Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 25 décembre 2024

Interview de Sarah Bentolila, nutritionniste

Sarah Bentolila a ouvert son cabinet parisien NutriSkill, spécialisé dans la micronutrition. Elle adopte une approche globale du patient - 
systémique et holistique -, prône une alimentation équilibrée savoureuse, et invite à la vigilance concernant les produits ultra-transformés ou industriels. Elle nous a confié sa recette facile, rapide à réaliser et goûteuse d'une mousse au chocolat sans sucre.

L’affaire Krief, exemple d’antisémitisme d’Etat (version courte)

Sarah Bentolila, comment êtes-vous devenue nutritionniste ?
Je suis docteur en pharmacie et j’ai pratiqué le conseil en officine pendant près de quinze ans. C’est un métier passionnant, au plus près des patients qui ont des besoins de toute nature et à tous les âges de la vie. 

J’ai toujours été intéressée par une alimentation saine. Je suis mère de famille et je veille à l’alimentation de mes proches.

La nutrition est un domaine très intéressant, avec des impacts multiples et variés, allant des mécanismes de régulation du poids jusqu’aux aspects les plus physiologiques et psychologiques. 

J’ai complété mes connaissances initiales par un Diplôme Universitaire (DU) de micronutrition de la faculté de médecine de Dijon , dirigé par le professeur Courdron. Y interviennent des experts reconnus, comme Anthony Fardet, Docteur en Nutrition humaine de l’Université d’Aix-Marseille, ou Joël Pincemail, docteur en Sciences Biomédicales de l’Université de Liège. 

La micronutrition agit au niveau le plus fin et permet d’accompagner aussi bien des personnes en surpoids, des femmes enceintes, des enfants ou des séniors que des patients souffrant d’allergies alimentaires, de maladies métaboliques ou de troubles du comportement alimentaire (TCA).
A Paris, dans mon cabinet NutriSkill, j’accueille ces personnes avec cette double approche, Nutrition et Pharmacie.
 
La nutrition est souvent liée à des habitudes familiales, à des coutumes... Comment prenez-vous en charge une personne ?
L'acte alimentaire fait intervenir une histoire familiale, l'éducation des parents et d’autres facteurs souvent intimes. 

J’agis avec délicatesse : un changement alimentaire est une remise en question de croyances et d’habitudes profondément ancrées. Je tiens compte aussi du plaisir affectif et gustatif. 

Des régimes plus ou moins à la mode permettent d’obtenir, dans le meilleur des cas, des effets limités et temporaires.

Je conçois un programme adapté en prenant en compte les spécificités et l’histoire de chaque personne. 
Ainsi, je commence toujours par dresser un bilan du contexte du patient : son passé, son mode de vie – famille, activité professionnelle, stress, sociabilité, sédentarité, sport, etc. -, puis je fixe des objectifs réalistes, en adéquation avec le contexte du patient, en les inscrivant dans la durée et dans une démarche santé. 

Quelle est votre approche de la nutrition ?
La nutrition n'est plus uniquement « la science des aliments ». Elle s'intéresse au patient avec une vue d’ensemble.

Mon approche est systémique et holistique : je considère le patient dans son milieu, avec son écosystème interne, comme le microbiote, et son écosystème externe, tels son mode de vie, son territoire et sa sphère sociale.

J’intègre aussi la psychologie du comportement alimentaire : la relation à l'aliment, les peurs, voire les compulsions alimentaires.

Je demeure également attentive à la recherche et aux innovations en nutrition. En particulier, je crois beaucoup aux apports de la chronobiologie nutritionnelle, qui permet d'adapter ses prises alimentaires de protéines, lipides et glucides à des moments-clés de la journée, pour obtenir des résultats optimaux. Par exemple, la consommation de protéines végétales – lentilles - ou animales – viande, poisson, œuf – entre 11 h et midi s’avère optimale pour la production de masse musculaire.
 
Dans les années 1960, certains médecins prohibaient le pain, les pâtes... Puis, ils ont pris conscience du rôle essentiel des sucres lents. Y a-t-il des phénomènes de mode en matière nutritionnelle ?
Oui. Le consensus, porté même par une partie du corps médical, avait établi un lien de causalité entre la prise de sucres lents et le surpoids. 

Les régimes exclusifs, qui prohibent une certaine classe d’aliments, sont régulièrement remis en cause, faute de résultats, voire du fait d’aggravations des problèmes. 

On retrouve aussi cet écueil dans beaucoup de régimes médiatisés : une approche manichéenne avec des aliments trop mis en avant – « les bons » aliments tels ceux riches en fibres ou en oméga 3 - et d’autres, « les mauvais », exclus dans certains cas, comme le gluten ou le beurre. On peut citer la couverture du magazine américain Time qui bannissait le beurre dans les années 1960-1980, puis l’a réhabilité en 2014 (couverture Eat Butter, Mangez du beurre).
Fake news, notifications invasives des réseaux sociaux, messages tronqués des lobbys, croyances dogmatiques et diabolisations (lait, gluten...), peurs alimentaires… On entend et lit tout en matière de nutrition. 

Il faut revenir à l’essentiel et au bon sens : manger varié et diversifié, dans des quantités adaptées à l’activité et aux besoins spécifiques de la personne. Et ne pas hésiter à se faire accompagner si besoin est.
 
Des progrès ont-ils été effectués en France pour combattre l'obésité, surtout chez les plus jeunes ?
Selon l'OMS, depuis 1975, le nombre de cas d'obésité a presque triplé à l'échelle planétaire. La France est également concernée par cet enjeu majeur de santé publique. Depuis 2001, le Programme national nutrition santé (PNNS) vise à améliorer l'état de santé publique. 

Les PNNS ont eu le mérite d'exister, mais ils n'ont pas induit l'effet escompté sur la santé des Français. Pour le consommateur, que signifiaient certains de leurs slogans, comme « Manger, bouger, c'est la santé » ? Continuer à manger ce que vous voulez, bougez ensuite et tout ira bien ? « Mangez cinq fruits et légumes par jour », cela voudrait dire cinq bananes ? Non.

La population serait-elle responsable en ne suivant pas certaines recommandations ? Celles-ci n’auraient-elles pas été assez claires, précises ou efficaces ? Vraisemblablement... De manière regrettable, la population précaire, cible prioritaire de ces campagnes médiatiques, a été peu réceptive à ces slogans peu signifiants. 

Le meilleur traitement demeure la prévention et l'information des patients. En consultant des professionnels de santé, le patient reçoit des conseils précieux et utiles pour une alimentation adaptée, plus naturelle et moins industrielle.
 
La médecine scolaire est négligée : nombre réduit de visites médicales durant la scolarité et de médecins par établissement scolaire. Cela traduit-il une moindre prise de conscience des enjeux de santé ou une carence de la politique gouvernementale ?
 Les moyens mis en œuvre ne sont pas à la hauteur des enjeux.

L’école est un lieu d’apprentissages et de transmission de savoirs. Pourquoi y mène-t-on si rarement des ateliers éducatifs sur la nutrition, l'alimentation équilibrée et les pièges à éviter ?

Il n'y a malheureusement pas de politique éducative ni de budget sur ce domaine de la santé publique. 

On croit souvent à tort se suffire des banalités diffusées sur les réseaux sociaux. Mais les recettes minceurs, les régimes chatGPT restent d’un apport limité.

Certains enseignants invitent des parents d’élèves à consulter, hors de l’établissement scolaire, et en privé, des spécialistes : graphologues, orthophonistes, etc. Pourquoi n’incluraient-ils pas dans leurs conseils des nutritionnistes ?
 
La santé est au programme de l'école primaire et du collège. Les cours de sciences naturelles ou Sciences de la vie (SVT) seraient-ils trop centrés sur le changement climatique ?
Le changement climatique intéresse beaucoup les politiques, et généralement nos concitoyens. Ce thème est abordé dans les manuels scolaires.

C’est regrettable qu’on parle si peu de nutrition à l'école. On pourrait diffuser des messages simples sur l'importance de manger sainement, tout au long de la vie.

En informant dès l’enseignement primaire, on fait de la prévention, on développe la prise de conscience de chacun. Et tout cela concourt à une éducation alimentaire saine où la découverte de nouvelles saveurs et la curiosité ont toutes leurs places. Le prélude à une bonne santé, à long terme.
 
Certains choisissent des produits bio, qui sont souvent très chers. L’agriculture bio apporte-t-elle un plus, du point de vue nutritionnel, par rapport à l'agriculture conventionnelle ?
 Le bio a sans conteste des avantages : 48 additifs y sont autorisés au lieu de 330 en conventionnel.

Il faut absolument éviter les discours « comme je mange bio et que ça coûte cher, je ne consomme qu'occasionnellement des fruits et légumes ».

La consommation de fruits et légumes doit être régulière, quotidienne. 

Que pensez-vous du Nutri-Score ?
Le Nutri-Score est un score de composition nutritionnelle. Il vise à dissuader ou à encourager la consommation de tel ou tel aliment. L'objectif est d'aider le consommateur à faire son choix. 

C’est une intention louable. Le problème réside dans ce score réducteur qui décrit une partie seulement de l’aliment : la composition en nutriments. Or, un aliment se compose d’une matrice et des nutriments. Ainsi, il manque au Nutri-Score la prise en compte de la matrice, c’est-à-dire le support de l’aliment avec tous ses bienfaits.

A titre de comparaison, nos amis brésiliens adoptent la classification Nova qui correspond plus à la réalité nutritionnelle : ce score prend évidemment en compte la teneur en nutriments de l'aliment, mais surtout son degré de transformation, c’est-à-dire la décomposition de sa matrice.

Je vous donne un exemple : des céréales industrielles obtiennent un Nutri-Score A, la meilleure note, simplement parce qu’elles mentionnent contenir du blé complet riche en fibres ; avec Nova, les mêmes céréales sont notées 4, la plus mauvaise note, parce qu’elles sont ultra-transformées. 
Vous l’avez compris, avec le Nutri-Score, les aliments ultra-transformés sont mieux notés que des aliments traditionnels locaux : huile d’olive notée C, beurre classé E. Ce qui est incompréhensible d’un point de vue nutritionnel et trompeur pour le consommateur.

Autre exemple : le chocolat noir à teneur de 80% de cacao, pourtant riche en vitamines et polyphénols, obtient un D ou même un E, de mauvaises notes, car il est riche en énergie et graisse saturées…
 
Concernant les enfants, quels conseils donneriez-vous ?
Je proposerais trois pistes de travail. 

Tout d’abord, lorsqu’on parle des enfants, il faut avant tout, parler des parents. En matière de nutrition, les premiers à informer restent les parents. Ce sont eux qui font les courses, ce sont eux qui s’asseyent ou pas pour manger, et ce sont eux qui montrent l’exemple. 

Ensuite, la personne qui cuisine à la maison, doit savoir composer une assiette équilibrée, savoir bien cuire les aliments pour ne pas détruire les vitamines et minéraux par une cuisson trop agressive et trop longue, et respecter, si possible, la saisonnalité des fruits et des légumes.

Enfin, l'enfant mange ce qu'on lui donne. L’inviter à de nouveaux goûts, de nouvelles textures ou de nouvelles saveurs participe à son éducation nutritionnelle et à son ouverture d'esprit. Les parents peuvent raconter l’histoire, la provenance, d’un fruit ou d’un légume. Cela fait partie, selon moi, de l'éducation à part entière.

Les enfants mangent généralement très et trop sucrés, et leurs bons apports lipidiques – saumon naturel, avocats - sont trop faibles. 

Introduire de la diversité et de l’authenticité dans les habitudes alimentaires protège des addictions aux aliments industriels forts en additifs et faibles en apports nutritionnels réels. 

Le goût, ça s’éduque ! 

Je déconseille les repas-plateaux individuels. Rien ne vaut un repas familial autour d’une table !

Quid des cantines scolaires ?
Dans les cantines scolaires, je constate en comparant les époques, que beaucoup d’efforts sont faits, notamment sur les processus de sécurité alimentaire (chaine du froid, précautions bactériologiques). Les repas sont souvent élaborés par des diététiciens et les normes mises en place par le ministère de la Santé et de l’Eduction, sont vigilantes sur ces aspects.
 
Cependant, plusieurs points sont à signaler. 

D’abord, dans beaucoup de cas, les plats et barquettes sont préparés de manière industrielle avec les effets que l’on connait : hormis les fruits ou le pain, les plats comme ceux en sauce sont préfabriqués et parfois saturés en exhausteurs de goût et autres additifs, les saucisses, viandes et poissons sont reconstitués... Le problème touche au goût et à l’éducation alimentaire de nos petits. 

Il y a une part non négligeable d'enfants qui s’alimentent peu au déjeuner, et qui préfèrent manger leurs goûters, souvent des biscuits industriels. Chaque établissement scolaire fixe sa politique : restriction des barres chocolatées, limitations aux fruits et compotes, voire interdiction des goûters.
 
Quid des adolescents ?
L'image corporelle a pris aujourd'hui une telle place que l'on doit faire preuve de tact et de patience avec nos adolescents.

Je vois arriver beaucoup d’adolescentes avec ce raccourci dans la tête : « ne pas manger = rester mince = c’est bien », et « manger = grossir = pas bien ». Ce qui est évidemment alarmant. Je cherche la racine de ce type d’associations mentales risquant de causer des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). Boulimie ou anorexie cachent un mal-être qu'il faut identifier, puis aborder sans tabou et enfin traiter patiemment. Inspirée du coaching, mon approche installe une écoute sans jugement, sans ordre, en ouvrant le champ des possibles.

Chez les adolescents, je constate souvent aussi un grand désordre alimentaire : sodas, sucré, produits ultra-transformés. Pourtant, de manière paradoxale, il y a moins de situations de surpoids chez eux. Cela est souvent dû à une activité sportive et surtout à une puberté différente qui fait prendre de la masse musculaire sans gras.

Cependant, il faut attirer leur attention sur les conséquences d'une alimentation déséquilibrée, même sans prise de poids : la surconsommation de graisses saturées (pâtisseries, charcuteries, biscuits...), et de mauvais sucres (produits ultra-transformés : biscuits, chips, barres chocolatées, friandises...), ainsi que le déficit en bons gras (présents dans les sardines, maquereaux ou saumon), ont un impact sur leur croissance, leurs défenses immunitaires et leur fertilité.

Dans de nombreux cas ces conduites alimentaires s’accompagnent d’un sommeil de mauvaise qualité et d’une surexposition aux écrans. 

Ce qui renforce la pertinence des approches globales et systémiques, comme celles que je mets régulièrement en œuvre.

Quelle est votre approche de nutritionniste face à une femme enceinte ? 
La grossesse est un véritable chamboulement pour la femme, dont le corps se transforme, et ces changements peuvent être grandement facilités par une assiette équilibrée.

Dès que le souhait de grossesse se manifeste, et a fortiori durant la grossesse, il faut porter une attention toute particulière à l’alimentation qui est déterminante pour le fœtus et pour la femme enceinte.

Celle-ci ne doit pas être oubliée au profit du fœtus, et surtout après l’accouchement, période au cours de laquelle la femme a tendance à s’oublier complètement.

Une femme enceinte ne mangera pas deux fois plus, mais deux fois mieux.

Les besoins évoluent au cours des trimestres, par exemple le premier trimestre de grossesse est un moment de stockage et de mise en réserve des protéines, alors que le deuxième est plus un moment d’utilisation des protéines.

En pratique, il faut beaucoup de végétaux, au moins cinq portions (80 g = 1 portion) de fruits et légumes par jour, variés et de saison. Sont conseillés aussi des produits laitiers, sources de calcium, s’ils sont bien tolérés, des aliments protéinés d’origine animale : viande riche en fer, du poisson gras, des œufs riches en oméga 3.

Et bien sûr, les aliments glucidiques complets, bio : légumineuses riches en fibres, bons pour le transit et la flore intestinale.

Pendant la grossesse, je recommande d’éviter de consommer des produits industriels et plats tout prêts, et d’être vigilants aux contaminants dans l’assiette : listériose dans le lait cru et les fromages à pate molle, rillettes.

Afin d’éviter la toxoplasmose, on lavera avec le plus grand soin tout ce qui vient de la terre. Enfin, les fruits de mer, viandes crues et l’alcool sont interdits pendant la grossesse.

Les oméga 3 permettent, au cours du dernier mois de grossesse, un développement optimal du cerveau du fœtus et évitent la dépression du post-partum chez la mère.

Les aidants sont inquiets face à leur parents, âgés, qui perdent l'appétit, souffrent de problèmes dentaires. Comment accompagner au mieux nos ainés ?
La prise en compte des problématiques des séniors est souvent abordée tardivement et parfois dans des situations extrêmes où il est difficile d’agir efficacement en nutrition. 

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), en 2016, l’espérance de vie à la naissance s’élevait à 85,3 ans pour les femmes et 79,3 ans pour les hommes, et l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre sans souffrir d’incapacité dans les gestes de la vie quotidienne, s’élevait  à 64,1 ans pour les femmes et à 62,7 ans pour les hommes ». Soit une moyenne de 21,2 ans pour les femmes et 16,6 ans pour les hommes en mauvaise santé. En Suède, par exemple, l'espérance de vie en bonne santé est de 73 ans.

A tout âge, l'alimentation est un facteur déterminant pour augmenter l'espérance de vie en bonne santé. 

Pour bien vieillir, quatre paramètres entrent en compte : 
- Le capital musculaire ;
- Le capital cérébral ;
- Le capital hormonal ;
- Le capital énergétique.

J’accompagne mes clients séniors généralement autour de plusieurs problématiques récurrentes :
- Élaborer une assiette suffisamment protéinée ;
- Exploiter les légumes antioxydants ;
- Bien s’hydrater.

Le recours à des compléments nutritionnels hyper-protidiques et hyper-énergétiques est une bonne alternative. La diversité des parfums évite la monotonie et permet un suivi dans la durée. 

Le sommeil et l'activité physique modérée sont aussi des composantes à ne pas négliger.

Pour perdre des kilos ou réduire son taux de cholestérol ou de diabète, des régimes alimentaires sont difficiles à suivre sur la durée. Que préconisez-vous ?
Beaucoup de mes patients en surpoids ont généralement suivi plusieurs régimes drastiques qui impliquaient des changements conséquents voire extrêmes, pour finalement peu de résultats dans la durée. Ils arrivent souvent en consultation avec une forme de fatalité. 

Les régimes mis en avant dans les médias (sans gluten, hypoglucidiques, hyper-protéinés…) présentent des conseils généraux, impersonnels et offrent des promesses universelles.
 
Dans la plupart des cas, les changements induits sont de vrais bouleversements, avec des résultats limités et des effets « yoyos ». 

Dans le cas de patients diabétiques ou avec des taux de cholestérol élevés, il faut à la fois agir vite une fois le diagnostic posé et installer un changement pérenne des habitudes alimentaires.

Une fois ma méthode mise en œuvre, je mets en place des stratégies d’apprentissage progressif. Ces démarches, conçues sur mesure, permettent d’initier des changements durables tout en testant et validant régulièrement leur pertinence. L’efficacité des actions entreprises est évaluée et, chaque nouvelle étape permet d’ajuster les recommandations en fonction des résultats obtenus précédemment.

Mon approche favorise une progression structurée et adaptée aux objectifs nutritionnels de chaque personne, en veillant à ce que les transformations s’intègrent harmonieusement et durablement dans son quotidien.

Des bonbons et biscuits ou les apéritifs cacher présentent-ils les mêmes défauts que ceux non-cacher : trop grande quantité de sucre ou de sel, etc. ?
Les excès en sucre et sel, ainsi que la présence de colorants et d’additifs, concernent autant les produits casher que non casher

Le travail effectué par les rabbins certificateurs est remarquable et, considérable. Il garantit que les aliments et les procédés de cuisson sont conformes aux règles de la Torah concernant les interdits alimentaires (cochon, insectes, fruits de mer), les mélanges interdits (lait et viande) ainsi que les surveillances particulières (vin, fromages). 

La Torah met également en garde contre la consommation d’aliments mauvais pour la santé, avec plus de sévérité encore, selon le principe « sakana h’amoura méissoura » (« la sévérité des lois concernant la santé du corps et le maintien de la vie physique est plus grande que celle des lois concernant les questions d’interdits pour l’âme  »). 

Les produits ultra-transformés, trop sucrés, trop salés, trop colorés, ont des conséquences néfastes selon la quantité consommée et la fréquence. De ce point de vue, les articles industriel casher ne sont pas spécialement mieux lotis que ceux non casher.  

L'industrie agro-alimentaire a effectué des efforts pour réduire la part du sel et du sucre dans ses produits, afin de répondre aux besoins de clients et à des normes nouvelles. Par exemple, des marques de jus de fruits soulignent l'absence de sucre ajouté. Ces efforts sont-ils satisfaisants ?
Bien que l’industrie agroalimentaire ait accompli des efforts pour répondre aux attentes en matière de santé publique et à des niches de marchés, il est important de garder à l’esprit que ses objectifs restent orientés vers la compétitivité sur le marché et la satisfaction des consommateurs (créneaux commerciaux).

Les scores nutritionnels, tels que le Nutri-Score, ont incité à des ajustements dans les formulations des produits. Cependant, ces modifications ne garantissent pas toujours une amélioration globale de la qualité nutritionnelle. Par exemple, pour réduire la teneur en sucre, certains produits intègrent des édulcorants de synthèse. 

Bien qu’ils permettent d’améliorer le score nutritionnel, ces composés, lorsqu’ils sont ultra-transformés, peuvent ne pas être neutres pour la santé, et notamment les patients diabétiques doivent être vigilants.

Il est donc essentiel pour les consommateurs d’être informés et de privilégier en majorité des aliments simples et peu transformés, comme des fruits frais, et de diminuer autant que possible la part des produits ultra-transformés, même ceux affichant des allégations nutritionnelles positives.

Enfin, il serait souhaitable que l’industrie agroalimentaire continue à évoluer vers une approche davantage axée sur la qualité des produits, afin de répondre aux attentes croissantes des consommateurs en matière de santé et de bien-être.

Malgré les normes imposant la transparence, il est parfois difficile de comprendre des étiquettes mentionnant des composants commençant par des lettres, dont le fameux E.
Les "E" sont des additifs alimentaires. Ils sont rajoutés aux aliments produits par l'industrie à des fins techniques, c'est-à-dire pour augmenter la durée de conservation ou pour modifier certaines propriétés des aliments. Des comités d'experts réévaluent leurs conditions d'emploi. 

Un additif n'est autorisé, en alimentation humaine, que s'il ne fait pas courir de risque aux consommateurs aux doses utilisées. On encadre ici le risque lié à la consommation de ce produit en tant que tel, sans que cela soit une garantie sanitaire lorsque les consommations sont répétées.

Malgré les évaluations effectuées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), beaucoup d’additifs restent controversés en raison de risques supposés ou avérés pour la santé. Par exemple, la classe des colorants E102/E110/E123 est corrélée à des manifestations d’hyperactivité. Toute la classe des E620 à E625 - communément appelée glutamate sous toutes ses formes - ne modifie pas le goût initial, mais augmente l'intensité de la perception. Des études ont établi son caractère neurotoxique.

D’une manière générale, je préconise d’éviter les produits contenant plus de deux « E » dans leur composition et d'en limiter la consommation, dans la mesure du possible de cuisiner maison et de réduire la part de produits ultra-transformés.

La société française présente un paradoxe : d’une part, les concours télévisuels de Meilleurs pâtissiers sont très suivis, les réseaux sociaux – Facebook, Pinterest, Instagram… - proposent une multitude de comptes de cuisiniers amateurs de bons niveaux offrant leurs recettes et de groupes culinaires spécialisés, des magasins organisent des cours collectifs de cuisine, et, d’autre part, des bobos recourent à des plats cuisinés congelés ou livrés à domicile.
On note effectivement un engouement pour les émissions télévisuelles culinaires, les concours de chefs en prime time ou encore le partage croissant de recettes d’amatrices de bons niveaux sur les réseaux sociaux. Le public apprécie ces émissions et les vidéos/tutoriels, parfois le côté sensationnel des techniques artisanales.
 
Il n'en reste pas moins que tout ce show visuel n'est pas nécessairement accompagné d'une prise de conscience sur la santé en nutrition. Un filon médiatique est exploité, sans que les concepteurs associent intérêt pour la cuisine et intérêt pour l’alimentation saine. 

A titre d’illustration, les quantités de sucre utilisées dans les concours de pâtisserie à la télévision ne choquent personne. 

En réalité, la prise de conscience demeure une exigence personnelle, qui demande souvent d’aller à contrecourant. 

Il y a un problème grave de santé publique : l'alcoolisation des jeunes, notamment les femmes.
Les dangers des pratiques comme le binge drinking sont très sérieux : la consommation intense d'alcool sur de très courtes périodes, mais souvent répétées lors de soirées, les challenges sur les réseaux sociaux, ont des conséquences dramatiques sur la santé : à court terme, des problèmes de mémorisation chez les étudiants ; à plus long terme, un impact sur le cerveau et le développement de nombreuses maladies, tels le cancer du foie ou de la gorge, la cirrhose du foie. 

La prévention et le dialogue restent incontournables. 

Je conseille de consulter des professionnels de la santé, comme les addictologues. 

Le « bowl » et ses déclinaisons (poke bowl, smoothie bowl), c'est tendance. La bowlfood est lié au « clean eating » (« manger sainement » en français); Aux cafés d'antan, se sont substitués souvent des « fast foods » exotiques. Qu'en pensez-vous?
On présente souvent les « bowls » comme des plats sains, constitués d’aliments proches de leur état dans la nature, par opposition aux plats industriels ou traditionnels plus riches en gras et sucres. La réalité est plus nuancée.
 
Bien sûr, l’idée d’avoir une assiette équilibrée et diversifiée (protéines, lipides, glucides) est bonne, mais tout dépend de ce que vous mettez dans votre bowl : ses déclinaisons peuvent être intéressantes au niveau nutritionnel si vous y mettez des ingrédients sains. Attention donc aux déclinaisons des poke bowls, souvent riches en sauces et exhausteurs de goût ! 

De même, on peut revisiter les plats traditionnels d’antan, en exploitant les procédés de cuisson saine (vapeur, cuisson sans huile, etc.) et en réduisant l’apport de composants comme l’huile, le sucre et le sel.

Certains pensent que préparer des repas sains requiert beaucoup de temps. Pourtant, grâce à des courses intelligemment faites, on peut cuisiner des plats bons, équilibrés et sains en un temps réduit. Surtout avec les multicuiseurs, les friteuses sans huile...

Et les anciennes gamelles des ouvriers ou artisans sont devenues tendance en lunch box ou boites repas réutilisables, donc sans déchet...

Pour la pâtisserie, on peut utiliser des substituts naturels aux œufs - par exemple la compote de pommes ou de bananes sans sucre -, ou au beurre : par exemple diverses variétés de courges (potiron, courgette, potimarron, butternut) bouillies. Pour
 des meringues, mousses ou financiers, on peut substituer aux blancs d'œufs l'aquafaba ou jus de légumineuse, par exemple le liquide des pois chiches en conserve. On peut aussi faire cuire, sans ajout d'huile, son omelette directement dans une soucoupe en verre supportant la cuisson dans un grill par exemple, ou sa marmouma ou chakchouka (mets à base de poivrons, ail, piments, tomates, voire pommes de terre et œuf) avec des tomates mûres, riches en eau. Et ce, avec un goût et une texture satisfaisants. A l’approche de la fête juive de Hanoucca (fête des Lumières) et du Jour de l’An, quels conseils nutritionnels prodiguez-vous à nos lecteurs ?

Les repas de fêtes sont synonymes de partage et de joie, mais sont souvent associés à des excès de « bonnes choses » et la prise de kilos. 

Gardons l'esprit et le sens des fêtes. Hanoucca est la fête des Lumières, la victoire de la volonté et la détermination des Macabim (Maccabées) sur les Grecs et l’obscurantisme : on célèbre le miracle de la fiole d’huile qui a brillé huit jours et pendant huit jours. On a coutume de déguster des beignets frits. 

Il est tout à fait possible de consommer de manière éclairée en se réunissant autour d’une table festive

Revisitons nos recettes familiales - fruits à la place du sucre blanc, huile de colza, au lieu d'huile de tournesol, même pour les fritures -, nos modes de cuisson et soyons vigilants sur les quantités. 

Retrouver dans l’assiette plaisir et bien-être, c’est toute la philosophie de mon cabinet NutriSkill.

Contacter Sarah Bentolila à sarah.bentolila@free.fr

Recette d'une mousse au chocolat sans sucre

L'idée est d'avoir une note sucrée, pour la fin d'un repas de Chabbat, par exemple.
Le sucre ne vient que du chocolat noir.
Plus le chocolat noir est à forte teneur en cacao, plus la mousse aura une saveur corsée.
Le chocolat noir à 70% de cacao est adapté à cette recette.

Ingrédients
200 g de chocolat noir à faire fondre au bain marie.
3 jaunes d'œufs
3 blancs à monter en neige

Dans un saladier suffisamment grand, mélanger le chocolat fondu aux jaunes.
Facultatif : on peut rajouter un bouchon de Rhum ou 1/2 jus d'une orange ou 1/2 tasse de café.
Puis incorporer les blancs en neige délicatement dans le mélange tiède chocolat/jaunes d’œufs.

Mettre le mélange obtenu dans des ramequins.

Placer au frigo pendant 3 à 4 heures.

Manger dans les deux jours suivant la réalisation de cette mousse au chocolat.

ENJOY!

mardi 24 décembre 2024

« Les chrétiens d’Orient - Vitalité, souffrances, avenir » de Jean-Michel Cadiot


Vice-président de l’Association d’entraide aux minorités d’Orient (AEMO) et journaliste à l'AFP (Agence France Presse), Jean-Michel Cadiot relate les divisions théologiques du christianisme d'Orient. Il brosse un tableau partial de la condition des Chrétiens d'Orient. Le 11 décembre 2018, la "Proclamation internationale de Paris contre les discriminations et les violences faites aux chrétiens et aux autres minorités d’Orient, dont les Yézidis", a été signée. 
« Les chrétiens d’Orient - Vitalité, souffrances, avenir » de Jean-Michel Cadiot
Chrétiens d'Orient - Deux mille ans d'histoire
« Manuscrits en péril » par Susanne Brahms


En cette veille de Noël 2010, quelques mois après le synode à Rome sur des chrétiens d'Orient, alors que les trois églises chrétiennes (catholique, protestante, orthodoxe) et que cent parlementaires français ont signé des appels récents pour interpeller la communauté internationale sur la situation de ces chrétiens, alors que nombre de médias évoquent les persécutions de ces chrétiens qu'ils ont longtemps occultées, ce livre du journaliste Jean-Michel Cadiot offre un récit historique du christianisme, de ses centres (Rome/Byzance), des hérésies, schismes et réconciliations via des conciles ayant marqué l’histoire des églises chrétiennes – catholique, orthodoxe, copte, arménienne, etc. - et un tableau inquiétant, quoique souvent incomplet et partial, de la condition contemporaine de ces fidèles du Christ en Orient.

Une grande diversité
Dès les premiers siècles, le christianisme est divisé par une effervescence théologique - marcionisme, montanisme, manichéisme, etc. - liée à son positionnement par rapport au judaïsme et à ses interrogations fondamentales, notamment : « Qui est Jésus ? Que croyons-nous ? Comment définir la Sainte Trinité ? »

L’avènement et l’expansion de l’islam au VIIe bouleverse la situation géopolitique – jihad, Croisades -, en particulier dans l’espace méditerranéen, et la condition des chrétiens qui sont soumis, comme d’autres non-musulmans (juifs par exemple), au statut cruel et infériorisant de dhimmis.

Au fil des siècles, des églises seront transformées en mosquées, et le nombre de ces chrétiens d’Orient, jadis majoritaires dans de nombreux pays, va considérablement diminuer en raison des conversions forcées, des massacres, des génocides d’Arméniens, de Chaldéens, etc.

En 2009, le nombre de ces chrétiens d’Orient se situerait entre 80 et 120 millions, de l’Ethiopie à l’Irak, via le Soudan, l’Egypte (Coptes), le Liban (Maronites) et l’Arménie, premier pays proclamé chrétien depuis 301, et la Terre sainte.

Des partis pris
Vice-président de l’Association d’entraide aux minorités d’Orient (AEMO), Jean-Michel Cadiot fait montre d’une remarquable érudition.

Cependant, ce journaliste à l’AFP (Agence France Presse) surprend par son évocation trop elliptique des dhimmis chrétiens, son parti pris pro-palestinien et son manque de rigueur.

C’est la dhimmitude, concept forgé par l'essayiste Bat Ye’or, qui explique cette disparition des chrétiens d’Orient. Faute de lui avoir consacré la part qui lui revient dans son livre, Jean-Michel Cadiot brosse un tableau imprécis des chrétiens d’Orient.

L’appel de ces trois églises françaises, qui constituent le Conseil d’églises chrétiennes en France, l’indique clairement en 2010 :
« Le 31 octobre dernier, l’attentat perpétré à l’encontre de chrétiens assemblés dans la cathédrale de Bagdad nous a tous choqués. Cet acte si brutal n’est malheureusement pas un fait isolé. À travers le monde, des chrétiens nombreux de toutes confessions font l’objet d’intimidation, de menaces, d’attaques dans la banalité du quotidien ; d’autres sont écartés de certaines fonctions au seul motif de leur foi. Dans de nombreux pays, ces persécutions ne sont pas uniquement le fait d’individus sectaires, mais sont aussi la conséquence de dispositifs juridiques discriminatoires. Trop souvent des crimes pour motif religieux sont commis dans l’indifférence générale ».
Citons aussi un extrait particulièrement éclairant du livre L’Europe et le spectre du califat de Bat Ye’or :
« Quand en février 2008, l’archevêque chaldéen (rite assyro-catholique) Paulos Faraj Rahho interrompit le payement de la rançon (jizya) en échange de la sécurité de sa communauté, il fut enlevé et son chauffeur tué. Deux semaines plus tard son corps fut retrouvé près de Ninive. On sut alors que tous les chrétiens irakiens devaient obligatoirement payer pour leur sécurité conformément à la loi coranique (Cor. 9, 29). Des années durant l’archevêque Rahho racheta aux insurgés et terroristes musulmans le droit de vivre pour sa communauté par des rançons ruineuses. L’armée américaine ayant renforcé la sécurité, Rahho interrompit ces payements qui obligeaient ses ouailles à s’endetter. Menacé et kidnappé par les terroristes, il supplia ses coreligionnaires de ne pas leur payer la rançon exigée pour sa libération. Son exécution fut un simple fait divers de la dhimmitude. » (p.188)
De plus, la terminologie de Jean-Michel Cadiot s’avère parfois inexacte et anachronique, tel cet usage systématique du mot « Palestine » pour désigner, de l’Antiquité romaine à nos jours, une région dont le périmètre a cependant évolué au fil des siècles ou un Etat qui n'a jamais existé, même pas sous les Ottomans. Le terme « Palestine » a été instrumentalisé dès son origine : après la révolte du patriote Juif Bar Kokhba vaincu par l'empereur romain Hadrien en 135, les Romains veulent détruire en Judée tout souvenir d’histoire juive, y compris les noms de Judée et de Jérusalem. Ils nomment Jérusalem Ælia Capitolina, et, pour désigner ce territoire, ils forgent le terme « Palestine » à partir du mot Philistins, anciens ennemis des Hébreux et disparus (préhistoire). Ce terme « Palestine » suggère à tort que la Palestine a existé comme Etat (souverain).

En outre, cet auteur, qui ne comprend pas la nature du conflit opposant le monde musulman à l’Etat Juif, n’indique pas qu’Israël est le seul pays au Moyen-Orient dont la population chrétienne augmente, essentiellement en raison de l’afflux des chrétiens persécutés par l’Autorité palestinienne trouvant refuge dans l’Etat juif. Et ce n'est pas la diplomatie vaticane qui aidera ces chrétiens d'Orient persécutés.

Les partis pris de Jean-Michel Cadiot l’amènent aussi à multiplier les contrevérités ou à minorer les relations entre le nazisme et le monde musulman ou/et arabe, le terrorisme palestinien, en particulier celui des Palestiniens chrétiens.

Cet auteur n’a pas perçu dans le « palestinisme » un regain, une métamorphose, une résurgence du marcionisme, qui vise à couper le christianisme de ses racines juives et à « palestiniser » Jésus-Christ.

Curieusement, ce livre ne respecte pas une règle basique de typographie : on met une minuscule au début d’un mot désignant les croyants d’une religion (juifs, chrétiens, musulmans), et en majuscule la première lettre du vocable nommant un peuple (Juifs, Arabes). Or, cet ouvrage met une majuscule aux juifs, chrétiens et musulmans.

Manquent enfin à ce livre une chronologie et un index.


ADDENDUM 
En septembre 2013, les islamistes exigent la jizya des Coptes de Dalga, village en Egypte, en Syrie, en Iraq, etc. "Le pays conquis s’intègre au dar al-islam sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçu avec humiliation (Coran, 9, 29)". (Bat Ye'or)

A la demande de la Coordination Chrétiens d’Orient en Danger, le 9 octobre 2013, et à l’initiative de Jean-François Legaret, Claude Goasguen et Vincent Roger, le groupe   UMPPA "a déposé un vœu en commission pour dénoncer les persécutions et soutenir les Chrétiens d’Orient. Ce vœu sera défendu par Jean-François Legaret lors de la séance du Conseil de Paris, les 21 et 22 octobre 2013".


Marie-Hélène Rutschowscaya, ancienne responsable de la section copte au Louvre et conservateur général honoraire du patrimoine, s’alarme le 7 avril 2014 de « l’abandon par le musée du Louvre du projet d’un département regroupant les collections des arts de Byzance et des chrétientés d’Orient  ». Le 7 janvier 2010, le Président Nicolas Sarkozy avait annoncé la création au Louvre d’un « département consacré aux arts des chrétientés d’Orient, des empires byzantins et slaves ». Le 26 novembre 2010, le Conseil d’administration de l’établissement public du musée du Louvre alors présidé par Henri Loyrette avait approuvé « la création du département des Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient ». Une décision conforme au contrat de performance du Louvre (2006-2008) et à l’élargissement de l’Union européenne à des pays d’Europe orientale et méridionale. Le 15 avril 2013, en accord avec le ministère de la Culture, Jean-Luc Martinez, nouveau président du Louvre, a annulé  ce projet d’un IXe département du Louvre qui aurait été implanté dans les anciennes salles des arts de l’islam. Marie-Hélène Rutschowscaya déplore que la « France ait une politique culturelle trop frileuse envers des pays profondément marqués par le christianisme oriental d’époques byzantine et post-byzantine que notre Moyen Âge occidental a reçu en héritage ? Les événements dramatiques que nous connaissons actuellement au Proche-Orient et en Europe de l’Est devraient nous inciter à être plus attentifs et à développer des liens culturels pérennes ». A l’initiative exprimée en 2003 par le Président Jacques Chirac, le Louvre s’était doté d’un nouveau département des arts de l’islam.


Soeur Raghida, docteur en sciences de l’éducation, a décrit sur Radio Vatican, le 18 avril 2014,  la situation tragique des  chrétiens syriens victimes des islamistes qui leur intime de se  convertir à l'islam, de payer une rançon ou  les tuent "d’une façon extrêmement inhumaine, d’une extrême violence qui n’a pas de nom". Les islamistes crucifient les chrétiens refusant de dire la chahada, et à Abra (banlieue de Damas), au "fur et à mesure où on entrait dans la ville, on commençait à tuer les hommes, les femmes et les enfants. Et après le massacre, on prenait les têtes et on jouait au foot avec leurs têtes. En ce qui concerne les femmes, on prenait leurs bébés et on les accrochaient aux arbres avec leurs cordons ombilicaux".

Mossoul, deuxième ville d'Irak, a été vidée de ses 35 000 chrétiens spoliés de leurs biens et dépossédés de leurs papiers d'identité : ceux-ci avaient été sommés de choisir avant le 19 juillet 2014 "l’une des trois conditions imposées par le nouveau calife, dans la province de Ninive, Abou Bakr al Baghdadi, chef de l’EIIL (État islamique d’Irak et du Levant (EIIL), appelé désormais État islamique) : se convertir à l’islam, accepter le statut de dhimmi, ou en cas du refus du premier ou du second, ils seront exécutés par l’épée. Un nettoyage religieux sans grande indignation médiatique et politique. Valérie Boyer, député UMP, a interrogé ce jour le gouvernement sur ce "massacre annoncé" et exhortait à ce que "le silence de la France ne soit pas complice de ce drame". Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a répondu : "il est capital qu'on puisse empêcher la partition irakienne". Il a affirmé le "soutien de la France à toutes les minorités d'Orient". Le 24 juillet 2014, l'ONU a indiqué « qu'une vingtaine de familles chrétiennes » sont demeurées à Mossoul, soutenues par des ONG telles que Caritas. Certaines de ces familles se sont converties à l'islam, les autres ont préféré payer l'amende imposée par l'Etat Islamique (EI).



Le 21 décembre 2014, le pape François (Franciscus) a écrit  une lettre  aux chrétiens  du Moyen-Orient. Le Saint-Père  les a exhortés  au dialogue interreligieux, les a encouragés à demeurer dans leurs pays auxquels ils ont tant contribué, a dénoncé sans le nommer l’Etat islamique, a déploré les persécutions dont ils sont victimes :
« L’affliction et la tribulation n’ont malheureusement pas manqué dans un passé même récent du Moyen-Orient. Elles se sont aggravées ces derniers mois à cause des conflits qui tourmentent la région, mais surtout du fait d’une plus récente et préoccupante organisation terroriste, de dimensions autrefois inimaginables, qui commet toutes sortes d’abus et de pratiques indignes de l’homme, en frappant de manière particulière certains d’entre vous qui ont été chassés de façon brutale de leurs propres terres, où les chrétiens sont présents depuis les temps apostoliques. En m’adressant à vous, je ne peux pas oublier non plus d’autres groupes religieux et ethniques qui subissent également la persécution et les conséquences de ces conflits… A tous, je veux exprimer ma proximité et ma solidarité ainsi que celles de l’Église, et offrir une parole de consolation et d’espérance. Chers frères et sœurs, qui avec courage rendez témoignage à Jésus en votre terre bénie par le Seigneur, notre consolation et notre espérance c’est le Christ lui-même… Je demande à Dieu que tant de souffrance unie à la croix du Seigneur donne de bons fruits pour l’Église et pour les peuples du Moyen-Orient. milieu des inimitiés et des conflits, la communion vécue entre vous en fraternité et simplicité est signe du Royaume de Dieu. Je suis heureux des bonnes relations et de la collaboration entre les Patriarches des Églises Orientales catholiques et ceux des Églises Orthodoxes ; comme aussi entre les fidèles des diverses Églises. Les souffrances endurées par les chrétiens apportent une contribution inestimable à la cause de l’unité. C’est l’œcuménisme du sang, qui demande un abandon confiant à l’action de l’Esprit Saint… Puissiez-vous toujours rendre témoignage à Jésus à travers les difficultés ! Votre présence même est précieuse pour le Moyen-Orient. Vous êtes un petit troupeau, mais avec une grande responsabilité en cette terre, où est né et où s’est répandu le christianisme… Votre effort pour collaborer avec des personnes d’autres religions, avec les juifs et avec les musulmans, est un autre signe du Royaume de Dieu. Le dialogue interreligieux est d’autant plus nécessaire que la situation est plus difficile. Il n’y a pas d’autre voie. Le dialogue fondé sur une attitude d’ouverture, dans la vérité et dans l’amour, est aussi le meilleur antidote à la tentation du fondamentalisme religieux, qui est une menace pour les croyants de toutes les religions. Le dialogue est en même temps un service à la justice et une condition nécessaire pour la paix tant désirée… La plupart d’entre vous vit dans un milieu à majorité musulmane. Vous pouvez aider vos concitoyens musulmans à présenter avec discernement une image plus authentique de l’Islam, comme le veulent beaucoup d’entre eux, lesquels répètent que l’Islam est une religion de paix qui peut s’accommoder du respect des droits humains et favoriser la cohabitation entre tous. Ce sera un bien pour eux et pour la société tout entière. La situation dramatique que vivent nos frères chrétiens en Irak, mais aussi les yazidis et les membres d’autres communautés religieuses et ethniques, exige une prise de position claire et courageuse de la part de tous les responsables religieux, pour condamner de façon unanime et sans aucune ambigüité ces crimes et dénoncer la pratique d’invoquer la religion pour les justifier… Bien-aimés, presque tous, vous êtes des citoyens natifs de vos pays et vous avez pour cela le devoir et le droit de participer pleinement à la vie et à la croissance de votre nation. Dans la région, vous êtes appelés à être artisans de paix, de réconciliation et de développement, à promouvoir le dialogue, à construire des ponts, selon l’esprit des Béatitudes (cf. Mt 5, 3-12), à proclamer l’Évangile de la paix, ouverts à une collaboration avec toutes les autorités nationales et internationales… Je désire vous exprimer de manière particulière mon estime et ma gratitude, très chers frères Patriarches, Évêques, Prêtres, Religieux et sœurs Religieuses, qui accompagnez avec sollicitude le chemin de vos communautés… A vous, jeunes, j’envoie une accolade paternelle. Je prie pour votre foi, pour votre croissance humaine et chrétienne, et pour que vos meilleurs projets puissent se réaliser. Et je vous le répète : « N’ayez pas peur ni honte d’être chrétiens. La relation avec Jésus vous rendra disponibles pour collaborer sans réserve avec vos concitoyens, quelle que soit leur appartenance religieuse » (Exhort. ap. Ecclesia in Medio Oriente, n. 63). A vous, personnes âgées, je fais parvenir mes sentiments d’estime… Je voudrais encourager tous ceux d’entre vous qui œuvrent dans les domaines très importants de la charité et de l’éducation…Bien-aimés, même si vous êtes peu numériquement, vous êtes protagonistes de la vie de l’Église et des pays dans lesquels vous vivez. Toute l’Église vous est proche et vous soutient, avec grande affection et estime pour vos communautés et votre mission. Nous continuerons à vous aider par la prière et avec les autres moyens disponibles. En même temps, je continue à exhorter la communauté internationale à répondre à vos besoins et à ceux des autres minorités qui souffrent ; en premier lieu, en promouvant la paix à travers la négociation et le travail diplomatique, en cherchant à contenir et arrêter le plus tôt possible la violence qui a causé déjà trop de dégâts. Je réitère la plus ferme condamnation des trafics d’armes. Nous avons plutôt besoin de projets et d’initiatives de paix, pour promouvoir une solution globale aux problèmes de la région. Pendant combien de temps le Moyen-Orient devra- t-il encore souffrir à cause du manque de paix ? Nous ne pouvons pas nous résigner aux conflits comme si un changement n’était pas possible ! Dans le sillage de mon pèlerinage en Terre Sainte et de la rencontre de prière qui s’en est suivie, au Vatican, avec les Présidents israélien et palestinien, je vous invite à continuer de prier pour la paix au Moyen-Orient. Que celui qui a été contraint à laisser ses propres terres, puisse y retourner et y vivre dans la dignité et dans la sécurité. Puisse l’assistance humanitaire s’accroître, en mettant toujours au centre le bien de la personne et de chaque pays dans le respect de sa propre identité, sans faire passer avant d’autres intérêts. Que l’Église tout entière et la communauté internationale deviennent toujours plus conscientes de l’importance de votre présence dans la région. Chères sœurs et chers frères chrétiens du Moyen-Orient, vous avez une grande responsabilité et vous n’êtes pas seuls à l’affronter. C’est pourquoi, j’ai voulu vous écrire pour vous encourager et pour vous dire combien votre présence et votre mission sont précieuses en cette terre bénie par le Seigneur. Votre témoignage me fait beaucoup de bien. Merci ! Chaque jour, je prie pour vous et à vos intentions ».
 Député de Paris et Maire du XVIe arrondissement de Paris, Claude Goasguen a invité à la "manifestation de mobilisation et de soutien pour les Chrétiens d'Orient sur le parvis de la mairie du XVIe arrondissement de Paris" le 20 mai 2015 à 18 h.

"Dans plusieurs diocèses, les cloches sonneront dans toutes les églises le samedi 15 août 2015. Les évêques ont appelé leurs fidèles à se rassembler sur les parvis de leurs églises à midi, pour manifester leur soutien fraternel aux chrétiens d’Orient en proie à des persécutions dans leurs pays à cause de leur foi".

La Coordination des chrétiens d’Orient en danger (CHREDO) "salue l'initiative des églises catholiques de France qui a pris une ampleur nationale, suivie par les diocèses de plusieurs pays (Belgique, Canada, Espagne, Luxembourg, Suisse...) Celles de Notre-Dame de Paris apporteront aux chrétiens d'orient une symbolique forte. La CHREDO apprécie ces initiatives mais demande qu'elles soient suivies par des actes concrets pour leur retour à leurs pays et leurs maisons, et le maintien des chrétiens d'orient dans leurs pays d'origine. Des centaines de milliers des chrétiens d'orient résident en France. Près de de 150 000 Coptes d'Egypte , 100 000 Libanais  dont 85 000 Maronites, 16 000 Chaldéens dont 3 000 Irakiens regroupés dans trois paroisses (Notre Dame de Chaldée à Paris, Saint -Ephrem à Lyon et Notre Dame de Chaldée à Marseille), et près de 3 000 Syriens".


Le 11 décembre 2018, une vingtaine de dignitaires religieux chrétiens - maronite, syriaque-orthodoxe, chaldéen, druze, arménien, chiite, sunnite, évangélique… - et musulmans se sont réunis au siège du Conseil régional d’Île-de-France à Paris afin de participer – aux côtés de représentants politiques, magistrats ou responsables d’ONG – à la Conférence internationale de Paris, organisée par la Coordination des Chrétiens d’Orient en Danger (Chredo).

« (Ce jour) est un moment important, un tournant dans la solidarité manifestée entre les religions et la détermination à combattre les extrémistes. C’est la première fois que des religieux chrétiens et musulmans se retrouvent ainsi pour dénoncer, sans aucune ambiguïté, comme contraires à l’islam et comme crimes contre l’humanité les actes terroristes d’organisations comme Daech », a déclaré, dans son discours d’ouverture, Patrick Karam, président de la Chredo, insistant sur le caractère « inédit » de ce rendez-vous interreligieux en Europe, alertant sur le « phénomène d’hémorragie » frappant les populations chrétiennes du Proche et Moyen-Orient.

"A la charnière du religieux et de la politique, cette journée de conférences, organisée en partenariat avec Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France et ancienne coprésidente du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale, avait un triple objectif affiché : démontrer l’unité interreligieuse par une déclaration commune appelant « à la fin des violences perpétrées contre les chrétiens d’Orient et les minorités – dont celle yézidie », faire reconnaître les exactions commises à leur encontre « comme crime contre l’humanité par les juridictions nationales et internationales », et réfléchir aux conditions du retour des exilés dans leurs pays d’origine".

« La religion n’a jamais voulu la mort d’êtres humains : nous rejetons tout ce que Daech a essayé de construire. La vraie religion appelle à la paix et à la cohabitation », a affirmé le Dr Abdel Meneem Fouad, doyen de la Faculté des Sciences Islamiques de l’Université Al Azhar.

Mgr Angélos, évêque général copte-orthodoxe d’Égypte, représentant le pape Tawadros II,"a invité au « renouvellement de la pensée religieuse pour répandre les valeurs de tolérance et de paix ». « L’Orient a besoin d’être secouru en actes, pas qu’en paroles ! Nous, chrétiens d’Orient, souffrons de la marginalisation : cette conférence est importante car elle nous permet de communiquer nos souffrances au monde », a martelé, avec virulence, Mgr Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque Syriaque Orthodoxe de Mossoul"


Patrick Karam a lu le contenu de la "Proclamation internationale de Paris contre les discriminations et les violences faites aux chrétiens et aux autres minorités d’Orient, dont les Yézidis", un "texte retravaillé et cosigné par les dizaines de personnalités religieuses présentes à la conférence. « Les signataires (…) affirment sans ambiguïté le droit inaliénable des chrétiens d’Orient, les Yézidis et les minorités persécutées qui représentent les plus anciennes composantes de cette région, à rester et à vivre sur leur terre dans la dignité et la sécurité, sans subir de discrimination et à pratiquer leur foi en toute liberté (…) Il y va de l’avenir de la région », stipule-t-elle. En condamnant tous « les actes terroristes passés et à venir qui constituent des crimes contre l’humanité » à l’encontre de ces minorités, ils appellent « la communauté internationale à ne pas faire d’amalgame entre ces (groupes terroristes ou factions extrémistes armées) barbares et l’islam ».


Jean-Michel Cadiot, Les chrétiens d’Orient – Vitalité, souffrances, avenir. Ed. Salvator, 2010. 350 pages. ISBN : 9782706707827


Cet article a été publié le 24 décembre 2010, puis les 10 septembre, 11 octobre et 25 décembre 2013, 8 et 20 avril, 23 juillet et 24 décembre 2014, 19 mai, 14 août et 24 décembre 2015, 17 avril 2017.