Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 26 décembre 2023

Georges Arditi (1914-2012)

Georges Arditi (1914-2012) était un peintre prolifique né à Marseille dans une famille juive sépharade. Résistant dans un réseau forgeant de faux papiers, il a évolué du figuratif 
et du quattrocentisme vers le post-cubisme, puis l'abstraction avant de revenir à la figuration. Il a été le père de quatre enfants comédiens. La Piscine – Musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix présente l’exposition « Georges Arditi (1914-2012). D’un réel à l’autre » (Georges Arditi (1914-2012). From One Reality To The Other").


Georges Arditi (1914-2012) est né à Marseille (France) dans une famille d'origine judéo-gréco-espagnole. Né en Bulgarie, son père, David Arditi, exporte des soieries. Quant à sa mère, Esther Asseo, elle est née à Salonique. Après la Première Guerre mondiale, en raison de la chute de la demande de la soie, l'entreprise familiale périclite.

La famille Arditi est liée aux Canetti. Georges Arditi a pour cousin germain l'écrivain germanophone Elias Canetti (1905-1994), Prix Nobel de Littérature 1981, le docteur Georges Canetti (1911-1971), médecin et biologiste français célèbre pour son combat contre la tuberculose, et Jacques Canetti (1909-1997), producteur et découvreur de talents de la chanson française (« éleveur de vedettes ») - tous trois d'origine juive séfarade bulgare.

Georges Arditi est élève au prestigieux lycée Carnot où il se passionne pour la littérature, la peinture - il apprécie les peintres flamands - et le tennis.

En 1932, malgré son échec au Bac, Georges Arditi étudie à l'École nationale supérieure des arts décoratifs où il a pour professeurs Emmanuel Fougerat, André Devambez, Jean Dupas, et Raymond Legueult ainsi que l'affichiste publicitaire Cassandre.

En 1935, Georges Arditi est recruté par son oncle Edgar dans sa société de radiotéléphonie.

Deux ans plus tard, la galerie La Fenêtre ouverte organise sa première exposition individuelle. Georges Arditi illustre des nouvelles pour L’Intransigeant, journal de Léon Bailby. Le peintre Zarraga le remarque, et le recommande au critique Pierre du Colombier.

Enthousiasmé par la lecture de Jean le bleu, il écrit à Jean Giono.

Sur ses lieux de villégiature - Normandie, Nièvre, Bourgogne... -, la famille Arditi fait la connaissance de Bernard Citroën, Jacqueline de Dampierre, l’aristocratie russe, et Francis Harburger avec qui il peint des paysages, qui seront dérobés durant l'Occupation par les nazis.

En 1938, Georges Arditi est invité au Salon des Tuileries où il présente le tableau Autoportrait au cou très long, torse nu. Pierre du Colombier écrit : « Retenez bien le nom d’Arditi, il est encore noué mais il est fort. »

1939, il succède à Savignac, comme assistant de Cassandre.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, Georges Arditi est réformé pour des raisons de santé. Il s'efforce vainement de s’engager. S'il se déclare juif auprès du gouvernement de Vichy, il "refuse de porter l’étoile jaune et convainc sa famille d’en faire autant". Durant l'exode, il se lie à Yvonne Leblicq (1906-1982).

En 1942, des officiers nazis pillent l’appartement de la famille Arditi place Wagram (Paris) - une cinquantaine de toiles volées - et apposent des scellés sur la porte.

En décembre 1943, Joseph dit « Poulou » Arditi, frère de Georges, est interpellé à La Cadière (Var), puis déporté vers Auschwitz où il est assassiné.

Georges sous-loue son appartement à Pierre Kahn-Farelle qui organise le réseau des faux papiers de la résistance française et permet au jeune couple de louer un autre appartement rue de la Cerisaie. Pierre Kahn-Farelle, dit Pierre-des-faux-papiers, dirige une "petite usine occupant 25 camarades, jusqu’à l’arrestation et la fusillade en mars 1944 de 11 d’entre eux, y compris Pierre Khan, Cité des fleurs. Prévenu au dernier moment, Georges Arditi échappe de peu à cette arrestation".

"A la libération de Paris, en allant se renseigner sur son frère Joseph au Mouvement National des Prisonniers de Guerre et Déportés (MNPGD), Georges Arditi fait la rencontre de José Period, jeune femme d’origine péruvienne et amie de Marguerite Duras. Elle sera son amante pendant 7 ans, et tient une place importante dans sa vie." 

Georges Arditi habite et travaille à Paris. Quatre périodes stylistiques peuvent être discernées : de 1940 à 1949, une période figurative et quattrocentiste (Le Crépuscule, 1943), de 1952 à 1958 une période post-cubiste, de 1958 à 1973 une peinture abstraite, puis dès 1974 un retour à la figuration (portraits, paysages, nature mortes). En plus de ses expositions, individuelles - en France, au Brésil (1950), etc. - ou en groupes, présent aux Salons d'automne ou des Tuileries, il a été distingué par une rétrospective au musée de la Poste, à Paris, en 1990.

En 1948, Georges Arditi illustre Les Grandes Heures du Louvre de l'écrivain Léon-Paul Fargue.

Deux ans plus tard, il réalise une commande de l'État, une décoration murale pour le Lycée technique Jules Ferry à Versailles. L'Etat lui commande aussi des tapisseries : Les Bateaux, tissés aux Gobelins (1954), Le Port, tissé à Aubusson (1956).

Georges Arditi travaille "avec son cousin Jacques Canetti en tant que régisseur et décorateur aux Trois Baudets, à Paris, où il fréquente Brel, Devos, Vian, Gainsbourg,.. à leurs débuts. Il réalise également des décors pour le Théâtre du Vieux Colombier et le théâtre de la Huchette, entre autres".

"A la fin des années 60, il coordonne trois opérations de construction immobilières dans Paris".

En 2002, il publie La Peinture des peintres dans la collection Carré d’Art aux éditions Séguier. 

Il est l'auteur de "près de 800 tableaux et plus de 1000 dessins signés".

« Sans doute, la plus grande force d'Arditi est de se situer en dehors des époques et des écoles et de rappeler avec douceur mais avec fermeté, que l'on peut s'inscrire en marge du mouvement artistique triomphant, être seul comme une île en plein océan et, néanmoins, faire œuvre de créateur », a écrit Edmonde Charles-Roux, écrivain, membre de l'Académie Goncourt, dans la préface du catalogue de l'exposition du musée de la Poste (1990).

Georges Arditi a eu quatre enfants, comédiens, de deux unions. En 1971, il épouse Yvonne Leblicq (1906-1982), Bruxelloise rencontrée durant l'exode en 1940 à Aurillac. Le couple a deux enfants : Pierre, né en 1944, et Catherine, née en 1946. Avec Nicole Paroissien, Georges Arditi a eu deux filles : Danièle, née en 1974, et Rachel Arditi, née en 1976. "Mon père a toujours été un phare pour moi. Il n'envisageait pas que nous soyons autre chose que des artistes", a déclaré Pierre Arditi. Il se souvient combien il lui était pénible de poser, enfant, pour son père « dont le travail le fascinait, mais qui avait parfois du mal à assurer le train de vie familial ».

« Georges Arditi (1914-2012). D’un réel à l’autre »
La Piscine – Musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix présente l’exposition « Georges Arditi (1914-2012). D’un réel à l’autre ».

« Avec le soutien exceptionnel de la famille de l’artiste, La Piscine et le musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence  s’associent pour consacrer une exposition à Georges Arditi (1914-2012). »

« Peintre d’origine gréco-espagnole, né à Marseille dans une famille juive, formé à l’École nationale supérieure des arts décoratifs dans l’atelier de Legueult, régulièrement exposé au Salon d’Automne à partir de 1945, Arditi est un artiste prolixe, représentant de cette dernière Ecole de Paris qui oscilla, dans les années cinquante, entre figuration et abstraction. Malgré une rétrospective au musée de la Poste en 1990, il demeure peu connu. »

« À La Piscine, où Georges Arditi est présent avec une nature morte, une petite gouache, et un virtuose portrait des deux premiers enfants du peintre offert en 2023 par Catherine Arditi, l’exposition se concentre sur les deux premières périodes de création de l’artiste et son cheminement au sein de la figuration et du réalisme : depuis les autoportraits, portraits de groupe et natures mortes de la décennie 1940, fortement influencés par la peinture du Quattrocento et l’exposition des « Peintres de la réalité » » du XVIIe français organisée en 1934 au musée de l’Orangerie à Paris, jusqu’aux ateliers, vues urbaines et paysages industriels des années 1952-1958, davantage marqués par l’expérience de décomposition-recomposition des formes du cubisme. » 

« Un ensemble inédit d’esquisses pour des décors de théâtre est également présenté, évoquant les contributions d’Arditi, cartonnier de tapisserie, illustrateur de bibliophilie et décorateur de théâtre, dans le domaine des arts décoratifs. »

Le commissariat de l’exposition est assuré par Bruno Gaudichon, conservateur en chef, La Piscine – musée d’Art et d’Industrie André-Diligent de Roubaix, et Élisa Farran, conservatrice et directrice, musée Estrine, Saint-Rémy-de-Provence.

« À Saint-Rémy, l’accent sera mis sur les paysages spectaculaires inspirés par les effets de lumière et de couleur autour du Mont Ventoux, insistant sur la production abstraite des années 1958 à 1973.

En plus de visites guidées pour groupes ou enseignants, le musée a proposé « Georges Arditi par lui-même », lecture à 3 voix par les enfants Arditi : Catherine, Danièle et Rachel Arditi. « À travers la lecture de lettres, d’extraits de journal, d’écrits sur la peinture, les enfants Arditi tentèrent d’éclairer l’oeuvre d’un peintre pris en tenaille entre ses difficultés matérielles, ses doutes et une ferveur constante dans un travail en pleine évolution. »

Publié par Silvana Editoriale, un catalogue accompagne l'exposition. "Formé chez Legueult et Cassandre, Georges Arditi fait pleinement partie de la génération qu’a bouleversée l’exposition des « peintres de la réalité » français du XVIIe siècle, en 1934, à l’Orangerie des Tuileries. Proche dans un premier temps de l’esthétique du groupe des Forces Nouvelles, il ambitionne rapidement un langage autonome dans de grandes compositions empreintes de mystère et d’élégance. La figure de l’artiste, face au spectateur, y organise un univers très singulier dont le temps suspendu doit assurément aux drames qui impriment l’expérience personnelle du jeune juif traqué, spolié et endeuillé. Il est alors tout à la fois Oiseleur taciturne et stupéfait, enfant des frères Le Nain ou créateur surpris à la marge d’une Réunion à la robe rouge qui semble l’ignorer."

"Une seconde période, dans le sillage des « peintres de tradition française » révélés durant l’Occupation, inscrit Arditi, à sa manière, sur la scène de la seconde École de Paris qui traque la lumière et recompose une vérité – vue d’ateliers, paysages urbains – passée au filtre d’un caléidoscope riche d’émotions. Dans cette séquence, les enfants de l’artiste s’affirment comme une infinie source d’inspiration sans que jamais le peintre ne cède aux facilités et à la mièvrerie du genre."

"À la fin des années cinquante, la découverte du Ventoux marque une évolution radicale aux marges mouvantes de l’abstraction."

"Les paysages plein cadre qu’Arditi lui consacre tissent une longue et riche suite qui n’est pas sans rappeler, dans le principe et l’obsession, l’épuisement du motif des meules ou des cathédrales de Rouen de Monet. Ces variations de formes enchevêtrées résonnent comme un véritable testament esthétique avant que l’histoire de l’art, oublieuse et injuste, ne referme les portes d’un douloureux purgatoire que cette exposition souhaite aujourd’hui enrayer."

"Plus qu’un catalogue d’exposition, cet ouvrage, riche d’œuvres souvent inédites et de contributions éclairées, est appelé à faire référence et permet enfin de remettre Georges Arditi dans cette lumière qui n’eût jamais dû lui manquer. Un événement, assurément".

QUELQUES OEUVRES COMMENTEES

Georges Arditi (1914-2012)
1938-1940 ?
Huile sur toile
65,3 x 54 cm
Collection particulière
Photo : Alain Leprince
© ADAGP, Paris, 2023

"Torse découvert, vêtu d’un drapé à l’antique, l’artiste se présente à mi-corps face au spectateur, devant un paysage aux lointains bleutés, à la manière des portraits du Quattrocento. Comme Giorgio de Chirico avant lui, Georges Arditi transpose volontairement son portrait dans un contexte classicisant et intemporel. La désolation de la nature environnante, le clair-obscur accentué, comme la fragilité du corps de l’artiste dépeint sans concession, traduise une mélancolie teintée de mystère bien propre à l’artiste."

"C’est avec un autre autoportrait probablement dans le même style, l’Autoportrait au cou très long, torse nu (oeuvre non identifiée, non localisée) que le peintre participe pour la première fois au Salon des Tuileries en 1938. À cette occasion, son travail est remarqué par l’historien d’art Pierre du Colombier, qui en pressent le potentiel : « Retenez bien le nom d’Arditi, il est encore noué mais il est fort » écrit-il. L’année suivante, alors qu’Arditi commence à avoir des appuis dans les milieux parisiens, la déclaration de guerre porte un coup au lancement de sa carrière."

Georges Arditi (1914-2012)
Huile sur toile
Roubaix, La Piscine – Musée d’art et d’industrie André Diligent. Dépôt du CNAP, 1995

"Cette toile représente un jalon important dans l’histoire du musée puisqu’elle fait partie des premiers dépôts de l’État venant rejoindre, en 1995, les collections alors en devenir de La Piscine. Vingt-huit ans plus tard, cette nature morte silencieuse et fermement composée, à la fois simple et étrange, semble résumer à elle seule l’univers personnel d’Arditi."

"Après son engagement dans la résistance, Georges Arditi revient sur la scène artistique de la libération avec des œuvres proches du courant des forces nouvelles. S’inspirant de la peinture de tradition française, et notamment ici du réalisme des tableaux du XVIIème siècle, Arditi affirme sa conviction que cet art est celui de la France libérée, de la France unanime et rassemblée. La "Nature morte à la nappe blanche" est parfaitement représentative de ce parti pris qui est au cœur du débat sur la peinture – entre figuration et abstraction – à la fin des années 1940 et au début des années 1950."




Du 7 octobre 2023 au 7 janvier 2024
Entrée du musée : 23, rue de l’Espérance. 59100 ROUBAIX
Tél. : + 33 (0)3 20 69 23 60 + taper 4
Mardi à jeudi de 11h à 18h
Vendredi de 11h à 20h
Samedi & dimanche de 13h à 18h
Visuels :
Georges Arditi (1914-2012)
Pierre et Catherine Arditi enfants
1950
Huile sur toile
130 x 89 cm
Roubaix, La Piscine-musée d’Art et d’Industrie André Diligent (don de Catherine Arditi en 2023).
Photo : Alain Leprince
© ADAGP, Paris, 2023

Georges Arditi (1914-2012)
Double portrait au pot cassé, dit Double portrait de Londres
1942
Huile sur toile
162,4 x 130 cm
Collection particulière
Photo : Alain Leprince
© ADAGP, Paris, 2023

Georges Arditi (1914-2012)
Esquisse pour un décor de théâtre pour le Vieux-Colombier à Paris
c. 1960
Gouache sur papier
21,3 x 31,5 cm
Collection particulière
Photo : Alain Leprince
© ADAGP, Paris, 2023

Georges Arditi (1914-2012)
La grande grue
1954
Huile sur isorel
112 x 85 cm
Collection particulière
Photo : Alain Leprince
© ADAGP, Paris, 2023

dimanche 24 décembre 2023

« Amedeo Modigliani. Un peintre et son marchand »

Le Musée de l'Orangerie présente l’exposition « Amedeo Modigliani. Un peintre et son marchand ». En 1914, 
Amedeo Modigliani (1884-1920), artiste juif italien qui vient d'abandonner la sculpture pour se consacrer à la peinture, rencontre à Paris Paul Guillaume (1891-1934) qui deviendra son galeriste et promouvra son oeuvre sur le marché de l'art, en France et aux Etats-Unis. Tous deux s'intéresse à l'art africain.

Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
Picasso, Léger, Masson : Daniel-Henry Kahnweiler et ses peintres
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange


« Près d’un siècle après la rencontre entre les deux hommes en 1914, il semble important de revenir de revenir sur l’un des moments emblématiques de la vie d’Amedeo Modigliani (1884-1920), celui où Paul Guillaume (1891-1934) devient son marchand, et d’explorer la manière dont les liens entre les deux personnages peuvent éclairer la carrière de l’artiste. »

Arrivé à Paris en 1906, Modigliani, artiste juif italien, est peintre – et non « peintre italien d’origine juive ». « Sa rencontre avec Constantin Brancusi, sculpteur d’origine roumaine, en 1909, agit pour lui comme une révélation : il s’initie à la sculpture et s’y consacre presque exclusivement jusqu’en 1913-1914. Sa rupture avec cette pratique est aussi soudaine que totale : de 1914 à sa mort en 1920, il renoue avec la peinture et produit alors de nombreux tableaux consacrés principalement à la seule figure humaine. C’est cette pratique de la peinture qui est au cœur de la relation entre l’artiste et le marchand. Paul Guillaume l’encourage, lui loue un atelier à Montmartre, fait connaître ses toiles dans les cercles artistiques et littéraires parisiens. Il achète, vend et collectionne ses œuvres, assurant à l’artiste une condition matérielle nouvelle ainsi qu’une renommée grandissante jusqu’à l’étranger. »

« C’est par l’entremise du poète Max Jacob (1876-1944) que le jeune galeriste et collectionneur Paul Guillaume aurait découvert Modigliani en 1914. Il devient vraisemblablement son marchand dès l’année suivante comme on le comprend à la lecture de la correspondance entre Paul Guillaume et son mentor, le poète et critique d’art Guillaume Apollinaire (1880-1918) alors au front. »

« C’est dans ce contexte parisien que Modigliani immortalise son galeriste dans une série de portraits peints et dessinés restés célèbres. Entre 1915 et 1916, Modigliani réalise quatre portraits peints de son mécène. Le premier d’entre eux, conservé au musée de l’Orangerie, proclame la relation privilégiée qu’entretiennent le marchand et l’artiste. Guillaume, qui n’a alors que vingt-trois ans, est représenté en costume, ganté et cravaté comme un pilote visionnaire de l’avant-garde, surplombant les mots « Novo Pilota ». Cette inscription nous laisse entrevoir que le galeriste suscite alors un grand espoir chez le peintre ».

« Paul Guillaume, à travers ses récits, nous dresse aussi le portrait d’un Modigliani plus intime avec lequel il partage des affinités artistiques et littéraires. Leur intérêt commun pour l’art africain est manifeste. Les deux hommes sont également sensibles à la littérature et à la poésie. Guillaume se souvient ainsi que Modigliani « aimait et jugeait la poésie, non point à la manière froide et incomplète d’un agrégé de faculté, mais avec une âme mystérieusement douée pour les choses sensibles et aventureuses. »

« Outre les cinq peintures de Modigliani conservées aujourd’hui au musée de l’Orangerie , plus d’une centaine de toiles ainsi qu’une cinquantaine de dessins et une dizaine de sculptures de l’artiste seraient passés par les mains du marchand. Ce nombre dénote à la fois l’implication du galeriste dans la promotion de l’artiste mais aussi son goût personnel pour ses œuvres, largement présentes sur les murs de ses différents appartements. »

« On y trouve des portraits des figures marquantes du Paris de l’époque, Max Jacob, André Rouveyre, Jean Cocteau, Moïse Kisling, mais également des modèles inconnus, ainsi que de très beaux ensembles de portraits des femmes qui ont partagé la vie du peintre, l’écrivain Béatrice Hastings tout d’abord, puis la jeune peintre Jeanne Hébuterne, sa dernière compagne et la mère de son enfant. »

« L’exposition évoque ainsi, à travers le choix d’œuvres emblématiques, les différentes caractéristiques de ce corpus tout en explorant les liens du peintre et de son marchand dans le contexte artistique et littéraire parisien des années 1910 ainsi que le rôle de Paul Guillaume dans la diffusion de l’œuvre de Modigliani sur le marché de l’art à la fois en France et aux États-Unis dans les années 1920. »

En fin d'exposition, un espace est dédié aux enfants qui peuvent réaliser « un portrait modelé, puis dessiné ».

Au même niveau, dans des espaces contigus, se déploie une exposition présentant les œuvres et intérieurs de contemporains de Modigliani.

Les commissaires de l’exposition sont Simonetta Fraquelli, commissaire indépendante et historienne de l'art, et Cécile Girardeau, conservatrice au musée de l’Orangerie.

Flammarion a co-édité avec le Musée de l'Orangerie « Marchand d’art et collectionneur (1891-1934) » de Sylphide de Daranyi. 

« Tous les Parisiens connaissent la boutique de la rue la Boétie où une devanture toujours pittoresque assemblait des masques nègres, des bijoux éthiopiens et des toiles de Kwapil, Derain, Vlaminck, Chirico, Utrillo. » La Femme de France, 1934

« Charmeur, ambitieux, visionnaire, passionné de peinture mais aussi des arts d’Afrique et d’Océanie : qui était vraiment Paul Guillaume ? Jeune homme issu d’un milieu modeste, il est devenu l’un des marchands et collectionneurs d’art moderne et d’art africain les plus importants de l’Europe des années 1914-1934 vivant entouré d’œuvres de Modigliani, Soutine, Matisse ou encore Picasso. Trois rencontres ont été décisives dans l’ascension fulgurante de ce redoutable homme d’affaires, celle du poète Guillaume Apollinaire, du collectionneur américain Albert Barnes, et de son épouse Juliette Lacaze. À travers son histoire, découvrez le destin d’œuvres majeures du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle que l’on peut admirer au musée de l’Orangerie ».


Parcours de l’exposition
L’exposition « se divise en 4 sections thématiques – « Amedeo Modigliani et Paul Guillaume », « Masques et têtes » / Focus : « Arts extra-occidentaux », « Milieu parisien, affinités artistiques et littéraires »/Vitrine : « Les Arts à Paris », « Période méridionale » -, plus une salle de projection vidéo (« Modigliani dans les intérieurs de Paul Guillaume ») et comprend 54 œuvres dont : 22 peintures, 8 photographies, 8 sculptures, quelques dessins et des nombreux documents d’archive. »

Introduction
« Un peu plus d’un siècle après la rencontre entre les deux hommes en 1914, cette exposition se propose de revenir sur l’un des moments emblématiques de la vie d’Amedeo Modigliani (1884-1920), celui où le Parisien Paul Guillaume (1891-1934) devient son marchand. Elle s’attache à explorer la manière dont les liens entre les deux personnages peuvent éclairer la carrière de l’artiste et sa renommée posthume. »

« Arrivé dans la capitale française en 1906, l’artiste italien d’origine juive Amedeo Modigliani peint et sculpte dans le contexte bouillonnant de l’Ecole de Paris. Peu après le départ au front de son premier mécène Paul Alexandre en 1914, il fait la rencontre d’un jeune marchand, Paul Guillaume, qui devient son galeriste vers la fin de l’année 1915. Le peintre et le marchand fréquentent alors les cercles artistiques et littéraires de la capitale et partagent des goûts communs pour la poésie et les arts extra-occidentaux. L’appartement-galerie du marchand est à cette époque couvert de toiles du peintre. Paul Guillaume l’encourage, tente de faire connaître et de vendre ses œuvres. Alors même que Modigliani rencontre son autre grand marchand, le poète d’origine polonaise Léopold Zwoboroski en 1916, Paul Guillaume continue à promouvoir et à diffuser les œuvres de Modigliani en France et outre-Atlantique jusqu’à son décès en 1934. L’exposition met en lumière certains des grands chefs-d'œuvre de l’artiste passés par les mains du galeriste ainsi que des archives et documents témoignant de leurs liens. Toutes les œuvres présentées dans cette exposition ont un rapport étroit avec Paul Guillaume : qu’elles lui aient appartenu, aient été vendues par lui ou aient été commentées dans sa revue Les Arts à Paris. »

Amedeo Modigliani et Paul Guillaume
« Le galeriste et collectionneur Paul Guillaume aurait découvert Amedeo Modigliani dès 1914 par l’entremise du poète Max Jacob. Il devient vraisemblablement son marchand l’année suivante et constitue l’un des premiers soutiens de l’artiste. Le marchand loue pour lui un atelier rue Ravignan à Paris, resté célèbre par des clichés photographiques où les deux hommes prennent la pose aux côtés des œuvres de l’artiste accrochées au mur. Modigliani réalise quant à lui des portraits peints et dessinés de son nouveau marchand. Trois portraits à l’huile ainsi que deux dessins sont réunis dans cette salle, ainsi que des témoignages photographiques montrant l’appartement-galerie de Paul Guillaume avenue de Villiers et l’atelier de la rue Ravignan. Outre les cinq peintures de Modigliani présentes aujourd’hui dans la collection du musée de l’Orangerie, on recense plus d’une centaine de toiles réputées être passées par les mains de Paul Guillaume ainsi qu’une cinquantaine de dessins et une douzaine de sculptures. Ce nombre indique à la fois l’implication du marchand dans la promotion de l’artiste ainsi que son goût personnel pour ses œuvres. »

Masques et têtes
« Entre 1911 et 1913, Modigliani se consacre presque exclusivement à la sculpture. En parallèle de ces œuvres sculpturales, il réalise plusieurs dessins élégants. Les formes simplifiées qui les caractérisent inspirent le style fragmenté ou allongé de ses peintures ultérieures, telles que les têtes de femmes, également exposées dans cette salle. Les visites de musées parisiens, dont le Louvre et le Musée d’Ethnographie du Trocadéro, incitent Modigliani, et d’innombrables autres artistes européens, à s’intéresser à l’art égyptien, khmer, africain et primitif italien. » 

« Paul Guillaume est alors l’un des rares marchands de son époque à considérer les statues et les masques africains comme des œuvres d’art, ainsi que l’un des premiers à les exposer aux côtés d’œuvres d’art moderne européen. Bien que Modigliani ait déjà arrêté la sculpture à l’époque où Paul Guillaume devient son marchand, cela n’empêche pas le jeune Parisien d’acheter des têtes en pierre ou en marbre de Modigliani et de les vendre à d’importants clients, comme Albert C. Barnes, le collectionneur de Philadelphie, après la mort de l’artiste en 1920. »

Focus : Paul Guillaume, Amedeo Modigliani et l’art africain
« Dès l’ouverture de sa galerie en 1914, Paul Guillaume expose simultanément sculptures africaines et tableaux modernes. Il est ainsi l’un des premiers marchands français à développer le commerce des pièces africaines et océaniennes tout en contribuant à l’étude et à la connaissance de ces arts grâce à des associations de connaisseurs ou à des publications. Modigliani, quant à lui, fréquente le Musée d’Ethnographie du Trocadéro dès 1909 et manifeste un intérêt précoce pour ces arts. En 1916, l’Association Lyre et Palette propose une exposition d’artistes modernes et d’art d’Afrique montrant de nombreux tableaux de Modigliani ainsi que des œuvres africaines appartenant à Paul Guillaume. »

Milieu parisien, affinités artistiques et littéraires
« C’est au cœur d’un Paris cosmopolite, capitale des arts, qu’Amedeo Modigliani arrive en 1906 à l’âge de 21 ans et commence un parcours artistique singulier. Ce carrefour culturel, si vivant au début du XXème siècle, lui fournit des interlocuteurs artistiques aussi bien dans le domaine pictural que littéraire et marchand, constituant un terreau fertile à l’épanouissement de son art. Les figures de ses proches peuplent alors ses tableaux et dressent un étonnant panorama des personnalités de cette époque : Constantin Brancusi, Chaïm Soutine, Moïse Kisling, Juan Gris, Jacques Lipchitz, Jean Cocteau, Léopold Survage, Pablo Picasso, Diego Rivera, Max Jacob, Beatrice Hastings... peintes au même titre que des figures connues uniquement par leurs prénoms ou encore des anonymes. »

« Réformés pour raisons de santé, Modigliani comme Paul Guillaume ne prennent pas part au premier conflit mondial. Ils restent dans la capitale française et fréquentent des cercles de sociabilité communs. Modigliani, qui oscille entre Montmartre et Montparnasse depuis son arrivée à Paris, reste l’un des témoins et des acteurs privilégiés de ce Paris artistique bouillonnant. »

Période méridionale
« En 1916, avec le soutien d’un nouveau marchand d’art, Léopold Zborowski, Modigliani se remet à peindre des nus féminins. Si Modigliani réalise ces tableaux pour des acheteurs masculins, leur sensualité évoque également l’émancipation croissante des femmes au cours des années 1910, dans un certain milieu social. Ces images sont perçues comme choquantes et en 1917, lorsque certaines d’entre elles sont montrées dans la seule exposition personnelle de Modigliani, elles finissent par devoir être retirées pour cause d’indécence, notamment à cause des poils pubiens dont les représentations de nus sont traditionnellement dépourvues. Grâce à son album d’œuvres de Modigliani, nous savons que Paul Guillaume a acquis et vendu au moins deux nus après la mort de l’artiste, un nombre relativement faible qui pourrait être lié à l’investissement personnel de Léopold Zborowski dans ces œuvres. Durant les derniers mois de la Première Guerre mondiale, alors que Paris subit des raids aériens et que l’état de santé de Modigliani se dégrade, Léopold Zborowski envoie l’artiste sur la Côte d’Azur. Modigliani est anxieux à l’idée de ce déménagement, mais comme bon nombre de ses amis citadins ont déjà pris la direction du Sud, il a bon espoir de trouver de la compagnie sur place. Sa nouvelle compagne, la peintre Jeanne Hébuterne, déjà enceinte du premier enfant du couple, l’accompagne. C’est à Nice que Modigliani réalise certaines de ses œuvres les plus fortes, peignant des portraits d’enfants, de domestiques et d’autres anonymes locaux et s’essayant même aux paysages. Paul Guillaume achète et vend plusieurs de ces œuvres phares, dont certaines figurent dans cette salle, au cours des années 1920. »

Salle de projection vidéo : Modigliani dans les intérieurs de Paul Guillaume
Les intérieurs de Paul Guillaume
Durée : 4min30
Production : musée de l’Orangerie / Direction du numérique, Anat Meruk, Nina Guyader et Aude Durand Delannoy
Production déléguée : Opixido, Delphine Marguerite
Graphisme et animation : Vincent Calas
« Un film réalisé grâce à des photographies d’archive nous permet d’évoquer ici les différentes adresses de Paul Guillaume tout au long de sa vie et de mieux comprendre comment s’inséraient les œuvres de Modigliani dans les appartements et les accrochages de ce galeriste-collectionneur. »

« Les différents intérieurs reflètent la trajectoire fulgurante et la singularité de ce jeune galeriste parisien. Sa collection, alliant maîtres modernes et anciens à un goût pour la statuaire extra occidentale, était l’une des plus intéressantes du Paris de l’entre-deux-guerres. Du modeste trois pièces de ses débuts, qui lui permet toutes les expérimentations, au splendide appartement de l’avenue du Maréchal Maunoury dans le 16ème arrondissement où il emménage l’année de sa mort en 1934, on peut lire l’ascension sociale et l’affirmation des goûts artistiques du marchand. Les œuvres de Modigliani, parmi celles de Picasso, Matisse, Renoir, Cézanne ou Derain, y occupent toujours une place de choix. »

Repères biographiques
AMEDEO MODIGLIANI

« 12 juillet 1884 : Amedeo Clemente Modigliani nait à Livourne (Toscane, Italie), enfant d’une famille romaine d'origine juive sépharade. C’est sa mère Eugénie, très cultivée, qui gère et contrôle les affaires familiales.
Elle aura une influence majeure sur l’éducation d’Amedeo, qui est aussi très proche de son grand-père Isacco, avec qui il fait ses premières visites de musée.
1895 : La mère de Modigliani mentionne dans son journal à propos de son fils : "Dedo a eu une pleurésie très grave et je ne me suis encore remise de la peur terrible qu'il m'a faite. Le caractère de cet enfant n'est pas encore assez formé pour que je puisse dire ici mon opinion. Ses manières sont celles d'un enfant gâté qui ne manque pas d'intelligence. Nous verrons plus tard ce qu'il y a dans cette chrysalide. Peut-être un artiste ?"
Il s’agit de la première des trois maladies que Modigliani attrapera pendant son enfance, qui auront toutes des conséquences sévères sur sa santé.
1898 : Il commence des leçons de dessin à l'Atelier de Guglielmo Micheli (1886-1926) à la Villa Baciocchi à Livourne. En avril de l’année suivante, Modigliani décide de se consacrer à la peinture.
Il est atteint d'une fièvre typhoïde suivie de complications pulmonaires. Sa tante Laura l’encourage à lire beaucoup (Dante, Leopardi, D’Annunzio, Nietzsche, Bergson).
Septembre 1900 : Modigliani subit une crise grave de pleurésie qui se complique en tuberculose. A la suite d’une attaque de tuberculose l’année suivante, sa mère l'emmène visiter Capri, Naples, Rome et Florence, l’occasion de voir des oeuvres d’art et des monuments dont il gardera un souvenir clair et précieux.
1902 : Modigliani s'inscrit à l'Ecole libre du nu de l'Accademia di Belle Arti à Florence dirigée par Giovanni Fattori.
1903-1905 : Modigliani s’inscrit à l'Institut des arts de Venise où il étudie Carpaccio, Bellini et l'Ecole de Sienne.
Janvier 1906 : Modigliani s'installe à Paris, dans un hôtel près de la Madeleine.
Février 1906 : Modigliani s'inscrit à l'Académie Colarossi, rue de la Grande-Chaumière, et loue un atelier dans le maquis de Montmartre, rue Caulaincourt, près du Bateau-Lavoir, fréquentant ainsi Pablo Picasso et le poète Max Jacob.
1907 : D'abord influencé par Toulouse-Lautrec, Modigliani s'inspire de Cézanne, du cubisme et de la période bleue de Picasso.
1907 : Modigliani rencontre le Dr. Paul Alexandre, son premier acheteur, avec qui il se lie d'amitié. Il vit dans un bâtiment-studios d’artistes de propriété du docteur Alexandre.
Il expose au Salon d’Automne, où est aussi présentée une rétrospective des dernières œuvres de Cézanne (mort un an avant) qui aura un impact majeur sur les artistes d’avant-garde. Ses œuvres montrent l’influence évidente de Toulouse-Lautrec, Picasso, des Fauves et des derniers portraits de Cézanne.
20 mars 1908 : Modigliani expose 6 œuvres au Salon des Indépendants. Paul Alexandre lui achète La Juive.
1909 : Paul Alexandre présente Constantin Brancusi à Modigliani.
Avril 1909 : Modigliani installe son atelier à la cité Falguière de Montparnasse et se consacre à la sculpture sur pierre, qui pour quelque temps passe au premier plan de sa création grâce à la rencontre fructueuse avec Brancusi.
18 mars 1910 : Modigliani participe au 26e Salon des Indépendants. Il reçoit des mentions de son travail dans des revues par le poète Guillaume Apollinaire et le critique André Salmon. Les difficultés financières croissantes le conduisent à boire et à prendre des drogues.
Avril 1912 : Modigliani fait la connaissance des sculpteurs Jacob Epstein et Jacques Lipchitz.
1913 : Il devient grand ami du jeune peintre Chaïm Soutine.
1914 : Durant la Première Guerre Mondiale Modigliani reste à Paris et se consacre au dessin et à la peinture de portraits et de nus et fréquente assidument la communauté des artistes d’avant-garde (Picasso, Rivera, Juan Gris, Soutine, Kisling, Max Jacob). Le poète Max Jacob arrange une rencontre entre Modigliani et le jeune marchand d’art Paul Guillaume, qui devient son marchand et lui loue un atelier. A cause de ses soucis de santé, Modigliani abandonne la sculpture et se consacre entièrement à la peinture, en peignant des nombreux portraits de ses amis artistes.
1916 : Le poète et marchand d'art polonais Lépold Zborowski devient son nouveau marchand jusqu’à la fin de sa vie.
Mars 1917 : La sculptrice Chana Orloff présente à Modigliani Jeanne Hébuterne, étudiante inscrite à l'Académie Colarossi qui pose pour Foujita. Elle devient sa compagne et son modèle presque exclusif.
3 décembre 1917 : Zborowski organise la 1ère exposition personnelle de Modigliani à la Galerie Berthe Weill, 50 rue Taitbout à Paris (un groupe de portraits et 4 nus explicites). Les nus exposés dans la vitrine font scandale et sont menacés de saisie par la police pour outrage à la pudeur. Aucun tableau n’est vendu.
Avril 1918 : L'état de santé de Modigliani se dégrade. Pour échapper à la police allemande à Paris, Zborowski décide de l'envoyer sur la Côte d'Azur avec Jeanne Hébuterne (qui est enceinte) et la mère de cette dernière.
Sous la lumière du midi, Modigliani éclaircit sa palette, travaille sur des formats plus grands.
29 novembre 1918 : Jeanne Hébuterne donne naissance à une fille prénommée Jeanne.
Décembre 1918 : Paul Guillaume organise une importante exposition dans sa galerie, Faubourg Saint-Honoré à Paris, qui rassemble des toiles de Modigliani, Picasso, Matisse, Derain et Utrillo.
Mai 1919 : Modigliani retourne à Paris et s'engage par écrit à épouser Jeanne.
Septembre 1919 : Zborowski envoie à Londres des œuvres de Modigliani pour une importante exposition à la Heal’s Mansard Gallery, où il rencontre un grand succès. Quatre peintures de Modigliani sont également exposées à Cambridge à l’automne.
24 janvier 1920 : Amedeo Modigliani meurt d'une méningite tuberculeuse à Paris. Deux jours plus tard, Jeanne Hébuterne, enceinte de leur deuxième enfant, se suicide.
27 janvier 1920 : Modigliani est enterré "comme un prince" au cimetière du Père-Lachaise entouré de nombreux amis. »

PAUL GUILLAUME
Par Sylphide de Daranyi

« 1891 : naissance de Paul Guillaume à Paris.
1911 : Paul Guillaume rencontre Guillaume Apollinaire qui l'introduit dans l'avant-garde artistique, notamment de Montmartre et Montparnasse ; il développe peu à peu un commerce d'objets africains.
1914 février : il ouvre une galerie au 6 rue de Miromesnil "près de l'Elysée", qui ferme en 1915, et envoie des œuvres africaines et des peintures modernes à New-York grâce à Marius de Zayas.
1916 – 1917 : réformé, Paul Guillaume est resté à Paris et s'installe 16 avenue de Villiers où il présente chez lui notamment des œuvres de Chirico et Modigliani. Il participe à plusieurs initiatives artistiques privées à Paris et prête quelques œuvres à la première exposition Dada à Zurich.
1917 avril : publication avec Apollinaire de l'album Sculptures nègres, enrichi de 24 photographies, premier ouvrage du genre en français.
1918 janvier : il organise la première exposition conjointe d'œuvres de Matisse et de Picasso dans sa nouvelle galerie du 108, rue du Faubourg Saint-Honoré, pour laquelle il imagine une large communication et lance sa revue Les Arts à Paris.
9 novembre : mort d'Apollinaire.
1919 : Paul Guillaume organise à la galerie Devambez en mai la plus grande exposition d'art africain jamais présentée, clôturée en juin par une "Fête nègre" au théâtre des Champs-Elysées, qui lui apporte une énorme couverture de presse.
1920 octobre : il épouse Juliette Lacaze, née en 1898.
1921 février : il ouvre une nouvelle galerie au 59, rue la Boétie.
1923 janvier : il présente dans sa galerie une exposition des achats du richissime collectionneur américain Albert C. Barnes, rencontré quelques mois auparavant, et le projet de Fondation que ce dernier veut établir près de Philadelphie. Barnes nomme Paul Guillaume secrétaire étranger de la Fondation et s'appuie sur lui pour constituer son extraordinaire collection d'œuvres impressionnistes, de peintures modernes et d'art africain. A l'automne, le couple Guillaume s'installe dans un appartement 20, avenue de Messine, pour lequel il demande des projets de transformations à Le Corbusier puis Adolf Loos.
1926 mars - avril : Paul et Juliette Guillaume se rendent aux Etats-Unis à la Fondation Barnes et à New-York.
29 octobre 1926 : Paul Guillaume acquiert La Jeune Fille en blanc, magnifique toile néo-classique réalisée par Picasso en 1923, pour 79 000 francs ; il s'agit du plus haut prix jamais atteint par une oeuvre de l’artiste.
Septembre - octobre : le marchand achète directement à Matisse deux magnifiques et grands panneaux Baigneuses à la rivière et La Leçon de piano qu'il expose dans sa galerie et gardera toute sa vie.
1927 : reportage pour le supplément Feuilles volantes de Cahiers d'art dans l'appartement de l'avenue de Messine, montrant la centaine d'œuvres que Paul Guillaume a déjà rassemblées pour sa collection personnelle et ses arrangements de peintures impressionnistes et modernes et d'œuvres africaines. Le marchand-collectionneur annonce à plusieurs reprises vouloir constituer un musée, peut-être destiné à revenir à l'Etat français.
1929 mai - juin : Paul Guillaume présente sa collection personnelle de peintures lors d'une exposition à la galerie Bernheim-Jeune rue du Faubourg Saint-Honoré. Il est alors l'un des marchands européens les plus connus.
Juillet : rupture de ses relations avec Albert Barnes.
1930 : le couple Guillaume s'installe 22 avenue du Bois, bientôt rebaptisée avenue Foch, dans un appartement fabuleux, qui devient le plus bel écrin de la collection, où sont effectués plusieurs reportages.
Paul Guillaume est décoré de la Légion d'honneur.
1934 : installation inexpliquée dans un immeuble construit par Jean Walter, 1, avenue du Maréchal-Maunoury en lisière du Bois de Boulogne.
Octobre : Paul Guillaume meurt brutalement d'une péritonite, ce qui entraîne la fermeture immédiate de sa galerie. »

« Quelques cartels développés »

Portrait de Paul Guillaume
1915
« Entre 1915 et 1916, Modigliani réalise quatre portraits peints de son mécène. »

« Le premier d’entre eux, conservé au musée de l’Orangerie, proclame la relation privilégiée qu’entretiennent le marchand et l’artiste à cette époque. » 

« Paul Guillaume, qui n’a alors que vingt-trois ans, est représenté en costume, ganté et cravaté comme un pilote visionnaire de l’avant-garde, avec les mots « novo pilota » peints sur la toile. Cette inscription nous laisse entrevoir l’immense espoir que le galeriste suscite chez le peintre et chez la jeune génération des artistes. »

Madame Pompadour
1915
« Intitulé Madame Pompadour, ce tableau est un portrait de Beatrice Hastings. En tant que rédactrice en chef de la revue londonienne The New Age, Beatrice Hastings publie des auteurs importants, dont Ezra Pound. Elle écrit également ses propres poèmes, de la prose, des articles d’opinion politique et des critiques d’art sous d’innombrables pseudonymes. Ses récits sur les méthodes de travail de Modigliani, le marché et leur vie domestique figurent dans sa chronique du New Age intitulée « Impressions de Paris ». Sa liaison de deux ans avec Modigliani, entre 1914 et 1916, coïncide avec la période durant laquelle l’artiste travaille en étroite collaboration avec Paul Guillaume. »

Portrait de femme dit La Blouse rose
1919
« La Blouse rose pourrait avoir été peinte après le retour de Modigliani du Sud de la France en mai 1919, peut-être dans l’appartement de Léopold Zborowski, alors marchand de Modigliani, rue Jacques Bara. »

« Le rose intense du chemisier du modèle, qui confère une luminosité inhabituelle au tableau, est probablement une conséquence du séjour de l’artiste dans le Sud. Le rendu sommaire de la jupe à carreaux et des mains de la femme contraste avec les traits précis et délicats de son visage. L’oeuvre est saluée comme « resplendissante » et « l’une des plus belles œuvres du maître » par Paul Guillaume dans sa revue Les Arts à Paris. »

Nu couché
1917
« Bien que les nus de Modigliani ne représentent que dix pour cent de la production de l’artiste, ils sont largement considérés comme ses œuvres les plus célèbres. Paul Guillaume n’a pourtant vendu qu’un très petit nombre de ces œuvres, ce qui peut s’expliquer par leur relative rareté et leur valeur élevée ou par le fait que la plupart d’entre elles ont été peintes lorsque Modigliani travaillait en étroite collaboration avec Léopold Zborowski, entre 1917 et 1919. »


« Marchand d’art et collectionneur (1891-1934) ». Flammarion / Musée de l'Orangerie, 2023. 288 pages - 145 x 220 mm. Couleur - Broché. EAN : 9782080431271

Du 20 septembre 2023 au 15 janvier 2024
Jardin des Tuileries, Place de la Concorde (côté Seine) 75001 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 50 43 00
Lundi, mercredi, jeudi, samedi, dimanche de 9 h à 18 h (dernier accès à 17 h 15)
Nocturnes exceptionnelles de 18h à 21h tous les vendredis
Visuels :
Affiche
Amedeo Modigliani (1884-1920)
Elvire assise, accoudée à une table
1919
Huile sur toile
92,7 × 60,5 cm
Saint Louis (Missouri), Saint Louis Art Museum
Image Courtesy of the Saint Louis Art Museum

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Tête de femme
1911-1913
Sculpture en calcaire
47 x 27 x 31 cm
Paris, Centre Pompidou, musée national d'Art
moderne/Centre de création industrielle
Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacqueline Hyde

Amedeo Modigliani (1884-1920)
La Belle irlandaise, en gilet et au camée
Vers 1917-1918
Huile sur toile
65 x 48,3 cm
Cleveland, The Cleveland Museum of Art
Image Courtesy of the Cleveland Museum of Art

Anonyme
Paul Guillaume en chapeau, assis, dans l'atelier de Modigliani
Photographie
16,7 x 11,5 cm
Paris, musée de l'Orangerie 
© Musée de l'Orangerie, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt {Œuvre présentée dans l’exposition sous forme de reproduction}

Artiste kota Gabon
Élément de reliquaire Mbulu-ngulu
Avant 1941
Bois, cuivre
60 × 25 × 11 cm
Paris, musée du quai Branly-Jacques Chirac, déposée
au musée de l’Orangerie
© © musée du quai Branly - Jacques Chirac / DR

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Portrait de Moise Kisling
1915
Huile sur toile
37 x 29 cm
Italie, Milan, Pinacoteca di Brera
(C) Photo SCALA, Florence - Courtesy of the Ministero
Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. RMN-Grand Palais / image Scala

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Paul Guillaume, Novo Pilota, 1915
Huile sur carton collé sur contreplaqué parqueté
105 x 75 cm
Paris, musée de l'Orangerie
© RMN-Grand Palais (Musée de l'Orangerie) / Hervé Lewandowski

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Madame Pompadour
1915
Huile sur toile
61,1 x 50,2 cm
Chicago, The Art Institute of Chicago
Joseph Winterbotham Collection 
Ancienne collection Paul Guillaume
© The Art Institute of Chicago

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Portrait de femme, dit aussi La Blouse rose,
1919
Huile sur toile
98 x 64 cm
Avignon, musée Angladon, collection Jacques Doucet ©Fondation Angladon-Dubrujeaud

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Nu couché, 1917-18
Huile sur toile
66 x 100 cm
Italie, Turin, Pinacoteca Agnelli
© Pinacoteca Agnelli, Torino