Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 8 mars 2021

L’Inde du Premier ministre Narendra Modi

L'Inde est une république parlementaire dans un Etat fédéral. Narendra Modi est le Premier ministre d’Inde depuis le 26 mai 2014. Il est membre du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP). Arte rediffusera les 
2 septembre 2022 à 9 h 25, 14 septembre 2022 à 1 h 40 « La nouvelle puissance indienne - Le monde selon Modi » (Die Welt des Narendra Modi. Indiens Weg zur Weltmacht) de Sophie Lepault.

  
Narendra Modi
Narendrabhai Damodardas Modi est né en 1950 dans une famille hindoue - son père était épicier - à Vadnagar, dans l’Etat de Gujarat (Inde).

Il débute son militantisme politique au sein du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), groupe nationaliste. 

Lors de l'état d'urgence (1975), il doit se cacher.

En 1985, il entre au parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) dont il devient secrétaire général en 2001.

En 2001, en raison de la santé fragile de Keshubhai Patel et après le séisme à Bhuj, Modi est désigné ministre en chef du Gujarat. Il assure quatre mandats au bilan économique marqué par une forte croissance ; des critiques visent sa réaction lors des émeutes de 2002 et ses résultats concernant la santé, la pauvreté et l'éducation.

Sous sa direction, le BJP remporte une victoire durant les élections générales de 2014 : pour la première fois depuis trente ans, il obtient la majorité à la chambre basse, le Lok Sabha. Narendra Modi devient Premier ministre de l’Inde. Son gouvernement réduit des dépenses sociales, lance la démonétisation controversée de billets de grande valeur et une campagne pour l'assainissement. Narendra Modi souhaite augmenter l'efficacité de l’administration et met fin à la Planning Commission, ce qui renforce son pouvoir.

Après les élections législatives de 2019, Narendra Modi débute un deuxième mandat. Il est le premier chef de gouvernement indien hors de l’Indian National Congress à assurer deux mandats consécutifs gagnés grâce à une majorité absolue.

Narendra Modi a renforcé ses relations avec l'Etat d'Israël dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, allié stratégique contre le djihad mondial (attentats à Mumbaï) et start-up nation dont les technologies innovantes - épuration des eaux, etc. - permettront de réduire les maladies et de contribuer à la modernisation du pays en réduisant la misère.

Des organisations de défense des chrétiens, dont Portes ouvertes, condamnent les persécutions dont sont victimes des chrétiens en Inde.

« La nouvelle puissance indienne - Le monde selon Modi »
Arte rediffusera les 2 septembre 2022 à 9 h 25, 14 septembre 2022 à 1 h 40 « La nouvelle puissance indienne - Le monde selon Modi  » (Die Welt des Narendra ModiIndiens Weg zur Weltmacht) de Sophie Lepault. 

« Ce portrait éloquent du Premier ministre indien, le nationaliste hindou Narendra Modi, décrypte les rouages d'un pouvoir aux ambitions immenses et redoutables ».

« Jamais l’Inde n’avait été aussi puissante sur la scène internationale. Jamais non plus « la plus grande démocratie du monde », selon un cliché toujours en vigueur, n’avait mis en œuvre une politique aussi ouvertement nationaliste, pro-religion (en l’occurrence l’hindouisme) et autoritaire que celle du Premier ministre Narendra Modi, chef de file du BJP (Bharatiya Janata Party, nationaliste hindou). »

« Triomphalement réélu en mai 2019, après avoir succédé en 2014 aux soixante ans de règne de la dynastie des Nehru-Gandhi, il a méthodiquement bâti un pouvoir qu'il ne cesse de renforcer, avec une double revanche à prendre sur l'histoire : restaurer ce qu'il présente comme la pureté originelle de l'Inde d’avant les invasions mogholes et britanniques, et lui conférer une place centrale dans l'ordre international ». 

« Selon lui, "le XXIe siècle sera le siècle de l’Inde", forte de son 1,3 milliard d'habitants − dont près de 15 % de confession musulmane, que son fidèle et sulfureux second, le ministre de l'Intérieur Amit Shah, n'hésite pas à qualifier de "termites"… »

« Quels sont le parcours, la stratégie et les valeurs de cet animal politique septuagénaire champion des réseaux sociaux et du double langage, qui se pose tour à tour en gourou pacifiste et en chef de guerre brutal ? Quelles sont les bases et les limites de son pouvoir ? » 

« De sa formation au sein de la milice ultranationaliste du RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh, ou "Organisation volontaire nationale") à son adoubement sur la scène internationale, par le biais de l'alliance "Indopacifique" destinée à contrer la Chine, Sophie Lepault décrypte l'homme et son projet, grâce à des archives et des témoignages également éloquents ». 

« Un chemin qui passe par le "laboratoire" du Gujarat, l'État où il est né et où, de 2001 à 2014, il a forgé les bases de son programme, entre ultralibéralisme économique et ciblage des minorités ». 

« Une enquête en forme de portrait, aussi nuancée que documentée, avec, entre autres, l'écrivaine Arundhati Roy, l'anthropologue Mukulika Banerjee, le politiste Christophe Jaffrelot (L'Inde de Modi : démocratie ethnique et national-populisme, Fayard, 2019), le journaliste Kapil Komireddi, qui a publié au Royaume-Uni et en Inde un livre dénonçant la "République malveillante" du BJP, ou encore le biographe de Modi, Nilanjan Mukhopadhyay (Narendra Modi: The Man, The Times) » en 2013.

Christophe Jaffrelot, "ancien directeur du CERI, est directeur de recherche au CNRS et enseignant à Sciences Po. Il est le grand spécialiste de l’Asie du Sud et s’intéresse plus particulièrement à sa politique, au carrefour des dynamiques sociales et religieuses". "En Inde comme dans bien d’autres pays, la nation ne se définit pas seulement sur le mode ouvert de la citoyenneté, mais aussi sur celui, fermé, de l’ethnicité. Le premier a longtemps été représenté par le parti du Congrès de Gandhi puis de Nehru, et le second par les nationalistes hindous, pour lesquels la communauté majoritaire, faite de fils du sol, incarne l’Inde éternelle, tandis que les chrétiens et les musulmans sont des pièces rapportées devant prêter allégeance aux symboles hindous pour être reconnus comme des Indiens à part entière."

"Né dans les années 1920, le nationalisme hindou n’a pris son essor que dans les années 1990 avant de conquérir le pouvoir en 2014. Ce tournant doit beaucoup au populisme de son leader, Narendra Modi, une personnalité atypique qui a d’abord gouverné la province du Gujarat –  où il s’est imposé, suite au pogrom antimusulman de 2002, grâce à ses succès économiques et au soutien des milieux d’affaires  , avant de conduire son parti, le BJP, à la victoire. En cinq ans, les nationalistes hindous ont changé la face de l’Inde. Non seulement ils ont mis au pas les tenants du sécularisme (universitaires, ONG…), mais ils se sont aussi attaqués aux chrétiens et aux musulmans au point de les marginaliser dans les assemblées nationales et régionales, et, surtout, de mettre en place une police culturelle. Ce dispositif, s’il ne s’est pas traduit par des réformes constitutionnelles, donne aujourd’hui naissance à une démocratie ethnique de fait."

« Le tournant Modi »
Arte diffuse, dans le cadre de l’émission « Le Dessous des cartes » (Mit offenen Karten), « Inde : Le tournant Modi » (Indien: Zeitenwende unter Modi).

« En Inde, les dynasties hindoues et musulmanes se sont longtemps affrontées pour la maîtrise de la péninsule, avant que ne s'impose la colonisation britannique, puis l'indépendance marquée par la douloureuse scission avec le Pakistan ». 

« Une histoire conflictuelle qui n'a pas empêché le pays de mettre en place la "plus grande démocratie du monde", fondée sur le suffrage universel, le sécularisme et la pluralité religieuse dans un pays de 1,4 milliard d'habitants ». 

« Mais cet édifice singulier est aujourd’hui mis en péril par la politique de son nouvel homme fort : Narendra Modi, et sa mise en place d'un pouvoir ethnique hindouiste, qui gouverne aux dépens de la minorité musulmane, des minorités en général et d'un certain nombre de contre-pouvoirs et de libertés ». 

« Cachemire : un conflit sans fin »
Le Cachemire est un territoire divisé entre l'Inde, le Pakistan et la Chine. Trois Etats détenteurs de l'arme atomique. L’Inde revendique le Cachemire historique. Trois guerres ont opposé l'Inde au Pakistan pour ce territoire disputé.

Dans le cadre de l’émission « Le Dessous des cartes » (Mit offenen Karten), magazine géopolitique d'ARTE, présenté par Émilie Aubry, « Cachemire : un conflit sans fin » est réalisé par Frédéric Ramade.

« Au cœur de l'Himalaya, le Cachemire est administré par la Chine, l’Inde et le Pakistan ». 

« À l'été 2019, Narendra Modi, le Premier ministre indien, nationaliste hindou et antimusulman, a brutalement révoqué l’autonomie accordée à la partie indienne du territoire, réveillant la crise qui oppose depuis 1947 son pays au Pakistan ». 

« Dans le cadre de son projet de nouvelles routes de la soie, la Chine, elle aussi, s'intéresse de plus en plus à cette région stratégique. Le dessous des cartes se penche sur l’un des conflits les plus anciens, les plus complexes et les plus insolubles de la planète. »

« Inde : Rêve de puissance »
Dans le cadre de l’émission « Le Dessous des cartes » (Mit offenen Karten), « Inde : Rêve de puissance » est réalisé par Frédéric Lernoud.

« Narendra Modi, le Premier ministre indien, rêve de voir son pays sur un pied d'égalité avec la Chine. La course est engagée entre les deux titans asiatiques. Mais l'Inde, qui tente aussi d'exercer son influence auprès de ses voisins immédiats dans l'océan Indien, et de développer des liens avec le Japon et les États-Unis, a-t-elle la bonne stratégie de puissance ? »


France, ARTE GEIE, Un Film à la Patte, avec le soutien du Centre National du Cinéma et de l'image animée, de la Région Grand Est et de la Procirep-Angoa, 2020, 79 min
Production : Un film à la patte
Productrice : Laure Bernard
Auteurs : Sophie Lepault et Sébastien Farcis
Sur Arte les 9 mars 2021 à 22 h 25, 15 avril 2021 à 2 h 30, 2 septembre 2022 à 9 h 25, 14 septembre 2022 à 1 h 40
Disponible sur arte.tv du 02/03/2021 au 07/04/2021

Présentation : Emilie Aubry
France, 2020, 13 min
Disponible sur Arte du 06/02/2021 au 07/01/2028

« Cachemire : un conflit sans fin » par Frédéric Ramade
France, 2020, 12 mn
Magazine présenté par Émilie Aubry 
Disponible sur arte.tv du 21/03/2020 au 26/05/2020

« Inde : Rêve de puissance » par Frédéric Lernoud
France, 2018, 12 mn
Magazine présenté par Émilie Aubry

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 8 mars 2021.

dimanche 7 mars 2021

Un diner pour les 30 ans de Radio J sous le signe des Résistances


Pour fêter ses 30 ans, Radio J, une des quatre radios de la fréquence Juive francilienne, a organisé le 15 novembre 2011 un diner à Paris dont le fil conducteur était : les Résistances. Trois invités d’honneur : Claude Guéant, alors ministre français de l’Intérieur chargé des Cultes sous la Présidence de Nicolas Sarkozy, Georges Loinger, doyen centenaire des résistants Juifs français, et Rafael Eitan, ancien membre du Mossad qui a dirigé l’enlèvement d’Adolf Eichmann afin qu’il soit jugé en Israël. Article republié en hommage à Serge Hajdenberg, décédé le 5 mars 2021 à l'âge de 79 ans. Il sera enterré en Israël.

 1ère partie : Que reste-t-il des médias juifs français ? (1/11)
2e partie : La réaction de Philippe Meyer, directeur d'Information Juive
4e partie : La réaction de Virginie Guedj-Bellaïche, journaliste à Actualité juive hebdo et Osmose
5e partie : La réaction d'Alain Granat, directeur de Jewpop 

Dans le paysage médiatique Juif français, Radio J est l’une des quatre radios Juives diffusant à Paris sur la fréquence « Juive » (94,8 FM). Les trois autres radios sont Judaïques FM, Radio Chalom et RCJ, radio du FSJU (Fonds Social Juif Unifié).

A l'initiative du militant sioniste juif français Serge Hajdenberg, Radio J est apparue dans le paysage radiophonique français avec la légalisation des « radios libres » au début du premier septennat du Président François Mitterrand.

Sioniste, Radio J s’avère méfiante à l’égard de l’Autorité palestinienne et critique à l'égard des personnalités, présentées comme communautaires, ayant rencontré Mahmoud Abbas à Paris, en septembre 2010.

Fin 2010, elle a couvert le procès en appel de membres du gang des Barbares en ayant un corresponsant à la Cour d'appel de Créteil, Eric Haddad.

En mars 2011, elle a été au centre d’une polémique : elle a « désinvité » Marine Le Pen, présidente du parti d’extrême-droite le Front national, qui avait été invitée au « Forum Radio J », rendez-vous politique dominical, par Frédéric Haziza, animateur du Forum. Saisi par ce journaliste, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) avait déploré que cette radio Juive ne respectât pas la convention signée avec le CSA en 2007 et dans laquelle elle s’engageait « à respecter les recommandations du CSA pendant les périodes électorales », ainsi que la règle de l’équité imposant de donner la parole aux partis non représentés au Parlement.

Judaïsme, antisémitisme et diplomatie 
Ce 15 novembre 2011, parmi les convives : Xavier Lemoine, maire (UMP) de Montfermeil, Frédéric Lauze, conseiller Sécurité du Premier ministre, Dominique Lunel, interface pour la communauté juive et mandataire d'associations juives, Frederic Lauze conseiller sécurité du Premier Ministre  Joël Mergui, président des Consistoires de France et de Paris-Ile-de-France, Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), l’universitaire Raphaël Drai, les journalistes Ivan Levaï et Ivan Roufiol, Yaron Gamburg, porte-parole de l’ambassade d’Israël en France, ainsi que les dirigeants d'organisations Juives.

Et comme maitres de cérémonies : Guy Rozanowicz, secrétaire général, et Michel Zerbib, directeur de l'information et de la rédaction de Radio J, entourés de leur équipe, dont le journaliste Victor Wintz.

Président-cofondateur-éditorialiste de Radio J, Serge Hajdenberg a centré son discours sur un hommage aux résistants et aux Justes parmi les Nations qui avaient aidé sa famille lors de l’Occupation. Dénonçant les « nostalgiques de l’élimination » et les sites Internet haineux, il a alerté sur le ressenti d’actes antisémites denses « en intensité de violence ».

Il s’est inquiété les tentatives de partis et mouvements afin de faire interdire l’abattage rituel dans l’Union européenne et les « carrés confessionnels », Juifs et musulmans, dans les cimetières français.

Il a souligné la menace iranienne nucléaire militaire visant l’Etat d’Israël. Un Etat dont se sentent très proches les Juifs français qui  comptent « sur le Président français pour mener les Palestiniens à la table de négociations pour la paix », a-t-il conclu en stigmatisant le « double langage des Palestiniens : pour la paix en anglais, pour la disparition d’Israël en arabe ».

Des thématiques identiques à celles énoncées par Joël Mergui lors de la cérémonie de voeux pour 5772 à la grande synagogue des Victoires, le 20 septembre 2011, au ministre Philippe Richert représentant Claude Guéant.

Une « république qui rassemble » (Claude Guéant)
Ministre chargé des Cultes, Claude Guéant a dit, « au nom du gouvernement, tout le respect, toute l’estime et toute la reconnaissance de notre pays envers les Juifs de France qui ont tant œuvré pour lui et qui ont consolidé les valeurs de notre république.. Nous partageons le même idéal républicain, les mêmes valeurs. La France ne saurait oublier qui elle est sans se trahir, sans vous trahir ».

Cette république « suppose un. sentiment d’appartenance à une communauté de destin qui fait la force d’un peuple et son unité, et la communauté juive de France est l’image même de cette appartenance à une communauté… C’est parce que l’histoire de la communauté Juive de France se confond avec l’histoire de notre pays que le dialogue entre les pouvoirs publics et le judaïsme français est permanent », a-t-il déclaré. Et de poursuivre : « La laïcité n’est pas une arme de combat contre les religions. Au contraire, elle est indispensable de la liberté de croire et de ne pas croire… Les conférences départementales de la laïcité et de liberté religieuse ont été constituées par les préfets et visent à passer en revue tous les problèmes concrets qui peuvent se poser aux cultes sur le terrain… Il est difficilement acceptable que dans la France du XXIe siècle le problème des carrés confessionnels ne soit pas définitivement réglé ».

Quant à l’abattage rituel, « sujet de préoccupation important pour vous depuis la publication en 2009 d’un règlement de l’union européen visant à encadrer les pratiques d’abattage sans étourdissement, le gouvernement veille à promouvoir un dispositif réglementaire qui n’impose ni obligation de commande préalable pour abattre préalablement ni système d’étiquetage. Pour le gouvernement, il n’est pas concevable que les acquis de deux siècles de judaïsme consistorial soient oubliés. L’abattage rituel en constitue une façade visible que nous vous garantissons aux plans national et européen ». Une déclaration applaudie.

Sur la Shoah, Claude Guéant a évoqué la cérémonie « poignante… qui oblige à agir pour que demain cela ne revienne jamais » au Mémorial de la Shoah, le 1er  mai 2011.

En 2010, le nombre d’actes antisémites avait enregistré une baisse 40%. Cette baisse se confirme : « pour les neuf premiers mois de 2011, ont été recensés 295 actes antisémites, contre 385 pour la même période en 2010 ». Claude Guéant se félicite de cette évolution à la baisse... mais « chacun de ces actes est un acte de trop ».

Puis le ministre a détaillé le plan quinquennal de sécurisation des établissements Juifs mis en œuvre depuis 2005 en liaison avec le FSJU : 500 synagogues, écoles, centres communautaires en ont bénéficié sur l’ensemble du territoire.

Des propos similaires à ceux contenus dans son discours lors de la cérémonie de voeux pour 5772 à la grande synagogue des Victoires, le 20 septembre 2011.

Après avoir rappelé les efforts de la France pour libérer « notre compatriote Guilad Shalit », le ministre a souligné l’amitié de la France pour l’Etat d’Israël. Il s’est lancé dans une explication de la position de la France à l’égard de l’admission de la Palestine à l’ONU, qui n’a guère convaincu. La France n’a pas soutenu la reconnaissance d’un Etat palestinien au Conseil de sécurité en raison du « risque de confrontation diplomatique majeure » et car cela « conduirait sans doute à nouvelles violences et à une impasse dans la région ». La France considère que la sécurité d’Israël doit être garantie, donc elle a pris des initiatives : « Le 21 septembre 2011, le Président de la République a proposé le statut d’Etat non membre observateur à la Palestine » aux Nations unies, puis a voté pour son adhésion comme Etat à l’UNESCO. La France prône « deux Etats-nations [qui] cohabitent dans la paix et garantissent la paix de chacun. Si quiconque menaçait existence Israël, la France serait immédiatement et totalement aux côtés d’Israël », a-t-il conclu en se prononçant pour le renforcement des sanctions contre l’Iran.

Signe de son respect pour la communauté juive et pour Radio J, Claude Guéant est demeuré environ deux heures à cette soirée, alors que son emploi du temps prévoyait un départ peu après le prononcé de son discours.

La résistance et après…
Guy Rozanowicz a remercié les auditeurs fidèles, Juifs et non Juifs en particulier chrétiens.
Photo © Alain Azria
Puis, il a exprimé sa gratitude à l’égard de Dominique Lunel « qui joue un rôle extrêmement actif comme une passerelle… comme le lobby du gouvernement auprès de la communauté Juive ou le lobby de la communauté Juive auprès du gouvernement. Ce n’est pas un rôle toujours extrêmement facile… Au nom de présidents de la plupart des organisations Juives, je voudrais dire combien nous sommes attachés à sa mission et à son travail… Nous avons confiance en elle » (1).

Hommages ont été rendus aussi aux deux autres invités prestigieux.

Doyen âgé de 101 ans des résistants Juifs, Georges Loinger est l’auteur des Résistances juives pendant l’occupation (Albin Michel) et, avec Katy Hazan, d’Aux frontières de l’espoir (Fondation pour la Mémoire de la Shoah/Editions Le Manuscrit). Pendant l’Occupation, ce jeune sportif alsacien a organisé des filières afin d'amener des enfants Juifs en Suisse et, après guerre, des départs clandestins de Juifs survivants de la Shoah vers la Palestine mandataire. Il retrace sur Radio J cette histoire héroïque.

Ancien membre du Mossad qui a dirigé l’enlèvement d’un des ordonnateurs de la Shoah, Adolf Eichmann,  jugé en 1960 en Israël, Rafael Eitan a poursuivi une carrière politique notamment de ministre (Parti Gil, des retraités). Il a analysé la stratégie d’Arafat pour combattre l’Etat Juif : multiplier les mouvements terroristes prétendument divisés et hors de tout contrôle, mais unis dans le même but génocidaire à l’égard d’Israël.

Force est de constater que le ministre Claude Guéant n’a pas analysé cet antisémitisme actuel et ne profite pas de cette accalmie pour organiser la réunion du Comité interministériel chargé de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, alors que Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), le lui avait demandé lors du dîner de cette organisation Juive porte-parole politique de la communauté Juive française, le 9 février 2011.

Ce qui obligera les Juifs français à subir une nouvelle flambée d’agressions antisémites lors de la prochaine tension au Proche-Orient.

Serge Hajdenberg
Président d’honneur de Radio J qu'il avait vendu récemment à Marc Eisenberg, Serge Hajdenberg est décédé le 5 mars 2021 à l'âge de 79 ans. Il sera enterré en Israël. Ce militant juif français sioniste, rescapé de la Shoah, avait agi en faveur notamment des Juifs dans l'Union soviétique, avait contribué à lancer les 12 heures pour Israël à la charnière des années 1970-1980, et avec son frère Me Henri Hajdenberg, fondateur du Renouveau Juif, il avait contesté le leadership d'organisations juives françaises... Dans les années 2000, plus par esprit démocratique que par réelle conviction de ses chances d'être élu, il avant présenté sa candidature au poste de Président du CRIF contre Roger Cukierman qui briguait un second mandat et n'avait pas de rival.

Le 6 mars 2021 après chabbat, Radio J a rendu hommage à cet "inlassable militant de la lutte contre l’antisémitisme, ardent défenseur d’Israël, inconditionnel protecteur de la communauté juive de France et passeur amoureux de la culture juive. Enfant de la guerre né de parents juifs polonais, avec acharnement, il a lutté aux côtés notamment de Serge et Beate Klarsfeld pour que les crimes nazis ne soient jamais pardonnés et que la Shoah ne soit jamais oubliée.

"Co-fondateur de Radio J, première radio juive de France, il en a été le président pendant plus de 35 ans et a continué à briller par ses éditos incisifs à souhait, jusqu’à son dernier souffle."

"En créant les jeunes de la LICA dans les années 60, Serge a commencé à montrer son engagement sans faille et a persévéré dans ses actions innovantes et audacieuses. Son bagout, son charisme, son humour caustique et son franc parler ne craignaient ni les susceptibilités des uns ni les critiques des autres : Serge incarnait la liberté de penser, de dire et de faire."

"Cette vie incroyable n’aurait pas été possible sans l’accompagnement et le soutien indéfectibles de sa femme Suzy, militante aussi infatigable que lui. Leur nombreuse descendance porte le sceau de leur engagement. Avec sa femme Suzy, ses 4 filles Noémie, Yaël, Judith et Deborah, ses 16 petits-enfants et ses 2 arrière-petites-filles, nous partageons une infinie tristesse. Sa voix à nulle autre comparable continue à résonner dans les foyers juifs de France, partout où il a mené ses combats pour la cause juive et dans nos cœurs blessés."

Serge Hajdenberg a été inhumé le 11 mars 2021 au cimetière de Pétah Tikva, en Israël.


(1) Dominique Lunel a notamment œuvré pour la réintégration de Catherine Pederzoli-Ventura et a été primée pour son travail en faveur de l’amélioration des relations intercommunautaires. Le 20 novembre 2010, Dominique Lunel était intervenue auprès de Claude Guéant à propos du refus d’une conférence de presse de Bat Ye’or, auteur de L’Europe et le spectre du califat, au CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) à Paris.

Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël 

Publié le 23 novembre 2011, cet article a été modifié le 7 mars 2021.

vendredi 5 mars 2021

« Fast fashion - Les dessous de la mode à bas prix » de Edouard Perrin et Gilles Bovon

Arte diffusera les 9 et 12 mars 2021 « Fast fashion - Les dessous de la mode à bas prix » (Fast Fashion - Die dunkle Welt der Billigmode ; 
"Fast Fashion: The Real Price Of Low-Cost Fashion"), documentaire de Edouard Perrin et Gilles Bovon. « En quelques décennies, la "fast fashion", ou mode jetable, a révolutionné l’industrie textile à bas prix. Enquête sur l'impact social et le coût environnemental d'un secteur qui ne connaît pas la crise ».


« Avec la mode des vêtements bon marché proposés par de grandes chaînes internationales, quel est l’impact de cette industrie qui se prétend équitable et verte?? Salaires de misère dans des usines au cœur du Royaume-Uni, dégâts environnementaux autour des usines de viscose, copies de vêtements de marque, le tableau est sombre. Les consommateurs sont-ils prêts à renoncer à leur t-shirt à trois francs ? 
 »

« Fabriquer une robe pour une douzaine d'euros, au cœur de l’Europe et en moins de 15 jours. C’est non seulement possible, mais c’est en passe de devenir la norme. Depuis que l’industrie du vêtement a pris le virage de la Fast Fashion, c’est toujours plus vite, toujours moins cher. Qu’importent les conséquences?! A commencer par celles subies par les travailleurs du secteur : ils travaillent entre 12 et 15 heures par jour, pour des salaires inférieurs de moitié au minimum légal. Les conditions de travail ne sont pas sans risques  les produits chimiques des usines textiles empoisonnent toujours les ouvriers et les riverains. »

« Quant aux marques, elles n’ont plus le temps de créer. Pour rassasier le consommateur avide de nouveautés, copier des modèles chez le voisin, ça va plus vite et c’est moins cher, quitte à risquer un procès de temps en temps.  »

« Renouveler en permanence sa garde-robe sans se ruiner : rien de plus simple aujourd’hui. Tandis que les marques qui font le pari de vendre exclusivement en ligne se multiplient, l’achat de vêtements tient désormais pour beaucoup d’entre nous du loisir à part entière ». 

« Une tendance entretenue par les nouveaux acteurs de la fast fashion sur les réseaux sociaux qui, via un marketing subtil, rémunèrent les influenceurs pour placer leurs produits ». 

Plusieurs collections par saison, voire par mois, fabrication en petites séries à très faibles coûts sociaux et environnementaux, soit au cœur de villes occidentales (Leicester) soit dans des pays asiatiques ou nord-africains, fashionistas incitées à renouveler leur garde-robe tout en vendant sur Internet une partie de leurs vêtements qui s'abiment rapidement, surproduction induisant des invendus... 

Un système de production/vente/consommation qui détruit les industries nationales textiles et de la confection et boutiques de prêt-à-porter en France, en Israël, et dans bien d'autres pays où taxes, impôts et normes accablent des producteurs soumis à des concurrences déloyales. 

Des industries nationales textiles occidentales qui se sont révélées réactives et précieuses lors de la pandémie de coronavirus en fournissant des masques en pleine pénurie de ces articles.

« Ces dernières années, des marques d’ultra fast fashion se sont même lancé le défi de produire et de livrer encore plus vite et moins cher que les vendeurs traditionnels ». 

« Mais leur efficacité se paie au prix fort ». 

« En Grande-Bretagne, ces vêtements sont fabriqués dans des ateliers insalubres par des ouvriers payés la moitié du salaire minimum ». Dans une précarité totale et éprouvante. Au vu et au su de tous. 

« Au-delà de son impact social, la fast fashion, deuxième industrie la plus polluante au monde, a aussi un coût environnemental ». 

« Même quand ce modèle industriel promet de s’amender en proposant une mode plus durable, sa facture écologique reste lourde. »

« Alors que 56 millions de tonnes de vêtements sont vendues chaque année dans le monde, les journalistes d’investigation Gilles Bovon (Starbucks sans filtre) et Édouard Perrin ont enquêté sur l’impact social, environnemental et sanitaire de ce secteur en plein boom ». 

« En Europe, aux États-Unis et en Inde, ils ont rencontré des acteurs du secteur  − anthropologue, professeur d’économie, chercheur en neuromarketing… − et se sont infiltrés au cœur de l’industrie textile ». 

« Au Royaume-Uni, ils ont pu filmer des ateliers de fabrication illégaux et interviewer des personnes qui ont côtoyé de près la fast fashion (ex-styliste, influenceuse mode, ancien associé du fondateur de Zara...) »

« Riche de témoignages, leur film dresse le bilan trop peu écoresponsable d’une industrie qui brasse des milliards. »

Il démonte la publicité ou le marketing présentant la viscose comme une fibre naturelle, écologique, issue du changement du bois en cellulose. Or, la production de cette fibre textile requiert des produits chimiques dangereux pour les ouvriers. Et rejet des liquides utilisés pour cette production dans des cours d'eau s'avère nuisible pour la santé des habitants des villages proches des usines. Les images des jeunes Hindous handicapés par la consommation d'une eau mêlée à ces liquides dans leur village en Inde sont bouleversantes. 

Le 24 avril 2013 au matin, l'immeuble Rana Plaza à Dhaka (Bangladesh), où étaient fabriqués des vêtements pour des grandes marques occidentales, s'est effondré. Bilan : 1 138 morts et 2 500 blessés. La veille, des fissures avaient été constatées, mais les dirigeants des ateliers de confection avaient  ignoré les consignes d'évacuation.

Catherine Dauriac, coordinatrice nationale de l’association Fashion Revolution France pour une mode plus transparente et éthique, remet les choses en perspective pour Madmoizelle (2 mars 2021) : 
« Je ne suis pas du tout surprise par ce nouveau drame. Il ne s’agit jamais de faits divers isolés mais bien d’un problème structurel de la mode : la façon dont on fait de l’argent sur le dos des travailleurs, et surtout des travailleuses, a fortiori racisées. Car le colonialisme ne s’est pas arrêté à la fin des colonies, comme en attestent ces relations entre pays du Nord qui passent commande et pays du Sud exploités. » 

"Pour la responsable France de cette organisation internationale née suite à l’effondrement du Rana Plaza, le fait qu’il s’agisse d’une industrie majoritairement féminine joue également sur la sous-considération de ces problèmes pourtant majeurs : 
« 80% des ouvriers et ouvrières textile dans le monde sont des femmes, donc c’est aussi une question de droits des femmes qui ne sont pas respectés. Au Maroc, en l’occurrence, beaucoup de ces femmes sont payées rien que la moitié du salaire minimum du pays. Le patriarcat et le capitalisme fonctionnent main dans la main pour faire en sorte qu’une certaine partie de la population soit exploitée. »

Contre la Fast fashion, la Slow fashion, une mode au mode de production respectant les ouvriers, l'environnement et les animaux. Des ONG dont OXFAM préconisent d'acheter des vêtements "responsables de seconde main" dans des "boutiques solidaires", des vêtements "issus du commerce équitable", de "labels FairTrade International, WFTO), mais aussi fabriqués à partir de fibres biologiques (GOTS), dans des conditions éthiques (Fair Wear Foundation). Il peut s’agir d’une fabrication locale (comme Hopaal ou Loom) de systèmes de création collaborative et de précommande qui limitent la surconsommation (comme Atelier Unes), de démarches « upcycling » (récupérer une matière ou un objet usagé pour créer un produit de qualité supérieure), de location de vêtements, et aussi bien sûr de seconde main !" Autres pistes : réparer un vêtement, améliorer le tri.


« Dans une enquête  alarmante sur l’industrie de la fast fashion cosignée avec Gilles Bovon, le journaliste Édouard Perrin constate les dégâts sociaux et environnementaux causés par un secteur en plein essor. Propos recueillis par Élise Pontoizeau ».

« Quelle découverte vous a le plus interpellé lors de votre enquête ?
Édouard Perrin : La fast fashion, qui consiste en un renouvellement très rapide des collections, a fait accélérer toute la mode classique, si bien qu’on en est aujourd’hui à l’ultra fast fashion. Elle a presque inversé, avec une rapidité surprenante, la tendance de ces cinquante dernières années à fabriquer les vêtements dans des pays du tiers-monde. En effet, certaines marques ne peuvent plus attendre des livraisons depuis l’Asie tant le système s’est accéléré. Elles ont donc réimporté des ateliers en Europe de l’Est, en Turquie et en Grande-Bretagne notamment, où les conditions de travail et les salaires des ouvriers sont à peu près dignes de ce qui se passe dans les pays pauvres. J’ai rencontré des acteurs du textile britannique qui me disaient avoir arrêté de s’approvisionner à Leicester parce qu’ils savaient ce qu’il s’y passait. Ils affirmaient avoir moins de difficultés à surveiller leurs usines au Bangladesh !

Vous évoquez les impacts sociaux de la fast fashion. Qu’en est-il des conséquences environnementales ?
Aujourd’hui, vous pouvez, en restant chez vous, commander des vêtements quasiment sans vous en rendre compte et très rapidement via les différentes plates-formes ou les réseaux sociaux. On a réduit ce que les spécialistes du marketing appellent les "frictions", c’est-à-dire tous les moments qui pourraient freiner l’acte d’achat, pour faire consommer plus. Comme les vêtements sont moins chers, leur quantité vendue chaque année a explosé. Les filières de recyclage sont littéralement étouffées par la masse de textile à gérer. On a beau mettre nos vêtements usagés dans des bennes, s’ils ne sont pas suffisamment solides pour être réutilisés, ils ne seront pas recyclés. Ils le seront peut-être pour fabriquer autre chose, mais les dispositifs techniques sont soit non écologiques, soit non économiques.

La législation ne freine-t-elle pas ces dérives industrielles ?
Il existe des textes sur les responsabilités des multinationales. Mais, du fait de l’addition de nombreux sous-traitants, une marque peut toujours affirmer n’être pas responsable de ce qui se passe dans les ateliers de tel ou tel intermédiaire qui collabore avec elle. C’est justement pour pallier l’absence de législation que les ONG, avec lesquelles nous avons travaillé, ont forcé les marques à donner des informations sur leurs chaînes d’approvisionnement, lors de nombreuses campagnes. Certaines s’y prêtent plus que d’autres. Zara, par exemple, refuse de dévoiler le nom de ses fournisseurs. »



« Fast fashion - Les dessous de la mode à bas prix » de Edouard Perrin et Gilles Bovon
France, ARTE France, Premières lignes, 2020, 92 min
Auteur : Edouard PERRIN
Sur Arte les 9 mars 2021 à 20 h 50, 12 mars 2021 à 9 h 25, 8 avril 2021 à 9 h 20
Disponible du 02/03/2021 au 06/06/2021
Visuels :
Zara
Shooting " Little pretty things"
Atelier à Leicester
Usine en Inde
oholita
Shooting de mode
© Premiere Ligne

« Nansen, un passeport pour les apatrides » par Valentine Varela et Philippe Saada


Arte rediffusera le  6 mars 2021 « Nansen, un passeport pour les apatrides » (Der Nansen-Pass), documentaire de Valentine Varela et Philippe Saada. "Après la Première Guerre mondiale, le Norvégien Fridtjof Nansen a œuvré pour donner un statut à des millions de réfugiés". De 1922 et 1945, le "passeport Nansen", document d’identité, a permis aux réfugiés apatrides, donc sans passeport, à se déplacer entre les pays : Russes blancs, Arméniens, Assyriens, etc.



« Au début des années 1920, plus de 2 millions de Russes – Russes blancs ayant fui la Russie après la révolution d’octobre, voire celle de février 1917 - et d'Arméniens sont devenus apatrides. Les premiers ont été privés de leur nationalité par Lénine, tandis que les seconds, rescapés du génocide de 1915, sont interdits de retour par la jeune république turque », car leurs "gouvernements avaient institué leur déchéance de nationalité collective".

« Révolté par leur sort, le Norvégien Fridtjof Nansen (1861-1930), figure majeure de l'exploration polaire, scientifique de renom, vient d'être nommé haut-commissaire aux réfugiés par la Société des Nations » (SDN). Il s’est attelé à la tache ardue de donner un statut à ces réfugiés afin de leur permettre de franchir les frontières sans être titulaires de passeports. Animée par la volonté d'éviter l'hécatombe d'un conflit mondial, la SDN regroupe alors des personnalités comme Nansen, sans formation en diplomatie.

Cet explorateur célèbre, ce scientifique reconnu, cet ardent patriote et artisan de l'indépendance de la Norvège veille sur les prisonniers de guerre, arpente la Russie révolutionnaire où règne la terreur bolchevique, où le nouveau pouvoir pratique les expropriations, etc. Irène Companeez témoigne sur ce chaos.

Un million et demi de Russes, dont ceux de L'Armée blanche, fuient, parfois via la mer Noire, et une partie arrive à Constantinople à une époque où la Turquie chasse ses minorités orthodoxes. La Croix-Rouge alerte les diplomates de la SDN et crée le poste de haut-commissaire aux réfugiés. Nansen occupe ce poste humanitaire. A Constantinople, il découvre stupéfait la condition désastreuse de ces réfugiés qui "dorment à même le sol". Comment les répartir dans des pays d'accueil et comment organiser leur protection juridique quand les jeunes Etats-nations se soucient de leurs frontières ?

Face à ce vacuum juridique, sans grand moyen financier, Nansen s'entoure de juristes russes et réussit « à imposer au niveau international un document qui leur redonne une identité et des droits », un certificat d'identité juridique indispensable pour ester en justice, se marier, etc. Un passeport renouvelable un an et valable à vie.

Les Russes se rendent à Berlin, à Paris où est créé un lycée russe. Une main d'oeuvre hostile à la Révolution russe de 1917 et recrutée par l'industrie automobile en région parisienne. Compositeurs, danseuse, peintres, écrivains gardent leur âme slave, leur identité russe, et l'amour du pays quitté.

En 1922, Fridtjof Nansen  est distingué par le prix Nobel de la paix pour son « travail d’une dimension internationale » en faveur des réfugiés russes et arméniens, des « prisonniers de guerre, en aidant les millions de Russes luttant contre la famine et son travail pour les réfugiés en Asie mineure et en Thrace ».

Nansen s'occupe aussi des réfugiés arméniens survivants de la "plus grande tragédie de l'humanité" selon ses propres mots. La France assure un mandat sur des zones, en particulier au Liban, abritant des milliers d'Arméniens. La jeune république turque refuse des papiers et la nationalité turque aux survivants arméniens. La SDN accepte l'extension du "passeport Nansen" aux Arméniens. Ceux-ci embarquent vers des rivages accueillant dont Marseille.

Nansen espère toujours que les réfugiés retrouvent leurs foyers, un foyer national. Après l'échec de son projet de retour de réfugiés en Union soviétique, il quitte la SDN et meurt en 1930. Des funérailles nationales lui rendent un dernier hommage. Les Arméniens sont reconnaissants à Nansen : le mot "nationalité : Arménie" figure sur ce "passeport Nansen". Quant aux Russes, ils se voyaient en émigrés russes.

Nouveaux réfugiés : les Assyro-Chaldéens et les Juifs russes arrivés en Allemagne.

En 1938, le prix Nobel de la Paix est décerné à l'Office international Nansen (Nansen International Office for Refugees) « qui avait poursuivi son œuvre ».

Ensuite, d'autres « communautés bénéficieront de ce fameux « passeport Nansen » jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale : les Allemands juifs chassés par le nazisme, mais aussi les républicains espagnols qui fuient la dictature franquiste  ». La crise économique réduit l'accueil de ces réfugiés.

En 1945, l'Organisation des Nations unies (ONU) succède à la Société des Nations qui n'a pas su empêcher la Deuxième Guerre mondiale, et adopte en 1951 la convention de Genève sur les réfugiés, donnant naissance à l'Office du haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Ce sont alors trente millions de réfugiés que l’ONU doit alors aider.

En 1944, Albert Cohen (1895-1981), alors romancier, est conseiller juridique au Comité intergouvernemental pour les réfugiés regroupant notamment la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Il a pour mission en particulier la conception de l'accord international du 15 octobre 1946  sur le statut et la protection des réfugiés.

« Je suis content qu’on aime ce que j’ai écrit. Mais je vais vous faire un aveu. Ce dont je suis le plus heureux, ce n’est pas d’avoir écrit Solal, Mangeclous le Livre de ma mère, Belle du Seigneur ou les autres livres. Ce dont je suis le plus heureux, c’est d’être l’auteur de l’Accord international du 15 octobre 1946. Je vais vous dire de quoi il s’agit et vous comprendrez pourquoi je suis plus fier de cela que tous les livres que j’ai écrits. Pendant la guerre, j’étais à Londres et j’étais conseiller juridique du Comité Intergouvernemental pour les Réfugiés, composé de vingt gouvernements dont la Suisse. Et ce Comité m’a chargé de préparer un accord très important pour les réfugiés privés de la protection d’un gouvernement. Et je ne vais pas allonger, mais j’ai eu le bonheur de créer, par cet accord, un passeport qui a changé complètement la vie des réfugiés apatrides, qui étaient de pauvres êtres. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient démunis de ce qu’un proverbe russe appelle l’homme. Ce proverbe russe dit que l’homme est composé du corps, de l’âme et du passeport. Or je leur ai donné un passeport qui les mettait, à l’époque, sous la protection du Comité intergouvernemental et plus tard, sous celle des Nations unies. Je leur ai donné un passeport qui ressemble tout à fait aux passeports officiels, c’est-à-dire qui, lorsqu’ils le présentent à un douanier, a un aspect de passeport fort convenable, fort officiel, alors qu’autrefois, ils n’avaient que le malheureux certificat Nansen, une pauvre petite feuille de papier. J’ai le sentiment d’avoir fait beaucoup de bien à beaucoup d’êtres déshérités, qui sont de pauvres âmes, de pauvres corps, qui naviguent ça et là sans jamais savoir qu’ils sont chez eux. Eh bien maintenant au moins, ils ont le droit de voyager et de s’installer dans le pays qu’ils ont choisi, grâce à mon passeport. », a déclaré Albert Cohen lors d’une interview en 1978 à la Radio Suisse Romande par Jacques Bofford - Emission « En question ». Ce passeport permettait aussi aux réfugiés de retourner dans le pays lui ayant accordé ce document.

Avec Philippe Saada, Valentine Varela, fille de la réalisatrice française juive d'origine russe Nina Companeez (1937-2015) et petite-fille du scénariste et dialoguiste Jacques Companéez (1906-1956) ayant fui l’antisémitisme russe puis nazi, relate notamment l'exil de sa propre famille.

« À travers archives, témoignages et éclairage d'historiens, leur film rappelle la genèse d'une réalité contemporaine ».
 


« Nansen, un passeport pour les apatrides » par Valentine Varela et Philippe Saada.
France, ARTE France, Maha Productions, Idéale Audience, 2015, 56 min
Sur Arte les 21 juin à 23 h 40, 24 juin à 10 h 35 et 4 août 2016 à 6 h 40, 6 mars 2021 à 3 h 15
Disponible du 26/02/2021 au 03/05/2021
Visuels : © Idéale Audience

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 21 juin 2016, puis le 18 décembre 2017.