Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 19 janvier 2014

Jordaens (1593-1678), la gloire d'Anvers


Le Petit Palais présente la première rétrospective  consacrée à Jacques Jordaens  (1593-1678) en France, et retraçant la carrière de ce maitre flamand raffiné, converti au calvinisme, et son évolution stylistique. Coloriste éblouissant jusque dans ses dessins, Jordaens a excellé dans la variété - scènes du quotidien, tableaux aux références mythologiques, peinture religieuse – et le monumental. 

Les œuvres de trois grands maîtres de la peinture flamande du XVIIe siècle, Rubens-Van Dyck-Jordaens, rayonnent dans les cours princières, dans les églises de la Contre-réforme et auprès d’une large clientèle aristocratique et bourgeoise ».
En 2012-2013, le musée Marmottan  avait présenté l’exposition Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres. Peintures baroques flamandes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
L’exposition « Jordaens et l’Antiquité  » à Cassel après Bruxelles a brossé le portrait inattendu d’un grand bourgeois anversois, épris d’histoire ancienne et de mythologie.
Toiles d’autel, sujets mythologiques, « proverbes » (« Comme les vieux ont chanté, ainsi les jeunes jouent de la flûte »), esquisses, dessins, tapisseries : l’exposition  au Petit Palais invite à redécouvrir toutes les facettes de l’immense talent de Jacques Jordaens  (1593-1678). Cent vingt œuvres , dont des chefs d’œuvres prêtés par les plus grands musées français et internationaux, évoquent la richesse et la variété de l’inspiration de cet artiste majeur du XVIIe siècle, « des portraits de famille aux grandes compositions religieuses, des fameux Proverbes et scènes de banquet (Le Roi boit !) aux cartons de tapisseries. Mais les autres facettes de son art brillent ici tout autant, du portraitiste au décorateur de fêtes, du grand peintre religieux des églises de la Contre-réforme au cartonnier pour les manufactures de tapisseries de Bruxelles, sans oublier son rôle de chef d’atelier quand, pour répondre aux commandes qui affluent, il doit s’entourer de collaborateurs ».
Ce bourgeois anversois qui n’a quasiment pas quitté sa ville natale, « a su puiser à des sources multiples où Rubens voisine avec le Caravage et les maîtres vénitiens de la Renaissance avec l’héritage antique, et comment il conquit une réputation internationale en les combinant à une verve toute personnelle. »
« Alors qu’Anvers perdait son statut de capitale économique du continent, Jordaens en maintint le prestige artistique grâce à ses productions placées sous le signe de l’abondance et de la splendeur du coloris. Sa longue carrière et la facilité de l’artiste à brosser de vastes toiles aux couleurs étincelantes lui permettront, avec le renfort d’un atelier en ordre de bataille, de fournir une partie de l’Europe entière en tableaux d’autel et en grandes compositions mythologiques ».
« Profondément marqué par l’art baroque de Rubens (1577-1640), Jordaens trouve sa propre voie, plus truculente, plus authentiquement flamande peut-être que celle de son illustre confrère. Après la mort de Rubens, en 1640, et celle de Van Dyck en 1641, Jacques Jordaens, avec la verve qui lui est propre, domine la scène artistique flamande durant plus de quarante ans ».
Jordaens « sait mieux qu’aucun autre rendre compte d’un esprit flamand truculent, poussant parfois à l’excès - pour notre œil moderne - la grâce plantureuse de ses modèles ». Monumentale, dans les formats et dans les compositions, l’œuvre de Jordaens révèle l’humanité de l’artiste dans son traitement des sujets représentés.
A Paris, le plafond de la galerie Est du Palais du Luxembourg abritant le Sénat est décoré depuis 1803, douze peintures de Jordaens représentant les signes du Zodiaque  réalisées en 1641 pour sa demeure anversoise.

Anvers, capitale artistique européenne au XVIIe siècle
Anvers était au XVIe siècle une place économique, commerciale et financière majeure. Son port abondait en marchandises importées du monde. Les guerres de religion et la sécession des Provinces-Unies du Nord induisent le déclin économique de la cité délaissée par une grande partie de sa population active.
Au début du XVIIe siècle, Isabelle, fille de Philippe II d’Espagne, et Albert d’Autriche, gouverneurs des Pays-Bas méridionaux, s’efforcent « de rétablir la paix et la prospérité dans ce bastion avancé du catholicisme à la frontière des provinces-unies protestantes. La production locale de produits de luxe demeure parmi les plus florissante, surtout dans le domaine textile et dans celui des œuvres d’art ». Des centaines de peintres et sculpteurs, ébénistes, verriers et imprimeurs vivent et travaillent à Anvers.

Jordaens Pictor Antverpiae : l’artiste, sa famille, et les peintres d’Anvers
Hormis le traditionnel voyage en Italie, c’est à Anvers que Jordaens vit et réussit.
« L’accès à une profession qui comptait de véritables dynasties d’artistes et de marchands d’art présupposait des appuis familiaux qui ne lui firent pas défaut. Bien que son père ait pratiqué le commerce du drap, la famille de Jordaens avait compté des encadreurs et des artistes dès la fin du XVe siècle. Dirck de Moy, son parrain, appartenait à une lignée d’amateurs d’art, et son maître Adam van Noort (1561-1641), qui deviendra son beau-père, est aussi un parent éloigné. La solidité des alliances familiales croisées et le parrainage sont le lot du milieu des artistes du temps : Jordaens avait un lien de parenté avec Rubens par sa première femme, Isabella Brant ».

La Bible et la vie des saints
De 1560 à 1580, les « édifices religieux d’Anvers ont beaucoup souffert de la diffusion de la Réforme, les protestants s’ingéniant à faire disparaître les symboles de « l’idolâtrie catholique ».
Reconquise par les armées espagnoles en 1585, la ville située « sur la ligne de front entre les Flandres du sud et les provinces protestantes du nord devient le fer de lance du catholicisme ».
Soutenues par les archiducs Isabelle et Albert qui gouvernent les Pays-Bas du sud avec l’Espagne, les congrégations religieuses, notamment les Augustins et les Jésuites, se réinstallent à Anvers.
A la faveur de la Trêve des douze ans (1609-1621) conclue avec les Pays-Bas septentrionaux, Anvers cherche à retrouver son lustre d’antan : architectes, menuisiers, ornemanistes, sculpteurs et peintres sont invités à « restituer sa splendeur passée à la vieille cathédrale gothique », édifier de nouvelles églises, fabriquer mobiliers liturgiques et tableaux d’autel.
Dans l’esprit de la Contre-réforme, les aménagements sont à l’origine sobres. En 1620, les Jésuites confient à Rubens la décoration de l’intérieur de leur nouvelle église, Saint-Ignace (actuelle Saint-Charles-Borromée). L’artiste imagine un programme luxueux pour illustrer la puissance de l’Eglise triomphante. Débute l’époque des grands décors baroques.
« Les sympathies du maître pour la Réforme, sa conversion au calvinisme (avérée au milieu du siècle), ont, en outre, obscurci notre appréhension de cette partie cruciale de son œuvre. Traversée par des accents naturalistes, elle fait notamment de Jordaens l’un des plus profonds émules du Caravage au nord des Alpes. Jordaens donna longtemps tous les signes extérieurs de catholicité au même titre que ses parents, ses beaux-parents, frères et sœurs, parmi lesquels un moine et trois religieuses… Empreinte de pragmatisme, l’attitude de Jordaens et des siens était d’abord le gage d’une vie paisible dans ce bastion du catholicisme qu’était Anvers. Ses choix confessionnels ne l’empêchèrent pas de travailler constamment pour l’Église, grande pourvoyeuse de commandes, et pour une clientèle catholique dont il eut été impensable de se priver pour un peintre d’histoire ».

Les décors profanes
Pour les artistes, les « commandes de décors pour l’organisation des festivités urbaines et l’ornement des demeures princières » permettaient de déployer leur culture et d’acquérir de la « réputation ». Jordaens « fut à bonne école puisqu’il œuvra largement à la réalisation des décors éphémères conçus par Rubens pour l’entrée solennelle à Anvers du nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnol, le cardinal infant Ferdinand, en avril 1635. »
Au début des années 1660, il réalise des compositions pour l’Hôtel de Ville d’Amsterdam. « Deux compositions marquent l’apogée de sa carrière : Le Temps fauchant la Calomnie et le Vice et la Mort étranglant la Jalousie et l’immense Triomphe du prince Frédéric-Henri d’Orange-Nassau (1652) réalisées pour la salle d’apparat de la « Maison au Bois » (Huis ten Bosch), résidence princière aux environs de La Haye (in situ). Jordaens y pratique avec aisance ce langage allégorique « baroque » que Rubens contribua largement à définir dans toute l’Europe ».

L’Atelier
« Ecole et manufacture, lieu d’exposition et « boutique », l’atelier constitue le cœur de la production artistique des grands peintres d’histoire anversois ». Jordaens dirige un des ateliers les plus rentables d’Anver des années 1620 aux années 1660, accueillant de nombreux apprentis parmi lesquels aucune personnalité forte n’émergea pourtant ».
Habitués au travail en équipe, ses élèves l’aidaient à réaliser des compositions religieuses ou profanes monumentales et exécuter de grands cartons de tapisserie. Ils pouvaient aussi décliner les « compositions à succès du maître. Véritable « collaboration verticale », plusieurs mains concouraient, de manière anonyme, à produire « un Jordaens » dont la qualité pouvait être fort variable. L’examen de son œuvre dans la durée trahit une organisation du travail qui atteint une forme de standardisation devenue manifeste dans la production tardive. L’ensemble substantiel de dessins et d’esquisses jalousement conservés au sein de l’atelier constituait une ressource fondamentale pour le fonctionnement de cette véritable entreprise ».

« Quotidien » et proverbes
La célébrité de Jordaens est liée aux « scènes de festivités souvent débridées que sont les diverses déclinaisons du Roi boit ! et de « Comme les vieux ont chanté, ainsi les jeunes jouent de la flûte ». Ces deux thèmes sont issus de la riche culture littéraire et proverbiale des Pays-Bas, du Moyen Âge et de la période moderne ».
Espace de rencontre entre la culture des élites et celle du peuple, les proverbes répondent à un souci pédagogique.
« Loin d’être prosaïque, immédiate, la représentation du quotidien chez l’artiste recèle presque toujours un arrière-plan moral ».

Portraits et figures
Jordaens a réalisé peu de portraits, vraisemblablement parce que les commanditaires les plus aisés lui ont préféré ses collègues ; les clients bourgeois . Au l’orée de sa carrière, il contribue avec Rubens et Van Dyck de manière déterminante à faire changer les formules traditionnelles du portrait bourgeois flamand. Les bourgeois privilégiaient leurs portraitistes attitrés, tel Cornelis de Vos.
Les modèles de Jordaens ? Souvent ses amis et sa parentèle.
La « plupart des effigies de la maturité se signalent avant tout par leur vacuité psychologique, l’artiste se contentant d’enregistrer l’individu « extérieur », discrètement flatté, sans questionner sa substance, même s’il existe quelques heureuses exceptions, dont le portrait d’Elisabeth Jordaens montrant un bijou que l’on peut admirer dans l’exposition ».

Histoire profane et mythologie
Jordaens « excelle dans la représentation des tribulations des créatures et des dieux de « la fable », mais aussi dans la représentation de l’histoire de l’Antiquité ». « Interprète de l’héritage antique, il n’a pas toujours bénéficié d’un jugement équilibré, la comparaison avec son mentor Rubens qui paraissait toujours le surpasser par l’ampleur de son érudition et par la hauteur de son inspiration, jouant immanquablement en sa défaveur.
Évoluant dans une cité où les attentes d’une clientèle érudite, pétrie de culture humaniste, exerçaient un effet stimulant sur les peintres d’histoire, Jordaens sut pourtant trouver, dans son rapport à l’héritage antique, une voie personnelle et parfois étonnamment subversive. Maîtrisant les sources grecques et latines par le biais de traductions et par un corpus visuel hétérogène, il emprunte autant à la statuaire classique ou à la numismatique qu’à Rubens et à l’art vénitien de la Renaissance ».

Modèles, cartons de tapisserie et tentures
Les historiens ont souligné « l’importance à la fois qualitative et quantitative de la contribution de Jordaens à l’histoire de la tapisserie dans les Pays-Bas espagnols au XVIIe siècle où il n’est guère surpassé que par Rubens. Remarquablement actif dans ce domaine dès la fin des années 1620 jusqu’aux années 1660, Jordaens conçut des modèles dans des registres fort divers : littérature proverbiale, thèmes équestres, mythologie, histoire antique ou médiévale. Les liens étroits de sa famille avec le commerce du tissu et la spécialisation initiale de l’artiste qui fut reçu franc-maître à la guilde de Saint-Luc (1615-1616) comme peintre à la détrempe, l’avaient probablement préparé à œuvrer dans la réalisation de cartons de tapisserie historiés. « Cartonnier » de premier ordre, Jordaens illustre la convergence croissante entre l’art des lissiers et celui des peintres, rapprochement qui marquera de manière fondamentale l’évolution de la tapisserie au XVIIe siècle ».

Le Cabinet de curiosités (espace pédagogique)
Un grand meuble s’inspirant des « cabinets de curiosités », véritable « chambres des merveilles » très en vogue au XVIIe siècle dans toute l’Europe, présente un ensemble d’objets qui évoquent l’œuvre de Jordaens. Ce « cabinet de curiosités » est décoré d’après des gravures d’Erik Desmazières.

QUELQUES OEUVRES COMMENTÉES
par Alexis Merle du Bourg, commissaire scientifique de l’exposition

Autoportrait de l’artiste avec sa femme Catharina van Noort, leur fille Elisabeth et une servante dans un jardin (1621-1622), huile sur toile, 181 x 187 cm
Madrid, Musée national du Prado
Le « tableau de Madrid, au-delà de sa qualité de chef-d’œuvre, constitue un témoignage fascinant de la haute idée que pouvait se faire Jordaens de sa dignité, au seuil de la trentaine. Par le faste du dispositif, l’accumulation de motifs signifiants, Jordaens transgresse, en effet, les codes du portrait bourgeois qui prescrivaient pour les roturiers, même fortunés, une forme de modestie austère et, en particulier, une représentation à mi-corps plutôt qu’en pied. Alors que sa carrière prenait son essor et qu’il venait, à son corps défendant, d’être désigné doyen de la guilde de Saint-Luc (1621), il dédaigna de se représenter comme un peintre, accaparant les signes caractéristiques du portrait noble : portrait en pied, utilisation d’un domestique « faire-valoir », cadre architecturé, etc.
S’il est entendu que le luth que Jordaens place entre ses mains ici comme dans les deux autres portraits familiaux qu’il exécuta vers 1615-16 (Saint-Pétersbourg, Ermitage et Cassel, Staatliche Museen) souligne le climat d’harmonie familiale, il renvoie aussi à l’homme parfaitement accompli qu’est le virtuoso. Or nul n’illustrait mieux cet idéal alors à Anvers que Rubens dont l’ombre plane sur ce tableau ».
Adam et Ève (La Chute de l’Homme), vers 1640, huile sur toile, 203 x 183 cm
Toledo, Museum of Art
« Au début des années 1640 Jordaens s’intéressa à plusieurs reprise à ce thème biblique (Genèse, 3 ; 16). Ici Adam a pitoyablement glissé sur le sol et tend, à son tour, la main vers un fruit défendu. Sa dégradation physique, statutaire (il est à tous égards subordonné à une Ève d’une radieuse sensualité), anticipe sa déchéance morale et la corruption de sa nature même provoquées par le péché originel. L’aspect radieux de la peinture éclairée par une lumière dorée qui renvoie à la grande tradition picturale vénitienne contraste avec la manière grinçante avec laquelle est représentée la Chute. L’ambigüité de l’attitude d’Adam contribue à rendre le tableau particulièrement fascinant, Jordaens parvenant à combiner sur son visage une convoitise quasi animale – anticipation de son altération – avec une appréhension dont on sait si elle procède d’un (dernier) élan de vertu ou dans la crainte du châtiment pressenti. Au-delà de leur intérêt plastique, la présence des perroquets et notamment du majestueux ara placé en contrepoint de l’accomplissement du péché originel introduit certainement un accent d’optimisme dans la composition.
Un autre aspect remarquable du tableau réside en effet dans la présence de la faune, récurrente chez ce grand peintre animalier que fut Jordaens. Le couple antinomique du chien et du renard peut être interprété sans mal. Placés en opposition, ils expriment respectivement la fidélité à la parole de Dieu, et la tromperie ainsi que la fraude (plutôt que la luxure ou même le mal). L’origine de la présence du renard est à chercher chez Titien dont la composition fut copiée par Rubens, copie dont on a dit qu’elle avait incité Jordaens à traiter le thème dans une veine néo-vénitienne. En revanche, Jordaens persiste ici à représenter le Tentateur sous sa forme reptilienne ».

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

20 mai 1593
Baptême de Jacques Jordaens à Notre-Dame d’Anvers.
1607-1608
Jordaens entre dans l’atelier d’Adam van Noort (1561-1641) comme apprenti.
1615-1616
Il est reçu franc-maître à la guilde de Saint-Luc comme peintre à la détrempe.
15 mai 1616
Mariage avec Catharina van Noort, la fille aînée de son maître, à Notre-Dame d’Anvers. Le couple aura trois enfants : Elisabeth en 1617, Jacob en 1625 et Anna Catharina en 1629.
Vers 1617-1620
Jordaens travaille probablement dans l’atelier de Rubens (1577-1640), en même temps qu’Antoon van Dyck (1599-1641).
28 septembre 1621
L’artiste est nommé doyen de la guilde de Saint-Luc, fonction qu’il abandonne dès l’année suivante.
1628
Exécution du grand Martyre de sainte Apolline pour l’église des Augustins d’Anvers. Rubens qui avait sans doute reçu la commande des trois toiles du maître-autel se réserva celle du centre et confia les autres à Jordaens et Van Dyck.
1634-1635
Large participation de Jordaens à la réalisation des décors éphémères conçus par Rubens pour la « Joyeuse entrée » à Anvers du cardinal-infant Ferdinand, nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnols (17 avril 1735).
1637-1638
Nouvelle collaboration avec Rubens pour une série de peintures mythologiques destinées à la Torre de la Parada, pavillon de chasse de Philippe IV d’Espagne.
11 octobre 1639
Acquisition par le couple Jordaens d’une maison dans la Hoogstraat à Anvers. Reconstruite autour d’une cour intérieure, elle est achevée en 1641. Il y demeura jusqu’à sa mort.
1639-1641
Commande de vingt-deux peintures sur le thème de L’Histoire de Cupidon et de Psyché pour un cabinet de la reine d’Angleterre Henriette-Marie (Greenwich). L’identité du commanditaire sera cachée à l’artiste. La série demeurera achevée.
30 mai 1640
Mort de Rubens. Jordaens est considéré comme le premier peintre des Pays-Bas méridionaux, position affermie par la disparition de Van Dyck, l’année suivante.
1640-1641
Les héritiers de Rubens confient à Jordaens l’achèvement de deux peintures qui avaient été commandées par Philippe IV d’Espagne.
22 septembre 1644
Jordaens s’engage à livrer à des lissiers bruxellois des cartons de tapisserie illustrant le thème des Proverbes.
21 avril 1648
Christine de Suède commande à Jordaens, pour un plafond du château d’Uppsala, trente-cinq peintures (disparues) qu’il est libre de faire exécuter par des collaborateurs à condition de les retoucher et de les signer.
Automne 1649
Collaboration à la décoration de la Salle d’Orange dans la résidence princière dite « Huis ten Bosch » à La Haye, pour célébrer la mémoire du Stadhouder Fréderic-Henri († 1647).
Entre 1651 et 1658
Jordaens est condamné à payer une forte amende à cause « d’écrits scandaleux » (hérétiques).
17 avril 1659
Décès de son épouse, Catharina van Noort ; elle est enterrée de l’autre côté de la frontière hollandaise dans le cimetière (ou l’église) calviniste de Putte.
1659
La recension des foyers anversois pour la dîme révèle que Jordaens compte parmi les habitants les plus prospères de la ville.
1661
Jordaens réalise trois peintures pour le nouvel Hôtel de Ville d’Amsterdam (in situ). Une autre toile lui est commandée en 1664.
1669
Le peintre hambourgeois Matthias Scheits rend visite à l’artiste qu’il trouve « peignant encore diligemment ». Le maître lui fait les honneurs de sa collection de peintures.
24 février 1674
Pour la première fois, une Cène calviniste est célébrée dans la maison de Jordaens qui accueillera ce type de célébration plusieurs fois jusqu’en 1678.
5 juin 1677
Visite de Guillaume III d’Orange. Son secrétaire, Constantijn II Huygens, décrit un Jordaens diminué, impotent et radotant.
18 octobre 1678
Mort de Jordaens et de sa fille Elisabeth à Anvers, probablement victimes d’une épidémie. Ils sont inhumés dans le cimetière calviniste (ou dans l’église) de Putte.

Rubens-Van Dyck, gravuresJusqu’au 26 janvier 2014
Jordaens (1593-1678), la gloire d'Anvers
Jusqu’au 19 janvier 2014
Au Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill - 75008 Paris
Tel : 01 53 43 40 00
Du mardi au dimanche de 10h à 18h


A lire sur ce blog :



Les citations proviennent du dossier de presse.

jeudi 16 janvier 2014

« Le préjugé antijuif. Introduction à la dynamique de la haine », par Riccardo Calimani


Auteur de L’Histoire du ghetto de Venise, Ricardo Calimani analyse l’antisémitisme et l’antijudaïsme comme « phénomènes chrétiens européens », surtout catholique et protestant.

Curieusement, il ignore l’antisémitisme ou l’antijudaïsme de l’Eglise orthodoxe, grecque ou russe, et de l’islam ainsi que l’importation d’un antisémitisme chrétien dans ce monde musulman.
 
Il souligne combien les Juifs sont méconnus et ont été persécutés. Il décrit les enjeux des disputes médiévales.
 
Puisant dans des sources variées, ce préjugé antijuif se révèle à multiples facettes et explications.
 
Remontant à l’Antiquité, Ricardo Calimani analyse les préjugés contre les Juifs (accusation de crime rituel, thèse du complot) et l’évolution de l’attitude de l’Eglise catholique à l’égard des Juifs - notamment le marcionisme, mouvement hérétique tentant au IIe siècle de couper le Nouveau Testament de l’Ancien Testament, et Vatican II – ainsi que des troubles ou interrogations catholiques liés au sionisme, à la recréation de l’Etat d’Israël qui confère au « Juif errant » un Etat, un pays, une terre, et au statut de Jérusalem.

Dans Fragments de physiognomonie (1775-1778), Lavater "allègue que des caractéristiques physiques - cheveux crépus, nez crochu – reflètent une « âme mauvaise ». Il est alors préoccupé d’esthétique.
 
L’auteur recherche les origines du préjugé antijuif et « analyse les matrices d'abord théologiques, puis philosophiques. Il démontre ainsi que l’antisémitisme, concept d’abord lié à l’idée moderne de la race, est véritablement né à la fin du XIXe siècle. Bouc émissaire par excellence, parce que minorité politiquement faible, les juifs ont souvent été bannis mais, en de très nombreuses circonstances, ils ont su faire naître autour d’eux des sympathies et une profonde solidarité ».
 
Ricardo Calimani avance la solidarité à l’égard des juifs dans ces périodes difficiles, mais peine à en donner de nombreux exemples. Ainsi, le sauvetage des juifs en France sous l’Occupation est certes réalisé grâce à des Justes parmi les nations, mais aussi grâce à l’action d’organisations juives.
 

Riccardo Calimani, Le préjugé antijuif, introduction à la dynamique de la haine. Traduit de l’italien par Rosetta Franco-Morselli et Annie Sussel. Tallandier, 2009. 380 pages. 25 euros. ISBN : 978-284734-555-1


A lire sur ce blog :

Cet article a été commandé et non publié par L'Arche.
 

lundi 6 janvier 2014

« Le port d’Espérance » de Magnus Gertten

Arte diffusera les 7 et 21 janvier 2014 « Le port d’Espérance  » (Harbour of Hope, Hoppet Hamn), documentaire de Magnus Gertten. Au printemps 1945, 30 000 rescapés des camps de concentration, dont des survivants de la Shoah, sont accueillis à Malmö, en Suède. Témoignages sur cet épisode méconnu de la la Seconde Guerre mondiale.

Ce documentaire retrace un pan méconnu de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en l’illustrant par des images d'archives et les “témoignages de Suédois, habitants de Malmö ou volontaires de la Croix-Rouge de l'époque”.  Il présente des images tournées le 28 avril 1945, quand des milliers de survivants des camps nazis arrivèrent par bateaux de Copenhague (Danemark). Nombre d’entre eux venaient en particulier du camp de Ravensbrück.

Au printemps 1945, 30 000 rescapés des camps nazis de concentration et d’extermination trouvent refuge à Malmö (Suède). Ils sont acheminés par la Croix-Rouge vers ce port méridional. Un “havre de paix où ils commenceront une nouvelle vie loin de leur Europe centrale natale”.

Ewa Kabacinska Jansson, alors bébé, Irène Krausz-Fainman, alors âgée de huit ans, et Joe Rozenberg sont trois de ces 30 000 survivants sauvés de l’extermination et amenés vers la ville alors paisible de Malmö.

Ils se souviennent de la mobilisation des habitants de Malmö pour les aider. “Qu'ils aient fait de la Suède leur terre d'adoption, comme Ewa, ou qu'ils aient préféré émigrer pour refaire leur vie par la suite, chacun d'entre eux se remémore avec nostalgie cette parenthèse enchantée, retour à la vie après plusieurs années dans l'enfer des camps”.

Ewa Kabacinska Jansson est née dans le camp de Ravensbrück. Sa mère était enceinte d’elle juste avant le soulèvement de Varsovie en 1944. Vivant à Ystad (Suède), Ewa Kabacinska s’interroge sur l’identité de son père.

Quant à Joe, il est né dans une famille Juive de Lodz  (Pologne). C’est un jeune homme en colère et affligé qui arrive à Malmö : sa famille est décimée par la Shoah. Il sympathise avec Stig Kinnhagen, volontaire adolescent de la Croix-Rouge : “Stig m’a invité à diner chez lui. Voir une famille normale m’a incité à dédier ma vie à construire une nouvelle famille”. Joe immigre aux Etats-Unis et vit à Minneapolis.

Le réalisateur cherche d’autres survivants  arrivés à Malmö entre mars et mai 1945 afin de recueillir leurs témoignages. Lors de la projection du film à Jérusalem  (Israël) en janvier 2012, une spectatrice s’est reconnue dans la petite fille débarquant à Malmö.

Troisième plus grande ville suédoise, secouée par des émeutes, Malmö est devenue une cité que fuient les Juifs  - 700 Juifs suédois y vivent - victimes de l’antisémitisme d’immigrants musulmans - 50 000 musulmans originaires d’Irak, de Bosnie, de « Palestine » (1/6e de la population).

« Le port d’Espérance  » de Magnus Gertten
Auto Images AB , 2011, 59 min
Diffusions les 7 janvier à 23 h et 21 janvier 2014 à 9 h 55
Visuels : © Ernst Henriksson/Sydsvenskan/SCANPIX

  A lire sur ce blog :

vendredi 3 janvier 2014

« Croissant fertile et croix gammée. Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine », de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann

En 2009, les éditions Verdier ont publié Croissant fertile et croix gammée, le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine. de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, un livre traduit de l’allemand par Barbara Fontaine. Les auteurs démontrent que la relation entre l’Allemagne nazie et le Moyen-Orient de 1933 à 1945 n’a été ni opportuniste ni pragmatique, mais cimentée notamment par la « haine des Juifs, des Anglo-américains et des Bolcheviks ».

Le grand mufti de Jérusalem Haj Mohammad Amin al-Husseini (1897-1974)« Croissant fertile et croix gammée. Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine », de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann
« Exil nazi : la promesse de l'Orient » par Géraldine Schwarz 
« Les exils de Mahmoud Darwich »
L'Etat islamique 
Interview de Bat Ye’or sur le califat et l’Etat islamique/ISIS 
« Les armes des djihadistes » par Daniel Harrich 
« L'argent de la terreur »
« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama
« Pictures for Peace. La douleur après l’attentat - Hocine Zaourar » par Rémy Burkel 
« Cheikh Zayed, une légende arabe » par Frédéric Mitterrand
« Emirats, les mirages de la puissance », par Frédéric Compain
L’Arabie saoudite 
Hajj, le pèlerinage à La Mecque
L’Irak, une ex-mosaïque ethnico-religieuse
« Oman, au pays des contes » par Nadja Frenz
Le keffieh, c'est tendance ! 
« Ode to Joy » de Rabih Mroué

Dans cette étude  indispensable publiée en Allemagne en 2006, Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, deux historiens allemands, démontrent que la relation entre l’Allemagne nazie et le Moyen-Orient de 1933 à 1945 n’a été ni opportuniste ni pragmatique, mais cimentée notamment par la « haine des Juifs, des Anglo-américains et des Bolcheviks ».

Visant la conquête de l’Orient, le IIIe Reich envoya dès la fin des années 1930 des armes et de l’argent dans le monde arabe - Syrie, Arabie saoudite, Yémen, Maroc, Palestine mandataire – attentats terroristes contre la puissance mandataire et les Juifs -, etc. - où il suscitait l’enthousiasme et l’adhésion, même après sa défaite à al-Alamein en Egypte (1942) : des actions communes sont entreprises tels le recrutement de musulmans dans la Wehrmacht et la SS.

Le IIIe Reich  s’allia avec des responsables musulmans, dont Hadj Amin al-Husseinigrand mufti de Jérusalem, qui contacte l’Allemagne nazie dès 1933, attisait la haine contre les Juifs via la radio nazie  en langue allemande dont les studios sont sis à Berlin, incitait ardemment à la destruction du Yichouv (« terre habitée » en hébreu ; environ 500 000 Juifs vivaient dans la Palestine mandataire), a soutenu le putsch pro nazi en Iraq qui a causé un pogrom (farhud), s’opposait efficacement à l’échange contre des prisonniers allemands d’enfants juifs de Slovaquie, Pologne et Hongrie amenés alors vers les camps nazis de la mort, favorisait le recrutement de musulmans dans la Wehrmacht et la SS, etc. Autre dirigeant arabe ayant collaboré avec les Nazis : Rachid Ali al-Gillani (1892-1965), Premier ministre irakien et fomenteur d’un coup d’Etat pro-nazi du 3 avril 1941.

Le livre décrit aussi les efforts déployés par le Yichouv, ses débats et initiatives, pour vaincre ses ennemis puissamment armés désireux de les tuer, de les spolier, etc.

Et, après la défaite des forces de l’Axe, cette alliance a perduré : anciens nazis combattant l’Etat Juif lors de sa guerre d’Indépendance, réfugiés dans des pays arabes ou conseillers de dirigeants arabes tel Nasser, trafic d’armes avec le FLN, etc. La commercialisation de Mein Kampf  dans tant de pays musulmans atteste de ce lien avec le nazisme et Mahmoud Abbas  (Abou Mazen) célèbre al-Husseini.

Le 7 décembre 2013, Farouq Qaddoumi, ancien dirigeant du bureau politique de l'OLP, a déclaré à Russian Today TV, le 7 décembre 2013 : lors de la Seconde Guerre mondiale, "nous étions des supporters enthousiastes de l'Allemagne, de Hitler. C'était général parmi les Palestiniens". Il s'est souvenu de la radio nazie émettant alors en langue arabe.

Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, Croissant fertile et croix gammée, le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine. Traduit de l’allemand par Barbara Fontaine. Editions Verdier, 2009. 352 pages. 18,50 euros. ISBN : 978-2-86432-591-8

  
A lire sur ce blog :

Cet article a été commandé et non publié par L'Arche.

jeudi 12 décembre 2013

Mon interview par Radio Chalom Nitsan le 12 décembre 2013


Je serai interviewée par Radio Chalom Nitsan  (RCN), radio Juive de la Côte d'Azur le jeudi 12 décembre 2013, de 13 h 20 à 13 h 40. L'interview pourra être entendue pendant une semaine sur le site de ce média.



J’évoquerai la recommandation relative au traitement des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes  adoptée  par le Conseil supérieur de l’audiovisuel le 20 novembre 2013 (CSA).

Sur le traitement des situations de guerre ou de conflits par les services de communication audiovisuelle, le CSA avait adopté depuis une décennie, lors de la guerre de la coalition contre l'Iraq de Saddam Hussein (2003) et de l'Intifada II, deux recommandations redondantes : celle n° 2003-2 du 18 mars 2003 relative au conflit au Moyen-Orient et celle n° 2004-8 du 7 décembre 2004 à l’ensemble des services de télévision et de radio relative aux conflits internationaux et à leurs éventuelles répercussions en France.

Le CSA les a abrogées pour adopter cette recommandation du 20 novembre 2013 invitant les éditeurs de programmes audiovisuels à respecter notamment l'honnêteté de l'information, et en cas de violation de ce principe élémentaire journalistique, de rectifier l'allégation erronée diffusée.

« Compte tenu de l’évolution du contexte international, le Conseil a procédé à une large concertation avec les principaux groupes audiovisuels et des journalistes afin d’adopter la présente recommandation relative au traitement des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes par les services de communication audiovisuelle ».

Le Conseil « est pleinement conscient des difficultés particulières rencontrées par les journalistes dans l’exercice de leur mission fondamentale d’information du public et des dangers encourus lors du recueil des images et de la relation des faits. Si la liberté d'informer, principe constitutionnel consacré par l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et repris par l’article 10 de la Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme (CEDH), doit être préservée, le Conseil entend rappeler qu’en vertu des mêmes articles et des mêmes textes ainsi que des dispositions de la loi n°86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, de sa convention ou de son cahier des charges, dans le cadre de l'exercice de sa responsabilité éditoriale, le diffuseur doit également respecter la dignité de la personne humaine et l'honnêteté de l'information ».

Le CSA recommande aux éditeurs, pour chacune des émissions qui traitent des conflits internationaux, des guerres civiles et des actes terroristes de veiller au respect de ces principes, notamment :
« 1. Dignité de la personne humaine
•  En s’abstenant de présenter de manière manifestement complaisante la violence ou la souffrance humaine lorsque sont diffusées des images de personnes tuées ou blessées et des réactions de leurs proches ;
•  En préservant la dignité des personnes prises en otage, notamment lorsque leur image ou tout autre élément permettant de les identifier est utilisé par les ravisseurs ;
•  En respectant scrupuleusement les stipulations des conventions de Genève et de leurs protocoles additionnels relatives à la protection des prisonniers de guerre et des personnes civiles en temps de guerre.
2. Ordre public et honnêteté de l’information
•  En traitant avec la pondération et la rigueur indispensables les conflits internationaux susceptibles d'alimenter des tensions et des antagonismes au sein de la population ou d'entraîner, envers certaines communautés ou certains pays, des attitudes de rejet ou de xénophobie ;
•  En vérifiant l’exactitude des informations diffusées ou, en cas d’incertitude, en les assortissant de réserves, en les présentant au conditionnel et en citant la provenance et la date, sous réserve de la protection des sources notamment garantie par la loi n°2010-1 du 4 janvier 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes ;
•  En procédant en cas de diffusion d’informations inexactes, à leur rectification dans les meilleurs délais et dans des conditions d’exposition comparables ;
•  En accompagnant la diffusion d’images d’archives d’une mention à l’antenne pour signaler cette origine.
3. Protection des personnes
•  En veillant à ce que la diffusion de sons et/ou d’images difficilement soutenables soit systématiquement précédée d’un avertissement explicite au public destiné à protéger les personnes les plus vulnérables de leur éventuel impact ».

J'ai rappelé le rôle de Serge Farnel, journaliste et écrivain, dans ces recommandations du CSA, et son combat judiciaire avec Me Stéphane Haddad auprès de la juridiction administrative.

Serge Farnel s’est réjoui de cette nouvelle recommandation : « Le CSA a gardé « quasiment mot pour mot le contenu des saisines que je leur avais adressées pour ce qui concerne l'affaire A-Dura : « En vérifiant l’exactitude des informations diffusées ou, en cas d’incertitude, en les assortissant de réserves, en les présentant au conditionnel ».

Le 30 septembre 2000, France 2 avait diffusé le reportage de Charles Enderlin, son correspondant en Israël, et de son cameraman palestinien Talal Abu Rahma, alléguant que Mohamed al-Dura avait été tué et son père Jamal blessé par des balles israéliennes.

Yves Kamami, alors président du B’nai B’rith, et le réalisateur Pierre Rehov avaient porté plainte contre France 2. Leur plainte avait été classée.

Quelques années après, Serge Farnel avait saisi le CSA. Sa démarche a consisté à contraindre France 2 à présenter les preuves de ses allégations. Serge Farnel s’est alors placé non sur le terrain de la mise en scène, mais de « l’accusation sans preuve », et avait pointé la responsabilité de la chaine télévisée publique. Son but : contraindre France 2 à rectifier publiquement les faits allégués par ce reportage controversé devenu l’emblème médiatique de l’Intifada II.

Et Serge Farnel d’ajouter le 10 décembre 2013 : « Les membres du CSA sont, juste après moi, les premiers à avoir fait le lien entre le meurtre de Daniel Pearl et l’affaire A-Dura. Après avoir découvert l’image de Daniel Pearl sur fond de celle des A-Dura, et ce alors que personne n’avait encore fait ce rapprochement, j’avais en effet envoyé ces saisines - en recommandé bien sûr – avec une capture d’écran de la vidéo de propagande des islamistes qui l’ont décapité, leur demandant de participer, en rectifiant l’information, à protéger les journalistes Juifs ».

Avec Me Stéphane Haddad, Serge Farnel avait porté la question devant la juridiction administrative en se plaçant comme « usager du service public français » audiovisuel. Mais il a été débouté par le Conseil d’Etat.

Sur Radio J, Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2, avait reconnu que « France Télévisions n’avait jamais disposé des preuves - la fameuse « certitude » selon les termes aujourd'hui employés par le CSA - qui lui aurait permis d'émettre ces accusations sans l'usage du mode conditionnel et de la présenter cette fois au mode conditionnel (terme utilisé aussi bien dans mes saisines que dans les recommandations du CSA), et sans contrevenir à la déontologie telle qu'elle est exprimée dans la charte de Munich, charte que [France Télévisions] a signée », m’a confié Serge Farnel le 10 décembre 2013.

Pourquoi le CSA adopte-t-il cette troisième recommandation maintenant ?

Le n°1261 (4 juillet 2013) d'Actualité Juive a publié un article sur la rencontre peu avant l'assemblée générale du CRIF du 30 juin 2013, de Roger Cukierman, élu le 26 mai 2013 avec la presse juive. Auteur de cet article, Pierre Assouline ne mentionne pas cette affaire. Pourquoi ? Roger Cukierman aurait-il éludé ce sujet ? Ou aucun représentant de la presse juive n'aurait questionné le président du CRIF sur cette affaire ? Or, Roger Cukierman avait en 2008 exprimé, notamment dans son autobiographie Ni fiers ni dominateurs et lors d'une interview qu'il m'avait accordée pour L'Arche, le regret de pas s'être "assez battu dans l'affaire al-Dura" lors de ses mandats et avait déclaré : "Il est essentiel que la vérité soit établie".

Le 7 juillet 2013, lors de Dis-moi qui tu cites, je te dirai qui tu es, émission sur RCJ, radio de la communauté juive soutenue par le FSJU, de l'Alliance israélite universelle (AIU), Ilana Cicurel a interviewé Olivier Schrameck, président du CSA, sur l'objectif de cet organisme public et les enjeux affrontés, sans l'interroger sur l'affaire al-Dura. Alors que Philippe Karsenty venait d'être condamné  par la Cour d'appel de Paris le 26 juin 2013, n'était-ce pourtant pas le moment pour Ilana Cicurel de questionner le président du CSA sur ces images aux conséquences tragiques ?

Le 22 septembre 2013, j'ai interrogé le CSA afin de connaitre "l'avis du président Olivier Schrameck, ainsi que de Nicolas About et Mémona Hintermann-Afféjee, respectivement président et vice-présidente du Groupe de travail Déontologie de l'information et des programmes audiovisuels, sur le reportage de Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, diffusé par France 2 le 30 septembre 2000, et alléguant la mort de Mohamed al-Dura et les blessures de Jamal al-Dura, et savoir "si ces trois membres du CSA envisagent des actions afin de faire émerger la réalité sur les faits allégués, et notamment par la réunion du « groupe de travail d'experts indépendants » constitué en 2008 avec l'accord de France 2".

Qu’un blog supplée les carences de journalistes de médias communautaires  est symptomatique de l’état de ces médias.

Cette énième recommandation sera-t-elle utile et respectée ? On peut en douter au vu des reportages biaisés, erronés, etc. diffusés par France 2 depuis l’adoption de la première recommandation.

Pour savoir comment travaillent les correspondants de guerre, je recommande la lecture du livre Des hommes comme les autres, correspondants au Moyen-Orient  de Joris Luyendijk, ancien correspondant de médias néerlandais.

J'ai analysé aussi brièvement « Juifs & musulmans - Si loin, si proches » (Juden & Muslims. So nah. Und doch so fern !), « série documentaire » réalisée par Karim Miské diffusée  par Arte en quatre volets, en octobre et novembre 2013.

Une série « islamiquement correcte », biaisée, fondée sur un postulat faux et éculé : la « coexistence harmonieuse entre juifs et musulmans sous domination islamique millénaire pendant plus de mille ans a été rompue notamment par le sionisme politique, la refondation de l’Etat d’Israël en raison de la Shoah ».

Une série en quatre parties effarantes d’ignorances et de fautes historiques, de prétention peureuse et de partialité négative à l’égard du judaïsme, du sionisme, des Juifs et de l’Etat d’Israël, financées notamment par l'argent public, et à la diffusion quasi-internationale.

A lire : les analyses pertinentes par l'essayiste Bat Ye'or et le professeur Shmuel Trigano.

Pour savoir comment travaillent les correspondants de guerre, je recommande la lecture du livre Des hommes comme les autres, correspondants au Moyen-Orient  de Joris Luyendijk, ancien correspondant de médias néerlandais.


A lire sur ce blog :

vendredi 15 novembre 2013

Lucian Freud. Portraits

 
Le Kunsthistorisches Museum viennois présente pour la première fois en Autriche une exposition de tableaux de Lucian Freud (1922-2011). En 2012, la National Portrait Gallery  britannique a montré l'exposition Portraits, rassemblant 130 oeuvres de Lucian Freud. Le Centre Pompidou avait consacré en 2010 à ce peintre l’exposition Lucian Freud. L'atelier. Agé de 88 ans, cet artiste Juif, petit-fils de Sigmund Freud, n’avait pas exposé en France depuis sa rétrospective dans ce Centre en 1987. La scénographie s’ordonne autour de l’atelier de l’artiste en présentant des (auto)portraits, quelques paysages urbains et des natures mortes au style froid. Lucian Freud est mort dans la nuit du 20 au 21 juillet 2011, à l'âge de 88 ans, à Londres.

Lucian Freud est né en 1922, à Berlin (Allemagne). Son père Ernst est le benjamin des fils de Sigmund Freud, fondateur de la psychanalyse. Sa mère, née Lucie Brasch, est la fille d’un négociant en céréales.

En 1934, la famille de Lucian Freud s’établit en Angleterre pour fuir le nazisme.

En 1939, Sigmund Freud décède. Lucian Freud obtient la nationalité britannique.

Il étudie la peinture à l’East Anglisan School of Painting and Drawing à Dedham. En 1942, il interrompt ses études pour servir dans la marine marchande. Trois mois après, il est réformé pour raisons médicales ; il reprend ses études.

Après avoir vendu quelques œuvres à des proches, il obtient une commande majeure : il illustre le recueil de poèmes de Nicholas Moore, The Glass Tower, en dessinant en couverture un oiseau-lyre.

Dans l’après-guerre, Lucian Freud rencontre Francis Bacon à Londres, ainsi qu’Alberto Giacometti et Pablo Picasso à Paris.

Il épouse en 1948 Kitty Garman, fille du sculpteur Jacob Epstein, et participe à l’exposition collective La jeune peinture en Grande-Bretagne du British Council.

Dans les années 1950, il abandonne le dessin pour la peinture. Ses tableaux au style délicat s’inspirent de l’école flamande du XVe siècle.

Il est distingué par le prix de l’Arts Council britannique en 1951 pour Interior at Paddington.

En 1953, divorcé, il épouse la romancière Caroline Blackwood.

A la XXVIIe Biennale de Venise (1954), une vingtaine d’œuvres de Lucian Freud sont présentées. Lucian Freud écrit l'article Some Thoughts on Painting dans le numéro de juillet 1954 de la revue Encounter. Une sorte de « manifeste esthétique » où est assignée à la peinture la fonction d’« intensification du réel ».

Dans les années 1960, Lucian Freud évolue vers une figuration quasi-expressionniste.

Depuis les années 1970, il privilégie un réalisme scrupuleux, jouant sur les perspectives, dans un décor minimaliste.

En 1972, deux ans après la mort de son père, il termine le premier tableau d’une série de portraits de sa mère, qui pose pour lui jusque dans les années 1980.

Deux ans plus tard, la première rétrospective Lucian Freud a lieu à la Hayward Gallery de Londres, à l’initiative de l’Arts Council de Grande-Bretagne.

A partir de 1975, Lucian Freud recourt au « blanc de Cremnitz dans certains de ses tableaux, une peinture riche en oxyde de plomb appelée aussi blanc d’argent. Il la mélange à ses couleurs et obtient ainsi une matière particulièrement lourde et filandreuse ».

La « pratique du dessin au crayon et au fusain reprend progressivement une place importante dans son œuvre, tant pour la gravure que pour les études ».

Dans le catalogue de l’exposition The Human Clay (L’argile humaine), le peintre américain Ronald B. Kitaj inclut Lucian Freud, Léon Kossof, Francis Bacon et Graham Sutherland dans ce qu’il nomme la « School of London » (1976).

Un an plus tard, Lucian Freud installe son atelier-appartement doté d’une grande verrière à Holland Park. Il le garde jusqu’en 2008.

En 1981, Lucian Freud est l’un des artites présentés comme les pères de la « nouvelle figuration » par l’exposition The New Spirit in Painting, à la Royal Academy. Un an plus tard, il reprend l’eau forte.

Organisée par le British Council, la rétrospective Lucian Freud est inaugurée à Washington en 1987, puis montrée à Paris, Londres et Berlin (1988).

En 2001, Lucian Freud peint la reine d’Angleterre Elisabeth II.

Il décède dans la nuit du 20 au 21 juillet 2011, à l'âge de 88 ans, à Londres.

L’atelier
Au Centre Pompidou, la cinquantaine de peintures figuratives de grand format – des huiles sur toile datant en majorité des deux dernières décennies -, des œuvres graphiques et des photographies de l'atelier londonien de Lucian Freud sont ordonnées autour de quatre sections : Intérieur/Extérieur (vues d’ateliers, banlieue londonienne, terrains vagues du New London), Réflexion/Reflection (variations autour d’autoportraits, parfois ironiques), Reprises (libre copie ou interprétations originales d’œuvres de maîtres, tels Chardin, Cézanne ou Picasso), Comme la chair/As Flesh (autoportraits et portraits de Leigh Bowery ou de Big Sue.

Au centre de l’hommage : l’espace personnel et professionnel, intime et clos de l’atelier. Là, Lucian Freud « installe ses modèles selon des mises en scène précises, mettant en jeu le mobilier et les objets raréfiés de l'atelier, accessoires récurrents et reconnaissables des compositions : plante verte, canapé crevé, fauteuil usé, lit en fer, lavabo, murs maculés de peinture. Les quelques paysages construits selon des angles de vue en plongée, serrés, sont peints en général depuis ses fenêtres ou son seuil. Ainsi, les adresses successives de ses ateliers constituent des éléments de titre ou de datation (w11, w9…), depuis celui de Paddington où il s'installe en 1943 pour trente ans, jusqu'à la maison de Notting Hill en passant par le loft de Holland Park ».

« Je veux que la peinture soit chair », déclare Lucian Freud qui peint ses personnages en plongée ou contre-plongée, rarement à hauteur humaine. Des personnages qui parfois ne se regardent pas, chacun semblant vivre dans son univers. Les regards des portraits sont d’une rare vivacité, profondeur. Parfois inquiets ou interrogatifs, révélant la vulnérabilité.

Lucian Freud s’attache à la chair avec un réalisme impitoyable, cru, soulignant les défauts physiques, les bourrelets. Une chair triste. Une palette souvent limitée à des gris, gris bleus, beige, blanc. Point de sensualité. Une froideur.

Le 12 novembre, à New York, un triptyque de Francis Bacon composé de trois études de Lucian Freud a été adjugé 142,4 millions de dollars (105,9 millions d'euros). Créée en 1969, estimée à 85 millions de dollars (63,2 millions d'euros), cette œuvre d'art est la plus chère du monde vendue aux enchères.


Jusqu'au 12 janvier 2014
Au Kunsthistorisches Museum Wien
Tel. : +43 1 525 24 - 0
Maria-Theresien-Platz, 1010 Wien
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, le jeudi de 10 h à 21 h


Jusqu'au 27 mai 2012
A la National Portrait Gallery
St Martin's Place
Londres WC2H 0HE. Grande-Bretagne

Tél. : +44 (0) 20 7306 0055
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h, les mardis et vendredis jusqu'à 21 h

Puis du 2 juillet au 28 octobre 2012
Au Modern Art Museum of Fort Worth (Etats-Unis)


Jusqu’au 19 juillet 2010
Au Centre Pompidou
75191 Paris Cedex 04
Tél : 01 44 78 12 33
Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h


Visuels de haut en bas :
Affiche

Reflection with Two Children (Self-Portrait), 1965
Reflet avec deux enfants (autoportrait), 1965
Huile sur toile, 91 x 91cm
Madrid, Museo Thyssen-Bornemiska. Photo © José Loren,
Museo Thyssen-Bornemiska, Madrid © Lucian Freud

Painter’s Garden with Eli, 2006
[Le Jardin du peintre avec Eli]
Photographie - 56,5 x 75,8 cm
© David Dawson, courtesy of Hazlitt Holland-Hibbert, Londres

Working at Night, 2005
[Au travail la nuit]
Photographie - 56,7 x 76 cm
© David Dawson, courtesy of Hazlitt Holland-Hibbert, Londres

Large Interior, Notting Hill, 1998
Grand Intérieur, Notting Hill, 1998
Huile sur toile - 215,1 x 168,9 cm
Collection particulière
Photo John Riddy.
© Lucian Freud


Articles sur ce blog concernant :
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France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
- Shoah (Holocaust)
Articles in English

Les citations sont extraites du dossier de presse.

Cet article a été publié pour la première fois le 18 juillet 2010, puis les 12 mai 2012 et 15 novembre 2013. Il a été modifié le 16 février 2012.