Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 27 avril 2021

« Erna, Helmut et les nazis. Chronique d'une famille allemande » de Jutta Pinzler

Arte diffusera le 29 avril 2021 « Erna, Helmut et les nazis. Chronique d'une famille allemande » (Eine Familie unterm Hakenkreuz) de Jutta Pinzler. Nourrie d'archives, l'histoire, dans l'Allemagne nazie, d'une famille persécutée parce que l'épouse est juive, et de son sauvetage par l'engagement inouï du mari médecin.
« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Raimbault et Michael Grynszpan 

« En 1929, Helmut, jeune doctorant, et Erna, étudiante en médecine à Berlin, tombent fous amoureux ». 

« Les tourtereaux semblent promis à un avenir radieux, jusqu’au jour où Erna se découvre une ascendance juive, gardée secrète par sa mère ». 

« Le couple se marie cependant et donne naissance à trois fils ». 

« Avec l’arrivée au pouvoir de Hitler, la famille se retrouve confrontée aux persécutions de plus en plus brutales du régime », car le régime nazi persécute la jeune femme considérée comme juive, et donc interdite de poursuivre ses études.

« Helmut, empêché de travailler, s’engage alors comme médecin dans l’armée du Reich, dans l’espoir d’obtenir pour sa famille un certificat de "sang allemand". 

« Un engagement paradoxal qui sauvera les siens de la déportation ». 

Helmut était un talentueux photographe et réalisateur de films familiaux. « Des centaines de lettres et des vidéos d’archives font revivre au plus près cette tragédie familiale au temps du nazisme », la vie quotidienne d'une famille subissant les discriminations nazies et d'un soldat.



Allemagne, 2021, 60 min
Sur Arte les 29 avril 2021 à 10 h 55 et 14 mai 2021 à 10 h55
Disponible du 29/04/2021 au 27/07/2021
Visuels :
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Victor Younki, dit « Young » Perez (1911-1945)


Né dans une famille juive pauvre tunisoise, Victor Younki, dit « Young » Perez (1911-1945) a été champion du monde de boxe, catégorie poids mouches, en 1931. Après avoir perdu ce titre, sa carrière connait une longue éclipse. Déporté en 1943 vers le camp d’Auschwitz, il est assassiné le 22 janvier 1945 lors des marches de la mort consécutives à l’évacuation partielle de ce camp nazi. Un roman signé par André Nahum, deux films - Victor Young Perez, de Jacques Ouaniche avec Brahim Asloum, Young et moi. Tomer Sisley sur les traces du boxeur d’Auschwitz. documentaire de Sophie Nahum - et des albums de bandes dessinées publiés par les éditions Futuropolis l’évoquent. Le 26 avril 2021, la loge Léon Blum du B'nai B'rith organise une visioconférence sur Zoom avec Jean-Philippe Lustyk, journaliste français, auteur de "Le grand livre de la boxe". 


Le boxeur Victor Younki, dit « Young » Perez (1911-1945) et né à la Hara, quartier pauvre de Tunis, en Tunisie alors protectorat français. 

Il est champion de France des poids mouches,  puis champion du monde dans cette catégorie en 1931 en battant par K.O. le boxeur américain Frankie Genaro, Le plus jeune champion du monde à ce jour.

Sa carrière sportive décline ensuite.

Arrêté le 21 septembre 1943, Victor Younki, dit « Young » Perez est interné au camp de Drancy, près de Paris.

Le 7 octobre 1943, il est déporté de la gare de Bobigny - le convoi n° 60 a transporté mille personnes - au camp d’Auschwitz. Sur ces mille déportés, seuls deux survivront à la Shoah.

Auschwitz
"Le directeur d'Auschwitz 3, Monowitz-Buna, passionné de boxe, avait été tellement heureux de voir arriver dans son camp un "champion du monde", qu'il avait eu l'incroyable idée de monter une écurie de boxeurs au sein du camp et d'organiser des combats le dimanche, des combats de chiens, pour distraire les SS. Young et quelques autres déportés y boxèrent pour sauver leur peau", a relaté Sophie Nahum dans le Huffington Post, le 25 février 2015.

Né en 1926 à Strasbourg, Noah Klieger est arrêté sur dénonciation, et déporté à Auschwitz le 15 janvier 1943. Il échappe à la sélection grâce au champion du monde des poids mouche Victor « Young » Perez qui lui suggère de se présenter comme un boxeur. Il entre dans l’équipe de boxe d’Auschwitz- III (Buna-Monovitz) créée par le commandant Schwartz. Les combats se déroulent le dimanche d’octobre 1943 à mai 1944. Après 1945, ce journaliste embarque sur l’Exodus, fait son aliyah, et combat pour l’indépendance de l'Etat d'Israël. Il écrit pour Yediot Aharonot et L’Equipe.

« Young » Perez est assassiné lors de la Marche de la Mort. 

Pendant plus d'un demi-siècle, « Young » Perez est injustement ignoré des historiens et journalistes. 

André Nahum
En 2002, les éditions Télémaque ont publié Quatre boules de cuir, réédité sous le titre Young Perez, champion, d'André Nahum, médecin à Sarcelles qui avait recueilli les souvenirs de la famille Perez et rédigé la première biographie de ce champion. "C’est de Tunis qu’est venu un des champions les plus attachants que le monde de la boxe ait connu. Né dans une famille juive modeste, Victor Younki « Young Perez », débarque à Paris en 1927 après un début de carrière prometteur. A 20 ans, au terme d’un combat d’anthologie contre l’Américain Frankie Genaro, tenant du titre, il devient en 1931 le plus jeune Champion du Monde des poids mouche. Il reste à ce jour le plus jeune détenteur de ce titre. Il est adulé du public et du Paris des années folles. Dénoncé en 1943, il est déporté à Auschwitz où le commandant du camp, passionné de boxe, organise contre lui des simulacres de combats. Sa trajectoire fulgurante connaît un dénouement tragique. Tunis, début des années 30, à chaque coin de rues, la gloire naissante de Young Perez éclate qui va rendre leur fierté à tous les juifs tunisiens. André Nahum a 11 ans, il est fasciné et va suivre l’ascension extraordinaire de son idole. 50 ans plus tard, devenu médecin, André Nahum reçoit à sa consultation la visite d’une patiente inattendue. Margot Yaïch n’est pas malade mais elle est la sœur de Young Perez et veut que l’histoire de son frère sorte de l’oubli. Ce sera l’oeuvre et le combat d’une vie pour André Nahum, qui recueillera auprès de membres de sa famille et de ses amis ce récit unique de la vie fascinante du champion. Ancien médecin, conteur et gardien de la mémoire juive tunisienne, André Nahum est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Le Médecin de Kairouan » (Ramsay, 1995) et « Humour et sagesses judéo-arabes » (Desclée de Brouwer, 1998). Il était un des animateurs piliers de Judaïque FM et s'est battu plus de 20 ans pour rappeler le souvenir du grand champion et homme de cœur que fut Young Perez, injustement oublié"

Exposition
Lors de l'exposition Le sport européen à l’épreuve du nazisme. Des J.O. de Berlin aux J.O. de Londres (1936-1948), la seconde salle a été dédiée à des portraits de sportifs de sept disciplines : gymnastique - Alfred Flatow et Gustav Felix Flatow -, escrime, sports de combat - boxeur Victor Younki, dit « Young » Perez (1911-1945), champion de France des poids mouches puis champion du monde dans cette catégorie en 1931, abattu lors d'une marche de la mort -, sports aquatiques - Alfred Nakache et les nageuses du club Juif viennois Hakoah -, athlétisme, football - Matthias Sindelar - et sports de raquette - joueurs de tennis Daniel Prenn et Gottfried von Cramm.

Victor Young Perez
Le 20 novembre 2013, le biopic Victor Young Perez réalisé par Brahim Asloum est sorti sur les écrans français.

A Auschwitz, « le boxeur Victor Young Perez, 136 combats, 91 victoires dont 27 par KO, et un titre de champion du monde des poids mouches, affronte Kurtz, un soldat allemand de vingt kilos et vingt centimètres de plus que lui, devant son frère Benjamin et les autres déportés. Au cours de ce combat à mort, il voit sa vie défiler sous ses yeux : il se revoit enfant à Tunis, avec Rachid, Maxo et Benjamin, ses amis, ainsi que Mireille, son amour. Il revit sa glorieuse carrière de boxeur, mais aussi sa déportation. Et les coups de Kurtz continuent de pleuvoir sur le plus jeune champion du monde de l'histoire de la boxe… »

Le 20 novembre 2013, Maya Nahum a signé l'article Victor Young Perez, un détournement de boxeur publiée par Causeur. Elle a fustigé une réécriture de "l’histoire du champion juif tunisien assassiné à Auschwitz".
"Tunis 1911, Auschwitz, 1945. Deux dates, deux lieux qui résument le destin de Victor Young Perez, le plus jeune champion du monde poids mouche de l’histoire de la boxe, encore aujourd’hui.Il existe très peu d’écrits sur Young. Le livre « référence » est celui d’André Nahum, mon père (sur Wikipedia, à la rubrique Young Perez, on dénombre 106 notes, dont 97 sur le livre d’André Nahum). André Nahum, ancien médecin à Sarcelles, était hanté depuis l’enfance par le champion oublié. Il s’est battu pour sa mémoire et a passé vingt ans de sa vie à faire des recherches dans la presse sportive, auprès de ses vieux patients, de Margaux et Benjamin Perez, la sœur et le frère, etc. En un mot, il a élevé ses enfants avec la figure de Young comme s’il faisait partie de la famille.Young Perez, c’est l’histoire d’un gosse de la Hara, pauvre ghetto juif de Tunis. Belle gueule, farceur, bagarreur, un peu voyou, écolier buissonnier de l’Alliance israélite, Victor a une passion, la boxe. À cette époque, le noble art fait rêver la rue comme le foot aujourd’hui. Victor et sa bande de copains parviennent à intégrer une salle d’entraînement grâce à la générosité d’un mécène de la communauté. Très vite, il est repéré comme le plus prometteur. Petit, léger, souple il est d’une rapidité époustouflante et son jeu de jambes devient vite unique.Il remporte le titre mondial contre Franckie Genaro à Paris en 1931, à 20 ans. 5 petites minutes d’un combat victorieux le propulsent vers la gloire.Young, soudain riche et célèbre, croule sous les invitations dans le beau monde. La star du moment, c’est lui. Ces années 30 sont folles de jazz, de boites de nuit, de jolies filles, de jolis garçons et de boxe. Pas un jour sans combat. Le tout-Paris des Arts et des lettres remplit les salles de boxe. On y croise Cocteau, qui soutient le grand Al Brown, ou Joséphine Baker, pour ne citer qu’eux. Dans cette ambiance vertigineuse, le jeune juif tunisien rencontre une starlette débutante, de deux ans son aînée, l’adorable Mireille Balin. Ils deviennent amants. On les voit partout ensemble.Young la couvre de cadeaux somptueux. Il gâte pareillement ses parents et son entourage. Il n’oublie pas d’où il vient. Il ne refuse rien à personne. Un cœur gros comme ça. L’argent doit profiter à ceux qui en ont besoin et même si certains exagèrent, il s’en fiche. Mireille tire profit des projecteurs sur Young, elle se montre, fait sa pub, dirait-on maintenant. Elle est élégante, éduquée, et sophistiquée. Tout la sépare de son amoureux : le milieu social, la culture, la religion. L’époque n’est pas à la mixité. Elle se lasse, s’éloigne de Young peu à peu, tourne et monte à son tour vers les sommets. Il en souffre atrocement, la poursuit, prend du poids, se laisse aller, et perd son titre mondial.Les fidèles copains l’entourent, mais beaucoup sont rentrés chez eux, dont le grand frère, Benjamin, boxeur lui aussi qui choisit la raison et s’en va ouvrir un commerce à Tunis. L’époque s’est durcie. L’heure est à la haine des Juifs. Young devrait rentrer à Tunis, mais il n’écoute personne. Il croit que rien ne peut lui arriver, à lui, le champion du monde. Il va se refaire et conquérir à nouveau sa belle Mireille, il en est sûr. Inconscient ou naïf, il acceptera un combat à Berlin en 1938. Il y vit l’horreur de l’humiliation et de la peur.De son coté, Mireille , après une passion torride avec Tino Rossi est à présent  au bras d’un bel officier allemand. Elle paiera cher cet amour, sera arrêtée et violée à la fin de la guerre. Young Perez est arrêté en septembre 1943. Embarqué à Drancy, puis déporté à Auschwitz et assassiné. Que s’est-il passé ? Qui l’a dénoncé ? Des témoins ont émis des hypothèses. On ne saura jamais.Comment M. Ouaniche a-t-il rendu ce matériau extraordinaire dans son film ? On ne retrouve rien. Le film tient tout entier dans le dernier combat de Young contre un allemand à Auschwitz. Une séquence très longue, où le boxeur Brahim Asloum donne le meilleur de lui-même. Asloum fait le boulot comme personne, il boxe. Le choix de faire jouer Young Perez par Brahim Asloum, champion du monde comme lui est la grande trouvaille du réalisateur.Sinon ?Quoi de la Hara de Tunis dans les années 20 ? De l’ambiance décrite pourtant dans tellement d’ouvrages (très bizarre, l’accent parisien des copains de Young dans les ruelles du ghetto! L’accent tune, c’est quand même typique). Quoi du Paris des années 30 que Young va découvrir dans sa nouvelle vie de champion ? (quelle lourdeur,  cette scène sensée nous montrer ses conquêtes, où l’on voit Young dans le tourniquet d’un palace au bras d’ une nouvelle femme à chaque sortie du tourniquet!)Quoi de son retour triomphal à Tunis, en héros, retour pourtant historique ? De l’accueil national ? De la fierté de la Hara ? De la générosité légendaire de Young  pour son ghetto? Rien. Pourquoi le choix de cette actrice qui joue Mireille avec un fort accent italien ? Pourquoi son frère Benjamin à Auschwitz alors que dans la réalité, il était à Tunis et n’a jamais été déporté ? (cette invention donne lieu à des scènes de mélo fraternel digne d’un soap opera!) Parce que c’est de la fiction ? Et que la fiction a tous les droits ? C’est vrai.Mais notre droit est d’écrire que le Young  du film n’a pas grand-chose à voir avec le vrai Young Perez. La production n’avait pas les droits du livre d’André Nahum (il les a vendus à un autre producteur). Or comment écrire l’histoire de Young en ignorant le seul récit existant, de crainte d’être accusé de plagiat ? Pas d’autre choix que de suivre la trame de ce  récit1 mais en le vidant de sa substance, en inventant des anecdotes, en changeant même l’histoire de Benjamin, mais aussi en transformant l’Histoire.Le résumé annonce le récit de « la jeunesse insouciante (de Young) à Tunis avec Rachid, Maxo et Benjamin ». Or, comme dans toutes les bandes du ghetto, au côté de Young, les gosses étaient juifs. À cette époque, il y avait peu d’interférences entre les communautés en dehors des relations professionnelles. Chacune vivait cloisonnée. Que dire aussi de cette assemblée d’hommes en seroual et chéchias, manifestement tous musulmans, acclamant Young au début du film ? Pourquoi donner une image aussi simple d’une société bien plus complexe, à l’ombre du drapeau français ?C’est vrai, c’est une fiction. L’artiste a tous les droits, jusqu’au détournement de boxeur. Mais cette vision  liftée du passé ne fera pas avancer la paix. Elle fausse le jeu, entre Juifs et Arabes liés par une Histoire plus que complexe".
Le 19 juin 2017, à 20 h 59, TV5 Monde diffusa Victor Young Perez, de Jacques Ouaniche.

Young et moi
Petite-fille du biographe, la documentariste Sophie Nahum a débuté, avec l'acteur Tomer Sisley, un documentaire sur ce champion. 

Laurent Preece, co-réalisateur et co-producteur, et Arnaud Mansir, chef opérateur, ont participé à ce film sur Victor Young Perez intitulé Young et moi. Tomer Sisley sur les traces du boxeur d’Auschwitz

L'artiste Keren Ann a offert sa musique pour la bande-son du documentaire. 

Devant les refus de chaines de télévision, Sophie Nahum a fait appel au crowdfunding en invitant les Internautes à co-financer le film. Sur les 30 000 € nécessaires, près de sept mille euros ont été collectés au 27 février 2015. Le 21 avril 2015, la collecte a été terminée : 31 141 € ont été recueillis.

« L'acteur de cinéma Tomer Sisley a entendu parler d'un très grand boxeur qui a été un jeune champion du monde : Victor "Young" Perez. C'est un boxeur, adulé et admiré par tout le monde. Il fut déporté pendant la guerre à Auschwitz, où il boxa. C'est une histoire méconnue qui fascine Tomer Sisley. Il veut en faire un scénario pour le cinéma, inspiré par son incroyable destin. Il part à la rencontre des derniers témoins de sa vie. Tomer Sisley poursuit cette quête sur la vie de Young dans un voyage qui va profondément le bouleverser... »

Le 23 juin 2016 à 20 h 15, la Maison de la culture juive à Nogent-sur-Marne proposa au Cinéma Royal Palace la projection-débat de Young et Moi, documentaire de Sophie Nahum avec Tomer Sisley. La réalisatrice et l'acteur seront présents. Le film relate "l’histoire folle du plus jeune champion du monde de boxe, part sur les traces d’une gloire oubliée de la Tunisie. Le jeune Victor Perez dit Young, issu du quartier très pauvre de La Hara, à Tunis, parti à Paris, pour boxer est devenu le plus jeune champion du monde de l'histoire de la boxe en 1931, à l’âge de 21 ans, seulement. La suite de son histoire est plus extraordinaire encore, mais tragique…"

Bandes dessinées
Ce destin tragique a inspiré des auteurs de bandes dessinées des éditions Futuropolis.


En 2012, est paru À l’ombre de la gloire dont le récit est signé Denis Lapière et les peintures sont les œuvres d'Aude Samama. : 22/08/2012
 
"Victor Younki, dit Young Perez, est né en Tunisie. À 16 ans, il livre son premier combat professionnel et quitte sa terre natale pour Paris, avide d’argent, de gloire et de filles ! En 1931, il devient d’abord champion de France puis, quelques mois plus tard, le plus jeune champion du monde des poids mouche. C’est un danseur agile, qui boxe avec ses jambes. À 23 ans, à l’âge où les autres boxeurs commencent à être connus, il abandonne pour se lancer dans les affaires, dans lesquelles il échoue. Il reprend la boxe pour régler ses dettes. Il livre son dernier combat, pour quelque argent, contre un champion nazi, à Berlin, en 1938, au paroxysme du sentiment populaire anti-juif. Il inaugure ainsi les sept maigres années qu’il lui reste à vivre. Il ne voit pas venir le danger, il n’écoute pas ceux qui lui conseillent de rentrer à Tunis… Rattrapé par ses origines, il est dénoncé et arrêté par la milice en 1943. Il est d’abord interné à Drancy, puis déporté à Auschwitz, avant d’y être abattu en 1945. Il a 27 ans".

"Suite aux revers de fortune de son père, Mireille Balin contrainte de gagner sa vie, devient à 21 ans, grâce à son immense beauté, mannequin pour Jean Patou. Elle bifurque vers le cinéma et c’est Pabst qui lance sa carrière. Elle devient une actrice adulée du public français, après avoir joué dans Pepe le Moko et Gueule d’amour. Pour autant, ce n’est pas une grande comédienne, elle ne sait joue qu’un rôle, celui de la femme fatale, celle qu’elle est dans la vie et qui aura comme amants célèbres Jean Gabin et Tino Rossi. À l’aube des années 40, son amour du pouvoir et de l’argent, la pousse à travailler pour l’Occupant, et elle tombe sincèrement amoureuse d’un jeune officier de la Wehrmacht. La Résistance la rattrape. Son amant sera abattu et elle sera violée par un groupe de FFI, alors qu’ils fuyaient vers l’Italie". 

"C’est en octobre 1931, à l’occasion de la somptueuse fête, où le tout-Paris se presse, donnée en l’honneur de son titre de champion du monde, que Young Perez et Mireille se rencontrent. Le pauvre petit juif arabe et la belle parisienne blanche catholique s’aimeront un temps, avant que la guerre ne les sépare, les emportant chacun vers leur destin tragique".

"Aude avait envie de travailler sur le thème de la boxe. Les corps en mouvement dans un carré de lumière, l’intéressaient pour leur aspect pictural. Le destinée fulgurante de Young Perez, alliée à celle tout aussi tragique de la comédienne Mireille Balin, femme fatale du cinéma français des années trente, a conquis Denis. Les peintures sensuelles magnifient le scénario fluide et subtil de la vie de ces deux êtres, tout à la fois en prise directe avec leur époque et totalement dépassés par les événements".

En 2013, les éditions Futuropolis ont publié Young. Tunis 1911 – Auschwitz 1945, sur un récit d'Aurélien Ducoudray et des dessins d'Eddy Vaccaro.

 Après avoir raconté la vie de Battling Siki dans Championzé, Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro reviennent sur le devant du ring avec une nouvelle biographie de boxeur, celle de Victor Young Perez. 136 combats, 91 victoires dont 27 par KO, Young devint à 20 ans, le plus jeune champion du monde des poids mouches. 

"Né dans une modeste famille juive de Tunis en juin 1911, Victor Perez se passionne très jeune pour la boxe, et décide de devenir champion du monde, comme le Sénégalais Battling Siki ! En 22, il s’installe à Paris, travaille dans un magasin de chaussures et commence à s’entraîner sous la direction de son premier manager, Joe Guez. Il est très vite remarqué, tout le monde s’accorde à dire que c’est un pugiliste né, qu’il a du souffle, de l’esquive et est rapide. Il est sacré champion de France poids plume en 1930, avant de devenir champion du monde l’année suivante. Il devient la coqueluche du Tout-Paris, l’amant de la très belle Mireille Balin, mannequin, danseuse et bientôt actrice (Elle sera l’héroïne de Pépé le Moko, avec Jean Gabin), et la Tunisie en fait un héros. Mais le 31 octobre 1932, à Manchester, il cède son titre de champion du monde au profit de Jackie Brown. Cette date marque pour lui, la fin des jours heureux, de la gloire et de la vie facile. C’est le début d’une lente descente aux enfers, qui aboutit à Auschwitz, en 1943. Il y fait l’objet d’un traitement particulier. Le commandant de son camp étant un passionné de boxe, il lui est demandé d’entraîner une équipe de prisonniers pour présenter régulièrement des combats, et il travaille aux cuisines. Une faveur qui lui permet de nourrir en catimini ses compagnons de chambrée. Il sera d’ailleurs abattu par les nazis, le 22 janvier 45, alors qu’il est pris à distribuer du pain. Il portait sur son avant-bras gauche, le numéro 157178". 

INSEP
Le 15 mai à 18 h 30, l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) rendit hommage au boxeur Victor Young Perez. "La commémoration annuelle en l’honneur de Victor Young Perez (*), (le « Youki », le plus jeune champion du monde à 20 ans, le 26 octobre 1931, contre Frankie Genaro) – 73ème anniversaire de son assassinat. Pour Victor Young Perez, chantre du courage sur un ring, héros bravant la barbarie hitlérienne dans un camp d’extermination, notre mémoire est notre plus sincère hommage à un boxeur digne de vérité et de sens humain. Venez nombreux."

"Le grand livre de la boxe"
Le 26 avril 2021, la loge Léon Blum du B'nai B'rith organise une visioconférence sur Zoom avec Jean-Philippe Lustyk, journaliste français, auteur de "Le grand livre de la boxe". Jean Philippe Lustyk "commentera des images d’archives et présentera son dernier livre: le grand livre de la boxe, aux Editions Marabout. La Boxe a été pendant toute la 1er partie du 20eme siècle, le sport Roi, le plus populaire et les boxeurs, les héros de leur temps. En raison de la pauvreté, la famine et/ou l'antisémitisme de nombreuses communautés européennes fuient la Russie, l'Irlande, l'Italie pour émigrer aux Etats-Unis et vivre le rêve américain. Les boxeurs juifs n'échappent pas à cette règle, bien souvent ils changent de noms et deviennent de véritable stars du ring. Jean Philippe Lustyk remonte le cours de l'histoire jusqu'à aujourd'hui. Il nous fait voyager dans cet univers fascinant et découvrir des champions hors normes qui ont marqué le sport mais aussi la société de Muhammad Ali à Mike Tyson en passant par Benny Leonard , Joe Louis ou Marcel Cerdan… Réservation.


Victor Young Perez, par Jacques Ouaniche
Noé Productions, Mazel Productions, France 3 Cinéma, FMS
Musique de Didier Lockwood
Avec Brahim Asloum / Victor Perez, Steve Suissa / Benjamin Perez, Isabella Orsini / Mireille Balin, Patrick Bouchitey / Léon Beillères, Davy Sardou / Maxo, Bruce Payne / Colonel Hepman
Sur France 3 le 13 décembre 2016 à 23 h 15
Sur  TV5 Monde le 19 juin 2017, à 20 h 59

Young et moi. Tomer Sisley sur les traces du boxeur d’Auschwitz, par Sophie Nahum
Hello Prod, Canal plus, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2015, 70 min
Image : Arnaud Mansir
Son : Dominique Castinel
Montage : Bob Rayers

Denis Lapière et Aude Samama, À l’ombre de la gloire Futuropolis, 2012. 195 x 265 mm. 152 pages. 20 €. Code Sodis : 790155. ISBN : 9782754806053

Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro, Young. Tunis 1911 – Auschwitz 1945. Futuropolis, 2013. 214 x 290 mm. 128 pages. 20 €. Code Sodis : 790170. ISBN : 9782754806282

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Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 13 décembre 2016, puis le 15 mai 2018.

vendredi 23 avril 2021

« Pif, l’envers du gadget » par Guillaume Podrovnik


Hebdomadaire français de bande dessinée (BD) pour enfants et adolescents créé en 1969 par les éditions Vaillant, Pif Gadget offrait avec chaque numéro un gadget. Auteurs talentueux – Goscinny et Uderzo, Hugo Pratt, Marcel Gotlib -, héros humains et animaliers, parfois ancrés dans l’Histoire, gadgets surprenants, séries « cultes » de BD variées, pages en noir et blanc et en couleurs, styles « comiques » et « réalistes », récits complets, humanisme… Décliné en Allemagne sous le titre Yps, ce magazine novateur d’un groupe de presse communiste connaît son apogée dans les années 1970 et 1980, et disparaît en février 1993. Republié en juillet 2004 en tant que mensuel, il disparaît en novembre 2008. L’Humanité a songé à le relancer… Le 25 juin 2015, est sorti Super Pif, hors-série estival de 200 pages et tiré à 100 000 exemplaires. En 2018, les Editions de Pif ont initié un financement participatif pour republier Pif. Le premier numéro d'une nouvelle formule, en périodicité trimestrielle, est sorti le 16 décembre 2020 sous le titre de Pif le mag« Pif, l’envers du gadget », documentaire de Guillaume Podrovnik.

Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui

Des « bandes dessinées de gauche » créées dès le début du XXe siècle – Jean-Pierre (1901) lancé par la mouvance socialiste, Les Petits bonshommes (1911) créé par la Ligue ouvrière de protection de l’enfance, Le Jeune Camarade (1921) publié par la Fédération nationale des Jeunesses communistes, Mon camarade (1933) -, bien avant le Front populaire, et souvent pour offrir aux enfants un périodique différent de ceux catholiques, l’hebdomadaire Pif gadget, financé par le Parti communiste français, en a été le fleuron.

« Glop »
En janvier 1944, de jeunes communistes publient Le Jeune Patriote, tract dans lequel ils exhortent à combattre le fascisme.

Après la Libération, Le Jeune patriote est republié le 13 octobre 1944. Au sommaire : jeux, nouvelles, dessins politiques, et trois numéros plus tard : des bandes dessinées. Le cœur de cible : les enfants de huit à douze ans pour leur donner de "bonnes valeurs". Des dessinateurs de Mon Camarade et de l’illustré collaborationniste Le Téméraire viennent rejoindre l’équipe de ce magazine dénommé dès le 1er juin 1945 Vaillant Coeurs vaillants avait été fondé en 1929 par l’Union des œuvres catholiques de France (UOCF), puis repris par Fleurus. 

De quelques dizaines de milliers d’exemplaires, le tirage est porté à 100 000 exemplaires fin 1945.

En décembre 1945, apparaît la série de science fiction Les Pionniers de l’Espérance, signée par Raymond Poïvet et Roger Lécureux. En mai 1946, José Cabrero Arnal, réfugié espagnol et résistant déporté à Mauthausen (Autriche), crée la série Placid et Muzo et pour la Noël 1952, ce magazine publie une histoire de Pif le chien, héros conçu par José Cabrero Arna et familier des lecteurs de L’Humanité… Un chien qui chasse l'américain Félix le chat. Pif est lu en URSS "sous le manteau", en Roumanie "comme un parfum de l'Occident", dans les pays scandinaves, en Afrique du nord, en Tchécoslovaquie, en Argentine, au Canada, en Allemagne de l'ouest...

Parmi les collaborateurs de ce magazine : Jean Tabary, auteur de Bouboule, René Goscinny, Nikita Mandryka, auteur du Concombre masqué, Marcel Gotlib, auteur de Gai-Luron, Christian Godard…

Les récits complets rivalisent avec ce magazine qui réagit en lançant dès 1962 une nouvelle formule, des hors-série – Pif Poche – qui compensent les pertes financières du journal.

Malgré cela, le lectorat ne suit pas. Le Parti communiste français (PCF) nomme Georges Rieu rédacteur en chef. Celui-ci licencie les militants du parti, et lance en avril 1965 une nouvelle formule assortit d’un nouveau titre : Vaillant, le journal de Pif. Le journal est vendu avec L’Humanité, et offre des porte-clés. Après un bref succès, les ventes s’étiolent.

Lancé en 1969 par les Éditions Vaillant sous l’égide du (PCF), ce magazine jeunesse – enfants et adolescents – a été « le phénomène d’édition le plus incroyable des années 1970-1980, flirtant parfois avec le million d'exemplaires. Quatre fois plus que Mickey, son rival le plus sérieux ! »” 

« Militant et transmetteur de valeurs – humanistes et internationalistes –, novateur avec ses « gadgets » (« pois sauteurs du Mexique » et autres « pifises », crustacé), cet « hebdomadaire initiatique brillait aussi par ses séries cultes (Pif, Gai-Luron, Rahan, fils des âges farouches et Docteur Justice qui inspirera la vocation d'une génération de Médecins sans frontière) et les talents qui y publiaient : Goscinny, Gotlib, Mandryka, Uderzo et même Hugo Pratt… » avec son héros Corto Maltese qui surprend certains lecteurs. De 1970 à 1978, vingt et une aventures de Corto Maltese sont publiées par Pif Gadget.

Pour les passionnés d’aviation : Bob Mallard, imaginé en 1946.

Se distinguant des histoires à suivre publiées par Tintin, Le Journal de Mickey, Spirou et Pilote, Pif Gadget opte pour la formule du récit complet, et étoffe sa pagination : quatre-vingts pages d’aventures, de jeu, de suspense, d’histoire comiques et d’intrigues ancrées dans l’Histoire.

Ses héros ? Un bestiaire animé par Pif, Placid et Muzo, Pifou

Le comique s’associait à l’humour : Gai-Luron, Corinne et Jeannot et Horace cheval de l'Ouest.

L’Histoire est illustrée par Rahan, le fils des âges farouches (préhistoire) imaginé par le scénariste Roger Lecureux et le dessinateur André Chéret et apparu dans le no 1 du journal Pif Gadget le 3 mars 1969, Le Grêlé 7/13, jeune résistant au visage parsemé de taches de rousseur créé par les dessinateurs Lucien Nortier et Christian Gaty avec le scénariste Roger Lecureux, Nasdine Hodja l’insaisissable dans le monde rêvé des mille et une nuits, Fanfan la Tulipe, etc. Des univers artistiques variés d'auteurs talentueux.

A l’intérieur de chaque numéro de Pif Gadget, un Journal des jeux d’une quinzaine de pages : mots croisés, énigmes, tests dont les solutions sont publiées en fin du journal.

Pour Pif Gadget, son lecteur est « un petit d’homme en formation. On va lui inculquer des valeurs humanistes, communistes, internationalistes, antireligieuses et contre la superstition. On va en faire un homme de la Renaissance. Comme Rahan, l'homme logique », explique Silvain, un témoin interviewé par Guillaume Podrovnik. Ce magazine « tolère l'érotisme ».

C’est à André Limansky, fils d'un colonel cosaque, meneur d'hommes, aventurier et directeur commercial inspiré par le cadeau de la lessive Bonux, que l’on doit l’idée du gadget hebdomadaire. Attendu avec le plus d’impatience par les jeunes lecteurs le jeudi, le gadget devait concilier des impératifs variés : séduire filles et garçons, ne pas constituer un danger, usage aisé, bon fonctionnement, légèreté et petite taille pour ne pas alourdir les frais de distribution. Exemples : l’herbe magique, le jeu de dames, le boomerang et les pois sauteurs du Mexique. Une variante : l’opération Scientifpif. Le tirage des numéros des Pifises et des pois auteurs ont atteint le million d’exemplaires ! Parmi les vendeurs des gadgets : Paul-Loup Sulitzer.

Dans les années 1970, Pif Gadget surfe sur l'année de l'enfance en lançant un dessin adhésif en forme de main jaune « Je suis un enfant du monde ».

Mais « le succès provoque une lutte interne entre artistes et marketing, d’autant que Pif et ses licences internationales rapportent beaucoup d’argent au PCF  ».

Pif gadget disparaît en février 1993. 

Republié
Republié en juillet 2004 en tant que mensuel, ce magazine est dirigé par Patrick Apel-Muller et a pour rédacteur en chef Pierre Dharreville et pour la BD François Corteggiani. Aux séries phares - Pif et Hercule, Docteur Justice, Placid et Muzo, Léo bête à part, Rahan – s’ajoutent Quentin le seul de Patrice Lesparre (scénario et dessin), Trelawney, souvenirs d’un noble corsaire Richard Marazano (scénario) et Alfonso Font (dessin), Les Apatrides de Patrice Lesparre (scénario) et Chris Malgrain (dessin), Le Cavalier Maure de Jean-Marc Lainé (scénario) et Patrick Dumas (dessin), Cos & Mos de Richard Marazano (scénario) et Abel (dessin) et Banc d'essai de la Toto Brothers Company (scénario et dessin). Selon Patrick Apel-Muller, le premier numéro aurait été vendu à 362 000 exemplaires et les numéros de septembre et octobre 2004 "à près de 170 000 exemplaires. Soit un bon cran au-dessus des prévisions affichées initialement, qui se plaçaient dans une fourchette de 70 000 à 100 000 exemplaires, avec un point d'équilibre à 70 000 exemplaires. Les ventes du premier numéro ont été pour beaucoup le fait de parents, anciens lecteurs, devenus prescripteurs, comme le montre le courrier qui a suivi ce numéro... Déjà présent en Suisse et en Belgique, Pif est également vendu depuis novembre au Québec, avec un tirage de 20 000 exemplaires" (Le Monde, 13 novembre 2004).

Pif gadget disparaît en novembre 2008, pendant la crise financière. Le "concept était révolu". Définitivement ? Le 12 septembre 2014, Patrick Le Hyaric, directeur du quotidien communiste L’Humanité, a annoncé  sa volonté de le relancer… On peut craindre que le Parti communiste n’instrumentalise ce journal pour y véhiculer son idéologie partiale pro-palestinienne. En Allemagne, est republié depuis 2012, mais pour un public adulte composé d'anciens lecteurs, Yps (kangourou à rayures), titre adapté de Pif de 1975 à 2000. Un magazine lancé après étude du profil des amis ayant liké la page Facebook dédiée à Yps. Le marketing sur les réseaux sociaux pour lancer un magazine imprimé...

En « retraçant son extraordinaire épopée sur le mode « Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes », et à travers les témoignages émus d’anciens lecteurs qui ont grandi avec lui et d’acteurs du journal, ce documentaire jubilatoire illustre sa modernité. Au faîte de sa gloire, le magazine racontait son époque : l’engouement pour le plastique du début des années 1970 avec le gadget, l’émergence de l’érotisme dans ses pages, la sensibilisation progressive des lecteurs à l’écologie... Avant le déclin dans les années 1980, jusqu’à la chute, concomitante à celle de l’URSS ».

Pif Gadget représentait aussi l’un des trois pôles de la presse enfantine – avec l’américain le Journal de Mickey et la mouvance catholique – dans une presse sans concurrence d’Internet et avec des enfants qui lisaient...

Le 25 juin 2015, est sorti Super Pifhors-série estival de 192 pages, au prix de 5,90 €, tiré à 100 000 exemplaires et sans gadget. Il a réuni les personnages de bandes dessinées popularisés par Pif Gadget : Pif - deux aventures par par François Corteggiani, dont Armoire Diabolique (1985) -, Rahan, Corto Maltese (« Le Secret de Tristan Bantam », avril 1970), Placid et Muzo, etc. Sur Europe 1, Olivier Chartain, rédacteur en chef de ce numéro, a indiqué la directive donnée aux jeunes dessinateurs chargés de Pif le chien : " Garder les personnages avec leur histoire, la qualité du dessin et le respect de l'univers d'origine ».

 "L'aventure du retour du personnage créé par Cabrero Arnal peu après la Libération se poursuit donc, forte de son succès estival". Pour le numéro hivernal, l'équipe du magazine trimestriel (2 décembre 2015) "a mis l’ingrédient qui manquait à tant de passionnés : le gadget. Et pas n’importe quel gadget puisqu’il s’agit du célèbre sapin de Pif (sous forme d’un sachet d’environ 25 graines), dont certains spécimens plantés voilà plus de quarante ans ornent encore bien des jardins, comme on l’apprend dans les pages qui lui sont consacrées. Un gadget durable, donc, et dans tous les sens du terme puisque, comme le souligne ­Frédéric Gargaud, le concepteur éditorial de Super Pif, « en pleine COP 21, planter 2,5 millions de sapins, soit l’équivalent en surface de la ville de Nancy, c’est permettre aux enfants de faire un geste plus que significatif pour le climat ». Le lecteur "retrouve Rahan ou Supermatou, d’autres « anciennes gloires » réapparaissent : la Jungle en folie, Dicentim le petit Franc, les Rigolus et les ­Tristus, Corinne et Jeannot et même un épisode du célèbre Masquerouge. Pif et Hercule, Placid et Muzo poursuivent leurs aventures rénovées – dessinées respectivement par 
Di Martino et Netch – au milieu de réelles ­innovations". En  cette ère du numérique, Superpif enrichit ses pages avec les " E-Kids, signés Camille Burger, une série d’histoires courtes sur les rapports des enfants avec le monde virtuel dans lequel ils baignent, et un BD-reportage (genre quasi inédit pour le jeune public) de Christophe Bataillon sur un atelier robotique pour des ados. Super Pif évite donc de trop pencher du côté nostalgique en se branchant techno". Vendu 6,50 euros, Super Pif propose 164 pages, et sera tiré à 90.000 exemplaires.

Cagnotte

"Les éditions de Pif, qui devaient relancer l'hebdomadaire mais sans gadget, avaient mis en place fin juin 2018 une opération de financement participatif sur la plateforme KissKissBankBank. Fondé en 1969, « Pif Gadget » est le successeur de « Vaillant, le journal de Pif ». Et c'est dans le journal « L'Humanité », sous la plume de José Cabrero Arnal, que le personnage est né en 1950. Depuis, il n'a jamais quitté le giron du journal communiste".

 « Merci à tous pour votre participation, votre soutien, votre combat. Pif a récolté la somme escomptée. Merci à tous du fond du cœur ». Ce message, daté du 30 juillet 2018, laissait augurer d'un bel avenir à « Pif Gadget », le magazine ludique né en 1969 et qui devait renaître de ses cendres en septembre 2018. 

"La cagnotte, qui a rencontré un joli succès avec 54 255 euros récoltés, devait permettre de relancer une version sans gadget mais avec de la réalité augmentée, comme l'annonçait alors le magazine. À l'époque, il draguait même le dessinateur Riad Sattouf sur Twitter."

"Mais il y a un hic. Plusieurs mois après, les 1096 contributeurs de la cagnotte Pif n'ont jamais vu la queue d'un Pif dans leur boîte aux lettres, sauf s'ils se sont déplacés à la Fête de l'Huma 2018 où quelques numéros zéro ont été distribués. 


« J'ai contribué parce que j'ai connu Pif gamine. Les community managers étaient très sympas. Je trouvais ça cool que Pif puisse continuer. Je suis d'une famille de gauche, j'avais envie qu'il puisse renaître de ses cendres. On voulait avoir des rétributions sympas (NDLR : des goodies publicitaires siglés Pif promis en contrepartie) car je suis collectionneuse d'objets de pop-culture », explique celle qui anime aussi un podcast à ses heures perdues. « J'ai envie que le magazine sorte. Ils prennent le risque d'enterrer Pif pour toujours. D'ailleurs, le compte Twitter Pif est inactif depuis longtemps », conclut, un peu triste, la jeune femme".

"Du côté de KissKissBankBank, on a vite pris conscience du problème. « Oui, la collecte s'est terminée sur un montant total de 54 255 euros. Malheureusement, force est de constater qu'à ce jour le projet n'a pas été réalisé. Nous sommes intervenus en interne auprès de l'équipe de Pif pour qu'ils honorent leur engagement auprès des contributeurs », nous assure un représentant de la plateforme de financement. « Quelques contreparties ont été envoyées, mais pas toutes. Nous avons également quelques témoignages de contributeurs qui ont obtenu un remboursement après avoir fait la demande auprès des éditions Pif par voie postale », explique encore KissKissBankBank. « Nous continuons à surveiller l'évolution de la campagne et espérons que tous les contributeurs recevront soit les contreparties, soit un remboursement » conclut le représentant. Certains contributeurs lésés ont effectivement reçu un remboursement de la part des éditions de Pif. Toutefois, aucune communication officielle n'a été faite sur ce sujet. « J'ai reçu un chèque de remboursement de mes 45 euros sous 10 jours. J'avais suivi la relance de Pif en mensuel en 2004 et celle du trimestriel en 2015 et j'ai de nouveau voulu y croire. En bon nostalgique de mes années Pif, et comme beaucoup, je ne peux qu'être profondément déçu de ce fiasco », commente Sylvain sur la plateforme KissKissBankBank."

"Selon un courrier envoyé à un contributeur et que nous nous sommes procurés, les éditions de Pif ne sont pas actuellement en capacité de lancer le projet. « Nous sommes désolés de cette issue mais d'importants obstacles financiers demeurent », explique la missive. Une relance, pour l'instant impossible, qui semble très liée à la situation extrêmement précaire de L'Humanité depuis quelques mois, voire des années. Depuis février, le quotidien militant est placé en redressement judiciaire et cherche des financements. Une contribution publique a été lancée et un nouvel appel au peuple a été fait en vue de la prochaine « fête de l'Huma » en septembre."

"Dans ce contexte explosif, difficile de ne pas s'interroger sur la santé financière des éditions de Pif. Cette société a pour gérante officielle Danielle Foucard. Jointe par Le Parisien, elle n'a d'abord pas donné plus ample explication que le courrier officiel envoyé aux contributeurs déçus. « Le projet n'a pas pu se réaliser complètement. Ça ne se fera pas tout de suite en tout cas », nous a précisé la gérante. À notre question sur les difficultés financières de L'Humanité, la dirigeante a tout de suite botté en touche. « Rien à voir avec L'Humanité », affirme Danielle Foucard qui « a beaucoup de casquettes », comme elle le dit elle-même. Dans un second temps la gérante nous a rappelés. « Le retour de Pif ne se fera pas pour l'instant, mais les choses ne sont pour autant délaissées. On ne peut pas donner de suites au projet compte tenu de la situation de L'Humanité (NDLR : le redressement judiciaire) », nous explique finalement la gérante des éditions de Pif qui cumule aussi d'autres fonctions à L'Humanité et dans l'organisation de la fête de l'Huma. « La somme récoltée via la cagnotte participative est bien sur le compte des éditions de Pif et nous continuons de rembourser les contributeurs sur demande écrite de leur part », précise-t-elle".

Ce "choix de la part de l'éditeur de Pif interroge du point de vue de la loi. « Ils se mettent dans une position dangereuse et problématique. Si l'éditeur ne réalise pas l'opération pour laquelle il a collecté de l'argent, il lui faut restituer de manière spontanée, et non seulement sur demande. Même s'il préserve l'argent sur un compte, en cas de redressement judiciaire par exemple, l'argent serait alors bloqué. Ce serait des raisons suffisantes pour être poursuivi pour abus de confiance au pénal », analyse Jean-Yves Dupeux, avocat spécialiste du droit de la presse. Une réunion décisive pour l'avenir de L'Humanité, qui est encore sous observations jusqu'au 7 août prochain, devait se tenir ce mercredi. L'avenir de Pif Gadget en dépend aussi".


"Pif le mag"
La licence d’exploitation a été cédée à Frédéric Lefebvre, ancien ministre de Nicolas Sarkozy. Ce dernier est allié à Bernard Chaussegros, "candidat malheureux aux municipales de 2014 à Avignon sous l’étiquette UMP". 

Le premier numéro d'une nouvelle formule, en périodicité trimestrielle, est sorti le 16 décembre 2020 sous le titre de Pif le mag "100% écolo" ou presque "pour préserver la planète", et avec la participation du journaliste et photographe Nikos Aliagas. Un succès commercial. 

Le premier hors-série a été publié en février 2021.

Pif le mag surfe sur la vague écologiste : "Notre sachet d’emballage est en film cristal polypropylène. Chers lecteurs de Pif le Mag, jetez bien le film qui enveloppe votre magazine préféré dans les poubelles adaptées pour le recyclage du plastique".

Elle s'intéresse à l'actualité scientifique tels Thomas Pesquet et la mission Alpha, mission spatiale de l'ASE (Agence spatiale européenne).

La rédaction du magazine invite : "Télécharge gratuitement l'application Argoplay et feuillette ton Pif le Mag pour trouver ton PiFGA !


Arte, 2014, 52 min 
Sur Arte, les 31 janvier à 22 h 20 et 8 février 2015 à 3 h 25 lors de la 42e édition du Festival international de la Bande dessinée d'Angoulême et le 13 janvier 2018 à 2 h 25

Visuels
© Julien Vray & Guillaume Gavier
© Guillaume Podrovnik

A lire sur ce blog :

Les citations proviennent d'Arte.
Cet article a été publié les 31 janvier, 25 juin et 4 décembre 2015, 12 janvier 2018, 19 août 2019.