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vendredi 18 septembre 2026

L'Inquisition

L'Inquisition était un tribunal spécialisé relevant du droit canonique et créé au XIIe siècle par l'Eglise. Elle n'a pas seulement agi sur le continent européen - en particulier en Italie, Espagne, France et Allemagne -, mais aussi en Amérique latine, notamment au Mexique. L'historiographie a créé une "légende noire" de l'Inquisition. Le professeur israélien Benzion Netanyahu a profondément renouvelé l'histoire de cette juridiction. Arte diffusera le 22 septembre 2026 à 20 h 55 « Inquisitions », série documentaire en deux parties de Stan Neumann.

« Les synagogues : prestigieux témoins du judaïsme » par Emilie Langlade et Adrian Pflug
Trésors du ghetto de Venise
« Italie, une simple histoire d’amour. Témoignages d’un ambassadeur d’Israël » de Mordechaï Drory 

Au XIIe siècle, l'Église catholique a institué l’Inquisition (« enquête », « recherche » en latin), juridiction spécialisée relevant du droit canonique.

Dans sa lutte contre "l'hérésie", l'Inquisition disposait d'une gamme de sanctions allant de peines spirituelles (prières, pénitences) à des amendes, via la confiscation de tous les biens des suspects et à la peine de mort pour les apostats relaps. Si elle statue sur la peine souhaitable, elle n'exécute par la peine qui relève du bras séculier.

En principe, l'Inquisition ne peut condamner que des catholiques ne respectant pas les dogmes. 

En France, l'Inquisition médiévale a pour objectif de combattre les révoltes cathare et vaudoise qui ont affirmé leur dimension politique dans le Midi toulousain. Ses excès incitent le roi Louis IX à la supprimer et à la remplacer par la juridiction de l'Official qui ne peut prononcer de peine que si une juridiction civile a statué. A partir du XIXe siècle, l'histoire de l'Inquisition en France est déformée par Étienne de La Mothe-Langon, qui instrumentalise des archives et fait publier en 1829 son Histoire de l'Inquisition en France. Malgré ses fautes, ce livre sert de référence aux historiens, dont Jules Michelet. Rappelons que les procès contre les  Templiers et Jeanne d'Arc se sont déroulés devant des juridictions exceptionnelles.

À la fin du Moyen Âge, l'Inquisition intervient en Espagne et au Portugal ainsi qu'à leurs colonies, notamment sous l'influence des Franciscains et de Dominicains, afin de chercher et persécuter les Juifs marranes et les musulmans morisques convertis de force au catholicisme, mais liés à leur foi initiale. Ainsi, à la fin du XVe siècle, l'Inquisition espagnole a prononcé environ 2 000 condamnations au bûcher d'hérétiques, organisé d'importants autodafés qui suscitent la terreur. ; durant le XVIe siècle après l'expulsion des Juifs et des musulmans, ensuite, la part des peines les plus lourdes baisse.

Fondée en 1290, l'Université de Coimbra (Portugal) détient "le manuscrit de la Bible de Don Isaac Abravanel. Les Abravanel, une famille séfarade distinguée et fortunée, ayant des branches en Espagne et au Portugal et qui s'est réfugiée à Amsterdam et dans les Balkans durant l'Inquisition, avaient commandé 20 Bibles de ce type. Selon la bibliothèque Joanine de l'université, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2013, le livre, dans un état remarquable, est estimé à plus de 3 millions de dollars". 

"Des milliers de personnes furent assassinées lors des inquisitions portugaises qui succédèrent à l'inquisition espagnole de 1492. Au moins 200 000 Juifs fuirent la péninsule Ibérique pour les Pays-Bas, l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient durant cette période, qui dura près de trois siècles. Des milliers d'autres restèrent et pratiquèrent le judaïsme en secret pendant des générations." 

"Les archives de la bibliothèque renferment également des documents rares et glaçants qui révèlent la bureaucratie à l'origine des atrocités de l'Inquisition. Par exemple, le procès de Manuel Benosh, un Juif portugais, en 1729, indique qu'il fut « relâché » par l'Inquisition et remis aux autorités civiles avec l'ordre d'être « puni dans la chair » – un euphémisme pour désigner la peine de mort par le feu".

L'Inquisition est abolie en Europe au XIXe siècle, mais demeure dans les États pontificaux. En 1908, Le pape Pie X lui substitue la Sacrée congrégation du Saint-Office. En 1965, "le pape Paul VI remplace le Saint-Office par la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui fait prévaloir sur l'aspect punitif de la condamnation l'aspect positif de la correction de l'erreur et de la préservation de la foi".

L'histoire de l'Inquisition se scinde en trois périodes :
"1. L'Inquisition médiévale, introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231 ;
2. L'Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478 et supprimée en 1834, et l'Inquisition portugaise, inféodée à celle du Portugal, lesquelles opéraient aussi dans les colonies de ces pays ;
3. L'Inquisition romaine (« Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle »), fondée en 1542 pour lutter contre le protestantisme, remplacée par le Saint-Office en 1908".

Alors que le rôle de l'Inquisition se réduisait, ses opposants ont souligné sa violence. L'opéra Don Carlos (1867) et le passage du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov (1879) ont contribué à forger la légende sombre de l'Inquisition.

Après une biographie de l'influent juif espagnol Don Issac Abravanel de l'époque ayant précédé 
l'expulsion des juifs du royaume d'Espagne en  1492, le professeur israélien Benzion Netanyahu a renouvelé, sur le fondement d'écrits de leurs contemporains juifs, l'étude des "nouveaux chrétiens", juifs convertis au christianisme et dénommés avec mépris "marranes". Cet historien a découvert qu'un grand nombre de ces conversos et de leurs descendants ne pratiquaient plus en secret le judaïsme : ils étaient devenus de sincères chrétiens, et, par leurs talents, occupaient des postes d'influence, y compris au sein de l'Eglise. Ce qui suscitait la jalousie et l'ire de chrétiens espagnols sans ascendance juive. 

L'éditorialiste experte en géopolitique, Caroline Glick a résumé la thèse de Benzion Netanyahu :
"Les découvertes de Netanyahu l’ont conduit à cette conclusion révolutionnaire : l’Inquisition espagnole ne visait pas les Juifs en tant que religion, mais en tant que race. La plupart de ceux qui ont péri sous l’épée de Torquemada étaient de fidèles catholiques dont le seul crime était d’avoir du sang juif. Les véritables Juifs n’ont pas été tués. Ils ont été expulsés. Benzion Netanyahu a tiré de ses recherches la conclusion que la haine raciale et génocidaire des Nazis envers les Juifs n’avait rien d’unique ni de nouveau. Le parcours intellectuel de Netanyahu a façonné et affiné sa perception de la condition juive. Il a renforcé sa conviction que le sionisme est le seul moyen d’assurer la survie des Juifs en tant qu’individus et l’existence de la nation juive. Le sionisme de Netanyahu n’était pas un sionisme « hybride ». Ce n’était pas le sionisme travailliste, comme celui de David Ben Gourion et de ses partisans socialistes. Ce n’était pas le sionisme religieux, comme celui du mouvement des « Amoureux de Sion » qui formait le noyau de la première vague de peuplement juif moderne en Terre d’Israël. Il a appris, grâce à la brochure fondatrice de Yehuda Pinsker, l’un des premiers dirigeants sionistes, intitulée *Auto-émancipation*, que le sionisme rejette l’utopisme. La leçon que Netanyahu a tirée de l’Inquisition espagnole est que, pour les Juifs, l’assimilation est une voie tout aussi utopique que le socialisme. Comme l’ont clairement indiqué Pinsker, puis Theodor Herzl, la seule façon pour les Juifs de se racheter est de le faire par eux-mêmes."

Dans "En finir avec les idées fausses sur le Moyen Âge" (Editions de l'Atelier, 2026), Jean Guilhem .conteste l'allégation "L'Inquisition était sanguinaire" (pp. 133-136). Il précise le contexte historique de son institution - la "réforme grégorienne" instituant un dogme strict au XIIIe siècle -, distingue l'Inquisition en Espagne et au Portugal dépendante des rois ibériques de celle d'autres pays européens où elle dépend du pape, et constate l'apport positif de la procédure de l'Inquisition qui se substitue à des pratiques jugées "irrationnelles" et "invalides" comme les ordalies et les duels judiciaires "sous le regard de Dieu" : l'Inquisiteur "mène une enquête (inquisitio) et son accusation doit reposer sur des preuves matérielles ou des aveux. Cependant la démarche n'est pas contradictoire. Si l'accusé a droit à une défense, c'est sans avocat". L'Inquisiteur est quadragénaire, et est formé "en théologie comme en droit religieux". Evoquant les affaires jugées par l'Inquisition à Toulouse (1308-1323), il indique que sur 636 procès, la part des acquittements s'élève à  30%.

« Inquisitions »
Arte diffusera le 22 septembre 2026 à 20 h 55 « Inquisitions », série documentaire en deux parties de Stan Neumann.

« Forte de six siècles d'exercice, l'inquisition apparaît  comme la machine répressive la plus redoutable de l'histoire européenne. Le documentariste Stan Neumann raconte  les origines et l'évolution de cette "police des âmes" à la fois secrète et spectaculaire, dont le monde d'aujourd'hui porte toujours l'empreinte. »

« En deux parties captivantes, le documentaire de Stan Neumann (Le temps des ouvriers) met en lumière la modernité de la "procédure inquisitoire". Celle-ci, confrontée à des crimes de croyance ou de pensée, a en effet forgé pour les traquer des outils étonnamment pérennes : la notion de secret de l'instruction, la rationalisation des enquêtes et des interrogatoires, l'appel à la délation, le culte de l'aveu, la prison et la torture utilisées comme moyens de pression, sans oublier la tenue scrupuleuse d'archives destinées à accumuler des données, préfigurant le fichage d'aujourd'hui. »

« Ce qu'on ne trouve aujourd'hui peut être découvert demain », écrit l'inquisiteur Nicolas Eymerich dans son Manuel aussi appliqué que cynique, dont des extraits sont lus avec intensité par le comédien Denis Lavant. »

« Les inscriptions des détenus sur les murs de la prison de l'Inquisition de Palerme témoignent des souffrances infligées… »

« Où l'on comprend aussi que la notion de dogme religieux est avant tout politique, offrant au pouvoir central un levier idéal pour soumettre toute population affichant une quelconque différence. »

« Analyses d'historiens à l'appui, ce passionnant exposé montre ainsi comment les différentes manifestations de l'inquisition au fil du temps ont forgé, insidieusement, notre réflexe d'obéissance à l'autorité. »

La série insiste sur le legs de l'Inquisition dans la procédure judiciaire française.

Elle débute par une citation de Dieu interrogeant Adam qui se cachait dans le jardin d'Eden en prenant conscience de sa nudité. Le Dieu de la Bible hébraïque comme premier Inquisiteur, il fallait le faire !?

Evoquant les sorcières et le vocabulaire lié à la sorcellerie - sabbat, synagogue -, la série évoque "le judaïsme, ennemi traditionnel de l'Eglise" !? Non, l'Eglise a perçu le judaïsme comme une religion que le christianisme a parfaite, remplacée.

La série explique le blood libel, allégation fausse portée contre les Juifs accusés à tort de tuer un enfant chrétien pour consommer son sang. Une double interdiction dans le judaïsme : "Tu ne tueras point", et la consommation de sang est interdite.

Il est regrettable que la série didactique ne respecte pas la chronologie, semble procéder à des amalgames (procès staliniens dans des pays d'Europe centrale) et que les images d'animation ainsi que les rares visuels disponibles pour la presse soient généralement laids.

1ère partie : « Le parfait inquisiteur »
« Fondée par le pape Grégoire IX en 1231, l'inquisition connaît d'abord des débuts chaotiques. Dans les premiers temps, des émissaires sont envoyés sur le terrain pour éradiquer les "foyers d'hérésie" apparus en Italie, en France et en Allemagne, communautés de croyants qui contestent le monopole d'une Église romaine corrompue et revendiquent un retour à la pauvreté évangélique. »

« Cathares, Albigeois ou Vaudois présumés subissent alors une répression brutale et désordonnée. »

« Mais l'Église voit bientôt la nécessité de codifier cette nouvelle "police des âmes". Vers 1380, le prêtre catalan Nicolas Eymerich rédige ainsi le Manuel des inquisiteurs, un précis théorique et pratique particulièrement fouillé qui renseigne sur la psychologie des hérétiques et détaille les méthodes pour les faire parler. »

« Ses recommandations, restées en vigueur jusqu'au XIXe siècle, n'ont rien à envier aux pratiques des polices politiques des États totalitaires, et trouvent encore des échos dans le monde contemporain... »

2e partie : « Le secret et le faste »
« Après les premiers temps de l'inquisition, l'Église, pour continuer à asseoir son pouvoir, doit trouver de nouveaux opposants. »

« La sorcellerie apparaît comme une coupable idéale, objet de témoignages particulièrement imagés (en réalité rédigés par les inquisiteurs eux-mêmes) et d'une foule de procès. »

« À l'inquisition médiévale succèdent les inquisitions espagnole et portugaise, déployant leur arsenal répressif avec une conviction sans égale. »

« Le système s'incarne désormais dans un tribunal central qui fonctionne plus efficacement que la justice séculière. »

« Après avoir ciblé les juifs et les musulmans convertis, la notion d'hérésie s'étend à des domaines sans rapport avec la religion, comme la fabrication de fausse monnaie, la contrebande ou l'homosexualité. »

« L'inquisition s'expose publiquement dans des autodafés (en portugais, "actes de foi"), spectaculaires mises en scène de la toute-puissance du pouvoir en place. »

« Avant que les protestants et les populations des territoires colonisés ne constituent une nouvelle réserve de mécréants… »

Barcelone
"Dans le cadre d'Invitation au voyage, du lundi au vendredi, Linda Lorin nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. 

Dans cette série, Arte diffusa "À Barcelone, splendeur et misère de La cathédrale de la Mer". "Flamboyante capitale catalane et fille ibérique de la Méditerranée, au Moyen Âge, Barcelone érige des cathédrales, abrite une communauté juive érudite et subit la Grande Peste puis la cruelle Inquisition. Autant d’épisodes repris dans La cathédrale de la mer, roman d’Ildefonso Falcones à la renommée internationale. Durant plus de cinq ans, ce Barcelonais se plonge dans les archives médiévales de sa ville et s’enfonce dans ses plus petites ruelles pavées".

 

« Inquisitions » de Stan Neumann
France, 2026, 2 x 55 min
Coproduction : ARTE France, Éléphant Doc
Sur Arte
1ère partie : le 22 septembre 2026 à 20 h 55, 18 octobre 2026 à 6 h 45
2e partie : le 22 septembre 2026 à 21 h 50, 18 octobre 2026 à 7 h 40
Sur arte.tv du 15/09/2026 au 21/04/2027

2021

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