. De ses promenades et de ses rencontres, il en a ramené" cinq lettres biaisées de son séjour bref dans le camp de Burj El Barajneh.

Dans sa deuxième lettre, Atiq Rahimi réécrit l'Histoire, car la quasi-totalité des "réfugiés" ont quitté leurs foyers en suivant les injonctions de leurs dirigeants et par peur : "Construit entre 1947 et 1948 pour héberger provisoirement ceux qui étaient chassés de leurs foyers et de leurs terres, ce camp reste identique, me disent ceux qui l’ont connu à sa création, même si trois générations sont nées après. Trois générations en exil, ici, à la Tour des tours, où le temps est éternellement suspendu ; l’espace, infiniment clos.
Je te laisse, ma chère levantine, méditer sur ce dont rêvent ces trente mille exilés, avant que tu ne me demandes, comme cette poétesse afghane :
"Que choisir 
Une tombe familiale en terre natale 
Ou une geôle étrangère en terre d’asile ?"

La troisième lettre s'achève sur le constat du refus de la réalité : "À quoi aspire Zobaïda Elnatour, qui, depuis l’âge de 28 ans, vit dans l’errance. Elle a aujourd’hui 94 ans !
Elle dit qu’elle est vieille, vieille comme sa terre, dont elle ne rêve plus. Elle la chante, elle la lamente. Elle l’a chantée pour ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, tous nés ici, dans la Tour des tours ! Elle ne rêve plus, Zobaïda. Elle attend. "J’attends la mort", dit-elle. Elle se demande si on peut l’enterrer dans son village, en Palestine, et avec ses chagrins. Elle ne veut pas les laisser ici, à ses enfants".

Atiq Rahimi évoque la responsabilité des dirigeants libanais dans sa quatrième lettre : "Séquestrés, sans avenir, sans passé… Suspendus dans le temps, gisants dans l’espace".

« Puis, d’une voix intérieure tremblante, se dit désespérément que si les Palestiniens s’abîment dans cette errance, c’est pour qu’ils éprouvent la souffrance des enfants errants d’Abraham ! Son exil à la Tour des tours, ou ailleurs, est donc une fatalité, et non pas un enjeu géopolitique. Ce destin, il faut le définir comme châtiment. Il faut que le monde musulman et arabe se remette en question, ainsi que les Israéliens », a écrit Atiq Rahimi dans sa cinquième et dernière lettre. Un parallèle aberrant entre les Juifs et les Palestiniens. Mais une injonction rare aux mondes arabe et musulman de "se remettre en question".

Et de conclure : "Cette sagesse ne l’empêche de reprendre son oud, et de chanter une ode pour son peuple. Que le vent emporte sa voix au-delà des frontières : 
"Palestinien, Palestinien, Palestinien 
Que veux dire être Palestinien ? 
Ça veut dire que je suis la bannière de notre nation 
Je suis le cœur qui bat de notre arabité
 Je suis l'eau et l'âme de notre cause 
Un fedayin* de toute patrie arabe 
Et tout Arabe dans cet univers vit dans mes veines.
 Je suis terre et lieu Peuple et entité 
Je suis patrie de toutes les patries 
Une patrie au présent, dans l'actuel 
Et aucune autre patrie ne m'intéresse.
 Je suis le soleil des jours 
La lune des rêves La mer des mélodies 
Je suis colombe et paix 
Les oiseaux du Paradis sifflent chantent mes éloges 
Palestinien, Palestinien, Palestinien.
Note de la rédaction : les fedayin sont de petits groupes de commandos palestiniens qui ne reconnaissent pas Israël et s'y opposent par les armes. Nés dans les années 70, ils sont à l'origine de mouvements comme le Hamas ou le Jihad islamique palestinien". Et aussi de l 'OLP, du Fatah,..
Finalement, Atiq Rahimi enracine la "Cause palestinienne" dans l'arabité, la centralise dans ce chaos arabe en la connotant de violence militaire.

« Moukhaïam - La petite Palestine  » de Didier Kassaï
"Alors qu’il venait de survivre aux heures noires de la Centrafrique, Didier Kassaï a embarqué pour le Liban. Impossible pour lui de ne pas comparer le camp de Burj el-Barajneh avec celui qu’il a fréquenté à Bangui - et pourtant, rien n’est pareil. Illustrateur, caricaturiste, cet autodidacte a sorti son premier album personnel L’Odyssée de Mongou en 2008, qui sera suivi cette année de Tempête sur Bangui, publié chez La Boîte à Bulles, et de Pousse-pousse, chez L’Harmattan BD. Pour ARTE Reportage, Didier Kassaï s’est perdu dans les dédales du camp de Burj el-Barajneh, avec l’objectif de raconter le quotidien des réfugiés palestiniens, bouleversé par l’arrivée des réfugiés syriens".


Le racisme anti-noir des Arabes, notamment des Arabes originaires de la Palestine mandataire ? Silence.

« Moukhaïam - La petite Palestine  », BD-reportage de Didier Kassaï, est choquante par son discours anti-israélien.

Une adolescente est présentée comme artiste. Que peint-elle ? Une colombe de la paix près d'une Palestine quadrillant l'Etat d'Israël. Ou plutôt la carte de l'Etat Juif revêtue du quadrillage ornant les keffiehs palestiniens.

Le dessin final de cette BD signifie que la victoire de ces réfugiés aboutit à la "Palestine" englobant l'Etat d'Israël. La colombe blanche symbole de paix regarde vers "INTIFADA".

"Le pétrole de la discorde"
Le 29 novembre 2014 est la Journée internationale de solidarité avec la Palestine célébrée à l'ONU, et marquée par des manifestations, telle celle à Paris.

Participation à cette Journée ? Arte a diffusé le 29 novembre 2014 le reportage partial Le pétrole de la discorde, sur les gisements de pétrole explorés légalement par l'industrie israélienne.

"En Israël, l’industrie pétrolière est l’une des plus secrètes du pays. Les caméras de télévision sont interdites sur les sites d’extraction. Peut-être parce que les cuves de pétrole brut et les tours de forage ne sont qu’à une centaine de mètres des territoires palestiniens ? Selon les géologues palestiniens 85 % des gisements exploités par Israël se trouveraient en dehors de ses frontières. Les Palestiniens voient d’un mauvais œil les forages israéliens. L’or noir, synonyme d’essor économique, se trouve sur leurs terres. Leur gouvernement tente de faire reconnaître l’illégalité des forages israéliens qui jouxtent la frontière : la valeur de ce gisement de pétrole est estimée à 255 milliards de dollars. L’exploitation des ressources palestiniennes constitue aujourd’hui un élément à part entière de l’économie mondiale. Après l’eau, la terre et les minéraux, les Palestiniens redoutent d’être mis devant le fait accompli sans percevoir des revenus dont ils estiment pouvoir bénéficier en toute légitimité".

Un gisement pétrolifère dont la valeur est estimée à 255 milliards de dollars. "On s'est déjà fait voler l'eau, la terre, les minéraux. On ne va pas se faire voler le pétrole", disent les Palestiniens cités par le présentateur William Irigoyen, qui déplore la mauvaise volonté des autorités israéliennes. "Ce qui intéresse les colons, c'est l'argent. Nous pillons les ressources palestiniennes", déclare Dror Etkes, membre de La Paix Maintenant. Les "Juifs voleurs", un cliché antisémite. A ce gisement pétrolifère, Abdallah Abdallah, géologue palestinien, ajoute un demi-milliard de dollars d'un gisement de gaz. Exemple de mensonges : un Palestinien allègue que les Palestiniens payent l'électricité consommée aux Israéliens. Or, la Compagnie israélienne d'électricité a lancé en mai 2014 des poursuites judiciaires contre une entreprise palestinienne à qui elle réclame le remboursement de sa dette d'environ 315 millions d'eurosLe reportage est essentiellement consacré à l'eau, mais au lieu de présenter la gabegie d'eau par l'Autorité palestinienne, il préfère accabler à tort les Israéliens, Ahava, etc. à propos des "territoires occupés".

  « Nous, réfugiés palestiniens... » d’Agnès Merlet
France, 2014, 52 minutes 
Diffusions sur Arte les 15 novembre 2014 à 18 h 35 et 17 novembre 2014 à 6 h 50,  les 18 juillet à 18 h 50 et 22 juillet 2015 à 1 h 10
"Œil pour œil", avec Christina Malkoun, le 22 novembre 2014
"Burj El Barajneh, Atiq Rahimi en toutes lettres", "Mot pour mot" avec Atiq Rahimi, les 29 novembre  à 18 h 35 et 1er décembre 2014 

Visuels : © Arte/Christina Malkoun, © Atiq Rahimi, © Didier Kassaï
Il pointe du doigt un derrick israélien
 © Arte


Les citations proviennent du site Internet d'Arte.
Cet article a été publié les 14 et 21 novembre 2014.