jeudi 29 décembre 2016

Des dirigeants communautaires français problématiques et l'Etat d'Israël


Absence de réaction en 2009 devant une carte représentant la "Palestine" englobant l'Etat d'Israël, rencontre avec l'antisémite révisionniste Mahmoud Abbas (Abou Mazen) en 2010, soutien non inconditionnel à cet Etat, interrogations sur la nécessité de la reconnaissance d'Israël comme un Etat Juif par les Palestiniens, repères sionistes mouvants, voire perdus, adhésion au narratif anti-israélien, refus de rencontrer Naftali Bennett, ministre israélien, défense des droits des "Arabes Palestiniens", absence de condamnation de la France après son vote stigmatisant les "colonies" au Conseil de sécurité de l'ONU... C'est aussi dans le rapport à l'Etat d'Israël que des dirigeants communautaires s'avèrent souvent problématiques. En plus des trois articles infra sur Pierre BesnainouRoger Fajnzylberg et Gil Taieb, d'autres articles étofferont cette série sur un leadership communautaire français problématique, et à laquelle sera adjointe une série sur des intellectuels français Juifs problématiques, tel Jacques Attali
Gil Taieb, vice-président du CRIF et du FSJU, membre du Conseil du Consistoire de Paris Ile-de-France, etc.
Des dirigeants communautaires français problématiques et l'Etat d'Israël

Manque de stratégie, absence de constance dans leur ligne d'actions, attitude "politiquement correcte", réticences à défendre systématiquement l'Etat d'Israël, perte de repères sionistes induisant une confusion idéologique, spirituelle et mentale... Tout cela contribue à expliquer des actes problématiques de dirigeants et d'organisations communautaires français.

« Dessine-moi la Palestine… »

En 2009, alors directrice de l’American Jewish Committee (AJC, cette organisation américaine Juive est dirigée par David Harris)-France, Valérie Hoffenberg, est nommée, par le Président Nicolas Sarkozy, Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient.

Premier événement majeur de son action : Construire la paix, les jeunes Israéliens et Palestiniens s’engagent (19-23 septembre 2010). Agés de 15 à 18 ans, encadrés par l’organisation Kids Creating Peace, 22 Israéliens et Arabes palestiniens, venant d’Israël et des territoires disputés, ont présenté à Paris leur vague « plan de paix » en présence d’invités politiques, diplomatiques et communautaires célèbres et dans des lieux prestigieux : Assemblée nationale - le député Jean-François Copé (UMP) a assisté brièvement à la séance -, ministère de l'Education nationaleministère des Affaires étrangères, UNESCO, mairie du XVIe arrondissement de Paris dont le maire est Claude Goasguen, lycée Janson de Sailly, etc.

Une série de rencontres verbeuses déclinant en modèle pour Israéliens et Palestiniens la paix entre la France et l’Allemagne depuis 1945. 

Réunis en un « patchwork » qualifié de « chef d’œuvre » par Valérie Hoffenberg, les dessins de ces jeunes ont été exposés le 21 septembre 2010, 9e Journée internationale de la paix, lors d’une cérémonie au siège du ministère français des Affaires étrangères.

Valérie Hoffenberg y a salué les VIP présents : les ambassadeurs d’Israël – Daniel Shek - et d’Egypte, le représentant de l’Autorité palestinienne à Paris Hael Al Fahoum, des diplomates français et des responsables du ministère israélien de l’Education. 

Assistaient aussi à cette cérémonie la fine fleur de la communauté Juive française institutionnalisée, dont l’OSE (Œuvre de Secours aux Enfants [1]), une des partenaires/sponsors du Peace Plan et une des organisations françaises Juives majeures, présidée par Jean-François Guthmann et dont le directeur général était alors Roger Fajnzylberg, bref délégué général de la Fondation OSE-MES (Mémoire Enfance Solidarité) abritée par la Fondation du judaïsme français (FJF)

On trouve le nom de Roger Fajnzylberg dans un appel de Confluences publié dans Le Monde (7 novembre 1996) "grâce aux contributions des signataires". Promu par les Amis de La Paix Maintenant, cet appel s'indigne des "déclarations d'intransigeance de M. Netanyahou et son souhait affiché d'imposer la paix dans l'annexion...  la tentative de créer une situation irréversible par le renforcement des implantations ou la judaïsation de Jérusalem-Est". Curieusement, cet appel partial n'évoque pas l'enseignement de la haine d'Israël dans les manuels scolaires palestiniens, les victimes en Israël du terrorisme palestinien soutenu par l'Autorité palestinienne, etc.


L’un de ces dessins d'adolescents en 2010 était particulièrement éloquent : la « Peace » (Paix) était illustrée par une carte d’Israël aux couleurs du drapeau palestinien et surplombée par le drapeau français.

C’est la Palestine souhaitée par Mahmoud Abbas (Abou Mazen), par l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et par le Hamas.


 Celle qui apparaît dans le logo figurant sur les sites Internet de la délégation de la Palestine aux Nations unies ou de la mission de Palestine en France - ce titre "mission" correspond au rehaussement de cette représentation diplomatique voulu par la France.

Nul n’a manifesté alors la moindre surprise ou indignation devant ce dessin d’un « ambassadeur de paix ». Indifférence dédaigneuse à l’égard de dessins de jeunes ? Approbation tacite de cette « Peace », si conforme à la "politique arabe" de la France  ? Myopie ? Naïveté ? Incompétence ? Indulgence ? Cynisme ? Souhait de ne pas s’aliéner la Représentante nommée par le Président Sarkozy ? Cécité par fascination du mot « paix » ?


Rencontre avec le révisionniste Abbas
Dans sa thèse soutenue en Union soviétique (1982) et dans son livre (1984), Mahmoud Abbas (Abou Mazen) a allégué de manière infondée que les Juifs sionistes auraient été complices des Nazis dans la commission de la Shoah, dont il doutait du nombre de victimes Juives. 

Des mensonges largement diffusés par l'Autorité palestinienne qui persiste à diffuser des émissions négationnistes, à nier dans ses manuels scolaires la Shoah et à refuser d'évoquer l'alliance et la complicité entre le grand mufti de Jérusalem al-Husseini et Hitler dans la Solution finale. 


C'est pourtant ce révisionniste, cet antisémite, cet ennemi de l'Etat Juif, qu'ont rencontré, lors de sa visite en France en septembre 2010, de nombreux dirigeants communautaires français, dont Richard Prasquier, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) le 27 septembre 2010,  Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, Arielle Schwab, alors présidente de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), Nicole Guedj, ancienne secrétaire d’Etat de Chirac, René Sirat, ancien Grand Rabbin de France, et des personnalités Juives françaises : les journalistes Jean-Pierre Elkabach et Ruth Elkrief, Valérie Hoffenberg et Simone Rodan-Benzaquen, deux déléguées successives de l’American Jewish Commitee (AJC) à Paris, et le professeur de l’Ecole Polytechnique Alain Finkielkraut. Sans apparemment évoquer cette thèse révisionniste. 


Cette rencontre avait soulevé une polémique. Le 28 septembre 2010, Richard Prasquier publiait sur le site Internet du CRIF un texte relatant "quelques moments significatifs" de sa rencontre d'"une heure et quart dans la suite [d'Abbas/Mazen] à l'hôtel Meurice le lundi 27 septembre 2010". Les trois thèmes développés par Richard Prasquier : "la reconnaissance de la centralité de Jérusalem dans la spiritualité juive, la reconnaissance d'Israël comme Etat du peuple juif et le remplacement de la culture de la haine par une éducation au respect". Rien sur le révisionnisme de l'Autorité palestinienne, et de son président !? Il faut croire que cet article n'avait pas éteint la controverse, puisque le 7 octobre 2010, le Comité directeur du CRIF avait soutenu cette rencontre de son président. Et ce, à l'unanimité. Mazette !

Des ministres israéliens rencontrent Abbas, alors pourquoi pas des dirigeants communautaires français, me direz-vous ? Doit-on imiter les gouvernements israéliens quand ils commettent des fautes politiques et cèdent à diverses pressions ? Aucune contrainte ne pesait sur ces dirigeants communautaires français en 2010.

Quant à l'UEJF, elle a déclaré l20 octobre 2014 à propos de l'essai d'Eric Zemmour, Le suicide français : "L’apologie du régime de Vichy et la contestation des crimes de l’Occupation procèdent d’une confusion des valeurs permanentes".  Rencontrer Abbas/Mazen ne relevait-il pas aussi d'une confusion des valeurs et d'une faute stratégique ? 

Soutien inconditionnel à Israël ?
En mai 2013, Roger Cukierman, élu président du CRIF le 23 mai 2013, a déclaré que "même si nous soutiendrons toujours Israël, nous devons adopter un profil bas sinon les gens continuerons à nous voir comme l'arrière-salle de l'ambassade d'Israël, et nous perdrons toute crédibilité en France". Une idée exprimée aussi par le candidat François Guguenheim lors de la campagne électorale pour la présidence du CRIF en mai 2013.


Une position réitérée le 9 décembre 2013, auprès de journalistes, par Roger Cukierman qui veut "changer l'image du Crif, casser l'impression d'une institution fermée sur elle-même, composée de fachos sionistes, défendant inconditionnellement l'Etat d'Israël. Cette image ne correspond pas à la réalité... Il faut cesser d'apparaitre comme la deuxième ambassade d'Israël en France, car cela nuit à notre combat contre l'antisémitisme ». Bref, de la comm', un souci d'image...

Le 19 décembre 2013, rappelant que les statuts du CRIF prévoient la défense de l'État d'Israël, Me Gilles-William Goldnadel, président de l'association France-Israël, lui répondait via des médias communautaires : "Il s'agit, ni plus ni moins que d'une capitulation intellectuelle et morale dont nos adversaires vont pouvoir exulter et les amis d’Israël désespérer tout aussi légitimement. par hypothèse intellectuelle absurde, s'il fallait pour des raisons tactiques s'asseoir sur les principes pour sauver l'essentiel, j'écris ici, que cette tactique serait mauvaise... Car le Moloch du terrorisme intellectuel qui s'acharne sur Israël et les juifs ne se contente pas de demi-mesures. Dans ces mêmes colonnes, la semaine dernière, mon ami Alain Finkielkraut reconnaissait : « Les juifs, de plus en plus, doivent s'excuser d'Israël, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, et cela ne suffit jamais. Je suis sans cesse ramené à ma défense d'Israël, critiqué moi-même pour ma défense d'Israël alors que je suis signataire de J Call… Cela ne suffit pas. Au fond, viendra le jour où, pour que les juifs redeviennent acceptables, il faudra qu'ils se désolidarisent solennellement d'Israël »... Tous les actes et discours d'antisémitisme perpétrés contre la communauté juive de France ont pour toile de fond la détestation de l'État du peuple juif ».


Reconnaissance d'Israël comme Etat Juif
Alors que, lors de la conférence de l'AIPAC du 4 mars 2014, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a insisté pour que Mahmoud Abbas reconnaisse l'Etat d'Israël en tant qu'Etat Juif, Roger Cukierman a déclaré le 14 mars 2014, sur Radio J, qu'il estimait secondaire cette reconnaissance par l'Autorité palestinienne.  Pour le président du CRIF, "le vrai débat, c'est le problème des frontières, c'est Jérusalem". 

Le 25 mars 2014, à quelques jours de la fin de son mandat de huit ans à la présidence du FSJU (Fonds social juif unifié), Pierre Besnainou  s'est opposé, sur RCJ, radio de la fréquence Juive francilienne soutenue par le FSJU, à ce que le Premier ministre israélien mette la reconnaissance d'Israël en tant qu'Etat Juif "comme condition préalable". 


Proche de Shimon Peres, il a interrogé : "Cela changerait-il quoi que ce soit pour moi qu'Abbas reconnaisse l'Etat Juif ?", et a insisté : "Sans Etat palestinien, l'Etat d'Israël ne peut pas et ne sera pas être un Etat Juif". 

Ainsi que l'a souligné le journaliste David Hazony, "accepter l'Etat Juif, c'est créer les conditions minimales d'une fin du conflit. C'est le problème central" quand des foules arabes ont tué des Juifs désarmés, notamment à Hébron (1929), quand les Etats Arabes ont refusé le plan de partition onusien de la Palestine mandataire (1947) créant en particulier un Etat Juif, quand en 1964 l'OLP fut créée pour "éliminer le sionisme en Palestine", quand après la guerre des Six-jours (1967) huit Etats arabes ont déclaré le "triple Non" de Kartoum, etc. Et "c'est là le défi d'Israël : en reconnaissant la légitimité d'Israël, l'islam acceptera le principe de l'égalité des hommes et des peuples et abolira le jihâd et la condition de dhimmi. Et s'il le fait pour les Juifs, il le fera pour les Chrétiens et le reste de l'humanité" (Bat Ye'or). 

Sur ce clivage entre l'Etat d'Israël et le leadership communautaire, se greffe un fossé croissant entre celui-ci et les Français Juifs lambda qui, informés, savent d'une part à quel point il est crucial que les "Arabes palestiniens" et, au-delà, les mondes arabe et/ou musulman reconnaissent au plus tôt, et non pas en fin de négociation, l'Etat d'Israël en tant qu'Etat Juif, et d'autre part que les négociations actuelles n'amèneront à aucune paix, car elles ne sont qu'une des batailles de la "guerre d'Oslo".

"Trop extrémiste" 
Le 31 octobre 2014, JSSNews publiait l'article Sacha Reingewirtz, Président de l’UEJF, humilie les Juifs de France. Il alléguait que ce dirigeant communautaire aurait refusé fin septembre 2014 de rencontrer Naftali Bennett, ministre israélien de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi et chargé de la Diaspora, président du parti sioniste religieux Habayit Hayehudi (Foyer Juif), lors de sa récente visite à Paris. Naftali Bennett aurait souhaité rencontrer des représentants des étudiants français Juifs pour évoquer des problèmes cruciaux, tels les équivalences de diplômes ou l'antisémitisme sur des campus. Le motif de ce refus ? L'UEJF (Union des étudiants Juifs de France) aurait considéré Naftali Bennett comme « trop extrémiste ». Or, d'une part, cet épithète "extrémiste" est infondé, et surtout, d'autre part, une organisation d'étudiants Juifs français doit être neutre et respecter la démocratie israélienne. 


Curieusement, l'UEJF n'a pas répondu par un communiqué aux graves accusations de JSSNews. 

C'est sur Twitter que Sacha Reingewirtz, président de l'UEJF, a choisi de réagir le 31 octobre 2014. 

A 17 h, il twittait : "Mon soutien à Israël est connu.Je ne me laisserai pas impressionner par ceux qui se prétendent plus sioniste en mode chasse aux sorcières !"

A 17 h 04, il postait : "Je me bats sur tout les fronts, notamment dans les campus où nous emmenons des israéliens face à ceux qui dénigrent ou salissent Israël".

Et à 17 h 05, il ajoutait ; "Il n'y a rien d'humiliant à ne pas organiser des conférences pour Naftali Bennett. Chabbat Chalom à tous !" 

Certes, ce n'est pas "humiliant", mais c'est une faute gravissime. Organiser une telle conférence relevait du devoir de l'UEJF afin de permettre un débat instructif à maints égards pour ce ministre et les étudiants français Juifs. 

Le 2 novembre 2014, JSSNew publiait l'article Boycott d’un ministre israélien par l’UEJF: les étudiants réclament la démission de Sacha Reingewirtz. Il rectifiait  - il s'agissait d'une conférence, et non d'une rencontre - et mettait en cause le bureau exécutif de l’UEJF. Et de résumer : "Les deux seules personnes à qui l’UEJF refuse de parler sont Marine Le Pen et Dieudonné M’Bala M’Bala".


Le 5 novembre 2014, Sacha Reingewirtz signait l'article Etudiants Sionistes Juifs de France ! sur un blog du Times of Israel. Il y écrivait : "Le soutien à la démocratie israélienne est un combat de chaque instant pour les étudiants juifs de France". Il listait ensuite les combats de l'UEJF sur des campus universitaires contre les antisionistes, rappelait la présence de membres de l'UEJF en Israël lors de l'opération Bordure protectrice. Il concluait : "Nous rencontrons tout le monde en Israël, et surtout ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord. Je n’ai jamais refusé de voir un ministre israélien, et je rencontrerai les politiques de droite comme de gauche lors de mon prochain déplacement en Israël en décembre. Nous n’avons de leçon de sionisme à recevoir de personne. Les juifs n’ont certainement pas besoin d’une police de la pensée dans cette période de crise. Je dénonce la violence qui a été exprimée contre mon organisation et nos militants qui mènent jour après jour une lutte sans merci sur le terrain contre le boycott d’Israël dans les campus. A quoi jouent ceux qui font leurs choux gras de cette non-affaire, si ce n’est ajouter à la difficulté de la situation des juifs de France le malheur de la désunion ? Plus que jamais, nous devons nous retrouver autour de valeurs communes, et nous rassembler face aux menaces. En commémorant la mort du Premier ministre Rabin, assassiné il y a 19 ans, nous devons nous rappeler que la haine intestine est funeste aux défenseurs d’Israël". 

La critique, ce n'et pas la haine. Comment un sioniste peut-il organiser une conférence sur les droits des Palestiniens, et aucune sur les droits des Israéliens, des Juifs en Eretz Israël ?

Sacha Reingewirtz a éludé le point dérangeant, pour un panégyrique. Lamentable. Il n'a pas refusé de rencontrer Naftali Bennett ?! Alors que s'est-il passé ? Nous ne méritons pas une explication ?! N'est-ce pas le propre d'un ardent défenseur de la démocratie de rendre compte des actions entreprises dans le cadre de ses fonctions ? Sur Facebook, Sacha Reingewirtz et l'UEJF publient des photos sur la stèle à la mémoire des victimes du génocide à l'égard des Tutsis et Hutus modérés, sur le comédien Jacques Weber ou sur la ministre française de la Justice Christiane Taubira, et aucune sur cette rencontre avec Naftali Bennett. Pourquoi ?

C'est au pure player Alliance.fr (5 novembre 2014) et à Actualité juive hebdo (6 novembre 2014), qui, souffre de problèmes de distribution et n'a pas jugé utile de publier son article sur son site Internet, que Sacha Reingewirtz, "choqué", "abasourdi" par la violence de la polémique, a réservé ses explications. Il leur a indiqué n'avoir pas été invité par l'ambassade d'Israël en France à le rencontrer avec d'autres dirigeants communautaires - une faute de cette ambassade problématique ou une mise en cause injustifiée de l'ambassade par l'UEJF ? - et il a ajouté : "Lorsqu'on nous a demandé de lui organiser une conférence, j'ai simplement répondu que nous ne pouvions pas le faire à ce moment-là. On reçoit des dizaines de demandes d'organisation de conférences et il s'avère que, selon le contexte et le timing, il n'est pas toujours possible de les accepter" et "l’UEJF n’est pas un prestataire de conférence". Et de conclure que l'UEJF rencontre des ministres israéliens de tous bords, et prochainement le député israélien Yoni Chetboun du même parti que Bennett, en France et en Israël. La rencontre de l'UEJF avec le président Abbas/Mazen ? Y "étaient présents tous les dirigeants des institutions juives dont le président du CRIF", répond Sacha Reingewirtz à Alliance.fr. Quand bien même tous les autres dirigeants communautaires français l'auraient rencontré - or, je n'ai pas trouvé dans les médias mention de représentants du Consistoire de France, de SIONA ou du BNVCA, lors de cette rencontre -, ce n'est pas une raison. Et Sacha Reingewirtz d'alerter sur le danger d'"une police de la pensée". Mais la cette "police de la pensée" existe déjà dans les médias et conférences de la communauté juive institutionnalisée, notamment dans ceux de l'UEJF : nul orateur ne parle de "territoires disputés", de la conférence de San Rémo en 1920, etc.


Quand même ! L'UEJF a trouvé le temps d'annoncer sur Facebook le 30 octobre 2014 une conférence sur les droits des palestiniens à Sciences Po, lieu célèbre très demandé, le 5 novembre 2014, et n'a pas eu la réactivité pour organiser une conférence avec Naftali Bennett dans ce lieu, au Centre Edmond Fleg, dans une synagogue parisienne ou de proche banlieue !? C'est d'autant plus surprenant que la plupart de ces lieux communautaires sont vides en semaine, et auraient accueilli avec honneur un ministre israélien.

Pourquoi l'UEJF et son président ont-ils choisi cette communication tardive, insuffisante et piètre ? Un communiqué de presse dès la publication du premier article de JSSNews aurait mis un terme rapidement à la polémique.

Las ! Le 9 novembre 2014, JSSNews a persisté et signé dans l 'article Les mensonges de Sacha Reingewirtz sont-ils nés de l’esprit du « gourou » de l’UEJF, Judith Cohen-Solal ?. Et de citer un courriel de "la présidente de l’UEJF de l’Université Descartes (Salomé Choukroun) [expliquant] que la raison pour laquelle cette rencontre n’a pas été organisée, « c’est parce qu’il (ndlr/ Naftali Bennett) est d’extrême droite et que le message que porte son parti va à l’encontre des valeurs que portent l’UEJF. » Salomé Choukroun, Présidente de section de l’UEJF, sait de quoi elle parle quand elle justifie la décision prise par Sacha Reingewirtz… Ce dernier a donc menti en affirmant que « c’était un problème de temps, un problème organisationnel. Refuser d’organiser une conférence sur la reconnaissance des diplômes entre la France et Israël, quand on est l’UEJF, est, me semble t’il étrange… D’autant que l’organisation des étudiants amis d’Israël de HEC, elle, est partie à la rencontre de Naftali Bennett (et a accepté cette demande de rencontre organisée par l’Agence Juive sans réfléchir)".

Selon le cabinet du ministre cité par JSSNews, “l’ambassade d’Israel en France a bien expliqué au Président ce que voulait le ministre. Ne pas parler politique, mais uniquement des diplômes et de l’antisémitisme sur les campus.” Et notre source d’ajouter: “Et Monsieur Sacha Reingewirtz a refusé de rencontrer Monsieur Naftali Bennett sans prendre le moindre délais de réflexion. Cela a été un non ferme et définitif. Monsieur le ministre était très déçu de savoir qu’une organisation d’étudiants juifs qui se disent sionistes refuse de rencontrer un ministre de l’Etat d’Israël à cause d’un désaccord politique. Enfin, ce proche du Ministre ajoute : “Il faut que Monsieur Reingewirtz réalise l’énormité de ce qu’il dit. D’un côté, il refuse d’organiser une conférence avec Monsieur le ministre pour évoquer les sujets qui inquiètent les étudiants Juifs de France, et de l’autre il se dit prêt à rencontrer le ministre en privé à l’Ambassade pour parler politique… Tout ça alors que son bureau exécutif affirme ne pas avoir voulu nous rencontrer parce que nous n’étions pas politiquement corrects. Il faut croire qu’il est embrouillé dans sa tête. Il s’embourbe.” 


JSSNews citait Chloë, "une responsable du bureau de l’UEJF [qui] dans un échange de mail avec d’autres présidents" écrit : "Il me semble compliqué d’expliquer que nous ne voulons pas le recevoir car nous ne partageons pas ses opinions tout en étant reçu, comme j’ai pu l’être durant mes Universités d’été, par un membre du Fatah pour qui la terre d’Israël n’existait que sous le nom de Palestine". 

Selon JSSNews, la quinquagénaire Judith Cohen-Solal, surnommée “le gourou”, joue un rôle occulte mais déterminant dans le formatage des dirigeants de l'UEJF et leur alignement sur la ligne politique du parti travailliste et de La Paix Maintenant.

Finalement, le 13 novembre 2014, le CRIF publiait ce communiqué :
"Nous sommes atterrés par les attaques lancées depuis plusieurs semaines par un site populaire au sein de la communauté juive à l'encontre de l'UEJF et ses dirigeants.
Notre priorité doit être le combat de la haine antisémite et le soutien à Israël. Le déferlement de haine contre des organisations juives ne fait qu'apporter des armes à nos vrais adversaires.
Les attaques contre une institution juive déshonorent leurs auteurs dans une période où l'union de tous est nécessaire autour des valeurs du judaïsme et du sionisme".
Dernière question : est-il vrai que l'UEJF a mené, sans les prévenir, des étudiants français Juifs à la Moukata, à Ramallah, pour y rencontrer le terroriste Yasser Arafat, dont le mentor si admiré était le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, allié d'Hitler dans la Shoah ?  

Le long silence des médias et organisations communautaires à propos de ce scandale surprend. Comme d'habitude, cette occultation n'a pas permis d'éviter une affaire qui laissera des traces.

La perméabilité à cette "rumeur" révèle une image relativement dégradée de l'UEJF.

Je ne m'associe pas à une "chasse aux sorcières". Le 1er avril 2014, lors d'une conférence de l'UEJF, après que Guy Konopnicki a refusé de m'adresser la parole en prétextant que j'écrivais des "mensonges" sur les "salariés de l'ambassade d'Israël en France" qui "ne soutenaient pas comme je l'affirmais une exposition anti-israélienne" et m'a qualifiée d'"emmerdeuse", Sacha Reingewirtz m'a présentée ses excuses, et a eu des mots qui m'ont touchée. Il bénéficie de qualités morales pour diriger autrement, sans tutelle, et sur une voie sioniste efficace, l'UEJF. Un autre membre de l'UEJF m'a témoigné aussi de son soutien à l'issue de cette conférence et je l'en remercie publiquement. 

Force est de constater que, depuis quelques décennies, l'UEJF est ancrée à gauche, rencontre à Ramallah des personnalités palestiniennes hostiles à l'Etat d'Israël, défend souvent le narratif palestinien en prônant la solution à deux Etats - le "peuple palestinien" est une invention de la propagande arabe, l'Etat-nation est une aberration pour l'islam fondé sur l’oumma ou communauté des croyants aspirant au califat, l'OLP et le Hamas visent la destruction de l'Etat Juif -, etc.

C'est d'autant plus grave que d'anciens présidents de l'UEJF occupent des postes stratégiques de la communauté française Juive institutionnalisée : Yonathan Arfivice-président du CRIFancien conseiller de Richard Prasquier lors de son second mandat à la présidence du CRIF et secrétaire général adjoint de l'OSE dès le mandat de Roger Fajnzylberg,  Raphaël Haddad, coordinateur de la convention du CRIF du 13 janvier 2013 qui, dans un premier temps, avait "oublié" de mentionner Philippe Karsenty dans le programme de la convention du CRIF Demain les Juifs de France du 20 novembre 2011, etc. 

Et certains ont des engagements politiques, tel Patrick Klugman, Conseiller socialiste de Paris.

Les droits des Palestiniens
La conférence exceptionnelle, et en anglais, Droit des Palestiniens, perspectives juridiques et droits de l'homme, a été accueillie le 4 novembre 2014, à l'Espace Rachi-Guy de Rothschild, c'est-à-dire au siège du FSJU, du CRIF et d'autres organisations Juives françaises importantes. 


Et le 5 novembre 2014, c'est l'UEJF qui a organisé, au prestigieux Sciences Po, une conférence identique, avec les trois mêmes orateurs - Christy Anastas, Eli Hazan et Calev Myers - sur les droits des palestiniens (Palestinian Rights).

Le 17 juillet 2013, Calev Myers, un des trois orateurs de cette conférence, avait suggéré : "Nous avons besoin d'arrêter de nous disputer sur les droits du peuple Juif et commencer un nouveau discours public fondé entièrement sur les droits de l'homme des Palestiniens" (We need to stop quarreling about the rights of the Jewish people and begin a new public discourse, based entirely on the human rights of the Palestinians"). 

Quelle faute stratégique ! Il faut au contraire affirmer les droits du peuple Juif, souvent ignorés ou méconnus y compris parmi les Juifs français. Si les Juifs et l'Etat d'Israël ne le font pas, qui le fera ? Et de quels droits de l'homme des Palestiniens s'agit-il : le droit à un Etat ? le droit au retour en Israël ? 

Certes, la propagande arabe ou/et islamique est remarquablement faite et a bénéficié des expertises nazie et communiste, mais elle réussit d'autant plus aisément que l'histoire du peuple Juif et d'Eretz Israël est souvent occultée par les autorités politiques israéliennes et communautaires françaises. N'oublions pas les alliés et les relais, en particulier parmi les Juifs, de cette propagande anti-israélienne - idiots utiles, naïfs, ignares, cupides, lâches -, qui contribuent à sa diffusion auprès du public visé. 

Soulignons qu'une conférence similaire, mais sur les droits des Juifs ou des Israéliens en Eretz Israël, est inconcevable à l'Institut du monde arabe (Paris) ou à la Grande mosquée de Paris. Une conférence de Bat Ye'or sur le califat, ou la dhimmitude est inenvisageable à l'Espace Rachi.

Cette conférence sur les droits des Palestiniens marque un tournant majeur. Un infléchissement qui éloigne encore davantage ces organisations et leurs dirigeants des Juifs lambdas sionistes. C'est d'autant plus choquant qu'en cet automne 2014, l'Etat d'Israël déploie de multiples actions diplomatiques contre la reconnaissance unilatérale de la "Palestine" notamment par des pays européens - France, Grande-Bretagne, Suède, etc - et, plus généralement, à l'ONU. 

Aliyah
En 2004, quand Ariel Sharon, alors Premier ministre, avait tenu le discours classique des dirigeants sionistes en invitant les Français Juifs à faire leur aliyah "aussi vite que possible" pour "fuir antisémitisme des plus sauvages", la communauté française Juive institutionnalisée, à l'unisson du quai d'Orsay jugeant ces "propos inacceptables" et du parti socialiste, s'était récriée : l'immigration vers Israël est « une affaire d'ordre strictement privé ». "Haïm Korsia, le représentant du Grand Rabbin [de France] Joseph Sitruk, a déclaré que la question du départ des juifs de France « ne se pose pas» car, pour lui, parler de « juifs de France, cela ne veut rien dire, il y a des citoyens français qui sont juifs comme d’autres ont une autre religion ». Richard Prasquier, membre du bureau exécutif du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) a affirmé que l’appel à l’immigration lancé par Ariel Sharon jetait « de l’huile sur le feu de façon inacceptable ». Patrick Klugman, ancien président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et vice-président de SOS Racisme, a estimé que le Premier ministre israélien était «très mal informé de ce qui se passe en France». Quant à Théo Klein, le vice-président du Crif, il a conclu sous forme de message à Ariel Sharon : « Qu’il laisse la communauté juive française réagir sur les problèmes qui la concernent ».

Un comportement du leadership communautaire à mettre en parallèle avec le leur en 2002, quand ils s'indignaient des déclarations de leurs homologues américains inquiets devant l'inaction des autorités politiques françaises réticentes à lutter contre la résurgence brutale, à des niveaux inédits, du nombre d'actes antisémites, et quand ils défendaient les dirigeants politiques nationaux.

Un comportement de ces dirigeants qui évoque aussi, d'une certaine manière, celui de la communauté Juive vénézuélienne. Le 24 décembre 2005, le président vénézuélien, alors Hugo Chavez, avait tenu des propos antisémites - "Le monde appartient à tous mais une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, s'est emparée des richesses mondiales... Une minorité s'est appropriée l'or, l'argent, les minéraux, les bonnes terres et le pétrole de la planète. Cette minorité a concentré toutes les richesses dans ses mains" - lors de son discours de Noël. Une allusion à peine voilée aux Juifs dénoncée et condamnée par le Centre Simon Wiesenthal (CSW), le 6 janvier 2006.  Las, la Confédération des associations israélites du Venezuela (CAIV) a déploré que le CSW ne l'a contactée avant de publier son communiqué, et a déclaré que ces propos du chef de l'Etat avaient été mal cités. L'American Jewish Committee et l'Americain Jewish Congress ont alors volé dans les plumes du CSW. Le 12 novembre 2006, lors d'une réunion du Congrès Juif mondial (WJC) à Paris, le président de la CAIV présentait un diaporama sur les actes antisémites au Venezuela et la collusion des autorités vénézuéliennes avec l'Iran et les mouvements terroristes islamistes, et exhortait ses homologues américains et européens à le soutenir.

Depuis cette déclaration d'Ariel Sharon, nombre de dirigeants communautaires ont fait leur aliyah : Pierre Besnainou, Jo Zrihen, ancien vice-président du CRIF et du FSJU devenu en Israël le président de la Fédération israélienne francophone (FIF), René-Samuel Sirat, ancien grand rabbin de France, etc.

Et en janvier et février 2014, l'Agence juive a recensé 854 Français olim, contre 274 en 2013 à la même période, soit une augmentation de 312%, et évalue à 8 000 le nombre des olim de France en 2014.

Le discours de ces leaders communautaires a évolué en dix ans : ils s'immiscent désormais dans les motivations de leurs coreligionnaires faisant leur aliyah. Si Gil Taieb, vice-président du CRIF et du FSJU entre moultes fonctions communautaires, a confié au  Jerusalem Post (6 octobre 2014) songer à faire son aliyah, il a déconseillé aux Français Juifs une aliyah de fuite. Un discours exprimé aussi par Ariel Goldmann, président du FSJU, Roger Cukierman, Gil Taieb, etc. Certes, l'aliyah est aussi un déracinement culturel douloureux. Pourtant, la plupart des Israéliens ont fait leur aliyah en fuyant des pays antisémites, musulmans ou chrétiens. Et ils ont surmonté les difficultés pour contribuer à la construction de leur pays. 

A l'été 2014, alors que défilaient la "rue islamique" et ses alliés pro-Hamas, un Français Juif m'a confié : "Le capitaine est le dernier à quitter son navire. Or, nos dirigeants communautaires ont déjà fait leur aliyah, vivent entre la France et Israël où ils ont un pied-à-terre... C'est du jamais vu ! Et qui va s'occuper de nous, les Juifs pauvres ?" 

Blood libel
Le 30 septembre 2000, le JT de 20 h de France 2 diffusait un reportage de Charles Enderlin, correspondant de la chaîne publique à Jérusalem (Israël), sur des images du militant palestinien Talal Abu Rahma. Charles Enderlin alléguait que des tirs israéliens avaient ciblé Jamal al-Dura et son fils Mohamed, et mortellement atteint ce dernier. Ces images sont devenues rapidement l'icône médiatique de l'Intifada II. Les dirigeants communautaires français ont combattu par intermittences dans ce blood libel (accusation de crime rituel) crucial : depuis 2000, tous les assassins musulmans de Français Juifs ont évoqué les "soldats-israéliens-tueurs-d'enfants-palestiniens".

Le 25 février 2015, le projet Aladin et l'UNESCO ont organisé au siège de l'organisation onusienne la conférence-débat "L’avenir du vivre ensemble face à la montée de l’extrémisme violent. Perspectives d’Europe et du Monde Arabe. Ensemble contre l’intolérance". Aucun orateur n'était chrétien, hindou, etc. Le sociologue Edgar Morin figurait parmi les orateurs listés dans l'invitation à cet événement. *

Lors de la seconde table-ronde,  Mohamed Moussaoui, président d’honneur, Conseil français du culte musulman (CFCM), s'est lancé dans une diatribe anti-israélienne sous prétexte d'exhorter ses coreligionnaires à ne pas tuer les Juifs en France : "L'antisémitisme est aujourd'hui chez un certain nombre de jeunes Français [musulmans] dont on voit l'expression émerger à l'occasion d'atrocités du conflit israélo-palestinienCeux qui mettent en avant la défense de la cause palestinienne, qui est juste, ceux qui veulent défendre les jeunes enfants [palestiniens] tués dans ces territoires, qui une cause juste, ne peuvent pas le faire en tuant des enfants juifs en France... Malheureusement, cette cause palestinienne est instrumentalisée par des jeunes. Tout acte de violence contre les Juifs français est inexcusable, inacceptable, condamnable sans réserve. De surcroît, ces actions nuisent à la cause palestinienne, compliquent les choses".

Aucun des orateurs n'a réagi devant ce blood libel enrobé dans un long discours visant à écarter toute critique de l'islam : ni son "ami" Moché Lewin, directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens, ni Armand Abecassis, philosophe. Ni les responsables du projet Aladin, ni André Azoulay, conseiller du Roi du Maroc, membre fondateur du Projet Aladin, ni Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, ni Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco, ni Jean-François Guthmann, président de l'OSE...

Boycotts d'Israël
Patrick Klugman est un ancien président de l'UEJF. Il est adjoint socialiste à la maire de Paris, Chargé des Relations Internationales et de la Francophonie Conseiller de Paris. Il demeure membre du Comité directeur du CRIF et porte-parole du CRIF. Il soutient JCall.

Vice-présidente du parti Les Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet a présenté au Conseil de Paris un vœu contre le BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) visant l'Etat d'Israël. Et ce, peu après l'action du BDS contre Tel Aviv sur Scène, le 13 août 2015.

Le 28 septembre 2015, une majorité de conseillers de Paris ont voté contre ce vœu présenté par l’opposition au sein de cet organe. Parmi les opposants à ce vœu : Patrick Klugman, qui était présent à la cérémonie au cours de laquelle Anne Hidalgo, maire de Paris, a remis à Mahmoud Abbas (Abou Mazen), "président" de la "Palestine", la médaille Grand Vermeil de Paris, en vantant "un homme d'État exceptionnel" qui n'a "jamais eu d'autre fin que le paix", et n'a "jamais employé d'autre moyen que la légalité internationale" (sic).

Le 2 octobre 2015, critiqué par certains, Patrick Klugman a réagi sur son compte Facebook par plusieurs messages dont l'un adressé "aux imbéciles" évoquant la tribune Le boycott d'Israël est une arme indigne publiée dans Le Monde voici cinq ans, signée en particulier par Anne Hidalgo et lui :
"[Au sujet du rejet d'un voeu nous demandant de condamner ce que nous condamnons depuis toujours]
- le vendredi 25 septembre 2015, la Ville de Paris au prétexte de cette navrante affaire d'agendas rappelait dans un communiqué "qu'à l’heure où les appels visant à isoler Israël du concert des nations se multiplient, la ville de Paris tient à rappeler son opposition constante au boycott illégal d’Israël et à réitérer son engagement en faveur d’une solution négociée entre deux états dans des frontières sures et reconnues".
- le 8 septembre mon collègue Jean-Louis Missika concluait au nom de Paris un accord à Tel-Aviv d'échange entre les incubateurs de nos deux villes en présence d'Emmanuel Macron.
- le 18 mai 2015, la ville de Paris concluait un accord d'amitiés inédit avec l'association des collectivités locales d'Israel, à Jérusalem, en présence de son maire Nir Barkat, justement pour dénoncer la suspension d'accord d'amitiés de collectivités locales françaises.
- le 13 août 2015, il n'a échappé à aucun être humain en âge de savoir lire et/ ou ayant accès à la presse écrite et/ou à l'électricité qu'en accueillant Tel-Aviv sur Seine sur Paris Plage, nous nous sommes à nouveau publiquement opposé au BDS et à tous ceux qui voulaient contraindre Paris à annuler cette opération.
Cette position publique, constante et jamais démentie, Anne Hidalgo a tenu à la rappeler à Jérusalem au mois de mai dernier, en face de leaders palestiniens ou encore devant le Président Abbas la semaine passée.
Comme elle l'écrivait justement, à nouveau, dans le Monde cet été: "Au Moyen-Orient comme ailleurs, la doctrine de Paris est intangible : elle consiste à encourager plutôt qu’à réprimander, à échanger plutôt qu’à boycotter, à dialoguer plutôt qu’à excommunier et de ce fait, à voyager tant en Israël qu’en Palestine et à entretenir des liens avec tous ceux qui œuvrent au rapprochement".
Voilà pourquoi, lorsque la droite parisienne, qui a réussi l'exploit de ne pas dire un seul mot sur Tel-Aviv sur Seine, a déposé un voeu demandant à la vile de Paris de condamner ce qu'elle a toujours condamné dans le seul but de s'en attribuer le mérite sans avoir à en supporter le coût, je m'y suis opposé au motif de sa parfaite inutilité. J'ai tenu à faire valoir ma position tout en rappelant notre profond rejet du boycott, de sorte qu'il n'y ait aucune ambiguïté...
On ne peut pas parler, penser ou concevoir la vie qu'en fonction du conflit israélo palestinien.
1. À Paris, nous avons une politique très engagée et active sur ce sujet fondée sur la clarté vis à de chacune des deux parties...
2. Les militants pro israéliens ou pro palestiniens ont une capacité sans pareil et qu'ils partagent, pour dégoûter qui que ce soit de faire quoi que ce soit à ce propos. Ils sont mal tombés avec moi.
3. Mes Convictions sur le conflit sont publiques depuis plus de 15 ans. Je ne me suis jamais renié ni jamais contredit. Il est inutile de me traiter de girouette, de vendu, d'opportuniste ou je ne sais quoi : je n'ai pas bougé d'un pouce depuis tout ce temps. Pour résumer, je suis intransigeant dans ma dénonciation du boycott ou de toute forme radicale d'antisionisme pour bien en connaître les logiques sous jacentes. Je n'ai jamais été dupe des errances du leadership Palestinien, ni manqué de condamner certaines factions (Hamas...) en ce qu'elles sont d'essence raciste et terroriste.
4.Ceci ne m'empêche nullement de reconnaître le fait national Palestinien et d'être un fervent partisan de la création d'un Etat palestinien aux côtés (et non à la place d'Israël) qui seul pourrait garantir le droit à l'autodétermination du Peuple Palestinien et le caractère juif et démocratique de l'Etat d'Israël. Ceci m'amène à penser comme un grand nombre d'Israéliens que la colonisation est un non sens juridique, politique et économique qui mène le pays à sa perte à brève échéance".

Pourtant sa collègue socialiste, Karen Taieb, a voté "pour" ce vœu. Le site Internet du CRIF a publié son communiqué le 8 octobre 2015 : elle y expliquait que "ne pas voter ce voeu contre le BDS, c’est laisser imaginer à ce mouvement anti-israelien, une victoire... Le boycott est interdit et nous devons sans cesse le rappeler".

Ancien ambassadeur d'Israël en France, Daniel Shek, qui n'avait pas réagi à la carte de la "Palestine" décrite supra, a soutenu sur Facebook le 4 octobre 2015 Patrick Klugman et Anne Hidalgo.

"Le Conseil de Paris vote des vœux sur à peu près n’importe quoi. Le vœu de NKM portait sur le BDS, qui je le rappelle est une association contraire à la loi nationale et internationale.Je ne vois pas pourquoi le Conseil de Paris lorsqu’il s’agit d’Israël, ne voterait pas un vœu, qu’il vienne de n' importe quel rang. En réalité, Patrick Klugman et Anne Hidalgo ne voulaient pas faire de peine à leurs alliés communistes et Verts, et ne voulaient pas faire de peine à la communauté musulmane parce que les élections régionales approchent", a déclaré Claude Goasguen le député et maire du XVIe arrondissement de Paris (Les Républicains), le 7 octobre 2015.

La Confédération des Juifs de France et des Amis d'Israël (CJFAI) a lancé une pétition afin de demander à Roger Cukierman, président du CRIF, le départ de Patrick Klugman :
"Dans l’édition du Vendredi 2 Octobre 2015, vous avez vous-même déclaré que le C.R.I.F est intervenu à plusieurs reprises au cours des dernières semaines pour exprimer son étonnement auprès de la Mairie concernant:
•   la justification de la Maire de Paris, distinguant Tel-Aviv comme ville progressiste du reste
d’Israël, suite à l’opération  Tel-Aviv sur Seine – largement soutenue par le C.R.I.F, notamment sur les réseaux
sociaux,
•   l’invitation de Mahmoud Abbas à la Mairie de Paris, auquel le C.R.I.F, invité, avait décidé de ne pas participer, Roger Cukierman a critiqué l’invitation de Mahmoud Abbas en qualité de Président
de Palestine, avec les honneurs réservés aux Chefs d’États.  Mahmoud Abbas est en effet Président de l’Autorité palestinienne, institution créée dans le cadre des Accords d’Oslo, et pas d’un État souverain reconnu par les nations.
•   Le refus de voter le vœu d’interdire le BDS présenté par le Groupe Les Républicains.  Roger Cukierman a notamment déclaré que le respect de la loi interdisant le boycott aurait dû prendre
le pas sur des considérations purement politiciennes".
Et d'ajouter : nous "ne pouvons admettre que, monsieur Patrick Klugman puisse rester membre du C.R.I.F sans dénaturer le combat du C.R.I.F. "

Cette pétition a revêtu des dizaines de milliers de signatures en quelques jours.

Résolution 2334 du Conseil de sécurité
Le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté par 14 voix favorables la résolution 2334 stigmatisant les "colonies" israéliennes. La France a voté Pour, et les Etats-Unis se sont abstenus.

François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies Conseil de sécurité, a ainsi expliqué le vote de la France :
"Au cours de la dernière décennie, la colonisation israélienne a connu une accélération incontestable qui n’a fait qu’attiser les tensions sur le terrain et l’exaspération de la communauté internationale. La colonisation, qui est illégale au regard du droit international, procède d’une politique délibérée. Cette politique vise à mettre les populations comme la communauté internationale devant un fait accompli, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Elle se décline sous de multiples facettes : expansion des colonies au-delà de la ligne verte, y-compris à Jérusalem-Est, annexion de facto de la zone C, transferts forcés de populations, démolitions d’habitations et de structures palestiniennes, restrictions aux accès et mouvements, construction du mur au-delà de la ligne de 1967. Cette politique n’est pas seulement illégale au regard du droit international ; elle met aussi en péril la perspective de la création d’un Etat palestinien viable et indépendant, qui est le meilleur gage de la sécurité d’Israël et d’une solution durable à ce conflit...
La Résolution 2334 réitère avec force sa condamnation de tout acte de terrorisme, de l’incitation à la violence et de toute attaque délibérée des populations civiles. Elle en appelle à l’Autorité palestinienne pour continuer à mettre tout en œuvre pour décourager les entreprises terroristes...
Après l’importante réunion ministérielle du 3 juin dernier, la France a décidé d’organiser le 15 janvier prochain à Paris une conférence internationale dont l’objectif sera de présenter la contribution de la communauté internationale à la relance d’un processus de négociation et à la conclusion et la mise en œuvre d’un accord de paix - étant entendu, chacun le sait, que seuls les Israéliens et les Palestiniens seront en mesure de conclure la paix directement".
Il est choquant que la France stigmatise la prétendue "colonisation" juive en Judée et en Samarie. Et ce, alors que l'ONU a inscrit la Polynésie française et la Nouvelle Calédonie sur sa liste des Territoires non autonomesUne liste qui ne désigne pas la "Cisjordanie", les hauteurs du Golan, la Galilée ou "Jérusalem-Est" comme "territoires non autonomes".

Le 26 décembre 2016, lors d'une réunion de son parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, ministre israélien de la Défense a déclaré, que la France va organiser "une version moderne du procès Dreyfus" lors de la conférence sur le Moyen-Orient du 15 janvier 2017 à Paris : "La seule différence est que cette fois, au lieu d'avoir un Juif comme accusé, il y aura toute la nation et l'Etat d'Israël. Il ne s'agit pas d'une conférence de paix, mais d'un tribunal contre l'État d'Israël. C'est une conférence dont l'unique rôle est de miner la sécurité d'Israël et de ternir sa réputation".

Et de critiquer le timing : cinq jours avant le serment du Président élu Donald Trump et "avec des élections prochaines en France, ce n'est pas le moment pour un sommet de la paix. [Les votes récents de la France à l'ONU] ajoutent au climat difficile qui existe en France contre les Juifs". 

Évoquant les attentats terroristes islamistes récents, Avigdor Liberman s'est aussi interrogé : "Peut-être est-il temps de dire aux Juifs de France : "Ce n'est pas votre pays, ce n'est pas votre terre. Quittez la France et venez en Israël". C'est la seule réponse à ce complot [la conférence]... Si vous voulez rester juifs et que vos enfants et petits-enfants restent juifs, quittez la France et faites votre aliyah en Israël".

Le 27 décembre 2016, le CRIF, qui n'a publié aucun communiqué sur cette résolution, a estimé que "les propos tenus par Avigdor Liberman sont excessifs et inexacts historiquement et rappelle que les Juifs sont en France depuis plus de 2000 ans et qu'ils ont acquis la pleine citoyenneté en 1791".

Il a regretté "que ces déclarations maladroites puissent faire le jeu des antisémites de tous bords et participent à la désinformation sur l'attachement des Français juifs à la République. Pour Francis Kalifat,  président du Crif, a mission du Crif reste de veiller à ce que les Juifs continuent de vivre pleinement leur judaïsme et leur identité en France dans la sécurité et la sérénité". C'est la première fois que le CRIF évoque une prétendue mission de veiller "à ce que les Juifs vivent pleinement leur judaïsme" : le judaïsme relève du Consistoire israélite de France...

Sammy Ghozlan, président du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme), a qualifié les propos du ministre israélien d'"exagérés" : "La conférence française n'est pas un tribunal visant à juger et punir Israël. Les autorités françaises espèrent réunir les deux parties en vue d'une solution de paix. C'est vrai que les Français ont fait plus qu'essayer de faire dialoguer les deux parties, et ont pris une position partiale afin d'essayer de forcer à une solution. Cependant, ce n'est pas un tribunal, comme nous l'avons vu à l'ONU ces derniers jours, et la comparaison avec le procès Dreyfus n'est pas adéquate. De nombreux Français juifs, leurs parents ou leurs grands-parents sont arrivés en France afin de fuir l'antisémitisme et les rejets de leurs pays d'origines, en Europe, en Afrique du nord ou ailleurs. C'est à eux de décider si et quand ils partiront. Ils ont assez d'expérience pour prendre cette décision eux-mêmes, au bon moment. Un nombre considérable de Français juifs ont emménagé dans des grandes villes, où ils se sentent plus en sécurité. D'autres ont quitté la France pour les Etats-Unis, le Canada et bien sûr Israël". Sammy Ghozlan a omis d'indiquer qu'il a fait son aliyah.

Avigdor Liberman a raison : la France qui, par ses votes à l'Unesco, a nié les liens entre les Juifs et Eretz Israël, et poursuit sa désastreuse "politique arabe", s'acharnera de nouveau sur Israël lors de cette prétendue "conférence pour la paix", ce qui minera davantage la fragile condition juive en France. Et les Français juifs s'interrogent depuis plus de 16 ans sur leur avenir dans leur pays. N'oublions pas que le journaliste Theodor Herzl a nourri sa réflexion sur le sionisme politique moderne, la re-fondation de l'Etat d'Israël, lors de l'affaire Dreyfus.

"Pour les Juifs français c’est un terrible coup que l’Etat leur assène. L’identité juive qui était née au lendemain de Vichy, qui s’était relevée au lendemain de l’abandon de l’Algérie, cette identité qui avait retrouvé sa place en France, en assumant les conséquences de l’exclusion à laquelle Vichy l’avait vouée et qui l’avait compensée dans une identification symbolique et idéologique à la résurgence de l’Etat juif, cette identité est bien close. Vous savez où est son avenir !", a dit le professeur Shmuel Triganol lors de sa chronique sur Radio J le 30 décembre 2016.

Les réprobations sélectives de dirigeants d'organisations françaises juives révèlent leur dépendance à l'égard des autorités politiques hexagonales, leur instrumentalisation par ces autorités et leur refus de dénoncer les attaques d'institutions françaises contre leurs coreligionnaires : spoliations, affaire al-Dura... Ainsi que leur défense de plus en plus réduite et efficace d'Israël, donc des Français juifs.

Absence de communiqué de presse du CRIF sur cette résolution anti-israélienne adoptée, notamment grâce au vote de la France, par le Conseil de sécurité des Nations unies, communiqué de presse du CRIF condamnant les propos du ministre israélien Liberman... Délégué interministériel chargé de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA), Gilles Clavreul s'en réjouissait sur Twitter.

Conférence de Paris
Le 15 janvier 2017, se tiendra à Paris le Sommet pour la paix au Moyen-Orient.

Le 30 décembre 2016, la Conférence des Présidents, qui représente 50 associations juives américaines, a exhorté le Président François Hollande à annuler, ou du moins à reporter ce Sommet, et les dirigeants américains à ne pas participer à ce Sommet "mal conçu, au timing erroné", et "risquant de fragiliser" le processus de paix.

Le CRIF a appelé, avec le FSJU et le Consistoire de France à un "grand rassemblement de solidarité avec Israël et avec Jérusalem" le 15 janvier 2017, à 14 h 30, devant l'ambassade d'Israël en France.

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
En plus de passages neufs, cet article réunit des passages extraits d'articles déjà publiés sur ce blog. Il a été publié le 3 novembre 2014, puis le 29 décembre 2016. 

1 commentaire:

  1. Le franc parle d Avigdor Liberman , ne me derange pas du tout , bien au contraire .Je suis entierement d accord avec lui .C est la taison pour laquelle j ai fais mon alya il y a moins de deux ans .
    Je ne vais pas me deplacer pour voter en 2017 , sauf pour les elections Israeliennes .
    Je suis inquiet pour les Juifs qui restent dans ce pays ou le narratif arabe est la norme .

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