Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 24 mars 2020

Hannah Arendt (1906-1975)

Juive allemande sioniste, Hannah Arendt (1906-1975) est l'élève de Karl Jaspers et de Martin Heidegger, qui dirige sa thèse de doctorat et avec qui elle noue une relation amoureuse. Arendt fuit le IIIe Reich pour la France, puis les Etats-Unis où cette essayiste et professeur de théorie politique (« political theorist ») enseigne et s’affirme en philosophe analysant les totalitarismes. Couvrant brièvement le procès Eichmann à Jérusalem (Israël) en 1961, elle publie un livre polémique où elle évoque la « banalité du mal ». OCS City diffusera les 25 mars 2020 à 14 h 40, 29 mars 2020 à 00 h 45 et 30 mars 2020 à 07 h 05 "Hannah Arendt" par Margarethe von Trotta
« Mon métier, c'est la théorie politique, je veux comprendre », disait Hannah Arendt. 

Son ami le philosophe Karl Jaspers lui avait un jour écrit  : « Arrivera le moment que tu ne connaîtras pas : celui où les Juifs t’érigeront en Israël, comme à Spinoza, un monument, et te revendiqueront fièrement comme une des leurs ».

Hannah Arendt a inspiré Hannah Arendt, par Margarethe von Trotta et Hannah Arendt - Du Devoir de la désobéissance civile (Hannah Arendt Und Die Pflicht Zum Ungehorsam, Vita Activa: The Spirit of Hannah Arendt), documentaire de Ada Ushpiz. Un portrait de l’essayiste et professeur de théorie politique (« political theorist ») véhiculant la propagande anti-israélienne ("colonisation").

Totalitarismes
Hannah Arendt est née en 1906 dans une famille juive bourgeoise à Hanovre, dans l’empire allemand.

Cette brillante étudiante juive rencontre Hans Jonas en 1924.

Elle débute une relation intellectuelle et sentimentale passionnée avec Martin Heidegger.

Hannah Arendt  obtient son doctorat en philosophie de Heidelberg.

En 1929, elle épouse Günther Stern, un philosophe qui adoptera plus tard le patronyme Anders.

Elle travaille à une biographie de Rahel Varnhagen (1771-1833), une femme de lettres juive allemande qui tenait des salons réputés à l’époque romantique.

Elle « assiste à la montée du nazisme et s'engage » dans la dénonciation de l’antisémitisme, avant de choisir l'exil en 1933 ». 

Une expérience fondatrice qui imprégnera sa pensée et l'amènera à analyser l'essence des totalitarismes, avec une profonde acuité et un anticonformisme revigorant. 

« Réfléchir, cela signifie penser toujours de manière critique », rappelait l'auteure des Origines du totalitarisme.

A Paris, Hannah Arendt devient la secrétaire particulière de la baronne Germaine de Rothschild et contribue à l’accueil des réfugiés en France. Elle milite aussi dans le mouvement sioniste.

En 1937, elle divorce, puis épouse en 1940 Heinrich Blücher (1899-1970), ancien membre de la Ligue spartakiste et du Parti communiste.

Internée brièvement au camp de Gurs, elle retrouve la liberté et fuit avec son époux, et grâce à Varian Fry, pour le Portugal, puis se fixe aux Etats-Unis.

Après la Deuxième Guerre mondiale, elle travaille en Allemagne dans une association d’aide aux survivants de la Shoah. Elle témoigne en faveur de Heidegger lors de son procès en dénazification.

Dès 1951, naturalisée américaine, elle enseigne les sciences politiques dans des universités prestigieuses : Berkeley, Princeton, Columbia, Chicago et dès 1967 à la New School for Social Research de New York.

Ses premiers livres sont alors publiés : Les Origines du totalitarisme (1951), Condition de l'homme moderne (1958), et le recueil de textes intitulé La Crise de la culture (1961). 

Elle soutient Le Vicaire, pièce de théâtre de Rolf Hochhuth, sur le rôle du pape Pie XII lors de la Shoah.

Procès Eichmann
Le procès  d’Adolph Eichmann (1906-1962) se déroule à Jérusalem (Israël) en 1961. Ce responsable allemand nazi était poursuivi notamment pour crimes envers le peuple Juif, en particulier en Hongrie, et crimes contre l’humanité. Un événement majeur dans l’histoire de l’Etat Juif et dans l’histoire mondiale.

Hannah Arendt n’a pas assisté à tout le procès d’Eichmann. Pour The New Yorker, consciente qu’il s’agissait d’un des derniers procès de dirigeants nazis, elle a suivi quelques audiences du long procès. 

Ses cinq articles ont été publiés dans les numéros de février et mars 1963 de ce prestigieux magazine.

Son « portrait philosophique » d’Eichmann dans Eichmann à Jérusalem (1963), livre qui a suscité une polémique, marque la postérité. Hannah Arendt le présente comme un « bouffon », incarnant la « banalité du mal ».

« Souvent mal compris, mêlant observations empiriques et réflexion théorique, l’ouvrage a focalisé l’attention sur le fait que le plus grand crime de masse de l’histoire aurait revêtu à Jérusalem le visage d’un homme ordinaire, celui de la « banalité ».

Arendt insiste aussi sur la nouveauté du système politique criminel dans lequel Eichmann s’est formé.

Or, Eichmann « a été bien plus qu’un simple fonctionnaire zélé. Il a mené une carrière rapide et exercé des responsabilités importantes au sein du dispositif génocidaire. Il a été un homme de terrain et non un simple bureaucrate ». Son engagement dans le nazisme a été total.

Ensuite, Eichmann est « l’un des nazis de haut rang qui s’est le plus exprimé après-guerre, laissant des milliers de pages de mémoires, d’entretiens, de notes avant le procès, et presque autant durant sa captivité ».

Enfin – et « c’est un exemple atypique parmi les nazis déférés devant un tribunal –, Eichmann a activement, presque frénétiquement participé à son propre procès, répondant volontiers aux questions de la cour, discutant les documents présentés à charge, prenant des notes lors des dépositions de témoins – documents pour la première fois montrés au public dans l’exposition ».

Arendt stigmatise, à tort selon Claude Lanzmann, le comportement des dirigeants communautaires lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Liberté
« Ardente avocate de la pluralité, de la dignité et de la liberté, Hannah Arendt a inspiré nombre de mouvements de désobéissance civile, attitude qu'elle estimait être un devoir, face à la violence d'État ». 

« C'est au cœur de son influence capitale que plonge ce documentaire, qui revisite les récentes révolutions et résistances contemporaines, à la lumière de sa pensée et de son héritage ». 

« À travers les récentes révolutions et résistances contemporaines, de la Palestine à l'Égypte en passant par l'Ukraine et Hong Kong, la réalisatrice Ada Ushpiz est allée à la rencontre de ceux, jeunes pour la plupart, qui font au quotidien acte de résistance, relisant son œuvre pour y puiser une force lucide ». Qui résiste à qui, et comment en « Palestine » ?

Un « éclairage passionnant sur l'influence et l'héritage de la philosophe Hannah Arendt dans la pensée politique ». Non, la récupération de cette intellectuelle pour véhiculer un message haineux, la propagande délégitimant l'Etat Juif.

Présenté à de nombreux festivals de films, notamment à Munich, ce documentaire germano-canado-israélien a été primé au Festival international du film documentaire de Santa Barbara en 2016. On se demande pourquoi.

Les 19 et 20 juin 2016, Arte diffusa Hannah Arendt, chercher l'avenir dans le retour aux Anciens, réalisé par Philippe Truffault (26 min) : "Entre les tenants d'une école à l'ancienne, où le maître règne par la discipline, et les promoteurs d'un modèle collaboratif plaçant l'élève "au centre" de l'enseignement, la querelle est de plus en plus profonde. Raphaël Enthoven s'entretient de l'avenir de l'éducation avec l'enseignante en philosophie Anne Dalsuet".

Arendt heideggerienne
A l'automne 2016, Fayard a publié Arendt et Heidegger. Extermination nazie et destruction de la pensée, d'Emmanuel Faye : "N’y a-t-il pas une contradiction dans l’œuvre d’Arendt ? On y trouve une description critique du totalitarisme national-socialiste, mais aussi l’apologie de Heidegger érigé, malgré son éloge de la « vérité interne et grandeur » du mouvement nazi, en roi secret de la pensée. L’étude des Origines du totalitarisme montre qu’Arendt développe une vision heideggérienne de la modernité. Dans Condition de l’homme moderne, la conception déshumanisée de l’humanité au travail et le discrédit jeté sur nos sociétés égalitaires procèdent également de Heidegger. En outre, des lettres inédites montrent qu’Arendt a décidé de marcher sur les pas de Heidegger avant leurs retrouvailles de l’année 1950. Il s’agit d’une adhésion intellectuelle, irréductible à la seule passion amoureuse, et qui mérite d’être prise au sérieux. Certes, Arendt ne partage pas l’antisémitisme exterminateur de Heidegger confirmé par ses Cahiers noirs. Que devient cependant la pensée, lorsqu’elle se voit instrumentalisée dans l’opposition – nouveau mythe moderne – entre Heidegger, le « penseur » retiré sur les hauteurs neigeuses de sa hutte de Todtnauberg, et Eichmann, l’exécutant sans pensée, le « clown » muré dans sa cage de verre ?"

"Hannah Arendt", par Margarethe von Trotta
Dans Hannah Arendt, Margarethe von Trotta "restitue avec rigueur l'engagement intellectuel d'Hannah Arendt, campée par une Barbara Sukowa magistrale. Datant de 2012, un film qui a remporté à sa sortie un grand succès inattendu".

"Installée aux États-Unis en 1951 après avoir dû quitter, avant-guerre, l'Allemagne hitlérienne, la philosophe Hannah Arendt tient une place importante au sein de l'université américaine. Autour d'elle et de son mari, Heinrich Blücher, l'ancienne élève de Martin Heidegger réunit un cercle d'amis fidèles et de brillants intellectuels. En 1960, le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann est enlevé à Buenos Aires par les services secrets israéliens. Ramené en Israël, il va y être jugé pour ses crimes. Pendant de longs mois, Hannah Arendt couvre son procès à Jérusalem pour le magazine américain The New Yorker. Ses articles, puis son livre Eichmann à Jérusalem – Rapport sur la banalité du mal, autour de celui qui fut l'un des principaux organisateurs de la "solution finale" déclenchent une violente polémique…"

"Se focalisant sur les répercussions du procès d'Eichmann sur l'œuvre et la vie personnelle de Hannah Arendt, Margarethe von Trotta (L'honneur perdu de Katharina Blum) restitue avec une grande lisibilité les enjeux de l'une des plus vives controverses intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle".


"Après l'avoir déjà dirigée dans Les années de plomb et Rosa Luxemburg, c'est à Barbara Sukowa qu'elle confie le rôle-titre. Cette dernière incarne avec ferveur les questionnements d'une intellectuelle guidée avant tout par la passion de comprendre".

13e séminaire de philosophie continentale
L'Institut français de Tel Aviv a accueilli le 13e séminaire de philosophie continentale  “La politique de la vérité” (8 février-12 juillet 2019) organisé avec le séminaire de philosophie continentale  et comprenant 17 conférences en hébreu. "Ce séminaire s’inscrit dans les activités d’un groupe de chercheurs et chercheuses issus d’Universités israéliennes et de l’École des beaux-arts de Bezalel.  Ils  tentent de construire une communauté de dialogue ouverte à tous, autour des relations entre la philosophie continentale française et allemande et le contexte israélien." Le 8 mars 2019 : interviendront Pr. Nitzan Leibovitch (Université Lehigh, Pennsylvanie) L’heure de la vérité : sur les notions du temps et de la vérité chez Hannah Arendt et Pr. Amal Jamal (Université de Tel Aviv) : La politique et l’éthique de la vérité d’après Arendt à l’ère de la post-vérité.

CITATIONS

« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »

“C'est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice, c'est-à-dire assurer “la continuité du monde”.”(La Responsabilité)

“Le progrès et la catastrophe sont l'avers et le revers d'une même médaille.”

“Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés.” (Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire)

"Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition ; la où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation... Historiquement nous pouvons dire que la disparition de l'autorité est simplement la phase finale d'une évolution qui a sapé principalement la religion et la tradition." (La Crise de la culture)

"Ceux qui optent pour le moindre mal tendent très vite à oublier qu'ils ont choisi le mal."

La liberté d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l'objet du débat. (La Crise de l'éducation : Extrait de La Crise de la culture)

"Le pire danger pour le soumis est l'homme libre de l'idéologie, ou qui s'en est libéré. Cet homme renvoie au soumis l'image de son infériorité que constitue la perte de son individualité et la limitation de son champ de raisonnement. C'est pour cette raison que tout doit être mis en œuvre pour que l'infidèle, le mécréant, l'apostat disparaisse."

"Sans le pardon, nous resterions prisonniers de nos actes et de leurs conséquences".


Hannah Arendt, par Margarethe von Trotta
France, Allemagne, Luxembourg, 2012, 107 min
Image : Caroline Champetier
Montage : Bettina Böhler
Musique : André Mergenthaler
Production : Heimatfilm, Amour Fou Luxembourg, MACT Productions, Sophie Dulac Productions, Metro Communications, ARD Degeto, BR, WDR
Producteur/-trice : Bettina Brokemper, Johannes Rexin
Scénario : Pam Katz, Margarethe von Trotta
Avec Barbara Sukowa, Axel Milberg, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen, Janet McTeer, Klaus Pohl
Sur Arte le 1 février 2017 à 20 h 55
Sur OCS City les 16 octobre 2017, 25 mars 2020 à 14 h 40, 29 mars 2020 à 00 h 45 et 30 mars 2020 à 07 h 05
Visuels : © Véronique Kolber, Heimatfilm 

Intuitive Pictures , 2015, 90 min
Sur Arte les 9 mars 2016 à 23 h 50, 1 février 2017 à 22 h 45
Sur OCS City le 16 octobre 2017  
Visuels : © fernsehbüro

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Articles in English
Les citations proviennent d'Arte. L'article a été publié les 9 mars et 19 juin 2016, 1er février et 15 octobre 2017, 8 mars 2019.

dimanche 22 mars 2020

Robert Siodmak (1900-1973)


Robert Siodmak (1900-1973) était un réalisateur, scénariste, acteur et producteur allemand juif. Célèbre par son premier film muet « Les Hommes le dimanche » (1929), il fuit le nazisme, tourne quelques films à Paris, puis s’installe à Hollywood. Il s’impose comme un pionnier du film noir (Les Tueurs, 1946). En 1951, il revient en Allemagne. Arte diffusera le 23 mars 2020 « Les SS frappent la nuit » (Nachts, wenn der Teufel kam) de Robert Siodmak.

« West Side Story » par Robert Wise 


Robert Siodmak (1900-1973) est né dans une famille juive à Dresde (Allemagne).

Il gagne sa vie comme metteur en scène et banquier, puis devient scénariste de films pour Curtis Bernhardt en 1925.


L’année suivante, il est recruté par son cousin producteur, Seymour Nebenzal, pour monter des films à partir d’anciennes œuvres.


En 1929, Robert Siodmak co-réalise avec Edgar G. Ullmer son premier film « Menschen am Sonntag » (Les Hommes le dimanche, People on Sunday) (1929), sur un scénario de son frère Curt, Billy Wilder et Fred Zinnemann, produit par Seymour Nebenzal et joué par Brigitte Borchert, Christl Ehlers, Annie Schreyer, Wolfgang von Walthershausen, Erwin Splettstosser et Heinrich Gretler. Directeur de la photographie : Eugen Schufftan. Un film caractéristique de la Nouvelle Objectivité par son réalisme sur la vie quotidienne de jeunes Berlinois durant la République de Weimar. Et qui contient des séquences documentaires sur la ville de Berlin, autre personnage de l'oeuvre cinématographique, et les loisirs offerts à ses habitants.


En 1933, après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, son film « Das brennende Geheimnis » (Fin de saison), d’après la nouvelle Brûlant Secret de Stefan Zweig et interprété par Willi Forst, Hilde Wagener et Alfred Abel, est critiqué par Joseph Goebbels, ministre de la propagande, via la presse, puis interdit. Son producteur Alfred Sternau de Tonal-Film est contraint de fuir l'Allemagne nazie en suivant un périple menant son épouse Ruth Sternau, décoratrice du film, et lui en Espagne, Italie et France. Américaine riche, Ottilie Moor accueille dans sa maison à Villefranche-sur-mer la famille qui s'agrandit avec la naissance d'un fils, Pierre. Les parents confient leur nouveau-né âgé de quelques semaines à une organisation de sauvetage et sont arrêtés par la Gestapo à Nice, puis déportés au camp nazi d'Auschwitz où ils sont assassinés. Leur bébé est sauvé par le réseau Marcel puis par l’OSE (Oeuvre de Secours aux Enfants). Le médecin de l'OSE, le Dr Alfred Lellouch, et son épouse Sonia née Chenkmann, adoptent Pierre qui, adulte, effectue des recherches sur ses parents biologiques et témoignent dans des établissements scolaires.   


Fuyant le nazisme, Robert Siodmak tourne à Paris plusieurs films à succès : La crise est finie (1934) avec Danielle Darrieux et Albert Préjean, La Vie parisienne (1936) avec Max Dearly, Conchita Montenegro et Georges Rigaud, Le Chemin de Rio (1937), enquête de deux journalistes sur la traite des Blanches avec Käthe von Nagy, Jules Berry, Suzy Prim, Jean-Pierre Aumont, Charles Granval et Marcel Dalio, Mollenard (1938) - un trafiquant d'armes en Extrême-Orient sur un scénario signé par Charles Spaak et Oscar-Paul Gilbert, avec  Harry Baur, Gabrielle Dorziat et Pierre Renoir, Pièges (1939) -  enquête policière sur la disparition de jeunes danseuses et entraîneuses - sur un scénario de Jacques Companéez et Ernst Neubach, avec Maurice Chevalier, Erich Von Stroheim et Marie Déa. 


Robert Siodmak s’installe à Hollywood en 1939 où il débute en réalisant West Point Widow. Pour les studios Universal, il réalise dès 1943 des films dont l’esthétique est marquée par l’expressionnisme allemand, puis par Orson Welles : Fly by Night (1942) avec Richard Carlson et Nancy Kelly, Someone to Remember (1943), Les Mains qui tuent (Phantom Lady) en 1944, The Strange Affair of Uncle Harry et Deux mains, la nuit (The Spiral Staircase) en 1945. 

Il s’impose comme un pionnier du film noir (Les Tueurs, 1946) avec Ava Gardner et Burt Lancaster qu’il retrouve dans Le Corsaire rouge (The Crimson Pirate) en 1952. 

Il collabore avec Budd Schulberg au scénario du film Sur les quais, sans en être crédité, mais en étant indemnisé financièrement.



En 1951, il revient en Allemagne pour y réaliser notamment Nachts, wenn der Teufel kam (La Nuit quand le diable venait) et Die Ratten avec Maria Schell et Curd Jurgens distingué par l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1955. Il réalise aussi un remake du Grand jeu, réalisé par Jacques Feyder avant-guerre, avec Gina Lollobrigida et Arletty.

Au cours de la décennie suivante, il réalise des films dans des genres comme le western - Les Mercenaires du Rio Grande (Der Schatz der Azteken) en 1965 -, le peplum - Pour la conquête de Rome I (Kampf um Rom I) en 1968 - et la comédie dramatique.


« Les SS frappent la nuit »
Arte diffusera le 23 mars 2020 « Les SS frappent la nuit » (Nachts, wenn der Teufel kam) réalisé par Robert Siodmak. « Dans une Allemagne nazie aux abois, un commissaire de police enquête sur une série de crimes... Grand succès lors de sa sortie en 1957, ce film de Robert Siodmak dépeint avec mordant le jusqu'au-boutisme criminel d'un régime nazi au bord de l'effondrement. »

« Hambourg, été 1944. De retour blessé du front, Axel Kersten retrouve son poste de commissaire à la brigade criminelle. Venu aider Helga, dont il vient de faire la connaissance, à tapisser son salon, Axel tombe sur une vieille coupure de journal relatant le meurtre d'une femme, des années auparavant. Faisant le parallèle avec l'assassinat d'une serveuse sur lequel il enquête, il met au jour plusieurs autres meurtres de femmes non élucidés. Soupçonnant que ces affaires ont un seul et même auteur, Kersten oriente son enquête vers Bruno Lüdke, un simple d'esprit doté d'une force herculéenne. Pour le SS-Grüppenführer Rossdorf, il est inenvisageable que la justice du Reich ait pu laisser courir si longtemps un criminel de cet ordre. Ses services ont d'ailleurs déjà arrêté Willi Keun, suspecté du plus récent des meurtres… »

« Contraint à l'exil – en France puis aux États-Unis – dès l'arrivée au pouvoir des nazis, Robert Siodmak a repris le chemin des studios allemands au début des années 1950. Il dépeint avec mordant le jusqu'au-boutisme criminel d'un régime nazi au bord de l'effondrement. Grand succès à sa sortie outre-Rhin, salué par dix récompenses au Prix du film allemand et une nomination aux Oscars, Les SS frappent la nuit s'inspire de faits réels, retracés après-guerre dans une série d'articles par le journaliste-romancier Will Berthold et parus sous le titre La nuit quand le diable venait, sous lequel le film est aussi parfois diffusé. Teinté d'ironie, le noir portrait d'un régime totalitaire à la veille de sa chute ».


« De tous mes films réalisés à mon retour de Hollywood, il n’y a que deux œuvres dont je suis fier : Les Rats et Les S.S. frappent la nuit » déclarait Robert Siodmak. Il est vrai que l’ultime partie de la carrière de Robert Siodmak, à partir de 1953 où il est l’un des premiers cinéastes exilés à rentrer en Europe, est décevante. Celui qui était devenu au sein du studio Universal un des maîtres du film noir ne parvient pas à retrouver des projets à la hauteur de son talent et de son ambition. Les deux films cités font figures d’exception. Les Rats est l’adaptation réussie d’une pièce de Hauptmann, modernisée dans l’Allemagne de l’immédiate après-guerre. Le troisième film entretient un parallèle troublant avec le titre le plus important du cinéma allemand des années 30 : M le maudit de Fritz Lang. Dans les deux cas, un tueur en série est le révélateur de la violence nazie, naissante dans le film de Lang, déclinante dans celui de Siodmak – le film se déroule peu de temps avant la chute du IIIème Reich. Une autre comparaison s’effectue au cœur du film de Siodmak, pour mieux en dévoiler les différences : celle entre la violence individuelle, incontrôlable et pulsionnelle, et la violence d’état, froide, cynique et machinale. De ces deux folies, la moins effrayante n’est pas celles des autorités hitlériennes. Siodmak s’inspire d’un fait-divers réel, qui avait défrayé la chronique : les meurtres de plus de quatre-vingts femmes sur une dizaine d’années, dans l’Allemagne nazie. Finalement arrêté, le coupable était un débile mental à la force herculéenne. Siodmak ne construit pas son film autour d’un suspense haletant, mais s’intéresse aux méandres d’une enquête policière perturbée par les manipulations politiques de la gestapo et des S.S. « Les S.S. frappent la nuit est le premier film allemand à parler du passé nazi autrement que dans une perspective déculpabilisante – ce qui n’est pas peu » affirme Hervé Dumont dans son essai biographique sur Robert Siodmak (L’Age d’homme, 1981). Le film, immense succès à sa sortie, récolta un nombre impressionnant de récompenses un peu partout dans le monde. Il révéla l’acteur suisse Mario Adorf dans le rôle du tueur psychopathe Bruno Luedke. Avec son physique massif, cet ancien élève de la Kamerspiele de Munich impose un corps et un visage qui vont durablement hanter le cinéma européen. Mario Adorf apparait dans de nombreux films commerciaux allemands, mais est régulièrement employé par la nouvelle génération des auteurs germaniques, chez Schlöndorff et Fassbinder notamment. Figure familière du cinéma italien, il a trimballé sa large carrure aussi bien chez Comencini, Risi et d’autres grands cinéastes que dans de nombreux polars et westerns de série", a analysé Olivier Père.


« Les SS frappent la nuit » de Robert Siodmak
Allemagne, 1957
Auteur : Will Berthold
Scénario : Werner Jörg Lüddecke
Production : Divina-Film
Producteur/-trice : Robert Siodmak
Image : Georg Krause
Montage : Walter Boos
Musique : Siegfried Franz
Avec Claus Holm, Mario Adorf, Hannes Messemer, Peter Carsten, Karl Lange, Werner Peters, Annemarie Düringer, Monika John, Wilmut Borell, Walter Janssen
Sur Arte le 23 mars 2020 à 23 h
Disponible du 23/03/2020 au 21/04/2020

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