Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 13 janvier 2026

« Berthe Weill. Galeriste d’avant-garde »

Le musée de l’Orangerie propose l’exposition « Berthe Weill. Galeriste d’avant-garde ». Surnommée 
la « petite mère Weill », Berthe Weill (1865-1951) était une marchande d'art juive française qui, dans sa galerie parisienne, a été la première à vendre des toiles de Pablo Picasso et d'Henri Matisse et à avoir organisé la seule exposition d’œuvres d’Amedeo Modigliani de son vivant. Dreyfusarde,  cette pionnière est la première galeriste à publier ses souvenirs : Pan ! Dans l’œil… (1933) Elle a subi les persécutions antisémites du régime de Vichy.

« L’atelier en plein air. Les Impressionnistes en Normandie
Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
Paul Rosenberg (1881-1959)
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange

« Elle connut l’enthousiasme et en fit la plus belle activité de son esprit. »
Christian Zervos, « Feuilles volantes », supplément de Cahiers d’art, n° 3, 1927

Effet du féminisme ou de la théorie du genre ? La place et le rôle des femmes dans le marché de l'Art, comme artiste, mécène ou marchande, constituent un champ d'étude en plein essor. Ainsi, en 2019, le musée des Arts décoratifs à Paris avait accueilli le colloque Marchandes d'art aux XIXe et XXIe siècles. « L’histoire met en lumière des trajectoires d’audacieuses qui s’imposèrent dans ce monde du marché de l’art, malgré la réprobation de la société. Par l’ampleur de leur présence et la diversité de leurs approches, ces marchandes d’art ont joué un rôle incontestable et décisif, qui demeure méconnu et très peu analysé dans sa spécificité. Les femmes ont pourtant considérablement contribué à la rénovation de la profession dépréciée de marchand d’art, muée au fil de la première moitié du XXe siècle en l’acception plus moderne de « galeriste ». Laboratoires des avant-gardes, les enseignes dirigées par des femmes œuvrèrent à la découverte d'artistes notoires, soutinrent des mouvements dès leur émergence, contribuèrent à la diffusion de la modernité, et doivent à ce titre retrouver la place qu'elles méritent dans l'Histoire de l'Art. »

WADDA (Women Art Dealers Digital Archives), "les archives numériques des femmes marchandes d'art, explorent le rôle des galeristes historiques en tant que forces puissantes sur des marchés autrefois de niche, devenus depuis des secteurs majeurs du monde de l'art... Véronique Chagnon-Burke et Caterina Toschi sont les cofondatrices de WADDA, site qui se concentre sur le marché de l'art mondial dominé par les femmes à partir de la fin du XIXe siècle." 

Parmi  ces marchandes d'art évoquées dans ce colloque 2019 : Florine Langweil (1861-1958), française juive, collectionneuse d'art, spécialiste d’art extrême-oriental (Chine, Japon, Corée). Hedwige Zak (née Jadwiga Kon, 1885-1943), veuve du peintre polonais Eugeniusz Zak a fondé en 1927-1928 de la Galerie Zak, "dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés à Paris". Elle a organisé la première exposition individuelle d'œuvres de Kandinsky. "Spoliée par le régime de Vichy durant l'Occupation nazie, elle a été arrêtée en 1943 avec son fils dans la région de Nice et déportée au camp de concentration de Birkenau où elle fut assassinée". 

Käte Perls (1889–1945) était "l'épouse de Hugo Perls, galeriste, juriste et philosophe. Lorsque son mari a ouvert la « Kunsthandlung Hugo Perls » à Berlin en 1923, Käte Perls était impliquée dans l’entreprise. Peu de temps avant qu’Hitler ne prenne le pouvoir, Hugo et Käte Perls, tous deux juifs, ont quitté l’Allemagne et se sont installés à Paris. Entre-temps divorcée, Käte Perls a ouvert sa propre galerie d’art, la Galerie Käte Perls, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés en 1932. La galerie était située dans une rue où s’étaient installées plusieurs galeries juives. Quelques maisons plus loin, dans la même rue, se trouvait la galerie de la marchande d’art juive Hedwige Zak. Y avait-il, au-delà des contacts de voisinage, des contacts d’affaires qui suggèrent des réseaux plus vastes entre les marchandes d’art (juives) ? Après que Käte Perls ait pu s’enfuir aux États-Unis via le sud de la France et Cuba en 1941, sa galerie, tout comme la galerie Zak, fut « aryanisée », c’est-à-dire remise à un administrateur « aryen». En 1942, cet administrateur a vendu le fonds de la galerie et l’a fermée la même année. Malgré son programme ambitieux, la galerie parisienne de la marchande d’art juive-allemande Käte Perls est tombée dans l’oubli et n’a pas encore fait l’objet de recherches approfondies - ce que cette contribution cherche à changer." 

"La galerie Weill a été créée en 1930 par Lucie Weill, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, près de l’école des Beaux-Arts. L’histoire de la galerie est étroitement associée aux éditions Au Pont des Arts créées par Lucie Weill. Le premier recueil a été consacré à Henri de Toulouse-Lautrec par Yvette Guilbert, édité en 1950. Durant la période 1930-1970, la galerie a été un des hauts lieux de l’art moderne en exposant Pablo Picasso, Jean Cocteau, Max Ernst, Jean Arp. Au milieu des années 1970, la galerie fut reprise par France Seligmann jusqu’aux années 1990, puis par Charles Zalber jusqu’à son décès en 2011. En avril 2012, Victor Mendès, anciennement à la direction de la galerie PHOTO4, devient directeur de la galerie LWS. Une nouvelle salle d’exposition est ouverte."

Last, not least, Esther Berthe Weill (1865-1951), née dans une famille alsacienne, à laquelle le musée de l'Orangerie rend hommage par une exposition.
"Cette vie, je me la suis faite ainsi parce que je l’aime ainsi ; j’y ai trouvé des déceptions, mais aussi, bien des joies et, en dépit de tout entrave, je me suis créé une occupation qui me plaît infiniment et je dois m’estimer heureuse… je le suis "
 Berthe WEILL, Pan!.. dans l’œil.. ou trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine, 1900-1930, Paris, 1933, p.110-111.

« En 1901, Berthe Weill ouvre une galerie au 25 rue Victor-Massé, dans le quartier de Pigalle, en bas de Montmartre. Elle choisit alors de s’engager aux côtés des artistes de son temps, en contribuant à leur révélation puis à l’essor de leur carrière, malgré des moyens limités. » 

« Parmi eux se trouvent certains des plus grands noms des avant-gardes : comme d’autres aujourd’hui moins en vue. Avec un enthousiasme et une persévérance sans faille, Berthe Weill a été leur portevoix et les a soutenus pendant près de quarante ans, jusqu’à la fermeture de sa galerie en 1941, dans le contexte de persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ». 

« De Picasso – qu’elle contribue à vendre avant même l’ouverture de sa galerie – à Modigliani – dont elle organise la seule exposition personnelle de son vivant en 1917 –, elle participe à la reconnaissance du fauvisme en présentant régulièrement des expositions du groupe d’élèves de Gustave Moreau réunis autour de Matisse. Elle s’engage, un peu plus tard, auprès des cubistes et des artistes de l’Ecole de Paris dans des batailles pour l’art, pour l’éclosion de ses nouvelles formes, mais aussi contre le conservatisme et la xénophobie. Malgré les vicissitudes, son intérêt pour les jeunes artistes n’a jamais faibli. C’est ainsi qu’elle a défendu farouchement des figures très différentes – dont certaines n’appartenant à aucun courant précis, – et leur a donné une chance en organisant une ou plusieurs expositions. Elle promeut, en outre, nombre d’artistes femmes, sans préjugés de sexe ou d’école, d’Émilie Charmy qu’elle expose régulièrement de 1905 à 1933 et qu’elle qualifie d’« amie d’une vie » à Jacqueline Marval, Hermine David ou encore Suzanne Valadon, alors très en vue ». 

« Dès 1933, Berthe Weill est la première marchande à publier ses souvenirs. Sous le titre Pan ! Dans l’œil… elle relate trois décennies d’activité, faisant œuvre de pionnière de ce genre littéraire qui, depuis, a fait de nombreux émules. »

« En 1951, à sa disparition, Berthe Weill a présenté plus de trois cents artistes aux quatre adresses successives de sa galerie : 25, rue Victor-Massé ; 50, rue Taitbout à partir de 1917 ; 46, rue Laffitte de 1920 à 1934, et enfin 27, rue Saint-Dominique. Elle a organisé des centaines d’expositions. »

« Bravant le sexisme, l’antisémitisme et les difficultés économiques, elle fait le pari de miser sur des talents encore inconnus plutôt que sur des figures déjà sur le devant de la scène artistique, écrivant alors un pan encore méconnu de l’histoire de l’art moderne. Pourtant, la trajectoire de Berthe Weill, un temps presque effacée, n’est aujourd’hui pas encore inscrite au firmament des marchands d’art où figurent en bonne place Daniel-Henry Kahnweiler, Paul et Léonce Rosenberg, Ambroise Vollard ou encore Paul Guillaume. Cette exposition se propose de lui rendre la place qui est la sienne. Organisée par le Grey Art Museum de New York, le musée des Beaux-arts de Montréal et le musée de l’Orangerie à Paris, elle a pour ambition de mettre en lumière un pan encore méconnu de l’histoire de l’art moderne. Berthe Weill s’est engagée des le début du siècle dans le soutien aux artistes sous le mot d’ordre de « Place aux jeunes » qui figurait sur sa carte publicitaire. »

« Cette exposition s’inscrit dans une série commencée en 2023 avec Modigliani, un peintre et son marchand, consacrée au marché de l’art. Elle a pour ambition de mieux faire connaître les mécanismes de l’émergence des avant-gardes du XXe siècle et les personnalités, souvent remarquables, qui en ont constitué les rouages. »

L’exposition « invite à découvrir la carrière et la personnalité de la marchande au travers de sa contribution à l’avènement de certains des moments de l’histoire de l’art. Elle retrace également la vie d’une galerie dans la première moitié du XXe siècle, dans sa continuité comme dans ses péripéties. Une centaine d’œuvres – peinture, sculptures, dessins, estampes et bijoux – évoquent les expositions que Berthe Weill organisa et le contexte historique dans lequel elles prirent place. Les œuvres de Pablo Picasso, Henri Matisse, Diego Rivera, Amedeo Modigliani côtoient ainsi, comme a la Galerie B. Weill, celles d’Emilie Charmy, de Pierre Girieud, d’Otto Freundlich, formant le portrait d’une femme et de son action. »

L’exposition « réunit un ensemble remarquable de 80 œuvres, réparties comme suit : 58 peintures, 15 œuvres graphiques et 7 sculptures et objets d’art. »

L’exposition « Berthe Weill. Galeriste d’avant-garde » est organisée par l’Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie - Valéry Giscard d’Estaing, le Musée des Beaux-arts de Montréal et le Grey Art Museum, New York University. Avec le généreux soutien d’American Friends Musées d’Orsay et de l’Orangerie, en particulier Denise Littlefield Sobel.

Le commissariat est assuré par Sophie Eloy, attachée de collection, chargée des Contrepoints contemporains au musée de l’Orangerie, Paris, Anne Grace, conservatrice art moderne au Musée des beaux-arts de Montréal, Lynn Gumpert, directrice du Grey Art Museum, New York University, New York, Marianne Le Morvan (commissaire invitée), fondatrice et directrice des archives reconstituées de Berthe Weill, commissaire d’expositions et chercheuse indépendante.

« Dans la continuité de la politique de transition écologique portée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, la scénographie de cette exposition a été élaborée en prenant en compte les enjeux environnementaux et s’inscrit notamment dans une démarche d’économie circulaire. Près de 90 % des cimaises proviennent du réemploi d’expositions antérieures, ainsi qu’environ 70 % du mobilier (trottoirs, socle, vitrines et assises). »

Co-édité par le musée d'Orsay et Flammarion, le catalogue Berthe Weill : galeriste de l'avant-garde parisienne accompagne l'exposition. « Place aux jeunes ! » Mais qui est donc Berthe Weill ? Pendant quarante ans, de 1901 à 1941, cette femme déterminée a présenté inlassablement dans sa galerie parisienne les œuvres de jeunes artistes à leurs débuts. Pionnière à bien des égards, elle vend les premières toiles de Picasso et de Matisse, organise la seule exposition d’Amedeo Modigliani de son vivant, défend les mouvements émergents comme le fauvisme ou le cubisme, et promeut le talent de nombreuses artistes comme Suzanne Valadon ou Émilie Charmy. Elle est pourtant restée en marge de l’histoire de l’art, éclipsée par Vollard, Rosenberg ou Kahnweiler, ses confrères masculins. Cet ouvrage entend réparer cette injustice en se penchant sur la saga de cette galeriste hors du commun, qui vouait une véritable passion à l’art et n’a jamais, malgré les obstacles, cessé de défendre la «jeune peinture».

« La peinture officielle se vend beaucoup mieux ; pourquoi donc s’entêter à vouloir s’occuper des «Jeunes” ? » Eh ! bien ! Non ! Dussé-je manger des briques, je ne veux pas faire une chose qui me déplaît ! Voila !...» 
Berthe Weill, Pan ! Dans l’œil..., 1933



PARCOURS DE L’EXPOSITION

LISTE DES SECTIONS DE L’EXPOSITION
Introduction
Section 1 • « Ma résolution est inébranlable ; on verra bien ! »
Section 2 • « J’achète les trois premiers Picasso… »
Section 3 • « Notre-Dame des Fauves »
Section 4 • « Le cubisme soulève les passions »
Section 5 • « Groupe des plus éclectiques »
Section 6 • « Mais qu’ont-ils donc, ces nus ?… »
Section 7 • « Je dois lutter seule »

Les titres des sections sont des citations extraites de Pan ! dans l’œil… (1933) de Berthe Weill sauf « Notre-Dame des Fauves » (Philippe Diolé, « Les livres », Beaux-arts, 21 avril 1933).

SECTION 1
« MA RÉSOLUTION EST INÉBRANLABLE ; ON VERRA BIEN ! »

« Berthe Weill, née à Paris dans une modeste famille juive d’origine alsacienne, est placée en apprentissage, très jeune, auprès de Salvator Mayer, un marchand d’estampes renommé. Elle apprend le commerce des œuvres d’art et rencontre les différents protagonistes de la scène artistique parisienne, ainsi que de nombreux collectionneurs. »

« Peu après le décès du marchand en 1897, elle s’associe avec l’un de ses frères pour ouvrir une boutique d’antiquités et d’objets d’art au 25 rue Victor-Massé dans le quartier de Pigalle, alors épicentre du Paris nocturne, des théâtres et des cabarets. Cette adresse se trouve en bas de Montmartre, où beaucoup d’artistes d’avant-garde vivent et travaillent, souvent dans une grande précarité. »

« Sans ressources financières importantes, elle diversifie les activités de sa galerie pour trouver des solutions économiques viables. Elle vend des livres et expose des gravures d’artistes aux côtés d’œuvres d’illustrateurs et de caricaturistes tels Jules Chéret et Théophile Steinlen. Berthe Weill commence à se faire une réputation. »

« Alors que l’antisémitisme virulent qui s’exprime en cette fin de XIXe siècle s’incarne dans l’affaire Dreyfus et divise dangereusement la France, elle prend position avec courage en exposant dans sa vitrine des volumes et dessins originaux en faveur d’Alfred Dreyfus et de son défenseur, Émile Zola. »


SECTION 2
« J’ACHÈTE LES TROIS PREMIERS PICASSO… »

« En 1900, Pere Mañach, le fils d’un industriel catalan, s’est établi comme marchand de tableaux à Paris, où il s’est donné pour mission de promouvoir la jeune génération espagnole. Il présente Berthe Weill à Picasso, tout juste arrivé de Barcelone. Elle lui achète des œuvres dès ce moment et repère dans l’atelier Le Moulin de la Galette, première grande toile que le peintre de vingt et un ans exécute à Paris. Elle la vend à un prix important pour un si jeune artiste. Ainsi, elle réalise une quinzaine de ventes, avant même l’exposition « Picasso » à la galerie d’Ambroise Vollard l’année suivante. »

« En 1901, à trente-six ans, Berthe Weill, aidée par Mañach, transforme sa boutique, qui devient la « Galerie B. Weill » – son prénom n’est pas mentionné, sans doute pour faire oublier qu’elle est une femme. Elle est officiellement inaugurée le 1er décembre avec une exposition qui rassemble diverses œuvres très récentes de Pierre Girieud, Fabien Launay et Raoul de Mathan, ainsi que des terres cuites d’Aristide Maillol, qui rencontre peu de temps après le succès pour ses bronzes. »

« Le critique d’art Gustave Coquiot signe une préface pour le premier catalogue. »

« Berthe Weill, qui repère les talents émergents dans le vivier des Salons, les encourage à se présenter à sa galerie, se constituant ainsi une notoriété de découvreuse. »

SECTION 3
« NOTRE-DAME DES FAUVES »
Philippe Diolé, « Les livres », Beaux-arts, 21 avril 1933

« La salle VII du Salon d’automne de 1905 réunit les peintures de Matisse, Maurice de Vlaminck, André Derain, Albert Marquet… Elle est jugée inacceptable par beaucoup de critiques en raison de l’affranchissement des règles de la perspective et du modelé au profit de l’exaltation des couleurs pures, ainsi que d’une simplification des formes. Un buste placé au centre de la pièce fait écrire au critique Louis Vauxcelles dans un article du Gil Blas : « C’est Donatello parmi les Fauves. » La formule plaît tellement que la salle est rebaptisée « la cage aux Fauves ».

« La Galerie B. Weill prend une part importante dans la reconnaissance de ce mouvement en présentant régulièrement des expositions collectives qui rassemblent les différentes configurations du groupe, constitué principalement d’élèves de Gustave Moreau, réunis autour de Matisse. Elle commence à s’intéresser à ces artistes des 1902, bien avant le scandale du Salon d’automne. »

« Lorsqu’il éclate en 1905, ces peintres ont déjà été montrés plusieurs fois chez la marchande. L’année précédente elle a demandé au critique Roger Marx, fervent défenseur de cette constellation, de préfacer le catalogue d’une exposition, œuvrant ainsi stratégiquement à créer le contexte nécessaire a leur reconnaissance. »

« De même, elle a contribué à faire de Raoul Dufy, dont elle est proche, un artiste fauve contre la volonté de Matisse, qui refuse de l’accueillir dans son cercle. Bientôt Weill constate que « les Fauves commencent à apprivoiser les amateurs ».

SECTION 4
« LE CUBISME SOULÈVE LES PASSIONS »
Berthe Weill, Pan ! Dans l’œil…, 1933

« Le rôle joué par Berthe Weill dans la présentation des œuvres cubistes a été presque oublié, bien qu’elle ait accompagné des leurs débuts beaucoup d’artistes dont la carrière a connu une période cubiste. Ainsi, elle montre les œuvres de Jean Metzinger, qu’il soit néo-impressionniste, fauve ou cubiste, de 1903 à 1922, avant une ultime exposition en 1939. Elle contribue dans l’ombre, comme elle l’avait fait quelques années plus tôt avec les Fauves, à façonner une avant-garde qui partage la leçon de Paul Cézanne sous des formes multiples. La galeriste insiste sur les difficultés à faire apprécier cette peinture, tandis que le débat qui fait rage depuis 1912 autour de la réception du cubisme exprime souvent, sous des dehors de querelle esthétique, des considérations à caractère nationaliste. Certains réclament, sans succès, que les cubistes soient interdits d’exposition dans les bâtiments publics ; d’autres souhaitent différencier « les indépendants français et les indépendants étrangers ». Lorsque le mouvement s’éparpille, peu avant la guerre, la marchande a montré presque tous les protagonistes du cubisme. Exceptionnellement, elle programme en 1914 trois expositions personnelles consacrées à Jean Metzinger, Alfréd Réth et Diego Rivera. »

« Elle porte ensuite ses efforts sur ceux que Georges Braque nommait les « cubisteurs » : André Lhote, Louis Marcoussis, Léopold Survage, Alice Halicka, Albert Gleizes ou encore Jean Metzinger. »

SECTION 5
« GROUPE DES PLUS ÉCLECTIQUES »

« Au début du xxe siècle, des artistes du monde entier viennent chercher l’émulation et la reconnaissance à Paris. Berthe Weill participe à cette effervescence en rendant visible des talents qui cherchent à échapper aux discriminations ainsi qu’aux difficultés économiques. Ils sont natifs de partout en Europe, des confins de l’Empire russe, de Norvège, de Pologne, d’Espagne, d’Italie ou de Grèce jusqu’à l’Empire austro-hongrois, ou même les États-Unis. Sa curiosité la conduit à donner leur chance à des artistes, ne suivant aucun dogme, mais plutôt son instinct, son œil et ses sympathies. Elle adopte une position engagée en participant, exposition après exposition, à la lutte contre certains défenseurs d’un bon goût français aux résonances xénophobes et antisémites. »

« Si le nom de Berthe Weill est étroitement associé aux avant-gardes de la première moitié du XXe siècle, elle s’intéresse également à des personnalités n’appartenant à aucun courant précis. L’attention qu’elle porte aux jeunes artistes ne faillit jamais, malgré les vicissitudes, et c’est ainsi qu’elle encourage, en organisant une ou plusieurs expositions, des figures aujourd’hui dans l’ombre ou parfois tombées dans l’oubli. La galeriste insiste sur les difficultés à faire apprécier cette peinture, tandis que le débat qui fait rage depuis 1912 autour de la réception du cubisme exprime souvent, sous des dehors de querelle esthétique, des considérations à caractère nationaliste. »

SECTION 6
« MAIS QU’ONT-ILS DONC, CES NUS ?… »

« Esprit inventif, audacieux et original, Weill suit courageusement son instinct sans fléchir devant les préjugés et les ressources financières des autres marchands d’art, souvent plus importantes que les siennes. Ainsi, en 1917, elle inaugure, à l’instigation du poète d’origine polonaise Léopold Zborowski, la seule exposition personnelle consacrée à Modigliani organisée de son vivant. L’écrivain Blaise Cendrars, fervent admirateur du peintre, préface le catalogue avec un rapide poème intitulé « Sur un portrait de Modigliani ». Le 3 décembre 1917, trente-deux œuvres, surtout des peintures, sont dévoilées rue Taitbout, où la galerie a déménagé au cours de la même année. Quatre nus devenus emblématiques sont présentés. Leurs poils pubiens apparents déclenchent le scandale et le désordre, qui braquent le projecteur sur la Galerie B. Weill. Le commissaire du poste de police situé en face ordonne à la marchande d’« enlever toutes ces ordures ! », exerçant sa censure pour « outrage à la pudeur ». L’échec commercial de l’exposition est cuisant malgré les cinq œuvres achetées par Weill pour soutenir Modigliani, dont elle admire la peinture. Elle note dans Pan ! Dans l’œil… : « Nus somptueux, figures anguleuses, portraits savoureux. »

SECTION 7
« JE DOIS LUTTER SEULE »

« A la fin des années 1930, Berthe Weill choisit de montrer des artistes qu’elle n’a pas encore promus. Elle s’attache alors à des tenants de l’abstraction, proches du groupe « Cercle et Carré », puis de l’association « Abstraction-Création ». C’est ainsi qu’elle décide en 1939 d’exposer les œuvres d’Alfréd Réth ou celles d’Otto Freundlich dans la galerie qu’elle occupe, depuis 1934, rue Saint-Dominique, et qu’elle devra bientôt fermer en conséquence des mesures antisémites prises à partir de 1940. »

« Berthe Weill, qui ne publie plus de brochures après 1935, accompagne certains de ses cartons d’invitation de courtes pensées. »

« Sous l’Occupation, elle échappe à la déportation mais vit dans un grand dénuement. »

« En 1946, une vente aux enchères est organisée pour mettre fin à ses difficultés financières. Elle regroupe plus de quatre-vingts œuvres offertes par des amis de longue date, artistes et galeristes. Berthe Weill peut alors prendre sa retraite. »

« En 1951, à sa disparition, elle a défendu plus de trois cents artistes et organisé des centaines d’expositions aux quatre adresses successives de sa galerie : 25 rue Victor-Massé ; 50 rue Taitbout à partir de 1917 ; 46 rue Laffitte de 1920 à 1934, et enfin 27 rue Saint-Dominique. »

CHRONOLOGIE

« 1865
Berthe Weill naît à Paris au sein d’une famille juive modeste.

VERS 1880-1900
Elle entre en apprentissage auprès d’un marchand d’estampes et de tableaux. A sa mort, elle décide de s’installer à son compte. En 1897, elle ouvre une boutique d’antiquités et d’objets d’art au 25 rue Victor-Massé.

1901-1917
Weill montre un intérêt grandissant pour la peinture des jeunes artistes. Aidée par l’agent catalan Pere Mañach auquel elle s’associe quelques mois, Weill transforme son commerce. La Galerie B. Weill est inaugurée le 1er décembre 1901. En 1903, elle loue la boutique adjacente à la sienne pour s’agrandir, continuant les expositions de jeunes artistes grâce à la vente d’antiquités financièrement plus profitable.

1917-1920
La galeriste s’endette pour déménager son activité au 50 rue Taitbout, dans un grand espace vétuste qu’il faut rénover. Du 3 au 30 décembre 1917, elle présente la seule exposition monographique de Modigliani qui fit scandale de son vivant.
En 1920, la galerie déménage au 46 rue Laffitte dans un très grand espace avec un étage. La situation financière de Berthe Weill devient progressivement plus confortable.

1921-1926
Le rythme des expositions s’intensifie. La 100eme exposition a lieu du 14 au 18 février 1921, puis, en novembre, le premier Bulletin de la Galerie B. Weill est publié.
La première exposition collective autour d’un sujet, « La Fleur », est organisée en 1925 avec la participation de près de 70 artistes. Désormais, une exposition thématique différente a lieu chaque fin d’année. La Galerie B. Weill fête ses « noces d’argent » – vingt-cinq ans d’activité – le 28 décembre 1926.

1931-1933
Berthe Weill commence la rédaction de ses Mémoires peu avant de fêter, en décembre 1931, le « jubilé » des trente ans d’activité de sa galerie par un bal d’enfants et un bal costumé. A cette occasion, elle organise une exposition de près de 100 artistes qu’elle a présentés depuis ses débuts. Pan ! Dans l’œil…ou Trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine (1900-1930) est publié en 1933 chez l’éditeur et libraire Jacques Lipschütz. Quelques mois plus tard, Berthe Weill met en vente sa collection personnelle au salon Bollag, à Zurich, en Suisse.

1934-1940
La nouvelle Galerie B. Weill est inaugurée en 1934 au 27 rue Saint-Dominique.
Comme symbole de renouveau, Berthe Weill reprend la numérotation de ses Bulletins à partir du numéro 1. Faute de moyens, elle doit pourtant vite arrêter les publications de la galerie mais rédige, à partir de 1938, des textes « prophétiques » imprimés sur ses cartons d’invitation. La dernière exposition identifiée de la Galerie B. Weill a lieu du 20 mai au 2 juin 1940.

1941
Weill se fracture le col du fémur en janvier. D’abord hospitalisée à Paris, puis cloîtrée chez elle, elle n’est pas dénoncée. Elle a placé une amie à la tète de sa galerie afin de contourner la loi d’« aryanisation » obligeant les marchands juifs à cesser leur activité. A la fin de l’année la galerie est définitivement fermée.

1946-1951
La Société des amateurs d’art et des collectionneurs organise en 1946 une vente aux enchères publiques en faveur de la marchande en mauvaise santé et devenue très pauvre. En 1948, elle est décorée de la Légion d’honneur peu avant une exposition « Hommage à Berthe Weill » à l’Akadémia Duncan à Paris.

1951
Le 17 avril, Berthe Weill meurt à son domicile de la rue Saint-Dominique, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ses obsèques ont lieu au crématorium du Père-Lachaise. »

Quelques Œuvres commentées

PABLO PICASSO (1881-1973)
LA CHAMBRE BLEUE, 1901
« Dès 1900, Weill est la toute première marchande de Picasso, suivie par Vollard, qui organise, un an plus tard, une exposition couronnée de succès. Elle compte parmi les fideles lorsque, l’année suivante, elle est encore la première à révéler au public les nouvelles recherches du peintre, qualifiées par la suite de « période bleue », à laquelle appartient La Chambre bleue. Malgré un accueil remarqué, aucune de ces œuvres n’est vendue. »
EXPOSÉ EN 1902 A LA GALERIE B. WEILL
Pablo Picasso (1881-1973)
La Chambre bleue, 1901
Huile sur toile,
50,48 × 61,59 cm
Washington, D.C., The Phillips Collection, acquis en 1927
© Succession Picasso 2025

HENRI MATISSE (1869-1954)
PREMIÈRE NATURE MORTE ORANGE, 1899
« En avril 1902, je vends pour la première fois une peinture de Matisse » se souvient Berthe Weill dans ses Mémoires. Elle souligne quelques lignes plus loin les débuts difficiles de l’artiste : « Henri Matisse, clerc de notaire, lâche tout pour la peinture, à l’exemple de Gauguin. C’est très dur, n’est-ce pas, Matisse ? […] Natures mortes de qualité, figures qui me stupéfient ; j’en pris quelques-unes pour essayer d’y intéresser les gens ».
EXPOSÉ EN 1905 A LA GALERIE B. WEILL
Henri Matisse (1869-1954)
Première nature morte orange, 1899
Huile sur toile
56 × 73 cm
Paris, Centre Pompidou, musée national d’Art moderne / Centre de création industrielle, déposé au musée départemental
Matisse, Le Cateau-Cambrésis
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. GrandPalaisRmn / Bertrand Prévost

ÉMILIE CHARMY (1878-1974)
AUTOPORTRAIT, 1906-1907
« Impressionnée par les peintures d’Émilie Charmy au Salon des indépendants de 1905, Berthe Weill décide aussitôt de promouvoir son travail, louant l’indépendance d’une artiste qui ne fait partie « d’aucune chapelle ». Cette rencontre marque le début d’une amitié qui unit les deux femmes jusqu’à la disparition de la marchande. Elles s’épaulent et tissent des liens quasi familiaux. Weill présente les œuvres de l’artiste pendant près de trente ans au fil de 30 expositions. »
Émilie Charmy (1878-1974)
Autoportrait, 1906-1907
Huile sur toile
81 × 65 cm
Collection particuliere
© Adagp, Paris, 2025

PABLO PICASSO (1881-1973)
L’HÉTAÏRE [OU COURTISANE AU COLLIER DE GEMMES], 1901
« Très vite, la carrière de Picasso prend son envol. Il se focalise sur la vie parisienne, les lieux de divertissement, reflétant son désir d’être vu comme un observateur de la vie française moderne plutôt que comme un peintre espagnol. »
« Weill présente une première exposition en avril 1902 puis le montre à nouveau à des dates très rapprochées malgré l’absence de vente, alors que Mañach retourne en Espagne et que leur association « prend fin. èes 1904, l’intérêt des collectionneurs pour Picasso est très vif. »
EXPOSÉ EN 1902 A LA GALERIE B. WEILL
Pablo Picasso (1881-1973)
Hétaïre, 1901
Huile sur toile, 65,3 × 54,5 cm
65,3 × 54,5 cm
Turin, Pinacoteca Agnelli
Photo © akg-images
© Succession Picasso 2025

RAOUL DE MATHAN (1874-1938)
LA COUR D’ASSISES, 1908
« Raoul de Mathan, marqué par le deuxième procès d’Alfred Dreyfus auquel il a assisté en 1899, capture dans ses œuvres la théâtralité des salles d’audience. En 1908 et 1909, il peint deux toiles aux formats comparables représentant la cour d’assises puis le cirque, suivant des compositions qui se font écho. Exposé des l’inauguration de la Galerie B.Weill en 1901, Mathan participe régulièrement, entre 1902 et 1920, à la programmation de Weill qui le qualifie de « peintre de talent ».
Raoul de Mathan (1874-1938)
La Cour d’assises, 1908
Huile sur toile
91,7 × 119,8 cm
Collection particulière

SUZANNE VALADON (1865-1938)
LA CHAMBRE BLEUE, 1923
« Lorsqu’en 1913 Weill commence à montrer les œuvres de Valadon, celle-ci dessine et peint depuis une vingtaine d’années. L’artiste noue une relation régulière et fructueuse avec la marchande, qui contribue au développement de sa renommée et constate « le succès ascendant de Valadon. Mais que de détracteurs ! Son grand mérite est, malgré tout, de ne faire aucune concession… Grande artiste ! ». Les deux femmes affirment leur détermination, leur audace et leur faculté à transgresser les règles. »
EXPOSÉ EN 1927 A LA GALERIE B. WEILL
Suzanne Valadon (1865-1938)
La Chambre bleue, 1923
Huile sur toile
90 × 116 cm
Paris, Centre Pompidou, musée national d’Art moderne / Centre de création industrielle,
déposé au musée des Beaux-Arts de Limoges
Photo © Centre Pompidou, MNAMCCI, Dist. GrandPalaisRmn / Jacqueline Hyde

ALICE HALICKA (1894-1975)
NATURE MORTE AU VIOLON, 1918
« Weill soutient l’œuvre d’Halicka en l’associant à quatre expositions collectives et en lui organisant en 1922 une présentation personnelle couronnée de succès. Dès 1914, Apollinaire la remarque, soulignant « des dons […] qui lui permettent de construire savamment son tableau sans déformer la composition ». Berthe Weill montre l’œuvre de la peintre dans sa galerie jusqu’en 1926, et leur relation illustre l’exemplarité de la marchande dans la promotion des artistes femmes. »
Alice Halicka (1894-1975)
Nature morte au violon, 1918
Huile sur toile, 92,5 x 73 cm
Bordeaux, musée des Beaux-Arts, achat, 1972
Mairie de Bordeaux, Musée des Beaux-Arts, Photo © F. Deval
© Adagp, Paris, 2025

OTTO FREUNDLICH (1878-1943)
COMPOSITION 1939, 1939
« Otto Freundlich est stigmatisé très tôt en Allemagne comme représentant de l’« art juif français ». Ses œuvres sont montrées à la Galerie B. Weill en 1939, cependant que l’une de ses sculptures a été choisie deux ans auparavant par les nazis pour illustrer la couverture du catalogue de l’exposition d’« Art dégénéré » à Munich. Freundlich est interné, dès 1939, dans un camp pour les « ressortissants de puissances ennemies », puis déporté au camp d’extermination de Sobibór, où il est assassiné le 9 mars 1943. »
Otto Freundlich (1878-1943)
Composition 1939, 1939,
Tempera sur papier marouflé sur toile
193 × 146 cm
Pontoise, musée Tavet-Delacour
Photo © musée d’art et d’histoire Pissarro-Pontoise

FRANCIS SMITH (1881-1961)
PROJET D’ENSEIGNES POUR LA GALERIE B. WEILL, VERS 1934
« Berthe Weill montre fréquemment et avec succès les œuvres de Francis Smith, peintre portugais installé à Paris, comme celles de son épouse la sculptrice Yvonne Smith‑Mortier. Ils se lient d’amitié. Les vacances passées par la marchande chez le peintre à Saint‑Tropez, en 1927 en témoignent. Il exécute des projets d’enseignes pour la Galerie B. Weill. Le critique Louis Vauxcelles loue « des merveilles de grâce, d’humour, de fraîcheur, d’éclat » dans Le Monde illustré du 30 mars 1935. »
Francis Smith (1881-1961)
Projet d’enseignes pour la Galerie B. Weill, vers 1930
Gouache sur papier
62 × 43 cm
Collection Pierre Brethes
Photo © Caroline Coyner Photography
© Adagp, Paris, 2025

CÉSAR ABÍN (1892-1974)
LEURS FIGURES. 56 PORTRAITS D’ARTISTES, CRITIQUES ET MARCHANDS D’AUJOURD’HUI, AVEC UN COMMENTAIRE DE MAURICE RAYNAL, 1932
« Seule marchande d’art figurant dans l’ensemble de portraits exécutés par César Abín, Berthe Weill est distinguée des autres effigies, presque toutes solitaires, par la compagnie d’André Derain, Pablo Picasso, Fernand Léger, Georges Braque et Marc Chagall. Ils l’entourent amicalement alors qu’elle est caricaturée en mère juive. Le dessinateur livre un instantané de la scène artistique parisienne, un an avant la publication des souvenirs de Berthe Weill, écrivant tous deux la même histoire avec chacun sa propre irrévérence. »
César Abín (1892-1974)
Portrait de Berthe Weill entourée de Derain, Chagall, Léger, Picasso et Braque, in « Leurs figures » 56 portraits d’artistes, critiques et marchands d’aujourd’hui avec un commentaire de Maurice Raynal
Imprimerie Muller et Cie., Paris-18e, 1932
Collection Marianne Le Morvan - Archives Berthe Weill (don d’Alain Endewelt).

ÉMILIE CHARMY (1878-1974)
PORTRAIT DE BERTHE WEILL, 1910-1914
« Charmy représente Weill, sa marchande et surtout son amie avec, comme attribut, une montre-bracelet, signe ostensible de son statut professionnel. Le portrait, peu conventionnel, évoque les chemins inhabituels qu’elles ont toutes deux choisis, poursuivant des carrières passionnément indépendantes. Weill a exposé Charmy 30 fois en vingt-huit ans. »
Émilie Charmy (1878-1974)
Portrait de Berthe Weill, 1910-1914
Huile sur toile
90 × 61 cm
Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, achat, legs Horsley et Annie Townsend
Photo © MBAM / Julie Ciot
© Adagp, Paris, 2025

MARC CHAGALL (1887-1985)
LA CAGE D’OISEAUX, 1925
« En 1924, Weill inaugure une première exposition d’ensemble qui aura désormais lieu chaque fin d’année autour d’un thème commun. Pour la première édition, le sujet retenu est « La Fleur » ; près de 70 artistes y participent. Ces manifestations remportent un vif succès qui remet « à chaque fois la trésorerie à flot ». Les sujets sont simples mais variés, allant des oiseaux à la couleur blanche, aux enfants ou à Paris. Le 30e anniversaire de sa galerie d’art est célébré par une exposition intitulée « La Joie de vivre »
VRAISEMBLABLEMENT PRÉSENTÉ A LA GALERIE B. WEILL EN 1929, DANS L’EXPOSITION « LES OISEAUX »

DIEGO RIVERA (1886-1957)
TOUR EIFFEL, 1914
« En 1914, lorsque Berthe Weill organise une exposition personnelle de peintures de Diego Rivera, elle affirme son intérêt pour le cubisme. C’est la première fois que l’œuvre du peintre mexicain arrivé en Europe en 1907 est montré à Paris. Guillaume Apollinaire le remarque et le juge « pas du tout négligeable ». Weill, au risque de minimiser le talent qu’elle promeut, rédige la préface du catalogue de l’exposition sous forme d’une tribune à l’humour acide sur le danger d’encenser trop tôt les artistes. »


Berthe Weill : galeriste de l'avant-garde parisienne. Musée d'Orsay et Flammarion, 2025. 208 pages. EAN : 9782080458889
 

Du 8 octobre 2025 au 26 janvier 2026
Niveau -2, espace d’exposition temporaire
Jardin des Tuileries (côté Seine). 75001 Paris
Tél. :  +33 (0)1 44 50 43 00
Du mercredi au lundi de 9 h à 18 h. Nocturne le vendredi jusqu’à 21 h
Fermé le mardi
Gratuit tous les premiers dimanches du mois sur réservation obligatoire.
Réservation recommandée sur www.billetterie.musee-orangerie.fr
Visuels :
Affiche
Émilie Charmy (1878-1974)
Portrait de Berthe Weill,
1910-1914 
Huile sur toile
90 × 61 cm 
Montréal, Musée des Beaux-arts de Montréal, achat, legs Horsley et Annie Townsend 
Photo © MBAM / Julie Ciot © Adagp, Paris, 2025

Musée de L'Orangerie 
Vue de salle « Berthe Weill. Galeriste d'avant-garde »
© Laetitia Striffling-Marcu 


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