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mardi 6 mars 2018

Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre


Le 17 janvier 2017, l’Observatoire de la Fondation du judaïsme français (FJF) et IPSOS ont rendu publique « la vague 2 » de leur « baromètre » sur « l’évolution de la relation à l’autre au sein de la société française ». Une image tronquée d’une réalité sombre. Des personnalités juives françaises indifférentes au sort des Français juifs spoliés. Le 6 mars 2018 à 20 h 30, le Centre Medem-Arbeter Ring proposera la rencontre "De la démocratie en France", avec Dominique Schnapper, sociologue, désignée en décembre 2017 par le ministre de l’Éducation nationale J-M Blanquer pour présider le futur Conseil des sages de la laïcité. 

« La condition juive en France. La tentation de l’entre soi » par Dominique Schnapper, Chantal Bordes-Benayoun et Freddy Raphaël
Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre

Souvent, la question d’un journaliste ou d’un sondeur détermine la réponse de la personne interrogée.

La « vague 2 » du « baromètre » de la FJF et d'IPSOS, « troisième Groupe mondial des études », a vérifié cette assertion en offrant une perception partielle et partiale de la réalité dramatique en France.

Ce qui amène à s’interroger sur la pertinence de réaliser ce genre de sondages, de l’absence de contrôle du commanditaire sur les questions posées, de l’alimentation par la FJF d’idées fausses, voire antisémites, et les occultations, voire la négation par la FJF et IPSOS, de faits avérés.

Une réalité taboue
Le 17 janvier 2017, l’Observatoire de la Fondation du judaïsme français (FJF) et IPSOS ont présenté la « vague 2 » de leur « baromètre » sur « l’évolution de la relation à l’autre au sein de la société française ». Un sondage réalisé sur Internet du 4 au 14 novembre 2016 et présenté par Brice Teinturier et Etienne Mercier.

Comme pour la première vague (2016) sur "les perceptions et les attentes de la population juive : le rapport à l'autre et aux minorités" - enquête grand public réalisée du 15 au 24 juillet 2014, enquête auprès de 358 personnes qui se déclaraient Juives réalisée du 24 février au 8 juin 2015, et enquête auprès de 500 personnes qui se déclaraient musulmanes réalisée du 24 février au 9 mars 2015 -, IPSOS a interrogé un échantillon représentatif de 1005 personnes. Mais, en plus, l’institut de sondage a aussi posé des questions à un échantillon représentatif de 562 jeunes âgés de 18 à 30 ans. Ces deux groupes ont été interrogés par Internet.

Les cinq principales conclusions de la « 2e vague » ?

« Dans un contexte pourtant très anxiogène, le repli sur soi et la méfiance à l’égard des autres restent forts, mais ne progressent presque pas. On ne constate globalement pas de hausse des opinions racistes, de l’hostilité envers l’immigration ou des préjugés envers les différentes minorités ».

Les « relations de la population avec les musulmans restent apaisées au quotidien, et on ne relève pas de progression des jugements défavorables envers l’islam en tant que tel ou les musulmans de manière générale. En revanche, la visibilité de l’islam dans l’espace public (mosquées, tenues, etc.) est une source de tension » plus vives qu’il y a deux ans, et par ailleurs, on note une inquiétude diffuse vis-à-vis de la figure symbolique de l’homme musulman, comme s’il était porteur d’une menace potentielle plus palpable ».

« Si les préjugés envers les juifs restent très répandus, ils sont en recul sensible. Surtout, on constate une empathie accrue vis-à-vis des craintes ressenties par les juifs depuis les attentats de 2015, et une prise de conscience du phénomène de leur départ. Des départs qui, pourtant, laissent une grande partie des Français indifférents ».

Le « profil des individus porteurs de préjugés envers « l’autre » est le même, quel que soit le groupe concerné : l’intolérance et les préjugés augmentent chez ceux appartenant aux catégories populaires, disposant d’un faible niveau de diplôme ainsi que chez les sympathisants de droite, et tout particulièrement du FN ».

Les « jeunes se différencient assez peu du reste de la population, sauf sur trois aspects, très significatifs : ils se montrent significativement plus tolérants que la moyenne envers l’homosexualité, l’islam, et partagent moins les préjugés antisémites que l’ensemble des Français ».

Première de mes interrogations : pourquoi s’être enquis si les personnes interrogée sont favorables ou non « à la mise en place de menus spécifiques dans les cantines scolaires pour les élèves de confession juive et musulmane » ? En effet, seul un élève juif sur trois suit sa scolarité dans un établissement public scolaire, et aucune famille juive n’a réclamé de menus particuliers pour ses enfants élèves dans le secteur public. Réponse d’IPSOS : des politiciens ont évoqué une demande juive de repas spécifiques, donc cette thématique est entrée dans le débat public. Ainsi, cet institut de sondage a intégré les Juifs dans une demande leur étant étrangère, et induit en erreur les personnes interrogées !? Et 34% (-3 par rapport à 2014) - 38% parmi les jeunes - des personnes interrogées répondent favorablement à cette question.

Deuxième interrogation : pourquoi s’être limité aux relations à l’égard de minorités, et non des relations entre une minorité de musulmans à l’égard de la majorité, notamment chrétienne, ou/et à l’égard de la France ? Ce n’était pas l’objet de cette deuxième vague, a répondu Brice Teinturier.

Troisième interrogation : pourquoi n’avoir pas posé de questions liées à la perception de l’Etat d’Israël. En effet, tous les assassins de Français juifs depuis l’Intifada II ont invoqué le stéréotype du « soldat-israélien-tueur-d-enfant-palestinien ». Un cliché prégnant chez une partie des socialistes, et dans l’extrême-gauche. Brice Teinturier a éludé en indiquant que ce n’était pas le sujet de cette « vague 2 », et en renvoyant vers la « vague 1 ». On peine à y trouver la moindre question liée à la représentation de l’Etat juif.

Pourquoi n’avoir pas ajouté une question sur ce stéréotype ? Se fondant sur les réponses fournies lors de la « vague 1 » en 2014 et 2015, Brice Teinturier a estimé ce questionnement non opérant, non significatif, donc inintéressant à poursuivre. Aurait-il oublié que lors des opérations militaires israéliennes contre des mouvements islamistes - Hezbollah dans le sud Liban, Hamas dans la bande de Gaza (hiver 2008-2009, été 2014) -, des centaines de milliers de musulmans ont arpenté les rues, boulevards et avenues de dizaines de petites, moyennes et grandes villes françaises ? Entre leurs réponses et la réalité, l'IPSOS a choisi : il a écarté, nié la réalité.

Les personnes musulmanes interrogées auraient-elles pratiqué la taqiya ? Auraient-elles menti aux sondeurs car elles savaient ce qu'attend le "politiquement correct" ? Une hypothèse crédible au vu de la réponse à la question "Avez-vous une bonne ou une mauvaise image d'al Qaïda et de l'Etat islamique ? posée du 24 février au 9 mars 2015, donc après les attentats terroristes islamistes au siège de Charlie hebdo et à l'hypercacher. La réponse "Je ne le connais pas assez pour me prononcer" représentait 16% et 15%, respectivement pour l'Etat islamique (Daech, ISIS) et al Qaïda. Soit environ un individu sur six. Comment un Internaute musulman peut-il répondre ainsi alors que la doxa veut qu'Internet, notamment les réseaux sociaux, joue un rôle éminent dans la "radicalisation" de musulmans, dans leur évolution vers le djihad ? Si on ajoute à ces pourcentages, ceux liés à une "très bonne" et à une "assez bonne" image de ces deux mouvements islamistes terroristes, on obtient 31% pour ISIS et 33% pour al Qaïda !

En refusant d’ajouter certaines questions adaptées à une réalité nouvelle, par des formulations renvoyant à des stéréotypes archaïques de l’antisémitisme, IPSOS a conclu que « les catégories sociales les plus enclines à partager la plupart des affirmations antisémites (9 à 13 d’entre elles) sont, outre « les hommes (26%), les catégories populaires, les détenteurs d’un diplôme inférieur au BAC », les « sympathisants FN (39%) et UDI-LR (29%), les habitants de l’agglomération parisienne ». Le pourcentage culmine à 50% pour « les musulmans ». Ce sondage ne montre aucunement l’antisémitisme d’une partie de la gauche et de la quasi-totalité de l’extrême-gauche française, exsudant l’antisionisme, vecteur et forme d’antisémitisme.

J’ai interpellé Ariel Goldmann, président de la FJF et du FSJU (Fonds social juif unifié), membre du CRIF, et de la FJF sur la spoliation actuelle des Français juifs. Très gêné, Ariel Goldmann a éludé en invoquant le refus d’intervenir dans une procédure judiciaire !? Alors qu'il s'agit de mettre un terme au « gouvernement des juges ».

Nul au sein de l’Observatoire de la FJF n’a eu la curiosité, je n’ose écrire le devoir professionnel, de lire les questions posées ? Nul n’a « tiqué » devant la question relative aux « menus spécifiques » qui procède à un amalgame faux, source d'animosité, d'hostilité à l'égard des Français juifs ?

Alors que les instituts de sondage ont révélé n’être pas si fiables : erreurs sur l’issue du référendum sur le Brexit, sur l’élection de Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis, etc. La FJF finance un sondage vite publié, vite oublié, et qui ne permet pas de cerner la réalité.

Combien a coûté cette « étude » ? Les dons ne seraient-ils pas mieux affectés dans des actions autrement plus utiles ?

Dominique Schnapper
Fille de Raymond Aron, ancienne membre du Conseil constitutionnel (2001-2010), Dominique Schnapper est une sociologue éminente auteur de nombreux livres sur les Français juifs. Avec Chantal Bordes-Benayoun et Freddy Raphaël, Dominique Schnapper est notamment l’auteur de « La condition juive en France. La tentation de l’entre soi  ».

Elle est l’une des personnalités que Roger Cukierman, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), avait fait entrer en 2013 au sein d’instances du CRIF.

Les 10, 11 et 12 mars 2016, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) et la BnF (Bibliothèque nationale de France) avaient accueilli le colloque L'Antisémitisme en France XIXe - XXIe siècle,  sous la direction de Dominique Schnapper, École des hautes études en sciences sociales, présidente du MAHJ ; Perrine Simon-Nahum, CNRS, Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron, Paul Salmona, directeur du mahJ et Thierry Grillet, directeur de la diffusion culturelle, BnF. Un programme éludant déjà des problèmes graves.

Dominique Schnapper, qui a supervisé les deux vagues de ce "Baromètre", est demeurée indifférente lorsque j’ai évoqué publiquement la spoliation actuelle des Français juifs, tels les Dr Lionel Krief, Eva Tanger. Pourtant la curiosité est une qualité requise par la sociologie. Ce thème si occulté aurait du logiquement susciter de l'intérêt de la part d'une spécialiste de la condition juive en France.

Quand je lui ai demandé, en aparté, de parler à Francis Kalifat, actuel président du CRIF, de cette question. Dominique Schnapper a, sur un ton doux, refusé. Comme si sa relation au CRIF était ténue. Pourtant, elle a été une oratrice de la 7e convention du CRIF du 4 décembre 2016 intitulée Si on parlait de la France ? Français, juifs et citoyens.

Réagissant à un de mes posts sur Facebook, Paula Lachaus a rappelé que Dominique Schnapper a signé l’appel JCall, injonction partiale à exercer des pressions sur les seuls Israéliens.

A l'évidence, pour Dominique Schnapper, l'intérêt pour les Palestiniens prévaut sur celle sur ses coreligionnaires français.

Le 1er mars 2017, après avoir été interrogée sur les tweets antisémites du chroniqueur Medhi Meklat et du comédien Olivier Sauton, Dominique Schnapper a déclaré à La Croix : "Ce conflit [israélo-palestinien] est un prétexte à l’antisémitisme, mais même sans cela on vivrait la même chose. Le problème de l’antisémitisme est inscrit dans les structures de l’Europe depuis des siècles. C’est un problème politique et moral, héritage de l’Europe chrétienne". Quid de l'antisémitisme islamique ? Quid de l'antisémitisme importé du monde arabe ?

Le 6 mars 2018 à 20 h 30, le Centre Medem-Arbeter Ring proposera la rencontre "De la démocratie en France", avec Dominique Schnapper, sociologue, désignée en décembre 2017 par le ministre de l’Éducation nationale J-M Blanquer pour présider le futur Conseil des sages de la laïcité. "Racisme, laïcité, remise en cause des institutions, intégration, judaïsme, individualisme et communauté, droits des minorités, aucune question n'est éludée, toutes sont abordées avec la même rigueur scientifique et morale. "Démocratie providentielle", "démocratie extrême", les notions forgées par Dominique Schnapper, une des grandes voix de la pensée politique française, sont passées dans le langage courant. Elle revient dans ce livre sur les thèmes qui sont aujourd’hui au cœur du débat public, le malaise des populations immigrées, le chômage, la place de l’islam, le rapport à la République et à la nation".


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 25 janvier 2017.

lundi 5 mars 2018

Drancy, au seuil de l’enfer, dessins de Georges Horan-Koiransky


Le Mémorial de Drancy présente l’exposition « Drancy, au seuil de l’enfer, dessins de Georges Horan-Koiransky ». Les croquis et dessins de Georges Horan-Koiransksy (1894-1986), « dessinateur industriel interné dans l’enfer de Drancy en 1942-1943, sont présentés avec des photographies et divers documents » sur ce camp d’internement aux portes de Paris et antichambre du complexe concentrationnaire, industriel et d’extermination d’Auschwitz (Pologne). Des documents alliant valeurs documentaire et artistique. Les 12 mars à 7 h 24, 16 mars à 19 h 33, 18 mars à 15 h 27 et 20 mars 2018 à 14 h 05, Toute l'Histoire diffusera "Drancy, un camp aux portes de Paris", de Philippe Saada. "Aux portes de Paris, la ville de Drancy, en Seine-Saint-Denis, est devenue le symbole de la déportation des juifs de France. La Cité de la Muette fut le lieu de transit des juifs arrêtés en France et déportés ensuite vers les camps de la mort. Pour plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce fut l'antichambre de l'extermination, gardée par des gendarmes français et soutenue par le régime de Vichy. Ce documentaire tente de raconter l'histoire du camp à l'aide des dernières découvertes d'archives, menées par le Mémorial de la Shoah et grâce aux recherches d'historiens dont Michel Laffitte, spécialiste de Drancy".

Drancy, au seuil de l’enfer, dessins de Georges Horan-Koiransky
      
« Institution de référence pour la préservation et la transmission de la mémoire, le Mémorial de la Shoah célèbre en 2017 les 5 ans de son site, le Mémorial de Drancy », ville située dans la banlieue nord-est de Paris, en Seine-Saint-Denis


« À cette occasion, le Mémorial de Drancy présente une exposition exceptionnelle consacrée à Georges Horan-Koiransksy (1894-1986), dessinateur industriel interné dans l’enfer de Drancy ».

« Les 56 estampes publiées en 1947 dans son recueil Le camp de Drancy, seuil de l’enfer juif sont des documents historiques permettant d’illustrer l’internement dans ce camp majeur de la persécution des Juifs de France ».

« Leur auteur est cependant resté ignoré, puisque son œuvre, éditée sous pseudonyme, n’a pas rencontré le succès de son vivant et n’avait jamais été rééditée ».

« Avec l’aide de ses proches, à l’issue d’un long travail de recherche et de documentation, le Mémorial de Drancy dresse enfin un véritable portrait de Georges Horan-Koiransky : ses croquis et dessins sont présentés accompagnés pour la première fois de courriers clandestins et officiels, documents administratifs et photographies, ainsi que d’extraits de son Journal d’internement inédit, écrit en 1943. L’exposition offre ainsi un « témoignage graphique » complet et unique ».

En partenariat avec le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, cette exposition a pour commissaires Karen Taieb, responsable du service des archives du Mémorial de la Shoah, et Benoît Pouvreau, historien au Service du patrimoine culturel du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. La scénographie est signée par Gaëlle Seltzer, et le graphisme Pauline Gruffaz.

Autour de l’exposition, est prévue une visite guidée le 14 mars 2018, de 16 h à 17 h 30. À l’occasion de la parution des ouvrages de Georges Horan-Koiransky « Journal d’un interné, Drancy 1942-1943 », publication inédite, et « Camp de Drancy, seuil de l’enfer juif » (recueil de 56 estampes), réédition analysée et commentée, préface de l’historien Thomas Fontaine, éd. Créaphis, 2017), en parallèle de l’exposition, le Mémorial de Drancy « propose une rétrospective en trois temps : une visite de l’ancien camp de Drancy, une présentation de l’exposition, et une rencontre autour des livres qui accompagnent cette exposition ». En présence de Benoît Pouvreau, historien au Service du patrimoine culturel du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, et Pierre Gaudin, éditeur.

Georges Horan-Koiransky
Georges Koiransky est « né à Saint-Pétersbourg (Russie) le 25 novembre 1894 dans une famille aisée, francophile et non croyante ». Son père est chrétien orthodoxe, sa mère juive.

Il « arrive avec sa famille à Paris en 1900 ». 

Georges « y développe sa passion pour le dessin, jusqu’à intégrer les Beaux-arts en cours du soir. Sa mobilisation au sein de l’armée de l’Air durant la Grande guerre lui permettra d’être naturalisé français en 1925 ».

« Il s’installe alors à Boulogne-Billancourt où il épouse Hélène Lejeune ». En 1928, le couple a un fils, Alain. 

Georges Koiransky est recruté comme dessinateur industriel par l’aviateur Farman. 

Il « soutient le Front populaire ».

« Durant l’Exode, au printemps 1940, la famille Koiransky se réfugie dans l’Aude puis revient finalement s’installer à Boulogne-Billancourt à la fin de l’été. L’antisémitisme croît, et avec lui les injures et les dénonciations. Puis c’est le temps des enquêtes et des convocations à la préfecture de Police ».

« Au printemps 1942, deux sœurs de Georges, dont une avocate radiée du Barreau de Paris suite aux lois sur le statut des Juifs, ainsi qu’un de ses neveux sont reconnus comme « non-juifs » par un expert du Commissariat général aux questions juives. Sa sœur obtient ainsi sa réintégration en tant qu’avocate. Mais, un voisin de la famille Koiransky, profondément antisémite, parviendra à faire arrêter Georges le 11 juillet 1942 ».

Dénoncé, « Georges Koiransky est interné au camp de Drancy le 12 juillet 1942, peu de temps avant l’arrivée des femmes et des enfants de la rafle du Vel’ d’Hiv’ (16 et 17 juillet 1942) qui vont donner une toute autre dimension au camp et faire augmenter considérablement la fréquence des déportations ».

Il « découvre très rapidement la réalité de ce camp, faite de misères et de tensions, de malnutrition et de désœuvrement ».

« Très vite remarqué pour son aptitude au dessin, Georges Koiransky fait la connaissance de René Blum, frère cadet de Léon [Blum, ancien Président du Conseil lors du Front Populaire , Nda], autorité morale du camp, interné depuis décembre 1941 ».

Journaliste, directeur artistique, directeur de théâtre et d’opéra, co-fondateur et directeur des Ballets de Monte-Carlo, René Blum « lui demande de dessiner pour témoigner en images de ce qu’ils vivent et pour accompagner un texte qu’il souhaite écrire afin commencer à retranscrire l’histoire du camp. Ensemble, ils réunissent les preuves du crime en cours, transcrivent l’histoire du camp grâce aux souvenirs des internés d’août 1941 encore présents ». 

« Tout ce que Georges Koiransky voit, il le dessine : malnutrition, désœuvrement, corvées, misères, tensions, arrivée des enfants par train, nouvelles déportations… » 

« Ses estampes sont réalisées à partir de différents matériaux et techniques qu’il évoque avec soin dans son journal (crayon, stylo, pastel, craie, huile…), tout comme le papier que sa femme ne peut lui fournir en quantité suffisante et dont il manque régulièrement ».

Georges Koiransky « parvient tout de même à faire sortir clandestinement ses dessins dans son linge sale pour que sa femme les conserve ».

A la suite de « la rafle du Vel’ d’Hiv’ qui a lieu a Paris les 16 et 17 juillet 1942, 4992 adultes sont directement dirigées vers le camp de Drancy. Les familles avec des jeunes enfants (soit 8160 personnes, dont 4115 enfants) sont quant à elles internées au Vélodrome d’Hiver  (XVe) puis transférées dans les camps du Loiret, à Pithiviers et de Beaune-la-Rolande. A cette époque, le Reich ne réclame que les jeunes de plus de 15 ans, mais Pierre Laval, alors chef du gouvernement français, souhaite déporter tous les enfants juifs. Dans l’attente de l’approbation de Berlin, seuls les mères et les grands adolescents, séparés des enfants, sont déportés des camps du Loiret vers Auschwitz-Birkenau par les convois n°13 à 16 entre le 31 juillet et le 7 août 1942. Les enfants restent seuls, dans une détresse absolue. L’accord de Berlin pour la déportation des enfants tombe le 13 août. Entre le 15 et le 25 août, ils sont transférés à Drancy avant d’être déportés à leur tour vers Auschwitz-Birkenau par les convois n°20 à 26, entre le 17 et le 28 août 1942 ».

« Le 4 septembre 1942, aux côtés de René Blum et d’autres « conjoints et conjointes d’aryennes et d’aryens », officiellement « non-déportables », Georges Horan-Koiransky est déplacé au camp de Pithiviers puis, le 24 septembre, au camp de Beaune-la-Rolande ».

Le « portrait intitulé « Dr Schatzman, 1942 » a été réalisé par Georges Horan-Koiransky, très probablement au cours de leur internement commun au camp de Pithiviers en septembre 1942 car « non-déportables ». Pourtant, le 20 septembre 1942, Benjamin Schatzman et que René Blum sont transférés au camp de Beaune-la-Rolande puis transférés au camp de Drancy pour être déportés le 23 septembre par le convoi n° 36 parti vers Auschwitz-Birkenau  (Pologne). Georges, quant à lui, est transféré au camp de Beaune-la-Rolande le 24 septembre et réintègre finalement le camp de Drancy le 27 septembre 1942. Il conserve involontairement ce portrait qui aurait dû revenir à son commanditaire ».

« Depuis son arrestation, Georges Horan-Koiransky nie être Juif, s’appuyant sur le statut obtenu par ses sœurs et son neveu quelques mois auparavant. En septembre 1942, c’est sa femme Hélène qui se voit délivrer un certificat de « non appartenance à la race juive », ce qui va confirmer le statut de « conjoint d’aryenne » de Georges. Seulement partiellement protégé par ce nouveau statut, il sera finalement déclaré « non Juif » le 25 janvier 1943 grâce à la mobilisation de ses proches. Il ne sera libéré de Drancy que le 13 mars 1943 ».

Il « se fait alors appeler Georges Horan, se confectionne des faux papiers et noue des contacts avec la Résistance (les mouvements Libération-Nord et Front national) ».

Rapidement, Georges Horan « écrit son Journal pour se « libérer ». Il fixe sur le papier ce dont il fut témoin durant ses huit mois d’internement à Drancy à partir de juillet 1942. Il dessine et écrit ces « choses vues » au camp pour « se libérer d’une obsession ».

« La cité de la Muette encerclée de barbelés, le faisceau d’un projecteur révélant des dizaines d’ombres marchant péniblement dans la nuit, des portraits aux mines anxieuses, des scènes du quotidien dans l’obscurité de chambres sordides, des silhouettes agglutinées aux fenêtres, les fouilles, l’appel, le ballet des autobus, Georges Horan fut un témoin bien particulier du plus grand camp de transit des Juifs en France : Drancy. Tout au long de son internement, il a su observer et croquer le quotidien du camp avec justesse et précision, tant à travers les scènes que l’expression des visages des internés. Ses estampes révèlent toute la difficulté de la vie dans le camp mais aussi les moments de solidarité et de partage. »

Georges Horan « aurait aussi participé à la Libération de Paris ». 

Début 1945, il « porte plainte contre les voisins qui l’ont dénoncé. Il travaille alors dans les assurances mais continue sa pratique artistique et poursuit, sans René Blum, mort à Auschwitz en septembre 1942 son projet de recueil de dessins qu’il va préfacer lui-même et publier à compte d’auteur sous le titre Le camp de Drancy, seuil de l’enfer juif en 1947 ». Celui-ci ne se vend pas et reçoit peu d’échos ». 

« Dans les années 1970 et 1980, l’œuvre de Georges Horan-Koiransky connaît un regain d’intérêt ».

« Aujourd’hui, dès lors qu’il s’agit d’illustrer l’internement dans ce camp majeur de la persécution des Juifs de France, les dessins de Georges Horan sont une évidence. Cependant, jusqu’à très récemment, on ignorait quasiment tout de l’auteur, dont le véritable nom était Georges Koiransky et qui avait pris pour pseudonyme « Horan ». Sa seule publication connue, un recueil d’estampes, intitulé Le camp de Drancy (seuil de l’enfer juif) et publié en 1947, n’avait jamais été rééditée ».

« Depuis peu, grâce à ses proches, nous en savons beaucoup plus sur Georges Horan-Koiransky : croquis, dessins, courriers clandestins et officiels, documents administratifs et photographies et, enfin, un Journal d’internement inédit, écrit en 1943, sont désormais accessibles. Cette redécouverte éclaire son œuvre et permet la réévaluation de ce « témoignage graphique » unique ».

Georges Horan-Koiransky meurt le 25 décembre 1986 à Boulogne-Billancourt.
    
EXTRAITS DU JOURNAL DE GEORGES HORAN-KOIRANSKY

« Des gens hirsutes sont groupés sur le bas-flanc de droite ; sale gueule, débraillés, assez peu rassurants, noirs ; tout un mélange de pègre, de racaille, venus de partout, semblant suspects comme ces traces brunes qu’ont certains murs lépreux. Je trouve une place à gauche ; ma mallette me servira d’appui-tête. Je suis résolu au mutisme. Je reconnais deux juifs aperçus le matin rue Greffulhe ».
Extrait du Journal de Georges Horan-Koiransky, 11 juillet 1942, « Nuit au dépôt de la préfecture de Police ».
  
« Je transcrirai tout ce que je verrai. Nous dresserons le réquisitoire de cette inhumanité monstrueuse, de cette honte ineffaçable (…) Je croque, je fais des portraits et demande du papier en échange. N’importe lequel. Je peine, tant pis, je mendie du papier, je note avec prudence, dans les chambres, dans la cour, dans les escaliers. (…) J’ai des complices spontanés. Un rideau humain se forme devant moi lorsque j’ai besoin de me cacher ».
Extrait du Journal de Georges Horan-Koiransky, 19 juillet 1942, sur « les internés solidaires ».

« Depuis plusieurs jours – je l’avais annoncé – des rafles monstrueuses ont eu lieu à Paris. Vingt mille juifs – dit-on – ont été internés. Le Palais des Sports, le Parc des Princes, Buffalo, les Tourelles sont pleins. Il y a une part de vérité dans cette information. Pour la première fois depuis des mois, les autobus parisiens de la [S].T.C.R.P. [société des transports en commun de la région parisienne] amènent au camp des Juifs. Il y en a combien ? Trois mille peut-être qui arrivent sans arrêt, fourbus, minables, éreintés. Les coups de sifflet des gendarmes se suivent ».
Extrait du Journal de Georges Horan-Koiransky, 16 juillet 1942.

« Fouille pour les arrivants d’hier. Pardonnez-moi mes mensonges, pauvres gens. Ce n’est pas moi l’Ogre. Je me suis levé tard. Je dessine un peu, comme on se jette à l’eau, sans savoir si c’est par hygiène ou pour se noyer. Le cœur n’y est pas. À onze heures quinze minutes, les Allemands arrivent. Contre-ordre. La déportation est suspendue. Les petits vieux se hâtent de regagner au plus vite leur pigeonnier ».
Extrait du Journal de Georges Horan-Koiransky, 12 février 1943.

« 16 avril 1943. J'écris ceci pour moi. Pour me libérer d'une obsession.
J'essayerai difficilement d'être objectif et m'appliquerai à n'être qu'un témoin, un œil attentif. Si la subjectivité ne veut point se soumettre, tant pis. [...] J'écris pour moi-même. Peut-être en donnerai-je une lecture, afin que personne ne m'interroge plus sur Drancy. Je suis intoxiqué de Drancy, saturé. Toutes ses images - j'en ai fait des centaines, peut-être un millier – me sont familières ; elles sont impressionnées dans ma pensée, et mes yeux les reconstituent. Je dors encore sous leur maléfique influence.
Je n'ai que ce moyen de leur échapper ; les fixer sur le papier. Elles s'useront.
Mais auparavant je dois leur donner un corps, une forme. Je ne suis malheureusement ni Callot ni Goya ni Picasso. Mais j'ai promis aux compagnons de retracer leur misère. C'est un devoir. De ces centaines de croquis, de silhouettes, je dois tirer une documentation vengeresse. [...]
Je dois dire pour ceux qui ne le peuvent.
Certaines affirmations déplairont parce que vraies. Je ne dresse pas un réquisitoire : il se dégagera lui-même. Je ne plaide pas une cause ; d'autres le feront. J'ai vu fort peu de noblesse ; mais énormément de laideur, de bassesse et d'horreur. Quoique je fasse je ne saurai jamais dépeindre l'épouvante des nuits précédant les déportations : les hurlements désespérés des femmes, les lamentations, les pleurs, les gémissements des enfants et des bébés.
Je suis tellement inférieur à la tâche à accomplir. Dussé-je revivre péniblement en ma chair, en mon esprit, en mon cœur les tourments qui ont cessé provisoirement pour moi, que je dois l'entreprendre.
Et que mes compagnons et les autres me pardonnent si je ne réalise que partiellement ce travail épouvantable ».


Extrait du Journal de Georges Horan-Koiransky, 16 avril 1943.

Du 17 septembre 2017 au 15 avril 2018
Au Mémorial de la Shoah, Drancy
110-112 avenue Jean-Jaurès. 93700 Drancy
Tél. : 01 42 77 44 72
Tous les jours, sauf le vendredi et le samedi, de 10 h à 18 h

Visuels :
Carnet de dessin de Georges Horan-Koiransky
© Coll. part. / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

Photographie militaire, 1917, Georges est au centre, sous la flèche
© Collection particulière / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

« Première arrivée des enfants en gare du Bourget-Drancy, sans parents ni secours »
© Mémorial de la Shoah

« Vue extérieure du camp de Drancy, lugubre et sordide. »
© Mémorial de la Shoah

« Délivré définitif. Heureux celui qui est mort avant d’avoir subi la déportation et le four crématoire » © Mémorial de la Shoah

« Plus de 120 000 Juifs sont déportés »
© Mémorial de la Shoah

« Quatre heures du matin »
© Mémorial de la Shoah

« Affinités »
© Mémorial de la Shoah

Fausse carte d’identité de Georges Koiransky réalisée par lui-même après sa libération du camp de Drancy © Collection particulière / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

« Douches. Quelques minutes agréables malgré la compression et l’incommodité »
© Mémorial de la Shoah

« Vue intérieure »
© Mémorial de la Shoah

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Les citations sont extraites du dossier de presse.

samedi 3 mars 2018

« Le cœur en dehors » par Samuel Benchetrit



Samuel Benchetrit est un dramaturge, acteur, metteur en scène, cinéaste et romancier français. En 2009, son roman "Le Cœur en dehors" a été distingué par le Prix populiste 2009. Il est l'un des invités de l'émission On n'est pas couché ce 3 mars 2018 sur France 2. Il y présentera son film Chien, avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners et Vanessa Paradis. 


Charles, dit Charly, Traoré est le héros du roman Le coeur en dehors  de Samuel Benchetrit, dramaturge, cinéaste et romancier.

Agé de dix ans, Charly vit dans la tour Rimbaud d’une cité banlieusarde sans couleur, avec sa mère Joséphine, femme de ménage et cuisinière non déclarée d’un couple âgé, les Roland, et son frère aîné Henry, drogué.

Son père a quitté le foyer peu après sa naissance, emportant tous les papiers, dont la carte de séjour, de son épouse malienne.

Un matin, Charly voit sa mère embarquée par la police…

Respectant la règle des trois unités, l’auteur a construit son roman sur cette journée majeure dans la vie de ce collégien curieux, drôle, sensible, débrouillard, sprinter et épris de littérature, ainsi que sur l’amour partagé - amour pour sa mère, pour son frère, pour Mélanie Renoir -, et l’amitié avec ses copains Yéyé, Karim, Brice et Freddy.

Le « chemin autobiographique » que ce collégien parcourt en une journée, c’est une voie parsemée de révélations et où il déploie son adaptabilité.

Samuel Benchetrit a écrit ce livre à la première personne du singulier, en un style oral « enfantin », « banlieusard » et élaboré.

Avec humour et sensibilité, Charly raconte sa vie, livre ses réflexions, interpelle le lecteur, fait ses digressions et flashbacks. Et le lecteur rit, est ému, admiratif.

Samuel Benchetrit évoque la banlieue de bandes, transformée et égayée le jour de Carnaval, avec sa « ville fantôme » Saint-Ex, son magasin Carrefour, ses centres commerciaux désertés, des familles éclatées, isolées et solidaires, vivant dans un paysage urbain désolé où des tours portent le nom de poètes (tour Rimbaud), les écoles ceux de philosophes, la clinique celui d’un compositeur de musique (Chopin)...

Une France des sans-papiers pour laquelle l’auteur éprouve de la sympathie, de l’empathie.

 L'auteur a été invité de l'émission On n'est pas couché sur France 2 ce 21 mars 2015.

Samuel Benchetrit, Le cœur en dehors. Grasset, 2009. 297 pages. 18 euros. ISBN / EAN : 9782246731818
Un chapitre est en libre lecture.
 Commandé par L'Arche, cet article n'y a pas été publié.

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Cet article a été publié le 11 février 2013, puis le 21 mars 2015.

vendredi 2 mars 2018

Jacques Lipchitz (1891-1973), sculpteur et dessinateur


Jacques Lipchitz (1891-1973) est né dans la Russie tsariste. Cet artiste Juif arrive en France en 1909, puis s’installe aux Etats-Unis en 1940. Un sculpteur « cubiste et poétique », intéressé par le primitivisme et l’expressionnisme. Enterré à Jérusalem (Israël), cet artiste s’est engagé dans le combat contre le nazisme. Le Kunstsammlungen Chemnitz présente l'exposition Jacques Lipchitz, Bildhauer des 20. Jahrhunderts  (Jacques Lipchitz, sculpteur du 20ème siècle).


Chaim Jacob Lipchitz est né en 1891 dans une famille Juive bourgeoise de Druskieniki (actuelle Lituanie).

En 1909, il arrive à Paris. Là, il étudie à l’Ecole des Beaux-Arts et à l’Académie Julian jusqu’en 1913.

A La Ruche, dans le quartier Montparnasse, il fréquente les artistes de la future école de Paris – Amadeo Modigliani peint Le sculpteur Jacques Lipchitz et son épouse Berthe Lipchitz -, se lie d’amitié avec Picasso grâce à Diego Rivera, Juan Gris, Braque et l’architecte Le Corbusier.

En 1925, il s’installe à Boulogne-Billancourt, ville de la banlieue de Paris, avec son ami, le peintre Juan Gris (1887-1927) et travaille dans son atelier-maison conçu par Le Corbusier, au 9 allée des Pins, dans une maison attenante à celle du sculpteur Miestchaninoff.

En 1912, Jacques Lipchitz expose au Salon national des Beaux-arts et au Salon d’automne.

Une figure majeure de l’art moderne
Après une période « protocubiste » de 1913 à 1915, Jacques Lipchitz, guidé par son désir de « créer un art aussi pur que du cristal », s’oriente jusqu’en 1930 vers le cubisme, puis l’abstraction, mais « sans perdre le sens du sujet et de son humanité ».

Il participe à la revue L’Esprit Nouveau.


Sa première exposition individuelle en 1920 est présentée à la galerie de l’Effort Moderne de Léonce Rosenberg. La même année, ce sculpteur réalise trois portraits : de Jean Cocteau, Raymond Radiguet et Gertrude Stein.

En 1921, Coco Chanel lui commande des oeuvres – chenets - pour sa maison et son jardin. « Cette cheminée pour laquelle elle souhaitait les chenets était dans le style rococo Louis XV, tout en courbes décoratives, tout à fait le contraire de la sculpture cubiste géométrique que je faisais. Les chenets prirent la forme d’une femme allongée, avec sa jupe relevée, sur un canapé à dossier arrondi, un genre de sofa victorien. J’ai fait les deux éléments légèrement différents, mais les deux sont délibérément décoratifs, ouverts et agréables, même ironiques, si l’on pense à leur destination décorative », écrit Jacques Lipchitz dans My life in Sculpture, sur ses chenets curvilignes.

En 1922, Jacques Lipchitz réalise cinq bas-reliefs pour la Fondation Barnes à Merion (Pennsylvanie).

Il obtient la nationalité française en 1924.

Vers 1925, il « invente les transparents, réalisations légères à claire-voie, faites d'éléments de bois et de carton découpé, puis fondues en bronze à la cire perdue ».

Sa première grande rétrospective lui est consacrée par la galerie de la Renaissance de Jeanne Bucher à Paris en 1930. Une importante exposition lui est dédiée à la Brummer Gallery à New York.

Dès les années 1930, Jacques Lipchitz modèle dans la terre des figurines très expressives représentant des scènes mythologiques et bibliques, puis la maternité et des sujets plus lyriques qui s’enlacent.

A la fin de 1933, Jacques Lipchitz devirnt « un membre actif de l’Association des écrivains et des artistes révolutionnaires qui luttait pour que l’art sorte des galeries et accède aux places publiques ».

Hostile au fascisme, convaincu que la « liberté triompherait du Goliath de l’oopression », il crée la sculpture monumentale David et Goliath (1933) en marquant Goliath d’une svastika, croix gammée.

Commande du gouvernement français, Prométhée étranglant le vautour est placée au Pavillon des Sciences à l’Exposition universelle de 1937 à Paris. Dans le cadre de l’exposition Maitres d’aujourd’hui, une salle est dédiée à cet artiste au Petit Palais.

En 1941, grâce à Varian Fry, Jacques Lipchitz fuit, avec sa première femme la poétessse Berthe Kitrosser, la France pour les Etats-Unis dont il acquiert la nationalité en 1958.

Après un bref retour en France en 1946, il s'installe définitivement aux Etats-Unis, divorce et épouse en 1948 Yulla Halberstadt, sculpteur. Le couple vit à Hastings-on-Hudson et a une fille, Lolya Rachel. Cette paternité inspire à Jacques Lipchitz en particulier Mère et enfant (1949).

Débute une « seconde carrière, caractérisée par une création prolifique, avec une grande variété de thèmes et de styles ». Jacques Lipchitz expose régulièrement notamment à la Buchholz Gallery à New York. Une rétrospective itinérante présentée en 1954 au Museum of Modern Art (MoMA) de New York.

Après l’incendie de son atelier (1952), Jacques Lipchitz réalise des sculptures à la cire perdue par jour, les « semi-automatiques », puis il introduit dans ses sculptures des objets, des fleurs.

Une réfoua chéléma (guérison complète, en hébreu)
Atteint d’un cancer de l’estomac en 1958, il survit.

Après sa rencontre avec le rabbi de Loubavitch qui avait prédit sa guérison complète, il suit ses conseils : divorce religieusement de son ex-épouse, épouse religieusement la mère de son enfant, met ses téfilines pour ses prières matinales...

Il se rend pour la première fois en Israël en 1963. Il réalise des oeuvres pour le Centre médical Hadassah près de Jérusalem.

Vers la fin de sa vie, il crée La Vierge. Cette œuvre côtoie qui dans l'église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy (Savoie) des créations de Fernand Léger, Henri Matisse, Marc Chagall ou Georges Rouault.

Jacques Lipchitz meurt à Capri en mai 1973, et il est enterré à Jérusalem.

Les mythes revisités
Expositions et rétrospectives sont organisées par des institutions publiques culturelles - musée national d’Art moderne et jardins du Palais-Royal de Paris, musée des Beaux-Arts de Nancy (2005), espace muséal Bellevue à Biarritz (2009) - et galeries : Marlborough Gallery… Grâce au don de la Fondation Jacques et Yulla Lipchitz, le Centre Pompidou enrichit ses collections d’art moderne.

En 2005, les œuvres retenues par la Galerie Patrice Trigano - dix-huit bronzes et neuf dessins sur papier - ont pour thèmes la mythologie gréco-latine (« Thésée et le Minotaure », 1942) et le judaïsme, tel « Le Schocheth » (1962), celui qui sacrifie les poulets pendant la fête de Yom Kippour (Jour du Grand Pardon). Ressort le rôle préparatoire et essentiel du dessin – encre - dans l’élaboration de l’œuvre, le traitement du sujet : l’artiste y signifie la puissance, exprime la force qu’il imprimera à la matière, les reliefs qui joueront avec la lumière, le mouvement et l’élan qui animeront les êtres. Le musée des années 30 à Boulogne-Billancourt retient « Les années françaises, de 1910 à 1940 » de ce « sculpteur, cubiste et poétique ». A partir de 1926, Jacques Lipchitz « délaisse l’étude analytique du volume chère aux cubistes pour une expression plus spontanée par le contour, l’arabesque et les vides. C’est l’éclosion d’un style expressionniste qui s’affirmera jusqu’à son départ pour New-York en 1940 ». Ses « années françaises sont celles de la Découverte – modernité du cubisme -, puis de la Liberté (expressionnisme flamboyant et personnel de son style) ».

En 2011, lmaison Steinitz a exposé des sculptures et des dessins de Jacques Lipchitz. Dans « l’hôtel particulier du 77, faubourg Saint-Honoré à Paris décoré par des « œuvres d’art moderne et ses collections, des sculptures de la Renaissance, des objets d’Extrême-Orient, des cabinets et créations du XIXe siècle, ainsi que du mobilier français et européen des XVIIe et XVIIIe siècles », Benjamin Steinitz présente une trentaine d’œuvres, parfois monumentales, de Jacques Lipchitz, « très influencé par l’art primitif dont il fut l’un des premiers collectionneurs au XXe siècle ».

« Réalisés entre 1929 à 1972, ces sculptures et dessins puisent leur inspiration dans l’antiquité gréco-romaine et les scènes de l’Ancien Testament. C’est en revisitant les mythes anciens que Lipchitz exprime ses inquiétudes face à des époques tourmentées, face au déclin de l’Europe et à la montée du nazisme ».

Parallèlement, « les recherches dans le domaine de la psychanalyse ouvrent de nouvelles voies dans le domaine de la création ». Pour le psychiatre Carl Gustav Jung (1875-1961), « les mythes, les rêves et les psychopathologies en tant que reflets de l’inconscient ne pouvaient être compris qu’exprimés par la mythologie, l’art et la religion », écrit Kosme De Barañano, historien d’art.

Dans son travail mêlant « les iconographies de plusieurs religions », Lipchitz révèle « l’expression de ces archétypes prônés par Jung ».

Parmi les pièces phares exposées par la Maison Steinitz : les sculptures, maquettes et dessins de David et Goliath (1933), La dernière étreinte (1971), ou les variations autour de « Notre Arbre de Vie » (1972), « totem ayant à faire avec tout le développement du Judaïsme ». Ces œuvres, datant de la fin de la carrière de Jacques Lipchitz « symbolisent le combat de l’humanité pour créer un monde meilleur ».

Le 3 janvier 2018, de 14 h à 16 h, le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) proposa À l’atelier avec les artistes de Montparnasse (Soutine, Kikoïne, Modigliani…), un atelier pour les enfants 8-12 ans. "Claire raconte l’atelier de son père. C’est à travers ses yeux de petite fille que les enfants découvrent la vie bouillonnante des peintres de l’École de Paris. Après avoir observé des peintures dans le musée, les enfants composent un portrait ou une nature morte à l’aide d’une technique de gravure sur collage".



Du 29 octobre 2017 au 4 mars 2018
Au Kunstsammlungen Chemnitz
Hauptsitz
Theaterplatz 1
09111 Chemnitz
Tel.: +49 (0) 371 488 4424
Visuel :
Jacques Lipchitz, Working Model for the Monument for du Luth, 1963, 85,7 x 58,4 x 22,9 cm, Kunstsammlungen Chemnitz, Gift of the Jacques and Yulla Lipchitz Foundation, Inc., Foto: Kunstsammlungen Chemnitz/PUNCTUM/Bertram Kober © 2017 All Rights Reserved, Estate of Jacques Lipchitz

Jusqu’au 30 août 2011
77, rue Saint Honoré, 75008 PARIS
Tél. : (33) 1 56 43 66 70

Visuels : © DR
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Cet article a été publié en une version plus concise en 2005 par L'Arche, puis sur ce blog, dans une version plus développée, le 21 août 2011, puis le 2 janvier 2018.