Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 5 janvier 2026

Le trafic de drogues

Le trafic de stupéfiants, qui a généré 
250 milliards de dollars de revenus en 2021, selon l'Office des Nations unies contre la Drogue et le Crime, représente une menace grave pour la santé publique, pour l'avenir des sociétés - économie souterraine, chiffre d'affaires intégré dans le PIB des Etats membres de l'Union européenne (UE), ce qui semble contredire la lutte contre les narco-trafiquants - et pour la permanence des Etats. Arte diffusera le 6 janvier 2026 à 21 h 00 « Narcotrafic, le poison de l’Europe », série documentaire de Christophe Bouquet et Mathieu Verboud, puis à 23 h 50 « Guerre de la drogue en Équateur », documentaire de Marcel Mettelsiefen.

Une problématique Fondation Casip-Cojasor 
L’affaire Krief, exemple d’antisémitisme d’Etat (version courte)

Comment lutter contre une activité dangereuse et illégale quand on l'intègre dans le calcul du PIB (Produit intérieur brut) de son pays ? "Cannabis, cocaïne et autres drogues génèrent en France une activité économique estimée à 2,7 milliards d’euros par an, soit 0,1 point de produit intérieur brut, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. Pour la première fois, l’Insee a intégré le trafic de drogue, illégal, dans la mesure de la croissance, après des années de discussion. Espagne, Royaume-Uni, Italie… d’autres pays européens avaient déjà commencé en 2014 à adopter un nouveau calcul tenant compte de la consommation de stupéfiants et des activités liées à celle-ci, à la demande de l’office européen de statistique, Eurostat."

Selon l'Office des Nations unies contre la Drogue et le Crime, le trafic de stupéfiants, qui a généré 250 milliards de dollars de revenus en 2021, un montant "supérieur au PIB de la Finlande (236 milliards) ou de la Colombie (237 milliards)."

France
En 2020, selon l'INSEE, les Français ont dépensé 4,2 milliards d'euros "pour s'approvisionner en cannabis, cocaïne, héroïne, crack et autres produits stupéfiants. Faut-il y voir un effet des longs mois de confinement ? C'est en tout cas 7% de plus que l'année précédente et surtout deux fois davantage qu'en 2009 (2,08 milliards). À titre de comparaison, les achats de livres n'ont pesé, la même année, que 3,75 milliards dans le budget des consommateurs." 

"Entre les importateurs, les grossistes, les logisticiens, les revendeurs, les « choufs » (guetteurs) et les « nourrices » (ceux qui cachent les produits chez eux), le marché de la came fait travailler beaucoup de monde en France. « Un nombre important d'intermédiaires dont le trafic de drogue n'est pas la principale source de revenus », précise l'Insee qui évalue cette activité à 21 000 équivalents temps plein. Soit 0,08% de la main d'oeuvre nationale. Mais sans déclaration à l'Ursaff, ni charges sociales." Cette économie fait vivre des familles entières.

"En décembre 2020, le ministère de l'Intérieur dénombrait 4000 supermarchés de la drogue, ou « fours » dans le jargon des trafiquants. Un chiffre que l'action des forces de l'ordre aurait permis de ramener à 3275 un an plus tard. La géographie, elle, ne change pas. Les points de deal se concentrent dans les zones géographiques les plus densément peuplées, au cœur des métropoles régionales à forte population étudiante et dans les départements périurbains ou situés à proximité des grandes agglomérations. Et dans la France rurale aussi.

"Chaque jour en France, 900 000 personnes vapotent, fument ou mangent du cannabis, sous l'une ou l'autre de ses différentes formes - herbe, résine ou huile. Selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, le nombre d'amateurs réguliers, s'adonnant en moyenne dix fois par mois à leur goût du cannabis, s'élèverait à 1,4 million. Les adeptes plus occasionnels seraient, eux, 5 millions. Près de la moitié des adultes y aurait déjà goûté. Ces chiffres placent l'Hexagone en tête du classement européen des pays consommateurs, devant le Danemark et l'Espagne." 

Les effets sur la santé de la consommation de stupéfiants ou de substances psychoactives s'avèrent graves : désocialisation accompagnée de l'isolement, baisse de la vigilance et de la concentration, délinquance - vol, prostitution - pour payer sa dose, dégâts dans le cerveau, risques cardiaques ou d'accidents vasculaires cérébraux (AVC), troubles psychiatriques, dépendance, surdose parfois mortelle, accidents, dépression, cancers, infections liées à des injections, etc. 
Par ses dimensions supranationales, par son pouvoir financier, le trafic de stupéfiants menace les Etats : contrôle de ports et de parcelles du territoire national, corruption de politiciens, menaces de mort visant des dirigeants, etc. Un contre-Etat tentaculaire.

En France, les émeutes urbaines ou agressions djihadistes en 2005 et en 2023 ont montré l'influence des chefs du trafic de drogues : en 2005, des quartiers de Marseille avaient été épargnés par les "violences urbaines" car les trafiquants de drogue avaient imposé l'inaction aux "jeunes", et finalement, c'est l'accord entre islamistes et trafiquants de drogue qui avaient scellé la fin de ces "émeutes urbaines". En ce début d'été 2023, la France a connu une période d’émeutes moins longue, mais plus grave qu’en 2005. Et ce, sur fond de trafic de drogue aux proportions alarmantes, profilant une emprise croissante sur la société ou des éléments-clés de l'économie - ports (Le Havre) - et un entrisme, par la corruption ou la peur, dans les hautes sphères du pouvoir. 

Deux jours avant la fête de l’Aïd-el-Kébir, "des affiches ont été placardées dans tous les halls d’immeuble des Liserons, quartier de Nice : "Buffet - grillades - boissons - gâteaux - musique. Tout gratuit !" Sur cette invitation, qui circulait aussi sur Snapchat, aucun logo, aucun organisateur officiel". Dans cette cité délabrée de Nice-Est, gangrenée par la drogue, "les trafiquants [de drogue] deviennent les patrons: ils achètent la paix sociale". "Il y avait du monde, des familles et énormément d’enfants" dans la cour du 328, au milieu de cette cité qui n’en finit plus de tomber en ruines et en misère. Une impasse avec vue sur rien qui attend une opération de rénovation urbaine depuis une quinzaine d’années... Le trafic était important. Là, au-delà du deal, on monte d’un cran. C’est la première fois que les trafiquants organisent des festivités de l’Aïd chez nous, ils deviennent les patrons... Les dealers, qui venaient aussi des quartiers de Roquebillière et de Bon-Voyage, n’ont pas été embêtés par la police. C’était le lendemain de la mort de Nahel, les flics étaient occupés ailleurs", accuse une autre. "C’est l’impunité totale", renchérit un voisin. Il s’interroge : "Après l’organisation de l’Aïd, ce sera quoi? Des cadeaux de Noël comme les dealers le font à Marseille?" "Ils disent aux familles: il n’y a que nous pour pouvoir vous offrir ce que vous ne pouvez pas payer. Ils achètent la paix sociale, le silence et en même temps, ils recrutent: les petits grandissent avec ce modèle-là. Avant, l’argent de la drogue, c’était honteux; aujourd’hui, ça fait vivre des familles entières", poursuit une spécialiste des quartiers sensibles.

"Château gonflable, une piscine, un trampoline ou encore un jeu de pêche aux canards, le tout accompagné de musique, d’un stand boissons et de grillades... le vendredi 14 juillet, et le week-end, "toute une série d’animations attendait les 2 500 habitants de la cité du Dr Ayme" (2500 habitants), à Cavaillon. Les organisateurs ? Ni le maire Gérard Daudet (LR), ni le bailleur social, Grand Delta Habitat, mais "les trafiquants [de drogue qui] ont partagé [sur les réseaux sociaux] plusieurs vidéos pour mettre en avant leur action. Une manière de (re) marquer le territoire après de longs mois de pression policière".

Le 28 mars 2024, sur Sud Radio (30’), interviewé par André Bercoff, Jérémie Bréaud, maire de Bron, ville près de Lyon, a déclaré qu'à tort, le Président Emmanuel Macron que "l'Etat avait réglé" ce problème d'"émeutes ayant duré "quatre jours". Ce maire soulignait le rôle des trafiquants de drogue dans l'arrêt de ces émeutes : "A Marseille, dans les quartiers nord, les violences ont duré un jour. A Bron, c'était chaud le premier soir".  Il a insisté sur les allées entières dans des immeubles contrôlées par les trafiquants de drogue.

Enfin, les enfants qui ont affronté si violemment les policiers étaient-ils les "choufs", petites-mains du trafic de drogue ou guetteurs de points de deal, dont la minorité leur épargne des peines d'emprisonnement ? Ont-ils arrêté leurs violences sur ordres des trafiquants de drogue ? Cette accoutumance à défier et agresser des forces de l'ordre ne laisserait-elle pas craindre une violence accrue dans la barbarie, contre des policiers ou des civils, lors de prochains "émeutes urbaines" ou djihad ?

Penser que la légalisation de stupéfiants pourrait mettre un terme à ce trafic semble un leurre dangereux. Les trafiquants trouveront vraisemblablement des parades : stupéfiants rendus chimiquement plus inducteurs d'effets escomptés plus intenses, plus durables, ou plus puissants, techniques de marketing par le prix cassé, absence de bureaucratie et de taxes caractéristiques des Etats, etc. La création, par exemple à Paris près de la gare du Nord, de "salles sécurisées" destinées aux personnes dépendantes des stupéfiants a transformé les abords en lieux de délinquance, sales, encombrés de seringues et autres objets de drogués...

Le 7 mai 2024 a été déposé le rapport n° 588 (2023-2024) de la commission d'enquête sénatoriale dont le Président était Jérôme Durain et le rapporteur Étienne Blanc.

"Multiplication par cinq des saisies de cocaïne en l'espace de dix ans, apparition incessante de nouvelles drogues de synthèse produites directement sur le sol européen, maintien à des niveaux inquiétants de la consommation de cannabis et d'héroïne, pureté et nocivité sans cesse croissantes des produits, situation dramatique dans des collectivités d'outre-mer qui servent de zones de « rebond » comme dans les secteurs frappés par des « narchomicides » et dans les quartiers conquis par le deal : l'impact du narcotrafic sur la France a explosé au cours de la dernière décennie. Notre pays est désormais confronté à une véritable submersion ; le phénomène touche l'intégralité du territoire, y compris les villes moyennes et les zones rurales. En dépit de l'engagement sans faille des services répressifs et des juridictions, les stupéfiants, même les plus « durs », sont dorénavant disponibles tout le temps et partout, qu'ils soient vendus sur l'un des 3 000 points de deal que compte notre pays ou bien commandés sur des messageries cryptées et discrètement livrés à domicile."

"L'exemple de certains pays, non seulement en Amérique du Sud et en Afrique mais aussi au sein même de l'Union européenne, montre que le narcotrafic est une menace existentielle pour les institutions et pour la démocratie. À l'heure où ce marché criminel représente a minima un « chiffre d'affaires » annuel de 3,5 milliards d'euros en France, et alors que le trafic se densifie, s'ubérise et s'internationalise, le Sénat a mis au jour un constat inquiétant : non seulement notre pays est à un point de bascule, mais surtout la réponse de l'État manque de moyens, de lucidité et de cohérence."

"Le présent rapport, établi à l'issue de six mois de réflexion et de travail, propose un traitement de choc pour mettre fin à l'impunité dont jouissent les trafiquants du haut du spectre, pour enfin frapper les criminels au portefeuille, pour mettre la procédure pénale à la hauteur des enjeux et pour redonner à chaque acteur son juste rôle dans la lutte contre le narcotrafic."

Maroc
"Peuple abandonné et livré à lui-même, les Rifains émigrent comme leurs aînés. Ils s'installent dans le nord, puis suivent l'emploi vers les houillères de Wallonie, et enfin dans les Flandres et aux Pays-Bas en plein boom. Le Benelux et le Nord-Pas-de-Calais comptent en 2015 près d'1,5 millions de « Marocains », en majorité Rifains. Après 1968 et la chute de la French Connection, les chimistes corses passés dans le Rif transforment le chanvre en pâte base pour l'exportation. La commercialisation du haschisch suit l'émigration rifaine, ouvrant les portes des marchés européens en Espagne, en France et au Benelux. Avec Anvers, la Belgique devient une plaque tournante. Le commerce et le trafic de drogue deviennent inséparables, et ces activités pallient les licenciements qui frappent en masse mineurs, sidérurgistes et salariés du textile. Les Rifains se concentrent dans des quartiers qui s'homogénéisent à Roubaix, Tourcoing, Bruxelles-Molenbeek, Rotterdam, Liège… Une partie de cette jeunesse belge frappée par le chômage et la crise se tourne vers le fondamentalisme religieux, alors que la police belge n'a aucune expérience en la matière, à l'inverse de la police française plus expérimentée, et qui laisse travailler les services marocains auprès de leurs ouailles. Austérité ancestrale et culture insulaire, hostilité viscérale au régime marocain et à son islam, rejet de l'Etat qui rappelle la Sicile, liberté religieuse à tous vents, réseaux mafieux structurés par 40 ans de business (10 milliards de $ de chiffre d'affaires annuel) au profit des mafias du Rif et de leurs obligés, du Maroc au Benelux, liberté de mouvement depuis Schengen, absence de surveillance policière efficace, antécédents historiques désastreux, ressentiment, culture de la violence dans un univers hostile, chômage de masse… la base arrière de Molenbeek a une très longue histoire. Pour la première fois, il va peut être falloir poser la question de l'économie de la drogue", a écrit Pierre Vermeren, Normalien et agrégé d'histoire, professeur, spécialiste de l'histoire du Maghreb contemporain à l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre du laboratoire IMAF (Institut des mondes africains), dans Le Figaro (2 décembre 2015).

Le Maroc a été classé "premier producteur mondial de résine de cannabis (haschich) par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) dans son rapport 2020. Bien supérieurs aux estimations de ce rapport – 47 500 hectares en 2018 –, les chiffres officiels dévoilés cette semaine à Rabat font état de « 55 000 hectares cultivés en 2019 ». 

Depuis quelques années, le Maroc s'est engagé dans la culture légale du cannabis à visée médicale.

Bolivie
En Bolivie, dont il acquiert la nationalité, Klaus Barbie avait pris le nom de « Klaus Altmann ». Directeur d’une entreprise d’exploitation de bois, Barbie dirigea une compagnie maritime (1966-1971) et effectua le trafic de drogues et d’armes pour des dictatures militaires sud-américaines.

« Narcotrafic, le poison de l’Europe »
Arte diffusera dès le 6 janvier 2026 à 21 h 00 « Narcotrafic, le poison de l’Europe », série documentaire de Christophe Bouquet et Mathieu Verboud.

« Dix ans avant la France ou la Suède, les Pays-Bas ont dû faire face à une criminalité ultraviolente organisée autour de la cocaïne latino-américaine. En retraçant l'histoire de ce narcotrafic  d'un type nouveau, cette captivante enquête  montre combien l'ultralibéralisme contemporain lui permet de prospérer »

1ère partie : « La richesse d’une nation »
« Partant du "maxi procès" qui, de 2019 à 2024, en a révélé les contours inédits, ce premier volet remonte à la source : l'ascension, dès le XVIe siècle, d'un petit royaume champion du commerce international, qui va miser sur l'opium… »

« Pendant des siècles, les Pays-Bas ont bâti leur prospérité sur la maîtrise des océans, la conquête coloniale et un capitalisme fondé sur le commerce mondial. Mais derrière les façades des splendides demeures bordant les canaux d’Amsterdam se cache une histoire oubliée : celle d’un pays pionnier du trafic de drogue. »

« Des fumeries coloniales au haschich marocain en passant par les drogues de synthèse, ce premier épisode révèle comment l’histoire économique néerlandaise a créé une zone grise entre légalité et criminalité. Une zone qui va ouvrir la voie à des organisations criminelles capables d’une violence encore inconnue en Europe. »



« Au début du XXIe siècle, une nouvelle génération, issue pour une bonne part des quartiers populaires, s’intéresse à la nouvelle drogue du moment : la cocaïne. Une nébuleuse criminelle va bientôt faire les gros titres, la mal nommée "Mocro Maffia"… »

« Au travers de cette histoire néerlandaise méconnue en France, Christophe Bouquet et Mathieu Verboud montrent comment l'afflux de cocaïne en Europe a donné naissance à une criminalité d'un nouveau type, ultraviolente et plus désorganisée qu'organisée, dont le terme de mafia occulte la réalité. »

« Si la ville de Marseille en est devenue la victime française la plus visible, son territoire mouvant s'avère mondial. »

« Car à l'instar du capitalisme débridé qui cherche à imposer aux États son refus de toute régulation, et dont il se révèle un reflet parmi d'autres, ce narcotrafic 2.0 prospère sur les zones grises d'une économie où flux légaux et illégaux s'interpénètrent toujours davantage. »

« Après Mafia et République, Histoire du trafic de drogue et Mafia et banques, cette nouvelle enquête captivante et dense, tissée d'entretiens, d'images d'archives et de prises de vues inédites, alerte sur l'urgence à agir tout en dévoilant les racines et les conséquences mortifères du phénomène. »

« Forts de plus de dix ans de patientes recherches, leurs interlocuteurs – chercheurs, journalistes, policiers, magistrats ou douaniers – disposent en effet d'une longueur d'avance pour en mesurer le danger sur nos démocraties. »

2e partie : « La faiblesse des États  »
« Ce second volet retrace la patiente enquête des polices européennes pour frapper le narcotrafic à sa tête. Une victoire temporaire, puisqu'il s'est reconstitué aussitôt, ailleurs et avec d'autres… »

« Après la chute des cartels de Medellín, puis de Cali, dans les années 1990, une nébuleuse de narcotrafiquants reconstitue sa chaîne de production en se tournant vers l'Europe. Le gigantesque port de Rotterdam, par où transitent toutes les marchandises en provenance d'Amérique latine à destination du nord du continent, est la porte d'entrée idéale. »

« Au tournant des années 2000, des gangs de rue néerlandais s’associent aux Colombiens pour bâtir peu à peu leur empire, amalgamant parfois les réseaux plus anciens du trafic de cannabis, ancrés notamment dans le Rif marocain. »

« Apparu dans les années 2010, le terme commode de "Mocro maffia" va longtemps occulter le caractère inédit de la vague de violence qui frappe de plein fouet le royaume. »

« Porté par une demande explosive et une rentabilité délirante, le trafic de cocaïne apparaît au grand jour : assassinats, mitraillages, menaces contre l’État. Dépassés, les gouvernements organisent la riposte. »

« Dans le plus grand secret, les polices européennes infiltrent les réseaux de communications cryptées des criminels. L’un des plus gros coups de filet de l’histoire va donner lieu de 2019 à 2024 au spectaculaire procès Marengo, en marge duquel un magistrat et deux journalistes sont assassinés. »

« Des dizaines de milliers de trafiquants, dont le très discret Ridouan Taghi, donneur d'ordres longtemps insoupçonné arrêté à Dubaï, sont envoyés derrière les barreaux. Mais, à la stupeur générale, les réseaux se reconstituent presque à l’identique, ailleurs et avec d'autres… »


« À la lumière du combat pionnier mené pendant dix ans aux Pays-Bas, Christophe Bouquet, réalisateur et coauteur avec Mathieu Verboud du documentaire en deux parties Narcotrafic, le poison de l'Europe, appelle à un sursaut. Propos recueillis par Irène Berelowitch. » 

« Pourquoi dites-vous dans ce film que la "Mocro Maffia", qui a fait les gros titres et mis les autorités sur les dents aux Pays-Bas à partir de 2014, n'existe pas vraiment ? 
Christophe Bouquet : Le nouveau type de criminalité lié au trafic de cocaïne, qui touche les Pays-Bas depuis plus de dix ans, et aujourd'hui le reste de l'Europe, ne correspond pas aux schémas de lecture européens. Cette méprise à la fois policière, judiciaire et médiatique a contribué à occulter sa véritable nature. Le terme suggère une organisation verticale, comme les mafias à l'italienne. Or il n'existe pas de réseau pyramidal, pas de pieuvre, mais une fragmentation du narcotrafic, avec la multiplication des acteurs et des réseaux. Cette prétendue "Mocro Maffia" recouvrait en fait plusieurs strates de groupements criminels structurés autour des ports de Rotterdam et, dans une moindre mesure, d'Anvers, liant entre eux des gangs de rue, des réseaux mondialisés et des cartels de production en Amérique latine. Entre tous ces groupes, même quand ils sont petits, la porosité est grande, à l'échelle du continent et bien au-delà. L'image répandue de têtes pensantes en télétravail qui mènent grand train et gèrent leurs affaires par téléphone crypté depuis Dubaï ou une cellule de prison, elle, relève de la réalité. Mais la plupart de ces acteurs fonctionnent par opportunité : je fais affaire avec toi pour écouler un stock ; le lendemain, je peux te tuer. 

En est-il de même de la DZ Mafia, clan dominant dans la violence ascendante qui frappe Marseille ?  
Je n'ai pas de connaissance particulière sur ce groupe. Ce nom, il se l'est donné lui-même, pour s'approprier à la fois une origine, l'Algérie, et l'imaginaire lié au mot "mafia" : l'organisation occulte qui contrôle le territoire par la peur et les faveurs.
Si le modèle néerlandais se reproduit à Marseille, au Havre et ailleurs, c'est aussi parce que les mesures de sécurité prises à Rotterdam et à Anvers ont redirigé le trafic vers des ports moins surveillés – mais à une échelle bien moindre, car à Rotterdam, plus de 30 000 conteneurs sont déchargés chaque jour sur une centaine de kilomètres de quais. Malheureusement, la France répète aussi les erreurs commises dix ans plus tôt : en tapant sur les petites mains et les revendeurs, on stigmatise une population, comme aux Pays-Bas, l'immigration marocaine, au lieu de s'attaquer au fond du problème. Faire tomber les têtes ne suffit pas, comme nous le montrons, mais cela représente quand même un début de réponse.

Pourquoi est-ce insuffisant ? 
La cocaïne incarne aujourd'hui le rêve d'Adam Smith : un marché sans maître, tellement lucratif que la concurrence y est folle. Nerf principal du trafic, elle est aussi le business qui laisse les plus maigres perspectives de survie – on risque sa peau à brève échéance. La trajectoire d'un Ridouan Taghi [condamné en 2024 à la perpétuité et incarcéré aux Pays-Bas, NDLR], resté sous les radars pendant dix ans, demeure rarissime, car cela exige de maîtriser un modèle complexe : organiser le commerce tout en gérant la violence, la corruption d'agents à tous les échelons de l'État et le blanchiment. Sa chute a vu instantanément renaître d'autres réseaux, car la montée en puissance du narcotrafic est le reflet de notre capitalisme mondial débridé. Les paradis fiscaux restent le grand tabou. Tant qu'on ne s'attaque pas véritablement à ces poumons du système et à la circulation de l'argent sale, on ne résoudra rien. Un climat criminogène s'installe dans l'économie, contre lequel les États, Union européenne comprise, ne manifestent pas de réelle volonté politique. Au-delà des policiers ou des dockers menacés ou corrompus, ces facilitateurs plus légaux que constituent, par exemple, certains cabinets d'avocats fiscalistes au service des grandes fortunes œuvrent aussi, plus ou moins sciemment, pour le crime organisé.

En quoi l'expérience des Pays-Bas donne-t-elle néanmoins des pistes à suivre ? 
Premiers à avoir été touchés, en raison de leur histoire et de la place de Rotterdam dans le commerce maritime, les Pays-Bas ont aussi été les premiers à apporter une réponse adaptée, à la fois politique et judiciaire. Les chercheurs et journalistes que nous avons rencontrés ont contribué à identifier le phénomène. La collaboration des polices européennes a également franchi un cap décisif durant cette longue enquête. La puissance du narcotrafic a permis de mesurer combien nos démocraties sont fragiles, y compris dans nos institutions, et on a commencé à les renforcer. Mais il s'agit d'un travail sur le long terme, alors qu'on joue contre la montre : tous les jours, ici ou à l'autre bout du monde, des gens de plus en plus jeunes sont recrutés, tués, d’autres tombent dans la drogue. Une cargaison arrêtée dans un port peut entraîner le massacre d'une famille entière au Mexique, en Colombie ou au Chili. Il faudrait mettre beaucoup plus de moyens dans la police, dans la justice, dans l'éducation ; se poser la question, aussi, de la raison pour laquelle les gens prennent autant de cocaïne, par exemple dans le monde du travail. Le pouvoir croissant des narcotrafiquants s'enracine entre autres dans la souffrance sociale, et on ne peut continuer à l'ignorer, sauf à voir l'État de droit s'effriter rapidement. Au même titre que la crise climatique, ce combat relève désormais de l'urgence pour les pouvoirs publics et la société civile. »

« Guerre de la drogue en Équateur »
Arte diffusera le 6 janvier 2026 à 23 h 50 « Guerre de la drogue en Équateur », documentaire de Marcel Mettelsiefen.

« En Équateur, la recrudescence des crimes liés aux cartels de la drogue a entraîné une riposte militaire d'une sévérité accrue. En réaction à cette violence, un prêtre répond par la compassion, un gouverneur choisit la fermeté et une famille réclame justice pour son enfant tué. »

« Autrefois considéré comme l'un des pays les plus paisibles d'Amérique latine, l'Équateur compte aujourd'hui parmi les plus violents au monde. Situé entre la Colombie et le Pérou, il est devenu un lieu de transit stratégique pour le trafic de drogue : ses cartels et les gangs locaux contrôlent des régions entières, et le taux d'homicides a explosé. L’état d’urgence a été déclaré en 2024 par le Président Daniel Noboa, et l’armée s’est lancée dans une guerre sans compromis contre le crime organisé. »

« Le père Maeso, un prêtre espagnol installé dans le pays depuis vingt-cinq ans, aide la population endeuillée, la jeunesse désœuvrée et fait de la médiation entre les gangs dans les quartiers les plus pauvres de la province d'Esmeraldas. Il documente également les abus commis par l’armée et la police équatoriennes : selon lui, elles sont responsables d’autant de meurtres et de disparitions que les gangs. »

« Adoptant différents points de vue, la caméra immersive de Marcel Mettelsiefen suit aussi bien le colonel Javier Buitrón, ancien chef de la police et gouverneur d’Esmeraldas, qui patrouille les rues et organise des perquisitions musclées, que le combat de Ronny Medina et Silvana Lajones, les parents de Steven, 11 ans, arrêté par l’armée puis retrouvé mort, qui cherchent désespérément à obtenir justice dans un système qui préfère enterrer la vérité. »

« Un documentaire choc, portrait d'un pays en guerre contre lui-même, dont les populations les plus pauvres se retrouvent prises en étau entre deux fléaux. » 

« Histoire du trafic de drogue »
Arte rediffusa le 25 juillet 2023 à 20 h 50 « Histoire du trafic de drogue », série documentaire en trois épisodes de Julie Lerat et Christophe Bouquet. « Histoire du trafic de drogue. L'ère des Empires » ou « comment, deux siècles durant, les pouvoirs en place ont fait naître et prospérer le commerce des drogues, envers occulté du libre-échange. Cette fresque dense et limpide pulvérise les idées reçues en démontrant l'impasse de la prohibition. »

« Le trafic de drogue a été inventé par un État : le Royaume-Uni. Au XIXe siècle, la Couronne britannique inonde la Chine d’opium pour renflouer ses caisses. Dès l’origine, l’opium, l’héroïne et la cocaïne deviennent des instruments politiques entre les mains des États. Grandes puissances, industries pharmaceutiques, banques, services secrets : tous ont joué un rôle dans la propagation des drogues et dans l’émergence des plus grandes organisations criminelles. » 

« Héroïne, cocaïne : deux produits qui pèsent aussi lourd dans l'économie mondiale que le pétrole ou le textile. Ces drogues, responsables en deux siècles de millions de morts, ont d'abord été mises au point, le plus légalement du monde, par l'industrie pharmaceutique occidentale. »

« Les systèmes bancaires et les services secrets du monde entier, en lien plus ou moins direct avec des organisations criminelles, ont contribué à les faire prospérer. »

« La répression s'est toujours révélée impuissante à mettre fin à ce commerce immensément lucratif, car le secteur des stupéfiants, "le plus agile du monde", selon l'un des passionnants analystes interrogés ici, parvient à se recomposer chaque fois qu'un coup lui est porté. »

« Surtout, les masses d'argent qu'il injecte dans l'économie mondiale ne cessent de remodeler les frontières d'une légalité dont Julie Lerat et Christophe Bouquet (Mafia et République) démontrent la porosité. »

« Tissant avec fluidité archives, lumineux entretiens et, dans la dernière partie, séquences de reportages, leur brillant traité de géopolitique mondiale dévoile les logiques cachées du trafic de drogue et ses liens organiques avec les pouvoirs en place. »

« Des guerres de l’opium à la naissance de la French Connection, des années hippies à l’ascension des grands barons de la drogue, d’Escobar à El Chapo, des montagnes afghanes à Wall Street, se dessine une histoire politique des drogues. Une enquête historique et mondiale en trois épisodes. »


Épisode 1 - L’ère des empires 
« Le trafic de drogue n’a pas été inventé par une mafia mais par les puissances coloniales européennes, au XIXe siècle. » 
« Au XIXe siècle, l'opium se répand à travers toute l'Asie, sous l'impulsion des puissances coloniales.  Parallèlement, l'industrie pharmaceutique occidentale découvre des produits miraculeux : morphine, cocaïne, héroïne. L’addiction devient un fléau mondial et un enjeu de santé publique. »

« Quand la prohibition s’impose au début du XXe siècle, l'interdit donne naissance aux premiers réseaux du trafic de drogue qui voient le jour au Mexique, en France, en Chine… « Ces réseaux criminels ne vont pas cesser de chercher la protection des États. »

« Ils connaissent un essor sans précédent pendant la guerre froide : entre les mains des services secrets, les drogues deviennent un instrument géopolitique. »

« Les États-Unis en paient le prix : en 1970, un tiers des soldats américains au Vietnam est accro à l’héroïne. Un an plus tard, dans un discours historique, le président Richard Nixon lance la guerre contre les drogues. »


« Une nouvelle génération de trafiquants émerge à la fin des années 1970, qui recherche à la fois l’argent et le pouvoir ».

« La première puissance mondiale part en guerre contre les drogues : avec leur bras armé, la DEA (Drug Enforcement Administration), les États-Unis frappent fort. Mais le trafic de drogue ne meurt jamais. Il se déplace, se transforme, s’adapte. »
« Alors que la guerre contre les drogues progresse partout dans le monde, une nouvelle génération de trafiquants émerge à la fin des années 1970, plus puissante que jamais. Ces criminels ne sont pas seulement avides d’argent, mais aussi de pouvoir. »

« Si Pablo Escobar est le plus emblématique de tous, Toto Riina en Sicile, Khun Sa dans le Triangle d’or, Félix Gallardo au Mexique, ont bouleversé le destin de leur pays et fait exploser le trafic de drogue à l’échelle mondiale. »

« Ils défient les États, menacent les pouvoirs en place. Il faudra près de vingt ans pour que les États s’organisent et mettent au point des stratégies pour faire tomber les barons de la drogue ». 


Épisode 3 - Les territoires perdus 
« Les trafiquants de drogue d’aujourd’hui ont muté. L’invisibilité est leur arme... »

« Le trafic s’est morcelé, voire atomisé sous les coups portés par la police. Les trafiquants d’aujourd’hui ont muté. L’invisibilité est leur arme. Le trafic s’enracine dans des zones hors de contrôle : des zones de guerre, comme l’Afghanistan ou la Colombie, où une guerre d'intensité variable se poursuit. » 

« Au Mexique, les cartels ont fait entrer le pays entier dans une spirale de violence sans précédent, inqualifiable, et partout, le bilan de la guerre contre les drogues n’est qu’un décompte macabre. » 

« Faciles à fabriquer et à dissimuler, les drogues de synthèse, comme le fentanyl, cinquante fois plus puissant que l'héroïne, annoncent la quatrième génération à venir : celle des trafiquants en blouse blanche. » 

« Aux États-Unis, les antidouleurs prescrits sur ordonnance ont ouvert la voie aux opioïdes, qui sèment la mort à l'échelle d'une épidémie. »



« 1839-1860 Première et seconde guerres de l’opium.

1882 La France ouvre sa manufacture de l’opium à Saïgon, administrée par la Régie française de l’opium.

1914 Les États-Unis votent le Harrison narcotics tax act, qui limite l’usage de la morphine, de la cocaïne et de l’héroïne à la médecine. C’est le début de la prohibition des drogues. 

1951 La CIA soutient les soldats chinois du Kuomintang repliés en Birmanie, qui vont devenir en quelques années les principaux trafiquants en Asie du Sud-Est.

1970 Près d’un tiers des soldats de retour du Vietnam sont accros à l’héroïne. Aux États-Unis, on estime qu’il y a alors entre 400 000 et 500 000 héroïnomanes. En 1971, Richard Nixon lance la guerre contre les drogues.

1982 En Colombie, Pablo Escobar est élu député suppléant.

1985 Au Mexique, le meurtre de l’agent de la DEA (Drug Enforcement Administration), Enrique Camarena, révèle l’existence d’un puissant cartel de la drogue, le cartel de Guadalajara, dirigé par Félix Gallardo.

1986 Les enquêtes des juges de Palerme, emmenés par Giovanni Falcone, permettent l’ouverture du Maxi-procès. Mais le parrain de la Mafia, Toto Riina, devenu richissime grâce au trafic d’héroïne, est en cavale. 

1989 En Birmanie, dans l’État Shan, on estime que Khun Sa produit à lui seul 80 % de l’héroïne mondiale.

1996 Les Talibans prennent le pouvoir à Kaboul et vont faire de l’Afghanistan le premier producteur d’héroïne au monde.

1998 Signature du Plan Colombie, le plus grand plan de lutte anti-drogue jamais financé par les États-Unis.

2001 Au Mexique, le parti unique au pouvoir depuis 60 ans, le PRI, perd les élections. Aucune force politique ne contrôle plus les cartels. 

2006 Le président mexicain Felipe Calderon envoie l’armée combattre les cartels.

2018 Le fentanyl, un analgésique opioïde, tue pas loin de 32 000 personnes aux États-Unis ».

Entretien avec la coréalisatrice Julie Lerat

« Des guerres de l’opium du XIXe siècle à la sanglante dérive du Mexique des cartels, la série documentaire Histoire du trafic de drogue révèle en trois volets vertigineux la géopolitique occulte des stupéfiants. Entretien avec sa coréalisatrice, Julie Lerat. Propos recueillis par Irène Berelowitch ».

« Comment avez-vous approché ce très vaste sujet, puis mené l’enquête ?
Julie Lerat : Avec le coréalisateur Christophe Bouquet, nous sommes partis de sa série documentaire Mafia et République qui, déjà, racontait comment les services secrets français avaient utilisé le trafic de drogue pendant la guerre d’Indochine. Nous avons eu envie de continuer à suivre ce fil. Il nous est apparu très vite que cette histoire ne pouvait être que mondiale. Or nous nous sommes rendu compte qu’elle n’avait pas encore été racontée en tant que telle. Il existe un nombre restreint de spécialistes qui connaissent très précisément un aspect de la question ou une zone géographique. Nous avons construit cette fresque historique en lisant énormément puis en les interviewant longuement. Ce sujet, par nature occulte, suscite énormément de fantasmes et de rumeurs, une quasi-mythologie. Il a fallu creuser, vérifier, revérifier… Ça tenait parfois du puits sans fond.

Comment avez-vous déterminé les lieux de tournage ?
Le Mexique était incontournable, car c’est le pays qui paie aujourd’hui le plus lourd tribut au trafic de drogue. En l’espace de vingt-quatre heures à Acapulco, devenu l’un des points les plus chauds en la matière, nous avons vu les chefs de la police locale se faire arrêter et avons assisté à l’exhumation d’un corps. La Colombie, elle aussi, était un passage obligé : on ne peut pas raconter cette histoire sans aller à Medellín. Pour les zones de conflit, en Colombie et en Afghanistan, nous avons travaillé avec des journalistes de confiance, qui ont une très bonne connaissance du terrain. Nous avons fait un passage dans le Triangle d’or, entre la Birmanie et la Thaïlande, mais nous avons aussi puisé dans les archives extraordinaires tournées dans les années 1960 et 1970 par le journaliste britannique Adrian Cowell dans l’intimité de Khun Sa, l’un des quatre “barons”[avec le Colombien Pablo Escobar, l’Italien Totò Riina et le Mexicain Félix Gallardo, NDLR] au centre du deuxième épisode.

Avez-vous découvert des faits inédits ?
Il n’y a pas de véritable «scoop», mais beaucoup d’épisodes historiques restés méconnus du grand public. Ce qui est inédit, c’est leur synthèse : nous ramassons deux cents ans d’histoire en nous intéressant aux rapports entre les États, les drogues et les trafiquants, pour mettre en lumière des logiques qui vont bien plus loin que la simple corruption. Ce que nous avons essayé de montrer, c’est que les drogues sont un instrument de pouvoir, non seulement aux mains des trafiquants, mais aussi des dirigeants. Elles sont addictives, leur demande ne tarit jamais, et elles rapportent énormément d’argent. C’est une manne financière qui a servi bien des causes, en particulier des intérêts d’État.

Cela tient-il aussi à la prohibition ?
Oui, car l’interdit maximise le profit, et crée des zones grises. Cela a permis aux États de s’en servir de diverses manières. Au Mexique, le trafic a fait partie intégrante du système politique. Il a même constitué pendant des années l’un des socles du pouvoir, qui en a fait une manière de gouverner. En pleine guerre froide et au moment de la décolonisation, on a vu les services secrets français et américains encourager le trafic d’opium au Laos pour des buts politiques différents, mais en s’appuyant sur les mêmes tribus. Avec toujours un même effet boomerang : le trafic finit tôt ou tard par causer des ravages au sein même du pays qui a cherché à en tirer profit.

Vous montrez aussi que la politique répressive des États, officielle celle-là, n’a jamais fonctionné…
On ne peut pas interdire la circulation des drogues dans un système où l’on encourage celle de tous les autres biens. Le trafic va de pair avec le libre-échange. Mais pour les États, les drogues sont un enjeu de santé publique, et pour nos sociétés, c’est une question morale : on condamne l’addiction, le plaisir, et on stigmatise les consommateurs. On continue donc d’investir la quasi-totalité des ressources dans une répression inefficace, au détriment de la prévention. La question se réduit en général à une alternative entre interdiction et légalisation, alors que selon les cultures, selon les produits, il serait possible de réguler le commerce et l’usage des drogues. »

Article paru dans ARTE Magazine en février 2020 à l'occasion de la première diffusion de la série documentaire Histoire du trafic de drogue.

« Drogue, armes, argent Enquête sur le financement du terrorisme »
La chaine franco-allemande ARTEe diffusa le 25 juillet 2023 à 23 h 35 « Drogue, armes, argent Enquête sur le financement du terrorisme », documentaire allemand de Duki Dror (2022).

« Comment l'administration Obama a enterré une investigation sur le financement criminel du Hezbollah pour sauver un accord sur le nucléaire iranien. Avec des témoins de premier plan, une captivante enquête sur un cas d'école de realpolitik. »

« Afin de mener à bien les négociations sur le nucléaire iranien, qui aboutiront au médiatique accord de Vienne en 2015, l'objectif phare de sa politique étrangère, l'administration Obama n'a pas hésité à geler le projet "Cassandra", une vaste investigation portant sur le financement illicite du Hezbollah. »

« Tout commence en 2008 lorsque, dans une installation ultrasecrète de Virginie, l'agence américaine antidrogue (la DEA, Drug Enforcement Administration) s'emploie à mettre au jour les ressources criminelles qui alimentent les caisses du mouvement chiite basé au Liban et soutenu par l'Iran. »

« La DEA sait que l'organisation, pour poursuivre ses activités militaires et terroristes, se livre, à hauteur d'un milliard de dollars par an, au trafic de cocaïne et d'armes ainsi qu'au blanchiment d'argent à partir de la "région des trois frontières" (Argentine, Brésil et Paraguay). »

« À l'heure où le régime des mollahs tente d'exporter sa révolution et de s'implanter en Amérique du Sud, l'organisation devient ainsi l'un des plus importants cartels de la drogue au monde. »

« Six ans plus tard, avec l'aide d'agences de sécurité étrangères, la DEA est prête, preuves à l'appui, à arrêter les dirigeants de ces puissants réseaux narcoterroristes, ainsi qu'à saisir les comptes bancaires liés : une opération qui constituerait son plus grand succès depuis la capture du baron de la drogue Pablo Escobar deux décennies plus tôt. »

« Mais parce que l'enquête se rapproche dangereusement du premier cercle du pouvoir à Téhéran, que Washington cherche alors à ménager, y compris en se gardant d'intervenir directement dans la guerre en Syrie, l'agence, censurée, n'obtient pas l'autorisation de passer à l'action. »

« Avec un accès exclusif aux enquêteurs de la DEA, à des agents du Mossad, à des journalistes d'investigation comme à des hauts fonctionnaires du gouvernement américain, ce documentaire lève le voile sur les dessous, encore jamais racontés, d'un des dossiers géopolitiques les plus sensibles de l'époque : l'accord sur le nucléaire iranien. »

« Au fil du récit, jalonné d'attentats sanglants - depuis celui perpétré en 1994 à Buenos Aires par un kamikaze du Hezbollah et planifié par Téhéran - et d'assassinats de magistrats, le film remonte les réseaux du mouvement chiite jusqu'au commerce de voitures d'occasion en Afrique de l'Ouest, en même temps que le cours de l'histoire récente des relations entre l'Iran et les États-Unis. »

« Éclairée par des témoins de premier plan, qui détaillent leurs méthodes d'investigation, une édifiante immersion dans les coulisses de la realpolitik, où l'intérêt politique prime sur l'État de droit. »


"Décriminaliser la drogue, le modèle portugais"
« ARTE Regards » relate « Des histoires d’Européens. L’Europe dans sa diversité en reportages quotidiens : une plongée dans des réalités inédites, du lundi au vendredi à 13 heures et à tout moment sur le Net. »

Arte diffusa le 8 août 2023 à 13 h 00, dans le cadre d'ARTE Regards, "Décriminaliser la drogue, le modèle portugais" de Thomas Dandois. "Au Portugal, les drogués ne sont pas considérés comme des délinquants mais comme des malades qui doivent être soignés. En 2001, le pays a fait le choix de décriminaliser l'usage de toutes les drogues. Une décision qui a entrainé une baisse drastique du nombre de toxicomanes."
 
"Au Portugal, à la chute de la junte militaire en 1975, la drogue devient vite un enjeu de santé publique. Le pays découvre la liberté. Il découvre également la drogue, notamment l'héroïne qui fait des ravages pendant deux décennies. En 2000, le pays compte plus de 100.000 toxicomanes, soit 1% de la population. Toutes les classes sociales sont touchées."

"Le gouvernement adopte un changement radical dans son approche. La loi change. Lorsqu'une personne est interpelée elle est dirigée vers une "commission de dissuasion de la toxicomanie", composée de médecins, de conseillers juridiques et de travailleurs sociaux. On propose un accompagnement médical, social et psychologique personnalisé. Les patients montrant une réelle volonté de sortir de la dépendance peuvent se voir offrir un travail et même un logement pris en charge à 80% par l'État."


« Narcotrafic, le poison de l’Europe » de Christophe Bouquet et Mathieu Verboud 
France, 2025
Coproduction : ARTE France, Yami 2, Naoko Films, RTBF 
Sur Arte 
1ère partie (53 min) : les 6 janvier 2026 à 21 h 00, 26 janvier 2026 à 9 h 55
Visuel :
© YAMI2 - Leiden Université
© YAMI2
© YAMI2 - Matthijs Blonk
© YAMI2
2e partie (61 min) : le 6 janvier 2026 à 21 h 50, 26 janvier 2026 à 10 h 45
Sur arte.tv du 21/11/2025 au 05/04/2026
Visuels :
© YAMI2
© Ramon van Flymen - ANP MAG - ANP - AFP - YAMI2
© Yami 2


« Guerre de la drogue en Équateur » de Marcel Mettelsiefen 
Espagne, 2025, 52 mn
Production : Duskwater Films, Frontline, en association avec ZDF/ARTE
Sur Arte le 6 janvier 2026 à 23 h 50
Sur arte.tv du 06/01/2026 au 05/04/2026
Visuels : © Duskwater Films

« Histoire du trafic de drogue » de Julie Lerat et Christophe Bouquet
France, 2020, 3 X 52’
Coproduction : Arte France, Yami 2, Naoko Films, Umedia et Rtbf 
Visuels :
Champ de pavot
Pablo Escobar
© YAMI
Sur Arte :
1er épisode : les 25 juillet 2023 à 20 h 50, 05 août 2023 à 9 h 25
Visuels :
Gravure montrant des fumeurs d' opium en Indochine
Gravure colorisée du XIXème siècle montrant des fumeurs d' opium de la haute bourgeoisie
© YAMI
2e épisode : les 25 juillet 2023 à 21 h 45, 05 août 2023 à 10 h 20
Visuels :
Mc Coy et Khun Sa
Barons de la drogue au " maxi-procès"
Ville de Corleone en Italie
Opération de découverte d' un laboratoire
© YAMI
3e épisode : les 25 juillet 2023 à 22 h 40, 05 août 2023 à 11 h 15
Visuels :
Militaires à Acapulco
Paysan cultivant de la coca
Inspection d' une fosse en Colombie
© YAMI
Sur arte.tv du 23/06/2023 au 23/08/2023

Allemagne, 2022, 1 h 31
Sur Arte le 25 juillet 2023 à 23 h 35
Sur arte.tv du 24/07/2023 au 22/10/2023
Visuels :
© Getty Images
© Zygote Film/GBF
© Zygote Film/GBF/Getty Images
© Zygote Film/GBF

France, 2021, 33 min
Production : Memento
Sur Arte les 8 août 2023 à 13 h 00, 09 août 2023 à 4 h 05
Disponible du 07/03/2022 au 24/01/2026
Visuels : DR

samedi 3 janvier 2026

Pierre Soulages (1919-2022)

Pierre Soulages (1919-2022) était un peintre et graveur français. 
Son œuvre abstrait et prolifique explore le « noir-lumière » ou l’« outrenoir ».  Le Musée du Luxembourg propose l’exposition « Soulages, une autre lumière. Peintures sur papier » et le musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole « Pierre Soulages. La rencontre ».


« Devant un Outrenoir, qu’est-ce qu’on voit ? Il y a de la lumière réfléchie par le noir, donc déjà modifiée, transformée. Si elle était réfléchie par du vert, du bleu ou par un miroir, ce ne serait pas la même. On voit de la lumière qui provient du tableau vers celui qui regarde : ça, c’est ce qui se passe dans ma peinture, c’est le côté optique […]. Si la lumière change de place, ce n’est plus la même peinture que l’on voit ; et si le regardeur bouge, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’il voit. C’est une organisation, certes, qui reste la même mais qui s’efface ou qui apparaît plus évidente, c’est tout un ensemble de choses qui change, tandis que dans une peinture traditionnelle, il y a un point de vue. Dans mon cas, l’intériorité ne précède pas l’acte de peindre. Elle vient pendant. » Pierre Soulages

Pierre Soulages (1919-2022) était un peintre et graveur français. Son œuvre abstrait et prolifique - plus de 1 700 peintures sur toile, 600 peintures sur papier, 120 estampes (gravures, lithographies, sérigraphies) ainsi que les 104 vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques - explore le « noir-lumière » ou l’« outrenoir ». 

« Soulages, une autre lumière. Peintures sur papier »
Le Musée du Luxembourg propose l’exposition « Soulages, une autre lumière. Peintures sur papier ».

 « Pierre Soulages a toujours refusé d’établir une hiérarchie entre les différentes techniques qu’il utilise. »

« A côté des peintures sur toile, il est également l’auteur d’un ensemble considérable de peintures sur papier qu’il a mené, avec quelques interruptions tout au long de son parcours pictural, jusqu’au début des années 2000. D’une certaine façon, on peut dire que son oeuvre commence sur le papier avec, des 1946, des peintures aux traces larges et affirmées, réalisées au brou de noix, qui vont véritablement voir son oeuvre se distinguer des autres démarches abstraites de l’époque. »

« En 1948, alors qu’il vient a peine de commencer à exposer, il est invité à une manifestation itinérante sur la peinture abstraite française dans les musées allemands, en compagnie d’artistes beaucoup plus âgés. C’est une de ses peintures qui est choisie pour l’affiche et va contribuer à le faire connaître. »

« Privilégiant le brou de noix dans les premières années, Pierre Soulages reviendra souvent à cette matière qu’utilisent les ébénistes et dont il aime les qualités de transparence et d’opacité, de luminosité également en contraste avec le blanc du papier. » 

« Il emploiera aussi l’encre et la gouache pour des oeuvres dont les formats en général restreints ne cèdent en rien à la puissance formelle et a la diversité. »

« L’oeuvre sur papier de Pierre Soulages qui fut longtemps conservé par l’artiste, a été moins souvent montré que les peintures sur toile et rarement rassemblé dans des expositions à part entière. Il constitue pourtant un ensemble indispensable à la compréhension de sa peinture. »

Cette exposition « présente 130 œuvres dont plus d’une trentaine inédites. »

Le commissariat est assuré par Alfred Pacquement, Directeur honoraire du Musée national d’art moderne, Centre Pompidou. La chargée de recherche est Camille Morando, Responsable de la documentation des collections modernes au musée national d’art moderne, Centre Pompidou.

Produite par le GrandPalaisRmn, cette exposition a bénéficié du soutien exceptionnel du musée Soulages, Rodez.


« Pierre Soulages. La rencontre »
« En 2025, le musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole entama la célébration de son bicentenaire avec une exposition-événement dédiée à Pierre Soulages. Dès 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, l’artiste découvrait le musée Fabre et ses collections, alors qu’il préparait le professorat de dessin à l’école des beaux-arts de Montpellier. La portée de cette rencontre – « plus que tout autre, ce musée a compté pour moi » écrira le peintre – s’est matérialisée en 2005 à travers la donation par Pierre et Colette Soulages de vingt toiles accompagnées de dix dépôts, qui faisaient suite à deux expositions dédiées à l’artiste au sein du musée montpelliérain, en 1975 et 1999, ainsi qu’à l’achat de deux importants Outrenoirs datés de 1996. »

« C’est à l’occasion des vingt ans de cette donation que le musée Fabre a choisi d’honorer à nouveau l’oeuvre immense de Soulages, dans le cadre d’une exposition d’envergure se déployant sur trois niveaux et plus de 1 200 m2. Le titre, clin d’œil à l’un des tableaux iconiques du musée Fabre, réalisé en 1854 par Gustave Courbet, traduit la volonté d’évoquer, au fil du parcours, la rencontre de l’artiste avec l’histoire de l’art qui le précède, tout comme celle de son temps. »

« L’exposition réunit environ 120 toiles, œuvres sur papier, cuivres, bronzes et verres. Au fil du parcours, en regard des œuvres de Soulages, le visiteur découvre ainsi une sélection de toiles signées de grands noms de l’histoire de l’art qui le précède - comme Rembrandt, Zurbaran, Courbet, Cézanne, Van Gogh, Mondrian, Picasso -, autant que des rencontres significatives qui ont émaillé la vie de l’artiste – telles Hans Hartung, Anna-Eva Bergman, Pierrette Bloch ou encore Zao Wou-Ki. » 

« Afin de respecter l’esprit de la présentation que Soulages a lui-même conçue dans les salles qui lui sont consacrées au musée Fabre, l’exposition « Pierre Soulages. La Rencontre » ne suit pas une approche chronologique, mais au contraire une vision cyclique et non-linéaire, privilégiant les échos entre des œuvres d’époques différentes selon plusieurs grands thèmes. Au travers d’un parcours en six chapitres, l’exposition met en évidence les différents moments de la vie et carrière de Soulages jusqu’à sa mort en 2022, ainsi que le lien profond qui l’unissait avec le musée Fabre. L’exposition s’ouvre par deux œuvres inédites, réalisées durant les dernières années de vie de Soulages, en 2020 et 2021. »


Biographie de Pierre Soulages

« Pierre Soulages est né le 24 décembre 1919 a Rodez.
En 1938, sur les conseils de son professeur de dessin au Lycée Foch (Rodez), il s’inscrit à l’atelier privé de René Jaudon à Paris, encouragé par ce dernier pour passer le concours d’entrée à l’École des Beaux-arts.
Admis en 1939, Soulages décide de ne pas y entrer et regagne Rodez. En 1941, à l’École des Beaux-arts de Montpellier, il rencontre Colette Llaurens, qu’il épouse en 1942. Suite à l’exposition Französische abstrakte Malerei en Allemagne en 1948-1949, son oeuvre est reconnu et sera par la suite présenté à l’étranger et en France.
A partir de 1960, les premières rétrospectives ont lieu à l’étranger puis en France. En 1994, les vitraux créés par l’artiste pour l’abbatiale Sainte-Foy de Conques sont inaugurés. Son oeuvre, exposé dans le monde entier, est présent dans les grandes collections publiques sur les cinq continents.
En 2014, est inauguré à Rodez le musée Soulages, premier musée en France créé avec la collaboration étroite de l’artiste, suite aux donations de Pierre et Colette Soulages, et ouvert de son vivant. Pour le centenaire du peintre, s’ouvre en 2019 l’exposition Soulages au Louvre. L’artiste recevra les plus hautes distinctions en France et à l’étranger.
Sa création compte plus de 1700 peintures sur toile, près de 800 peintures sur papier, plus de cent estampes, trois bronzes, trois goudrons ainsi que des tapisseries et une céramique.
Pierre Soulages est décédé le 22 octobre 2022 a l’âge de 102 ans. Apres un hommage national dans la cour carrée du musée du Louvre par le président de la République, il est inhumé au cimetière de Montparnasse. »

Repères biographiques

« 1919 24 décembre : Naissance de Pierre Soulages à Rodez (Aveyron). Son père est carrossier de voitures à cheval, sa mère sans profession. Il a un demi-frère et une soeur aînée, future professeure de philosophie.

1925 Décès de son père.
Sa mère reprend le magasin de vente d’articles de chasse et de pêche de son mari au rez-de-chaussée de leur maison.

1931-1932 Visite scolaire de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques. Ce choc esthétique sera déterminant dans son choix de devenir artiste.
S’intéresse à l’archéologie, notamment aux menhirs qu’il découvre au musée Fenaille à Rodez.

Vers 1932-1933 Première utilisation du brou de noix, dans le but de teindre une boîte en bois. 

Vers 1934-1936 Soulages peint et prend des cours de dessins au lycée de Rodez. Les paysages aveyronnais, les silhouettes noires des arbres l’hiver, dépourvus de feuillage, font partie de ses premiers sujets de peinture.
Il se crée sa propre culture artistique, observant des reproductions d’oeuvres dans Le Petit Larousse (Van Gogh notamment), et dans un opuscule de la vie scolaire (Claude Lorrain, Rembrandt).

1938 Obtient la première partie de son baccalauréat, mais renonce à passer la seconde pour rejoindre Paris, et embrasser une vie de peintre.

1939 Visite galeries et grands musées nationaux et découvre la modernité du travail de Paul Cezanne et de Pablo Picasso, les Nymphéas de Monet et les oeuvres du Louvre qu’il copie. 
Il réussit le concours d’entrée à l’École des beaux-arts de Paris. Il renoncera à poursuivre son cursus, déçu de l’enseignement qui y est dispensé.
En septembre, il retourne à Rodez au début de la guerre. 

1940 Sous la direction du conservateur du musée Fenaille Louis Balsan, il participe à des fouilles ainsi qu’à l’exploration de grottes.
Présente l’oral de philosophie à Toulouse. Très rapidement mobilisé, il est d’abord affecté à Bordeaux, puis à Nyons, où il achève son service militaire.

1941 Démobilisé, fait le choix de s’installer en zone libre à Montpellier pour préparer le professorat de dessin à l’école des beaux-arts de la ville, alors dirigée par le peintre Camille Descossy. 
Lors d’un cours de dessin, Soulages fait la connaissance de Colette Marcelle Léonie Llaurens née quai Aspirant-Herbert à Sète le 14 mars 1921.

1942 Soulages découvre l’art moderne dans la revue de propagande allemande Signal, illustrée en noir et blanc d’oeuvres qualifiées par le IIIe Reich d’art « dégénéré », de Salvador Dalí à Max Ernst en passant par Piet Mondrian.
24 octobre : Mariage à minuit de Pierre Soulages et Colette Laurens, à l’église Saint-Louis de Sète.
En novembre, afin d’échapper au Service du travail obligatoire, imposé sous l’Occupation, Soulages se procure des faux papiers et devient régisseur dans le vignoble du mas de la Valsière à Grabels. Il cesse totalement de peindre jusqu’à la fin de la guerre.

1943 Rencontre, par l’intermédiaire de ses voisins, l’écrivain et poète Joseph Delteil et son épouse impresario Caroline Dudley, Sonia Delaunay, peintre ukrainienne, avec qui il se lie d’amitié et qui l’initie à l’art abstrait.

1944 Juin : Remobilisé au moment de la Libération, il se rend à Toulouse et y rencontre le poète résistant et critique d’art Jean Cassou, futur conservateur du musée national d’Art moderne.

1946 Le couple Soulages quitte l’Hérault pour « monter à Paris » et s’installe dans un petit appartement à Courbevoie.
Soulages expérimente l’abstraction et peint quelques toiles, parfois issues de draps usagés tendus sur châssis, et par économies, de nombreux dessins au fusain.

1947 Soulages découvre la calligraphie chinoise. Marqué par cette technique, il réalise une cinquantaine de peintures au brou de noix sur papier, dont les formes sombres rappellent cet art ancestral.
Refusé au Salon d’automne, il présente trois toiles au Salon des surindépendants. Début d’une grande amitié avec le peintre Hans Hartung, lui-même exposant.
En fin d’année, le couple quitte Courbevoie et emménage à Paris, quartier Montparnasse, au 11 bis de la rue Schoelcher, dans un appartement plus spacieux, désormais doté d’un atelier.

1948 Été : Séjour à Montpellier durant lequel il réalise ses premières peintures au noir de goudron sur morceaux de verre. 
Novembre : Participe à la première exposition d’art abstrait de l’après-guerre en Allemagne, « Französische abstrakte Malerei ». Une de ses oeuvres est choisie pour l’affiche de cet évènement qui connaît un grand succès en Allemagne, en France et jusqu’à New York.
20 décembre : Première toile du peintre avec la date faisant fonction de titre. Cette méthode devient ensuite systématique.
Fin d’année : James Johnson Sweeney, ancien conservateur au MoMA, lui rend visite dans son atelier. Il lui achète un brou de noix, et lui transmet sa carte de visite. Une longue amitié débute entre eux.

1949 Le peintre Henri Goetz lui présente Pierrette Bloch, l’une de ses élèves, dans l’atelier de la rue Schoelcher. 
Première exposition personnelle à la galerie Lydia Conti à Paris. Le succès est immédiat.
Rencontre avec le critique Michel Ragon avec qui il se lie d’amitié. 
Première participation au Salon de mai, à Paris, au palais de Tokyo.

Octobre : Premières présentations de ses oeuvres en Amérique, à l’occasion de l’exposition « Painted 1949 » à la galerie Betty Parsons de New York.

1950 Don de l’une de ses oeuvres au musée de Grenoble, première toile à intégrer les collections publiques françaises.

1951 Participe aux États-Unis à l’exposition itinérante « Advancing French Art ». La Phillips Gallery de Washington acquiert l’une de ses oeuvres, la première de Soulages à entrer dans un musée américain.

1953 Entre dans les collections de la Tate Gallery de Londres.
James Sweeney, désormais directeur du Solomon R. Guggenheim Museum, inaugure l’exposition collective « Young European Painters ». Soulages y présente trente-trois toiles, dont une sera acquise par le musée. Son itinérance à travers les États-Unis, rencontre un immense succès.

1954 Rupture avec son galeriste Louis Carré. Le marchand Samuel Kootz lui propose d’être son galeriste. Soulages accepte, et envoie une dizaine de toiles à New York. Cette collaboration est déterminante dans la carrière du peintre.
Première exposition personnelle aux États-Unis à la Kootz Gallery. Il rencontre un succès unanime outre-Atlantique, qu’il n’a pour le moment pas encore en France. Très vite, ses peintures entrent chez de riches collectionneurs tels Otto Preminger ou Nelson Rockefeller, puis progressivement dans des musées américains.

1956 Soulages réalise ses premiers polyptyques et commence la période des raclages, jusqu’en 1963. Soulages vient racler à l’aide d’une spatule une couche de peinture noire épaisse, qui révèle des couleurs plus claires et intenses sous-jacentes.
Mars : Intègre à Paris la galerie de France, et présente sa première exposition personnelle. Kootz cependant reste son marchand principal et prioritaire pendant dix ans.
Entame une série d’eaux-fortes à l’atelier Lacourière, pour lesquelles il invente un procédé de matrice en cuivre découpé et rongé par l’acide.
Rencontre l’écrivain et futur président du Sénégal Léopold Sédar Senghor, qui lui achète une oeuvre et publiera plusieurs textes sur le peintre.

1957 Août : Aménage un nouvel atelier rue Galande (5e arrondissement). 
En novembre, premier voyage aux États-Unis, à l’occasion de sa quatrième exposition personnelle chez Kootz. Il rencontre alors de nombreux peintres américains, dont Mark Rothko avec lequel il se lie d’amitié.
Depuis New York, le couple Soulages, en compagnie de leur ami Zao Wou-Ki, rencontré au début de la décennie, voyage à Philadelphie, Washington, Chicago, San Francisco, Hawaï. 

1958 Janvier-février : tous trois poursuivent leur voyage jusqu’au Japon. Ils y rencontrent des calligraphes traditionnels et d’avant-garde, dont Morita Shiryu. 
Parution du premier ouvrage monographique sur Soulages, signé Hubert Juin.

1959 Achat d’une maison à Sète, sur les hauteurs du mont Saint-Clair. Le couple en dessine les plans. La villa au toit plat, surplombant la mer, sera inscrite au titre des monuments historiques en 2019.

1962 Est publié dans la revue étudiante Clarté du mois de mai, le « Procès à Soulages », dont un entretien mené par Buraglio. Des personnalités sont alors invitées à se prononcer sur la question « Pour ou contre Pierre Soulages, peintre abstrait ? ». Roger Vailland ou encore Hubert Juin font partie de la défense.
Rencontre Jean-Michel Meurice, Claude Viallat, Vincent Bioulès, François Rouan, Daniel Buren et Michel Parmentier.

1963 Le raclage disparaît, Soulages entame une période où la peinture devient plus lisse, jouant sur des effets de transparences.

1966 Une rétrospective lui est dédiée au Museum of Fine Arts de Houston (Texas), dirigé par James Sweeney. Soulages et Sweeney imaginent un dispositif d’accrochage tridimensionnel inédit, où les plus grandes toiles sont suspendues dans l’espace à des filins d’acier accrochés au plafond permettant ainsi la déambulation autour des oeuvres.

1967 Le musée national d’Art moderne inaugure la première exposition personnelle de Soulages en France organisée par Bernard Dorival et Jean Cassou. Le succès est retentissant.

1968 Il délaisse la couleur et ne travaille plus qu’avec le noir et blanc, ouvrant une période qu’il qualifie de « cistercienne ». On croit y percevoir de larges écritures vues à la loupe, que le critique américain Harold Rosenberg qualifie de « macrographies ». 

1971 Entre dans les collections de la National Gallery of Washington avec une oeuvre des années 1950.

1972 Été : Visite de Viallat, Daniel Dezeuze et Patrick Saytour dans son atelier à Sète. Soulages mène des expérimentations, sorte de préfiguration des Outrenoirs, avec un voile de plastique noir.
Réalise l’affiche des Jeux olympiques de Munich.

1974 Printemps : Quitte son atelier rue Galande pour s’installer quartier Maubert (5e arrondissement), rue Saint-Victor, dans un atelier éclairé par de grandes baies. 
Novembre : Rétrospective au Musée dynamique de Dakar au Sénégal, à l’initiative de Léopold Sédar Senghor, l’occasion pour les Soulages de découvrir la Casamance. Cette rétrospective sera l’année suivante présentée enrichie à Lisbonne, Madrid, au musée Fabre de Montpellier, puis à travers l’Amérique latine jusqu’en juin 1976. Dans le catalogue de l’exposition du musée Fabre, Joseph Delteil, son ami de longue date et ancien voisin, lui dédie un texte.

1975 Soulages fait mouler en bronze trois plaques de cuivre, s’intéressant à l’aspect sculptural de ses matrices, et jouant alors avec les reflets lumineux que le métal permet.

1977 Participe à l’exposition « Paris-New York » au Centre Pompidou. 

1979 Passage aux toiles monopigmentaires. Sa rencontre par accident avec ce qu’il appelle le « noir-lumière » puis « outrenoir » lors de cette nuit de janvier durant laquelle il « patauge » dans la couleur, marque le tournant décisif que va prendre son oeuvre.
En fin d’année, le Centre Pompidou lui consacre une grande exposition de ses peintures récentes.

1981 Jean-Michel Meurice achève la réalisation d’un documentaire sur Pierre Soulages, filmé dans son atelier. Le film obtient l’année suivante le grand prix du Festival du film d’art à Paris.

1984 Rétrospective « Soulages » au Seibu Museum of Art de Tokyo.

1986 Fait entrer le bleu dans ses Outrenoirs, intégrant le pigment outremer dans le fond de la toile, révélé par le raclage de la peinture noire en surface. 
Mise en circulation du timbre-poste commandé par l’administration des Postes et Télécommunications. Vendu à 5 450 000 exemplaires, ce petit carré de papier est l’oeuvre de Soulages qui bénéficie de la plus grande diffusion à grande échelle.

1987 Février : reçoit une commande pour la réalisation des vitraux de l’abbatiale de Conques. De nombreux essais sur le verre seront réalisés avec les maîtres verriers Dominique Fleury et Éric Savalli jusqu’en 1992.

1988 Soulages dessine, pour son ami Georges Duby, reçu à l’Académie française, une épée à pommeau d’ébène et de bronze et à lame d’acier noire.

1991 Participe à la première Biennale d’art contemporain de Lyon, avec un ensemble indissociable de sept Outrenoirs.

1993 Se rend en Corée pour l’accrochage au musée national d’Art contemporain de Séoul de sa rétrospective, la première organisée par l’institution d’un artiste vivant.

1994 Publication du premier volume du catalogue raisonné de son oeuvre peint, par Pierre Encrevé. Trois autres volumes suivront en 1996, 1998 et 2015.
26 juillet : Après sept ans de recherche sur le verre, inauguration des 104 vitraux pour l’abbatiale de Conques. 

1996 Exposition « Soulages, noir lumière » au musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

1999 16 novembre : Inauguration de l’exposition au musée Fabre de Montpellier « Soulages, oeuvres récentes, 1994-1999 ». La ville attribue le nom de Soulages à la cour d’honneur du musée et fait l’acquisition de deux oeuvres de l’artiste.
Le contraste entre le noir et le blanc fait son retour jusqu’en 2001 sous la forme de liserés blancs fragiles, réserve épargnée de l’épaisse couche de matière noire.

2000 Réalisation d’un vase avec la manufacture de Sèvres, qui sera offert comme trophée par le président Chirac lors du tournoi de Sumo à Nagoya, au Japon. 
2002 Juillet : Annonce de la création à Rodez d’un espace dédié à l’oeuvre de Soulages.

2004 Délaisse l’huile pour l’usage exclusif de l’acrylique qui offre de nouvelles possibilités de réflexions de la lumière, et une épaisseur de matière.
Soulages est invité par le musée d’Orsay à faire dialoguer l’une de ses oeuvres avec les collections de l’institution, et présente un triptyque Outrenoirs de 1996 aux côtés de trois photographies de Gustave Le Gray prises en 1856-1857.

2005 Juin : Annonce une importante donation (une centaine d’oeuvres et documents d’archives) pour le futur musée Soulages de Rodez. D’autres seront effectuées en 2013 et en 2020.

19 septembre : Donation de Colette et Pierre Soulages au musée Fabre, constituée de vingt toiles accompagnées de la mise en dépôt de dix oeuvres de l’artiste, réalisées entre 1951 et 2010. 

2007 4 février : Réouverture du musée Fabre. Une aile est dédiée aux oeuvres de Soulages. Imaginées en collaboration avec ce dernier, un soin particulier est apporté aux parois de verre que la lumière traverse pour éclairer la salle Soulages du nouveau bâtiment.
Quelques semaines plus tard, Soulages reçoit le prix Georges Pompidou.

2008 La réalisation du musée Soulages à Rodez est confiée au studio d’architectes catalan RCR Arquitectes, qui se compose de Rafael Aranda, Carme Pigem et Ramon Vilalta.

2009 Grande rétrospective au Centre Pompidou pour les quatre-vingt-dix ans de l’artiste (itinérance à Mexico City et Berlin).
En fin d’année, l’une de ses oeuvres est présentée accrochée à côté de la Bataille de San Romano de Paolo Uccello, dans le Salon carré du musée du Louvre.

2010 Janvier : L’Institut national d’histoire de l’art organise, au Centre Pompidou, un symposium réunissant de nombreux chercheurs, critiques, historiens de l’art et philosophes, pour évoquer l’oeuvre de Soulages et sa place incontournable dans l’histoire de l’art.

2011 Septembre : Dans le cadre de la Coupe du monde de rugby, Soulages dessine la couverture de L’Équipe avec une oeuvre aux évidements en forme de ballon de rugby.

2013 Le musée Fabre fait l’acquisition d’un grand polyptyque de 2012. 

2014 30 mai : Inauguration du musée Soulages à Rodez en présence du président François Hollande. Le bâtiment se compose de cinq blocs de béton habillés d’acier Corten.
Dix ans après sa dernière exposition aux États-Unis, la Dominique Lévy Gallery, en collaboration avec la galerie Perrotin, présente à New York, l’exposition « Pierre Soulages: New Paintings ».

2015 Reçoit la distinction de grand-croix de la Légion d’honneur.

2017 Effectue plusieurs donations à des musées étrangers (l’Art Institute de Chicago, National Gallery of Art de Washington, Tate Gallery de Londres) et fait l’objet d’expositions personnelles en Allemagne et au Japon. 

2018 Pierrette Bloch lègue au Centre Pompidou plusieurs oeuvres de son ami.

2019 Mars-août : Réalise cinq grands Outrenoirs.
Décembre : Célébration des 100 ans de l’artiste par le biais de nombreuses expositions personnelles à travers le monde : Chine, Japon, États-Unis, Allemagne, Suisse, Rodez et Paris.
11 décembre 2019 : Inauguration de l’exposition « Soulages au Louvre ». Cette rétrospective présente quatre-vingts ans de production. Avec Chagall et Picasso, il est le seul peintre à y exposer de son vivant.
Décès de Pierre Encrevé, biographe de Pierre Soulages.

2022 Il achève ce qui sera sa dernière oeuvre, l’Outrenoir, Peinture 102 x 130 cm, 15 mai 2022.
Octobre : Décès de l’artiste la nuit du 25 octobre à l’âge de 102 ans, un jour après son 80e anniversaire de mariage.
2 novembre : un hommage national, présidé par le président Emmanuel Macron, lui est dédié dans la cour Carrée du Louvre.

2023 24 juin : Inauguration de l’exposition au musée Soulages de Rodez « Les derniers Soulages », où sont rassemblés, pour la première fois les cinq grands Outrenoirs de 2019. »


Du 17 septembre 2025 au 11 janvier 2026
19, rue Vaugirard. 75006 Paris
Tél. : 01 40 13 62 00
Tous les jours de 10h30 a 19h
Nocturne tous les lundis jusqu’à 22h

Du 28 juin 2025 au 04 janvier 2026
39, boulevard Bonne Nouvelle. 34000 Montpellier
Tél. : +33 (0)4 67 14 83 00
Du mardi au dimanche de 10h à 18h. Fermé le lundi. 
Visuel :
VUE IN SITU - Crédit : Cécile Marson - Montpellier Méditerranée Métropole