Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 31 mars 2011

Interview par Radio Shalom Nitsan ce 31 mars 2011


J'ai été interviewée par Radio Shalom Nitsan, radio Juive de la Côte d'Azur, ce jeudi 31 mars 2011 vers 13 h, sur l’audience du 8 février 2001, devant le Tribunal correctionnel de Paris, dans le cadre du procès pour diffamation intenté par Jamal al-Dura contre le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal, journaliste à Actualité juive, et Serge Bénattar, directeur de cet hebdomadaire français incontournable.


J’évoquerai aussi le blood libel – accusation fausse et diffamatoire portée contre les Juifs d’avoir tué un enfant non-Juif pour consommer son sang lors de Pessah (Pâque juive) – thème favori de la propagande palestinienne, primé par le Mémorial de Caen le 30 janvier 2011l’ambassade d’Israël avait réagi avec fermeté en rétablissant la vérité le 13 février 2011 - et représenté le 12 mars 2011 à Bruxelles lors de la « Semaine de l’Apartheid israélien ».

Des blood libels, tel l'incident al-Dura, filmé par le caméraman palestinien Talal Abu Rahma, commenté par Charles Enderlin, correspondant à Jérusalem de France 2, diffusé par ce fleuron du service public audiovisuel lors de son JT du 30 septembre 2000 et devenu l'icône de l'Intifada II, qui cachent la réalité : ce sont des Palestiniens qui assassinent des enfants Juifs en Israël, ce sont des terroristes palestiniens qui ont commis des attentats islamistes causant des victimes en Israël, etc. Et qui visent à terme à détruire l'Etat d'Israël : en ternissant son image, en l'isolant, en divisant les Israéliens, en rompant les liens de cet Etat avec la diaspora Juive, etc.

Mon interview, notamment par José Gimenez lors de l'émission Israël d'hier et d'aujourd'hui de Radio Chalom Nitsan, pourra prochainement être écoutée en podcast sur le site de la radio pendant une semaine.


A lire sur ce site :
Mon interview par Radio Chalom Nitsan du 25 mars 2010
Mes interviews par Radio J et par Radio Chalom Nitsan (podcast) des 24 et 25 novembre 2010

(1) J'ai collaboré comme journaliste à cet hebdomadaire.

mardi 29 mars 2011

Les blessures de Jamal al-Dura étudiées par le tribunal correctionnel de Paris


Le 8 février 2011, le Dr Yehuda David et Clément Weill-Raynal, journaliste à Actualité juive (1), ont comparu et le directeur de cet hebdomadaire français était représenté devant la XVIIe chambre du Tribunal de Grande instance (TGI) de Paris. Ils étaient poursuivis pour diffamation par Jamal al-Dura. Au centre des débats, la question cruciale : les blessures de Jamal al-Dura (bras droit, pied gauche) proviennent-elles de coups d’armes blanches portées par des Palestiniens en 1992 ou de balles tirées par des soldats israéliens le 30 septembre 2000 ? Le jugement sera rendu le 29 avril 2011.

A shorter version of this article was published in English by Ami Magazine and can be read in this website.
Une version abrégée de cet article a été publiée en anglais par Ami Magazine et peut être lue sur ce site.
Le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Actualité juive condamnés par le Tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé Jamal al-Dura
La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura


C’est un étrange et long procès – environ dix heures - qui s’est tenu ce 8 février 2011 devant la XVIIe chambre du TGI de Paris, spécialisée dans la diffamation par voie de presse.
En dépit de la grève des magistrats, le Tribunal a maintenu l’audience en invoquant la venue spéciale, d’Israël à Paris, d’un des trois prévenus, le Dr Yehuda David.

Une affaire judiciarisée
Le 30 septembre 2000, France 2 diffusait au JT de 20 heures un reportage d’environ 50 secondes de Charles Enderlin, son correspondant permanent à Jérusalem, déclarant en voix off sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma :
« Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

L’image du « petit Mohamed » devient l’icône emblématique de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès fin 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent à la mise en scène.

Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste confirmé, poursuivent leurs investigations. Gérard Huber publie un livre au titre significatif Contre-expertise d'une mise en scène.

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives et contradictoires de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».
En octobre 2004, alors que la polémique enfle, Talal Abu Rahma filme les cicatrices de Jamal al-Dura, à son domicile gazaoui. France 2 diffuse ce film lors d’une conférence de presse peu après.

Plusieurs procédures judiciaires ont été lancées en France et en Israël dans l’affaire al-Dura par France Télévisions et Charles Enderlin.

L’une d’elles a été gagnée le 21 mai 2008 devant la Cour d’appel de Paris par le directeur de Media-Ratings, Philippe Karsenty, poursuivi pour diffamation par Charles Enderlin et France 2 pour avoir évoqué une « mise en scène » et relaxé par la Cour.

Le 2 juillet 2008, Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a demandé à France 2 de collaborer à une commission indépendante d’experts chargée d’établir les faits. France 2 a donné son accord en septembre 2008, mais a fait « lanterner le CRIF » (Luc Rosenzweig).

Lors du dîner du CRIF du 9 février 2011, son président a réitéré sa requête en présence notamment du Président de la République Nicolas Sarkozy et des responsables de France Télévisions, groupe audiovisuel public français dont France 2 est le fleuron.

Une interview et un droit de réponse
A l’origine de la plainte de Jamal al-Dura, une interview du Dr Yehuda David, chirurgien à l’hôpital Tel ha Shomer à Tel-Aviv, par le journaliste Clément Weill-Raynal, sous le pseudonyme de Daniel Vavinsky, et une réponse de celui-ci à un droit de réponse de Charles Enderlin, publiés dans les numéros respectivement des 4 septembre et 25 septembre 2008 d’Actualité juive, hebdomadaire incontournable de la communauté juive française. Un texte que Clément Weill-Raynal a confié lors de l'audience judiciaire avoir rédigé, malgré ses réticences, à la demande de Serge Benattar, directeur de l'hebdomadaire.

Le Dr Yehuda David y affirmait qu’il avait opéré en 1994 Jamal al-Dura, victime en 1992, de blessures à l’arme blanche (hache, couteau) lors d’une rixe entre Palestiniens, donc bien avant le reportage controversé en 2000. Des blessures qui avaient induit une paralysie de la main droite causée par une section des nerfs médian et cubital.

Chroniqueur judiciaire dans cet hebdomadaire et depuis près de 25 ans sur la chaîne publique France 3, Clément Weill-Raynal s’est exprimé aisément, malgré son stress visible.

Il a évoqué les morts civils, nombreux lors des conflits au Proche-Orient, dans les camps d'Israël et de ses ennemis. A titre d'exemple, il a cité le massacre de Deir Yassin.

Il a retracé son enquête, son évolution, de l’incrédulité à l’égard des doutes exprimés par Nahum Shahaf ou la Ména vers le scepticisme concernant le commentaire de Charles Enderlin. Celui-ci a alors menacé Clément Weill-Raynal, lui promettant de graves problèmes s’il poursuivait son enquête. « Il avait raison. La preuve : je suis en train de vous parler », constate le prévenu en s’adressant aux magistrats.
Il a cité des exemples de « manipulations de l’information » par des Palestiniens : un soldat israélien présenté par des médias comme menaçant un Palestinien, alors qu’il protégeait un étudiant Juif américain, Tuvia Grossman, de la violence de Palestiniens ; un Palestinien présumé mort après un prétendu « massacre » par des soldats israéliens, tombant de sa civière, et y remontant prestement ; des sources médicales palestiniennes alléguant auprès de l’AFP (Agence France Presse) qu’un adolescent Gazaoui, Muhammad Zen Ismail Al-Farmawi,  a été tué par les Israéliens, alors que ce jeune avait fugué via un tunnel de contrebande palestinienne avant de revenir à son domicile, etc.

Et de rappeler quelques unes des invraisemblances et incohérences – absence de sang, durée inconnue de tirs nourris laissant moins de dix impacts sur le mur derrière les al-Dura, absence d’image de l’évacuation par ambulance, etc. - émaillant le reportage controversé ayant créé "l’icône médiatique de l’Intifada II", les "témoignages mensongers" de cameramen palestiniens présentés lors du procès contre Charles Gouze, webmaster du site Desinfos.com, ceux contradictoires des auteurs du reportage controversé, les « consignes de silence et dissimulation d’un général palestinien », le procès à rebondissements contre Philippe Karsenty conclu par un arrêt tançant sévèrement Charles Enderlin et France 2, la pétition de soutien à Charles Enderlin recueillant de nombreuses signatures, etc.
Clément Weill-Raynal a aussi souligné les précautions dont il a fait preuve pour recouper les déclarations du Dr Yehuda David. Il a tenté d’interviewer à deux reprises, en hébreu et par téléphone Jamal al-Dura. Celui-ci a refusé. Clément Weill-Raynal a aussi fait traduire en français les propos en arabe de Jamal al-Dura filmé par Talal Abu Rahma pour France 2 en 2004. Ce qui n’avait pas été fait auparavant.
Le professeur Raphaël Walden, spécialiste de chirurgie vasculaire à l'hôpital de Tal ha Shomer (2) ? « C’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours », a ironisé Clément Weill-Raynal : sans avoir examiné Jamal al-Dura, ce médecin a écrit une lettre du 9 septembre 2008 en reprenant la teneur d'un rapport médical jordanien sur ce patient. Et ce journaliste de soulever un « problème éthique » : Charles Enderlin avait alors sollicité l’opinion du professeur Walden… sujet de son long reportage élogieux de trois minutes diffusé alors au JT de France 2. « Il aurait mieux valu que cela n’arrive pas au même moment », a conclu Clément Weill-Raynal. Quant à son pseudonyme, il l’utilise pour signer des articles sur des sujets sensibles tout en évitant toute confusion avec son activité professionnelle principale pour France 3.
C’est le Dr Yehuda David qui avait opéré en 1994 Jamal al-Dura dont la main droite était paralysée. Pour restaurer la flexibilité des doigts de cette main, ce chirurgien avait prélevé des tendons du pied gauche, puis les avait réimplantés dans la main droite.
Habilement, Me Orly Rezlan, avocate de Jamal al-Dura absent de l’audience, a joué de sa solitude contre quatre avocats, et a mis sur la sellette le Dr Yehuda David qui s’est efforcé de rendre compréhensible, gestes à l’appui, par les trois magistrats composant cette formation juridictionnelle, l’opération dont a bénéficié Jamal al-Dura : un transfert de tendons.

Ces blessures, ou celle à l’artère fémorale, de Jamal al-Dura peuvent-elles avoir été causées par des balles à haute vélocité, de M 16 ? « Impossible, car l’artère aurait été sectionnée, le bras amputé, la paroi interne de vaisseaux décollée, des tissus auraient été aspirés… », a asséné ce médecin militaire émérite qui s’est défendu d’avoir violé le secret médical. Un grief absent des poursuites lancées par Jamal al-Dura.
Fort de l’autorisation de ses supérieurs hiérarchiques, le Dr Yehuda David a souligné avoir été précis dans son interview, sans sortir de son domaine de compétence.
Pour démonter ce médecin, Me Orly Rezlan a « produit de nombreux documents… Nombre de ces documents (rapports médicaux, radiographies, comptes-rendus d’interviews…) étaient traduits de l’arabe et rédigés sur papier libre le plus souvent sans indication de date ou de source. A noter en particulier, un curieux certificat médical jordanien, contredisant celui de la défense, mais dépourvu du tampon de l’hôpital duquel il était censé émaner. Poussée dans ses retranchements, maître Rezlan a fini par reconnaître qu’elle avait trouvé ce document sur… Internet, provoquant une certaine stupeur dans le prétoire ! » (Actualité juive, 17 février 2011)

Des joutes entre médecins
Après le visionnage du film de France 2 sur les cicatrices de Jamal al-Dura, le Tribunal a entendu les témoins.
Le journaliste Hervé Deguine a « mené une enquête en 2005 à la demande de Robert Ménard, alors président de Reporters sans frontières » (RSF), mais sans rencontrer Jamal al-Dura et Talal Abu Rahma. L’affaire al-Dura ? Elle « n’existe pas en Israël ». Et en France ? « Elle a eu un écho énorme : la communauté juive y est plus importante que dans d’autres pays ; le climat d’insécurité très fort en France explique la recherche de protection des pouvoirs publics ; France 2 a trahi cette attente [des Juifs] de soutien des institutions et a mis en cause le comportement de l’armée israélienne à laquelle les Juifs sont attachés ». Le documentaire d’Esther Schapira diffusé par ARD, la TSR et d’autres chaînes ? « Léger. Il s’appuie sur une information erronée ». Certes, « les Palestiniens mettent en scène les violences subies des Israéliens. Comme le font les Israéliens. Comme dans tous les conflits ». Mais, Mohamed al-Dura a été « tué dans un combat violent » par des tirs de l’armée israélienne. Et d’ajouter qu’il est « difficile aujourd’hui d’être journaliste non palestinien à Gaza en raison de la vague d’enlèvements et de séquestrations depuis deux à trois ans, et de réaliser un reportage sur le Hamas ».
Les images des al-Dura ont bouleversé Richard Prasquier, président du CRIF : « Si c’est vrai, si un soldat israélien tirait sur un enfant, c’est contraire à tout ce que j’ai cru toute ma vie. Il est impossible de soutenir quelque chose de pareil ». Richard Prasquier a rappelé son souhait de constituer une commission d’enquête composée d’experts afin d’établir les faits, et a regretté les réticences de Patrick de Carolis, président de France Télévisions, alléguant qu’il n’arrivait pas à obtenir l’autorisation des autorités israéliennes afin de permettre à Jamal al-Dura de se rendre à Paris via Israël. Or, les autorités israéliennes ont assuré n’avoir reçu aucune demande en ce sens. Une demande qui aurait reçu leur accord si elle leur avait été présentée. Le témoignage de Richard Prasquier revêt une signification double : par sa fonction dirigeante au CRIF, et sa volonté d’être présent au côté des prévenus la veille du prestigieux dîner du CRIF.
Quant au professeur Marcel-Francis Kahn, bien que non chirurgien, cet ancien chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bichat (Paris) a effectué des expertises en « radiologie osseuse et chirurgie de guerre ». Nul doute pour lui que la cicatrice au niveau de la fesse de Jamal al-Dura résulte d’une blessure par balles israéliennes. Le fondement de sa certitude ? Les radios examinées. Mais ces radios ne mentionnent aucun nom, aucune date, aucun lieu pour les authentifier. « Ce sont des radios sans aucune source. Comment peut-on être sûr qu’il s’agit de radios de Jamal al-Dura ? Le rapport de radiographie n’a pas été communiqué », a raillé Me Alain Jacubowicz, qui listait les carences informatives constatées par le Dr Yehuda David. Ce qui a fait sourire les autres avocats des prévenus et la salle. Le professeur Marcel-Francis Kahn a peiné à répondre aux questions précises du Dr Yehuda David, dédaigneux à son égard.

Le Dr Yehuda David a contredit les allégations du prof. Kahn en rappelant que "le trajet intra-corporel d'une balle n'est pas rectiligne, mais qu'il suit un mouvement en spirale, en tous sens. Donc, une balle tirée en haut de la fesse droite peut parfaitement se retrouver en bas de la cuisse en passant par la fémorale".  Le Dr Yehuda David a aussi informé le Tribunal que des Palestiniens tirent une balle dans la fesse de ceux présumés avoir collaboré avec l’Etat d’Israël.

Tandis que Me Gilles-William Goldnadel, avocat de Clément Weill-Raynal, a relevé que le professeur Marcel-Francis Kahn est un témoin qui omettait de mentionner son militantisme pro-palestinien.
Journaliste retraité, Luc Rosenzweig avait visionné les rushes de France 2 le 22 octobre 2004 au siège de France 2, en compagnie de Denis Jeambar, alors directeur de L’Express, et de Daniel Leconte, journaliste-producteur. Il en a retiré « l’impression que la version donnée par les auteurs du reportage ne correspond pas à la réalité ». Il a « appuyé la proposition de constituer une commission d’enquête ». Mais « France 2 ne veut pas que la vérité soit faite » : si Charles Enderlin a écrit à de nombreuses reprises sur son blog que Jamal al-Dura est volontaire pour des expertises, Jamal al-Dura s’y est de facto soustrait.

Relaxe requise par le Parquet
Me Orly Rezlan, avocate de Jamal al-Dura, absent de l’audience, a plaidé contre ceux qui « ne débattent pas, mais affirment » à propos d’un reportage aux « images surinterprétées » et intégrées dans la thèse d’un complot.
Puis, Mme Dominique Lefebvre-Ligneul, représentant le Procureur de la République, a requis la relaxe des prévenus.


Me Aude Weill-Raynal, avocate de Serge Bénattar, directeur d’Actualité juive, a listé les éléments ayant amené nombre d’intellectuels, dont Elie Barnavi dans Marianne, Alain Finkielkraut et Pierre-André Taguieff à douter de la thèse de Charles Enderlin, sans que les médias reproduisant leurs questionnements n'aient été poursuivis par Jamal al-Dura.
« Cette affaire a commencé par le plus grave mensonge par imprudence de l’histoire de l’information. Elle est grosse de beaucoup de haine et de morts », a résumé Me Gilles-William Goldnadel qui a loué la rigueur de l’enquête de Clément Weill-Raynal. Il a aussi dénoncé « le conformisme intellectuel, l’esprit de corps et de caste, le copinage » de ceux qui voient un « crime de lèse-majesté » dans toute contestation de la version de Charles Enderlin.

Mes Isabelle Wekstein et Alain Jacubowicz, défenseurs du Dr Yehuda David, ont détaillé les blessures décrites de manière factuelle par leur client, les carences informatives des documents de la partie adverse et ont démontré l’absence de diffamation.

Le jugement devait être rendu le 29 mars 2011. La date a été reportée au 29 avril 2011.

Un élément majeur extérieur au reportage controversé
Lors de son discours initial devant le Tribunal, Clément Weill-Raynal a évoqué à tort le prétendu "massacre de Deir Yassin" comme si ce massacre était avéré.

Il a endossé une version erronée de l’attaque menée par l’Irgoun à Deir Yassin (9-10 avril 1948) : en fait, ce village n’était pas seulement habité par des civils, mais aussi par des combattants de plusieurs nationalités (60 d'entre eux sont morts lors des combats). Si ce groupe Juif avait souhaité massacrer des civils, pourquoi a-t-il pris le soin à plusieurs reprises, lors des combats, d’assurer l’évacuation de plus d’une centaine de femmes, d’enfants et de personnes âgées ? Il s'agissait d'une bataille rudevitale pour les indépendantistes, dans un lieu stratégique. Des dirigeants palestiniens ont démenti le « massacre de Deir Yassin », en réalité une bataille rude  - 60 morts Arabes palestiniens -  dans un village situé à un lieu stratégique que les indépendantistes Juifs voulaient gagner - la Hagana a préparé cette bataille avec l'Irgoun et le Lehi - pour alléger le blocus par les forces militaires arabes de Jérusalem et de ses environs et ravitailler les Juifs qui y crevaient de faim, etc. La propagande arabe a excellé dès 1948 : elle a occulté durablement l'attaque du convoi juif de l'hôpital Hadassah, au Mont Scopus, qui a tué plus de 70 infirmières et médecins. Le 13 avril 1948, "77 membres de la faculté et du personnel de l’université" hébraïque de Jérusalem et de cet hôpital "sont tués lors de l’attaque d’un convoi" médical - médecins, infirmières, blessés - par des terroristes arabes.

« J’aurais aimé continuer [d’enquêter]. Les poursuites judiciaires ont fait qu’il y a moins d’articles sur cette affaire dans Actualité juive. C’est peut-être le but recherché… », a déploré Clément Weill-Raynal lors de cette audience.

Une audience où le cocasse – Comment Jamal al-Dura a-t-il pu se sentir diffamé par deux articles en français, langue qu’il ne comprend pas ? - l’a disputé au surprenant, au dramatique, voire au tragique. Et ce, devant une salle quasi-pleine – parmi les spectateurs : Philippe Karsenty -, mais avec peu de journalistes.

Pourtant, ces blessures réelles de Jamal al-Dura constituent un élément majeur et extérieur au reportage controversé. Le débat dans l’affaire al-Dura s’est ainsi déplacé de l'analyse des images vers l'examen des blessures cicatrisées.

Loin de renforcer l’allégation du reportage controversé, cette audience a miné considérablement l’authenticité dudit reportage, déjà fortement ébranlée par les enquêtes de Nahum Shahaf, de la Ména, d'Esther Schapira, le procès contre Philippe Karsenty, etc.

En effet, si des cicatrices de Jamal al-Dura remontent à des blessures infligées en 1992, opérées en Israël en 1994, alors ce 30 septembre 2010, Jamal al-Dura n’a pas été blessé à ces parties de son corps et…

Que reste-t-il donc de réel dans ce reportage ? Qu’attendent France Télévisions, le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), le ministère de la Culture et de la Communication et les plus hautes autorités de l’Etat pour mettre un terme à cette affaire al-Dura par la constitution d’une commission d’enquête composée d’experts indépendants chargés d’établir les faits ?

La scène du prétendu assassinat d’un enfant palestinien par des soldats israéliens, un blood libel - accusation diffamatoire portée contre les Juifs d’assassiner un enfant non-Juif pour en boire le sang lors de leur fête de Pessah (Pâque Juive) -, « marche » si bien qu’elle a été reprise lors de la semaine de l’Apartheid, dans les rues de Bruxelles, le 12 mars 2011. Dans un faux « check-point », un faux soldat israélien a « tiré » sur un enfant prénommé lui aussi Mohamed, sous les yeux de sa « mère ». Cette fois, l’actrice jouant le rôle de la mère éplorée a tendu sa main tachée du faux sang du gisant prétendument mort et promptement recouvert du linceul/drapeau palestinien.

Autre exemple : le 30 janvier 2011, la 22e édition du Concours international de plaidoiries du Mémorial de Caen-Normandie a remis son 1er prix à Maître Mahmoud Arqan, « avocat de Hébron en Palestine, pour sa plaidoirie intitulée « L’exécution du fœtus dans les entrailles de sa mère ». Le 13 février 2011, l'ambassade d'Israël a réagi avec fermeté au Mémorial de Caen à cette diffamation.

Par son témoignage devant le TGI de Paris, Richard Prasquier a montré l’un des buts majeurs de la propagande palestinienne, prisant notamment l'antisémite blood libel, si efficace : ébranler la confiance des Israéliens envers leur armée, chargée de défendre l’Etat Juif contre ses ennemis (Etats, mouvements terroristes, etc.), et celle de la diaspora Juive en l’Etat d’Israël. Déliter le lien entre les Juifs de diaspora et cet Etat, briser leur engagement envers cet Etat, les diviser. Et sans ce soutien vital de la diaspora, l’Etat d’Israël, affaibli par des dissensions internes, serait encore plus isolé, marginalisé, et plus facile à détruire.

Mais un Etat décidé à se défendre. C’est ainsi qu’il faut interpréter par exemple, après la lettre du 10 septembre 2007 de Tsahal demandant à France Télévisions les rushes de l'incident al-Dura et les déclarations réitérées de Daniel Seaman, alors directeur du GPO (Bureau de presse du gouvernement), l’autorisation accordée par les supérieurs hiérarchiques au Dr Yehuda David afin que celui-ci s’exprime publiquement sur une accusation diffamatoire qui a terni l’image de l’Etat Juif dans le monde, et qui est une réussite de Pallywood, cette industrie audiovisuelle palestinienne produisant des images incitant à la haine des Israéliens, des Juifs.


(1) J’ai collaboré comme journaliste à Actualité juive et à la Mena.

(2) Le professeur Raphael Walden milite au sein de l'association pro-palestinienne Doctors for Human Rights (Médecins pour les droits de l'homme). Il est aussi le gendre du président Shimon Peres.

Cet article a été publié le 29 mars 2011 et modifié le 26 juillet 2015. 

lundi 28 mars 2011

Patricia Attia, vitrailliste et créatrice de bijoux


Patricia Attia présente ses créations, essentiellement des bijoux, dans l’exposition-vente collective Histoire d’envie accueillie par l’Espace Kameleon. Cette artiste conçoit dans son atelier-boutique des vitraux, miroirs, bijoux, verres colorés teintés dans la masse, des coupelles, des verres de kiddouch peints à froid…


Une vitrailliste ! Comme c’est rare.

Passion : verre
Ancienne secrétaire-comptable, Patricia Attia a découvert le vitrail voici près de dix ans et a été formée par un maître-verrier.

« Je travaille à la manière Tiffany : je dessine, puis je découpe les calibres (formes) sur du papier calque avant de couper le verre. J’assemble pièces de verre généralement teintées dans la masse, serties de cuivre et soudé à l'étain. Enfin, je patine l’étain », explique-t-elle.

Raffinement : ces verres colorés sont parfois incrustés dans des miroirs biseautés.

Patricia Attia a évolué d’une gamme chromatique chaude, combinant essentiellement les nuances de bruns et verts, vers des couleurs plus variées et franches. Ces tons, alliés à des formes géométriques, abstraites, rappellent le style Art Déco des années 20 et 30.

Le judaïsme ? Il est présent par le jeu sur l’alphabet hébraïque, les objets rituels et les thèmes, tel le don de la Torah (« Chavouot ») en un miroir dual.

Patricia Attia fabrique aussi des pendants et des vitraux à insérer dans des portes ou décorer des fenêtres. Elle a songé à aborder le vitrail traditionnel, avec ses arêtes de plomb...

Elle vend ses créations, essentiellement des bijoux – pendentifs, colliers, bracelets, bagues, boucles d’oreilles, etc. – en métal, verre et pierres fines dans son atelier-boutique Verre Passion situé dans le quartier de la Bastille, dans Scènes et vernissages, autre boutique parisienne, ou lors de ventes privées.

« Métissée, [sa] collection de bijoux trouve son inspiration dans le mélange du métal, du verre, de la pierre volcanique et de la pierre fine ». Ses « créations sont placées sous le signe d’une esthétique sobre et épurée, et créées de façon artisanale » dans sa boutique-atelier. Des « pièces uniques et originales, entièrement réalisées à la main ».

Du 28 mars au 3 avril 2011
185, avenue du Maine. 75014 PARIS
Tél : 06 62 50 83 26
Entrée libre
16, rue des Taillandiers. 75011 Paris
Tél : 01 47 00 05 93

Visuels : © DR

A lire sur ce site :
« Poudre, gloire & beauté » d’Ann Carol Grossman et Arnie Reisman
Le peintre-verrier Marc Chagall : Hadassah, de l’esquisse au vitrail
 

mercredi 23 mars 2011

Un blood libel lors de la « Semaine de l’Apartheid israélien » à Bruxelles


Le 12 mars 2011, dans une rue de Bruxelles (Belgique), des comédiens ont interprété des saynètes de la propagande palestinienne diffamant les soldats israéliens. Indignée, l’eurodéputé belge Frédérique Ries a interpellé la ville de Bruxelles sur une mise en scène incitant à la haine antisémite.


Le samedi 12 mars 2011, lors de la « Semaine de l’Apartheid anti-israélien », des saynètes véhiculant la propagande haineuse anti-israélienne et antisémite stéréotypée ont été jouées par des acteurs à la rue Neuve, au centre de Bruxelles (Belgique) devant un public captivé, et composé de nombreuses musulmanes portant le foulard islamique. Tandis que des militants, arborant un T-shirt « Free Palestine » distribuaient du houmous et hurlaient leurs slogans anti-israéliens.

Une propagande éhontée
Le but : montrer l’attitude quotidienne des soldats israéliens aux check points (points de passage) israéliens « dans les territoires palestiniens occupés, empêchant les Palestiniens de passer, soit qu’ils sont malades, soit qu’ils veulent aller à l’école, soit qu’ils veulent aller au travail. Cela se passe tous les jours, à toute heure de la journée et de la nuit… Les femmes se voient obligées d’accoucher dans des conditions sanitaires terribles. Il n’y a là aucune exagération… Même les enfants ne sont pas épargnés par les humiliations et les coups ».

Un faux mur est surmonté d’une sorte de mirador. Sur ce faux mur, sont dessinés une échelle, un enfant volant accroché à des ballons multicolores, un panneau de signalisation avec le signe « Interdit »…

Dans un faux « check-point », de faux soldats israéliens vociféraient, injuriaient, menaçaient et humiliaient des Palestiniens au keffieh noué autour du cou. Vérifiaient leurs papiers. Cherchaient d’éventuelles bombes cachées par une Palestinienne surchargée de vêtements et la tête recouverte du foulard islamique qu’une soldate prétendument israélienne enlevait violemment. Se comportaient avec brutalité à l’égard d’une autre Palestinienne prétendument enceinte et portant un keffieh décoré semble-t-il de la mosquée al-Aqsa (Jérusalem).

Puis un faux soldat israélien a fait mine de « tirer » sur un enfant « palestinien » prénommé Mohamed, sous les yeux de sa « mère ». Celle-ci, éplorée, et regard caméra comme Jamal al-Dura, a montré sa main tachée du faux sang du gisant prétendument mort et promptement recouvert du linceul/drapeau palestinien.

Fiers de leur action, les promoteurs ont mis la vidéo de leurs mises en scènes sur Youtube et Facebook.

Une interpellation de Frédérique Ries
L’eurodéputé belge Frédérique Ries a exprimé son indignation devant ces « scènes affligeantes, violentes, choquantes, n'ayant pour effet, pour but, que d'inciter à la haine, au racisme et à l'antisémitisme ».

Elle a déposé une interpellation la semaine dernière pour le Conseil Communal de Bruxelles du 4 avril 2011. Le 16 mars 2011, elle a écrit au bourgmestre pour alerter sur cette mise en scène
« édifiante, choquante, violente et [qui] n'hésite pas à utiliser de jeunes enfants… La seule conséquence est en réalité d'importer chez nous le conflit du Proche-Orient [et de jeter] l'opprobre non sur un gouvernement, mais tout un peuple présenté comme un véritable exterminateur… La liberté d'expression a une limite morale et légale, [qui] est ici largement franchie. Il s'agit d’incitation à la haine et à la violence… Les organisateurs assument d'ailleurs, en « assassinant » les soldats israéliens avant de les recouvrir de la signature de leur méfait, le drapeau de leur organisation « pacifiste ». Sans parler du trouble à l'ordre public avec prise en otage des passants complètement sidérés par la violence du spectacle ».
Frédérique Ries a demandé
« si la Ville de Bruxelles a été informée de cette manifestation, et surtout de la manière dont les organisateurs allaient la mettre en scène, et si elle l’a autorisée… Ce type de « reconstitution » caricaturale étant loin d'être une première. Pourquoi ne l'avoir pas interrompue au vu de la tournure des événements ? Quelles mesures envisagez-vous le cas échéant pour que ce type d’événement ne soit plus orchestré sur le territoire de la Ville de Bruxelles ? »
La « théologie chrétienne de la libération de la Palestine »
A Bruxelles, des cabotins ont interprété avec un naturel stupéfiant des scènes clichés de la propagande palestinienne anti-israélienne : la Palestinienne enceinte arrêtée au check point – une variante a été primée par le Mémorial de Caen le 30 janvier 2011 et induit une réaction ferme de l'ambassade d'Israël en France -, et un blood libel - accusation diffamatoire portée à l’égard des Juifs accusés faussement d’avoir tué un enfant pour en consommer le sang -, associé à une image de Pietà, thème de l’iconographie artistique chrétienne illustrant la Vierge Marie, Mater dolorosa pleurant son fils, le Christ, gisant mort sur ses genoux. Dans le reportage de Charles Enderlin et de Talal Abu Rahma diffusé par France 2 le 30 septembre 2000, Jamal al-Dura se lamente en tenant sur ses genoux la tête d’un enfant présenté comme étant son fils Mohamed tué par des tirs israéliens.

Selon l’historien Pierre-André Taguieff, « la racialisation de l'accusation calomnieuse lui a peu à peu fait perdre sa dimension religieuse. On passa ainsi du thème « les Juifs saignent les enfants chrétiens dont ils consomment rituellement le sang » au thème « les Sionistes tuent les enfants palestiniens pour exterminer le peuple palestinien ». Dans cette dernière perspective, la cruauté sanguinaire attribuée aux Juifs (Israéliens, Sionistes) est moins un comportement prescrit par le Talmud qu'une caractéristique ethnoraciale du peuple Juif ».

A Bruxelles, la propagande palestinienne a offert aux badauds intéressés une illustration antisémite de la « théologie chrétienne de la libération de la Palestine » (Bat Ye’or), où l’enfant prétendument tué par les soldats israéliens, Juifs, porte un prénom non anodin : celui du prophète de l’islam.

Elle agit donc sur plusieurs registres – antisémitisme, références chrétiennes, musulmanes et artistiques, convivialité alimentaire, empathie émotionnelle, etc. - et substitue au Jésus Juif un Mahomet palestinien. Ce qui renoue avec la théologie de la substitution.

Il est inquiétant de constater que ces messages haineux continuent d’être diffusés en toute impunité, en Belgique, pays sans gouvernement depuis un an, et en France. Des messages qui cachent le terrorisme islamiste palestinien, et inversent les rôles : les victimes sont les Israéliens, comme en attestent l'assassinat de cinq membres de la famille Fogel à Itamar, le vendredi 11 mars 2011, ou l'attentat à Jérusalem qui a fait, ce mercredi 23 mars 2011, une morte et une trentaine de blessés.

dimanche 27 février 2011

Graves incompréhensions et hiatus au dîner du CRIF du 9 février 2011

Lors du dîner prestigieux du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du 9 février 2011, son président a tenu un discours peu « politiquement correct ». Invité d’honneur, le Président de la République Nicolas Sarkozy a souligné le rôle des Juifs dans l’identité de la France, a déroulé le discours d’une « politique arabe » française sclérosée et prétendant imposer les conditions de la paix à l’Etat d’Israël. Il a éludé la demande d’une réunion pour combattre l’antisémitisme et l’affaire al-Dura.

Entre vérités et faux semblants, un diner du CRIF « islamiquement correct »
Graves incompréhensions et hiatus au dîner du CRIF du 9 février 2011


Institué par Me Théo Klein, alors président du CRIF, le dîner du CRIF revêt une importance particulière, en particulier par son audience : près de 800 convives, dont presque tout le gouvernement, les responsables des partis républicains, des dignitaires juifs, chrétiens et musulmans, des chefs de grandes entreprises, des ambassadeurs, notamment de pays arabes, des journalistes, de rares intellectuels… Mais curieusement avec peu de représentants de la blogosphère.

Tout ce beau monde papillonne.

Diffusé sur la chaîne, un peu confidentielle, Public Sénat, c’est l’un des rares rendez-vous politiques incontournables.

Ni le dîner du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), ni le dîner d'iftar (rupture du jeûne lors du ramadan), rupture du jeûne lors du ramadan), ni celui CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) n’ont l’audience du dîner du CRIF qui, depuis quelques années, est décliné en province.

Les membres du gouvernement s’éclipsent rapidement, après le prononcé des deux discours, celui du président du CRIF, puis généralement celui du Premier ministre ou, de manière exceptionnelle, du Président de la République.

Un « politiquement correct » fustigé par Richard Prasquier
Richard Prasquier, président du CRIF, a évoqué des thèmes récurrents : l’attachement des Juifs français, légalistes, à la république, à la démocratie, à la loi de 1905 sur la laïcité et à l’Etat d’Israël, leur inquiétude face l’antisémitisme et leur hostilité au racisme, et a déclaré : « Nous ne voulons pas que le mot islam remplace le mot juif dans les fantasmes de diabolisation ».

Richard Prasquier a appelé fermement les Juifs à ne pas soutenir les populismes.

L’enseignement « exemplaire » de la Shoah ? Il « reste à défendre : …ce qui le menace, c’est le relativisme » qui « affaiblit le sens des mots » et « permet tous les amalgames ».

Ayant constaté que le « fondement antisémite » du meurtre d’Ilan Halimi avait été établi par le procès en appel, Richard Prasquier a rappelé le nombre d’actes antisémites en 2010 : 466. En janvier 2009, du fait de l’opération Plomb Durci à Gaza, on recensait 354 actes antisémites. « On bute sur un socle structurel où l’action ferme de la police et celle de la justice ne suffisent pas. Pour coordonner les diverses initiatives contre les comportements et la propagande antisémites », le président du CRIF a donc demandé une « nouvelle impulsion pour un comité interministériel regroupant l’ensemble des services et des associations concernées dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. ».

Sur Israël, Etat « où tous ont des droits égaux et la liberté d’expression absolue », Richard Prasquier a souligné le lien spécifique entre le peuple Juif et Jérusalem et a déploré l’image « injuste » que l’on donne de ce « seul Etat démocratique de la région, seul Etat au monde publiquement menacé dans son existence » et qui « affronte une nouvelle guerre, qui distord le droit, s’appuie sur des rapports biaisés et manipule les opinions publiques. Le boycott commercial est un élément de cette guerre ; c’est une méthode discriminatoire, illégale et stupide… [dont l’objectif] est politique : diffuser peu à peu l’idée qu’Israël est illégitime, ou… lui interdire les moyens d’assurer sa sécurité ».

Partisan de la « solution à deux Etats », Richard Prasquier a souligné que pour les fanatiques islamistes « il ne peut pas y avoir d’Etat juif en terre d’islam » et qu’« Ahmadinedjad, Nasrallah et Khaled Mechaal » refusent « l’existence d’un Etat où les Juifs ne se retrouvent pas dans un statut de minorité ». Si Richard Prasquier admiratif d’une « révolution sans précédent » dans divers pays arabes et « portée par une aspiration démocratique », il demeure vigilant, attirant l’attention sur ceux qui, tels les Frères musulmans, se camouflant sous « l’étendard de la démocratie et de la liberté », visent à détruire ces dernières. Il a exhorté à combattre le fanatisme islamiste « sans faiblesse ».

Il a stigmatisé les « idiots utiles, c’est-à-dire de bonnes âmes promptes à s’indigner et faciles à manœuvrer » soutenant le Hamas, « mouvement islamiste, totalitariste et terroriste qui impose une Charia impitoyable… et dont la charte prône l’extermination des Juifs ». Nommant les neuf otages français de mouvements terroristes islamistes, le président du CRIF a inclus dans sa liste Guilad Shalit « détenu par le Hamas depuis près de cinq ans » en remerciant ses auditeurs de ne pas l’oublier.

Contre l’Iran se préparant « au chantage à l’apocalypse nucléaire qui annoncerait pour certains la venue du Mahdi », la fermeté s’avère indispensable.

Richard Prasquier a fustigé « la focalisation sur la question palestinienne au détriment de toutes les détresses du monde, les mensonges qui font croire que Gaza est un camp de concentration, le prêt à penser qui fait du conflit israélo-palestinien la source des malheurs de cette planète ».

Il a stigmatisé « l’idéologie des bons sentiments » manichéenne et réticente à affronter la « complexité du réel », dans une « ambiance politiquement correcte » qui interdit un « théâtre de la confrontation d’idées neutre » et qui occulte certains faits, tel l’antisionisme camouflant souvent une nouvelle judéophobie.

Pour la première fois, un président du CRIF a évoqué l’affaire al-Dura « qui a entrainé une vague de haine contre Israël et de violences contre les Juifs ». Richard Prasquier a réitéré sa « demande de constitution d’une commission d’enquête pluraliste et impartiale » pour « rechercher la vérité » sur le reportage diffusé par France 2 le 30 septembre 2000 et alléguant la mort du jeune Palestinien « Mohamed al-Dura ».

Dans ce contexte difficile, le CRIF se veut l’institution « ouverte à tous les Juifs » et fédératrice.

Un discours souvent décevant du Président Nicolas Sarkozy
Honorant de sa présence pour la deuxième fois cette soirée, le Président de la République a annoncé qu’il ne répondra pas « point par point » au discours « si dense » précédent.

Après avoir repris des extraits de son discours prononcé « il y a trois ans devant la Knesset », il a affirmé qu’« Israël et sa sécurité sont pour la France non-négociables » et qu’il « n’oublie pas notre compatriote Guilad Shalit ».

Convaincu de l’urgence de « relancer le processus de paix », il est persuadé que « la paix entre les Israéliens et les Palestiniens, une nécessité pour la paix du monde, est un problème pour chacune de nos démocraties, parce que sur ce conflit qui n'en finit pas se nourrit le terreau du terrorisme et de l'extrémisme dont nous souffrons aussi ».

Le Président Nicolas Sarkozy croit possible la paix entre Israël et la Syrie, moyennant la « restitution du Golan » à cet allié de l’Iran.

Prudent à l’égard de l’avenir, prônant l’aide sans ingérence, il a qualifié ce « début d'un printemps des Peuples » en Tunisie et en Egypte de « positif parce qu'il est authentique » et se réclame de « nos valeurs », sans prôner « un retour vers le passé d'un âge d'or islamique mythifié », sans attaquer « aucune minorité ».

Avec fermeté, il a insisté de nouveau sur son refus d’un « Iran doté de l'arme nucléaire et de missiles dont la portée s'allonge d'année en année, en violation complète de la loi internationale. Un Iran qui, il est vrai, chaque jour alimente l'extrémisme… Jamais je n'accepterai que des dirigeants iraniens menacent de rayer Israël de la carte ».

Il a affirmé que le « conflit du Proche-Orient ne doit pas avoir d'impact sur les relations que des Français entretiennent avec d'autres Français. Nous devons donc à tous les niveaux de la société et de l'État faire œuvre de pédagogie. J'en appelle à la responsabilité de chacun, individuellement, et à la responsabilité de tous ».

Un « travail de pédagogie » qui passe par les décisions de justice – tel le jugement « en appel exemplaire des tortionnaires et des assassins d’Ilan Halimi » -, l’école, les médias, et « plus particulièrement ce média fédérateur qu'est la télévision ».

Le Président Nicolas Sarkozy a félicité « le groupe France Télévisions pour le travail de mémoire que le service public accomplit » et a annoncé la diffusion de Shoah de Claude Lanzmann « dans sa version intégrale ».

Et d’ajouter : la France est « le pays dont toutes les valeurs s'opposent irréductiblement au racisme et à l'antisémitisme ». Reconnaissant son « douloureux souvenir » et son « échec » qu’ait été découvert Ilan Halimi trop tardivement, « quelques minutes avant sa mort… malgré tous les moyens et toutes les forces que nous avions engagés » alors qu’il était ministre de l’Intérieur, le Président Nicolas Sarkozy a rappelé sa lutte contre l’antisémitisme alors qu’il était chargé de ce portefeuille, en évoquant le « programme de sécurisation de bâtiments appartenant à la communauté juive » qu’il avait alors lancé, puis complété en 2010.

Enfin, il a souligné combien les Juifs contribuent « à l'identité et au rayonnement de la République Française » et « depuis bientôt deux mille ans, participent à la vie et à l'histoire d'un pays qui est le leur ». Et d’ajouter : « Le judaïsme a contribué à forger l'identité de la France… [Il] fait partie des racines de la France et chaque Français… peut en être fier ».

Des silences regrettables
C’est un discours prudent dans son vocable qui dénonçait le « fanatisme islamistes », et non l’islam, et émaillé d’analyses pertinentes qu’a prononcé Richard Prasquier.

Celui-ci a clairement expliqué que le seul problème empêchant la résolution du conflit au Proche-Orient était le refus par des dirigeants arabes et iraniens d’un Etat juif. Certes, il n’a pas prononcé le mot dhimmitude, mais il était implicite dans sa formulation visant le « statut de minorité ». Et le Président de la République a aussi brièvement écorné le mythe d’un « âge d’or islamique ».

Il semble surprenant que le président du CRIF, un homme fin et cultivé, esquisse un spectre peu probable, à savoir que « le mot islam remplace le mot juif dans les fantasmes de diabolisation ». Un islam qui dispose d’institutions représentatives pour le défendre, et dont des sourates ou des hadiths expriment la haine des Juifs. Pour avoir critiqué l’islam, Robert Redeker, Geert Wilders, Ayaan Hirsi Ali et tant d’autres ont été dénigrés, ont reçu des menaces de mort et vivent sous protection policière.

Des faits apparaissent inquiétants : l’incapacité du CRIF à utiliser son dîner pour renforcer son action – par exemple, les médias persistent à oublier Guilad Shalit dans leur décompte des otages français –, nouer des alliances dans la blogosphère, et convaincre l’Elysée à établir un plan d’actions, du court au long termes, contre l’antisémitisme, à surmonter ses divisions minant cette fédération fragilisée par JCall et objet de critiques notamment dans la communauté juive française : en particulier, la rencontre de Richard Prasquier avec le président Mahmoud Abbas le 27 septembre 2010.

Certains ont regretté que le président du CRIF n’ait pas évoqué, de nouveau, la fourniture par la France de 100 missiles antitanks au Liban. Des armes destinées à être utilisées contre les seuls tanks d’Israël honni du Hezbollah acteur déterminant de la vie politique libanaise.

Comment interpréter le silence du Président Nicolas Sarkozy sur deux demandes importantes – réunion d’un comité interministériel chargé de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et d’une commission d’enquête dans l’affaire al-Dura ? Et ce, alors que le discours du président du CRIF est envoyé à l’Elysée bien avant la date du dîner.

Méconnaissance ou sous-estimation du caractère structurel d’un antisémitisme aux formes nouvelles ? Oubli du lien entre l’antisémitisme et la diffamation de l’Etat d’Israël souligné dans le rapport de Jean-Christophe Rufin Chantier sur la lute contre le racisme et l’antisémitisme (2004) ? Acceptation tacite d’un niveau permanent élevé d’agressions antisémites qui bondira à des acmés inédites à chaque nouvel évènement majeur au Proche-Orient ? Ce qui pénalise aussi le vivre ensemble en France. Ou signal que le CRIF, porte-parole de la première communauté juive en Europe, n’est plus écouté au plus haut sommet de l’Etat sur un sujet national aussi grave ? Et ce, à plus d’un an d’élections politiques décisives ?

Quand, pour donner une nouvelle « impulsion » à la lutte contre l’antisémitisme, le CRIF demande l’aide de la République, celle-ci, par la voix de son plus haut magistrat, peut-elle demeurer indifférente ?

D’autant que si ce « printemps arabe » est une révolte de l’oumma comme l’analyse le professeur Shmuel Trigano, et non une révolution comme le prétendent les médias ou un « coup d’Etat » selon l’expert en géopolitique Daniel Pipes, alors il risque de survenir aussi en France avec ses « émeutes urbaines », des manifestations de la « rue arabe » hurlant des slogans haineux, des violences antisémites, des exactions contre des lieux publics, etc.

Ce silence présidentiel laisse perplexe car il ne correspond ni à l’image d’un Nicolas Sarkozy qui ne baisse pas les bras, ni au reste de son discours.

De même, dans l’affaire al-Dura, l’Elysée ne semble pas avoir perçu l’importance et la gravité de cette forme de blood libel (accusation diffamatoire portée contre les Juifs accusés à tort d’avoir tué un enfant pour un motif rituel).

Dans un pays aussi centralisé, où les nominations aux plus hautes fonctions publiques émanent de l’Elysée, le silence présidentiel a signifié à France Télévisions et à ses autorités de tutelle que leur inaction peut perdurer. Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings et vainqueur d’un procès pour diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin, a attribué ce silence à Camille Pascal, conseiller en charge des médias à l’Elysée et deuxième « plume » du Président Nicolas Sarkozy.

Quant à la promesse d’une énième diffusion, intégrale, de Shoah de Claude Lanzmann, elle révèle peut-être la prudence du Président Nicolas Sarkozy échaudé après la controverse autour de sa proposition, émise lors du dîner du CRIF en 2008, de confier à un élève du CM2 la mémoire d’un enfant Juif assassiné lors de la Shoah (Holocaust).

Il semble pour le moins étonnant ou maladroit qu’un homme politique si intelligent ait débuté son discours d’une part en répétant une partie d’un ancien discours et, d’autre part, en dévidant le fil de la « politique arabe » archaïque de la France dans un silence glacial.

Une diplomatie ou « politique arabe » française déséquilibrée, déconnectée de la réalité actuelle, sclérosée, préjudiciable aux intérêts de la France, refusant de faire son mea culpa ou son aggiornamento. Une « politique arabe » qui ne veut pas s’ingérer dans un « printemps arabe » dont elle occulte les slogans antisémites ou anti-israéliens (1), mais qui s’arroge le droit de dicter les conditions de la paix à l’Etat juif. Qui se cramponne à sa doxa - « La paix pour Israël et pour la Palestine est une nécessité pour la paix du monde » - tout en affirmant que ce conflit était absent des slogans proférés en Tunisie et en Egypte. Qui aspire à l’avènement de cette « Palestine » dont le président Abbas a annoncé qu’elle en exclurait tout Israélien sans que la France ne s’en indigne. Et qui ne s’est pas opposée à l’adoption par l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture) de résolutions « islamisant » et « palestinisant » des sites Juifs.

Pourtant, après avoir en 2008 loué « la contribution du judaïsme à l’histoire de l’humanité » jugée « majeure », le Président Nicolas Sarkozy a souligné lors de ce dîner du CRIF la contribution du judaïsme et des Juifs à l’identité et à l’histoire de la France.

Cet éloge revêt une importance particulière si on la compare à l'allégation de Jacques Chirac, alors Président de la République - « Les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes » - et si on l’insère dans une chronologie récente. Le « grand débat sur l’identité nationale » ouvert le 2 novembre 2009. Le 10 février 2011, sur TF1, le Président Nicolas Sarkozy a reconnu l’échec du multiculturalisme. Le 15 février, était annoncé un débat organisé par l’UMP (Union pour un mouvement populaire), parti présidentiel, en avril 2011 sur la laïcité et la place des religions, notamment l’islam.

En outre, ce dîner récent a révélé des incompréhensions entre les deux orateurs.

Il permet aussi de mesurer les limites d’une action de la communauté juive institutionnalisée centrée essentiellement sur une Shoah « islamiquement ou arabiquement correcte », au détriment d’autres actions majeures à définir et à mener de manière urgente en faveur des Juifs français actuels.

Des Juifs français éprouvés
Car les grands absents des deux discours sont les Juifs français de ce début de XXIe siècle, qui sont aussi occultés par un certain consensus « politiquement correct » consistant à honorer les Juifs assassinés lors de la Shoah, pour pouvoir exsuder une haine des Juifs, en particulier ceux israéliens maîtres de leur destin.

Des Juifs français, et non des Juifs de France, très éprouvés par la vague d’agressions antisémites consécutives au déclenchement par des dirigeants palestiniens de l’Intifada II.

Et que disent de Juifs français certaines institutions publiques ?

Une future sitcom commandée par France Télévisions, montrera une famille juive qui « va exploser » après que les « très nombreuses femmes » du « père de la tribu » vont « toutes se battre pour l'héritage du défunt ». Un acte manqué ?

Quant au théâtre du Rond-Point dirigé par Jean-Michel Ribes (2), il a présenté Harper Regan du britannique Simon Stephens (19 janvier-19 février 2011) dans une mise en scène de Lukas Hemleb. Une étape dans la tournée de cette pièce sur le « voyage initiatique d’une quarantenaire déphasée, Harper Regan ». Dans un pub britannique, Harper Regan dialogue avec Micky Nestor, journaliste (scène 6). Puis, celui-ci lui dit, sans réaction de Harper Regan :
« Je déteste les Juifs… Avec tout leur pognon. Avec leurs barbes. A se cogner la tête contre le Mur des Lamentations… Si j’étais là-bas, je leur arracherais leurs kippas de merde et je leur écraserais la tête dans le mur, tiens… Ils se lavent jamais, putain… Rien à foutre d’Auschwitz. Franchement. Ça fait trop longtemps qu’on vit à l’ombre de ce truc-là putain, et je vais vous dire — il y a eu des atrocités pires que ça. Des trucs bien pires sont arrivés à plein d’autres gens. Simplement ils possédaient pas tout à fait autant de groupes de presse ».
Harper Regan dit alors : « Je ne suis pas juive », puis tous deux parlent du blouson de Micky Nestor.

Curieusement, alors que des médias anglophones ont signalé ces propos anti-Juifs, aucun journaliste de la presse française ne l’a fait. Pourquoi ? Article rédigé sans avoir ni vu ni lu la pièce, et sur la seule lecture d’un dossier de presse qui ne mentionne ni ne se distancie pas du passage ? Gêne que l’antisémite soit un journaliste ? Accoutumance à l’antisémitisme ? Approbation implicite ? C’est Europe-Israël qui a révélé ce fait et a réagi avec le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

Aucun dramaturge contemporain, aucun directeur de théâtre, aucun metteur en scène, aucun acteur n’oseraient écrire, présenter ou prononcer une diatribe, que dis-je, une phrase similaire contre un autre peuple ou des fidèles d’une autre confession.

Mais contre les Juifs, c’est autorisé au nom de la liberté d’expression et de la créativité de l’artiste. Et cette pièce de théâtre (3) a été créée à la Maison de la Culture d’Amiens grâce à de l’argent public…

Un Molière récompensera-t-il ce spectacle, lors d’une cérémonie diffusée en direct par France Télévisions et en présence du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand ?

Et sous les applaudissements du public ?


(1) Le 23 février 2011, au CAPE (Paris), Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du Président de la République, a évoqué ces manifestations en répétant certaines phrases du Président Nicolas Sarkozy. Le journaliste Gidéon Kouts l’a interrogé en évoquant les slogans anti-israéliens lors des manifestations au Caire (Egypte), etc. M. Lévitte n’a pas répondu.
Interviewé par Michel Zerbib sur Radio J le 25 février 2011, François Zimeray, ambassadeur de France pour les droits de l'Homme a allégué l’absence de slogans anti-américains et anti-israéliens.

(2) Sur Judaïques FM, Jean-Michel Ribes a jugé « grotesque » les critiques d’antisémitisme formulées contre la pièce. Il a aussi évoqué des dramaturges Juifs et la troupe israélienne qui se sont produits dans « son théâtre ».
(3) Je n’ai pas pu voir la pièce. J’en ai lu le texte.

Extraits du discours de Richard Prasquier, président du CRIF

« Selon un adage juif, la loi du pays est notre loi. L’accepter est le critère d’intégration. Certains territoires échappent à la loi républicaine. Il y a urgence…

Aujourd’hui, les Juifs sont agressés pour leur soutien à Israël, car Israël est devenu le Juif des Nations. A Sumatra après le tsunami, devant des morsures de requins à Charm el Cheikh ou les décombres d’une église à Alexandrie, les Juifs, pardon, les « sionistes » sont accusés…

L’extrémisme islamiste a beaucoup tué, mais pas autant qu’il le désirait, grâce aux hommes qui dans l’ombre nous protègent. Je voudrais les remercier…

Le fanatisme islamiste est responsable des crimes récents contre les communautés chrétiennes en Irak, au Pakistan ou contre les coptes en Egypte. Son message est clair : l’autre doit partir. Il n’a pas place en terre d’Islam, même si son installation remonte au fond des âges…

Est-il aujourd’hui possible de dire que l’antisionisme est souvent le camouflage d’une nouvelle judéophobie ? On peut en douter quand le livre de Pierre André Taguieff « Nouvelle propagande anti-juive », a rencontré un silence total dans le monde médiatique et universitaire. Son tort est-il de ne pas dire assez de mal du sionisme et d‘Israël ?...

La Shoah n’est pas qu’un fait d’histoire, elle illumine de sa lueur blafarde le territoire de nos interdits. (…) La SNCF, qui s’est engagée fortement à dévoiler toute son histoire, est un exemple de ces ombres et lumières entrelacées. Nous soutenons sa démarche…

Plus que l’éloignement des survivants, plus que la lassitude ou le négationnisme, ce qui menace [l’enseignement de la Shoah] c’est le relativisme. « Puisqu’on parle de la Shoah, pourquoi ne pas parler aussi du génocide de Gaza ? ». Ce mensonge anéantit le travail de mémoire et fait germer la haine…

Qu’on lise Céline oui, qu’on l’étudie oui, mais qu’on le donne en exemple, non ! …

L’Iran exerce sa suzeraineté sur la Syrie et le Liban, où le Hezbollah vient de mettre la population sous sa coupe. L’Iran cherche à s’imposer en Irak, avant de menacer les monarchies du Golfe. L’Iran domine le Hamas, crée des ponts avec les Frères Musulmans en Egypte ou au Qatar et s’ouvre des espaces en Amérique du Sud…

Il se prépare au chantage à l’apocalypse nucléaire qui annoncerait pour certains la venue du Mahdi...

Ce que les ennemis d’Israël ne voulaient pas admettre en 1967, à savoir l’existence d’un Etat où les Juifs ne se retrouvent pas dans un statut de minorité, est-ce qu’aujourd’hui Ahmadinedjad, Nasrallah et Khaled Mechaal seraient prêts à l’accepter ? La réponse est non...

[La paix] ne dépend pas de l’arrêt des constructions, du nombre de check points ou du tracé des frontières. Cette réponse est métaphysique: pour eux il ne peut pas y avoir d’Etat juif en terre d’Islam. La modération de tel ou tel dirigeant palestinien ne pourra pas s’exprimer avant que ne se relâche l’emprise des islamistes qui le dénonceront à la moindre de ses concessions. Entre-temps, nul n’a le droit d’exiger d’Israël qu’il se suicide…

Le Sud Soudan accède à l’indépendance : il a subi une guerre de 22 ans avec 2 millions de morts et 4 millions de déplacés. Qui avait protesté? Et qui s’est indigné pour le Darfour voisin, 400 000 morts ? Pas l’ONU en tout cas…

Depuis près de 3000 ans, les Juifs, où qu’ils fussent, ont cherché Jérusalem dans leurs prières quotidiennes... Aucune ville n’a de lien aussi fort avec un peuple que Jérusalem n’en a avec le peuple Juif… Nous espérons qu’elle restera [unifiée], car seule la souveraineté israélienne a permis le libre exercice des trois religions monothéistes ».

Extraits du discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République

« L'amitié franco-israélienne est une profonde et sincère amitié. La paix pour Israël et pour la Palestine est une nécessité pour la paix du monde.(…)

Les vrais amis d'Israël doivent convaincre Israël que la meilleure des sécurités pour elle, c'est l'existence d'un État palestinien moderne et démocratique, en paix et viable. (…)

Les manifestants de Tunisie ou d'Égypte n'ont pas crié « à bas l'Occident », ils n'ont pas crié « à bas l'Amérique », ils n'ont pas crié « à bas Israël ». Ils n'ont pas prôné un retour vers le passé d'un âge d'or islamique mythifié. Et ces manifestants ne se sont attaqués à aucune minorité.

Je me garderai bien de conclure trop vite ; qui peut dire quelles seront les étapes à venir ? Nous avons eu déjà tant de mal à distinguer les étapes récentes. Et qui peut exclure des dérives brutales ou totalitaires ? Personne.

Mais c'est donc notre devoir d'aider ces mouvements ; ce qui ne veut pas dire nous ingérer, avec parfois un certain manque de dignité.

C'est notre devoir car ce sont nos valeurs dont ces peuples se réclament. Et je veux poser cette question : pourquoi ce qui est bon pour nous leur serait interdit ? Et au nom de quelle fatalité le monde arabe serait-il exclu de cette marche inexorable des peuples vers la liberté ? (…)

Les paramètres d'un accord de paix sont connus depuis longtemps... le risque de paix est bien moins dangereux que les risques de l'immobilisme. (…)

Vous le savez je plaide également pour une reprise des discussions entre Israël et la Syrie. Malgré le mur de méfiance accumulée, je suis convaincu que cette paix-là aussi est possible.

Et quelle transformation stratégique pour Israël si une normalisation accompagnait une restitution du Golan ! Elle conduirait à un changement radical de la situation des mouvements qui chaque jour, depuis le Liban ou depuis Gaza, menacent Israël ! (…)

Guilad Shalit « vit aujourd’hui son 1690e jour de captivité et d’isolement à Gaza. Je l’ai dit à ses parents Noam et Aviva, jamais nous n’abandonnerons leur fils, à son sort. Un sort que rien, je dis bien rien, ne saurait justifier ! (...)

A travers des sanctions croissantes il ne s'agit pas de punir le peuple iranien mais de faire comprendre à ses dirigeants que le coût de leur politique irresponsable se fera tous les jours plus lourd, pour eux et pour leur régime… Jamais je n'accepterai que des dirigeants iraniens menacent de rayer Israël de la carte. (…)

Je veux dire en tant que chef de l'Etat, que le judaïsme a contribué à forger l'identité de la France et chacun d'entre vous, continue à participer à cette alchimie subtile qui fait de nous des Français.

Si la France a des racines chrétiennes, je l'ai rappelé et pourquoi le nier puisque c'est la vérité, la France a aussi des racines juives. La présence du judaïsme est attestée en France avant même que la France ne soit la France, avant même qu'elle ne soit christianisée. (…) Cette longue histoire deux fois millénaire est bien une histoire commune même si personne n'oublie qu'elle a été tachée, déchirée, par la haine et la persécution. (…)

Devant l’Histoire de notre pays, il n'existe pas de communautés ou de minorités. Il existe une seule et même communauté de destin, une communauté qui s'est voulue, un jour de 1789, communauté nationale. (…)

Je sais et je comprends la place particulière que l'Etat d'Israël occupe dans le cœur des juifs du monde entier. Pour la France, l’existence de l’Etat d’Israël est une exigence de la conscience universelle et jamais les Juifs de France n’auront à choisir entre leur conscience et leur Patrie.(..)

La France fidèle à elle-même est le pays de la liberté de conscience, le pays dont toutes les valeurs s'opposent irréductiblement au racisme et à l'antisémitisme.(…)

Ceux qui croient, ceux qui prient dans le respect des lois de la République ont le droit au respect et à la protection de la République. C'est cela la laïcité. (…)

Toute atteinte contre un lieu de culte ou une sépulture doit être regardée comme une atteinte à la République et à ses valeurs fondamentales...

Dans le cas des synagogues et des cimetières juifs, ces violences prennent un écho très particulier. Car ces violences font le même bruit que celui des vitrines brisées pendant la nuit de cristal et comment ne pas penser à ce qui a suivi...

C'est pour cette raison que la République s'est mobilisée, j'étais alors ministre de l'Intérieur, et l'on m'indiquait que quand une synagogue brûlait, c'était un acte de vandalisme d'un lieu public. Non, je n'ai pas accepté cette classification, cette banalisation, car la banalisation n'est rien d'autre que la complicité. Et à cette date, nous avons, vous et nous, engagé un programme de sécurisation de bâtiments appartenant à la communauté juive.

Une nouvelle convention signée en 2010 avec le ministre de l'Intérieur a permis de compléter et de terminer l'immense travail déjà accompli.

Cette détermination n'est peut-être pas étrangère à la baisse de 43% des violences antisémites en 2010 et cela après la hausse enregistrée au moment de la crise de Gaza ».


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