Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 8 mai 2015

Emilie Adams, artiste et décoratrice d'intérieur



Emilie Adams a abordé la peinture sur cuir repoussé, l’aquarelle, le pastel et la photo numérique artistiquement retravaillée, puis la création infographique. Elle crée des œuvres élégantes, délicates, fines et aux inspirations parfois Juives. Photographe spécialiste du multimédia, Emilie Adams a lancé « Emilie Adams. Art et Décoration d’intérieur » qui « allie création artistique et décoration d’intérieur pour créer des espaces de vie harmonieux » pour les professionnels et les particuliers, collectionneurs ou amateurs. A l'occasion de la fête des mères, Emilie Adams propose sur sa boutique de ventes en ligne, en plus des "photographies et créations infographiques, des pastels et des aquarelles, imprimées sur toiles, signées et numérotées, qui peuvent s’harmoniser avec votre intérieur. Pour être assuré(e) de recevoir le tableau choisi à temps pour la Fête des Mères, il est préférable de passer commande au plus tard le 15 mai 2015".

"C’est en m’intéressant à la peinture sur soie et à l’aquarelle, que j'ai pris goût à la couleur et aux nuances qui m’invitaient à apprivoiser le pinceau. Ensuite, je me suis adonnée à la calligraphie chinoise, au lavis, à la peinture à l’huile, à la reliure d’art, au pastel, à la peinture acrylique. En étudiant la reliure d’art, j'ai découvert la noblesse du cuir et réalisé ainsi sous le pseudonyme d’Emi une série de tableaux en cuir repoussé que j'ai exposés aux Salons des Indépendants et des Artistes français, à l’Hôtel Sofitel Paris la Défense et dans quelques galeries. Parallèlement je me suis intéressée à la photographie numérique et au multimédia, dont je suis devenue une spécialiste dans le cadre d'e Vocation, Agence Conseil en Marketing et Communication que j'ai fondée en 2000. A la gamme complète d'outils de PAO que je maîtrise de longue date, j'ajoute ceux de Modélisation 3D pour présenter des projets photo-réalistes avec visites virtuelles", résume Emilie Adams. 

Originalité et élégance
A l’âge de trois ans, Emilie Adams, a « dessiné d’un trait de crayon un chien ». C’est l’indication d’une vocation précoce.

Emilie Adams a pratiqué diverses activités artistiques dont la peinture sur soie, la calligraphie, le lavis et la pyrogravure.

Elle a choisi une voie professionnelle autre : de la gestion, elle a évolué vers la direction d’une agence de marketing et communication multimédia où sa fibre artistique peut s’exprimer. Ce qui lui permet aussi d’aller « au-delà des deux dimensions ».

Parallèlement, elle a exposé dans les Salons des artistes français, des Indépendants et dans des galeries.

Par l’aquarelle, qu’elle affectionne pour la transparence, Emilie Adams est allée vers les couleurs et les nuances.

Et c’est en s’initiant à la reliure d’art qu’elle trouve avec le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) un fixatif afin que ses couleurs préservent le support dans le temps.

Elle allie ainsi la gravure à chaud, la peinture rehaussée de fils d’or dans le respect du grain du cuir.

Ses œuvres s’insèrent dans plusieurs séries : « Jérusalem », « Le judaïsme » (tables et symboles de fêtes), « Les saisons » et les « Fleurs » en aquarelles (« Bouquet diaphane ») ou en photographies numériques.

Emilie Adams photographie au zoom, et dans le mouvement, dans l’inspiration, dans l’indépendance, en une suite logique, elle retravaille ses clichés numériques qu’elle édite en nombre limité sur du papier d’Arches.

On peut trouver deux liens familiaux à son art : son père photographe amateur développait chez lui ses clichés en noir et blanc et son oncle est le peintre brésilien Alberto Massuda.

Emilie Adams excelle à représenter la lumière blanchâtre de l’hiver ou éblouissante de la Jérusalem estivale. Chez elle, les saisons personnalisées sont élancées, parfois fondues dans une nature exubérante.

Son sens des couleurs et de la pose est affirmé. Et l’harmonie, la douceur et la quiétude règnent.

Emilie Adams adapte aussi ses œuvres en de tendres cartes de vœux sur papier ou animées pour internet. Avis aux amateurs !

Emilie Adams « puise son inspiration dans les fleurs, la nature, l’imaginaire et ses créations vont du figuratif à l’abstrait, avec délicatesse et légèreté, puissance et sérénité ».

Emilie Adams a développé un concept de décoration. Uniques ou éditées en nombre limité, « toujours numérotées et signées par leur créatrice, ces œuvres originales peuvent être travaillées sur différents types de supports, traditionnels ou contemporains, toujours en adéquation et en harmonie avec le décor, qu’il s’agisse de lithographies, toiles, panneaux lumineux, textilel, plexiglas… »

Emilie Adams crée aussi « sur commande des œuvres exclusives, en réponse aux souhaits spécifiques des designers, particuliers ou professionnels ».

Murs, vitres, rampes d’escaliers… Emilie Adams les décore en « sur-mesure », les pare, les cache ou les rehausse, les insère par des photographies numérisées aux motifs divers dans un décor plus humanisé, dans le cadre de projets d'aménagements d'espaces professionnels et privés, modélisés en 3D dans un souci du détail. Une visite virtuelle permet d'apprécier le rendu d'un éclairage, d'une création particulière, d'une texture...

Certaines de ses créations sont visibles sur son site bilingue français/anglais « Emilie Adams. Art et Décoration d’intérieur ». 

Photographies numériques sophistiquées de hanoukiot - hanoukia de lumière, hanoukia d’azur, hanoukia émeraude - ou inspirées de prières, bénédictions ou cérémonies juives : Shema, kidouch (sanctifie le repas familial, la table du chabbat, un jour saint), havdala (marque la fin du chabbat ou d'un yom tov, Nda)... A l'occasion de « Hanouka, Fête des Lumières », Emilie Adams a inauguré sa Boutique de ventes privées en ligne. Elle "propose à une sélection de ses créations en édition limitée sur toiles de lin de qualité (350 g/m²) montées sur châssis", avec ou sans cadre, sur divers supports (plexiglas, aluminium, textile). Ces œuvres numérotées et signées décorent les intérieurs avec la note de gaieté conférée par la lumière des bougies".

 A l'occasion de la fête des mères, Emilie Adams propose sur sa boutique de ventes en ligne, en plus des photographies et créations infographiques, des pastels et des aquarelles qui peuvent s’harmoniser avec n’importe quel intérieur. Editées en 30 exemplaires, ces reproductions sur toiles coton ou lin de 350 g/m² sont numérotées et signées. Elles sont proposées à partir de 99 € selon format (30 cm/40 cm et 45 cm/60 cm) avec ou sans cadre de type caisse américaine. Pour être assuré(e) de recevoir le tableau choisi à temps pour la Fête des Mères, il est préférable de passer commande au plus tard le 15 mai 2015".

Visitez le site d’Emilie Adams à www.emilieadams.com
Accédez aux ventes privées à l’occasion de Hanouka


Oeuvres d'Emilie Adams de haut en bas :
- Hanouka azur
- La femme en rose
- Fleur de charme
- Kiddouch
- Parc Monceau
- Automne (oeuvre sur cuir)
- Hanouca pourpre
- Shema
- Ballerine rose, toile

Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
Aviation/Mode/Sports
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)

Cet artice a été publié en une version plus concise par Guysen et le :
- 26 janvier 2012 sur ce site pour la première fois ;
- 30 mai 2012. Elle a présenté ses œuvres au stand 45 du  1er salon d'art contemporain du B'nai B'rith le 3 juin 2012 ;
- 15 décembre 2014.
Il a été modifié le 5 mai 2015.

lundi 4 mai 2015

« Sur le chemin de la nature enfouie » de Jean-Claude Snyders


Jean-Claude Snyders est le fils d’un déporté, Juif et résistant, d’un survivant du camp d’Auschwitz qui a gardé le silence sur sa déportation. Il livre le récit sur l'effet de la Shoah sur les déportés, et la deuxième génération. Le 5 mai 2015, Toute l'Histoire diffusera le documentaire Ils ne savaient pas ? Les Français et la Shoah sous l'Occupation : " Durant l'Occupation, de 1941 à 1944, 76000 Juifs ont été déportés de France. Des hommes valides, mais aussi des femmes, des enfants, des bébés, des vieillards sont ainsi partis "vers l'est" comme on disait alors pudiquement. Comme si l'on se doutait bien que quelque chose de néfaste se déroulait, "à l'est".  S'il est difficile, à distance et armé aujourd'hui de notre savoir de restituer l'exacte connaissance qu'avaient les Français de la Shoah qui était en marche sous leurs yeux, il n'est pas vain de se demander ce que savaient, ce que pouvaient savoir les Français du destin de ces Juifs que l'on emmenait vers la mort.  C'est la question à laquelle ce documentaire tente de répondre aujourd'hui".

Enfant, Jean-Claude Snyders s’est cru responsable de la douleur de son père, il s’est mépris sur ses colères violentes (hurlements) en réaction à des faits anodins.

Il a été marqué par ces silences destinés en fait à le protéger et révélant aussi l’impossibilité de dire l’indicible ainsi que le rejet de l’homme traité en « sous-humain » par les Nazis.

L’auteur a longtemps respecté ce non-dit paternel par craintes, notamment l’appréhension de faire souffrir son père.

Alors que son père commençait à parler sur ce qu’il avait enduré au camp d’Auschwitz, Jean-Claude Snyders a entrepris d’écrire, avec tact et détermination, ce livre transgressif d’un interdit et introspectif comme un périple pour savoir, comprendre, aider son père, communiquer avec lui sur ce sujet éprouvant - la Shoah (Holocaust) -, et en être aimé. Bien que son père lui ait témoigné des preuves de son amour…

Lauréat de l'Académie française en 1994, Jean-Claude Snyders analyse aussi ses relations avec son épouse et ses enfants, le besoin, la profondeur et les difficultés de l’amour. Il s’interroge aussi sur l’éducation qu’il a donnée à ses enfants.

Les postfaces sont signées d’Eliette Abécassis et de Georges Snyders, père de l’auteur.


Jean-Claude Snyders, Sur le chemin de la nature enfouie. Editions Cheminement, coll. Ma part de vérité, 2009. 417 pages. 22 euros. ISBN : 978-2-84478-895-5
Cet article a été publié dans le numéro 630-631 de novembre-décembre 2010 de L'Arche, et sur ce blog le 11 décembre 2010.

lundi 27 avril 2015

« Paris et ses cafés » de Delphine Christophe et Georgina Letourmy

L’Action artistique de la Ville de Paris a publié le livre-catalogue d’une exposition itinérante consacrée à ces « temples du délassement et de la sociabilité » (Béatrice de Andia). Nés à la fin du XVIIe siècle à la foire de Saint-Germain-des-Prés, les cafés ont été des lieux d’inspiration, de travail et d’exposition de nombreux artistes, dont ceux de l’Ecole de Paris, et des symboles de modes de vie. 

« Une femme d'exception. Le royaume d’Anna » par Beate Thalberg

« Cafés, estaminets, débits de boissons, cafés-littéraires, tavernes, bistrots, troquets, bars, caf’ conc’, bals musettes, cabarets, drugstores, cafés-théâtres, cafés-librairies… ». La langue française est riche pour désigner ces lieux aux réalités différentes, mais qui tous ont concouru à « la renommée de la capitale » et ont « précédé ou suivi les modes : de la foire Saint-Germain-des-Prés, en passant par le Palais-Royal, les boulevards, Montmartre, Montparnasse ou les Champs-Elysées ».

Ces cafés ont accompagné la vie culturelle – littéraire, picturale, etc. – de la capitale, révélant ses centres d’attraction, de débats politiques et de création artistique, en particulier pour les artistes juifs attirés par la « Ville lumière ».

Ce livre exhaustif envisage tous les aspects des cafés parisiens, et notamment leurs innovations architecturales et décoratives.

Enseignes, aquarelles, bas-reliefs, livres, vitraux, céramiques, objets du service (tasses, chocolatière), sièges, présentation d’un verrier et d’un comptoir en zinc des années 1920 évoquant l’histoire des bougnats (marchants de charbon et cafetiers, souvent auvergnats), jeux, machines à sous, photographies souvent inédites, et bien d’autres éléments procurent une agréable promenade dans le temps, entre histoire et mythe, et dans des univers parfois disparus.

Le charme et l’âme des cafés d’antan
La mode du café fut lancée en 1669 lors de la visite de l’ambassadeur de la Sublime Porte auprès de Louis XIV.

C’est plus d’un siècle plus tard, en 1781, qu’un Sicilien Francesco Procopio dei Coltelli crée le fameux café-littéraire, Le Procope, près de la Comédie-Française.

L’ont fréquenté Rousseau, Voltaire, puis Balzac et Anatole France.

Le café est ce « lieu de rencontres et d’échanges, intellectuels et galants, lié au monde du spectacle ». Il devient aussi le vivier de révolutionnaires.

« Le comptoir d’un café est le Parlement du peuple » (Balzac)
Sous le Directoire, les Parisiens aiment se promener le long du boulevard du Temple. Puis les Cosaques campent dans les « bistrots » des Champs-Elysées.

Pendant près d’un siècle et demi, les Grands Boulevards donnent le ton.

Sur la butte Montmartre, le café Guerbois est fréquenté par les impressionnistes Auguste Renoir et Camille Pissarro et le théâtre d’ombres assure le succès du cabaret Le Chat noir. Là, sous les Années folles, Le Bœuf sur le toit et les cabarets de chansonniers constituent des pôles avenants.

La réussite des Auvergnats ou "Cantaliens"dans le CHR (café-hôtel-restaurant) ? Une histoire qui débute par un fils de paysan devenant garçon de café. A Paris, il pouvait résider au Foyer des jeunes travailleurs de la Cité des Fleurs dans le XVIIe arrondissement de Paris. Deuxième étape : la gérance appointée (gérant-salarié), puis gérance libre (location des lieux). Puis, le jeune professionnel acquiert son premier café, qu'il revend pour acheter "un plus grand, mieux situé, voire plusieurs autres. Omniprésents : les grands fournisseurs-brasseurs - Tafanel, Richard, Bertrand, tous auvergnats - qui dénichent les bonnes affaires, les fonds de commerce à racheter, accordent un prêt au-dessous du taux du marché et aident aussi lors de l'installation en offrant les stores, la pompe à bière ou la machine à café. En échange, il suffit de se fournir chez celui qui vous aura prêté main forte." Certes, mais sans pouvoir négocier les tarifs. Dans les années 1990, "60% des bars, des brasseries et tabacs appartiennent à des compatriotes du Massif central. Les success stories font saliver : Lipp, la Coupole, les frères Costes... Autrefois, les fournisseurs accordaient des prêts à des taux préférentiels, maintenant, ils sont plus élevés que ceux pratiqués par les banques traditionnelles", déplorait Christophe, 32 ans, propriétaire du Tabac de la Mairie, dans le 15e arrondissement. (Le Nouvel observateur). Sont installées à Paris des agences du Crédit agricole du Cantal - 80% des clients travaillent dans les bars-brasseries - et de celui de l'Aveyron. L'Auvergne comptait environ 200 associations en Ile-de-France. L'hebdomadaire "L'Auvergnat de Paris", qui compte 10 000 abonnés, "L’Aveyronnais" et le "Cantalien" publiaient des petites annonces. 

La Première Guerre mondiale marque le déplacement vers la rive gauche, vers le quartier Montparnasse. La Coupole, café-brasserie, devient le lieu de réunions de Picasso et d’artistes juifs ayant fui l’Europe centrale et la Russie. En témoignent la photo de Picasso, Modigliano et d’André Salmon devant la Rotonde, prise par Jean Cocteau avant 1916. Sur celle prise lors de l’inauguration de La Coupole, on peut reconnaître Moïse Kisling, Per Krohg, Foujita et Hermine David, épouse de Pascin.

De 1915 à 1916, sur trois cahiers de musique, Modigliani esquisse des portraits. Le peintre Pascin croque ses amis artistes et se dessine avec humour.

L’Entre-deux-guerres voit l’apogée de cafés littéraires avec Le Flore, les Deux Magots et la Brasserie Lipp dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Ouvert en 1885, le Café de Flore a une réputation solidement établie quand l’écrivain Tristan Tzara y convoque les assistes du mouvement dada.

Cette tradition des auteurs écrivant dans les cafés – Simone de Beauvoir et Sartre – semble reprise par Georges Pérec, attablé au Café de la Mairie. Cet écrivain s’installe plusieurs semaines en octobre 1974 dans ce café de la place Saint-Sulpice, pour décrire ce qu’il voyait depuis sa table : passants, circulation, etc.

Les cabarets, notamment Les Trois baudets dirigé par Jacques Canetti, voient l’éclosion de jeunes talents, dont l’auteur-compositeur-interprète Barbara ou le chanteur Jean Ferrat récemment disparu.

Tandis que le Golf-Drouot accueille les Yés-Yé et autres adeptes du rock and roll.

Lieux de rencontres et de conversations (« Brèves de comptoir » par Jean-Marie Gourio), les cafés se sont dotés d’attractions, comme un juke-box ou la télévision dans les années 1960.

Plus récemment, sont apparus des cafés étudiants, des cafés-philosophies, des cafés visant dans certains groupes (homosexuels), des cafés de musées, des cyber-c@fés, des cafés branchés ou conçus autour d’un concept...

Le renouvellement des clientèles se conjugue avec celui des cafetiers : aveyronnais ou auvergnats, puis chinois, usant de méthodes similaires : tontine, patronage amical ou familial. Modifiant, animant ou accompagnant l’évolution de quartiers.

Les cafés épousent les mouvements de la capitale et de l’histoire... Les fils de paysans montaient à Paris pour travailler dans le CHR (Café/Hôtel/Restaurant).

Brasseries
Arte évoqua le 20 décembre 2014, dans Repas de fêtes, Le temps des brasseries : "À la fin du XIXe siècle, la brasserie incarnait le nec plus ultra de la restauration. Des plats et des lieux deviennent l’emblème d'un Paris où se font et se défont les courants artistiques, politiques et littéraires. Dans cet épisode, Michel Roth joue avec les codes de la cuisine régionale et populaire des brasseries. Son menu : œuf cocotte sur son lit d’asperges et d’écrevisses, choucroute revisitée et baba au rhum". 

Tradition du vin remet chaque an La Bouteille d'or.

Pop-up cafés
Temporaires, nomades, des pop-up cafés apparaissent. Ils sont tendance aussi sur les réseaux sociaux. 

Ils sont liés à des événements. Ainsi, le musée Cognacq-Jay en a créé un dans sa cour, les week-ends, lors de son exposition Thé, café ou chocolat ? L'essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle. La Fashion week a aussi bénéficié d'un pop-up café.

Attentats du 13 novembre 2015
Les attentats terroristes islamistes revendiqués par l'Etat islamique (ISIS) et commis à Saint-Denis et à Paris ont ciblé des terrasses de cafés parisiens, emblématiques d'un mode de vie honni par ISIS.


Delphine Christophe et Georgina Letourmy, Paris et ses cafés. Action artistique de la Ville de Paris, 2004. 248 pages. ISBN : 2-913246-50-8

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié sur ce blog les 27 mars 2010, 19 décembre 2014, 27 avril 2015.

dimanche 26 avril 2015

« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot


La rue des Rosiers est située dans le Pletzl (« petite place » en yiddish), ce quartier juif parisien depuis le Moyen-âge. Elle en est devenue l’emblème. Cet article est republié en cette Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation instituée en 1954.
Avant la Seconde Guerre mondiale, c’était un lieu où vivaient et travaillaient des juifs venus essentiellement d’Europe centrale et de Russie.

Dans ce livre bouleversant préfacé par Elie Wiesel et doté d’une précieuse chronologie (1933-1945), Alain Vincenot, auteur de Je veux revoir Maman, les enfants juifs cachés sous l'occupation, brosse le portrait de 19 adultes juifs ayant grandi dans ce quartier populaire et artisanal.

Et au travers d’eux évoque leur parentèle, dans leur pays d’origine et en France : la vie culturelle, les réseaux juifs de sociabilité, les persécutions antisémites, les caches, le ghetto de Varsovie, les Justes parmi les nations, les camps, etc. ainsi que l’antisémitisme en Pologne après la guerre.

Ces témoins nous disent, ou nous font comprendre les difficultés, la douleur et l’appréhension de dire ou d’entendre l’horreur, l’attente de parents qui ne reviennent pas d’une « destination inconnue », les vexations de l’administration française rétive à leur reconnaître le statut d’« interné politique », la nostalgie de journaux et spectacles en yiddish...


Alain Vincenot, Les larmes de la rue des Rosiers. Editions des Syrtes, 2010. 283 pages, 20 euros. ISBN : 978-2-84545-154-4

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro 624 de mai 2010 de L'Arche, et sur ce blog le 4 septembre 2010.

samedi 25 avril 2015

Le 8e Salon des écrivains du B’nai B’rith


Près de 2 000 personnes ont afflué le 23 novembre 2003, à la Mairie du XVIe arrdt de Paris, pour le 8e Salon des écrivains du B'nai B'rith (BB) de France événement automnal placé sous les signes de l’ouverture et de la laïcité. Cet article est republié en hommage à Eugène Leiba, décédé récemment, initiateur du Salon du livre du BB France, ancien président de la Loge Ben Gourion.


Lancé en 1996 par le B’nai B’rith France (BB France), le Salon des écrivains du BB est devenu un rendez-vous littéraire majeur. « Nous avons été accueillis dès le début par le Maire du XVIe arrondissement de Paris, Pierre-Christian Taittinger. Le succès s’est vite confirmé », raconte Edwige Elkaïm, présidente du BB France.

Quelques chiffres attestent ce succès. Une trentaine d’écrivains étaient présents lors du 1er Salon centré essentiellement sur la thématique juive. Quelques centaines d’amoureux des livres s’y étaient rendus. L'édition 2003 a rassemblé 80 auteurs, dont une quinzaine d’écrivains membres du BB France. Seule condition restrictive : avoir publié dans l’année. Le public attendu est évalué à plusieurs milliers.

L’agencement des salles est particulier : chaque stand réunit deux écrivains, en la présence d’une hôtesse membre du BB France. Les visiteurs se promènent donc dans des allées, avec un large choix de genres littéraires et donc d’auteurs. Du géopoliticien Frédéric Encel à la romancière Karine Tuil, de l’universitaire Guy Millière à l’historienne Elisabeth Antébi, du journaliste Nicolas Weill au philosophe Eric Marty...

De cette floraison d’œuvres, émergent deux dominantes : les ouvrages d’actualité et les mémoires.

Cette année, parmi les écrivains chrétiens figuraient deux auteurs arméniens : Marig Ohanian et Martine Hovanessian.

Sont aussi conviés deux écrivains berbères, musulmans, dont Morad El Hattab, auteur des « Chroniques du buveur de lune » et admirateur du philosophe Emmanuel Lévinas (1905-1995).

En fin d’après-midi, sur le thème « La laïcité : combat pour la République », sont intervenus le Grand Rabbin Gilles Bernheim, Rémy Schwartz, conseiller d’Etat et membre de la commission « Stasi » sur la laïcité, l’historien des idées Pierre-André Taguieff et le sociologue Shmuel Trigano. Un thème essentiel tant il fonde notre « devenir ensemble » en France…


Cet article a été publié dans Actualité juive.

vendredi 17 avril 2015

Yourope : « Théorie du complot : absurdité ou réalité ? » Andreas Korn


Arte diffusera les 18, 21 et 22 avril 2015 « Théorie du complot : absurdité ou réalité ?  » (2015), numéro du magazine Yourope réalisé par Andreas Korn. Un « zoom sur les théories conspirationnistes qui prospèrent en Europe », et s’y banalisent car, dans une société d’incertitudes et de méfiances à l’égard des puissants, des médias, elles offrent l’illusion d’expliquer, dans une dynamique apparemment rationnelle, des faits difficilement compréhensibles et d’en imputer la responsabilité souvent à des groupes, notamment aux Juifs. Elles font se rejoindre parfois élites et peuples.


En « Allemagne, certains croient dur comme fer que la ville de Bielefeld n'existe pas, qu'Hitler a fini ses vieux jours au pôle Sud ou que les premiers pas de l’homme sur la Lune ont été tournés en studio ». 

Les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ou du 7 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, la mort de Ben Laden, dirigeant du mouvement islamiste al-Qaïda ou le conflit en Ukraine, les « affaires DSK » ou les crises financières ont inspiré aussi les conspirationnistes, des romans best-sellers (Da Vinci Code, de Dan Brown) ou séries télévisées (X-Files), l’« épouvantail politique » d’un « gouvernement mondial » agité par les extrémistes de gauche et de droite… Ces théories du complot ou « conspiracy theories » seraient exprimées par « un Français sur cinq, traduisant un sentiment d’impuissance face à différents pouvoirs ». Exemple de ces théories conspirationnistes : les images du premiers pas de l'homme sur la Lune en 1969 auraient été tournées dans un studio hollywoodien !?

Cependant, « il arrive que les défenseurs de théories a priori fumeuses aient raison, comme l’a prouvé par exemple le scandale qui a révélé le fichage à grande échelle pratiqué par la Suisse ».

Curieusement, si Yourope se gausse de Russia TV ou d'une chaîne télévisée allemande relayant des thèses conspirationnistes, elle omet d'indiquer que c'est France 2, fleuron du service public audiovisuel hexagonal, qui a diffusé Tout le monde en parle, émission de Thierry Ardisson interviewant Thierry Meyssan, auteur de L'effroyable imposture, Thierry Meyssan allègue à tort que le complexe militaire américain aurait commis les attentats du 11 septembre 2001.

Yourope omet aussi de signaler la prégnance de ces théories conspirationnistes parmi des artistes -: le réalisateur Matthieu Kassovitz, qui doute de la "version officielle" sur le 11 septembre 2001 et "se pose des questions" sur l'affaire Mérah, ou l'actrice Marion Cotillard sur la mort de Coluche ou ces attentats aux Etats-Unis.

« Imaginaire conspirationniste »
« L'Histoire universelle est remplie de complots réels, qui ont abouti ou échoué. Mais elle est aussi pleine de complots imaginaires, objets de croyances collectives », constate Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, et auteur prolifique d’essais sur ce sujet sensible.

A la « théorie du complot », il préfère une autre terminologie : « vision conspirationniste », « imaginaire ou pensée conspirationniste dont les postulats me paraissent être les suivants : 1/ rien n'arrive par accident ; 2/ tout ce qui arrive est le résultat d'intentions ou de volontés cachées ; 3/ rien n'est tel qu'il paraît être ; 4/ tout est lié ou connecté, mais de façon occulte ».

Et de « mettre en garde contre un mauvais usage de l'accusation de conspirationnisme ou de « théorie du complot », lorsqu'on y a recours pour disqualifier tout soupçon justifié qui, fondé sur des indices bien identifiés et correctement interprétés, porte sur l'organisation d'un complot réel. Les organisateurs d'un véritable complot ont bien sûr intérêt à diffuser la rumeur selon laquelle tout complot est un complot fictif. On peut en outre imaginer l'organisation d'un complot pour faire croire à telle ou telle « théorie du complot », c'est-à-dire à un complot fictif attribué à un opposant, un concurrent ou un ennemi, pour désinformer et donc affaiblir l'adversaire, faire diversion, le délégitimer, lui donner une figure de criminel, provoquer des réactions de rejet ou d'hostilité à son égard, le priver ainsi de ses alliés, etc. Complots et contre-complots imaginaires s'enchaînent, s'engendrent et se renforcent mutuellement, se reproduisant par imitation ou par inversion. Dans tous les cas, le complotiste, c'est l’autre ! Les complotistes posent rituellement la question : « A qui profite le crime ? » Il faut aussi poser la question « A qui profite la « théorie du complot » ? » On connaît la réponse : aux victimes imaginaires du complot fictif ».

Le recours à l’anathème sert à discréditer le locuteur, en évitant d’étudier, d’évaluer la pertinence de ses dires ou écrits. En a été victime notamment l’essayiste Bat Ye’or lorsqu’elle a évoqué Eurabia.

Le 6 avril 2014, Jean Corcos, producteur/présentateur sur Judaïques FM, radio de la fréquence Juive francilienne  (94,8 FM), a interviewé  Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, « observatoire du conspirationnisme et des théories du complot  ». Ce dernier a classé à tort l’affaire al-Dura parmi les conspirations, sans argumenter et sans être contredit par Jean Corcos. Or cette affaire véhicule un blood libel (accusation fausse et diffamatoire portée à l'égard des Juifs accusés de tuer des enfants non-juifs pour utiliser leur sang pour fabriquer des matsots à Pessah) né au Moyen-âge.

L’affaire du Dr Krief, mêlant collusions d’intérêts et antisémitisme, révèle le refus de magistrats de reconnaître et sanctionner un complot, pourtant acté.

Le succès de ces « pensées conspirationnistes », qui renouvèlent ou actualisent d’anciens schémas, révèle un « état psycho-social » affaibli, inquiet dans une époque « postmoderne ou hypermoderne, se caractérise par une forte augmentation des incertitudes et des peurs qu'elles provoquent ou stimulent ».

« Dans un monde de fortes incertitudes et de peurs, où l’adhésion aux « grands récits » a faibli, la multiplication des représentations ou des récits conspirationnistes, ainsi que leur diffusion rapide et leur banalisation, est un phénomène remarquable, mais aisément explicable : ces récits, si délirants puissent-ils paraître, présentent l’avantage de rendre lisibles les événements, de donner du sens aux événements incompréhensibles ou effrayants, mettent de l'ordre et de la rationalité dans les événements, qui paraissent ainsi s'enchaîner. Ils permettent ainsi d’échapper au spectacle terrifiant d’un monde déchiré, chaotique, instable dans lequel tout semble possible à chaque instant, à commencer par le pire. D’où l’engouement pour ces récits et leur succès public, marquant l’entrée dans un nouvel âge de la crédulité. Sous le regard conspirationniste, les coïncidences ne sont jamais fortuites, elles révèlent des connexions cachées et permettent de fabriquer des modèles explicatifs des événements. On y rencontre notamment le mythe répulsif du « Gouvernement mondial » occulte », commun aux extrêmes de gauche et de droite », analyse Pierre-André Taguieff dans son Court traité de complotologie.

« Sous le regard conspirationniste, les coïncidences ne sont jamais fortuites, elles ont valeur d'indices, révèlent des connexions cachées et permettent de fabriquer des micromodèles explicatifs des événements. L'utopie communiste a beau avoir été disqualifiée, sa démonologie anticapitaliste lui a survécu : les capitalistes, les "puissants" et les "maîtres de la finance" forment toujours la redoutable bande de démons que les hommes dénoncent comme les responsables cachés des malheurs qui les frappent. Et la démocratie, qui instaure le pouvoir comme "lieu vide", selon l'expression de Claude Lefort [un des pionniers de la réflexion sur le totalitarisme, NDLR], produit un appel du vide auquel fait l'écho l'offre conspirationniste. La démocratie libérale paraît en quelque sorte impuissante à répondre à certaines attentes fondamentales des humains. L'individualisme libéral, qui ne fournit par lui-même aucune nourriture psychique, ne favorise pas non plus la constitution d'une religion civile ou civique qui permettrait aux citoyens des sociétés démocratiques de sortir de leur triste condition d'individus solitaires et en concurrence virtuelle avec tous les autres. C'est dans ce désert spirituel que fleurissent en Occident les plantes vénéneuses qui composent la flore spécifique du conspirationnisme, laquelle favorise les dénonciations abusives et les chasses aux sorcières », a expliqué le politologue Pierre-André Taguieff au Point  (15 décembre 2011).

L’origine de cette pensée conspirationniste, il la fait remonter à la Révolution française. Comment expliquer ce bouleversement historique qui met un terme à deux siècles d’Ancien régime ? Apparaît alors l’idée d’un complot des francs-maçons qui auraient ourdi, dans leurs loges secrètes, ce renversement de la monarchie.

Et ce chercheur poursuit : « Au cours des deux siècles qui suivent cette période, les récits mettant en scène tel ou tel mégacomplot postulent l'existence d'acteurs collectifs de dimension universelle (francs-maçons, juifs, communistes, ploutocrates, etc.) auxquels sont attribués des projets de conquête, de domination ou de destruction de l'ordre social ou de la civilisation. Au XIXe siècle, la vision conspirationniste de l'Histoire s'est développée aux deux pôles de l'espace politique, dans la pensée révolutionnaire comme dans la pensée contre-révolutionnaire. Le point d'aboutissement de cette dernière a été la vision d'un complot judéo-maçonnique dont l'objectif serait la conquête du monde à travers la destruction de la civilisation chrétienne. C'est le thème central des "Protocoles des sages de Sion". Un faux fabriqué par la police tsariste à Paris en 1901 et alléguant à tort un complot des Juifs pour détruire la chrétienté et dominer le monde. 

Ce qui caractérise la « pensée conspirationniste » s’avère ce mélange détonant de non adhésion à l’explication officielle et d’interrogations, d’inductions et de déductions présentées comme logiques, rationnelles. 

Pierre-André Taguieff analyse ce processus dynamique méfiant : « Les interprétations conspirationnistes du 11 Septembre, par exemple, ont montré l'émergence d'une forme nouvelle de pensée du complot, acceptable par des publics non extrémistes, fondée à la fois sur le rejet des "thèses officielles" vues comme mensongères et l'instrumentalisation du doute sceptique ou méthodique en tant que mode de légitimation de la thèse, laquelle peut ainsi rester sous-entendue. Ce qui est ici déterminant, c'est le point de départ déclaré : non pas une croyance dogmatique à tel ou tel complot ou type de complot déjà répertorié, mais l'observation de failles ou de contradictions dans les explications "officielles" données de l'événement saillant, observation sur la base de laquelle des doutes sont formulés d'une façon de plus en plus radicale. La nouveauté est donc le point de départ sceptique de la démarche conspirationniste, qui mime l'esprit scientifique ». 

Depuis la fin du XXe siècle, cet imaginaire conspirationniste s’alimente dans la défiance à l’égard des médias « accusés - souvent à juste titre - soit de connivence avec les pouvoirs politiques ou économiques dont ils ne seraient que les courroies de transmission, soit de conformisme frileux les conduisant à s'aligner sur les communiqués "officiels" et à respecter le "politiquement correct". Cette attitude de défiance favorise la croyance que les investigations sans tabous et les débats libres ne se rencontrent que sur Internet. C'est la thèse publiquement défendue par la plupart des tenants de la pensée conspirationniste, qui se transfigurent eux-mêmes en "résistants" luttant contre la "désinformation officielle". Ils s'imaginent en héros d'une grande aventure intellectuelle, qui s'élève à leurs yeux à la hauteur d'un combat pour la vérité. Illusion, bien sûr, mais qui donne sens à leur vie. Dans un univers régi par le soupçon, tout paraît possible, surtout le pire ».

Dans La foire aux illuminés, « Pierre-André Taguieff explore la nouvelle culture populaire massivement diffusée sur Internet, le bazar de l'ésotérisme. Ce stock de rumeurs, de légendes et de croyances - nées parfois il y a plus de deux siècles, comme la légende des Illuminati - ne cesse d'être exploité par des entrepreneurs culturels spécialisés dans « l'ésotérisme » au sens ordinairement vague et attrape-tout du terme, renvoyant à « tout ce qui exhale un parfum de mystère  ».

Et Taguieff de conclure : « Tant que la marche de l'Histoire paraîtra obscure, absurde et inquiétante aux humains, ces derniers demanderont aux récits conspirationnistes de les éclairer et de satisfaire leur besoin de sens, sans se soucier de la validité des réponses. Or il paraît improbable qu'on puisse un jour accéder à une transparence historique totale. Il est même hautement probable que l'invisible ne cessera jamais de hanter le visible, en dépit du progrès des connaissances. Les interprétations conspirationnistes, qui éclairent en aveuglant et en trompant, ont donc de beaux jours devant elles. Dans la nature comme dans la culture, les mauvaises herbes repoussent toujours ».


Yourope : « Théorie du complot : absurdité ou réalité ?  » d’Andreas Korn
Allemagne, 2015, 26 min
Sur Arte les 18 avril à 14 h, 21 avril à 7 h 15 et 22 avril 2015 à 4 h 15

Visuel : © SWR

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jeudi 9 avril 2015

Des lettres et des peintres (Manet, Gauguin, Matisse...)


Le Musée des lettres et manuscrits a présenté l’exposition éponyme, agrémenté d'un superbe catalogue, réunissant environ 200 correspondances privées d’une cinquantaine de peintres célèbres du début du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Dans ces pièces originales, ces artistes évoquent leurs œuvres, leurs amitiés, leurs amours, les soucis de la vie quotidienne, etc. Histoire diffusera les 10, 16, 22 et 28 avril 2015 dans la série documentaire Les impressionnistes le numéro A ciel ouvert : " Dans ce deuxième épisode, nous suivons Waldemar Januszczak au cœur des paysages ou scènes de joie de vivre en plein air qu'ont tant aimé peindre Cézanne, Monet, Pissaro et Renoir. Tout y est détente, paresse, bien-être. Mais l'atmosphère souvent champêtre et ensoleillée des tableaux impressionnistes était en fait volontairement enjolivée par les peintres impressionnistes. Leurs explorations les conduisent aussi à peindre les caprices de la nature : brouillards, inondations, déluges, anfractuosités de la côte".
Pour le premier anniversaire de son installation au 222 boulevard Saint-Germain, le Musée des lettres et manuscrits présente des lettres d’artistes célèbres.

Ingres, Manet, Gauguin, Cézanne, Matisse, Delacroix, Signac, Chagall, Dalí et tant d’autres confient des anecdotes sur leurs vies personnelles, amicales, amoureuses, professionnelle dans les lettres parfois agrémentées de dessins adressées à leurs amis, collègues ou marchands d’art.

Ces documents originaux permettent aussi de découvrir les calligraphies d’artistes – style aisé, écriture soignée, maîtrise du français - , leurs sujets d’intérêt ou de colère, d’inquiétude ou d’espoir, d’admiration ou de joie. Leur sollicitude pour leurs amis aux « affaires picturales ne marchant pas ». Leurs théories picturales. leur état de santé. La météorologie – la pluie et le vent empêchent le travail en plein air -, ainsi que leurs projets. Des informations précieuses aussi sur leur société, le contexte historique - la guerre, la politique, les progrès techniques et sociaux – et l’histoire de l’art.

Correspondances privées
« L’histoire de l’art bien sûr s’enrichit grâce à ces lettres de précieux documents : à travers les écrits de Pissarro à Gauguin, de Monet à Signac, de van Gogh à son marchand Durand-Ruel, de Monet à Mallarmé ou de Courbet à Victor Hugo, ce sont la passion de ces artistes, leurs convictions, quêtes et découvertes qui s’offrent à nous... Parfois, au hasard d’une lettre, le nom d’une œuvre est mentionné. La magie fait alors que la toile même commence à apparaître sous les mots. Les relations entre les peintres se dessinent (Monet et Manet), les amours des peintres se révèlent (Géricault et Mme Trouillard), Manet évoque Vélasquez quand Pissarro parle de l’art de Gauguin, Kandinsky et Delaunay livrent leurs théories sur l’art quand Chagall raconte librement son parcours et ses inspirations... Une invitation au rêve et au voyage, qui vous emmène de Paris à Barbizon, d’Auvers-sur-Oise à Londres, de l’Estaque aux Marquises, de Moscou à Rome », écrit Gérard Lhéritier, président du Musée des lettres et manuscrits.


« Au fil de lettres touchantes où la petite histoire croise la grande, cinquante artistes nous ouvrent les coulisses de leur existence et de leur création : Monet lance auprès de ses amis impressionnistes une souscription pour offrir l’Olympia au Louvre » et éviter son départ pour les Etats-Unis.

Edouard Manet (1832-1883), canonnier volontaire comme Degas, dépeint dans une lettre à Eva Gonzalès, envoyée le 19 novembre 1873, « par ballon monté, un Paris assiégé dont les habitants affamés en viennent à manger » chats, chiens et rats.

« Magritte évoque la fondation de l’Internationale Lettriste, Renoir confie à Mallarmé qu’une rage de dents retarde l’achèvement de son portrait et Dalí invite Eluard à manger du poisson à Arcachon… »

Dans une des trois lettres écrites entre 1943 et 1944, Matisse écrit au peintre fauve Jean Puy que sa femme et sa fille ont été arrêtées par la Gestapo.

Une approche intime d’univers d’artistes
Delacroix se révèle un admirateur de Rubens. Les maîtres d’Alfred Sisley (1839-1899) ? Parmi les contemporains : Delacroix, Corot, Millet, Rousseau, Courbet. Quant à Raoul Dufy, il pense souvent à « Rembrandt, Vélasquez, Le Lorrain, Manet, Seurat ». Et, dans un court poème illustré et destiné vraisemblablement à son ami industriel, peintre et collectionneur, Henri Rouart, Edouard Manet (1832-1883) rend hommage à trois de ses maîtres : Titien, le Greco et Vélasquez.


« Votre tableau, la vue d’une église à Rouen, par temps gris, est très bien. C’est encore un peu terne. Les verts ne sont pas assez lumineux. Je suis sûr que vous aurez beaucoup changé au Danemark. Seul et livré à vous-même vous trouverez quelque chose de nouveau ». Telle est l’analyse en mai 1885 par Camille Pissarro (1830-1890), du tableau de Paul Gauguin Vue de l’église Saint Ouen à Rouen. Né dans l'île Saint Thomas (Antilles) sous domination danoise, d’un père Juif, Pissarro, polyglotte, est « l’ainé du groupe impressionniste, et à ce titre, il a souvent joué le rôle officieux de professeurs auprès de personnalités aussi diverses que Cézanne, Gauguin ou Signac ».

« Je pense comme cela car en travaillant je fais attention à trois choses spécialement : l’organisation de mon espace, l’équilibre de mon tableau et l’expression de mon sujet », écrit Juan Gris, le 17 juillet 1918, au marchant d’art Léonce Rosenberg (1879-1947).

Le 27 mai 1950, à Vence, Marc Chagall félicite Jacques Prévert pour « son poème émouvant pour Boccace (Verve) ». En mars 1957, la liste de noms de personnalités écrite par ce peintre est rehaussée du dessin d’un animal ailé et d’un timbre postal reproduisant Les mariés de la Tour Eiffel, œuvre célèbre de cet artiste.

Curieusement, aucun artiste n’évoque l’affaire Dreyfus.

Visuels de haut en bas :
Affiche

Vincent VAN GOGH (1853-1890)
« Lettre autographe signée adressée à Anthon Van Rappard, datée de mars 1883 (La Hague).
Van Gogh rencontre en 1880 grâce à son frère Théo ce jeune peintre avec qui il échange de longues lettres, à l’instar de celle-ci, illustrée de plusieurs dessins. Van Gogh s’y préoccupe de technique et évoque son intérêt pour la lithographie. En attendant de pouvoir montrer ses essais dans lesquels « il a été frappé par la beauté de la couleur noire », il dessine un paysage et la tête d’une femme : « J’ai esquissé ici quelques traits au hasard dans le but de vous montrer l’intensité du noir. Ne pensez-vous pas que se soit un beau ton chaleureux ? » Il aborde également ses récentes lectures : Un chant de Noël (1843) et L’Homme au spectre (1848) de Charles Dickens, car pour Van Gogh : « Il n’y a pas d’écrivain qui soit tant un peintre et un artiste blanc et noir que Dickens ».
© Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits - Paris

René MAGRITTE (1898-1967)
« Lettre vraisemblablement adressée à l'artiste et écrivain belge Marcel Mariën, datée du 15 novembre [1952]
Magritte adresse à son proche ami [Marcel Mariën] (1920-1993) cette longue lettre ornée de deux dessins originaux (« Voici deux idées qui ont servi à faire deux tableaux récents »), le premier représentant une tête de face entièrement composée de chiffres, et le second une porte au dessin très torturé, esquisse du tableau Le Modèle vivant. Cette lettre annonce également la naissance de l'Internationale Lettriste, dont Magritte vient de recevoir les fondateurs (Guy Debord, Gil Wolman, Jean-Louis Brau et Serge Berna) en rupture avec les Lettristes et leur chef Isidore Isou  ».
© Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits - Paris

Claude MONET (1840-1926)
« Souscription lancée par Monet pour l’achat de l’Olympia de Manet.
Ce document de plusieurs pages daté d’octobre 1889 présente la liste des cinquante-cinq noms (et le montant de leur contribution) sollicités par Monet pour participer à la souscription qui permettra à l’Olympia de Manet (décédé en 1883) de rester en France, et d’entrer au Louvre. On y croise Rodin, Monet, Degas, Caillebotte, Fantin-Latour, Puvis de Chavannes, Pissarro, Mallarmé, Huysmans et Mirbeau ainsi que le marchand d’art Durand-Ruel, des collectionneurs et des critiques d’art  ».
© Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits - Paris


Camille PISSARRO (1830-1890)
Lettre adressée à Gauguin probablement dans la seconde quinzaine de mai 1885 (Eragny-sur-Epte).
Dans cette longue lettre de Pissarro à Gauguin qui séjournait alors au Danemark, Pissarro lui dresse un résumé détaillé de la vie artistique parisienne dont la « plus importante nouvelle est la réception de Claude Monet à l’exposition internationale chez Petit » (le marchand de tableaux parisien Georges Petit). Il se livre également à une analyse critique, dessin à l’appui, d’un tableau que Gauguin avait réalisé, Vue de l’église Saint Ouen à Rouen : « Votre tableau, la vue d'une église à Rouen, par temps gris, est très bien. C'est encore un peu terne. Les verts ne sont pas assez lumineux. Je suis sûr que vous aurez beaucoup changé au Danemark. Seul et livré à vous-même vous trouverez quelque chose de nouveau ».
© Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits - Paris


Marie-Laure Delaporte, Itzhak Goldberg, Stéphae Guégan et Antje Kramer, Des lettres et des peintres : Manet, Gauguin, Matisse... Confidences de quarante artistes. Beaux Arts Editions-Musée des lettres et manuscrits, 2011. 288 pages. ISBN : 978-2842788254


Jusqu’au 28 août 2011
222, boulevard Saint-Germain, 75007 PARIS
Tél. : 01 42 22 48 48
Du mardi au dimanche de 10 h à 19 h
Nocturne le jeudi jusqu'à 21 h 30


Articles sur ce blog concernant :
- Judaïsme/Juifs
Cet article a été publié le 10 août 2011. Les citations et les légendes proviennent du dossier de presse.