Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

samedi 7 novembre 2015

« Ima ou la mère dépossédée » de Serge Kaufmann



Produit par la Fondation du judaïsme français (FJF), ce CD est le 8e du programme Patrimoines musicaux des Juifs de France de son département Musique. Une des nombreuses actions de ce département dirigé par Hervé Roten et créé en 2001 pour inventorier et valoriser ce riche patrimoine. L’Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ) organise "son grand concert de gala "La musique juive dans tous ses états", le 8 novembre 2015, à 17 h 30, au Théâtre Adyar, 4 square Rapp, 75007 Paris. Placé sur l'égide de la Fondation du Judaïsme français (FJF), cconcert, composé de musiques classiques, klezmer, chansons yiddish et judéo-espagnoles, sera suivi d’un cocktail". Au programme, notamment Petite suite Klezmer pour clarinette et piano de Serge Kaufmann (création mondiale).


Le Centre français des musiques juives (CFMJ) met à la disposition du public des milliers de partions et d'enregistrements.

Né en Suisse en 1930 d’un père musicien juif d’origine polono-russe et d’une mère protestante passionnée par la littérature juive, Serge Kaufmann choisit dès l’après-guerre la France. La vue de la photo de l’enfant juif du ghetto de Varsovie l’amène à s’interroger sur son devenir : « Que me serait-il arrivé si au lieu de naître en Suisse, j’avais été de l’autre côté de la frontière ? N’aurais-je pas moi aussi partagé le destin de ces milliers d’enfants qui n’ont pas eu la chance de grandir simplement parce qu’ils étaient nés de parents ou de grands parents juifs !... De ce terrible choc est né l'écriture » d’Un matin à Varsovie, « poème dramatique ».

Cette « révélation [l’a] poussé dans [son] travail de compositeur à honorer une sorte de dette morale ». Une manière aussi d’instaurer un dialogue avec son père artiste.

Musicien formé à la Schola Cantorum, journaliste, producteur, réalisateur notamment de « Musicales » d'Alain Duault pour France 3, Serge Kaufmann est l’auteur d’une œuvre musicale variée destinée au concert, à la télévision, à la radio, au cinéma et à la scène, marquée par le judaïsme, notamment par la Shoah, et caractérisée par une « grande et personnelle liberté de langage et un constant lyrisme intérieur » selon Hervé Roten, directeur adjoint de la FJF.

Serge Kaufmann n’est pas seulement « un compositeur mais un compositeur juif qui nous offre des lambeaux d’une mémoire éclatée dont il se sent l’un des porteurs - comme si ces pages de partition s’enroulaient et devenaient une autre Torah, celle où un Dieu sans nom parle d’une manière lumineuse, qui lui permet précisément d’être entendu dans la nuit », explique Alain Duault, poète, animateur de radio et télévision et ami du musicien.

Serge Kaufmann « enrichit depuis près de 20 ans le champ de la musique juive en composant des œuvres aux noms évocateurs » : Suite Yiddish, Memorah, Matsevah (stèle funéraire en hébreu), Sèlahterme hébraïque qui est vraisemblablement une notation musicale ou liturgique à l'intention du chœur des Lévites et des musiciens du Temple »), Yesod (signifie « la base, le sexe masculin »)…

Ce CD réunit quatre œuvres majeures, profondes, remarquablement interprétées : la Suite yiddish pour violon et guitare, et pour la première fois gravés en CD, le trio à cordes Memorah (2005), Neshama (âme, souffle) pour violoncelle solo – un instrument au son si proche de la voix humaine, aux gravités déchirantes -, et la cantate Ima ou la mère dépossédée (2003) - ima signifie mère en hébre) - où l’on retrouve la clarinette, instrument de la musique Klezmer et dont jouait le père de Serge Kaufmann.

Le livret bilingue français/anglais de 34 pages est documenté, clair, éclairant et rédigé par deux musicologues émérites : Hervé Roten et Alain Duault.

Le 14 avril 2015 à 20 h 30, à l’occasion de Yom Hashoah 2015 et du 70e anniversaire de la libération des camps,  l'ULIF (Union libérale israélite de France)-Copernic propose un concert composé de "trois œuvres contemporaines poignantes directement inspirées par la Shoah à des compositeurs Juifs : Ima ou la mère dépossédée de Serge Kaufmann - le parcours d’une mère et de son enfant dans le train pour le camp de la mort -, Kaddish pour les 6 millions, chanté par le chœur. Shlosha yeladim (trois enfants), de Lazar Weiner, et Shlosha yeladim d’Itaï Daniel – l’histoire de trois enfants dans trois situations liées à la Shoah".  Le 70e anniversaire de la libération des camps sera célébré avec le chœur final de Fidelio de Beethoven - les prisonniers libérés de leur sordide prison retrouvent la liberté et la lumière... - avec Mareike Schellenberger, mezzo-soprano, Serge Kaufmann, récitant, Martine Bailly, violoncelle, Juliette Adam, clarinette, Simon Zaoui, piano, Dominique Probst et David Brault, percussions. L’Ensemble Choral Copernic sera dirigé par Itaï Daniel. Un concert soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la Fondation Moses Mendelssohn, le Goethe Institut de Paris, l'Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ).


Serge Kaufmann, Ima ou la mère dépossédée. Buda Musique, collection Patrimoines musicaux des Juifs de France (FJF). http://www.serge-kaufmann.com/

Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 617, octobre 2009, de L’Arche. Il a été publié  sur ce blog les 29 novembre 2009, 12 avril 2015.

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