Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 29 juin 2022

De l’atelier au musée : l’ORT et la transmission de la culture juive

Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) présente l’exposition « De l’atelier au musée : l’ORT et la transmission de la culture juive ». La contribution de l'ORT (Organisation Reconstruction Travail), organisation juive fondée en 1880 à Saint-Pétersbourg, à la fondation du premier musée juif à Paris après la Deuxième Guerre mondiale, et à sa collection, notamment pas la fabrication ainsi que par le don de maquettes de synagogues disparues.

« Fondée en 1880 à Saint-Pétersbourg pour sortir les juifs de l’Empire russe de leur misère par l’apprentissage de métiers manuels et le soutien à l’artisanat et à l’agriculture, l’ORT (Organisation Reconstruction Travail) est aujourd’hui à la tête d’un réseau international d’éducation et de formation implanté dans plus d’une quarantaine de pays sur cinq continents. Elle fête en 2021 les cent ans de son implantation en France, où elle forme chaque année près de 5 000 élèves ou stagiaires. » 

« À l’occasion de cet anniversaire, le mahJ et ORT France présentent une exposition qui souligne le rôle fondateur de l’ORT dans la création du premier musée d’Art juif en France à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Sous l’impulsion de Léon Frenkiel (1877-1969), directeur de l’enseignement technique et grand amateur d’art juif, ce musée voit le jour en 1948 au 12, rue des Saules à Paris, dans le quartier de Montmartre. Il est inauguré le 8 mai 1949 sous l’appellation « Archives et Musée d’art populaire juif », abrégée un an plus tard en « musée d’Art juif ». 

« Outre l’octroi d’un local, le musée peut compter sur l’investissement et la générosité de plusieurs membres de l'ORT en France et à l’étranger : dons de livres et d’objets, recherche d’œuvres, fabrication — dans les ateliers de l’ORT — du mobilier d’exposition, ainsi que la reproduction de décors peints et de maquettes de synagogues disparues et, enfin, soutien aux jeunes artistes contemporains grâce au prix Adolphe Neumann. » 

« À la fermeture du musée d’Art juif en 1998, le mahJ reçoit sa collection en don. La collaboration entre l’ORT et le mahJ se poursuit en 2006 avec l’exposition « Artisans et paysans du Yiddishland » qui révèle au public un fonds exceptionnel de photographies retrouvées dans les archives de l’ORT documentant ses activités, dans l’entre-deux-guerres, en Union soviétique, en Pologne, en Roumanie et dans les Pays baltes. À l’occasion du centenaire d’ORT France, ces images émouvantes d’un « monde disparu » sont remises à l’honneur, dévoilant de nombreux clichés inédits. »

Le commissariat est assuré par Claire Decomps, mahJ, et Laure Fourtage, ORT France. 

Le 28 juin 2021, le Président Nicolas Sarkozy a assisté à la visite inaugurale de l'exposition du centenaire de l'ORT.

« En complément de cette exposition, un colloque aborda, le 6 octobre, la relation entre travail, assistance et migrants juifs en France de la fin du XIXe siècle aux années 1970, en portant une attention spécifique au rôle de l'ORT ». 

Colloque coordonné par Laure Fourtage, historienne, responsable des archives d'ORT France, il était ouvert par Arnold Munnich, président d’ORT France, et Dominique Schnapper, présidente du mahJ. Avec la participation de Marie Aboulker, EHESS ; Axelle Brodiez-Dolino, CNRS ; Anne-Sophie Bruno, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Alexandre Doulut, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Laure Fourtage, historienne, responsable des archives d'ORT France ; Nancy Green, EHESS ; Audrey Kichelewski, université de Strasbourg ; Lorraine de Meaux, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Martin Messika, université Paris 1 Panthéon- Sorbonne et université du Québec ; Liran Morav, Cambridge University ; Yann Scioldo-Zürcher, CNRS ; Claire Zalc, CNRS et EHESS.

Organisé dans le cadre du centenaire d’ORT France, ce colloque « Travail, assistance et migrations juives. L’ORT en France, 1880-1970 » visait, en tenant compte de la variété des acteurs publics et privés qui sont venus en aide aux juifs étrangers, à saisir la place de l’ORT dans l’accueil des populations immigrées : depuis l’Empire russe à la Belle Époque jusqu’aux juifs d’Afrique du Nord pendant les Trente Glorieuses, en passant par les réfugiés fuyant les territoires du IIIe Reich puis les survivants de la Shoah originaires d’Europe centrale et orientale.  


FOCUS SUR... 

Léon Frenkiel 
« Léon Frenkiel (1877-1969) a voué sa vie à deux passions, l’enseignement technique et l’art juif, réunissant très tôt des objets et une riche documentation. Né à Sloutsk en Biélorussie, dans l’ancien Empire russe, cet ingénieur de l’école polytechnique de Riga, commence à travailler pour le réseau ORT au début de la Première Guerre mondiale. Après quelques années au Technikum de Wilno (aujourd’hui Vilnius, en Lituanie) dont il est l’un des fondateurs, il est nommé en 1922 inspecteur général de l’enseignement technique à Berlin, au siège de l’Union ORT nouvellement créée. Il arrive à Paris en 1933 lorsque le siège mondial de l’ORT déménage en France, après l’accession de Hitler au pouvoir. En 1937, il fait partie du comité d’organisation du stand de l’ORT à l’Exposition internationale des arts et techniques de Paris. 
À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il poursuit ses activités, il s’implique, comme directeur de l’enseignement technique d’ORT France, dans la réintégration professionnelle des rescapés de la Shoah ainsi que dans le sauvetage et la valorisation du patrimoine juif européen. En 1948, il fonde le premier musée d’Art juif de France auquel il fait don de ses collections. Il supervise aussi la constitution d’un ensemble de maquettes réalisées pour le musée par différentes écoles du réseau ORT. »

Les maquettes de synagogues réalisées dans les écoles de l’ORT 
« Passionné d’art juif, Léon Frenkiel a rassemblé, pendant près de quarante ans, une documentation considérable sur les synagogues et les cimetières juifs d’Europe orientale. Constituant le premier fonds du musée d’Art juif, cette collection de livres, de photographies, et de relevés fut présentée dès l’été 1948, lors de l’inauguration des nouveaux locaux de l’école ORT à Montreuil, dans une exposition intitulée « Les monuments d’architecture juive des XVIIe et XVIIIe siècles en Pologne et en Lituanie ». 
« Ces documents, d’autant plus précieux qu’ils représentaient souvent les seules traces d’un « monde disparu », furent utilisés par l’ingénieur Frenkiel pour concevoir un ensemble unique de modèles réduits de synagogues en bois ou en plâtre ». 
« Les maquettes des synagogues en bois – le matériau utilisé dans les bourgades d’Europe orientale –, furent exécutées, selon ses instructions, par des élèves de l’ORT. Après avoir confié la fabrication des premières aux sections menuiserie des écoles françaises du réseau, principalement celle de Montreuil, Frenkiel s’adressa à partir de 1951 aux établissements nouvellement créés d’Alger, puis entre 1956 et 1958, à ceux de Casablanca et de Tunis. » 

Artisans et paysans du Yiddishland 
« En 2006, l'exposition intitulée « Artisans et paysans du Yiddishland, 1921-1938 » présentait au mahJ des photographies issues d’un fonds exceptionnel de 250 plaques de verre retrouvées dans les archives de l’ORT. Aujourd’hui, l’ORT et le mahJ remettent à l’honneur ces images émouvantes d’un monde anéanti par la Shoah, dévoilant de nombreux clichés inédits. » 

« Destinées à promouvoir l’institution, ces photographies ont, pour certaines, été montrées sur le stand de l’ORT à l’Exposition internationale des arts et techniques de Paris en 1937. Elles témoignent de l’immense travail accompli par l’organisation dans l’entre-deux-guerres en faveur de l’insertion économique et sociale des juifs d’URSS, de Pologne, de Roumanie et des pays baltes. L’ORT y développa en effet un réseau de 140 cours et écoles professionnels, tel le fameux Technikum de Wilno, et autant de coopératives industrielles et de colonies agricoles. » 

« En URSS, le développement de ces implantations industrielles et agricoles juives renvoie à une courte période d’espoir et de succès pendant laquelle les ambitions émancipatrices de l’ORT rejoignirent la politique de développement économique lancée par Lénine. À partir de l’accession au pouvoir de Staline, cette collaboration fut progressivement remise en cause par la collectivisation et la « soviétisation » des populations juives, sommées de renoncer à leur identité. En 1938, l’ORT quittait le territoire qui l’avait vu naître, jusqu’à la chute du régime soviétique. »



Repères chronologiques

« 1880 Création de la Société pour la propagation du travail artisanal et agricole dite ORT (Obchestvo Remeslenovo i zemledeltcheskovo Trouda) en Russie à Saint-Pétersbourg : formation aux métiers manuels, aide matérielle aux artisans et agriculteurs juifs de l'Empire russe. 

1921 Création d’ORT France à Paris : promotion des activités et collecte de fonds pour soutenir l’action de l'organisation en URSS. 
Création de l’Union ORT à Berlin : fédération des sociétés ORT dans le monde (appelée aujourd’hui World ORT). 

1933 Transfert du siège de l’Union ORT à Paris après l’accession de Hitler au pouvoir 
Ouverture des cours professionnels à Paris pour les réfugiés et aide à l’installation agricole de familles juives à Villeneuve-sur-Lot. 

1936 Installation du siège et des cours de l’association française au 12, rue des Saules et apparition de l'intitulé Organisation-Reconstruction-Travail créé à partir de l’acronyme russe ORT. 

1937 Stand ORT à l’Exposition internationale des arts et techniques de Paris. 

1938 Présentation d’un mémoire sur l’adaptation professionnelle des réfugiés à la conférence internationale d’Évian. 

1939 Formation professionnelle auprès des réfugiés juifs autrichiens résidant à Chelles. 

1941 Intégration d’ORT France à l’Union générale des israélites de France (UGIF). 
Formation des juifs persécutés et disséminés sur le territoire : en ville, à la campagne, dans des camps d’internement, dans des maisons de l’Œuvre de secours aux enfants. 

1945 Formation et aide professionnelle des survivants de la Shoah : fourniture de machines et d’outils ; apprentissage auprès de patrons juifs, ateliers dans des centres d’hébergement pour réfugiés d’Europe orientale et dans des maisons d’enfants ; préparation à l’Alyah. 
Ouverture de nouvelles écoles en France et en Afrique du Nord : Alger, Casablanca (en partenariat avec l’Alliance israélite universelle), Constantine, Marseille (école de marine), Montreuil, Strasbourg. 

1948 Création à Paris, sous les auspices de l’ORT, du premier musée d’Art juif en France, rue des Saules, dans le 18e arrondissement. 

1961 Aide à l'insertion professionnelle des juifs d'Afrique du Nord. 
Inauguration de nouveaux établissements : Oran, Tunis, Villiers-le-Bel, Toulouse (reprise d’activité), Lyon (nouveau bâtiment), Choisy-le-Roi. 
L’École de travail de la rue des Rosiers, fondée en 1852, s’associe au réseau ORT 
ORT France est reconnue d’utilité publique. 

2021 Présence dans 7 villes : Lyon, Marseille, Montreuil, Paris (École de travail), Strasbourg, Toulouse et Villiers-le-Bel 
Formation, chaque année, de près de 5 000 élèves et étudiants de tous horizons : du collège à l’enseignement supérieur, dans toutes les filières, et de plus de 600 stagiaires via un service de formation continue. » 


Du 19 mai 2021 au 3 juillet 2022
Hôtel de Saint-Aignan 
71, rue du Temple 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 53
Mardi, jeudi, vendredi : 11h-18h. Mercredi : 11h-21h Samedi et dimanche : 10 h-19h
Visuels :
Une salle du musée d’Art juif rue des saules à Paris
1949
© mahJ

Synagogue de Pohrebyszcze
Elèves des écoles de l'ORT
Alger, 1952
© mahJ, fonds du musée d'Art juif
photo Giovanni Ricci-Novara

Atelier de confection de bas
Europe orientale, années 1920-1930
© ORT France

« Betty Boop For Ever » de Claire Duguet


Arte diffuse sur son site Internet « Betty Boop For Ever » de Claire Duguet. « À l'occasion des 90 printemps de la célèbre pin-up, ce documentaire enlevé et post #MeToo, revisite l'icône Betty Boop, plus émancipée que son célèbre jeu de jambes pourrait le laisser penser », et créée par Max Fleischer, aidé d'animateurs dont Grim Natwick.

« West Side Story » par Robert Wise 

En 1887, la famille juive Fleischer immigre de Pologne aux Etats-Unis. Dans la fratrie, Max Fleischer (1883-1972 ), né Majer Fleischer, et David Fleischer (1894-1979), surnommé Dave, s'affirment en pionniers du film d'animation, innovateurs techniques et artistiques ainsi que producteurs au sein de la société Fleischer Studios, et rivaux dans les années 1920 de Walt Disney. En 1915, Max Fleischer dépose le brevet du rotoscope, technique peu coûteuse et réaliste d'animation des personnages.  

« Loin d’être réductible à sa silhouette de pin-up et à sa sensuelle voix enfantine, Betty Boop, créée par les studios d’animation Fleischer en 1930, a reflété les avancées et les vicissitudes de son temps, en trois figures représentatives de la Grande Dépression. Une icône des temps modernes. »

« Le premier personnage humain à apparaître dans un cartoon, c'est elle ! Née en 1930 de l'imagination du génial Max Fleischer, un pionnier de l'animation, Betty Boop  arbore à ses débuts une tête de bouledogue mais, déjà, une silhouette de rêve ».

« Débarrassée de son faciès canin, elle va séduire la terre entière avec sa robe-bustier, sa jarretière froufroutante, son jeu de jambes et son "boop-oop-a-doop".

« Avant que le Code Hays ne l'envoie se rhabiller à la fin des années 1930, ce qui affadira les dessins animés et mettra un terme à sa carrière, mais pas à sa popularité, la brunette sexy aura fait preuve d'une bonne dose d'audace ».

« Mutine et insouciante, elle se tire de tous les mauvais pas et réconforte l'Amérique de la Grande Dépression. Elle gagne aussi sa vie en femme indépendante, fait la bringue quand ça lui chante et se présente même aux élections dans Betty Boop for President en 1932. »

« Si ses courbes affolantes lui valent d'être souvent dévêtue par des messieurs libidineux, la belle n'hésite pas à flanquer une gifle retentissante à un patron harceleur. #MeToo avant l'heure ! Le New Yorker ne s'y trompera pas en la mettant en une, la mine effarée, lors du scandale Weinstein en 2017. » Un dessin intitulé “Nowhere to Hide” et signé par Barry Blitt.

« Alors qu’elle s’apprête à souffler ses 90 bougies, ce documentaire revisite la carrière de la toujours pimpante Betty Boop, et raconte à travers elle une histoire de la condition féminine ».
« Mis en images avec peps, il entremêle des archives, des extraits de dessins animés jazzy et les interventions de nombreuses personnalités : Jeni Mahoney, l'arrière-petite-fille de Max Fleischer, la productrice Lili Zanuck, la styliste Chantal Thomass, la chanteuse Melissa Laveaux, la performeuse Viktoria Modesta, le créateur Jean-Charles de Castelbajac et le réalisateur Steve Moore. »

L’enfant du jazz 
« Dès sa première apparition dans le dessin animé Dizzy Dishes en 1930, elle subjugue en chantant d’une voix sucrée son iconique “Boop-oop-a-doop”. Popularisée par la chanteuse Helen “Sugar” Kane, qui elle-même l’avait “empruntée” à l’une des vedettes noires du Cotton Club de Harlem, Baby Esther, cette suite d’onomatopées s’inspire du scat, un chant associé au jazz, omniprésent dans les aventures de Betty Boop entre 1930 et 1934. Avec son swing bien balancé, la créature des frères Fleischer va en accompagner les plus célèbres représentants, dont Louis Armstrong en 1932, et Cab Calloway. Que ce soit Minnie the Moocher, Snow White – une relecture de Blanche-Neige – ou The Old Man of the Mountain, chaque dessin animé débute par une prise de vue réelle de l’orchestre et de son leader. Victimes de la censure, les musiciens noirs, les sous-entendus osés et les minirobes sexy disparaîtront de la série dès 1935 ».

La flapper en détresse 
« Archétype de la “flapper”, jeune fille délurée des années 1920 aux jupes et cheveux courts, l’ultrasexualisée Betty Boop porte une vision ambivalente de la femme. Sans cesse déshabillée, tantôt des yeux (par un pirate dans S.O.S, un patron libidineux dans Betty Boop’s Big Boss), tantôt d’un geste, elle se fait harceler, voire agresser par des hommes abusant de leur position (Chess-Nuts, Boop-oop-a-doop). Malgré cette vulnérabilité, la belle ingénue se défend, distribuant force gifles et regards réfrigérants. En maillot de bain dans Betty Boop’s Penthouse, elle neutralise d’un coup de vaporisateur le monstre venu l’enlever sur son toit new-yorkais. Mais à l’exception de The Bum Bandit, où elle vole au secours des passagers d’un train, pris en otage par un truand, Betty Boop témoigne davantage des difficultés rencontrées par la femme émancipée dans un monde masculin que d’un combat proto-féministe ». 

La working girl 
« En dépit de ses atours de séductrice, Betty Boop n’est ni une vamp ténébreuse, ni une mondaine, mais une fille simple au grand cœur qui a table ouverte pour ses amis (Halloween’s Party), tient une taverne et sauve d’une explosion ses clients mineurs de fond dans I Heard. Courageuse, elle affronte un ogre prédateur menaçant la communauté (The Old Man of the Mountain), mais subit aussi la précarité liée à la crise (le chantage sexuel pour loyer impayé dans She Wronged Him Right ou la maison saisie faute d’emploi stable dans Ups and Downs). En prise avec les problèmes de la société, elle est recruteuse pour l’armée, dentiste amateur (dans le subversif Ha! Ha! Ha!, évoquant la drogue) et va même jusqu’à se présenter à l’élection présidentielle de 1932 en dénonçant subtilement la chaise électrique. Une héroïne engagée ». 


« Betty Boop For Ever » de Claire Duguet 
France, ARTE France, Schuch pro et Joparige Films, 2020, 52 min
Sur Arte le 27 mars 2020 à 22 h 20
Disponible en ligne du 21 mars au 25 mai 2020, du 26/05/2022 au 01/07/2022
Visuels :
Betty Boop, court-métrage musical de Dave Fleischer "A Language of my own" (1935)
© Lobster
Betty Boop en Statue de la Liberté
© Joparige films / Schuch produc

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d’Arte et de Marie Gérard. Cet article a été publié le 26 mars 2020.

mardi 28 juin 2022

Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles

Le Musée du Luxembourg présente l’exposition « Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles ». 
Tamara de Lempicka, Sonia Delaunay, Tarsila do Amaral, Chana Orloff… Durant les brèves années folles, ces peintres, sculptrices ou photographes ont joué un rôle primordial dans le développement des grands mouvements artistiques de la modernité. Ces « femmes nouvelles » sont « les premières à pouvoir être reconnues comme des artistes, posséder un atelier, une galerie ou une maison d’édition, diriger des ateliers dans des écoles d’art, représenter des corps nus, qu’ils soient masculins ou féminins, à avoir la possibilité de s’habiller comme elles l’entendent, de vivre leur sexualité quelle qu’elle soit, de choisir leur époux ou de ne pas se marier. L’interdisciplinarité et la performativité de leur création ont influencé des générations entières d’artistes et continuent d’influencer encore aujourd’hui ».
« Très longtemps marginalisées et discriminées tant dans leur formation que dans leur accès aux galeries, aux collectionneurs et aux musées, les artistes femmes de la première moitié du XXeme siècle ont néanmoins occupé un rôle primordial dans le développement des grands mouvements artistiques de la modernité sans pour autant être reconnues de leur vivant en tant que telles. Ce n’est que récemment que leur rôle dans les avant-gardes est exploré : de fait il est à prévoir que lorsque le rôle de ces femmes sera reconnu à leur juste valeur, ces mouvements seront profondément changés. Cette exposition nous invite à les réinscrire dans cette histoire de l’art en transformation : du fauvisme à l’abstraction, en passant par le cubisme, Dada et le Surréalisme notamment, mais aussi dans le monde de l’architecture, la danse, le design, la littérature et la mode, tout comme pour les découvertes scientifiques. Leurs explorations plastiques et conceptuelles témoignent d’audace et de courage face aux conventions établies cantonnant les femmes à certains métiers et stéréotypes. Elles expriment de multiples manières la volonté de redéfinir le rôle des femmes dans le monde moderne. Les nombreux bouleversements du début du XXeme siècle voient s’affirmer certaines grandes figures d’artistes femmes. Elles se multiplient après la révolution russe et la Première Guerre mondiale qui accélèrent la remise en cause du modèle patriarcal pour des raisons pratiques, politiques et sociologiques. »

« Les femmes gagnent en pouvoir et visibilité et les artistes vont donner à ces pionnières le visage qui leur correspond. »

« Un siècle après, il est temps de se remémorer ce moment exceptionnel de l’histoire des artistes femmes. Les années 1920 sont une période de bouillonnement et d’effervescence culturelle, d’où sera tiré le qualificatif d’années folles. Synonymes de fêtes, d’exubérance, de forte croissance économique, cette époque est aussi le moment du questionnement de ce que l’on appelle aujourd’hui les «rôles de genre», et de l’invention ainsi que de l’expérience vécue d’un «troisième genre». Un siècle avant la popularisation du mot «queer», la possibilité de réaliser une transition ou d’être entre deux genres, les artistes des années 20 avaient déjà donné forme à cette révolution de l’identité. »

« La crise économique, la montée des totalitarismes, puis la Seconde Guerre mondiale vont à la fois restreindre la visibilité des femmes, et faire oublier ce moment extraordinaire des années 20 où elles avaient eu la parole. L’euphorie avant la tempête se joue surtout dans quelques capitales où Paris tient un rôle central, et plus précisément les quartiers latin, de Montparnasse et de Montmartre. »

« L’exposition Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles présente 45 artistes travaillant aussi bien la peinture, la sculpture, le cinéma, que des techniques/catégories d’objets nouvelles (tableaux textiles, poupées et marionnettes). Des artistes connues comme Suzanne Valadon, Tamara de Lempicka, Marie Laurencin côtoient des figures oubliées comme Mela Muter, Anton Prinner, Gerda Wegener. Ces femmes viennent du monde entier, y compris d’autres continents où certaines exporteront ensuite l’idée de modernité : comme Tarsila Do Amaral au Brésil, Amrita Sher Gil en Inde, ou Pan Yuliang en Chine. »

« Après les “femmes nouvelles” du XIXeme siècle liées à la photographie, ces « nouvelles Eves », sont les premières à avoir la possibilité d’être reconnues comme des artistes, de posséder un atelier, une galerie ou une maison d’édition, de diriger des ateliers dans des écoles d’art, de représenter des corps nus, qu’ils soient masculins ou féminins, et d’interroger ces catégories de genre. Les premières femmes à avoir la possibilité de vivre leur sexualité, quelle qu’elle soit, de choisir leur époux, de se marier ou pas et de s’habiller comme elles l’entendent. Leur vie et leur corps, dont elles sont les premières à revendiquer l’entière propriété, sont les outils de leur art, de leur travail, qu’elles réinventent dans tous les matériaux, sur tous les supports. »

« L’interdisciplinarité et la performativité de leur création ont influencé et continue d’influencer des générations entières d’artistes. »

Organisation spatiale en neuf chapitres
« L’exposition se veut aussi foisonnante que ces années 1920, convoque artistes et femmes de l’art, amazones, mères, androgynes à leurs heures et révolutionnaires presque toujours, qu’elle rassemble dans neuf chapitres thématiques Dans certaines salles/chapitres une sélection d’extraits de films, chansons, partitions, romans, revues évoquent les grands personnages féminins dans les domaines du sport, de la science, de la littérature, de la mode. »

« En introduction, « Les femmes sur tous les fronts » examine comment la guerre a promu les femmes engagées volontaires comme infirmières au front, mais aussi remplaçant les hommes décimés par une guerre meurtrière partout où leur présence était nécessaire. »

« Pourquoi Paris? Paris, c’est la ville des Académies privées où les femmes sont bienvenues ; la ville des librairies d’avant-garde, des cafés où les artistes croisent les poètes et romanciers dont les livres sont traduits et diffusés dans des librairies uniques au monde, où le cinéma expérimental s’invente. Tous ces lieux sont tenus ou remplis, par des femmes ; elles sont dans toutes les avant-gardes et toutes les formes d’abstraction. »

Comment les avant-gardes se conjuguent au féminin.
« Pour ces femmes libérées et autonomes, Vivre de son art est un impératif essentiel : elles développent des ponts entre l’art et les arts appliqués, la peinture et la mode, inventent des espaces intérieurs et des architectures ou même des décors de théâtre, et enfin inventent de nouvelles typologies d’objet comme des poupées/portraits, des marionnettes/sculptures, des tableaux en textile. Sonia Delaunay aura sa boutique ainsi que Sarah Lipska Non contentes de réinventer le métier d’artiste, elles se saisissent du temps de loisir et représentent le corps musclé, sous le soleil, voire sportif, transformant le sport masculin en un équivalent féminin à la fois élégant, ambitieux et décontracté, inventant ce qui deviendra un poncif du XXIeme siècle. La garçonne découvre les joies de ne rien faire au soleil (l’héliothérapie), s’inscrit aux Jeux Olympiques ou promeut son célèbre nom grâce à des produits dérivés, pratiquant aussi bien le music hall la nuit, que le golf la journée : elle s’appelle Joséphine Baker. »

« Tandis que le corps se déploie librement sous le soleil dans des poses nouvelles, il se réinvente aussi Chez soi, sans fard. Ces odalisques modernes se représentent dans leurs intérieurs avec naturalisme. Plus besoin de paraître ni de faire semblant : la maternité peut-être ennuyeuse et fatigante ; les poses de nues excentriques, le déshabillage une échappatoire aux diktats du regard du monde. »

« Ainsi s’élabore dans les années 20 ce nouveau point de vue complexe et informé de femmes éduquées et ambitieuses, déterminées à représenter le monde telles qu’elles le voient, à commencer par leur corps. C’est là que leur regard s’affute, se mesure au passé, rêve un autre futur. Le female gaze des années 20 s’emploie à représenter le corps autrement. »

« Parmi les tropes que ces années folles inventent et surtout mettent en pratique au grand jour, celui des « deux amies » décrit une amitié forte entre deux femmes sans la présence d’hommes, ou une histoire d’amour, ou un mélange d’amitié et de désir qui permet aux femmes une bisexualité assumée. Les deux amies sont une invention des années 20 que la peinture, la littérature et la société cosmopolite vont représenter, accueillir et dont elles transmettront la mémoire. »

« Ni les garçonnes qui succombent à la mode de se couper les cheveux, ni les amazones qui ne dédaignent pas d’endosser des costumes masculins, ni les travestis occasionnels ou bals masqués courants, ne recouvrent l’essentielle émergence d’un « troisième genre », ancêtre de notre fluidité des genres et en particulier de la possibilité de ne pas s’en assigner. »

« Pour conclure, l’exposition rappellera que ces artistes furent aussi des voyageuses : d’un continent à l’autre pour se former et lancer des avant-gardes dans leur pays ; ou exploratrices de pays inconnus, ou peintres et sculpteuses à la découverte d’un « autre » dont elles tentent de saisir l’identité sans les poncifs du regard colonial. Ces Pionnières de la diversité souffraient de l’invisibilité dans leur pays : elles étaient à même de comprendre d’autres identités mises à l’écart : elles ont beaucoup à nous apprendre. »

Une exposition organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais.



Du 2 mars au 10 juillet 2022
19, rue Vaugirard. 75006 Paris
Tél. : 01 40 13 62 00
Tous les jours de 10 h 30 à 19 h nocturne tous les lundis jusqu’à 22 h

Le théâtre juif

Le théâtre dans le Judaïsme suscite des opinions variées. Pourtant le 
Pourim Shpil est une pièce de théâtre en yiddish, et le théâtre juif s'est développé en Russie et en Europe centrale, à New York... Comment définir un théâtre juif ? Par son auteur ou son thème ? Ce mouvement artistique populaire et parfois d’avant-garde s'est nourri d’apports divers. Un art Juif associant aussi des éléments musicaux, illustrant l’histoire du peuple Juif ou des scènes de la vie quotidienne, et évoluant au fil de ses recherches d’avant-garde. Le 28 juin 2022, de 09 h 30 à 18 h, l'Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) accueille le colloque "Le théâtre juif: un objet anthropologique ?"


"Le théâtre juif: un objet anthropologique ?"
Le 28 juin 2022, de 09 h 30 à 18 h, l'Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) accueille le colloque "Le théâtre juif : un objet anthropologique ?"

"Matinée – Le théâtre juif entre témoins textuels et proscription talmudique (Jewish theatre between primary sources and Talmudic proscription)

Après midi – Le théâtre juif : représentations et performances (Jewish Theatre : representations and performances)

"Depuis des siècles, le théâtre (dans toutes ses déclinaisons esthétiques) s’affirme comme une forme d’expression culturelle, à la fois en Occident et en Orient. Dans le monde dit « occidental », le théâtre est présent, malgré les méfiances (voire proscriptions) d’ordre philosophique (Platon, République III, 394 et X, 604-6) et théologique (Saint Augustin, Confessions, Livre III, 3), et la production théâtrale s’avère foisonnante. Le lien entre théâtre et société – mêlant haine et fascination – a fait émerger des champs de réflexions socio-anthropologiques divers. En 1956, Erving Goffman postulait « la mise en scène de la vie sociale », c’est-à-dire une théorie à travers laquelle il opérationnalisait la notion de théâtre au profit d’une interprétation de la vie humaine comme performance scénique et comme jeu d’acteur."

"Au sein du judaïsme, le théâtre fait l’objet de prises de position contradictoires, et ce, sous le fond d’une pénurie de témoins textuels, de l’Antiquité jusqu’à la Renaissance italienne précisément. La condamnation du théâtre dans le judaïsme n’est attestée que tardivement, dans le Talmud de Jérusalem Avoda Zara (18b9, 16, 18), dans une baraïtha datant probablement des premiers siècles de l’ère chrétienne : « Nos maîtres ont enseigné : il est interdit d’aller au théâtre et au cirque car on y fait des sacrifices idolâtres : paroles de Rabbi Meïr. »

"Nonobstant la tension entre la pratique et la norme, le théâtre est bel et bien présent parmi les Juifs. Outre quelques mentions dans la Lettre d’Aristée, chez Philon et dans des inscriptions, nous savons qu’un dramaturge juif se trouvant en exil à Alexandrie écrit en grec, en 200 av. J.C., une pièce intitulée L’Exagôgué, dont seulement quelques fragments nous sont parvenus. La pièce, connue comme tragédie, reprend l’épisode de l’Exode biblique". 

"Des siècles plus tard, Yehuda Sommo, un érudit juif vivant à Mantoue, en pleine Renaissance italienne, écrit une première pièce de théâtre en hébreu (Éloquente comédie du mariage-farce), ainsi qu’un premier traité d’esthétique théâtrale (Quatre dialogues en matière de représentation théâtrale). Ce dernier, écrit en italien, constitue à la fois un « dialogue » polémique avec la Poétique d’Aristote et une réévaluation des origines du théâtre qui seraient, selon lui, bibliques et kabbalistiques. Chez Yehuda Sommo, la question du corps (et de ses potentiels scéniques) passe avant le texte théâtral (comme dramaturgie) et affirme ainsi une nouvelle histoire du théâtre reliée au judaïsme, d’autant plus que ces pièces sont d’inspiration biblique et talmudique. "

"L'influence juive-italienne sera déterminante pour la suite des développements dans l'écriture dramatique et les formes poétiques de la langue italienne conditionneront l’évolution de la métrique de la langue hébraïque. En même temps, fleurit l'intérêt pour la traduction en hébreu des œuvres littéraires diverses, parmi lesquelles l'écriture et la réécriture dramatiques. Cette double influence est percevable, par exemple, chez un auteur hollandais comme David Franco Mendes, influencé dans son écriture du drame Athalie, à la fois par Moshe Haïm Luzzatto, par le théâtre français et par l'oratorio viennois."

"Dans tous ces cas, le rapport à la langue hébraïque reste fondamental, car la question – parfois implicite et parfois explicite (voir Moshe Haïm Luzzatto, Lishon Limmudim sur les lois de la poésie hébraïque) est de savoir si l'hébreu, en tant que langue, peut être aussi véhicule de littérature profane." 

"Au vu de ces témoins textuels et de ces auteurs qui font figure de fondateurs, comment penser le théâtre au sein du judaïsme ? Comme un objet anthropologique travaillant à la construction et à l’affirmation d’une judéité appréhendée selon son rapport au théâtre ? Autrement dit, est-ce que le théâtre peut être conçu comme un médium du sujet juif ? Est-il (aussi) un objet polémique suscitant une relecture de la Poétique d’Aristote à l’aune du postulat des origines hébraïques (et religieuses) du théâtre ? Y’a-t-il une pensée esthétique juive du théâtre décelable depuis Ézéchiel le Tragique, en prenant en compte les œuvres postérieures à lui (adaptations bibliques, Purimspiel, théâtre yiddish, théâtre judéo-espagnol, théâtre mémoriel, théâtre israélien contemporain, théâtre juif en d’autres langues que l’hébreu) ? Peut-on considérer le théâtre juif indépendamment de ses liens avec la Bible ? Sous quelles formes ? Qu’en est-il des sujets historiques et bibliques que l’on trouve chez la plupart des auteurs ?"

"Cette journée d’études s’adresse principalement aux doctorant.e.s issu.e.s des champs disciplinaires divers, qui portent un intérêt particulier aux langues juives dans leur rapport au théâtre et/ou aux dimensions anthropologique du spectacle vivant."

"Les actes de la journée d’étude pourront être publiés dans un numéro spécial sur la plateforme artistique-académique en ligne IN VIVO ARTS : http://invivoarts.fr/ "

Organisée par : Alexandru BUMBAS (PLIDAM) et Anamarija VARGOVIC (CERMOM)

Equipe de recherche PLIDAMCERMOM
 
Comité scientifique :
Frosa BOUCHEREAU-PEJOSKA – PR (PLIDAM)
Elisa CARANDINA – MCF (CERMOM)
Alessandro GUETTA – PR (CERMOM)
Zeljko JOVANOVIC – MCF (CERMOM)
Madalina VARTEJANU-JOUBERT – MCF/HDR (PLIDAM)

Intervenants :
Alexandru Bumbas - Plidam
Anamarija Vargovic - Cermon
Yaïr Lipshitz - senior Lecturer à l'Université de Tel Aviv
Sarit Cofman-Simhon - docteure en Arts du Spectacle
Achinoam Aldouby - doctorante en Arts du Spectacle
Raffaele Esposito - professeur associé à l'Université Orientale de Naples
Aideen Wylde - docteure en Études théâtrales
Dina Roginsky - docteure en Langues et Civilisations du Proche Orient
Conrad Cohen - étudiant en Master
Michèle Fornoff-Levitt - doctorante en Études Théâtrales à l'Université Libre de Bruxelles
Mathilde Baïssus - comédienne
Thibaut Le Cam - comédien


9h30-10h00
Accueil des participants / café
 
PANEL I (MATINÉE) – Le théâtre juif entre témoins textuels et proscription talmudique (Jewish theatre between primary sources and Talmudic proscription)
 
Animateur : Alexandru BUMBAS, docteur en Études Théâtrales (Sorbonne Nouvelle/IRET) et doctorant en Études Juives (INALCO/PLIDAM)
 
10h00 – 10h40 – Conférence inaugurale – Yaïr LIPSHITZ, Senior Lecturer à l’Université de Tel Aviv
The Talmud as Jewish Theatre
 
10h40 – 11h00 – Marta FUSARO, étudiante en Master à l’Université de Turin
L’Exagoge : une réécriture tragique de l’Exode
 
11h00 – 11h20 – Sarit COFMAN-SIMHON, Docteure en Arts du Spectacle, Emunah Faculty of Fine Arts, Jerusalem
Rabbinic Opposition to Roman Theatre: an Anthropological Study
 
11h20 – 11h40 – Achinoam ALDOUBY, Doctorante en Arts du Spectacle, Université de Tel Aviv
Memory Games : Staging Memory Transmission as a Jewish Theater Practice
 
11h40 – 12h00 – Questions, débats, échanges avec le public
 
12h00 – 14h00 – Pause Déjeuner
 
PANEL II (APRÈS-MIDI) – Le théâtre juif : représentations et performances (Jewish Theatre : representations and performances)
 
Animatrice : Anamarija VARGOVIC, doctorante en Études Juives (INALCO/CERMOM)
 
14h00 – 14h40 – Conférence inaugurale – Raffaele ESPOSITO, Professeur associé à l’Université Orientale de Naples
Jewish theatres and Jewish languages: intersections of the Yiddish and the Hebrew stage
 
15h00 – 15h20 – Aideen WYLDE, Docteure en Études théâtrales, comédienne et écrivraine, Université de Limerick
Intervention en ZOOM : Speaking Third Voices – an Ethnobricoleur approach to disrupting Jewish narratives in Irish theatre
 
14h40 – 15h00 – Dina ROGINSKY, Docteure en Langues et Civilisations du Proche Orient, Université Yale
Performances of the Jewish-Israeli body: from Ideal to Impaired
 
15h20 – 15h40 – Conrad COHEN, Étudiant en Master – Actor Training, Royal Central School of Speech and Drama, et Ben NAYLOR (Senior Lecturer à Royal Central School of Speech and Drama
Intervention en ZOOM : Shylock or Shynot? This house believes that Shakespeare’s The Merchant of Venice should not be produced in the 21st century. Or, on the other hand...
 
15h40 – 16h00 – Michèle FORNHOFF-LEVITT, Doctorante en Études Théâtrales à l’Université Libre de Bruxelles
The Yiddish Theatre of the Interwar Period in Western Capitals: an Ethnoscenological Study of a Transnational and Diasporic Identity
 
16h00 – 16h20 – Questions, débats, échanges avec le public
 
16h20 – 17h00 – Pause-café
 
Mathilde BAÏSSUS et Thibaut LE CAM

"Théâtre et sacré dans la tradition juive"
En 2012, les Presses Universitaires de France ont publié, dans leur collection Lectures du judaïsme, "Théâtre et sacré dans la tradition juive" par Guila Clara Kessous, comédienne, metteur en scène et productrice de plus d’une vingtaine de spectacles en France et à l’étranger.

"Les rapports entre autorités rabbiniques et théâtre ont toujours été placés sous le signe de l’ambiguïté. Taxé d’outil idolâtre au service des cultes païens à l’époque romaine, l’art scénique est pourtant décrit comme le lieu où les princes de Juda enseigneront « la Torah en public » à la fin des temps dans la Guemara."

"Au fil des siècles se dégagent de grandes figures de drama-turges juifs comme Ézechiel le Tragique au IIe s. avant J.-C., Yehuda Sommo, premier théoricien de la scénographie au XVIe s., le rabbin kabbaliste Moshé Haim Luzzatto au XVIIIe s., Abraham Goldfadhen, père du théâtre yiddish à la fin du XIXe s. ou encore Théodore Herzl, fondateur du mouvement sioniste au début du XXe s."

"Tous usent du théâtre non seulement pour transmettre le sacré d’un texte toraïque mais aussi pour comprendre la complexité liée à la condition de l’identité juive dans son rapport au sacré. Avec l’apparition de responsa rabbiniques en 2005 sur le théâtre et l’idée de théâtre cacher se joue une autre dimension sur scène."

"Une nouvelle possibilité de lecture orthodoxe et féminine apparaît dans un rapport au théâtre comme « Beth Hamidrash », nouveau « lieu d’étude » et d’interprétation d’une parole divine accessible à tous… peut-être pour accélérer la venue des temps messianiques par un appel scénique, comme un cri vers Dieu, Le Silencieux…"

Le Pourim Shpil
"Le Pourim Shpil – étymologiquement « jeu de Pourim » en yiddish – est une pièce satirique qui mélange théâtre, musique, danse, chants, mimes et déguisements. Cette coutume est intimement liée à la fête carnavalesque de Pourim et à l’histoire de la reine Esther et son oncle Mardoché qui parvinrent à déjouer le complot du méchant Aman, ministre du roi perse Assuérus, qui voulait anéantir le peuple juif", a écrit Jean-Gabriel Davis pour l'Institut européen des musiques juives (IEMJ).

Et Jean-Gabriel Davis a précisé : "L’origine des événements racontés dans le rouleau d’Esther, dernier Livre de la Bible hébraïque à avoir été canonisé, remonte approximativement au Ve siècle avant notre ère. Dès le Ve siècle après J.C., il est déjà d’usage de réaliser des processions solennelles au cours desquelles Aman est pendu ou brûlé en effigie. Certains voient dans cette coutume l’origine des jeux de Pourim sur les bases desquelles le théâtre yiddish allait se développer au XVIIIe siècle."

Dans son allocution, prononcée lors de la présentation du projet Pourim Shpil Unesco à l’Hôtel de Ville de Paris, le 12 décembre 2013, Jean Baumgarten insistait sur l’esprit particulier de cette fête :
“[…] ce temps d’excès, de rébellion, rythmé de danses, de chants, ponctué de nourriture, de bombance et de beuverie. Aucune société n’échappe à cette alternance du sacré et du profane, à ce balancement entre, d’un côté, l’outrance, le sacrilège, le dérèglement et, de l’autre, le respect de la Loi, des normes sociales et des interdits.
Dans la société juive, le temps de la fête correspond à Pourim […]. Cette réjouissance célèbre le sauvetage des Juifs par Mordekhay et Esther qui déjouèrent le complot du méchant Aman, ministre d’Assuérus, le roi de Perse qui voulait anéantir le peuple juif. La Meguilat Esther raconte ce diabolique complot et son heureux dénouement. […] La journée est également rythmée par une série de moments festifs. On boit jusqu’à, dit le Talmud, ne plus pouvoir distinguer entre « maudit soit Aman » et « béni soit Mordekhay. » On rit. On chante. On danse. L’étude est suspendue. On échange des cadeaux, on offre des gâteaux. On pratique la bienfaisance, notamment par des dons aux pauvres. On mange, notamment lors d’un repas festif. On se déguise. Comme c’est le seul jour du calendrier hébraïque durant lequel il est autorisé de changer de sexe, les hommes empruntent les vêtements de leurs mères, sœurs et épouses. […] Parmi ces rituels transgressifs figure le Pourim Shpil. C’est un monologue, une saynète, une pièce de théâtre représentée en yiddish dans l’espace domestique durant le repas de Pourim ou dans un local communautaire. […]
La tradition des Pourim Shpil s’est développée en Europe depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à nos jours, témoignage de son rôle central dans la culture ashkénaze. On en trouve le premier témoignage en langue yiddish en Italie en 1555. Ce qui ne veut pas dire que le Pourim Shpil n’a pas existé auparavant. […]
Ces pièces burlesques, liées à la fête de Pourim, mélange de chant, de mime, de pantomime et de danse deviennent la matrice du théâtre juif. La langue yiddish, du fait de son inventivité, de sa créativité, de sa longue tradition littéraire, de son riche répertoire de poèmes et de chansons, joua un rôle majeur dans la formation des jeux de Pourim.[…]"
La Meguilla d’Itsik Manger (Di Megile fun Itsik Manger) "est certainement le détournement le plus connu du rouleau d’Esther. En 1936, Itsik Manger publie ses Megile-lider (Chants sur le Rouleau d’Esther), une trentaine de saynètes imaginées et poétisées, relatant l’histoire de Pourim, mais en incluant les débordements humoristiques, cocasses, voire provocateurs qu’autorise le pourim Shpil."

Le théâtre yiddish  
Le théâtre yiddish est né à la fin du Moyen Age lors des fêtes de Pourim, qui autorisent les déguisements.

Programmes, affiches, livres, photographies et manuscrits retracent la variété et l’activité intense d’un mouvement artistique juif populaire et parfois avant-gardiste, né en Roumanie et disséminé dans le reste de l’Europe et en Amérique du Nord.

Vers 1870, le théâtre yiddish  bénéficie de circonstances qui favorisent son essor : l’émancipation d’une bourgeoisie juive, les effets du mouvement des Lumières, etc.

Et Iasi (Roumanie) accueille en 1876, dans une taverne, la pièce « Pomul Verde » de Abraham Goldfaden (24 juillet 1840-9 janvier 1908), poète et auteur dramatique juif russo-roumain de 40 pièces, et considéré comme le père du théâtre yiddish.

Le théâtre yiddish associe des éléments musicaux, s’inspire parfois de l’histoire Juive, présente des scènes issues de la vie quotidienne ou affiche un souci de recherches d’avant-garde.

Ses troupes, en partie professionnelles, voyagent au sein de l’Europe et aux Etats-Unis, et se mêlent aux comédiens locaux.

Parmi ce répertoire présenté à la fin du XIXe au Théâtre israélite de Paris, figurent « Der yiddisher Kenig Lear » (Le roi Lear) de Yankev Gordin, « Mishki mashki » (Méli Mélo) et « Gzerjres Portugal » (L’Expulsion du Portugal).

La Shoah marque tragiquement le monde yiddish.

Après 1945, le théâtre yiddish poursuit son activité grâce au Yidisher Kunst Teater (Théâtre artistique yiddish) et l’Ensemble théâtral juif.

La Shoah apparaît sous la forme d’allégorie, notamment dans « Les Jonas et la Baleine » de Haïm Slovès, une pièce dont des extraits ont été montés par la Maison de la Culture Yiddish avec des artistes amateurs début 2004.

Dans le cadre d’une Saison polonaise en France – Nowa Polska (mai-décembre 2004) -, la Bibliothèque Medem a proposé en 2004 une exposition sur le théâtre yiddish en France. Affiches, photographies et manuscrits ont rappelé la variété et l’activité intense d’un mouvement artistique populaire et parfois d’avant-garde, nourri d’apports divers. Un art Juif associant aussi des éléments musicaux, illustrant l’histoire du peuple Juif ou des scènes de la vie quotidienne, et évoluant au fil de ses recherches d’avant-garde.

C’est une histoire méconnue du grand public qui renaissait en 2004 grâce aux archives photographiques déposées à la Bibliothèque Medem, par Gérard Frydman et Jean-Marc Zelwer, et à la collection personnelle de Liliane Poliakoff pour évoquer l’apogée et le déclin du théâtre yiddish en France.

"Affiches du théâtre yiddish d’État de Varsovie"

« En 1950, un théâtre yiddish d’État est créé à Wrocław et à Łódź » (Pologne). 

« Installé définitivement à Varsovie en 1955, il est dirigé par Ida Kaminska, fille d’Esther-Rachel Kaminska, la grande comédienne yiddish de la Pologne d’avant-guerre. Ida Kaminska quitte la Pologne en 1968. Après son départ, le théâtre est dirigé par Szymon Szurmiej. Le théâtre existe toujours, alternant des productions en yiddish et en polonais. Les affiches présentées couvrent une période allant de 1980 à nos jours. Elles proviennent des collections de la Maison de la culture yiddish ; certaines d’entre elles ont été offertes en 2013 par Alik et Charlotte Messer. L’exposition était complétée par des photographies et des programmes du théâtre yiddish d’État de Varsovie, provenant du fonds d’archives de la Maison de la culture yiddish ».

"Juif et théâtre"
En octobre 2020, Michèle Fornhoff-Levitt a écrit l'article "Juif et théâtre. L’instinct du jeu – de vérité ?" (Jews and the theatre : a natural instinct – truly?)

"Émergeant tardivement à la fin du 19e siècle, le théâtre yiddish moderne connaît son heure de gloire à l’époque mouvementée de l’entre-deux-guerres. D’abord apparu en Europe centrale et orientale sous la plume d’une multitude d’auteurs issus d’un Yiddishland imaginaire, il gagne l’Ouest à travers les représentations de troupes itinérantes venues y évoquer le passé ancestral devant un public d’immigrés juifs désireux de retrouver leurs racines ou la mémoire nostalgique d’une culture abandonnée de force. Malgré l’apparition tardive du théâtre yiddish professionnel, le Juif semble maîtriser, par propension naturelle, l’instinct du jeu, et partant, la « théâtralisation » de sa propre identité. Cette contribution est basée sur une thèse doctorale en cours d’élaboration : Le théâtre yiddish de l’entre-deux-guerres en capitales d’Europe occidentale (Paris, Bruxelles-Anvers, Amsterdam) : essai d’ethnoscénologie transnationale et diasporique de la yiddishkeyt, en cotutelle Sorbonne Université (Paris IV) et Université libre de Bruxelles (soutenance en juin 2022). Elle cherche à faire la part des choses entre inclinaison naturelle et compétence acquise dans « l’incarnation » du yiddishisme – la yiddishkeyt – sollicitant la « justesse des gestes » (Jousse, 1974) comme aboutissement de sa quête de vérité."

Yiddish & Cie en Cévennes
Les Rencontres Interculturelles de Bréau (Yiddish & Cie en Cévennes) se déroulèrent du 7 au 14 juillet 2018. Entrée libre dans la limite des places disponibles.


Le 28 juin 2022, de 09 h 30 à 18 h
A l'INALCO
Au Salon Suzanne Borel
65, rue des Grands Moulins. 75013 Paris France

Jusqu'au 15 octobre 2014
A La Maison de la culture yiddish
29, rue du Château-d'eau. 75010 Paris
Tél. : +33(0)1 47 00 14 00
Cet article avait été publié en 2004 par Guysen. Cet article a été publié le 14 octobre 2014, puis le 15 juillet 2018.