Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 29 novembre 2021

L'Irlande

Arte diffusera, dans le cadre du dossier « Une histoire d'Irlande. 100 ans entre indépendance et séparation » (Die Geschichte Irlands. 100 Jahre Unabhängigkeit), le 30 novembre 2021 « La grande famine en Irlande » (Die große Hungersnot in Irland), documentaire de Ruán Magan, puis « La révolution irlandaise » (The Irish Revolution), documentaire de Ruán Magan, et le 1er décembre 2021 « Juin 44 : un jour de météo favorable » (Drei Tage im Juni 1944) de Gerry Gregg. 


Arte propose le dossier « Une histoire d'Irlande. 100 ans entre indépendance et séparation » (Die Geschichte Irlands. 100 Jahre Unabhängigkeit). « Il y a 100 ans, la lutte pour l'indépendance de l'Irlande vis à vis du Royaume-Uni entraînait la partition de l'île. Retour sur une histoire qui demeure douloureuse et controversée. De son héritage celtique, à la crise de la pomme de terre, en passant par le massacre de civils en 1972. La République d'Irlande est aussi un exemple de progressisme avec l’adoption du mariage pour tous en 2014. »

Dans « Élie. Al-Kahira, 1914-1948 », deuxième volet de sa trilogie, la romancière Bat Ye'or décrit l'instrumentalisation par le Vatican des Américains d'origine irlandaise dans l'entre-deux guerres afin d'influer sur la politique des Etats-Unis en un sens défavorable à la refondation d'un foyer national juif dans son berceau historique, Eretz Israël.

L'Irlande a été neutre durant la Deuxième Guerre mondiale, et le représentant de l'Allemagne nazie travaillait à Dublin. Le gouvernement a arrêté des membres de l'Armée républicaine irlandaise (Irish Republican Army, IRA) qui souhaitaient collaborer avec le IIIe Reich contre les intérêts britanniques. Mais de nombreux autres militants de la cause irlandaise ont communiqué des renseignements sensibles au IIIe Reich.

En 2010, Lord David Trimble, Prix Nobel de la Paix et ancien chef du Parti unioniste d'Ulster, et Robert Quick, directeur de BGS Ltd, ont signé la tribune "Keep calm and work with Israel to defeat the security threat from Islamic State" (The Telegraph, 27 octobre 2021). Il est membre de "Friends of Israel Initiative" fondé par José María Aznar afin de contrer les tentatives de délégitimer l'Etat d’Israël. 

En janvier 2019, dans le cadre du BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), "la chambre basse du parlement irlandais – le Dail – a voté en faveur d’un projet de loi interdisant l’achat de tous les biens et services des" implantations israéliennes en Judée et Samarie. "Le projet de loi avait déjà été adopté par la chambre haute du parlement – le Seanad – avant d’être présenté à la chambre basse et de recueillir une majorité de 78 voix contre 45, a expliqué Al Jazeera. Le projet de loi – connu officiellement sous le nom de projet de loi sur le Contrôle de l’Activité Économique (Territoires occupés) – doit encore franchir plusieurs étapes avant d’être intégré dans la loi irlandaise, mais il devrait aboutir grâce à son large soutien des partis de l’opposition irlandaise."

En novembre 2020, Lord David Trimble a proposé Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre d'Israël, et Mohammed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d'Abu Dhabi et commandant suprême adjoint des forces armées des Émirats arabes unis (EAU). pour le Prix Nobel de la Paix en raison des accords d'Abraham.

En janvier 2021, la "Campagne de solidarité Irlande-Palestine (IPSC) a annoncé que son action « Des artistes irlandais s’engagent à boycotter Israël » venait de franchir le cap des 1 000 signataires". L’engagement des artistes irlandais, initié par le compositeur renommé et cofondateur de l’IPSC Raymond Deane, a été lancé voici une décennie. L’Engagement – qui engage les signataires à s’abstenir de se produire dans l’État d’apartheid d’Israël – a été lancé par la Campagne de solidarité Iralande-Palestine (IPSC) en août 2010".

"Signé dès le début par 140 artistes créateurs et de scène irlandais, l’engagement réunit désormais plus d’un millier de signataires, dont Stephen Rea, Sinéad Cusack, Donal Lunny, Andy Irvine, Damien Dempsey, Sharon Shannon, Robert Ballagh, Mary Black et Kíla. Depuis, le groupe a également été rejoint par de nouveaux grands artistes, tels Sisterix, CMAT, Pillow Queens, Kneecap, TPM, Steo Wall, Oein DeBhairduin et Roisin El Cherif ainsi que par des personnalités déjà bien établies telles que Kevin Barry, Joe Rooney, Mary Coughlan, Derbhle Crotty, Paul Duane et Eugene O’Hare."

"À la mi-octobre 2021, l’autrice irlandaise Sally Rooney, âgée de 30 ans, a annoncé qu’elle ne donnerait pas à un éditeur israélien l’autorisation de traduire son dernier roman en hébreu, car elle soutient un boycott des entreprises israéliennes [dans un communiqué, elle se dit ouverte à une alternative pour que le livre “soit accessible à ses lecteurs en hébreu”]. Sa décision a créé la surprise, mais elle n’a en réalité rien d’étonnant. Depuis des décennies, l’Irlande est une alliée des Palestiniens, et la compassion pour leur détresse fait partie intégrante de la culture irlandaise."

“Ce n’est pas le choix isolé d’une seule artiste, c’est au contraire conforme à une opinion publique très répandue en Irlande”, analyse Vincent Durac, professeur de sciences politiques et relations internationales à l’University College de Dublin.

"Plus de 1 300 artistes, dramaturges, acteurs et romanciers irlandais soutiennent le mouvement dit BDS (boycott, désengagement, sanctions) mené par les Palestiniens, que Sally Rooney, connue pour le best-seller Normal People, a cité dans un communiqué. Sur le modèle du mouvement sud-africain de lutte contre l’apartheid, le BDS appelle les gouvernements et le secteur privé à se désolidariser d’Israël, accusé de “colonialisme de peuplement”. “Je comprends que tout le monde ne soit pas d’accord avec ma décision, mais je ne pourrais tout simplement pas assumer ce choix”, a écrit Sally Rooney. Un engagement à boycotter les institutions israéliennes a été signé".

« La grande famine en Irlande »
Arte diffusera le 30 novembre 2021 « La grande famine en Irlande » (Die große Hungersnot in Irland ; The Hunger), documentaire de Ruán Magan.

« Retour parfaitement documenté sur l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire de l’Europe : l’effroyable famine de 1845-1851 qui fit un million de morts dans une Irlande méprisée par la Grande-Bretagne. »
 
« C’est l’histoire de la pire catastrophe humanitaire des années 1800, d’autant plus stupéfiante qu’elle est survenue au Royaume-Uni, alors pays le plus riche et le plus puissant du monde ». 

« En 1845, le mildiou, provoqué par un parasite importé d’Amérique du sud dans les soutes des navires de commerce, dévaste les récoltes de pommes de terre dans le nord de l'Europe ». 

« Sur le continent, la France, la Prusse, la Belgique et les Pays-Bas dénombrent plus de cent mille morts ». 

« Mais en Irlande, l’hécatombe se révèle d’une tout autre ampleur. D’une pauvreté abyssale, un tiers de la population rurale dépend pour subsister de la pomme de terre, tubercule très nourrissant qui pousse partout. Dans masures et taudis, des générations de métayers et de journaliers s’entassent, dépendants de cette monoculture. Le climat humide favorisant la propagation du parasite, les récoltes sont entièrement détruites ». 

« La famine va durer sept ans et décimer un million de personnes, jetant sur les routes de l’exode deux millions de malheureux ». 

« Usant de l’Irlande agricole comme d’un "panier à provisions", la Grande-Bretagne se montre pourtant largement réfractaire à financer un quelconque plan de sauvetage, fidèle à sa doctrine économique du laisser-faire ». 

« Au point d’espérer secrètement se débarrasser de cette sous-classe irlandaise, considérée comme un obstacle au développement de l’agriculture productiviste ? »

« Comment les Britanniques, forts de leur empire colonial, ont-ils pu se montrer aussi "négligents, indifférents, insensibles", selon les historiens, parmi lesquels certains vont même jusqu'à parler de "génocide" ? »

« S’appuyant sur des archives, des documents d’époque et l’éclairage de nombreux experts internationaux dont l’universitaire français Fabrice Bensimon, ce documentaire puissant radiographie les causes de ce naufrage européen et en répertorie démissions et scandales ». 

« Dans une époque d’effervescence néo-libérale ("Les largesses sans fin ne peuvent s'éterniser", assurent les dirigeants anglais au comble du cynisme), une élite capitaliste et une classe moyenne sans scrupules ne reculent devant rien pour protéger leurs intérêts, poussant les sans-terre au meurtre, au pillage et au cannibalisme ». 

« Première catastrophe humanitaire à être couverte par les médias modernes, cette famine constitua en Europe l’un des ferments des insurrections de 1848 et servit de détonateur aux indépendantistes irlandais ». 


« La révolution irlandaise »
Arte diffusera le 30 novembre 2021 « La révolution irlandaise » (The Irish Revolution) de Ruán Magan.

« Le récit précis et détaillé de l'avènement de la République d'Irlande, il y a un siècle, des prémices de la lutte nationaliste, en 1900, à la guerre civile achevée en 1923. »

« Quand exactement est née l'Irlande indépendante ? Le 11 juillet 1921, quand la trêve concédée par la Grande-Bretagne met fin à la guerre d'indépendance menée par l'Armée républicaine irlandaise (IRA) ? » 

« Le 6 décembre 1922, quand le traité anglo-irlandais, négocié de part et d'autre par Michael Collins et Arthur Griffith, face à Lloyd George et Winston Churchill, aboutit à la proclamation de l'État libre d'Irlande, réunissant les vingt-six comtés du Sud, avec Dublin pour capitale, tandis que six comtés de l'Ulster restent dans le giron britannique ? » 

« Ou le 24 mai 1923, quand la guerre civile entre le jeune gouvernement indépendant et les partisans d'une véritable souveraineté, emmenés par Éamon de Valera, prend fin après onze mois d'affrontements ? »

« Ce débat illustre toute la complexité d'un combat national forgé dans le premier quart du XXe siècle face à une domination britannique de nature coloniale, et que ce documentaire très riche parvient à retracer en détail sans perdre le spectateur. »

« La "révolution irlandaise" commence officiellement avec l'insurrection déclenchée le lundi de Pâques 1916, en plein conflit mondial, par un petit groupe alors très minoritaire d'indépendantistes ». 

« Mais c'est au tournant du siècle, dans les turbulentes années 1900, que ses idéaux commencent à se répandre au sein d'une petite classe moyenne urbaine et éduquée, de la promotion de la culture gaélique au syndicalisme, du féminisme au nationalisme ». 

« Invitant une dizaine d'historiens à commenter cartes et archives (photos, plus rarement films, extraits de témoignages), Ruan Magan restitue avec minutie ces quelque vingt années qui verront l'utopie d'une République souveraine et égalitaire échouer en partie, mais donner à l'Irlande "la liberté de progresser vers la liberté", selon le mot de Michael Collins ». 

« S'inspirant du très sérieux "Atlas of the Irish Revolution" (non traduit), dont certains des coauteurs interviennent dans le film, il montre ainsi comment, derrière les grandes figures historiques, tout un peuple d'hommes et de femmes va se rallier à la cause indépendantiste et en payer le prix ». 

« Une histoire popularisée par Ken Loach avec "Le vent se lève"" "(Palme d'or 2006), dont l'interprète principal, Cillian Murphy ("Peaky Blinders"), est la voix off de ce documentaire dans sa version originale ».

« Juin 44 : un jour de météo favorable »
Arte le 1er décembre 2021 « Juin 44 : un jour de météo favorable » (Drei Tage im Juni 1944) de Gerry Gregg.

« Pays officiellement neutre, l'Irlande joua pourtant un rôle crucial lors du débarquement allié en Normandie. En juin 1944, le déclenchement du fameux Jour J fut en effet suspendu à l'expertise d'une certaine Maureen Sweeney, qui travaillait à la station météorologique de Blacksod, sur la côte Ouest irlandaise... »

« En juin 1944, Maureen Sweeney travaillait à la station météorologique de Blacksod, sur la côte Ouest irlandaise. Pendant plusieurs jours, le déclenchement de la plus grande invasion militaire de tous les temps fut suspendu à son expertise. Ses bulletins annonçant une tempête, l'opération Overlord dut ainsi être reportée. La brève accalmie qu'elle prédit ensuite permit finalement au général Eisenhower de lancer la vaste offensive qui conduisit à la victoire des forces alliées. »

« Aujourd'hui âgée de 96 ans, Maureen Sweeney apporte un témoignage unique sur ce moment historique où les militaires durent remettre leur destin entre les mains des météorologues. »

« Le documentaire donne également la parole à Susan Elaine Eisenhower, la petite-fille de celui qui devint président des États-Unis en 1953, à l'historien Antony Beevor et au vétéran Joe Cattini. » 

« À travers leurs propos, appuyés par les éclairages d'experts militaires et météorologues, et de fascinantes séquences d'archives, ce film dévoile le rôle crucial de l'Irlande, pays officiellement neutre, durant la Seconde Guerre mondiale. »

Cartes : Photos © Tyrone Productions

L’Irlande sous domination britannique
Depuis le 16e  et 17e  siècles l’Irlande se trouve sous domination britannique. En 1801, elle est intégrée au Royaume-Uni en vertu de l’Acte d’Union et son peuple devient théoriquement l’égal des Anglais, des Écossais ou des Gallois. Mais dans les faits, les catholiques irlandais sont victimes de préjugés et de mépris dans leur propre pays. Au milieu du 19e siècle, la Grande-Bretagne se trouve à la tête d’un empire planétaire, plus que jamais confortée dans son statut de première puissance mondiale.

L’Irlande, le panier à provisions de la Grande-Bretagne
Dans les années 1830-1840 on exporte chaque année 90 millions d’œufs vers la Grande-Bretagne. Mais aussi du saumon, du bétail, de la laine, de l’alcool, et suffisamment de céréales pour nourrir deux millions de Britanniques. 

La démographie en Irlande juste avant la famine
Dans les deux décennies précédant la famine, la population explose. De trois millions d’habitants en 1780, on passe à huit millions en 1841. Le recensement de 1841 établit la population du Royaume-Uni à un peu plus de 27 millions d’habitants, dont un tiers environ d’Irlandais. Il met aussi en lumière la grande pauvreté de l’Irlande où trois millions de personnes vivent dans des constructions rudimentaires, faites de pierre ou de boue. Mais les deux millions les plus pauvres du pays habitent dans des taudis qualifiés de « quatrième classe » (des masures d’une seule pièce, en boue et en matière organique). Trois millions d’habitants sont cependant rattachés à la classe moyenne, plus aisée : il s’agit d’agriculteurs aux exploitations plus vastes, de négociants, ou encore de commerçants et de professions libérales habitant les grandes villes. 

L’élite irlandaise
En 1845, 95 % des terres d’Irlande appartiennent à un petit nombre de propriétaires, pour la plupart protestants et fidèles à la Couronne britannique. C’est une classe dominante constituée d’environ 5 000 familles de grands propriétaires terriens et de familles nobles qui possèdent des domaines. Les parlementaires sont issus de ses rangs et souvent elle exerce le pouvoir au niveau local.

La pomme de terre
Une grande partie de la population irlandaise dépend de la monoculture de la pomme de terre, un tubercule très nourrissant qui se cultive facilement, car elle pousse à peu près partout, y compris sur les sols pauvres ou en montagne. Grâce à la pomme de terre, même les plus pauvres sont correctement nourris.

Le mildiou
Apparu dans la cordillère des Andes, cette maladie provoquée par le parasite Phytophthora infestans et qui touche les cultures de pommes de terre remonte d’abord vers le nord avant de traverser l’Atlantique dans les cales des navires marchands. Au cours de l’été 1845, il atteint le port d’Anvers. Balayant la Belgique, les Pays-Bas, la France et la Prusse, le mildiou détruit toutes les récoltes sur son passage. En Irlande, le climat humide favorise sa propagation accélérée.

La famine en Irlande
Elle dure sept années, de 1845 à 1852. En 1845 le mildiou ravage un tiers de la récolte de pommes de terre en Irlande, privant un million d’habitants de nourriture. 1846 est la première année de famine grave et prolongée. Entre fin juillet-début août 1846, 75% à 90% de la récolte de pommes de terre sont détruits en une semaine. À l’été 1847, le gouvernement britannique déclare la fin de la famine et ferme les soupes populaires, abandonnant quatre millions de personnes à leur sort. Mais en 1848, le mildiou continue ses ravages et les morts, les expulsions et les départs se poursuivent. Les années les plus meurtrières surviennent surtout à partir de 1848. En 1849, la famine reflue, mais ne disparaît pas. 1850, 51 et même 52 par endroits sont encore des années de famine. Lorsque la crise alimentaire se termine vraiment en 1852, les décès et l’émigration se combinent à une diminution des mariages et une hausse de l’infertilité : dans de grandes parties de l’ouest et du sud-ouest, il n’y a pratiquement plus d’enfants. Avant la famine, l’Irlande comptait 8 millions et demi d’habitants. En tout, un million de personnes ont trouvé la mort et en une décennie deux millions d’Irlandais se sont expatriés définitivement.

La famine dans le reste de l’Europe 
Ensemble, la France, la Belgique, la Prusse et les Pays-Bas totalisent 100 000 morts dues à la famine, ce qui ne représente que 10 % du nombre de victimes en Irlande. Seule explication à ce gouffre : les écarts d’efficacité entre les réponses gouvernementales. En Belgique, notamment, les autorités ont agi avec davantage de bienveillance et pris la mesure du problème pour parer au plus pressé.

Travaux publics
Les seules aides qui subsistent encore en 1846-47 sont les emplois dans les travaux publics. Mais les salaires versés sont maigres alors que le prix des denrées alimentaires est à la hausse. En mars 1847, les projets destinés à moderniser le pays emploient 700 000 travailleurs. Le long des côtes, des installations portuaires sont ainsi construites ou rénovées. De nouvelles routes sont bâties, permettant parfois de raccourcir les trajets de plusieurs jours. Mais la majorité de ces projets ne répond pas à des besoins concrets et beaucoup de routes ne mènent littéralement nulle part. Les travailleurs ont le ventre vide et se retrouvent souvent loin de chez eux. Trop faibles pour rentrer à la maison chaque soir, ils dorment sur place à la dure, exposés aux éléments. Au lieu de sauver des vies, ce système a bien souvent tué des gens.

L’ouverture des soupes populaires
En juin 1847 sont ouvertes les soupes populaires. Elles constituent un tour de force logistique sans précédent. Elles servent quotidiennement à trois millions de personnes une bouillie bon marché de maïs, de riz et d’avoine. Épaulée par les Irlandais, c’est une grande réussite de la politique britannique. Elles ne coûtent pas cher : là où on avait déboursé plus de cinq millions de livres pour les chantiers des travaux publics, ce dispositif ne dépasse pas 1 million 750 000. 

Les expulsions
Au cours des sept années de famine, plus d’un demi-million de personnes sont expulsées. La noblesse, qui possède 95 % des terres en Irlande, est à l’origine de la plupart des expulsions.

Les maisons de travail
Depuis 1842, les organismes communaux au service des plus démunis ont construit des maisons de travail dans la plupart des villes d’Irlande, 130 au total. 20 % des morts survenues au cours de la famine ont lieu dans les maisons de travail ou les hôpitaux traitant les maladies infectieuses. La plupart touchent des enfants de moins de 15 ans. À la fin de la famine, plus de 200 000 personnes ont péri dans les maisons de travail.
 
L’essor des médias de masse au 19e siècle et premières levées de fonds
La famine coïncide avec l’émergence du journalisme illustré, de sorte qu’elle est l’une des premières catastrophes représentées visuellement. En 1846 et 1847 les articles suscitent des dons en provenance du monde entier. La communauté irlandaise aux États-Unis envoie de la nourriture et du matériel d’une valeur de plus d’un million de dollars. En Angleterre, le banquier Lionel de Rothschild contribue à lever 400 000 livres par l’intermédiaire de l’Association britannique de secours, tandis que l’appel lancé par la reine Victoria permet de collecter 170 000 livres. Le tsar de Russie, le sultan ottoman Abdülmecid Ier, ainsi que les officiers britanniques à Calcutta apportent eux aussi une aide généreuse. Malgré leurs propres difficultés, les tribus amérindiennes Choctaw et Cherokee réunissent 800 dollars. Le pape Pie IX publie une encyclique pour demander à tous les catholiques de secourir les Irlandais. Les Français, quant à, eux donnent plus de 50 000 livres.

L’émigration irlandaise
Nombreux sont ceux qui partent définitivement. Souvent, un seul enfant est envoyé en éclaireur. Quand il aura trouvé du travail à l’étranger, il pourra économiser pour faire venir d’autres membres de la famille. C’est un exode sans précédent. Grâce au développement du transport maritime grand public, les exilés partent souvent à l’autre bout du monde. En une décennie, ils sont près d’un million et demi à gagner les États-Unis et 340 000 le Canada. 50 000 mettent le cap sur la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Les examens médicaux étant superficiels, les passagers sont parfois porteurs de maladies. Les bateaux qui partent pour le Canada en 1847 enregistrent de forts taux de mortalité. On parle de « cercueils flottants ». Hommes, femmes et enfants confondus, ils sont 100 000 à mourir pendant la traversée vers le Canada ou en quarantaine à l’arrivée, soit près d’un tiers des candidats. Le passage vers les États-Unis est plus sûr. Neuf réfugiés sur dix parviennent vivants à destination. Ils s’installent pour la plupart dans les États de l’Est : Massachusetts, Pennsylvanie et New York.


Irlande, France, 2020, 91 min
Coproduction : ARTE GEIE, Tyrone Productions, Create One
Sur Arte le 30 novembre 2021 à 20 h 50
Disponible du 23/11/2021 au 29/12/2021
Visuels : © Tyrone Productions

Irlande, 2019, 1 h 37 mn
Production : Tyrone Productions, Create One, en association avec RTÉ 
Raconté dans la version originale par Cillian Murphy
Sur Arte le 30 novembre 2021 à 22 h 25
Sur arte.tv du 30/11/2021 au 27/02/2022
Visuels : © Getty Images

Irlande, France, 2019, 53 min
Production : New Decade TV Ltd
Sur Arte le 1er décembre 2021 à 02 h 35
Disponible du 23/11/2021 au 29/12/2021

vendredi 26 novembre 2021

Goya (1746-1828)

Francisco José de Goya y Lucientes, dit Francisco de Goya (1746-1828), était un peintre et graveur espagnol. 
Arte diffusera le 28 novembre 2021 « Francisco de Goya - Le sommeil de la raison » (Francisco de Goya. Der Schlaf der Vernunft) de José Luis López-Linares. La Fondation Beyeler propose l'exposition Goya.
  

Francisco José de Goya y Lucientes, dit Francisco de Goya (1746-1828), était un artiste espagnol à l'œuvre protéiforme - 
tableaux de chevalet, peintures murales, gravures, dessins - et considéré comme un précurseur du romantisme. 

Goya témoigne aussi des horreurs des guerres napoléoniennes dans la péninsule ibérique.

« Francisco de Goya - Le sommeil de la raison »
Arte diffusera le 28 novembre 2021 « Francisco de Goya - Le sommeil de la raison » (Francisco de Goya. Der Schlaf der Vernunft) de José Luis López-Linares. Un titre emprunté à on

« Avec Jean-Claude Carrière pour guide, un vertigineux voyage à travers l'œuvre et la vie du peintre Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828), de l'espoir des Lumières aux ténèbres, de l'ancien monde à la modernité. »

« Comment Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828), observateur joyeux de la vie populaire et portraitiste de cour adulé, est-il devenu le peintre visionnaire du mystère et des gouffres humains, aux avant-postes de la modernité ? »

« À trente ans de distance, deux toiles représentant les fêtes de la Saint-Isidore, saint patron de Madrid, symbolisent la vertigineuse évolution de l'artiste ». 

"Entre l'ancien monde et le nouveau, au croisement des temps…", résume l'écrivain Jean-Claude Carrière à l'orée de ce fascinant voyage dans la vie et l'œuvre du maître espagnol ». 

« En 1788, Goya voit dans La prairie de Saint-Isidore un panorama lumineux et fourmillant de vie ; exposée aujourd'hui au Prado, dans la salle consacrée aux peintures noires qu'il a exécutées aux alentours de 1820 sur les murs mêmes de sa maison, La procession à l'ermitage Saint-Isidore, menée par des masques grotesques, serpente au milieu d'un paysage envahi de ténèbres. »

« Entre-temps, les Lumières que chérit Goya ont engendré des monstres : 1789 a accouché de la Terreur, la grande armée de Napoléon a ravagé l'Espagne et l'absolutisme de Ferdinand VII a succédé à la monarchie éclairée de son père Charles IV. »

« Celui qui reste "peintre de la Chambre du roi" a aussi été intimement éprouvé : sept de ses enfants sont morts en bas âge – seul l'un d'eux, Javier, lui survivra – et à la suite d'une maladie foudroyante, il a totalement perdu l'ouïe ». 

« Témoin toujours curieux de son temps, il s'est détourné de la commande pour plonger en lui-même toujours plus profondément et réinventer son art ».
 
« Entre les lieux de sa vie et la contemplation de son œuvre foisonnante, José Luis López-Linares (Le mystère Jérôme Bosch) et Jean-Claude Carrière nous invitent à cheminer en compagnie d'un génie intensément humain. »

Le documentaire a pour titre celui de l'eau-forte "El sueño de la razon produce monstruos" ("Le sommeil de la raison produit des monstres"), gravure de la série Los caprichos de Goya ayant le numéro 43 dans la série des 80 gravures éditées en 1799.


« Féru de peinture et de culture espagnole, Jean-Claude Carrière invite à une balade intimiste dans l’univers en clair-obscur de Francisco de Goya y Lucientes. Manière, une fois encore, de partager son insatiable appétit d’histoires et d’images. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène ».

« Vous avez déjà écrit, avec Milos Forman, un film sur Goya (Les fantômes de Goya, 2005). Pourquoi y revenir ?
Jean-Claude Carrière : Il y a tant à dire sur ce peintre. Dans l’histoire de l’art pictural espagnol, deux périodes s’avèrent particulièrement foisonnantes : les XVIe et XVIIe siècles avec Le Greco, Ribera, Velázquez, et le début du XXe avec Picasso, Dalí, Miró. Entre les deux, il y a Goya, absolument seul dans son temps : une singularité extraordinaire, tout comme le sont ses contradictions. Peintre officiel de cour, Goya était aussi un artiste sans concession, qui a peint dans sa maison des créatures monstrueuses, le reflet sidérant de son âme. Je voulais montrer la place unique de cet homme dans une époque tumultueuse, assourdissante, au cours de laquelle il a d’ailleurs lui-même perdu l’ouïe. Ce "regard du sourd" me fascine.

Le film propose une approche sensible, très incarnée…
Je ne suis ni historien de l’art ni critique. Pour le réalisateur José Luis López-Linares comme pour moi, il était impensable de faire sur Goya un documentaire académique. Mais comment faire des images en mouvement sur la peinture, immobile par définition ? J’avais déjà tenté cet intéressant défi avec Milos Forman, ainsi qu'avec Julian Schnabel, à propos de Van Gogh (At Eternity’s Gate, 2018). Il faut essayer d’entrer dans la main de l’artiste pour comprendre sa manière de peindre. En l’occurrence, Goya résiste à cette exploration ! Plus il vieillit, plus il s’enferme en lui-même, devenant impénétrable. En se rendant sur les lieux où il a vécu, et bien sûr à travers son œuvre, nous avons essayé de l’approcher d’aussi près que possible.

Qu’avez-vous découvert de nouveau au fil de ce voyage ?
Des émotions, principalement. Me retrouver dans la maison natale de Goya dans le village de Fuendetodos, en Aragon, assis au pied de cette cheminée qui ressemble de façon troublante à celle de la maison de mon enfance, m’a beaucoup touché. Au cours de ce tournage, nous avons vécu des moments excitants, mystérieux, avec parfois la sensation de la présence du peintre parmi nous. Nous avons eu la grande chance de pouvoir tourner au musée du Prado et de pénétrer dans le palais des ducs d’Albe, une des plus anciennes lignées aristocratiques d’Espagne. C’est un lieu rempli d’œuvres extraordinaires et d’histoires incroyables, qui pourtant n’a rien d’un musée, et son atmosphère très intime rend l’énigmatique Goya étonnamment proche. »

Fondation Beyeler
« 275 ans après sa naissance, la Fondation Beyeler consacre à Francisco de Goya (1746–1828) l’une des expositions les plus importantes à ce jour. Goya est à la fois l’un des derniers grands peintres de cour et le premier précurseur de l’art moderne, créateur tant d’impressionnants portraits que d’univers picturaux énigmatiques hautement personnels. C’est précisément dans cette contradiction irréductible que réside la fascination magique exercée par son œuvre. »

Pourquoi la Fondation Beyeler a-t-elle rédigé ses documents en écriture inclusive ?

« La carrière de Goya, longue de plus de 60 ans, couvre la période du rococo au romantisme. Il représente des saints et des criminels, des sorcières et des démons, ouvrant un portail sur des mondes dans lesquels les frontières entre réalité et imaginaire s’estompent. Dans son art, Goya s’affirme comme un observateur lucide et incisif du drame qui se joue entre raison et déraison, rêves et cauchemars. »

« L’exposition réunit environ 70 tableaux et plus de 100 dessins et gravures d’exception, conviant les visiteuses et les visiteurs à une rencontre avec le beau tout comme l’insondable. Pour la première fois, des tableaux de collections privées espagnoles rarement donnés à voir côtoient dans les espaces de la Fondation Beyeler des œuvres maîtresses en provenance de collections privées et de musées européens et américains de tout premier plan. »

«. Aujourd’hui comme du vivant de l’artiste, l’oeuvre de Goya donne à vivre une expérience sensorielle et intellectuelle unique. Depuis deux siècles, son oeuvre complexe et ambigu constitue pour de nombreux•ses artistes un repère et une référence incontournables. » 

« Francisco de Goya y Lucientes (1746–1828) occupe dans l’histoire de l’art européen une position paradoxale en tant qu’un des derniers grands peintres de cour d’une part et annonciateur de la figure de l’artiste moderne d’autre part. Afin de permettre au public d’apprécier la singularité profonde de son activité créatrice, qui couvre la période du rococo tardif au romantisme, et de rendre justice à la richesse formelle et thématique de son oeuvre peint, dessiné et gravé, l’exposition présente tout l’éventail des genres et des sujets de prédilection de Goya. Conçue de manière chronologique, elle réunit des tableaux de représentation grand format tout comme des pages de carnets de croquis, mettant l’accent sur l’œuvre tardif de l’artiste. »

« L’exposition de la Fondation Beyeler donne à voir d’une part le peintre de cour et d’autre part le créateur d’univers picturaux énigmatiques et inquiétants, son oeuvre sacré comme son œuvre profane, ses représentations du Christ et de sorcières, ses portraits et ses peintures d’histoire, ses natures mortes et ses scènes de genre. Outre des tableaux réalisés pour le compte de la maison royale, de l’aristocratie et de la bourgeoisie, l’exposition présente des oeuvres que Goya crée dans un espace de liberté artistique conquis à la force de sa volonté et de son talent, parmi elles des peintures de cabinet souvent réservées à un cercle intime. Dans l’histoire de l’art européen, Goya est l’un des premiers artistes qui s’élève avec une opiniâtreté rebelle contre les dogmes et les règles qui entravent la création artistique, plaidant au contraire pour l’impulsivité et l’inventivité de l’artiste («capricho» et «invención»). »

« Parmi les temps forts de l’exposition figurent le portrait de la duchesse d’Albe (1795) et l’emblématique Maja vêtue (La maja vestida, 1800–1807), tout comme deux tableaux rarement exposés en provenance de collections privées européennes, Maja et Célestine au balcon et Majas au balcon, que Goya peint entre 1808 et 1812. Autre particularité de l’exposition : des peintures de genre de petit format détenues pour la plupart dans des collections privées espagnoles et à ce jour rarement montrées hors d’Espagne. Dans ces tableaux, Goya – de même que dans ses dessins et ses gravures – donne libre cours à ses inspirations intimes. Pour la première fois depuis son unique présentation à ce jour au Museo Nacional del Prado, le public pourra ainsi découvrir à la Fondation Beyeler la série complète de huit peintures d’histoire et de genre qui nous sont parvenues de la collection madrilène du marquis de la Romana. Elles sont accompagnées des quatre célèbres panneaux dépeignant des scènes de genre de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando à Madrid, prêts d’une grande rareté. »

« Dans ses scènes de genre et ses peintures d’histoire, Goya dépeint des incidents de la vie quotidienne sociale, politique et religieuse mouvementée des Espagnoles et des Espagnols aux alentours de 1800. »

« Parmi les décors récurrents de ces scènes figurent les marchés et les arènes, les prisons et les institutions ecclésiastiques, les asiles de fous et les tribunaux de l’Inquisition. Les sorcières constituent également un motif majeur, par lequel Goya illustre la superstition de son temps. Outre un groupe de gravures des Désastres de la guerre (Los desastres de la guerra, 1811–1814), l’exposition présente une sélection de planches de la série des Caprices (Los caprichos) parue en 1799, parmi elles la célèbre gravure no. 43 au titre éloquent Le Sommeil de la raison enfante des monstres, qui reflète le constat mélancolique et résigné de Goya que ni la raison ni l’ironie et le sarcasme ne peuvent lutter contre la déraison. L’univers pictural énigmatique et insondable de Goya lui vaut une grande estime depuis le romantisme français au début du 19ème siècle. Parmi les artistes de la modernité, Pablo Picasso et Joan Miró, Francis Bacon et les surréalistes ont éprouvé une affinité profonde avec son art. Goya constitue aussi une référence importante pour de nombreux•ses artistes contemporain•e•s, dont Marlene Dumas et Philippe Parreno. »

« À la demande de la Fondation Beyeler, le célèbre artiste français Philippe Parreno (*1964) a réalisé un film basé sur la série emblématique des Peintures noires (Pinturas negras, 1819–1824), montré en première dans le cadre de l’exposition. Les 14 peintures murales se trouvaient à l’origine dans la demeure de Goya en périphérie de Madrid et n’étaient probablement pas destinées à être montrées en public. Conservées aujourd’hui dans la collection du Museo Nacional del Prado à Madrid, les oeuvres sont si fragiles qu’elles ne peuvent pas quitter le musée. »

« Pour la première fois, des tableaux de collections privées espagnoles, rarement donnés à voir et n’ayant pour certains jamais changé de main, côtoient dans les espaces de la Fondation Beyeler des œuvres maîtresses en provenance de collections privées et de musées européens et américains de tout premier plan. Les prêts proviennent d’éminents musées tels le Museo Nacional del Prado, le Museo Thyssen-Bornemisza, la Fundación Lázaro Galdiano et la Fundación Casa de Alba, tous à Madrid, le Musée du Louvre à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, la National Gallery à Londres, les Gallerie degli Uffizi à Florence, la National Gallery of Ireland à Dublin, la Sammlung Oskar Reinhart «Am Römerholz» à Winterthur, le Minneapolis Institute of Art et le Museum of Fine Arts à Houston. »

« L’exposition Goya a été organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Museo Nacional del Prado, Madrid, et développée par Isabela Mora et Sam Keller. Elle est placée sous le commissariat de Martin Schwander, Curator at Large, en collaboration avec Gudrun Maurer, Scientific Advisor. La gestion du projet a été assurée par Ioana Jimborean et Fiona Hesse, Associate Curators. »

« Un catalogue d’exposition est publié en allemand et en anglais au Hatje Cantz Verlag, Berlin, et en espagnol aux Ediciones El Viso, Madrid. Il réunit des articles d’Andreas Beyer, Helmut C. Jacobs, Ioana Jimborean, Mark McDonald, Manuela B. Mena Marqués, José Manuel Matilla, Gudrun Maurer, Martin Schwander et Bodo Vischer. L’introduction a été rédigée par Colm Tóibín, écrivain irlandais lauréat de nombreux prix. »


« 30 mars 1746 Francisco José de Goya y Lucientes naît à Fuendetodos, dans la province de Saragosse, d’un père doreur.
Il reçoit sa première formation à Saragosse auprès du peintre baroque José Luzán.
1763 Premier voyage à Madrid.
1763 – 1771 Goya devient l’assistant de Francisco Bayeu, peintre de la Cour et directeur de la peinture à l’Académie royale des Beaux-Arts de San Fernando, à Madrid.
1769 Séjour d’études à Rome à ses propres frais ; réalisation d’un premier carnet d’esquisses, le Cuaderno italiano (Cahier italien).
1771 – 72 Premières fresques pour la coupole de la basilique El Pilar à Saragosse (achevée en 1780-1781).
25 juillet 1773 Épouse Josefa Bayeu, la soeur de Francisco Bayeu.
1774 S’installe à Madrid, où il travaille pour la Fabrique royale de tapisseries de Santa Bárbara ; cartons pour plusieurs séries de tapisseries murales. Début d’ascension professionnelle et sociale.
Publication d’une série d’environ onze eaux-fortes d’après des oeuvres de Velázquez.
1780 Après plusieurs tentatives infructueuses (1763, 1766), Goya est admis à l’Académie royale des Beaux-Arts de San Fernando, à Madrid. Le tableau Le Christ en croix est à l’origine de ce témoignage de reconnaissance publique.
2 décembre 1784 Naissance de Francisco Javier, le seul enfant de Goya qui survivra († 1854).
mai 1785 Goya est nommé professeur de peinture à l’Académie royale des Beaux-Arts de San Fernando à Madrid.
Premières commandes pour les directeurs de la Banco de San Carlos nouvellement fondée (aujourd’hui Banco de España) et pour les familles aristocratiques Medinaceli et Osuna. Le couple puissant et influent que forment le duc et la duchesse d’Osuna soutiendra le peintre pendant de nombreuses années.
1786 Goya est nommé « Peintre du Roi » (« Pintor del Rey »).
avril 1789 Goya est nommé « Peintre de la Cour » (« Pintor de Cámara ») sous Charles IV.
1792 – 93 Voyage en Andalousie, où il tombe gravement malade et perd l’ouïe.
fin 1793 Pour régler ses frais médicaux, Goya met en vente une série de petites peintures sur fer-blanc. Il y laisse libre cours à ses conceptions artistiques et à son inventivité.
1795 Après la mort de Francisco Bayeu, Goya est nommé directeur de l’Académie royale des Beaux-Arts de San Fernando (« Director de pintura »).
Premiers dessins préparatoires pour la série des eaux-fortes des Caprichos.
1796 Voyage en Andalousie, séjours à Séville, Cádiz et Sanlúcar, domaine de la duchesse d’Alba.
avril 1797 En raison de sa surdité persistante, Goya démissionne de ses fonctions à l’Académie ; il est nommé « directeur honoraire » (« Director honorario »)
juin 1798 Tableaux de cabinet (scènes de sorcières) pour la duchesse d’Osuna.
août 1798 Réalise les fresques du plafond de la chapelle San Antonio de la Florida, à Madrid.
février 1799 Publication de la série des Caprichos 
octobre 1799 Goya est nommé « Premier Peintre de la Cour » (« Primer pintor de Cámara »)
1799 – 1800 Goya est chargé de réaliser des portraits d’apparat du roi et de la reine, ainsi qu’un tableau monumental de la famille royale.
avril – mai 1800 Portrait de la comtesse de Chinchón, fille de l’infant Don Luis, alors banni de la Cour. Elle avait été mariée en 1797 à Manuel Godoy, afin d’intégrer celui-ci à la famille royale. Godoy est à cette époque, avec le roi lui-même, le principal mécène de Goya.
juillet 1803 Goya offre au Roi les matrices des gravures des Caprichos ; en retour, celui-ci accorde à son fils Javier une bourse d’études.
1803 Décès de Martín Zapater. Goya et Zapater furent liés toute leur vie par une étroite amitié, comme l’atteste leur correspondance, dont seules subsistent cependant les lettres du premier.
1806 Naissance de l’unique petit-enfant du peintre, Mariano (†1874).
1808 Portrait équestre de l’héritier du trône Ferdinand VII.
octobre 1808 Goya est envoyé en mission officielle à Saragosse pour dessiner des vues de la ville en ruines, après deux mois de siège par des troupes françaises durant l’été 1808.
1810 Début du travail sur la série d’eaux-fortes Les Désastres de la guerre, qui restera inédite de son vivant.
1812 Mort de l’épouse de Goya, Josefa.
août 1812 Après l’entrée des troupes anglaises dans Madrid, sous le commandement de Sir Arthur Wellesley, Goya réalise un portrait équestre du général britannique.
Il avait peint dès 1810 des portraits pour des commanditaires français. On n’a pas pu établir si Joseph Ier, le frère de Napoléon Bonaparte, figure parmi ces derniers.
mai 1814 Goya et son fils Javier, lequel touche depuis 1806 une rente royale, sont soumis à un examen politique. L’artiste est rétabli dans ses fonctions de Premier Peintre de la Cour, et les deux hommes se voient garantir le maintien de leurs revenus.
mars 1815 Goya est auditionné par l’Inquisition à propos de deux tableaux jugés obscènes, La Maja vêtue et La Maja nue, qui font partie de la collection de Manuel Godoy.
Goya représente dans un tableau monumental l’assemblée générale de la Compagnie royale des Philippines, l’une des principales sociétés de commerce colonial avec l’Extrême-Orient et l’Amérique latine.
1816 Publication de la série d’eaux-fortes Tauromaquia, consacrée à l’histoire de la tauromachie. Poursuite du travail sur la série satirique Disparates (« folies » ou « absurdités »), qui ne sera pas publiée de son vivant.
1819 Goya acquiert la Quinta del Sordo (le Domaine du Sourd) à la périphérie de Madrid.
Deux salles de la demeure sont décorées de peintures murales, appelées les Peintures noires.
fin 1819 Goya tombe gravement malade et ne se rétablit que de justesse, grâce aux soins de son médecin Eugenio Arrieta.
Le tableau d’autel La Dernière Communion de saint José de Calasanz est la dernière commande ecclésiastique et publique exécutée par Goya.
Goya expérimente la toute nouvelle technique de la lithographie dans l’atelier fondé à Madrid par José Maria Cardano.
septembre 1824 En raison des répressions menées sous Ferdinand VII, Goya choisit de s’exiler à Bordeaux, où il s’installe avec Leocadia Zorrilla y Galarza (1788–-1856), une cousine de sa défunte épouse Josefa, et les deux enfants de sa compagne, Guillermo et Rosario.
L’artiste travaille sur ses Albums G et H, qu’il poursuivra jusqu’à sa mort.
novembre – décembre 1825 Publication du cycle de quatre lithographies, Taureaux de Bordeaux, réalisées dans l’atelier de Cyprien Gaulon.
mai 1826 Voyage à la Cour de Madrid, où il sollicite sa mise à la retraite sans perte de revenus.
été 1827 Dernier voyage à Madrid.
16 avril 1828 Goya meurt à l’âge de 84 ans. Il est enterré à Bordeaux, au cimetière de la Chartreuse. »


« Expérience Goya »
Expérience Goya
« est une grande exposition d’un genre nouveau qui vous plonge dans l’univers de Goya, génie du beau et de l’étrange. »
« Avec plus de 80 oeuvres originales dont la moitié signées du maître espagnol et un grand nombre d’œuvres numérisées, cette exposition propose au visiteur une expérience immersive, esthétique et sensorielle (vidéos, ambiances sonores…) au coeur de l'acte de création et des sources d'inspiration de l'artiste. »
« Partant de la vie et de l’oeuvre du peintre, Expérience Goya raconte l’histoire extraordinaire de deux chefsd'œuvre énigmatiques du palais des Beaux-Arts de Lille, Les Vieilles et Les Jeunes de Francisco de Goya (1746-1828). Ces deux tableaux entrés dans les collections du palais des Beaux-Arts de Lille il y a près de 150 ans n’ont en effet pas encore révélé tous leurs secrets. Goya les réalise au début du XIXe siècle, durant des temps troublés (la guerre entre la France et l’Espagne), où son regard acéré trouve sa pleine mesure. »
« Présentant des prêts exceptionnels signés de l’artiste (peintures, dessins et gravures), choisis pour leur rapport avec Les Vieilles et Les Jeunes, l’exposition propose également de découvrir la fascinante postérité de Goya du XIXe siècle (Delacroix, Manet, Ensor) au XXIe siècle (Salvador Dalí, Henri Cartier-Bresson, les frères Chapman) ainsi que dans le cinéma (Federico Fellini, Sergio Leone, Guillermo del Toro…). »
« Au coeur d’un tel théâtre d’images, Les Vieilles et Les Jeunes, qui inspirent autant de questions que de théories, laisseront ainsi le loisir au visiteur-acteur d’en développer sa propre interprétation. »
« Expérience Goya est un voyage au coeur de l’oeuvre et de l’âme de Goya et, pour la première fois, une exposition écoresponsable pour laquelle le musée s’est imposé des règles strictes en matière de développement durable. »


« Francisco de Goya - Le sommeil de la raison » de José Luis López-Linares
France, 2017, 52 min
Coproduction : ARTE France, Ligne de Front, Mondex & Cie
Sur Arte le 28 novembre 2021 à 15 h 55
Disponible du 21/11/2021 au 26/01/2022
Visuels : © Lopezli Films

Du 10 octobre 2021 au 23 janvier 2022
Baselstrasse 101
CH-4125 Riehen/Basel
Tél. : +41 61 645 97 00
Tous les jours 10h00–18h00, le mercredi jusqu’à 20h00
Visuels :
FRANCISCO DE GOYA, LA MAJA VESTIDA, 1800-1807
huile sur toile
95 x 190 cm
Museo Nacional del Prado, Madrid
© Photographic Archive. Museo Nacional del Prado. Madrid


Du 15 octobre 2021 au 14 février 2022
Place de la République. Lille
Tél. : +33 (0)3 20 06 78 00
Le lundi : 14h - 18h, du mercredi au dimanche : 10h - 18h
Fermé les mardis, le 1er novembre, le 25 décembre et le 1er janvier

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Les citations sont d'Arte et du communiqué de presse de l'exposition à la Fondation Beyeler